Santé des os et contraceptifs hormonaux

L’os est un tissu vivant, en constant remodelage. Il s’y produit un mouvement constant, à la fois de formation et de résorption du tissu. S’il se perd plus d’os qu’il ne s’en forme pendant une certaine période de temps, l’équilibre entre formation et résorption est rompu et cela affaiblit les os.

Appliquer le principe de précaution chez les jeunes

Un cycle menstruel normal (idéalement avec ovulation) est le meilleur garant de la santé osseuse chez les femmes, à cause du mouvement répétitif de la danse des hormones estradiol et progestérone. Cela n’est pas surprenant : le cycle menstruel est un produit de la sélection naturelle. L’estradiol, sécrété en quantité moyenne ou grande pendant la phase folliculaire du cycle, prévient la perte d’os. Mais quand le taux de cette hormone dans le sang chute, vers la fin du cycle, cela fait au contraire augmenter la résorption ou la perte osseuse. Or, la progestérone, présente en forte quantité lors de la phase lutéinique, favorise la formation osseuse. Une femme qui menstrue naturellement a donc, à l’intérieur d’une période d’environ un mois, l’occasion de remodeler son tissu osseux. À l’autre extrême, on a de jeunes femmes anorexiques (qui n’ont pas de menstruations) dont l’ossature ressemble à celle de femmes de 80 ans.

L’intensité du remodelage est aussi important. On doit viser une masse osseuse stable, résultant d’un mouvement suffisant de formation et de résorption.

Pendant l’adolescence, la masse osseuse augmente continuellement, car il se produit beaucoup plus de formation que de résorption. En réalité, c’est pendant cette phase de la vie que la masse osseuse augmente le plus. Non seulement les os grandissent, mais, tel que mentionné ci-dessus, la formation de tissu osseux est plus intense que sa résorption. À environ 25 ans, la masse osseuse a déjà atteint son sommet. Celle-ci tend à demeurer stable pendant l’ensemble de la vie reproductive, pour ensuite diminuer à la périménopause. Il est donc important de voir à ce qu’une bonne masse osseuse se forme pendant l’adolescence et le tout début de la vie adulte.

Les études sur l’effet des contraceptifs hormonaux sur l’ossature des femmes démontrent de façon claire que, chez les utilisatrices de ces hormones synthétiques, la masse et la densité minérale osseuses sont moins importantes que chez les non-utilisatrices. Cela est particulièrement évident chez les adolescentes et les jeunes femmes.

Chez les femmes adultes, l’effet semble être différent, car on a observé un léger effet protecteur des contraceptifs hormonaux sur leur ossature. Le processus de remodelage des os semble en effet varier selon les phases de la vie. Ce qu’il est important de retenir ici est que les adolescentes et les jeunes femmes adultes qui prennent des contraceptifs hormonaux (que ce soit par voie orale, par patches, par injection, par stérilet ou par anneau) se préparent un futur d’ostéoporose.

– Andrée Hamelin, membre individuelle du RQASF

Sources bibliographiques

Brajic, Tatjana S. et coll. (2018). « Combined hormonal contraceptives use and bone mineral densitty changes in adolescent and young women in a prospective population-based Canada-wide observational study », Journal of Musculoskeletal and Neuronal Interaction, vol. 18, no 2, p. 227-236.
Goshtasebi, Azita et coll. (2019). « Adolescent use of combined hormonal contraception and peak bone mineral density accrual: A meta-analysis of international prospective controlled studies », Clinical Endocrinology, vol. 90, no 4, p. 517-524.
Prior, Jerilynn C. (2016). « Adolescent’s use of combined hormonal contraceptives for menstrual cycle-related problem treatment and contraception: Evidence of potential lifelong negative reproductive and bone effects », Women’s Reproductive Health, vol. 3, no 2, p. 73-92.
Prior, Jerilynn C. (2016). « Apply the precautionary principle concerning combined hormonal contraception use in adolescents », Women’s Reproductive Health, vol. 3, no 2, p. 113-116.
Prior, Jerilynn C. (2018). « Progesterone for the prevention and treatment of osteoporosis in women », Climacteric, vol. 21, no 4, p. 366-374.


Vous appréciez ce billet ? Passez le mot et partagez.

Passer le mot