Chirurgie esthétique : la quête d ’une beauté stéréotypée

Chirurgie esthétique : la quête d ’une beauté stéréotypée

Liposuccion, Botox®, lifting du visage, augmentation mammaire, blanchiment de la peau, reconstitution des paupières… En cette époque où la science nous permet de croire que tout est possible, jusqu’où les femmes sont-elles prêtes à aller ? Que recherchent-elles ?

La plupart des femmes souhaitent être belles. Certaines en font même une obsession. Les transformations corporelles sont devenues banales, comparables à tout autre type de consommation courante. Malheureusement, plus les techniques se raffinent, plus les femmes sont encouragées à s’offrir un corps « à la carte », remodelé pièce par pièce. Au nom du progrès, on expérimente, on transforme. Au nom du progrès, les industries médicales et pharmaceutiques façonnent le rapport des femmes à leur corps. Au fil des découvertes et avec la complicité financière de diverses industries, les normes esthétiques sont aujourd’hui fixées au gré des développements technologiques. Cette quête de beauté s’accorde parfaitement bien avec le rôle traditionnellement accordé aux femmes. Malgré d’immenses progrès dans toutes les sphères de la société, particulièrement sur le marché du travail, les femmes ne se sont jamais senties aussi mal dans leur corps. N’est-ce pas paradoxal ?

Quelle beauté ?

La chirurgie esthétique vend du rêve, celui de ressembler à nos stars préférées, le rêve d’être regardée, admirée et aimée. S’aimer soi, et être aimée des autres. Des études ont démontré que dès la naissance, les beaux bébés reçoivent plus de caresses que les moins beaux. Cette caractéristique personnelle devient plus tard un facteur d’intégration sociale et professionnelle, facilite les liens d’amitiés ou les relations amoureuses.

Mais de quelle beauté s’agit-il ? La perception de la beauté féminine relève bien sûr de la culture. Or, avec la mondialisation, elle est aujourd’hui surtout reliée à la commercialisation et même à l’industrialisation d’un modèle unique: la jeunesse, absolument; la minceur, surtout, mais avec une poitrine généreuse et de longues jambes minces, de préférence; des dents bien alignées, évidemment… La force de l’industrie est de nous faire croire qu’il n’existe qu’une seule façon d’être belle. Et que cette beauté-là, idéalisée, est accessible si on y met l’argent nécessaire.

Cette course à la beauté tend à se répandre partout où la culture états-unienne globalisée impose ses règles. Dans un dossier spécial intitulé « Mon corps c’est comme je veux ! » (PDF), le Courrier de l’Unesco rendait compte en 2001 de la pression sociale que subissent les Vénézuéliennes pour correspondre au modèle unique: « Toutes ces femmes qu’on voit à la télé ont des fesses et des seins proéminents, des corps somptueux. Elles sont belles et ont l’air d’avoir du succès. On ne peut qu’avoir envie de leur ressembler ! », avoue Morelia, une dentiste. La fascination des Vénézuéliennes pour la chirurgie esthétique serait même en voie de devenir une spécificité culturelle ! Le fait de correspondre à ce standard de beauté est ainsi devenu une preuve de réussite sociale et de richesse. Et par le fait même un motif de discrimination et d’exclusion sociale pour qui ne s’y conforme pas.

Plus près de nous, le recours de plus en plus fréquent à la chirurgie esthétique par des femmes de plus en plus jeunes renvoie au même phénomène de société: correspondre au modèle à tout prix. La pression sociale est si forte que plusieurs femmes vivent un sentiment permanent d’inadéquation qui porte atteinte à leur estime personnelle. En 2005, la Gazette des femmes évoquait un phénomène en émergence aux États- Unis et qui se dessine au Québec : le remodelage esthétique du vagin. Dans ce cas précis, les critères de beauté sont fixés par les top modèles de l’industrie pornographique. Dans notre société hyper-individualiste, n’est-il pas paradoxal de devoir se conformer à un moule corporel très précis ?

La chirurgie esthétique est-elle efficace ?

En fait, recourir à la chirurgie esthétique ouvrirait plutôt la porte à une série infinie d’insatisfactions. Une injection de collagène aux lèvres révèle la nécessité d’un traitement antirides, une petite retouche à telle partie de son corps en entraîne une autre ailleurs, et ainsi de suite.

Selon l’organisme ÉquiLibre, qui a initié le programme Bien dans sa tête, bien dans sa peau, la chirurgie esthétique n’améliore pas l’image corporelle des femmes parce qu’elle n’agit pas sur la valorisation et l’acceptation de soi et de son corps, « véritables sources d’une image corporelle positive ».

