Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 35, Printemps 2005
Dans le cadre du colloque Écodéfi 2005, nous avons pu entendre l'opinion de quatre spécialistes sur la question de l'environnement et la santé respiratoire des femmes. Il s'agissait de Margaret Becklake de l'Université McGill, d'Isabelle Gremy de l'Observatoire régional de santé d'Ile-de-France, de Pierre Lajoie de la Direction de la santé publique de Québec et de Louis Drouin de la Direction de la santé publique de Montréal. Les objectifs de l'atelier étaient de faire le point sur les principaux problèmes liés à la pollution atmosphériques, à ses effets sur la santé en général et sur la santé des femmes en particulier ainsi que d'identifier les avenues de solution pour améliorer la situation.
Impacts de la pollution atmosphérique sur la santé
Dans son exposé, le Dr. Louis Drouin rappelle que femme ou homme, nous serons soumis à des concentrations de CO2 qui devraient tripler d'ici 2010. Déjà, les épisodes de smog en hiver sont préoccupants. Selon le Dr Drouin, les effets des polluants sur notre santé respiratoire peuvent se faire sentir à court et à long terme, ayant entre autres pour conséquences, l'altération des fonctions pulmonaires, l'augmentation de la sévérité et de la fréquence des crises d'asthme ainsi que la mortalité due aux maladies cardiovasculaires. Les personnes atteintes de maladies chroniques, âgées ou en bas âge, ou très actives, sont les plus vulnérables aux agressions des polluants atmosphériques.
Effets différenciés selon le sexe
Le Dr Becklake nous rappelle que les hommes et les femmes ne réagissent pas de la même façon à différentes situations et à différents contaminants. Leur situation de travailleurs ou de travailleuses, leur niveau de revenu et leur milieu de vie sont des variables importantes à prendre en compte lors des études différenciées sur la santé. Pourtant, encore aujourd'hui, il y a trop peu d'études scientifiques sur la santé qui précisent les différences entre les hommes et les femmes.
Qu'en est-il d'une sensibilité différente selon le sexe à la pollution atmosphérique? Selon Madame Gremy, cette question n'a été que très rarement étudiée. Elle retient une revue bibliographique effectuée par Isabella Annesi-Maesano en 2003 qui recense 25 études ayant exploré cet aspect. Parmi les douze études concernant les enfants, huit concluent à un risque supérieur chez les filles, mais seulement dans le cas de certains indicateurs de pollution et de certains indicateurs sanitaires. Chez les adultes, parmi les quatorze études citées, huit concluent à un risque supérieur chez les femmes, mais là encore, seulement pour certains polluants et certains autres indicateurs. D'où la difficulté, actuellement, de confirmer avec certitude une différence de sensibilité entre les hommes et les femmes sur cette question.
Les interprétations proposées pour expliquer la plus grande sensibilité des femmes aux polluants atmosphériques restent donc, pour l'instant, très hypothétiques. Des distinctions biologiques liées aux hormones ou à la conformation des voies respiratoires ont été évoquées, de même que des disparités sociales entraînant des différences dans l'exposition ou dans la prise en charge médicale des diverses pathologies. Mais avant de faire des hypothèses sur la biologie, il faut indiscutablement confirmer la plus grande sensibilité. (1)
Malgré la difficulté à prouver que la pollution agit différemment sur la santé selon que l'on soit un homme ou une femmes, Pierre Lajoie de la Direction de la santé publique de Québec, affirme que les connaissances scientifiques actuelles indiquent que les femmes sont davantage touchées par les maladies respiratoires chroniques (asthme, maladies pulmonaires obstructives chroniques-MPOC, cancer du poumon) que les hommes, notamment à partir de l'adolescence. Ce serait les différences biologiques et physiologiques qui expliqueraient ces excès, mais entreraient aussi en ligne de compte des disparités aux plans social, culturel et environnemental. Des études réalisées dans le cadre de l'Enquête Santé Québec, en 1998, confirment la plus grande vulnérabilité des femmes en ce qui a trait au système respiratoire et posent la lutte contre les maladies respiratoires chroniques chez les femmes, tel l'asthme, comme un véritable défi.
