Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 17, Hiver 1999
Au-delà des frontières, les préjudices causés à la santé des femmes ou les initiatives favorisant la santé nous touchent toutes, d’un bout à l’autre de la planète. Tant que, comme femmes, nous serons meurtries et exclues, tant que nos droits seront bafoués, nos corps mutilés ou utilisés contre notre gré, nous ne serons pas à l’abri où que nous soyons. Bien sûr, les visages de l’oppression sont différents et les formes de violence varient d’un lieu à un autre, mais les femmes à travers le monde demeurent un groupe opprimé. Nous désirons que notre analyse du sort réservé aux femmes et de son impact sur leur santé s’enrichisse des expériences des femmes d’ici et d’ailleurs. Tout en dénonçant les oppressions et les violences, c’est à travers les actions menées favorisant des changements que nous construirons un monde où nous avons notre place.
Les échanges entre nous sont donc vitaux car ils gardent vivant cet espoir. Ainsi, pour ouvrir cette fenêtre, nous avons besoin d’informations, de ressources et de partenaires. Nous vous invitons à offrir vos collaborations par des textes ou à nous mettre en contact avec des femmes susceptibles d’occuper cette fenêtre. Cette première chronique internationale porte sur le droit des femmes à une contraception saine, accessible et choisie librement, à travers le monde.
Avec l’arrivée de contraceptifs, on a cru à la libération des femmes. Cependant, malgré les consensus de la Conférence internationale sur la population et le développement (Le Caire, 1994), le contrôle démographique constitue une motivation de fond pour la recherche en contraception et son financement, ainsi que pour les pratiques de beaucoup de programmes de planning familial à travers le monde. Au nom du contrôle démographique, les droits des femmes sont lésés: droit à l’intégrité physique, à l’information, au consentement éclairé, à la dignité.
Les «vaccins» anti-fertilité
Les «vaccins» anti-fertilité sont une nouvelle catégorie de contraceptifs en développement, aucun n’étant encore disponible sur le marché. Leurs promoteurs les appellent «vaccins», car ils fonctionnent comme tel. Ils visent à induire temporairement l’infertilité en retournant le système immunitaire contre les organes ou les hormones du corps. Le «vaccin» anti-grossesse modifie le hCG (hormone sécrétée par la femme immédiatement après la conception); on le couple avec une bactérie ou un virus transporteur pour que le système immunitaire produise des anticorps contre cette hormone naturelle. Les résultats de l’expérimentation sur les humains n’ayant pas été satisfaisants, les chercheurs ont dû retourner à la phase d’expérimentation.
Depuis 1993, une campagne internationale a été lancée par des groupes de femmes pour obtenir l’arrêt des recherches sur les «vaccins» anti-fertilité. Les principales inquiétudes sont liées aux risques élevés d’abus dans l’utilisation de cette méthode, à son irréversibilité possible (la durée de l’effet contraceptif et le dosage ne sont pas au point), aux risques inconnus de malformations congénitales en cas de contact du fœtus avec le «vaccin», à l’incertitude en matière d’efficacité, aux risques de maladies auto-immunitaires alors que le SIDA gagne toujours du terrain.
Durant la phase d’expérimentation du «vaccin» anti-grossesse sur des humains, les règles d’éthique en recherche n’ont pas toujours été observées. Ce fut le cas en Inde où le droit au consentement éclairé des femmes n’était pas respecté. Le Centre de recherche pour le développement international du Canada subventionnait alors cette recherche et les groupes de femmes de plusieurs pays, dont le Canada, l’ont vivement critiqué.
La Quinacrine pour stériliser les femmes
La Quinacrine est un médicament bon marché et facilement disponible, développé dans les années 1920 pour la prévention et le traitement de la malaria. Au milieu des années 1960, un scientifique chilien, Jaime Zipper, a fait de ce médicament une méthode chimique de stérilisation féminine. Ces pastilles insérées dans l’utérus causent une inflammation locale, puis un blocage des trompes et beaucoup de douleur! Plus de 100000 femmes de différents pays ont été stérilisées avec la Quinacrine. Pourtant, aucune expérimentation adéquate sur des animaux n’a été menée avant les essais sur des femmes. En 1994, l’Organisation mondiale de la santé a recommandé qu’aucune expérimentation de la Quinacrine sur des humains ne soit effectuée avant que d’autres études de toxicité n’aient donné des résultats satisfaisants.
Actuellement, deux médecins des États-Unis, Elton Kessel et Stephen Mumford, utilisent la Quinacrine pour stériliser des femmes. Ils agissent de leur propre chef, sans aucun comité d’éthique. Des organisations anti-immigration les financent; la croissance de population dans les pays du tiers monde représente pour elles, une menace pour les États-Unis. Ils voyagent à travers le monde, visitant des médecins, diffusant de l’information à partir de kiosques dans des conférences médicales et distribuant librement des applicateurs et quantité de Quinacrine. Ils ont fondé le Centre for Research on Population and Security, ce qui donne à leurs travaux une allure scientifique.
Stérilisation de péruviennes
L’exemple des stérilisations de masse au Pérou a atteint la presse internationale tout récemment, mais il y a longtemps que les femmes les subissent. La mise en scène est presque toujours la même: des bannières annoncent «un grand festival de la santé», un groupe de musique joue sur une estrade et des affiches en espagnol proclament «Gratuit: ligature des trompes et vasectomie».
Cependant, dans plusieurs des petits villages des Andes, la plupart des gens ne parlent que le Quechua. Aussitôt descendus du camion les ayant amenés au marché du dimanche, une infirmière les invite à se présenter à la clinique communautaire. Là, on vaccine les enfants, pendant que leurs mères, sans qu’elles réalisent vraiment ce qui s’est passé, se retrouvent avec une ligature des trompes. Donnent-elles vraiment leur consentement? Quand l’infirmière leur demande: «Voulez-vous vraiment avoir autant d’enfants que des cobayes», elles répondent fermement «Non». Et cela est suffisant pour l’État; dans l’espace de dix minutes, l’intervention est faite. En 1997, 100 000 femmes ont été ligaturées et 10 000 hommes vasectomisés.
L’année 1998 a marqué le 50e anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme; ce document est précieux pour la défense des droits de tous et chacune dans le monde. La Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) vous invite à rester vigilantes face au respect des droits des femmes en santé reproductive, ici comme ailleurs. Pour plus d’information sur le sujet, pour sonner une alerte ou pour participer aux actions en cours, entrez en contact avec la FQPN: téléphone: 514-866-3721; télécopieur: 514-866-1100; courriel: fqpn@cam.org.
France Tardif
FQPN
Pour en savoir plus: Nicole Bonnet, «The Guardian Weekly», Londres, 11 janvier 1998. ü FQPN, «Mise à jour de la campagne internationale», juin 1998. ü FQPN, Compte rendu de l’atelier sur «L’expérimentation non éthique en contraception sur les femmes des pays en développement»; deux exemples: les «vaccins» anti-fertilité et la Quinacrine», tenu le 19 octobre 1998.