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Dès le berceau, les filles sont soumises au regard d’autrui qu’elles finissent par intégrer. Pour développer leur propre personnalité, elles doivent faire retour sur elles-mêmes, et apprendre à se voir avec leurs propres yeux.

Pour briser cette chaîne qui se perpétue et même s’aggrave, pour faire obstacle à la pression du marché et offrir une autre voie à nos filles et à celles de notre entourage, on doit identifier les maillons. Les parents, les pédagogues et l’entourage contribuent à leur développement et à leur formation.

« L’estime de soi des filles est beaucoup plus associée à l’image corporelle », affirme Danielle Bourque, professeure de psychologie au Cégep de Sainte-Foy, à Québec. « Après le dur passage de l’adolescence, la confiance en soi des garçons remonte en flèche contrairement à celle des filles qui reste basse. »

Comme par hasard, l’anorexie et la boulimie frappent un nombre croissant d’adolescentes. Selon Santé Canada, le taux d’hospitalisation pour troubles de l’alimentation a augmenté de 20 % chez les femmes entre 1987 et 1999. « L’anorexique a la shape à la mode, soupire Danielle Bourque. À 6 pieds et 120 livres, les mannequins sont très en dessous de leur poids santé. »

Le saviez-vous ?

Depuis quelques années, aux États-Unis, des parents célèbrent la fin des études secondaires de leur fille en lui offrant une chirurgie esthétique. Selon l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery (ASAPS), 220 000 personnes de moins de 18 ans en auraient subi une ou plusieurs en 2003.

Selon Caroline Caron, le culte de l’image fragilise l’équilibre psychologique des jeunes filles. En 2002, elle a analysé le contenu de certains magazines pour adolescentes. Deux tiers des articles traitent des apparences et des relations amoureuses. Quant aux publicités, 52 % concernent des produits de beauté. Tester des crèmes et séduire des gars – par le sexe – semble être l’activité principale des filles. Rien à lire, ou presque, sur le monde, la politique ou l’environnement.

On peut s’interroger sur l’effet que ces revues ont sur la formation identitaire des jeunes.

En continuité avec le culte de l’image, l’apparition récente de nouveaux magazines pour ados montre bien que cette presse accroche les filles. Et celles-ci y puisent beaucoup de modèles identitaires. Pourtant, Caroline Caron ne prône pas la censure :

On ne peut pas prémunir les jeunes filles contre ces discours en leur interdisant de lire les magazines. Il faut plutôt les aider à décoder les contenus. L’esprit critique, ça ne se développe pas tout seul !

Les parents devraient feuilleter les revues avec leurs adolescentes et en discuter avec elles. Les photos sont-elles retouchées ? Les articles sontils complets ? Sous quel angle a-t-on abordé un sujet ? Que suggère-t-il ?

Pour Pierrette Bouchard, chercheuse en éducation, la liberté de pensée passe par l’éducation. Il faut apprendre aux jeunes à développer un regard critique sur les médias, sur la consommation, sur les stéréotypes et sur la sexualité. Réfléchir et s’informer, c’est ce qui donne une liberté de pensée et d’action, ouvre les horizons, multiplie les choix possibles, cultive l’indépendance.

Construire notre estime de soi sur celle que nous renvoie les autres, c’est fragile !

Chaque femme a sa propre histoire. À chacune de retracer ce qui l’a marquée, ce qu’elle a intégré comme valeurs, celles qu’elle retransmet dans ses propos et ses comportements.


Initialement publié dans Audacieuses, le défi d’être soi, produit par le RQASF, en 2005. Magazine d’éducation populaire et outil de sensibilisation, Audacieuses, le défi d’être soi veut favoriser le développement d’un esprit critique à l’égard des produits et services vendus pour transformer le corps des femmes, afin qu’il corresponde aux normes édictées par l’industrie de la mode, notamment.