Et si la maladie mentale n’existait pas? (Partie 1)

Alain Bachand : L'Imposture de la maladie mentale : critique du discours psychiatrique

Alain Bachand, L’imposture de la maladie mentale. Critique du discours psychiatrique, Editions Liber, 2012, 184 p., ISBN : 978-2-89578-338-1.

Comment une maladie peut-elle être « mentale »? De quoi s’agit-il… D’une maladie du cerveau? D’une maladie de l’âme? Ou de l’esprit? Mais que sont le cerveau, l’âme ou l’esprit pour devenir « malades » et traitables par des médicaments? Ces notions de maladie mentale et de diagnostic sont-elles fondées dans les faits? Nous avons déjà discuté de cette confusion autour du concept de maladie mentale.

J’ai lu un ouvrage qui décortique et attaque la logique du discours psychiatrique. L’auteur, philosophe de formation, fonctionnaire au palais de justice de Montréal, ose poser crument la question : « la maladie mentale existe-t-elle? ». Pourrait-elle être le « produit d’un discours vide de sens  »? Les implications d’une telle hypothèse sont immenses, car si elle est exacte, une bonne partie des fondements de la psychiatrie et de notre façon de voir et de traiter les personnes qui ont des « problèmes de santé mentale » se craquellent, ou même s’effondrent.

Une imposture?

En fait, selon l’auteur, Alain Bachand, il y a imposture, dans le domaine de la maladie mentale. L’imposture, c’est que tout un échafaudage pseudo-scientifique a été monté pour nous faire croire que les comportements « étranges » (par exemple l’exhibitionnisme ou autres déviances sexuelles) ou bien inadaptés (par exemple la tristesse chez les femmes âgées ou l’agitation des enfants) sont des pathologies, des maladies (p. 11).

En s’appuyant sur de nombreuses études, Bachand fait la démonstration que les « bases génétiques et biologiques de la maladie mentale n’ont pas été établies »
(p. 13), ce n’est absolument pas prouvé. Contrairement à la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, où on observe une lésion ou une atteinte au cerveau, donc qu’il s’agit en fait d’une maladie physique ou organique (de problèmes neurologiques, par exemple), la dépression, l’agoraphobie ou l’anorexie ne sont pas identifiables par des examens médicaux (prises de sang, radiographies, biopsies, etc.).

L’auteur consacre six chapitres à analyser autant de « maladies mentales ». La schizophrénie (chap. 1) : un examen minutieux des études montre la « spéculation » autour des tentatives d’explications génétiques, biologiques et biochimiques, toutes réfutées. La schizophrénie est un «  fourre-tout » de comportements socialement handicapants tels qu’hallucinations, langage désorganisé, délires et comportements bizarres (p. 35). Ce que les études tendent à démontrer, c’est que les croyances délirantes pourraient aider les personnes à s’adapter à des expériences difficiles qui autrement les troubleraient beaucoup plus. « La capacité d’altérer la réalité peut ainsi permettre d’atténuer des anxiétés ou de surmonter des épreuves » (p. 37). En fait, la schizophrénie serait un mécanisme d’adaptation. « Être malade » ou bien « s’adapter » ne sont pas du pareil au même. Parce que nous ne tolérons pas les comportements bizarres ou différents, nous étiquetons : « schizophrène ». Par la suite, le traitement médical ou social, souvent stigmatisant, peut certainement contribuer à les rendre vraiment malades…

La dépression (chap. 2), l’alcoolisme (chap. 3) et la pédophilie (chap. 4) sont-ils des problèmes médicaux? N’oublions pas qu’en des temps pas si anciens, la masturbation et l’homosexualité ont été considérés comme des troubles mentaux. (J’ajouterais volontiers l’« hystérie », maladie des femmes, sans oublier toutes ces « folles » qui ont voulu divorcer ou fuir la violence à une autre époque.) Définir de façon médicale la personnalité antisociale psychopathe (chap. 5) pose également problème. Aucune définition ne satisfait la science. La psychopathie semble relever de la moralité et non pas d’une quelconque expertise médicale (p. 89). L’auteur ne voit pas pourquoi il « n’est pas plus sensé d’inclure dans les manuels de psychiatrie, médicalement parlant, les comportements du très bon citoyen que ceux du très mauvais citoyen »
(p. 89). C’est un jugement moral. Pour clore cette série, l’auteur s’attaque au trouble de déficit d’attention avec hyperactivité, le TDAH (chap. 6), qui affecte toute une génération d’enfants.

