Le mental, l’âme, l’esprit… se logent-ils dans notre cerveau?

Remettre en question la pertinence du concept de « maladie mentale » peut sembler être une erreur et peut même choquer ou blesser. La souffrance humaine, quelle qu’elle soit, existe bel et bien. Et comment! Elle est inhérente à notre conscience d’être sensible, pensant et mortel. Alors si « maladie mentale », qu’on appelle aussi « maladie de l’âme », signifie « souffrance mentale », d’accord. Pour le sens, la réalité qu’elle désigne, mais pas pour les mots. Je persiste à croire que ceux-ci ont un sens et même un pouvoir, et que l’expression « maladie mentale » est problématique.

Au RQASF, nous avons défini la santé mentale comme une notion positive, globale, comme une quête d’équilibre dans son rapport à soi et aux autres, dont on doit reconnaitre les ancrages à la fois biologiques, psychologiques et sociaux. Et selon une vision vraiment holistique (globale) de la santé, il n’y a pas de frontière entre le mental et le physique. Parlons de santé, tout court. Malheureusement, quand on parle de santé mentale, il est surtout question de maladie.

Bien sûr, il faut distinguer ce qui relève du retard ou déficience/handicap mental de ce qu’on appelle communément maladie mentale. Les premiers ne sont pas « traitables ». Le plus souvent diagnostiqués durant l’enfance (voire in utéro), ils s’expliquent par des anomalies génétiques, chromosomiques, par l’exposition intra-utérine à des substances toxiques (drogues, médicaments), par des infections (toxoplasmose congénitale, méningite, par exemple), par des traumatismes ou accidents, parfois par la malnutrition. Les causes ne sont pas toujours évidentes. Et soulignons qu’on peut vivre avec un handicap mental et jouir d’une resplendissante santé mentale! Malheureusement, toutefois, discriminations et regards stigmatisants sont souvent le lot de la « personne handicapée » et nuisent à sa santé.

La maladie mentale, considérée comme « traitable », peut être passagère ou chronique. Il s’agit d’une « maladie qui affecte le comportement d’un individu » . Définition beaucoup trop large car toute maladie affecte le comportement. Et le flou appelle l’arbitraire. Le mot « mental » exclut ici la maladie physique affectant le cerveau (Alzheimer, Parkinson, épilepsie, sclérose en plaque, par exemple).

Le mot « mental » renvoie plutôt au psychisme et fait référence notamment aux troubles de l’humeur, aux troubles anxieux et aux dépendances. Ces « maladies mentale s» affectent les pensées, causent de grandes souffrances et entrainent leur lot de discriminations.

Le problème pour moi c’est le mot « maladie » à côté du mot « comportement ». Affirmer sérieusement que notre « mental » est malade, à partir de nos comportements, là est l’erreur. On ouvre la porte au n’importe quoi et à une médicalisation abusive des comportements. Parce que… qui dit maladie dit médicament ou traitement médical. Bien entendu, il peut être approprié, en certaines circonstances, de donner des médicaments.

Notre société exerce une forte pression au conformisme comportemental. De plus, nous simplifions à l’extrême ce que nous comprenons mal. C’est plus simple, rapide, facile de donner un médicament qui agira sur le cerveau que de comprendre la complexité du vécu humain. Selon la pensée taoïste (traditionnelle chinoise) et aussi le psychiatre, psychologue et sociologue Carl Gustav Jung, notre esprit et nos pensées se trouvent non seulement dans notre cerveau, mais ailleurs dans notre corps et même à l’extérieur de notre corps. Mmmh.

3 commentaires Ajouter un commentaire

  • Je suis d’accord de critiquer le glissement trop rapide de la santé mentale à la maladie mentale, mais de là à rejeter complètement le mot « maladie mentale », je me demande si on ne nie pas une réalité qui existe bel et bien. Je comprends probablement mal cette conception…comment appelle-t-on la schizophrénie dans ce cas? Peut-être vaut-il mieux se pencher davantage sur une meilleure connaissance de ces maladies dans la population, lutter contre la stigmatisation, pour une approche plus globale de la santé ou contre les médicaments qui peuvent être donnés trop rapidement et sans soutien dans certains cas…merci pour le débat intéressant!

  • La «réalité» qui existe, n’est-ce pas plutôt le regard stigmatisant porté sur les personnes différentes? N’est-ce pas la souffrance humaine? Le mot «maladie» est problématique et j’ai expliqué pourquoi, selon moi, il doit être réservé aux vraies maladies. Dans le récent livre d’Alain Bachand, que j’ai commenté, un chapitre entier est consacré à la schizophrénie. Il faut prendre le temps de réfléchir au meilleur mot à utiliser, exercer notre créativité. Pourquoi ne pas accepter les autres comme ils et elles sont? N’oublions pas que si des gens venus d’autres temps ou d’autres lieux observaient notre société agitée, ils nous trouveraient aussi très différents. Merci pour votre commentaire.

  • « Le mental, l’âme, l’esprit… se logent-ils dans notre cerveau? »
    Pour moi, à l’évidence aujourd’hui, NON ! Vous en trouverez la démonstration dans l’ouvrage « la conscience » sur mon site http://www.rene-mettey.fr . La conscience se trouve partout (dans le « champ de conscience ») et notre individualité est due à notre névraxe qui concrétise ici et maintenant ce champ.

    Quant aux handicapés, après 30 ans à leurs service, j’estime que les trisomiques (en fait trisomiques 21) sont une « espèce homo sapiens différente et à part entière » (voir mon ouvrage en collaboration avec Françoise Serville « Mon enfant est différent »). Ils ne sont pas atteints de maladie mentale mais ont un fonctionnement particulier du cerveau.

    Enfin les autistes m’ont toujours fascinés : en effet ces êtres ne sont pas malades mentaux, mais ont une perception du monde et une logique totalement différente de l’espèce « Homo sapiens à gènes habituels » (nous). De même que nous vivons dans un monde ou le postulat d’Euclide est satisfaisant et seul « valable », Rimann et Lobachevski ont construits deux géométries « loufoques » d’apparence, en utilisant d’autres postulats que celui d’Euclide… jusqu’à ce qu’on rende compte que ces géométries s’appliquaient à d’autres mondes…Comprendre le fonctionnement mental des autistes nous permettra peut-être de comprendre d’autres pensées extra-terrestres…

Votre avis ”

N'hésitez pas à nous faire part de vos commentaires, idées, témoignages. Votre courriel demeure confidentiel et ne sera pas affiché.

Réseau québécois d’action pour la santé des femmes

santé mentale : politiques et programmes canadiens et québécois

Politiques et programmes canadiens et québécois en matière de santé mentale

questions et réponses

Changeons de lunettes! Pour une approche globale et féministe de la santé