Réalités du “dumping”

Étant donné la privation de ressources financières1 dans le secteur public de santé, les listes d’attente pour accéder à des services de médecins de famille, de psychologues ou de psychiatres sont excessivement longues dans les centres de santé et de services sociaux (CSSS). Par conséquent, de plus en plus de femmes ayant besoin de soins n’ont d’autre choix que de frapper à la porte des organismes communautaires. Ce sont autant de nouvelles participantes pour ces groupes.

Les réponses à l’enquête postale révèlent que 76 % des organismes acceptent, parfois ou régulièrement, des participantes qui n’auraient pas dû leur être référées et que ces références proviennent en premier lieu du réseau de la santé et des services sociaux.

En outre, des ressources alternatives en santé mentale ont fermé en raison des compressions budgétaires. Les femmes qui les consultaient se tournent maintenant vers les groupes de femmes, ce qui constitue une autre forme de dumping. Des choix politiques expliquent cet affaiblissement du réseau de la santé autant que la fermeture d’organismes.

« C’est vrai que nous avons une approche particulière. Auparavant, nous ne faisions pas letravail des ressources en santémentale. Maintenant que ces ressources-là n’existent plus, nous vivons plus de pression. »

De nouvelles réalités à affronter

Les organismes doivent composer avec de nouvelles réalités qui dépassent largement leur mission. Selon les travailleuses, la désorganisation du réseau de la santé prend différentes formes. Le réseau dirige trop rapidement vers les organismes des personnes fragiles qui auraient besoin de soins ou de services professionnels. Ainsi, des femmes ayant de lourds problèmes de santé mentale ou un cumul de plusieurs problèmes sont référées aux groupes avant d’avoir reçu les soins de santé requis.

« Parce que les listes d’attente sont trop longues, le CLSC nous réfère presque toutes les femmes en crise grave. Les femmes sont tellement mal en point qu’elles ne sont pas capables d’enlever leur manteau. Or, nous ne sommes pas la bonne ressource pour ces femmes-là. »

Des organismes offrant des services aux lesbiennes, aux immigrantes ou encore aux femmes en situation d’itinérance disent faire les frais de ce dumping. Selon une travailleuse d’un groupe qui accueille des lesbiennes, la moitié des appels reçus correspondent à du dumping. Dès qu’une femme prononce le mot « lesbienne » dans le réseau de la santé, « on l’envoie ailleurs », et elle est référée systématiquement à un centre pour lesbiennes.

Une travailleuse en région dénonce la rapidité avec laquelle les femmes immigrantes sont envoyées dans son organisme, spécialisé dans les problématiques liées à l’immigration, alors que certaines ont de graves problèmes de santé mentale. « Le réseau de la santé nous envoie ces femmes, sous prétexte que nous connaissons leur culture. » De la même manière, le réseau de la santé dirige vers les organismes d’aide et d’hébergement en violence conjugale des femmes qui ont vécu une situation de violence conjugale. Pourtant, leur état de santé mental requiert des soins professionnels et spécialisés.

Le personnel du réseau de la santé manque parfois de connaissances en ce qui a trait à certaines problématiques migratoires, ou encore n’a pas suffisamment d’interprètes, du moins dans les régions qui reçoivent encore peu de personnes immigrantes. Il semble en effet que ces lacunes sont moins importantes dans les quartiers de Montréal à forte population immigrante, où les CSSS possèdent l’expertise requise. Il est donc impératif que le réseau de la santé reconnaisse cette nouvelle réalité. Certaines femmes immigrantes ont des problèmes dont les organismes communautaires ne peuvent se charger.

  1. Pour la Banque mondiale, la privation de ressources financières est la première étape du démantèlement des services publics et de la privatisation des services de santé.

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