À vos risques et périls…

La chirurgie esthétique serait-elle devenue un produit commercial comme un autre ? Dans sa grille thématique Chirurgie esthétique… du rêve au cauchemar (PDF), le RQASF fait état de plusieurs risques reliés à la chirurgie esthétique : infections, hématomes (accumulations de sang), asymétrie font partie des complications précoces possibles. Les risques d’embolie pulmonaire ou de phlébite sont certes faibles, mais ils existent. En ce qui concerne plus précisément la liposuccion, moyen rapide pour paraître plus mince, des blessures aux structures adjacentes, des pertes importantes de sang pouvant causer l’insuffisance circulatoire et un œdème persistant constituent d’autres complications possibles. Le lifting du visage, fort prisé pour paraître plus jeune, peut mener à une paralysie qui peut devenir permanente, à des cicatrices et à des déformations de l’oreille notamment. Enfin, à la suite d’une augmentation mammaire, soulignons qu’une ouverture de l’incision, une ulcération et une exposition de la prothèse par exemple, peuvent obliger le retrait de celle-ci. Des maladies autoimmunes comme le lupus érythémateux, la sclérodermie et la polyarthrite rhumatoïde ont aussi été associées aux prothèses mammaires.

Au Québec, il n’existe aucun registre des complications ni statistiques en cette matière, puisque les cas ne sont pas rapportés.

Comment quantifier ces risques et comment connaître le nombre de personnes qui ont subi des effets secondaires au cours des dernières années ? Et connaissons-nous le nombre de personnes insatisfaites du résultat ? Nous ne le savons pas.

Le saviez-vous ?

La chirurgie esthétique peut être pratiquée par des personnes non spécialisées, c’est-à-dire qui ne sont pas chirurgiens esthétiques ou plasticiens. Il s’agit de médecins généralistes ou d’autres spécialistes de la santé. Aucune norme ne régit tous les « moyens » proposés pour maigrir et rester jeune. Les femmes qui en subissent des préjudices n’ont aucun recours. La femme qui s’aventure à se faire découper, remodeler les jambes ou remonter le visage le fait à ses propres risques, tant sur le plan de la santé que sur le plan financier.

La beauté à tout prix ?

La reconstruction de notre corps à la pièce soulève des enjeux sociaux bien réels. Des enjeux économiques, par les millions de dollars qu’elle génère annuellement, et des enjeux de santé, car la chirurgie esthétique comporte des risques qui tendent souvent à être minimisés.

La standardisation et l’uniformisation du corps humain renvoie même à des enjeux philosophiques qui nous concernent toutes : faisons-nous disparaître la beauté de la diversité ?

Le mécanisme est toujours le même, il s’agit de se cacher derrière son corps. Le patient impute à une partie de son corps la raison de son mal-être. La personne fabrique les symptômes d’une douleur qui vient d’ailleurs en s’appuyant sur les critères esthétiques du moment… lorsqu’on opère, la souffrance reste, puisqu’on n’a pas traité la cause.
Maurice Mimoun : L’impossible limite. Carnets d’un chirurgien.

Chirurgie esthétique : quelques conseils avant de prendre une décision

Jusqu’où les femmes sont-elles prêtes à aller ? Que recherchent-elles ?

Quelques conseils avant de prendre une décision

1. Se questionner sur ses motivations

  • En quoi cette intervention peut changer ma vie ?
  • Suis-je prête à assumer les risques et l’impact tant positif que négatif de cette intervention ?
  • Vais-je pouvoir vivre avec le regard et les commentaires des autres ?
  • Vais-je me reconnaître ?

2. Bien s’informer avant de choisir sa chirurgie

  • Est-ce que mon état de santé me permet de subir une telle chirurgie ?
  • Quels seront les soins et les traitements complémentaires à la chirurgie ?
  • Quels sont les risques « prévisibles et probable s», quels sont ceux « possibles et rares » ?
  • Quelles sont habituellement les complications précoces et tardives ? (dans le cas de la pose d’une prothèse, exiger la brochure du fabricant.)
  • Quels sont les coûts de la chirurgie et de tous les autres coûts afférents ?
  • Advenant une complication, qui assumera les frais encourus ?
  • S’il y a lieu, quelle est la durée de vie de la prothèse ? Devrais-je éventuellement faire enlever cet implant pour en faire poser un nouveau ? Y aura-t-il alors d’autres considérations pour ma santé ?
  • S’il y a lieu, devrais-je éventuellement subir de nouveau ce type de chirurgie ?
  • Si oui, quels sont les délais habituels ?

3. Obtenir plusieurs avis médicaux. Éviter surtout la confiance aveugle.

4. S’assurer que les médecins consultés aient une formation en chirurgie plastique et esthétique.

5. Attention aux attentes irréalistes ! Aux risques physiques s’ajoute l’impact psychologique. Il y a risque de dépression postopératoire, que l’intervention soit ratée ou réussie.

6. Prendre ses propres photos avant et après l’intervention et les dater, même si un-e médecin prend des photos ; elles pourront servir de preuves le cas échéant.

7. Attention à vos droits ! Avant chaque intervention, les patientes doivent signer un formulaire de décharge. Ce dégagement de responsabilité n’est pas valide devant la loi, car nul ne peut exiger un renoncement à vos droits.

8. Refuser qu’un-e autre médecin que celle ou celui consulté effectue l’opération et ne signer aucune clause à cet effet. Reporter plutôt la date de l’intervention.

Dernier conseil

Si vous estimez que votre spécialiste a manqué à ses obligations, voici ce que vous pouvez faire.

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