Par le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes, dans le cadre de la campagne Le Fil Rouge.
Depuis près de 30 ans, le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF) ouvre la voie en matière d’équité menstruelle, bien avant que ce sujet ne devienne un levier de promotion commerciale ou un sujet de débat politique et médiatique.
Le travail du RQASF s’appuie sur son observatoire de veille et de recherche, ainsi que sur un vaste réseau de groupes communautaires et de personnes membres œuvrant par et pour les femmes partout sur le territoire. Ainsi, notre expertise est indépendante et ancrée dans l’expérience vécue des femmes et des personnes menstruées du Québec.
Cette expertise se traduit concrètement par des actions de sensibilisation : de la Campagne Rouge (2019-2021) au projet Le Fil Rouge (2021-2028) à La Semaine Rouge (2022-2026), le RQASF agit auprès de différents publics afin de démystifier les menstruations, de les valoriser et de favoriser l’accès à une information fiable sur la santé menstruelle.
Nous travaillons à faire entendre les réalités du terrain et reconnaître les menstruations comme un enjeu de santé publique, de justice sociale et de droits. À cette fin, notre équipe est régulièrement sollicitée pour participer à des comités, des concertations et des projets en lien avec la précarité menstruelle.
Pour toutes ces raisons, nous demandons que les organismes communautaires et les personnes directement concernées soient systématiquement consultées lorsque des discussions politiques se tiennent sur ces enjeux, afin d’éviter approximations et instrumentalisations.
Le RQASF défend une vision féministe des menstruations dont vous trouverez les grands principes ci-après.
Les menstruations : un phénomène normal et naturel.
Aujourd’hui encore, le phénomène physiologique est perçu comme quelque chose qu’il faut cacher, contrôler ou faire disparaître. Cette stigmatisation influence les politiques publiques, nourrit le marketing d’une industrie pesant quelques 36 milliards de dollars US par an, et affecte profondément l’expérience des femmes et personnes menstruées, de génération en génération.
À la racine de cet enjeu : la honte menstruelle, construction sociale encore trop peu nommée, mais solidement enracinée. Elle repose sur des stéréotypes, de la désinformation et des rapports de pouvoir qui ont historiquement associé les menstruations à l’impureté et à la faiblesse.
Cette honte est le terreau de la précarité menstruelle, notion trop souvent définie de façon approximative. La précarité menstruelle va bien au-delà du manque de produits : elle englobe également le coût des antidouleurs, des sous-vêtements et draps tachés à remplacer, des consultations médicales, l’absence d’espaces adéquats pour se changer ou se laver, les enjeux d’accès à l’eau potable et courante, ainsi que le manque d’éducation et de lieux sécuritaires pour parler du cycle menstruel.
Les produits menstruels : des produits de première nécessité.
Au RQASF, nous utilisons le terme « produits menstruels » – précis et descriptif -plutôt que « protections hygiéniques féminines », expression qui véhicule une idée de saleté et manque d’inclusivité. Les mots ne sont jamais neutres : ils reflètent et reproduisent des normes sociales.
Les produits menstruels ne sont ni un luxe ni des articles optionnels. Ils répondent à un besoin physiologique et conditionnent la santé, le confort, la dignité et la participation scolaire, professionnelle et sociale des personnes menstruées, en moyenne pendant 38 ans de leur vie. Leur accessibilité est une condition sine qua non d’égalité.
L’équité menstruelle : un accès universel et gratuit.
Toute personne menstruée devrait pouvoir accéder sans compromis à des produits adaptés à ses besoins, sans avoir à choisir entre se protéger et se nourrir ou se loger.
La précarité menstruelle ne concerne pas uniquement les jeunes : une mère monoparentale de 35 ans ou une femme vivant avec des fibromes causant des menstruations abondantes ou imprévisibles peut y être tout autant exposée. Ces réalités doivent être reconnues dans les politiques publiques.
L’approche féministe intersectionnelle du RQASF rappelle que si toutes les personnes menstruées peuvent vivre la précarité menstruelle, les plus touchées sont celles à faibles revenus, les mères monoparentales, les étudiantes, les personnes en situation d’itinérance, les nouvellement arrivées, les femmes autochtones, racialisées, en situation de handicap, vivant des incapacités, appartenant à la communauté LGBTQ2S+, incarcérées, ou vivant avec des affections comme les fibromes utérins. Les mesures à venir doivent être universelles et inclusives, comme l’Écosse l’a démontré.
