Réactions face au “dumping”

De plus en plus d’équipes de travail font face à des dilemmes : doivent-elles répondre à toutes les demandes d’aide, au risque de s’éloigner de leur mission? Doivent-elles accepter, même indirectement, le délestage du réseau de la santé? Doivent-elles signer des ententes de services avec les CSSS et devenir complémentaires des services publics?

Ici apparaissent des tiraillements internes, observables dans les rapports des groupes avec le réseau de la santé, plus particulièrement avec les CSSS. Bien qu’ils prennent plusieurs formes, ces rapports peuvent se résumer à trois choix que nous appellerons l’acceptation, le refus et la collaboration.

  • L’acceptation. Devant l’absence de ressources publiques, des groupes acceptent des femmes dont les problèmes excèdent leur champ d’intervention. Ils reportent à plus tard les grands débats d’idées… ou préfèrent ne pas trop y penser. Un nombre important de groupes se situent dans cette catégorie.
  • Le refus. Des groupes demeurent réticents à cultiver des liens avec le CSSS, soit qu’ils n’aient pas les ressources pour répondre à de nouvelles demandes, soit qu’ils ne veuillent pas dévier de leur champ d’intervention. Ce choix est moins fréquent, et nous supposons que les groupes le font lorsque les travailleuses sont épuisées, après avoir vécu une période d’acceptation.
  • La collaboration. Des groupes maintiennent de bonnes relations avec les CSSS. C’est le cas notamment d’un centre de femmes en région dont la collaboration avec le CSSS permet de mieux faire face à l’alourdissement des situations vécues par les femmes. Une travailleuse sociale du CSSS vient régulièrement au centre afin de définir les limites des organismes et les pratiques de chacune des parties.

Quel que soit leur choix, les groupes sentent que la pression s’intensifie.

« Nous sentons que les CSSS font du «pelletage dans notre cour». Nous nous sentons exploitées, nous sommes exploitées. Nous avons des suivis qui valent ceux d’un médecin ou d’un psychologue, mais ils coutent moins cher au Ministère. »

À première vue, la collaboration peut être le choix le plus profitable pour les participantes et même pour les groupes, dans la mesure où les ententes avec les CSSS prévoient une rétribution pour les services rendus. Chaque choix comporte probablement ses avantages et ses inconvénients, mais une analyse des enjeux globaux permettrait une vision à plus long terme.

Sous l’angle de l’approche globale et féministe, le choix d’accepter ou de collaborer peut avoir pour effet de cautionner la communautarisation des soins et la privatisation des services sociaux et des services de santé, volontairement ou non. Les organismes communautaires de femmes risquent de perdre leur autonomie et de ne plus pouvoir pratiquer l’approche globale de la santé qui leur est propre.

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