Par Kenza Marine, Centre d’Action Sida Montréal, membre du RQASF

Peur d’en parler à ta ou ton partenaire, peur du jugement, peur du regard des autres… Toutes ces inquiétudes entourent encore les infections taboues du VIH et des ITSS.

Malgré les différents mouvements féministes pour briser le silence, la sexualité est encore une activité mécanique et peu discutée. Lorsque nous l’évoquons, que ce soit entre ami.e.s, ou dans les écoles, nous entendons « il faut se protéger pour ne pas tomber enceinte et pour ne pas attraper des maladies infectieuses ».

De cette manière, nous avons grandi en pensant que si nous avons des infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) ou le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), nous n’avons pas suivi les règles socialement édictées et on se sent alors coupables. Mais laissez-moi vous dire, à travers des témoignages et des recherches, que vous ne devez pas vous sentir ainsi, et qu’il existe plusieurs moyens de protection et plusieurs traitements.

Donc non, n’ayez crainte, ces maladies ne tuent pas si nous suivons un traitement adapté. Encore faut-il connaître son statut sérologique, d’où l’importance du dépistage.

“ Lorsque j’ai appris que j’étais séropositive au VIH, je pensais que c’était la fin. Dans le temps, il y avait peu de ressources et peu d’information là-dessus. Aujourd’hui, avec l’avancée de la médecine, j’ai des relations, je peux fonder une famille et avoir des enfants. Je vis bien avec le VIH.” (J. 2023)

Lorsque nous avons un écoulement nasal, de la toux et une obstruction nasale, nous savons que nous avons attrapé un rhume, nous prenons les moyens nécessaires pour nous soigner.

Notre santé nous tient à cœur, alors pourquoi pas notre santé sexuelle ?

Les ITSS

Contrairement aux infections connues, le VIH et les ITSS ne présentent pas toujours de symptômes, donc il est important de se faire dépister, sur des bases régulières, pour pouvoir se soigner le plus rapidement possible et éviter toute nouvelle transmission. Par la suite, si le diagnostic est positif à l’une de ces infections, un traitement sera nécessaire pour se soigner.

Pour la majorité des ITSS, telles que la chlamydia, la gonorrhée et la syphilis, l’infection bactérienne disparaît avec le traitement. Pour l’herpès génitale, les personnes sont infectées à vie, mais avec un traitement, il n’y pas de conséquences sur la santé.

Le VIH

Parlons maintenant du VIH, ce virus dont personne n’ose prononcer le nom car il est directement associé à de la discrimination, avec une connotation extrêmement négative. Pourtant, il existe un traitement efficace contre le VIH, sans effets secondaires, qui permet d’avoir une vie saine, heureuse et longue.

Si je venais à vous demander quels sont les mythes qui l’entourent, vous me citerez plusieurs réponses. À moi de les démystifier.

  1. Le VIH est l’autre appellation du Sida
    • Faux. Le VIH attaque le système immunitaire et lorsqu’il n’est pas traité, il devient le Sida. À ce moment-là, notre organisme est très faible, l’état de santé général se dégrade et le développement de diverses maladies augmente pouvant entraîner le décès.
  2. Le VIH se transmet par la salive.
    • Faux. Le VIH peut se transmettre par le liquide pré-éjaculatoire, le sperme, le sang et le lait maternel.
  3. Une personne séropositive peut encore avoir des relations sexuelles et avoir des enfants, si elle le souhaite et si elle suit un traitement.
    • Vrai. Lorsqu’une personne suit le traitement adéquat, la quantité de virus dans son sang (la charge virale) devient faible, le virus devient donc indétectable. La personne ne peut plus transmettre le virus. C’est l’équation I=I, soit Indétectable=Intransmissible.

Et qu’en est-il des femmes séropositives qui veulent devenir mères ?

Des études scientifiques ont montré que le VIH peut se cacher dans le lait maternel, même si la mère prend des médicaments antirétroviraux et qu’elle a une charge virale faible. Ainsi, il est recommandé aux mères séropositives de ne pas allaiter, car le VIH peut se transmettre par le lait maternel.

Pour pallier l’allaitement maternel déconseillé, le Québec a mis en place un programme provincial de préparation commerciale pour nourrissons, pour les mamans séropositives. Ainsi, les femmes éligibles se font rembourser l’équivalent d’une caisse de concentré liquide, à chaque semaine, jusqu’à ce que le bébé atteigne 1 an.

Il est donc nécessaire de recevoir une éducation sexuelle complète et appropriée, afin de comprendre tous les enjeux entourant la santé sexuelle. Cela va favoriser le respect envers les personnes LGBTQI2+, et ainsi prévenir les violences sexuelles, physiques et émotionnelles dans les relations.