L’auteur critique le fait que la psychiatrie « fonde la plupart du temps ses diagnostics sur des comportements, et non sur le fonctionnement du cerveau », surtout qu’aucun lien solide n’est établi entre les comportements et ce fonctionnement (p. 100). En fait, le diagnostic psychiatrique n’apparait ni fiable ni valide. Deux psychiatres différents donneront des diagnostics différents.

Qu’en pensez-vous?

L’idée de Bachand, que le « concept de maladie mentale n’est pas plus médical que le concept de criminalité ou d’impolitesse, au sens que ceux-ci désignent des écarts de conduite » vous surprend-elle? En ce sens, la maladie mentale serait une déviance par rapport à une norme sociale, et non par rapport à une norme biologique.

Oui, tout cela a déjà été mis de l’avant par le courant de l’antipsychiatrie dans les années soixante, par le mouvement féministe des années 1970-80… beaucoup d’eau (et d’argent) a coulé sous les ponts depuis.

Le RQASF se préoccupe de la médicalisation des problèmes sociaux. Notre société et notre système de santé médicalisent les problèmes sociaux (pauvreté, violence, difficultés au travail, manque d’accès au logement) lorsque leurs conséquences sur le bien-être sont considérées comme des « symptômes » anormaux. À des comportements témoignant d’une détresse, on associe rapidement un « diagnostic » de maladie, et la personne qui consulte se fait tout aussi rapidement prescrire un ou des médicaments. Une fois de plus, je me dois de préciser qu’on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain (pauvre petit) : les médicaments peuvent apporter un soulagement temporaire ou parfois à long terme, dans certaines situations, à certaines personnes.

Les six premiers chapitres de L’imposture de la maladie mentale, que j’ai ici rapidement passés en revue, exposent le caractère arbitraire du diagnostic psychiatrique. Les chapitres suivants questionnent l’institution de la psychiatrie et soulèvent l’épineux problème des traitements.

Ce sera pour une prochaine fois.

Et si la maladie mentale n’existait pas? (Partie 2)

8 commentaires Ajouter un commentaire

  • Questionnement intéressant s’il en est! Le sociologue Marcelo Otero a récemment fait paraître un livre: «L’ombre portée. L’individualité à l’épreuve de la dépression» où il aborde des questionnements semblables en regard, plus spécifiquement, de la dépression au sens large. Pour ma part, je me questionne sur le devoir de bonheur (à l’instar du philosophe Pascal Bruckner) et sur la «dé-normalisation» de la souffrance dans notre société actuelle. Qu’est-ce que le bonheur, le bien-être? Qu’est-ce que la souffrance? Où tracer les limites du normal et du pathologique? (en fait: qu’est-ce que le «pathologique»?) Je ne vous aide pas trop hein? Je ne fais que me poser des questions! Mais réfléchir au sujet me semble essentiel en raison des dérives de la médicalisation qui a cours.

  • La Raison, c’est la folie du plus fort… (Ionesco)

  • Oui il a raison les diagnostiques sont souvent donnés à cause de comportements jugés déviants.

    Cependant, il n’en demeure pas moins une réelle souffrance vécue par ces gens et leur entourage et jusqu’à maintenant, seulEs les psychiatres veulent bien se pencher sur la question et chercher des solutions et prendre en charge les cas lourds. Sinon à peut près tout le monde s’en lave les mains.

    • Merci pour votre commentaire. Je comprends vos préoccupations, beaucoup de gens s’en lavent les mains des «cas lourds». Mais je ne serais pas prête à dire que «seulEs les psychiatres», parmi le personnel professionnel de la santé, cherche des solutions. En partant, il n’est pas facile de trouver des solutions pour soulager la souffrance. Les psychiatres dont vous parlez doivent prendre le temps d’ÉCOUTER. Je crois que plusieurs médecines ou approches de soins complémentaires dites «alternatives» gagneraient à être connues et reconnues. Alors que la médication devrait être utilisée en dernier recours, car elle nous fait entrer dans une spirale d’effets secondaires sans traiter les causes, notre système de santé en fait la panacée à tous nos maux.

