Manque d’emplois, insécurité financière et alimentaire

Des travailleuses constatent une augmentation des problèmes de santé mentale liés au travail, que ce soit en raison de conditions de travail précaires ou discriminatoires, ou d’un manque d’emplois. Des conditions de travail minimales sont insuffisantes et nuisibles, car à ce degré de précarité, les femmes ne peuvent se permettre de prendre un congé de maladie sans solde. Cette situation peut mener à la dégradation de la santé, tant mentale que physique.

« Les femmes sont vraiment au bout du rouleau, elles sont épuisées physiquement. Certaines participantes font de l’insomnie, d’autres sont suicidaires. »

Plusieurs facteurs peuvent rendre la recherche d’un emploi difficile : l’absence d’un réseau social, la difficile conciliation travail famille, la discrimination. Par exemple, pour les immigrantes récentes, sans famille au Québec et qui n’ont pas encore développé de réseau de contacts, se trouver un emploi est un grand défi. De plus, la discrimination systémique ne les épargne pas. Une intervenante en employabilité s’exprime à ce sujet :

« On le voit dans les statistiques, chez Emploi-Québec. Selon l’ethnie ou la culture [d’origine], le taux de chômage est très différent. »

Par ailleurs, certaines femmes sont plus vulnérables économiquement. En 2005, le revenu moyen des femmes appartenant à des minorités était plus bas que le revenu moyen des femmes en général : celui des femmes immigrantes, 23 232 $; celui des femmes autochtones, 18 627 $. Quant au revenu moyen des femmes handicapées, il était inférieur à 15 000 $ pour plus de la moitié d’entre elles1.

D’autres femmes sont victimes d’âgisme. À ce sujet, une travailleuse explique :

« J’ai plusieurs clientes qui sont dans la cinquantaine. On le voit, il y a une certaine discrimination liée à l’âge. »

La recherche d’emploi peut être pesante et épuisante, néfaste pour leur estime de soi, notamment lorsqu’elles font face à une dévalorisation professionnelle et à une chute importante de leur niveau de vie. La recherche d’emploi peut aussi devenir ardue pour des femmes qui ont des enfants (que les familles soient monoparentales ou non) étant donné leur disponibilité limitée lorsqu’elles n’ont personne pour garder.

Insécurité financière

L’insécurité financière due au manque d’emploi ou à une insuffisance de revenus permettant de vivre convenablement entraine des situations stressantes. Dans plus de la moitié des groupes (56 %), la majorité des participantes reçoivent des prestations d’aide sociale. Ces prestations, dont les montants se situent sous le seuil de la pauvreté, ne permettent pas à ces femmes de vivre décemment. En 2011, au Québec, la prestation d’aide sociale de base pour une personne apte à travailler (dite sans contrainte), est de 574 $ par mois, ce qui, étant donné le cout actuel de la vie, ne suffit déjà pas au paiement d’un loyer et de l’électricité. Les femmes manquent même de l’essentiel.

« Avec l’aide sociale seulement, une femme n’y arrive pas. Elle se prive de tout et malgré ça, il lui reste 25 $ pour se nourrir pendant un mois, ça n’a pas de bon sens. »

Au stress causé par le manque d’argent s’ajoute parfois la tension générée par le harcèlement administratif. Dans certains cas, les contraintes technocratiques font en sorte que les autorités ferment les yeux sur les besoins des prestataires de l’aide sociale. Déjà insuffisant, le montant de la prestation d’aide sociale est parfois révisé à la baisse. Certaines prestataires subissent des contrôles parfois injustifiés.

« C’est un cercle vicieux : tu n’as pas de logement, alors tu vas vivre chez quelqu’un, mais tu n’as plus droit à l’aide sociale parce que tu n’as pas de logement loué à ton nom. »

Par ailleurs, l’insécurité financière pousse certaines femmes à accepter l’inacceptable. Certaines conservent un emploi où elles sont harcelées. D’autres continuent de vivre en couple pour des raisons financières et supportent des partenaires qu’elles n’aiment plus. Une travailleuse d’un centre de femmes remarque que, depuis trois ans, elle reçoit davantage de participantes qui vivent ce genre de situations.

