Un premier Forum : une histoire à suivre
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Les 21 et 22 novembre derniers, l’Institut du Tourisme et de l’Hôtellerie du Québec, à Montréal, accueillait le premier Forum pour la santé des femmes organisé par le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes. C’est dans une atmosphère chaleureuse et conviviale que se sont réunies plus d’une centaine de femmes. Motivées par un même intérêt, elles s’étaient donné rendez-vous afin de mener, conjointement, une réflexion sur les tenants et aboutissants de la santé des femmes.
Les participantes, issues de tous les milieux socioprofessionnels, se sont faites les porte-parole d’un grand nombre de femmes à travers le Québec: groupes de femmes nationaux, régionaux ou locaux; réseau de la santé et des services sociaux; instances gouvernementales; praticiennes de médecines alternatives; chercheures et milieu de l’éducation. Vous l’aurez constaté, nous avons atteint notre objectif de multidisciplinarité, caractéristique importante de notre organisme. Et si une majorité était déjà ralliée à la cause et membre du Réseau, d’autres sont devenues membres au cours de l’événement.
Point culminant des consultations régionales
Au printemps dernier, le Réseau organisait une série de consultations à travers le Québec afin de présenter, lors du Forum, une proposition de Cadre de référence pour la santé des femmes (le Cahier de la participante) rédigée à partir de l’analyse des rencontres. Au Forum, les différents débats menés à partir de ce cahier de travail nous ont permis d’identifier des stratégies et moyens d’intervention pour répondre au réel désir d’action manifesté lors des consultations. Un climat de respect mutuel ainsi qu’une véritable communion d’esprit nous ont suivies tout au long de ces deux journées entretenant une atmosphère particulièrement consensuelle. Ces deux jours se voulaient un moment opportun pour prendre le temps de réfléchir sur nous-mêmes et nous poser les bonnes questions: comment se réapproprier notre santé? Quelle serait notre propre définition de la santé? Quelles sont nos préoccupations en terme de santé? Le tout selon notre propre agenda, bien entendu! Malgré tout, nous avons eu quelques difficultés à nous détacher totalement de la réalité - particulièrement des conséquences de la transformation du réseau de la santé - pour nous centrer uniquement sur nos besoins.
Le samedi, Chantal Lapointe, présidente du Réseau, a ouvert le Forum, animé avec brio par Françoise Guénette, journaliste. Après une mise en contexte sur la définition de la santé par Maria De Koninck, Louise Guyon a brossé le portrait actuel de la santé des femmes, suivie de Claire Fortin qui nous a éclairées quant à la procédure d’adoption des priorités gouvernementales au ministère de la Santé et des Services sociaux. Enfin, et sur une note humoristique, Renée Ouimet et Johanne Marcotte nous ont incitées à être des féministes plus subversives!
L’après-midi s’est terminé par un intensif travail en ateliers et le fruit de ces réflexions présenté le lendemain, fut discuté en plénière. De nombreuses propositions ont été émises parmi lesquelles trois mandats précis: arrêter une définition de la santé, faire avancer le débat sur les spécificités des lesbiennes, dont l’évocation a stimulé le débat et, redéfinir l’éthique médicale selon une vision féministe. Enfin, le Forum s’est terminé sur une déclaration, saluée avec enthousiasme, puisqu’elle répondait au désir d’action formulé tout au long de ces deux jours. Pour concrétiser cette volonté, elle a été immédiatement diffusée auprès des médias, et présentée aux partis politiques lors des rencontres électorales sur la condition féminine. Les échanges sur une définition de la santé ayant soulevé de nombreuses réflexions, un comité de travail sera constitué au sein de Réseau pour permettre d’adopter une définition commune lors de l’assemblée annuelle des membres, en juin prochain. Si vous souhaitez vous joindre à ce comité, n’hésitez pas à vous faire connaître.
Un Forum festif
Les dîners thématiques ont connu un franc succès. L’objectif de la formule était de mettre à profit des participantes, des résultats de recherches ou des expériences de services spécifiques répondant aux besoins des femmes. Parmi les différents thèmes proposés, quelque-uns ont connu une certaine notoriété (amélioration de la santé des femmes en milieu de travail; réflexion sur la transmission des valeurs féministes aux jeunes; santé reproductive des immigrantes arabo-musulmanes au Québec), tandis que d’autres étaient particulièrement novateurs (place de la spiritualité féministe dans la santé; connaissance des besoins des aidantes naturelles; service de prévention SIDA/MTS auprès des travailleuses du sexe). Tous ont été fort appréciés, d’autant plus que le repas était succulent! Et que dire du cocktail de premier anniversaire du Réseau! Un moment privilégié d’échanges entre les participantes, autour d’un bon verre de vin et d’un morceau de fromage, les rencontres sont facilitées!