Pour sa part, le Dr Becklake a présenté une étude de l'épidémiologiste
Francine Kauffmann (2)effectuée en 1995, en France, et qui comptait un échantillon d'environ 22 000 adultes âgés entre 25 et 59 ans. Cette étude a été parmi les premières à mettre en évidence la complexité des différences de santé respiratoire entre les hommes et les femmes, et pour des tranches d'âge consécutives. Elle a également permis de constater que pour la période de l'enfance, l'asthme est une maladie de garçon. À l'adolescence et pendant toute la vie reproductive des femmes, c'est l'inverse. À l'âge de la ménopause chez les femmes, ce sont les hommes qui font de nouveau plus d'asthme. Ce changement serait attribuable à des facteurs endocriniens et immunologiques. À la naissance, jusqu'à l'adolescence, les filles sont plus avantagées pour résister aux maladies respiratoires. À l'adolescence, cependant, l'influence de ces avantages diminue vis-à-vis d'autres facteurs. Pendant la vie reproductive des femmes, des facteurs immunologiques et hormonaux augmentent l'incidence de l'asthme. Après la ménopause, l'influence des facteurs hormonaux diminuent, et l'incidence de l'asthme s'atténue chez les femmes par rapport aux hommes, mais cela peut être renversé avec une thérapie hormonale.
Avenues de solutions
Ainsi, nous sommes loin d'avoir un portrait clair de la situation concernant l'affection différenciée des hommes et des femmes par rapport aux maladies respiratoires. C'est encore moins précis quant au niveau d'exposition et aux effets des polluants atmosphériques sur la santé des femmes en particulier. Puisqu'il a été démontré que la pollution atmosphérique avait un impact non négligeable sur la santé, il est suggéré, par souci de précaution, de restreindre notre exposition aux polluants et de les réduire à la source.
Les avenues de solutions proposées par le Dr. Drouin, pour diminuer l'impact de la pollution atmosphérique sur la santé, réfèrent à des actions s'attaquant à la pollution due au transport et à la production d'électricité ainsi qu'à une diffusion efficace de l'information concernant les risques de la pollution atmosphérique sur la santé. Les moyens qu'il propose pour tenter d'y parvenir sont de restreindre le nombre de véhicules sur les routes en finançant davantage les transports en commun, en aménageant plus de pistes cyclables et en encourageant le co-voiturage; de réduire la pollution générée par les véhicules en améliorant leur inspection et leur entretien; de définir un plan intégré en aménagement du territoire; d'augmenter l'efficacité énergétique; de maintenir un programme d'information incluant l'indice des épisodes de smog et de maintenir une surveillance de la qualité de l'air en temps réel.
En résumé, pour réduire notre exposition à des contaminants et par le fait même diminuer leurs effets sur notre santé, il est possible d'agir de façon individuelle et collective, ainsi que de façon préventive en limitant nos activités générant une pollution de l'air. Par ailleurs, comme il semble que les femmes influencent l'achat de 80% des biens de consommation, ce serait peut-être sur ce plan que nous pourrions agir dans un premier temps. Puisque certains produits utilisés à la maison nous exposent à des contaminants qui peuvent nuire à notre santé, pourquoi ne pas les remplacer par des produits non-toxiques ? Il faut penser à assainir nos maisons. Les principaux polluants qu'on y retrouve sont : le monoxyde de carbone, la cigarette, le gaz, etc. Nos maisons sont souvent mal aérées et manquent de ventilation. Les produits nettoyants auraient également un grand impact sur la qualité de l'air. L'usage de produits nettoyants naturels et écologiques peut nous faire économiser de l'argent tout en protégeant l'environnement et notre santé… alors à nous de jouer, pour un peu mieux respirer !
Lise Parent et Caroline Voyer,
RQFE
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(1) Lefranc, Agnès, Gremy, Isabelle, Actes du colloque Écodéfi, Réseau québécois des femmes en environnement, Montréal, 2005.
(2)Kauffmann F, Becklake MR. Chapitre 11.Maladies respiratoires obstructives: Un paradigme de la complexité des différences de santé entre femmes et hommes. Dans. Saurel-Cubizolles M-J, Blondel B.(éditrices). La santé des femmes, Paris, Flammarion Médicine-Sciences. 1996209-233.