Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 22, Automne 2000

Le Depo-Provera : un contraceptif risqué pour la santé des femmes

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Lors de notre recherche action de 1999 sur l'état des services de planning dans le réseau public québécois, nous avons découvert, non sans surprise, que deux ans après son approbation comme contraceptif au Canada, le Depo-Provera, aussi appelé injection contraceptive, est déjà le troisième contraceptif offert, en quantité, par les intervenantes et intervenants des centres hospitaliers et des CLSC du Québec, après la pilule et le condom. Ce nouveau contraceptif serait-il " la " solution pour les femmes en matière de contraception ? Les femmes peuvent-elles l'utiliser en toute confiance ? Malheureusement, on peut en douter.

L'approbation du Depo-Provera
L'approbation du Depo-Provera comme contraceptif au Canada en 1997 n'a pas été de tout repos pour la compagnie pharmaceutique Upjohn, fabricant du produit. Le Depo-Provera, une hormone synthétique de type progestérone, était approuvé jusque-là comme médicament pour le traitement de l'endométriose et de certaines formes de cancer. Remarquant ses propriétés anticonceptionnelles à la fin des années 1970, la compagnie Upjohn demande à plusieurs pays l'autorisation de sa mise en marché comme contraceptif. Upjohn dépose sa demande au Canada dès le début des années 1980. En 1983, une vaste coalition de groupes de femmes de tout le pays se met sur pied pour s'opposer à son approbation. Par divers moyens, les membres de la coalition expriment leurs préoccupations quant aux risques que comporte ce médicament pour la santé et son d'administration massive et abusive à certains groupes de femmes (autochtones, handicapées, etc.). Santé Canada rejettera la demande de la compagnie à trois reprises (en 1989, 1992, 1993), s'appuyant sur des recherches indiquant que la progestérone synthétique injectable augmenterait l'incidence du cancer du sein et du col de l'utérus chez les femmes de moins de 35 ans.

Pourtant, en 1997, Santé Canada autorise le Depo-Provera, malgré les doutes qui persistent sur les liens de ce dernier avec les cancers du sein et du col. Déjà, en 1991, l'étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur laquelle les États-Unis et le Canada se sont beaucoup appuyés pour autoriser l'utilisation du Depo-Provera observait une association entre le produit et l'augmentation de l'incidence du cancer du sein, particulièrement chez les femmes de moins de 35 ans. Malgré ce fait, les chercheurs de l'OMS concluent qu' " il ne fallait pas s'inquiéter, car le risque observé n'était pas plus élevé que celui associé aux autres contraceptifs hormonaux ". Or, cette étude s'est effectuée auprès de femmes de la Thaïlande, du Kenya et du Mexique où le taux de cancer du sein est très faible.

En 1995, le Journal of the American Medical Association publiait une étude combinant les résultats de l'OMS et ceux de plusieurs recherches réalisées en Nouvelle-Zélande, pays dont l'incidence du cancer du sein est comparable à celle d'Amérique du Nord. Cette étude révélait une incidence accrue du cancer du sein chez les femmes qui recevaient des injections depuis peu de temps, doublant même chez celles de moins de 25 ans. Ni l'une ni l'autre des deux études ne pouvait déterminer si le Depo-Provera favorisait l'apparition du cancer du sein ou s'il accélérait la croissance de tumeurs préexistantes. Paul Roufail, médecin, alors responsable de ce dossier à Santé Canada, aurait précisé que les nouvelles données concernant les effets du Depo-Provera sur la perte de densité osseuse (pouvant provoquer le développement de l'ostéoporose) chez les jeunes femmes, clientèle visée par cette nouvelle méthode, n'avaient pas été analysées par le comité d'experts mandaté pour étudier la demande d'Upjohn (D.E.S. Action, Bulletin, printemps 1997.).

En fait, aucune nouvelle étude ou nouvelle donnée prouvant l'innocuité du Depo-Provera hors de tout doute expliquerait le changement de position de Santé Canada entre 1993 et 1997. Les recherches sur les effets du Depo-Provera à long terme (sur la perte de densité osseuse, par exemple) sont insuffisantes pour affirmer qu'il ne comporte pas de risques pour la santé des femmes. Que reste-t-il pour expliquer l'autorisation du Depo-Provera, sinon l'influence du puissant lobby de la compagnie pharmaceutique qui le produit?