À court terme, l’accès gratuit aux produits menstruels dans tous les lieux d’enseignement et espaces publics est une priorité absolue. Toutes les autres provinces canadiennes ont déjà mis en place des programmes en ce sens : mise en place des programmes universels, des projets pilotes ou des initiatives de distribution à grande échelle. À l’international, plusieurs pays, comme Écosse et Nouvelle-Zélande, montrent la voie en rendant les produits menstruels gratuits et accessibles à toutes les personnes qui en ont besoin. Il est grand temps que le Québec emboîte le pas. Pétition : Gratuité des produits menstruels dans les écoles du Québec — initiative d’un infirmier scolaire à l’école FACE de Montréal
Les produits lavables méritent également attention : ils réduisent le coût menstruel à long terme et l’empreinte environnementale. Des politiques de remboursement existent, mais les fonds demeurent insuffisants et irréguliers, leur communication pâtit encore de la honte menstruelle, et leur mode d’accès exclut les personnes les plus précarisées incapables d’avancer le coût d’achat initial, ou en situation de fracture numérique.
L’équité menstruelle, c’est aussi la sécurité des produits.
Rendre les produits menstruels gratuits ne suffit pas. Encore faut-il qu’ils soient sûrs. Le RQASF milite pour la transparence de leur composition : les personnes qui les utilisent ont le droit de savoir ce que contiennent les produits dont elles font usage 3 à 7 jours par mois pendant des décennies. Davantage de recherches indépendantes sont urgentes, et des décisions doivent être prises pour protéger la santé de la population.
De la précarité à l’équité menstruelle.
Alors que le prix des produits menstruels ne cesse d’augmenter, l’industrie continue de développer de nouveaux produits présentés comme innovants, mais qui reposent souvent sur la perpétuation de la honte menstruelle (par exemple à travers leurs publicités et leurs emballages qui présentent les règles comme un problème à dissimuler, à gérer discrètement, et en utilisant des euphémismes). Cette stratégie alimente des profits toujours plus importants, au détriment des femmes et des personnes menstruées qui se retrouvent davantage en situation de précarité.
L’équité menstruelle implique de reconnaître les menstruations comme une réalité biologique normale, de combattre la honte menstruelle et de garantir une éducation menstruelle complète, distincte du seul prisme de la sexualité, de la reproduction et de la contraception. La santé menstruelle est un sujet en soi.
Par conséquent, aucun dispositif de distribution ne peut atteindre sa pleine efficacité sans être accompagné d’une information accessible, indépendante et de qualité sur le cycle menstruel.
Nous saluons les initiatives récentes visant à améliorer l’accès aux produits menstruels, et nous réjouissons de la visibilité croissante de cet enjeu. Pétition : Mise en place d’un programme provincial de remboursement ou de prise en charge des protections menstruelles — initiative des pharmacies Mais une société véritablement équitable doit aller plus loin : elle doit transformer en profondeur le regard collectif sur les menstruations elles-mêmes.
Parce que les menstruations ne devraient jamais être une source de honte, d’exclusion ou d’inégalités.
Parce que l’accès aux produits menstruels est un droit, pas un privilège.
Les personnes concernées doivent être consultées.
En ce sens, le RQASF, regroupement national représentant une soixantaine de groupes membres (centres de femmes, syndicats et organismes féministes), soutient, par cette déclaration, que les personnes concernées doivent être au cœur des consultations. Leur expérience vécue constitue une expertise indispensable pour comprendre la complexité des enjeux, répondre adéquatement aux besoins et éviter des solutions déconnectées de la réalité. Leur participation permet d’élaborer des politiques, des programmes et des discours plus justes, pertinents et efficaces.
ANNEXE – DONNÉES STATISTIQUES
INFOGRAPHIES SUR LA PRÉCARITÉ MENSTRUELLE
ARTICLE : 5 vérités sur les menstruations qu’on aimerait arrêter d’expliquer en 2026



