Une dérive médicale et sociale

Documenter les pratiques, une nécessité

Une intervention esthétique est certes un acte médical, mais elle n’entre pas dans la catégorie des soins de santé conventionnels. Il s’agit plutôt d’une médecine dite de convenance ou du désir. Depuis la fin des années 1990, ce type d’intervention a connu une hausse fulgurante : une augmentation de plus 440 % aux États-Unis, entre 1997 et 2005 ! Des sociologues comme Louise Vandelac, professeure à l’UQÀM, s’inquiètent de cet accroissement, d’autant plus qu’au Québec le phénomène n’est pas documenté.

La médecine était centrée sur le soin, le soulagement de la douleur et l’allongement de la vie. Or, une partie de la médecine glisse désormais vers un univers de remodelage du vivant, comme en témoignent certaines chirurgies plastiques et esthétiques.
Louise Vandelac, UQÀM

Le saviez-vous ? Au Québec, il n’existe aucune donnée fiable sur les interventions esthétiques, leurs risques et leur évolution. À la suite du décès, en 2004, de la femme d’affaires Micheline Charest dans une clinique de chirurgie esthétique, le coroner Jacques Ramsay a dénoncé le flou juridique entourant la pratique de la chirurgie privée.

Quel est le profil des gens qui recourent aux interventions esthétiques ? Quel est le nombre et le type d’interventions pratiquées ? Combien de fois une même personne y a-t-elle recours ? Quel est le taux de réussite d’une intervention donnée ? Quels sont les avantages obtenus par la cliente, à plus ou moins long terme? Quels sont les problèmes rencontrés par les clientes et les spécialistes ? Quels sont les coûts directs et indirects pour l’individu (jours de travail perdus, complications, poursuites, etc.) et pour le système de santé public ? Compilées dans un registre public d’information, les réponses à ces questions nous permettraient de mieux informer la population. Les gens pourraient ainsi prendre une décision mieux éclairée.

De plus, l’État devrait mettre en place un système d’inspection des produits (implants, acides, etc.) et des cliniques privées afin d’assurer la qualité des soins offerts et l’innocuité (la non dangerosité) des produits et instruments médicaux. Il reviendrait aussi aux autorités publiques d’imposer un âge minimal pour certaines interventions et de mieux encadrer la publicité liée aux interventions et chirurgies esthétiques.

Un geste personnel, un enjeu collectif

Si vous considérez la décision de subir une intervention esthétique comme un choix individuel qui ne concerne que l’apparence de votre personne, détrompez-vous. Votre geste aura un impact beaucoup plus décisif que vous ne le croyez sur la société dans son ensemble.

Le recours à des traitements esthétiques en clinique privée peut avoir de lourdes répercussions sur le système public de santé. En effet, les complications en matière d’esthétique sont souvent récupérées par notre système public. Les jours de travail perdus, ceux liés directement à l’intervention comme ceux liés aux complications, ont un coût social. Sans compter, les cas où la personne traitée se trouve handicapée de façon permanente...

Enfin, en vous soumettant à une intervention esthétique, vous contribuez à grands frais à soutenir une norme de beauté irréaliste, imposée par la mode et les médias. Or, cette norme change avec les innovations technologiques et les aléas de la mode. Plus vous avancerez en âge, plus cette norme vous condamnera à multiplier les interventions afin d’avoir l’air plus mince, plus jeune, plus sexy. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Faut-il réduire la séduction et le succès professionnel au seul attrait physique ?

À propos

Vous êtes insatisfaite de votre apparence ? Vous envisagez une chirurgie ? Un traitement par injection ? Vous ressentez le besoin d’en savoir plus sur les conséquences possibles de votre geste ? Le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes a créé ce site afin de vous aider à prendre une décision éclairée.

Références

Une intervention esthétique est un acte médical à risques qui affecte votre apparence physique, votre santé psychologique, et parfois plus encore. Soyez bien informée avant d'agir.

En savoir plus

Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF)

4245, avenue Laval
Montréal (Québec) H2W 2J6
Téléphone : 514 877.3189
Télécopieur : 514 877.0357

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