Par cette question un peu surprenante, soulignons le malaise autour du concept même de « santé mentale », qui fort bizarrement connote davantage la maladie et le mal-être que la santé. De fait l’expression « santé mentale » a été vidée de son sens. Elle est communément utilisée tour à tour pour parler de maladie, de moments de crise, de personnes qui vivent avec des problèmes, un peu comme un raccourci commode. Comment en est-on arrivé, comme société, à entendre le contraire de ce qui est énoncé ?

Considérant les préjugés à l’encontre des personnes étiquetées « malades mentales » et leur stigmatisation historique, tout ce qui renvoie à la sphère mentale sème la peur et le rejet. Il s’agit de ce qui entoure la « folie », c’est-à-dire le fait de penser, d’agir et de se comporter en société de façon divergente de la norme ou de manière incompréhensible pour l’entourage. La folie est aussi alléguée devant l’expression intense ou désespérée de la détresse, en réponse à des conditions de vie difficiles, reliées à des problèmes de logement, à la pauvreté, aux violences vécues dès l’enfance ou tout au long de la vie. Par amalgame, le mot « mental » est devenu de facto négatif, même lorsqu’on tente de parler de santé. Sont en jeu : le regard sur la différence et le regard sur le mal-être, la détresse.

Vu la persistance de la stigmatisation, des efforts ont été réalisés autour des années 2010 afin de renouveler le concept de « santé mentale » en y rajoutant un qualificatif : ainsi fut créée la « santé mentale positive », afin d’en changer l’image et pour indiquer l’adoption d’une approche de promotion de la santé1.

Le 13 mars « Journée nationale de la promotion de la santé mentale positive »

CONSIDÉRANT que la santé mentale, c’est-à-dire l’état de bien-être psychologique et émotionnel d’une personne, est une composante essentielle de la vie et de l’état de santé en général;

« CONSIDÉRANT qu’il existe une méconnaissance des différences entre la santé mentale et la maladie mentale; »

(…)

Ainsi se lisent les premières ligne d’une loi que le gouvernement du Québec a votée en 2022 afin de répondre aux pressions des organismes de défense de droits et de promotion en « santé mentale », qui souhaitent ardemment un changement de perspective en la matière.

Il s’agit de reconnaitre la « santé mentale » comme un état de bien-être… Comment la santé mentale positive contribue-t-elle à changer les regards stigmatisants sur les personnes vivant avec des « troubles de santé mentale » diagnostiqués, qu’elles soient heureuses ou pas ?

Selon nous, une approche plus radicale est nécessaire pour changer collectivement face à tout ce qui concerne la « santé mentale ». Car même positive, il en ressort toujours un soupçon, une teinte, une odeur de négativité.

L’union corps-esprit

Pour agir avec encore plus de profondeur, l’approche globale et féministe de la santé propose :

  • de changer notre paradigme en santé
  • de regarder l’humain comme un tout unifié, où il n’y a pas de frontière entre le mental et le physique
  • de reconsidérer les impacts de la biomédecine sur le regard normalisant qui segmente l’être humain
  • de prendre conscience que le DSM (manuel diagnostique américain des troubles mentaux) a colonisé nos esprits et la culture occidentale, au point où les diagnostics deviennent l’identité principale des personnes
  • de s’inspirer du mode de pensée holistique des médecines traditionnelles et « non conventionnelles », par exemple autochtones, chinoise, ayurvédique, homéopathique
  • d’accepter les différences entre les humains : différences de comportements, différences de réactions face aux difficultés de la vie, etc.

Bref, de promouvoir enfin une vision holistique de la santé.

Car la « santé mentale », c’est la santé, tout court.

P.S. : Saluons l’existence de cette Journée, travaillons ensemble et imaginons toutes les stratégies possibles pour diminuer les discriminations à l’encontre de personnes qui souffrent ou qui sont jugées « anormales ». Et en passant… avez-vous déjà entendu parler de santé physique positive ?

par Isabelle Mimeault, responsable de la recherche et formatrice au RQASF


  1. (1) Voir DUHOUX, A. (2009). « Santé mentale positive : du traitement des maladies mentales à la promotion de la santé mentale », Quintessence, vol. 1, no 2; Institut canadien d’information sur la santé (2009) Explorer la santé mentale positive, ICIS ↩︎