Ancrages biopsychosociaux de la santé et de la maladie

Des facteurs tant psychologiques et sociaux que biologiques déterminent la santé comme la maladie. Sur le plan biologique, il faut reconnaitre le rôle des hormones (sérotonine, dopamine, etc.) qui peuvent expliquer une partie des problèmes de comportement, des problèmes d’humeur et des maladies mentales. Différents facteurs, dont bien sûr la génétique, expliquent les taux d’hormones variables d’une personne à l’autre, d’un moment de la vie à un autre. Par exemple, la capacité de faire face au stress et même celle de ressentir du bien-être sont en partie héréditaires. Toutefois, la biochimie d’une personne est modulée par bien d’autres choses que les gènes seulement, qui eux-mêmes peuvent subir des mutations.

Dans l’état actuel des connaissances, ni le biologique, ni le génétique, ne sont plus considérés comme des donnés immuables ou absolus. On sait que l’alimentation1, les polluants2, les expériences de la vie3, le stress4, les médicaments agissent sur la biochimie d’une personne, de façon temporaire ou permanente. Cela signifie que la composante biologique est sensible aux autres facteurs. De plus, on reconnait maintenant au cerveau une importante plasticité (ou malléabilité); on sait qu’il se modifie physiquement constamment, au gré des changements culturels et sociaux 5, des apprentissages, des sensations, des émotions. Ce « sont les émotions négatives, la colère, l’anxiété, la tristesse, et même les soucis banals, qui font le plus chuter la variabilité cardiaque et sèment le chaos dans notre physiologie », souligne D. Servan-Schreiber6. Bref, le facteur biologique ne peut à lui seul expliquer la situation d’une personne.

Sur le plan psychologique, on établit des corrélations entre le bonheur et les traits de personnalité, qui peuvent aussi changer jusqu’à un certain point au cours de la vie. Les réactions psychologiques aux événements ou aux problèmes (deuils, maladies, épreuves, violences conjugale et sexuelle, stress professionnel, discrimination, etc.) peuvent fragiliser une personne, sinon contribuer à l’apparition de problèmes de santé mentale.

Le paradigme biopsychologique domine présentement la documentation scientifique internationale7. Cette approche individuelle accorde peu d’attention aux causes sociales multifactorielles, elle s’intéresse aux gènes et, surtout, aux comportements, qu’elle entend bien régir, encadrer. D’où cet engouement pour le dépistage génétique et pour la « prévention précoce », par exemple dès la conception de l’enfant, surtout si la mère est considérée « vulnérable »8.

Témoignent aussi de cette vision l’association des dépendances et toxicomanies à des maladies, traitables par des médicaments, et l’association automatique faite entre l’itinérance et la maladie mentale. Dans ce dernier cas, les rapports d’exclusion menant à l’itinérance – rupture des liens familiaux, pauvreté et isolement – sont évacués. La prévalence de troubles mentaux réels, excluant les toxicomanies, serait de 10 % à 30 % dans cette population9.

Selon la vision globale, les dimensions biologique et psychologique de la santé sont profondément ancrées dans le social : la situation financière, le logement, l’éducation, le travail, l’intégration à la société, l’histoire personnelle, l’alimentation, l’accès aux services sociaux et aux services de santé sont autant de facteurs reconnus pour leur impact déterminant sur la santé et la maladie.

  1. KOVESS-MASFÉTY, V. (2010), La santé mentale, l’affaire de tous – Rapport du groupe de travail présidé par Viviane Kovess-Masféty, Paris, Documentation Française, p. 29. (PDF)
  2. VAN der SPEK, V. (2009). Nutrition et bien-être mental : Pourquoi et comment notre alimentation influence notre cerveau?, Bruxelles, Éditions De Boeck, 359 p.
  3. GRAY, J. (2010). State of the Evidence: The Connection Between Breast Cancer and the Environment, Sixth Edition, San Francisco, Breast Cancer Fund, 127 p.
  4. KOVESS-MASFÉTY, V. (2010), op. cit., p. 29.
  5. SEARS, B. (2006). Le régime anti-inflammatoire : Comment vaincre ce mal silencieux qui détruit votre santé, Montréal, Éditions de l’Homme, 408 p.
  6. Guérir : le stress, l’anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse, Paris, Robert Laffont, p. 60.
  7. COLLIN, J. et A. J. SUISSA (2007). « Les multiples facettes de la médicalisation du social », Nouvelles pratiques sociales, vol. 19, no 2 (printemps), p. 30.
  8. BESNER, V. (2008). « Lutter contre l’appauvrissement de la pensée : Petite histoire d’un mouvement social », Revue du CRÉMIS, vol. 1, no 1, p. 8-10.
  9. POIRIER, M. (2007). « Santé mentale et itinérance : Analyse d’une controverse », Nouvelles pratiques sociales, vol. 19, no 2 (printemps), p. 76-91.

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