La discrimination versus la santé des lesbiennes (suite)

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 14, Hiver 1998

Rappelons rapidement qu’il s’agit d’une recherche alimentée par les témoignages provenant d’expériences vécues par des familles lesbiennes. Elle tente de démontrer spécifiquement les formes et les effets de la discrimination à leur égard, d’une part et, d’autre part, elle révèle la façon dont celles-ci ont lutté et continuent de lutter pour la reconnaissance de leurs droits fondamentaux quant à la conjugalité, la parentalité et les avantages sociaux, et leurs répercussions sur la santé de ces familles. De plus, ces témoignages permettent d’identifier les façons par lesquelles ces familles développent leurs stratégies quand il est question de parentalité, de conjugalité et d’avantages sociaux accordés généralement aux conjointes et conjoints de fait hétérosexuels. On croit ainsi qu’il sera possible d’identifier les liens entre les formes de discrimination faite aux familles lesbiennes quant aux trois domaines, et leurs répercussions sur la santé de ces familles.

Le premier rapport de cette étude sociolégale, d’une centaine de pages, a été rédigé en mettant l’accent sur la réalité méconnue et marginalisée de la famille lesbienne au Québec. La lecture de ce document permet de constater l’importance de cette recherche pour la transformation de la vie des lesbiennes en tant qu’individues invisibilisées par l’État; on peut même ajouter que son importance réside également dans sa capacité à améliorer la santé des familles lesbiennes, car plus il y aura de visibilité meilleure sera la santé.

Dans le numéro précédant, nous vous annoncions pour le numéro actuel, les résultats de cette recherche à laquelle feu le Regroupement, désormais le Réseau, a participé. Aujourd’hui, nous vous invitons à vous procurer le rapport complet qui sera disponible d’ici à six mois. En voici la synthèse.

Famille lesbienne

Les lesbiennes rencontrées en entrevue sont des femmes extraordinaires, qui vivent des relations amoureuses, qui, comme toutes les femmes du monde, tombent en amour, ont des peines d’amour, se relèvent et continuent d’avancer dans la vie. Aussi, toutes les répondantes (15) refusent le maintien de la situation légale actuelle qui les relèguent aux oubliettes. Selon elles, cette situation entraîne comme effets pervers, la marginalisation et l’ostracisme des familles lesbiennes. Mais ce que les répondantes ont surtout exprimé, c’est la liberté qui devrait être offerte aux conjointes lesbiennes de choisir la formule légale de reconnaissance de leur choix, celle qui convient le mieux à leur réalité. Les répondantes ont également insisté sur la garantie de protection que devrait assurer la loi à l’encontre d’interprétations parfois malveillantes des tribunaux canadiens et québécois. Nous ne le dirons jamais assez, les lesbiennes conjointes qui ont été rencontrées vivent des relations amoureuses avec les hauts et les bas que cela entraîne, elles sont compréhensives, attentionnées envers leur conjointe, emphatiques, compatissantes et parfois même jalouses. Elles investissent beaucoup dans leur relation amoureuse, veulent qu’elle dure le plus longtemps possible et sont prêtes à sacrifier un peu de leur liberté ou de leur indépendance pour se perdre doucement dans cette relation de couple. De telle sorte que les répondantes espèrent que la société canadienne et la société québécoise évoluent rapidement de façon qu’elles puissent vivre ouvertement et au grand jour leur relation de famille et de conjugalité, au même titre que les hétérosexuelles et hétérosexuels. Pour la plupart des répondantes, deux personnes qui décident de vivre ensemble en partageant les hauts et les bas de la vie, constituent une famille. Et si ces deux personnes sont des femmes, ce sera une famille lesbienne.

Parentalité lesbienne

Les mères lesbiennes sont aussi très amères en constatant le peu de compréhension qu’elles rencontrent dans leur entourage hétérosexuel, surtout lorsqu’elles considèrent les membres de leur famille biologique élargie, ou leur ex-conjoint, père de leurs enfants. Être mère lesbienne, affirment-elles, fait en sorte qu’elles sont ouvertes, tolérantes, accommodantes à la fois pour leurs enfants et pour les amies et amis de leurs enfants. En fait, être mère lesbienne n’apporte pas plus de difficultés qu’être mère hétérosexuelle dans une famille reconstituée, par exemple. Les mères lesbiennes dénoncent vertement les préjugés qui ont court dans notre société à l’effet que leur lesbianisme serait irréconciliable avec la maternité. Elles sont en total désaccord avec l’idée que leur orientation sexuelle pourrait avoir un effet d’entraînement sur leurs enfants. Concernant le concept de parentalité lesbienne, elles réclament une reconnaissance officielle dans la loi. Certaines vont même plus loin en affirmant qu’il serait important, en plus de modifier la loi, de poser des gestes pour changer les mentalités, comme entreprendre des campagnes de sensibilisation afin de démystifier cette réalité de parentalité lesbienne.

Avantages sociaux

Concernant les avantages sociaux, les répondantes réclament unanimement la même protection légale que la société canadienne et la société québécoise accordent aux conjoints de fait hétérosexuels. Les répondantes sont conscientes des obligations qui pourraient découler de ces droits et les acceptent d’ores et déjà puisque ce qu’elles veulent avant tout c’est une reconnaissance formelle et réelle de leur conjugalité de fait. D’ailleurs, elles comprennent mal que les gouvernements fédéral et provincial n’aient pas encore procédé à l’épuration de toutes les lois de façon à y faire disparaître toute trace de discrimination quant à l’orientation sexuelle.

Carole Tatlock