Services inaccessibles

Le contexte politique, la restructuration des centres de santé et de services sociaux (CSSS) et la privation de ressources financières dans le réseau de la santé et des services sociaux ne favorisent pas l’essor des services en santé mentale. Une difficulté importante concerne précisément l’accès aux services, ce que disait vouloir corriger le ministère de la Santé et des Services sociaux avec le Plan d’action en santé mentale 2005-2010. En effet, les services devraient non seulement être disponibles, mais également répondre, sans discrimination, aux besoins de la population et tenir compte de sa diversité et de ses particularités.

« Ce sont des femmes qui passent par l’urgence, qui vont voir des généralistes et qui se retrouvent avec un diagnostic de dépression majeure, par exemple. On leur prescrit des Ativan et le tour est joué… Ces femmes se font dire que leur prochain rendez-vous est dans trois mois, dans quatre mois. Pendant tout ce temps-là, le problème de détresse s’alourdit. C’est nous qui les recevons, ces femmes. »

Services publics insuffisants

Les travailleuses déplorent la pénurie de médecins de famille, alors que ce sont les généralistes, souvent, qui facilitent l’accès aux services de santé mentale. Sur l’ensemble des personnes qui ont consulté pour un problème de santé mentale au Canada en 2002, 45 % ont choisi un omnipraticien ou une omnipraticienne alors que seulement 25 % ont opté pour un ou une psychiatre1. Au Québec également, lorsqu’il est question de santé mentale, la population consulte le plus souvent les médecins généralistes2. Une travailleuse d’une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale confirme que plusieurs des participantes n’ont pas de médecin de famille. Sans accès aux services médicaux, celles-ci ne peuvent ni recevoir des soins appropriés ni bénéficier d’un suivi de leur prise de médicaments.

Lorsque les participantes sont dirigées vers un service de psychologie du réseau public, il y a parfois un délai d’attente de plusieurs mois avant qu’elles puissent consulter en psychologie. Durant ce temps, leur détresse risque de s’aggraver.

« Dans un an, je vais être folle, je vais me suicider. Je ne peux pas continuer. » (une travailleuse d’une maison d’hébergement pour femmes victimes de violences conjugales rapportant les propos d’une participante)

Lorsqu’elles parviennent à obtenir un suivi, le nombre de consultations est limité et il ne suffit pas toujours à répondre aux besoins de ces femmes. Bien sûr, il est possible de consulter en cabinet privé. Cependant, pour de nombreuses femmes, le cout des services non couverts par le régime d’assurance maladie du Québec3 est une barrière bien réelle.

Reste l’urgence d’un hôpital. En effet, qu’y a-t-il d’autre lorsqu’on n’a pas accès aux médecins ou aux psychologues? Même à l’hôpital, cependant, l’attente est longue. De plus, très souvent, les femmes sont renvoyées sans avoir pu consulter.

« Nous avons déjà envoyé une femme à l’hôpital parce qu’elle avait de gros problèmes de santé mentale, elle n’allait vraiment pa bien. Elle est revenue environ une heure plus tard; le personnel médical, avec l’aide d’un garde de sécurité, l’avait fait sortir de l’hôpital parce qu’elle dérangeait. Pourtant, elle ne pouvait pas aller ailleurs, c’était le dernier endroit où elle pouvait obtenir des soins. » (une travailleuse d’un centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS)

Les services en psychiatrie demeurent également peu accessibles, particulièrement dans certaines régions. Par exemple, en Abitibi-Témiscamingue, il n’y aurait qu’un psychiatre pour desservir une ville de plus de 12 000 habitants et ses environs. En ce qui concerne les lesbiennes, notre recherche effectuée en 2003 a démontré que peu d’entre elles optent volontiers pour les services en psychiatrie, souvent jugés hétérosexistes. Par la force des choses, des participantes sont contraintes de demander de l’aide aux ressources communautaires.

Enfin, malgré l’accroissement des troubles mentaux, moins de la moitié des personnes qui en souffrent utilisent les services de santé au Canada4.

Le Plan en santé mentale 2005-2010 du Québec annonçait la mise sur pied de guichets d’accès afin de faciliter l’accès aux services et leur continuité pour les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Toutefois, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes, selon des groupes qui réclament que des moyens financiers et organisationnels soient accordés aux CSSS pour la mise en place d’un dispositif vraiment efficient.

  1. GAGNÉ, M.-A. (2005). Avancement des objectifs des soins de santé mentale axés sur la collaboration, Mississauga, Initiative canadienne de collaboration en santé mentale, 19 p. (PDF)
  2. LESAGE, A. et autres (2006). Prévalence de la maladie mentale et utilisation des services connexes au Canada : Une analyse des données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes, Mississauga, Initiative canadienne de collaboration en santé mentale, 22 p. (PDF)
  3. Voir VASILIADIS, H. M. (2011). « Accessibilité à la psychothérapie », Réseau Qualaxia Network.
  4. LESAGE, A. et autres (2006), op. cit.

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Réseau québécois d’action pour la santé des femmes

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