Quand Dieu était femme...elle était grosse

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 14, Hiver 1998

Les plus anciens objets découverts à ce jour et représentant le corps humain remontent de la période du paléolithique supérieur et ce sont pour la plupart des sculptures de nus féminins. Ce sont les premières oeuvres d’art dans l’histoire de l’humanité. Ces statuettes, dont certaines datant de 25,000 ans av. J.C. (ex. : la Déesse de Willendorf), étaient des représentations de Déesses de la Fécondité-Fertilité et sans doute des objets de cultes visant à assurer la reproduction, la survie de l’espèce. Leur particularité est que ces corps sont dotés de formes très généreuses, elles ont de gros ventres, des seins lourds et tombants, des hanches larges et de grosses cuisses. À cette époque, avant l’avènement des premières civilisations patriarcales, les femmes avaient du pouvoir. On parle de la grande religion féminine, celle de la Terre-Mère, qui assure la survie et le bien-être des enfants, qui leur fournit de la nourriture, de l’eau, des vêtements pour survivre à l’hiver, des plantes de pouvoir pour guérir les maladies. On respectait cette divinité protectrice (Grande-Mère) et ces statuettes servaient à exprimer cette vénération. De plus, selon l’historienne Merlin Stone dans son ouvrage mondialement reconnu: « Quand Dieu était femme », les divinités féminines étaient vénérées aussi pour leur courage, leur force et leur sens de la justice.

Au fil des siècles et des cultures, la grosseur féminine a souvent été associée à la fécondité et a été appréciée, valorisée et célébrée par les artistes et la population en général. Dans la culture occidentale actuelle, ces Vénus aux formes exponentielles représentant alors la sexualité sont l’objet de mépris et de moqueries; elles sont exactement ce que les femmes ne veulent pas être, bref tout ce qu’on trouve laid aujourd’hui. Pourquoi?

La maternité, cet acte merveilleux de donner la vie, a été pendant des siècles voire des millénaires une prison pour les femmes. N’ayant pas le contrôle sur leur fertilité, les grossesses sont vécues comme une fatalité, un moyen d’asservissement dans la majorité des sociétés. Mais les choses vont changer radicalement au cours de ce siècle. La libéralisation de la contraception en général et l’apparition de la pilule anticonceptionnelle en particulier vont profondément bouleverser l’ordre établi. Les femmes sentent qu’elles ont d’autres possibilités que de faire des enfants. Elles tentent de reprendre le pouvoir sur leurs corps et sur leurs vies.

Malheureusement, en rejetant la maternité-prison-oppression, on a aussi rejeté tous les symboles, les représentations de la Fécondité-Fertilité. Il n’y a plus de place pour les femmes rondes, puissantes, en pleine possession de leur force, de leur pouvoir. Et nous voilà prises au piège d’une autre oppression. La liberté (soi-disant) des femmes a pris des allures de minceur obligatoire pour toutes les femmes. Pas de seins, de ventres, de hanches. Pour se libérer, les femmes doivent ressembler aux hommes. Le message est clair. Pendant qu’elles dépensent argent et énergie à lutter contre elles-mêmes, les femmes ne prennent pas trop de place. Elles ne s’investissent pas dans une lutte collective et solidaire contre leur oppression.

L’obligation de se fondre dans le moule de la minceur est une aliénation pour la très grande majorité des femmes. On constate chez un grand nombre d’entre elles la perte du plaisir de manger, la malnutrition, l’épuisement physique, l’obsession de l’apparence, le rejet de leur nature véritable. Elles sont assez nombreuses en tout cas pour que la science s’intéresse au phénomène de la sous-alimentation chez ces femmes qu’elle désigne désormais sous le nom de « restrictive ». De plus, cette religion de la minceur est une totale aberration pour de nombreuses femmes pour qui la génétique en a décidé autrement. Harcelées de toutes parts pour maigrir, discriminées très souvent dans l’emploi, ridiculisées fréquemment dans les médias et la publicité, défavorisées parfois dans leurs droits de recevoir des services de santé adéquats et niées aux yeux de plusieurs dans leur pouvoir de séduction, elles vivent un quotidien parfois très lourd à porter et dont personne ne parle.