Des suites en perspective
Malgré la densité et l’intensité du programme, l’assiduité des participantes était remarquable. Elles ont été unanimes à exprimer leur satisfaction. L’événement a été qualifié d’enrichissant, très pertinent, stimulant, voire nourrissant (sic!). L’excellente animation de Françoise Guénette a été fort appréciée de même que l’accueil et le service des étudiantes et étudiants de l’Institut. Enfin, nombreuses sont les participantes désireuses d’assurer un suivi dans leur milieu, soit par l’intermédiaire d’un article, par la mise en place d’une session de formation sur la santé des femmes ou plus simplement par un compte-rendu verbal. Du coté du Réseau, nous allons mettre à la disposition des personnes intéressées un compte-rendu des interventions. Nous enrichirons le Cahier de la participante grâce aux propositions et commentaires exprimés aux cours des nombreux échanges. Le tout permettra de rédiger notre Cadre de référence qui sera disponible au printemps prochain.
Convaincu que la meilleure stratégie pour promouvoir notre vision de la santé repose sur les liens étroits que nous développons entre actrices de différents milieux, le Réseau souhaite étendre son action via un réseau de membres-relais dans tout le Québec. Ce nouveau mécanisme d’information et de concertation sera mis à l’essai pour une première année avec des membres intéressées. Quelques-unes se sont déjà portées volontaires alors que d’autres réfléchissent à la proposition.
Le bilan du Forum est donc très positif. Mais le chemin à parcourir pour atteindre notre objectif commun est encore long! Aussi, soyons nombreuses à retrousser nos manches pour faire avancer la cause des femmes et de leur santé en particulier. Finalement, je tenais à remercier très sincèrement toutes les participantes pour nous avoir permis de faire ce bout de chemin ensemble et j’espère, au nom du Réseau, que nous vous garderons longtemps dans nos rangs!
Arielle Cassini
NOTRE DÉCLARATION
Cette déclaration du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes fait partie du processus de consultation enclenché il y a un an visant à faire reconnaître les droits et spécificités des femmes en matière de santé. Présentée en conclusion du Forum pour la santé des femmes, elle a été diffusée auprès des médias et auprès des partis politiques pendant la campagne électorale. Elle constitue un jalon supplémentaire essentiel au long parcours entrepris vers l’élaboration du premier Cadre de référence pour la santé des femmes au Québec.
- Considérant que les femmes constituent 52% de la population québécoise et que cette proportion augmentera au cours des trente prochaines années;
- Considérant que les rapports sociaux entre les hommes et les femmes continuent d’être globalement porteurs d’inégalités;
- Considérant que les Québécoises s’appauvrissent, ce qui a un impact négatif et direct sur leur santé;
- Considérant que la réforme accélérée du système de santé et la poursuite obsessive du déficit zéro ont réduit l’accessibilité aux services de santé;
- Considérant que les politiques actuelles en matière de santé des femmes ne sont pas toutes appliquées;
- Considérant le peu de services de santé spécifiques offerts aux femmes et ce, malgré des besoins spécifiques clairement définis;
- Considérant que les femmes ont leur mot à dire sur les pratiques médicales actuelles et à venir;
- Considérant le développement accéléré et anarchique des technologies biomédicales;
- Considérant que l’enjeu de la santé des femmes a été occulté pendant la campagne électorale;
- Considérant toutes ces données, généreusement appuyées par l’expérience des utilisatrices, des chercheuses, des travailleuses et des intervenantes en santé des femmes;
Nous exigeons du gouvernement du Québec de:
- Faire de la santé des femmes une priorité;
- Garantir la mise en œuvre des engagements et orientations en santé des femmes, déjà adoptés par le gouvernement du Québec, et ce, dans toutes les régions du Québec;
- Réaffirmer la nécessité d’un système public consolidé;
- Revenir à la mission originale des CLSC;
- Réserver aux femmes 50% des sièges à toutes les instances décisionnelles du système de santé (Conseils d’administration des Régies régionales de la santé et des services sociaux ainsi que des divers établissements);
- Reconnaître la nécessité et l’expertise des organismes communautaires en santé des femmes et les financer en conséquence;
- Reconnaître et intégrer au système de santé, les approches alternatives et complémentaires de santé afin d’en garantir l’accessibilité;
- Garantir la tenue d’un sommet autour des enjeux éthiques et collectifs des nouvelles technologies et pratiques médicales;
- Reconnaître le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes comme interlocuteur incontournable, représentant les intérêts des Québécoises en matière de santé des femmes.
VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 17, Hiver 1999