Image corporelle
L’image corporelle des femmes, des enjeux de santé non négligeables
Comment se fait-il qu’aujourd’hui la plupart des femmes adultes aussi bien que bon nombre de toutes jeunes filles éprouvent un sentiment d’insatisfaction chronique en ce qui concerne leur corps? Au nombre des explications se trouve notre surexposition aux images publicitaires, notamment aux publicités mode. En effet, omniprésente dans nos vies, l’industrie de la mode façonne la définition courante de la beauté.
Souvent conçues par des spécialistes du comportement, les stratégies marketing et les publicités exercent une influence sur un ensemble de comportements sociaux et individuels qui dépasse largement le comportement d’achat des clientèles visées. On en vient à s’identifier non seulement au produit, mais à l’ensemble de l’environnement présenté par la publicité et particulièrement aux personnages mis en scène. Y a-t-il du mal à vendre du rêve?
Malheureusement, les publicités véhiculent en général des images fortement stéréotypées et un modèle de beauté inaccessible pour la majorité de la population! Les pratiques publicitaires de l’industrie de la mode exercent ainsi une influence bien documentée sur la promotion de la maigreur et du culte de la jeunesse. Or, la quête d’un modèle de beauté irréaliste suscite une angoisse qui ne fait que s’amplifier avec le temps, et qui peut entraîner de sérieux problèmes sociaux et de santé. Des jeunes, des adultes, toutes générations confondues, sont maintenant conditionnées à être d’avides consommatrices de régimes alimentaires et d’interventions esthétiques en tous genres, avec les conséquences sérieuses sinon dramatiques qui peuvent en résulter pour la santé.
… malgré le fait que 80 % des jeunes ont un poids normal, 45 % des enfants et 60 % des adolescents sont insatisfaits de leur image corporelle; les pratiques de contrôle de poids, telles que sauter des repas, jeûner toute une journée et commencer ou recommencer à fumer semblent très clairement installées chez plusieurs d’entre eux. Ces difficultés peuvent conduire à des troubles alimentaires comme l’anorexie et la boulimie. (Programme national de santé publique 2003-2010. Québec, Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux, 2007)
Aux États-Unis, 30 % des personnes qui ont recours aux chirurgies esthétiques proviennent de familles dont le revenu annuel ne dépasse pas 25 000 $. Chaque année, les Américains dépensent plus pour les soins de beauté et les cosmétiques que pour l’éducation.
Curieusement, les jeunes filles et les femmes âgées partagent maintenant une angoisse commune en ce qui a trait à leur image corporelle.
… Le tiers des utilisatrices de produits antirides n’a pas 25 ans. Une compagnie américaine a évidemment flairé le marché et lance une crème anti-âge destinée aux fillettes de 8 à 12 ans. (Rue Frontenac, vol. 1, no 16, du 24 février au 2 mars 2011)
Aux États-Unis de très jeunes filles ont recours au botox, une tendance qui s’observe aussi en Suisse. (« À peine 18 ans et déjà botoxées ». 20 minutes on line)
Une autre dimension de la problématique est l’escalade vertigineuse de la sexualisation de l’espace public au cours des dernières années, par le biais non seulement de la publicité, mais de l’ensemble des médias. Aujourd’hui, il est même « tendance » de produire des images qui s’inspirent directement de la pornographie, c’est ce qu’on appelle le « porno-chic »! Cette approche a pour effet de renforcer les stéréotypes sexuels et de perpétuer les rapports inégalitaires entre les hommes et les femmes. Y aurait-il un lien à faire avec l’augmentation de la violence conjugale et des agressions sexuelles qu’on observe chez les jeunes, et le fait que les filles âgées de moins de 18 ans constituent le groupe le plus touché par ce type d’agression (53 %)? (Portrait de santé des jeunes québécois âgés de 15 à 24 ans. Fédération des cégeps, 2010). D’ailleurs, une des recommandations de la Marche mondiale des femmes 2010 concerne directement cette question :
Nous revendiquons que le gouvernement du Québec mette en place des mesures concrètes pour prévenir et lutter contre les violences envers les femmes, notamment l’hypersexualisation et la marchandisation du corps des femmes, en commençant par légiférer en matière de pratique publicitaire.
Enfin, nous ne pouvons ignorer que les critères esthétiques de beauté répondent à des normes occidentales. Or, l’exclusion des femmes âgées, des femmes handicapées, des femmes racisées, des femmes « hors normes », etc., dans les publicités mode est le reflet de la marginalisation de ces femmes dans la société, et, sans le vouloir peut-être, y contribue.
[En Chine] À côté des cosmétiques, la chirurgie esthétique rencontre un succès impressionnant, en particulier le débridement des yeux et le rallongement du nez. Ces deux opérations représentaient 60 % des actes chirurgicaux enregistrés à l’Hôpital Nº 9 de Shanghai au cours de l’été 2002. Dans cet hôpital, on opère chaque jour plus d’une centaine de jeunes gens à la chaîne en moins d’une demi-heure. (Ariane Théroux-Samuel. La beauté féminine, un culte éternel et universel. Culture Magazine, Sunday, 01 February 2009)
L’image corporelle des femmes et des jeunes filles est donc une question complexe. Il ne s’agit pas de revenir à la censure ou à l’époque de la Grande noirceur. Il s’agit plutôt d’exercer une pensée critique, une pensée citoyenne en ce qui concerne des images dont nous sommes bombardées quotidiennement, enfants comme adultes. Il s’agit aussi de réfléchir et d’oser poser la question : est-ce qu’on exagère?
Le Québec a déjà fait un premier pas en adoptant la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée. Il s’agit toutefois d’une charte d’adhésion volontaire; il nous appartient donc collectivement de passer à l’action, les spécialistes de l’image aussi bien que le grand public.
Vous voulez agir
- Ne sous-estimez pas la force de votre pouvoir d’achat, encouragez d’abord les entreprises qui font la promotion d’images saines et diversifiées.
- Une publicité ou une image publique vous choque, première étape : faite une plainte au diffuseur.
- Soumettez la publicité ou l’image qui vous choque à la Coalition nationale contre les publicités sexistes (CNCPS) dont le mandat est de dénoncer publiquement les publicités sexistes et en exiger le retrait.
- Portez plainte au bureau des Normes canadiennes de la publicité (NCP).
- Signez la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée .
- Participez à la diffusion de nos deux dépliants (Mode, santé, femmes, innovez, agissez!, Et alors, y-a-t-il du mal à vendre du rêve ? La face cachée de la marchandisation du corps de la femme) dont vous pouvez obtenir gratuitement des copies en communiquant avec nous.
Tél. : 514 877.3189. Courriel : rqasf@rqasf.qc.ca.
Vous voulez alimenter votre réflexion
- Consultez nos publications sur le sujet
- Visitez notre microsite « Une intervention esthétique, c’est pas banal! »
- Visitez le blogue Pour une mode en santé, une initiative du RQASF