Article mis en ligne le 14 juin 2022 sous le titre : « Hormones « bio-identiques » ou hormones classiques? Le VRAI/FAUX débat ». En voici une toute nouvelle mise à jour.

Les « symptômes » pendant nos règles tout comme ceux précédant notre ménopause ne sont pas « normaux » ou « anormaux » en soi, ce sont tout simplement des signes : notre corps nous parle (doucement ou brutalement). Pourquoi? Parce qu’il proteste peut-être ou qu’il nous avise de porter attention à lui. Sans répit, nous exigeons de notre corps qu’il s’adapte à un rythme de vie effréné, à une alimentation industrielle, à des cosmétiques toxiques, à des conditions de travail qui ne respectent pas notre cyclicité, nous nous forçons à nous adapter à un système conçu pour la linéarité (versus notre rythme circulaire et cyclique).

Au RQASF, les questions que nous recevons au sujet de la ménopause et tout ce qui l’entoure renvoient principalement à un besoin de contrôle. « Suis-je ménopausée? » « Comment le savoir? » « Comment le mesurer? » Et surtout, « comment en contrôler les manifestations? » « Avec ou sans hormones… bio-identiques ou synthétiques? » Nombreuses sont les inquiétudes et rares sont les réponses satisfaisantes dans les cabinets de médecins, qui prescrivent beaucoup d’antidépresseurs.

Une question d’hormones?

Le besoin de contrôler les manifestations de la ménopause surgit inévitablement lorsqu’elles perturbent le sommeil, le travail et la vie familiale. Aux nombreux stress que nous nous imposons au quotidien, s’ajoute l’impératif de ne rien laisser paraître. Continuer d’avoir l’air jeune et en forme, désirante et désirée. Continuer, comme si le mitan de la vie ne pointait pas son nez. Cette négation de nos conditions de vie et de ce corps qui appelle à entrer dans une période d’intériorité rajoute aux malaises ressentis. Cette négation rajoute au tabou d’en parler. Encore une fois, négation de notre cyclicité. Il s’agit d’une imposition d’un modèle unique qui ne nous convient pas, au plus profond de nous.

Nous avons décrit ailleurs (voir le PDF) les problèmes que pose le traitement hormonal de substitution (THS). Nous n’entrerons pas dans le débat autour des études pour ou contre le THS, financées ou pas par l’industrie, cette histoire se répète depuis des décennies. Toujours la même. Et elle continue. Par exemple, une nouvelle étude conseille maintenant de prescrire l’hormonothérapie aux femmes ménopausées de moins de 60 ans. Depuis des décennies, l’industrie pharmaceutique dépense des milliards de dollars en tactiques de toutes sortes pour promouvoir ses produits.

L’interruption de l’étude de la WHI (Women’s Health Initiative) aux États-Unis a posé un holà à la prescription systématique du traitement hormonal substitutif (THS). Indépendante de l’industrie et considérée comme la plus importante étude jamais réalisée considérant le nombre de femmes impliquées (161 808), elle a mis un terme à cette pratique médicale jugée risquée. Rapidement dénoncée par ses détracteurs comme étant exagérée et truffée d’erreurs, les conclusions de la WHI n’ont laissé ni les femmes, ni les médias, ni les systèmes sanitaires indifférents (1).

Tout récemment, la FDA (agence américaine de contrôle des médicaments) a approuvé un nouveau médicament non hormonal contre les bouffées de chaleur. Le prix : 550$ par mois. Les risques : « dommages potentiels au foie »… S’agit-il d’une autre aventure médicale où les risques pour la santé globale ne seraient pas suffisamment pris en compte? L’avenir nous le dira.

Devrions-nous nous tourner vers les hormones « bio-identiques » alors? Après les grandes passions soulevées par le documentaire de l’animatrice-vedette Véronique Cloutier (2021), nous avons pris le temps de considérer cette position. Son cri du cœur fort médiatisé a été entendu : deux hormones « bio-identiques » se sont ajoutées à la liste des médicaments remboursés par la RAMQ à partir de mai 2022. Les femmes bénéficient d’une option supplémentaire, plus sécuritaire, qui conviendra à plusieurs d’entre elles. Des études indiquent en effet que ces hormones sont plus adaptées à notre corps que les hormones classiques. C’est ce qu’affirme aussi avec conviction la Dre Sylvie Demers (2) notamment.

Notons toutefois qu’il s’agit également d’hormones synthétisées en laboratoire. Et qu’elles ne sont pas individualisées. Les hormones réellement bio-identiques, concoctées sur mesure à partir du profil biochimique d’une personne et parfois offertes en naturopathie, n’ont pas bonne presse dans les milieux médicaux conventionnels.