Les femmes sont tellement conditionnées par le dogme de la minceur qu’elles ne se questionnent même plus sur cette négation des fondements de la vie qui, par essence, est diversité et abondance. Elles achètent le message: MINCEUR=BEAUTÉ, SANTÉ, BONHEUR, RÉUSSITE; GROSSEUR=LAIDEUR, MALADIE, LAISSER-ALLER, ÉCHEC, SÉDENTARITÉ etc. Même le mouvement féministe a largement ignoré l’oppression faite aux grosses femmes. Pourtant, un corps fonctionnel et en bonne santé n’est-il pas le meilleur type de corps que l’on puisse avoir? Un corps qui nous permet d’être là, de profiter au mieux de la vie ne mérite-t-il pas notre respect, notre appréciation, notre reconnaissance peu importe ses caractéristiques et ses dimensions?

Renouons avec les Déesses de la Fertilité. Retrouvons notre pouvoir créateur dans toute sa puissance. Faire des enfants quand on le désire, ne pas en faire selon notre choix, prendre le temps de s’arrêter et de se demander ce qu’on veut faire de notre vie, réaliser nos rêves profonds. Prendre le temps d’aimer, d’apprécier la vie. Se réapproprier le plaisir de partager. Voilà la vraie féminité. Elle n’a rien à voir avec le poids d’une femme. Une grosse femme qui s’alimente sainement, qui bouge, qui est bien dans sa peau, qui s’accepte et qui s’aime est au moins en aussi bonne santé que n’importe qui. Elle peut devenir un puissant modèle de bien-être, d’affirmation, d’assurance pour les autres femmes rondes, charnues, imposantes, « terriblement vivantes ». Puisque nous en avons le pouvoir, donnons-nous collectivement, solidairement, soeureinement cette chance de nous mettre au monde. Participons au mouvement d’action et de lutte contre l’oppression de la grosseur et la promotion du bien-être, de la santé des grosses femmes. Toutes en profiteront. Lutter contre une oppression dont est victime un groupe de femmes, c’est lutter contre l’oppression de toutes les femmes.

Michèle Boisvert et Diane Lesage

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Pas seulement les grosses ...

Ce dogme de la minceur imposée, si bien décrit dans votre article, ne se contente pas de renier les grosses.
Je fais partie de cette catégorie de gens dont l'hérédité autorise seulement à ressembler aux divinités préhistorique et nullement aux critères de physique que l'ont veut actuellement nous imposer.
Mais ce n'est pas de moi dont je veux parler.

Ma meilleure amie, a le physique totalement inverse. Elle est toute fine. Et c'est aussi bien une question d'hérédité que de santé. Eh, bien, elle a beaucoup plus vécu de méchanceté de la part des gens , que moi en étant grosse.
Car malgré toutes ces tentatives de lobotomie à grande échelle (qui finissent d'ailleurs à terme par fonctionner), l'image du gros dans l'esprit des gens reste celui de la personne qui mange bien , qui aime la vie et ne se prive pas de ses plaisirs. A son contraire, le maigre représente l'opposé, la maladie, l'avarice , etc ...
Donc, on nous fait miroiter un certain idéal de minceur, mais point trop n'en faut !
De même, un ami de mon frère est quelqu'un de grand et mince ... qui cherche à tout prix à prendre du poids. On parle peu de ces cas où les gens finissent par s'abimer la santé, car pour grossir, l'alimentation utilisée n'est pas des plus équilibrée.

Dans un sens comme dans l'autre, il serait donc temps de vanter un équilibre de vie et de santé, tant physiologique que psychologique, qui accepte et respecte la vie dans toutes ses formes et sa diversité.
Rechercher l'harmonie et la plénitude au quotidien.
L'équilibre.

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