Stratégies des groupes pour éviter l’épuisement

Plusieurs groupes tentent de prévenir l’épuisement des travailleuses. Certains ont des supervisions cliniques pour prévenir l’épuisement professionnel chez les travailleuses. Dans d’autres groupes, l’équipe bénéficie d’un suivi psychologique : un ou une psychologue de l’extérieur est présente quelques heures par semaine ou sur demande, et offre du soutien aux travailleuses.

Cependant, la plupart des organismes ne disposent pas de ressources financières pour s’offrir une aide externe professionnelle. La communication entre les membres de l’équipe s’avère alors importante. Disposer d’un espace pour que l’équipe échange, se consulte ou se défoule est essentiel. Plusieurs équipes prévoient des moments (réunion, heure du midi) pour ventiler, exprimer leurs émotions et échanger de l’information entre collègues. Ce temps de défoulement et d’échanges est bénéfique pour la santé des travailleuses (la pression se relâche, elles se comprennent, brisent le sentiment d’isolement, etc.). Il permet aussi de s’outiller, par exemple, pour mieux référer les femmes et partager des connaissances.

Rencontrer des travailleuses dans d’autres organismes, échanger avec elles, aide aussi à prévenir les impacts nocifs d’un travail stressant. En Abitibi-Témiscamingue, les travailleuses de différentes ressources se rencontrent sur une base régulière pour échanger de l’information et pour exprimer leurs émotions. Elles constatent alors que d’autres vivent les mêmes réalités, et elles en profitent pour partager leurs solutions.

Enfin, il est parfois possible, pour un organisme, de recourir aux services d’une ressource en santé mentale du même quartier afin d’apprendre à mieux gérer les crises des participantes et à protéger les travailleuses contre un trop grand investissement affectif.

L’organisation de telles rencontres demande du temps et certains organismes ne peuvent se les permettre étant donné la surcharge de travail. La majorité des groupes sont néanmoins à la recherche de solutions, car la situation est devenue critique.

« Nous avons de la chance : au centre, tous les deux mois, nous nous réunissons pour discuter de nos cas spéciaux. Toutes les travailleuses du département sont présentes, et s’il y a des cas, justement, pour lesquels nous ne savons pas quoi faire ou si nous-mêmes, comme intervenante, nous vivons des difficultés, nous pouvons en discuter. »

« Des intervenantes, chez nous, ont souffert d’épuisement professionnel. Nous avons maintenant des supervisions cliniques, parce que nous avons besoin de beaucoup de support, de beaucoup d’aide, et de vacances. »

En somme, les organismes sont forcés de suppléer aux manques des programmes sociaux et à l’inaccessibilité des services du réseau de la santé. Leur mission, leur vie interne, leurs pratiques et leurs activités ainsi que la santé des travailleuses, qui sont à bout de souffle, s’en trouvent grandement affectées. Les enjeux sont de taille : il en va de l’avenir des groupes.

Les travailleuses vivent au quotidien des tiraillements intolérables entre le désir d’aider et le sentiment d’être utilisées par un système et un gouvernement qui, par ses politiques de communautarisation, piège les groupes communautaires et tient pour acquis les efforts des femmes.

Et cet appel au travail des femmes, note à juste titre Francine Saillant, naturalise (essentialise) leurs savoirs, car chaque fois qu’une aide est requise, ou un service, « on suppose une forme de gratuité et de sollicitude »1 … celles des femmes. Ce qui revient à dire que le principe de gratuité est utilisé de telle manière qu’il produit de l’inégalité entre les sexes2.

Le problème n’est pas ce désir d’aider − le fondement de l’approche féministe n’est-il pas d’accueillir toutes les femmes, comme elles sont, qui qu’elles soient, et de les accompagner dans une démarche d’appropriation du pouvoir dans leur vie vie? − mais bien « son détournement à des fins politiques indésirables »3.

Le moment est-il venu pour le mouvement de renouveler son adhésion à ses principes fondateurs et de mobiliser ses énergies pour y parvenir?

Pour prévenir des problèmes de santé chez les travailleuses, faire appel à du soutien venant de l’extérieur est une solution positive, voire essentielle pour certains groupes.
  1. SAILLANT, F. (2003). « Le mouvement des femmes, la transformation des systèmes de santé et l’enjeu des savoirs », dans Saillant, F. et M. Boulianne, Transformations sociales, genre et santé : Perspectives critiques et comparatives, Sainte-Foy, Presses de l’Université Laval/Paris, L’Harmattan, p. 277.
  2. Ibid.
  3. Ibid., p. 278.

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Réseau québécois d’action pour la santé des femmes

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