Selon un mythe persistant, le taux élevé de dépression chez les femmes serait en grande partie imputable à leurs hormones qui influenceraient principalement leur « santé mentale ». Selon la vision globale de la santé, ce lien de causalité apparait simpliste : sans nier le rôle des hormones (3), on peut affirmer la complexité de cette question et supposer que des déterminants sociaux peuvent affecter la biologie, en l’occurrence le système hormonal.

Outre un déséquilibre hormonal bien réel en période de ménopause, plusieurs facteurs influencent le bien-être à cette période de la vie. Les conditions de vie et les événements marquants, avec leurs conséquences sur le niveau de stress, peuvent altérer l’équilibre mental. Il faut compter également certains facteurs génétiques (et culturels) décelables, par exemple, lorsque des parents proches ont souffert de dépression. 

L’impact des déterminants sociaux sur le bien-être 

Dans une grande majorité de cas, il serait faux d’affirmer que la ménopause est la principale responsable d’une dépression ou de tout autre problème de « santé mentale ».

Le contexte social, la pauvreté, les responsabilités envers des parents vieillissants, la double tâche de travail à l’extérieur et à la maison, l’isolement, le manque de soutien informel de groupe ou individuel (provenant de la famille ou de pairs), des relations conflictuelles et l’exclusion, tous ces stress ont un impact sur le bien-être mental des femmes.

Voici quelques exemples de liens entre des signes de dépression et le contexte socio-économique : 

  • Des recherches ont démontré que des femmes éduquées ont moins de chance de développer des signes de dépression. Elles peuvent effectivement mieux comprendre le phénomène de transition qui se produit pendant la périménopause et ainsi trouver des solutions qui leur sont également plus accessibles. (1)
  • L’étude SWAN (Study of Women’s Health Across the Nation) aux États-Unis a révélé que les femmes afro-américaines et hispaniques présentent les plus hauts taux de dépression pendant la périménopause, tandis que les femmes d’origines chinoise et japonaise présentent les taux les plus bas. Ces résultats peuvent être expliqués par plusieurs facteurs, parmi lesquels le statut socio-économique de ces populations aux États-Unis. 
  • Auparavant, les chercheurs affirmaient que le départ des enfants était l’une des causes importantes de dépression chez les femmes en périménopause. Toutefois, cette supposition n’est pas vérifiée aujourd’hui, car les femmes ont commencé à avoir des enfants de plus en plus tard, ce qui ne coïncide plus avec cette période. Aussi, le départ des enfants est principalement considéré aujourd’hui comme un événement auquel les femmes peuvent se préparer de manière positive en étant associé à une baisse du stress de la vie quotidienne.
  • Il ne faut pas non plus négliger l’importance de nos propres perceptions et des mythes entretenus sur les divers phénomènes reliés au processus de ménopause. En effet, si notre perception de cette transition est plus négative, nous sommes plus susceptibles de développer de l’anxiété ou des symptômes de dépression. Cette attitude peut très largement être expliquée par l’importance accordée à la jeunesse dans nos sociétés occidentales. 

Les événements de la vie, les tensions au quotidien, la faible estime de soi, les surcharges de travail, les mauvais traitements, les difficultés et les abus économiques, la précarité d’emploi, les difficultés avec les enfants, le manque d’écoute, le harcèlement et la violence contribuent aussi à fragiliser ou, tout au moins, à éprouver le bien-être mental. Ces multiples réalités dépassent l’incidence du simple déséquilibre hormonal.

Les antidépresseurs sont souvent trop rapidement prescrits sans réelle connaissance des facteurs présents dans la vie de chacune. 

Consulter notre dossier La détresse psychologique: l’importance de ne pas rester seule avec sa souffrance.

La ménopause est une période propice aux remises en question, d’après plusieurs témoignages

Selon Maria De Koninck, professeure émérite à l’Université Laval (2) : 

La ménopause signifie qu’une étape de la vie est franchie; elle s’accompagne de toutes sortes de perceptions, de remises en cause et d’angoisses qui peuvent influer sur le déroulement de l’expérience physiologique et en aggraver les symptômes. Ce ne sont pas les changements hormonaux qui engendrent ces bouleversements, mais plutôt le moment où ils se produisent et, surtout, le sens que l’on donne à ce moment. Il n’est pas simple pour les femmes qui le vivent et se perçoivent à un carrefour de faire les distinctions nécessaires entre ce qui relève de l’ordre biologique et ce qui tient de leur situation générale. 

Selon le Dr Christian Jamin, gynécologue-endocrinologue à Paris (3) :

Beaucoup de femmes traversent cette période sans aucun trouble: et il faut savoir qu’il n’y a pas de maladies psychiatriques ou psychologiques, au sens médical du terme, qui soit induit par la ménopause. En revanche, la ménopause est un facteur de fragilisation et, quand il existe une pathologie sous-jacente, elle peut se révéler à cette occasion.

Et Anne-Marie, interrogée par une journaliste, constate (5) : 

J’avais déjà une faiblesse, et la ménopause a été le déclencheur, la goutte qui a fait déborder le vase. Sensible comme je le suis, on vit des mini-dépressions toute notre vie. La ménopause en est finalement le couronnement.

En définitive, il serait judicieux d’éviter de poser trop rapidement des diagnostics de « maladies mentales » aux femmes à la périménopause, si on ne tient pas compte du contexte de vie global ni de l’état de santé de la personne. Ainsi, toute la responsabilité de la dépression incombe à la femme seule et la part qui revient à la société est négligée.

Rappelons que la détresse et la souffrance humaines dépassent souvent l’individu, elles puisent leur origine dans des problèmes sociaux et, malheureusement, elles se perpétuent faute d’avoir été situées dans une perspective plus large.


Sources

(1) Choate, L. H. (2020). Depression in girls and women across the lifespan : treatment essentials for mental health professionals. Routledge. https://doi.org/10.4324/9781315208046 

(2) De Koninck, Maria (2000). La ménopause, une expérience à considérer dans son contexte socioculturel. Le médecin du Québec, 35(3 (mars)), 47-50. 

(3) Salomé, Candice, « Ménopause: comment échapper à la dépression? », site web Carenity, 19 déc. 2020.

(4) Sarika Ashish, G., Vikas, S. M., & Dean Zulmi, A. (2023). Menopause Depression anagement Through Self-Esteem Development. 11(1), 13-22. 

(5) Turenne, Martine, « Le choc de la ménopause », Le Journal de Montréal, 29 avril 2016

En savoir plus

Lire le billet Ménopause : l’impact des déterminants de la santé

RQASF : Ancrages biopsychosociaux de la santé et de la maladie
Selon la vision globale de la santé, les dimensions biologique et psychologique de la santé sont profondément ancrées dans le social : la situation financière, le logement, l’éducation, le travail, l’intégration à la société, l’histoire personnelle, l’alimentation, l’accès aux services sociaux et aux services de santé sont autant de facteurs reconnus pour leur impact déterminant sur la santé et la maladie. Lire la suite…