D’autres participantes restent dans des relations où elles vivent des abus. Il devient alors urgent pour ces femmes de se trouver un travail. Une conseillère en emploi d’un centre de femmes explique comment le fait de trouver un emploi et de gagner un revenu suffisant peut permettre de se libérer d’un conjoint agresseur. Enfin, certaines femmes vivent des situations économiques extrêmement difficiles dans l’attente de leur conjoint, resté dans leur pays d’origine, et qui ne les soutient pas financièrement. Elles ne font pas de demande d’aide sociale de peur que leur conjoint perde le droit d’immigrer au Canada.

Insécurité alimentaire

Le manque de revenu (aide sociale insuffisante, salaire trop bas, absence de revenu) pousse plus de femmes à se présenter dans les organismes : elles n’ont plus rien à manger. D’ailleurs, l’insécurité alimentaire chez les participantes est un phénomène en augmentation dans 63 % des organismes. Comme le mentionne une intervenante d’un centre de femmes, « quand elles arrivent chez nous, les participantes sont stressées à cause de la pauvreté. C’est pour ça qu’on offre des dîners, qu’on fournit la soupe, des petits-déjeuners. On organise également des cuisines collectives parce que les femmes n’ont pas de quoi manger; on les programme à la fin du mois. » Certaines femmes se privent pour pouvoir nourrir leurs enfants, au risque de souffrir de carences et de tomber malade.

Dans certaines régions, des réalités socioéconomiques particulières affectent les femmes2. Prenons l’exemple de la crise forestière et agraire qui frappe actuellement le Témiscamingue3. Cette crise fait augmenter la détresse des femmes. En effet, des hommes quittent le domicile pour aller travailler dans une autre région, laissant leurs femmes seules avec les enfants et très peu de moyens. Ces femmes se retrouvent dans une grande insécurité financière, doublée parfois d’une insécurité alimentaire.