Le Depo-Provera et ses effets secondaires
Le Depo-Provera est injecté dans un muscle de la fesse ou du bras tous les trois mois. Il empêche l'ovulation, amincit la couche interne de l'utérus (l'endomètre), ce qui empêche un ovule fécondé de s'y implanter, et épaissit le mucus cervical afin de rendre le passage des spermatozoïdes dans le col utérin plus difficile. Si la première injection est administrée dans les cinq jours suivant le début des menstruations et si les subséquentes ont lieu toutes les douze semaines, le Depo-Provera est efficace à plus de 99 %.

Comme tous les contraceptifs à base d'hormones, le Depo-Provera a un effet systémique, c'est-à-dire sur plusieurs fonctions du corps. Chaque femme réagit aux hormones de façon distincte. L'effet contraceptif du Depo-Provera, de même que ses effets secondaires, durent trois mois. Une femme n'a aucun moyen d'arrêter son action ni ses effets si elle éprouve des problèmes. Or, les effets secondaires rapportés sont souvent importants et non négligeables.

Le Depo-Provera provoque des irrégularités menstruelles et une absence totale de menstruations à long terme. Dans les premiers mois de son utilisation, les femmes rapportent des saignements irréguliers ou imprévisibles. Sur le site Web Depo-Provera users' information resource (www.depo-users.com), un site des plus intéressants qui invite les utilisatrices du Depo-Provera à faire part de leur expérience, positive ou négative, avec ce contraceptif, nous avons trouvé le témoignage suivant : " J'ai eu ma première et dernière injection de Depo en janvier 2000. Après quelques semaines, j'ai commencé à saigner. Ça a duré trois mois, après quoi j'ai eu des " saignotements " un autre mois. J'ai immédiatement perdu ma libido et je ne lubrifiais plus. Je suis toujours fatiguée, déprimée, agressive, sur le bord des larmes. Mon humeur change constamment et je m'inquiète pour tout et pour rien. À ce jour, je ressens toujours ces effets et j'attends toujours le retour de mes menstruations. "

Les effets décrits dans ce témoignage ne sont pas rares. En plus des irrégularités menstruelles, les effets secondaires les plus souvent rapportés par les utilisatrices du Depo-Provera sont les maux de tête, les troubles abdominaux; la nervosité, les sentiments dépressifs et le gain de poids. En raison de l'effet prolongé du Depo-Provera, le rétablissement des menstruations, après interruption de son administration peut être difficile à prévoir. Si l'arrêt du Depo-Provera se fait après des injections multiples, le retour des menstruations et de la fertilité peut prendre jusqu'à 18 mois; on déconseille donc aux femmes qui désirent une grossesse dans un avenir rapproché d'opter pour ce moyen contraceptif.

Vu les risques du Depo-Provera pour la santé, ses effets indésirables souvent pénibles et l'évaluation déficientes de ses conséquences à long terme, la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) recommande fortement la prudence à toutes les femmes qui envisagent l'utiliser. Sur le site mentionné ci-haut, un sondage éclair révèle que 75 % des femmes n'auraient pas choisi le Depo-Provera si elles avaient su ce qu'elles savent aujourd'hui à son sujet. Ce contraceptif, sur lequel les femmes n'ont pas le contrôle et qui oblige des visites régulières chez le médecin, représente-t-il un choix vraiment intéressant pour les femmes en matière de contraception ? Encore là, on peut en douter…

Pour de plus amples informations sur le Depo-Provera, son mode d'utilisation, ses contre-indications, ses effets secondaires, ses avantages, ses inconvénients et ses risques pour la santé, commandez votre copie de L'injection contraceptive ou Depo-Provera : est-ce pour vous ? disponible à 1.50 $ l'unité à la FQPN au (514) 866-3721. Québec

Nathalie Parent
Fédération du Québec pour le planning des naissances

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