Précisions que malgré nos réserves, nous ne nous opposons pas aux hormones bio-identiques : comme mentionné plus haut, elles représentent un moyen supplémentaire de soulager une partie des difficultés éprouvées au cours de la période ménopausique, un choix valable pour plusieurs, à condition de bénéficier d’un suivi médical. Mais ce choix ne devrait pas être considéré en toute première option, car prendre un médicament n’est jamais anodin, il comporte des bénéfices, mais aussi des risques.

Même si les hormones, bio-identiques ou pas, peuvent convenir à plusieurs femmes, elles peuvent ne pas convenir à d’autres : nous sommes toutes différentes, nous avons une biochimie, une histoire et un mode de vie différents. N’affirmons pas qu’il s’agit d’une solution miracle puisqu’elle ne prend pas en compte la diversité des besoins et des réalités.

De fait, chaque personne devrait avoir le choix d’une option ou l’autre, « aux hormones ou au naturel », pour paraphraser le titre d’un livre écrit par un médecin et une naturopathe (3). Précisons-le : choisir une option suppose que celles-ci soient exposées, expliquées, comprises par les femmes et accessibles. Enfin, admettons qu’un accès élargi aux médicaments, quels qu’ils soient, ne devrait pas remplacer une solide politique gouvernementale de promotion de la santé.

Honorer et accueillir notre ménopause, sans tabou

Il est tentant de réduire nos inconforts physiques et notre mal-être existentiel à un « problème d’hormones ». Est-ce vraiment la faute de nos hormones? En partie, bien sûr. Mais ce qui se manifeste à travers elles représente le bout de la chaîne… elles peuvent signifier des déséquilibres souvent complexes liés à plusieurs aspects et dimensions de notre vie. Il n’est pas facile d’en comprendre les causes. Face à cette complexité, une solution réductrice, la prise d’hormones, nous est offerte. Nous accrocher à cette bouée de sauvetage est donc tout à fait légitime et compréhensible.

Au-delà de tous les « conseils » habituels de promotion de la santé (alimentation saine, activité physique quotidienne, respiration, sommeil, libération du stress) qui peuvent avoir une incidence réelle sur les malaises ressentis, n’existerait-il pas un angle mort, un aspect souvent oublié dans l’équation de nos vies? Pourrait-il se cacher au fond de nous, dans notre propre corps, telle une évidence? Oserions-nous plonger en nous-mêmes pour nous y abandonner et observer les messages du corps, même les plus subtils? À ce qu’il nous chuchote ou clame haut et fort? Si nous revisitions nos traumas, nos douleurs, nos deuils, nos silences et tous ces moments où nous nous sommes fait violence, que pourrions-nous y voir?

Pas facile…

Nous interroger avec bienveillance sur l’origine de ces inconforts, voire de ces douleurs, est peut-être l’opportunité d’apprendre à relâcher ce besoin de tout contrôler. Peut-être y trouverons-nous une immense quiétude libératrice. Peut-être au contraire y trouverons-nous des nœuds douloureux, faisant lumière sur ces zones en nous qui appellent notre regard. Au cours d’une vie, on en enfouit des malaises, des conflits.

Chaque mois, nos règles nous interpellent et nous offrent un moment d’intériorité pour faire le point. En ce sens, la ménopause peut faire figure de grand rendez-vous avec soi. On peut préférer l’éviter, parce que cet exercice s’avère parfois douloureux, mais ce ne serait qu’enfouir, encore et encore, ce qui pourra ressurgir un jour ou l’autre. Prendre le temps pour soi, pour son intérieur, est le plus beau cadeau que nous puissions nous offrir, en cette période de vie. Découvrir ses parts sombres pourra se répercuter sur notre environnement et déstabiliser nos relations sociales, mais au final, une profonde reconnexion avec notre corps et tout notre être pourrait aussi en découler.

Offrons-nous un peu d’amour… respectons nos rythmes et accueillons notre ménopause. Dans notre société matérialiste fondée sur la peur de la mort et le culte de la jeunesse, le grand tabou semble d’abord et avant tout spirituel.


Notes

1. Llana Lowy et Jean-Paul Gaudillière, « Médicalisation de la ménopause, mouvements pour la santé des femmes et controverses sur les thérapies hormonales », Nouvelles questions féministes, Vol. 24, N2, 2006, p. 48-65. En ligne :  https://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2006-2-page-48.htm

2. Dre Sylvie Demers, Hormones au féminin : Repensez votre santé, Montréal, Éditions de l’Homme, 2008.

3. Dr Paul Lépine et Danielle Ruelens, La ménopause : aux hormones ou au naturel? : une approche intégrée, Montréal, Les Éditions Québec-Livres, 2002, rééd. 2013.