Santé, maladie, trouble… Le large spectre du « mental »

Ces dernières années, le concept de « santé mentale » s’est renouvelé, du moins dans certains pays anglo-saxons dont le Canada et, par extension, au Québec1. Cette évolution est liée à la volonté de considérer la santé mentale de manière positive et selon une approche globale, et non plus simplement comme une absence de maladie mentale.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la santé mentale se définit positivement « comme un état de bien-être grâce auquel l’individu reconnaît ses capacités, est capable de faire face au stress normal de la vie, travaille de manière productive et fructueuse et apporte une contribution à sa communauté. La santé mentale signifie la possibilité pour les individus et les groupes humains de développer leurs compétences et d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. »2 Mais on peut se poser la question : est-il possible d’être en bonne santé mentale sans toutefois atteindre les objectifs qu’on se fixe, et sans toujours travailler de manière « productive et fructueuse »? Dans sa Charte constitutive de 1946, l’OMS définit la santé de façon tout aussi positive, et de façon encore plus exigeante, comme un état de « complet » bien-être physique, mental et social. Utopique?

Par ailleurs, cette ouverture à une conception positive ne doit pas exclure les troubles mentaux du champ de la santé mentale, même s’ils ne sont pas de même nature, par exemple, que la capacité de faire face au stress. En effet, une personne souffrant de schizophrénie peut jouir d’une bonne santé mentale, si celle-ci est définie comme une sorte de bien-être.

La personne dont la santé mentale est temporairement affectée ou qui souffre de maladies ou de troubles mentaux plus ou moins chroniques doit affronter une souffrance de plus, la stigmatisation. Cette personne devient un diagnostic. En portant sur elle un jugement faussé par les stéréotypes et les préjugés, en la définissant seulement en fonction du diagnostic établi, on la prive de son humanité, on se fait juge du normal et de l’anormal.

La définition de la santé mentale retenue ici doit contenir la problématique dans son ensemble, c’est-à-dire tenir compte des ancrages biopsychosociaux de la santé mentale. Par-dessus tout, elle doit laisser place à la vie, au flou, à l’imparfait. Dans une société perfectionniste axée sur la productivité et dans laquelle tout le monde doit « fonctionner », tout le temps, peu de place est accordée à l’incertain.

Nous proposons de ramener la santé mentale à l’idée d’une quête d’équilibre dans son rapport à soi et aux autres, et de laisser la liberté à chaque personne de définir ses propres modalités.

En définitive, il faut ouvrir le champ de la santé mentale et s’en approcher dans une perspective globale. Au même titre que la santé physique, qui trouve ses déterminants dans les facteurs environnementaux et le mode de vie, en sus d’une certaine part attribuable aux prédispositions génétiques, la santé mentale peut être vue comme un reflet de la société dans laquelle on vit. Plus encore, la santé mentale, comprise dans un sens global et positif, est à la fois « condition et résultat de la qualité de vie »3.

Les causes des problèmes de santé mentale sont généralement multiples et complexes. Les problèmes, eux, peuvent être légers ou lourds, de courte ou de longue durée, etc. Leur appellation même, varie : trouble, problème, maladie chronique, détresse temporaire, etc.

Il faut souligner que les participantes des organismes de femmes ne se présentent pas aux travailleuses avec une étiquette précisant la nature de leurs difficultés. Les organismes, qui privilégient l’approche féministe, évitent d’ailleurs de travailler à partir de diagnostics. C’est pourquoi les expressions « problèmes lourds », « gros problèmes », qui reviennent souvent dans la bouche des travailleuses, traduisent en fait la lourdeur de leur travail et ce qu’elles ressentent devant la complexité de la tâche à accomplir. Elles ne constituent pas une évaluation quelconque des problèmes des femmes.

  1. Voir DUHOUX, A. (2009). « Santé mentale positive : du traitement des maladies mentales à la promotion de la santé mentale », Quintessence, vol.1, no 2; INSTITUT CANADIEN D’INFORMATION SUR LA SANTÉ (ICIS) (2009), op.cit.; JEKOVSKA, M. et COMITÉ RÉGIONAL EN DÉVELOPPEMENT SOCIAL CENTRE DU QUÉBEC (2008). Pauvreté, santé mentale, détresse psychologique : situations connexes ou pure coïncidence, document de travail, CRDS, 50 p.; KOVESS-MASFÉTY, V. (2010)
  2. Organisation mondiale de la santé (OMS) (2004). Investir dans la santé mentale, Genève, OMS, p. 7. (PDF)
  3. KOVESS-MASFÉTY, V. (2010). La santé mentale, l’affaire de tous – Rapport du groupe de travail présidé par Viviane Kovess-Masféty, Paris, Documentation Française, p. 12. (PDF)

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