    • Je ne crois pas non plus que les psychiatres soient les seuls personnes à s’intéresser aux gens que vous appelez des « cas lourds ». De nombreuses disciplines sont liées depuis très longtemps à ce que l’on a nommé folie, possession, hystérie, ou maladie mentale, et ce dans toutes les civilisations du monde.

      L’interprétation de ces troubles sociaux, considérés parfois d’un point de vue spirituel, parfois d’un point de vue artistique, ou juste d’un point de vue pratique d’organisation sociale (que fait-on des gens dont le comportement nous est imprévisible ou insupportable?), a bien souvent été un problème posé à des sociétés entières, plutôt que déléguée à des médecins.

      A titre d’exemples de travaux qui me semblent intéressants je vous invite à regarder ce documentaire qui montre un psychiatre français adopter de vieilles méthodes chamaniques, pour les appliquer (entre autres) au problème plus contemporain de la toxicomanie : http://www.youtube.com/watch?v=IBOz-kzJBtc.

      De même j’ai eu un grand intérêt à consulter les travaux de Milton Erickson et Paul Watzlawick, qui ont adopté un point de vue systémique pour traiter des troubles dits schizophréniques en thérapies familiales, avec semble-t-il des résultats assez spectaculaires.

      On peut retrouver cette approche communicationnelle expliquée ici par Guy Giard: http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=ZTuxEUI9CiI

      Je vous renvois pour tout ça à un excellent blog que j’ai beaucoup consulté, et qui traite ici plus globalement de la théorie des systèmes: http://bigshiftblog.blogspot.fr/p/la-theorie-des-systemes.html.

      Voilà, ça fait beaucoup d’informations d’un coup, mais il serait dommage, alors qu’on a aujourd’hui accès à tant de connaissances, de s’en priver au profit du seul savoir de nos collègues et professeurs.

  • C’est très simple. La psychiatrie ne s’occupe que des perversions sexuelles et rien d’autres. Or, elle prétend, usant d’un habile mensonge, qu’il y a une condition médicale dans la perversion sexuelle. Il n’en est rien.

    Ce qui est observé: un enfant se masturbe, perd ses facultés intellectuelles, fait de l’épilepsie et décède. Est-ce que cela est du à une condition médicale ou non? Il n’y a aucune prise de sang qui peut montrer quoique ce soit, ainsi, les médecins mentent au gens et font de la fraude en volant leur argent. Le service offert par la psychiatrie est mensonger, il se résume à ceci: de la masturbation mentale.

    Le système judiciaire doit écraser une bonne fois pour toute la psychiatrie et toute son arnaque, sa fraude et surtout, son manque de compassion immense et gigantesque. Présentement, au Québec, des médecins écrasent le visage de leur patients dans leur propre excrément. Comme je l’ai dit, il n’y a aucune véritable approche médicale dans ce geste, bien que le médecin en soit convaincu.

    Un autre exemple: Guy Turcotte. Cet homme est retenu prisonnier par des criminels fraudeurs dans un hospital, les médecins faisant croire qu’il y a une condition médicale nommée le « narcissisme ». Puisque aucune prise de sang ne peut démontrer qu’il y a de petits mythes grecs dans les veines de Guy Turcotte et encore moins une condition médicale explicant une meurtre, Guy Turcotte doit être protégé par la justice de la méchanceté et de la fraude des menteurs psychiatres.

  • Merci beaucoup d’avoir pris le temps de rédiger cet article. Je ne connaissais pas Alain Bachand, c’est maintenant chose faite, je vais me renseigner plus amplement sur lui.
    Merci à vous

  • https://www.youtube.com/watch?v=UYRUi108UC4 pour ceux qui sont intéressé par le sujet

    Voici un documentaire interessant : Psychiatrie: Le marketing de la folie Somme-nous tous fous?

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