  1. Sources : femmes immigrantes et autochtones : SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE (2010). L’égalité entre les femmes et les hommes au Québec : Faits saillants, Québec, Gouvernement du Québec, p. 32-33 ; femmes handicapées : INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC (2010). Vivre avec une incapacité au Québec : Un portrait statistique à partir de l’Enquête sur la participation et les limitations d’activités de 2001 et 2006, Québec, ISQ, p. 100.
  2. Ces aspects propres aux régions ne sont que des exemples puisque la recherche ne porte pas spécifiquement sur les particularités socioéconomiques de chaque région.
  3. Voir FORTIER, M. (2010). « Un pays à vendre en pièces détachées » et « Agriculteurs en péril », Rue Frontenac (Dossier « Le Témiscaminque sacrifié »), vol. 1 no 4 (18 au 24 novembre), p. 2-3 et p. 4-5.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  • L’âgisme sévit aussi dans les groupes communautaires.
    Employée pendant 5 ans à 3 jours semaines, comme responsable de la formation, dans une équipe de 3 femmes, j’ai été congédiée, à 60 ans, pour cause de  »restructuration ». Fausse allégation que j’ai fait valoir à la commission des normes du travail et j’ai obtenu $5,000.00 suite à une médiation. Cependant je suis en situation de préretraite forcée, alors cette somme ne compense en rien la perte très importante perte de revenus.
    Les causes réelles: Mes collègues, une en particulier, se sentaient menacée du fait d’une plus grande expérience et d’une capacité d’intégrer davantage nos contenus de formation, et nos valeurs. Elles ont systématiquement et subtilement mis l’accent sur mes difficultés (à intégrer certaines technologies, Excel par exemple, ou certaines tâches de gestion) alors que j’excellai dans la formation, l’intervention et la médiation, ce pour quoi j’avais été engagée en priorité. Bien que ce soit inscrit dans notre contrat de travail, que je l’ai demandé à répétition , et que j’ai travaillé avec une membre du c.a. sur un processus d’évaluation participatif, en 5 ans, nous n’avons jamais été toutes les 3 évaluées de façon objective, annuellement, comme prévu. J’ai été la seule à vivre, finalement, des d-évaluations régulières de mes 2 collègues, via les conflits que nous vivions. Mes 2 collègues participaient aux réunions du c.a., mais pas moi, avec la raison administrative que mes collègues étaient à 4 jours semaines, et moi à 3.
    Bien que nous soutenions nous même les équipes de travail en difficulté et que nous portions les valeurs de paix, de justice et d’équité, le moyen de régler les différends à l’interne a été l’exclusion. Nous avons eu au préalable une médiation mais notre employeur, le C.A. de l’organisme, n’a pas vu au suivi et mes collègues n’ont pas appliqué les recommandations de l’intervenante. À bout de reproches subtiles et constants, de non reconnaissance de mes forces suis entrée progressivement en burnout et je n’en suis pas encore complètement remise après 2 ans. Une intervenante du privé en restructuration, embauchée par le c.a. m’a proposé, suite ça des rencontres individuelles de donner ma démission et de me mettre à contrat et à la pige,  »Est-ce que vous avez évalué que je suis la personne responsable de la situation détériorée au travail? » Elle me dit que non. Je lui demande pourquoi alors je renoncerai à ma sécurité d’emploi, à ma permanence et à mes conditions de travail?  »Parce que c’est toi la plus souffrante dans cette situation » a-t-elle dit. La situation c’est par la suite encore détériorée, je suis devenue de plus en plus anxieuse. J’ai interpellé le c.a. comme employeur pour soutenir la mise en place des recommandations de la médiatrice dans l’équipe de travail. La réponse:  »Si ça se place pas on va devoir se séparer de quelqu’un! ». Face à mon inquiétude liée la perspective de perdre mon emploi mes collègues ont dit que je vivais de la paranoïa. La veille de notre Assemblée générale, nous avons été convoquée par le c.a., individuellement, et j’ai été congédié. Pourtant en A.G. nous devions déposer un plan d’action où la restructuration intégrait mon poste et mes tâches, finalement.
    On m’a remplacé par un homme dans la trentaine, expert en nouvelles technologies, et la collègue que j’ai formé comme formatrice, pendant 5 ans, a pris mes tâches de formatrice.
    Dur, dur…J’ai beaucoup appris à travers cette expérience sur le phénomène de bouc émissaire dans les groupes. Et je crois aussi que l’âgisme a joué dans cette situation. Au lieu de reconnaître 25 ans d’expérience et d’expertise, on a mis l’accent sur des tâches techniques que j’avais de le difficulté et moins d’intérêt à intégrer. De plus, quand je demandais à suivre de la formation pour me perfectionner dans ces domaines, mes collègues me répondaient:  »Pas besoin de cours pour ça, c’est super facile!!! » (pour Excel par exemple). Quand je leur demandait de me le montrer il y avait beaucoup d’impatience de manifestée…Actuellement le gouvernement insiste pour que les gens de 60 ans et plus demeurent au travail mais en parallèle, sur le terrain, je vois de plus en plus de travailleurs et travailleuses épuisées et démotivées parce qu’on leur délègue de plus en plus de nouvelles tâches, responsabilités, administratives et technologiques, sans soutient adéquat et temps d’intégration. Finalement au lieu de vivre la fierté d’être des personnes utiles, expérimentées et compétentes grâces à 20-30-40 années d’expérience et de formation continue, on les fait sentir inadéquats, on les harcellent et ou les congédient. Les femmes en particulier car leur confiance en elles et leur mobilisation à se défendre, alors qu’elles sont doublement discriminées peut être déjà hypothéquées. De plus, les conditions financières précaires ne leur donnent pas l’autonomie nécessaire pour quitter l’emploi en cas de mauvais traitement et de harcèlement. Trouver du travail après 60 ans est très difficile dans un contexte ou le sexisme et l’âgisme peuvent se combiner pour filtrer les candidatures. Il y aurait une urgence je crois à former davantage les employées et les employeurs sur ces sujets d’importance.

  • Quand on n’a pas d’emploi, la vie devient tout d’un coup difficile à vivre. Mais vaut-il mieux avoir un emploi où on doit travailler beaucoup et percevoir peu de salaire, ou pas du tout d’emploi? Je pense que la plus part des gens choisiraient la première option. Pourtant, cela constitue en quelques sortes un renoncement au droit à un salaire équitable.

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