La violence s’intensifie

Un contexte économique dans lequel les inégalités augmentent est un terrain propice à l’éclosion de violences de toutes sortes. Que disent les travailleuses de nos groupes membres au sujet de la violence que subissent les femmes? Assistent-elles à une augmentation de la violence?

Violences familiales et sexuelles

Des maisons d’hébergement et des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) notent une augmentation de la violence, qui a pour conséquence une plus grande détresse psychologique. Les femmes la subissent à tous les âges. Ainsi, 26 % des organismes constatent une augmentation de la violence vécue dans l’enfance, et 32 % constatent une augmentation de la violence à l’endroit des femmes âgées. Selon une intervenante d’un CALACS pour victimes d’agressions sexuelles, la plupart des femmes plus âgées qui fréquentent l’organisme se sont tues pendant des années; elles vivent les conséquences de traumatismes subis plus tôt dans leur vie.

« Ce sont des femmes qui n’ont jamais parlé, parce que c’est extrêmement tabou, les agressions sexuelles. Elles ont trainé les conséquences de ça pendant des années, elles ont vieilli et maintenant elles souffrent de dépression majeure et prennent beaucoup de médicaments. » (une travailleuse d’un centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS))

Les organismes reçoivent aussi de plus en plus de jeunes femmes. Selon une travailleuse d’un CALACS, elles sont nombreuses à « geler » leurs émotions en consommant des drogues. Les centres de femmes accueillent davantage de participantes victimes de violences conjugale, familiale, sexuelle ou de guerre. Généralement, ces femmes ne confient pas d’emblée ce qu’elles ont vécu. Elles ne fréquentent pas un centre de femmes nécessairement pour dénoncer ou pour fuir la violence. Ce n’est qu’une fois le lien de confiance établi qu’elles arrivent à parler des traumatismes qu’elles ont vécus.

Selon 51 % des organismes, la violence conjugale et familiale est en augmentation, alors que 43 % la juge persistante ou stable. Selon certaines travailleuses, cette perception s’explique : les conditions socioéconomiques se dégradent et les services offerts par les groupes sont davantage connus. Ce qui ressort des entrevues comme de la compilation des questionnaires, néanmoins, c’est que les situations de violence s’aggravent.

« Il y a une augmentation de la gravité des cas; la violence conjugale, ça peut être psychologique, verbal. Mais quand la violence est physique, ça peut signifier avoir trois côtes cassées et être à moitié défigurée. »

Les organismes en violence conjugale notent un cumul et une complexification des problèmes que vivent les femmes.

Violences multiples

La violence sévit dans toutes les couches de la société et peut être vécue par toutes les femmes. Cependant, parce qu’elles se trouvent là où convergent plusieurs types de discriminations et de rapports qui les infériorisent, certaines femmes subissent de multiples violences. Un peu plus du tiers des groupes membres du RQASF (34 %) soulignent l’augmentation des discriminations.

Itinérance

Le tiers des organismes (33 %) constatent une augmentation de l’itinérance féminine. Les femmes en situation d’itinérance sont souvent très affectées par des problèmes de santé physique et mentale. La plupart d’entre elles portent un lourd passé de violences et d’abus de toutes sortes, ce qui explique leurs difficultés relationnelles. Elles n’ont plus confiance ni en elles-mêmes, ni dans les autres. Souvent, elles se coupent de leurs émotions, notamment en abusant de l’alcool ou des drogues.

« On n’arrive pas à la rue pour rien […]. Toutes ont vécu de la violence : les femmes ont été violées, «incestuées», battues. Quand on parle des femmes qui sont à la rue, on parle de violence extrême. » (une travailleuse d’une ressource en hébergement)

Industrie du sexe

Selon 9 organismes sur 64 (14 %), les problèmes reliés à l’industrie du sexe sont également en augmentation. De ces organismes, 2 sont situés à Montréal, les 7 autres en région. Le phénomène de la traite des femmes à des fins sexuelles est signalé comme étant particulièrement préoccupant. Il touche des femmes venues d’ailleurs mais aussi des Québécoises, dont de nombreuses femmes autochtones. Les moyens employés pour pousser les femmes vers la prostitution sont terribles : duperie, viol, séquestration.

Femmes autochtones

Les femmes autochtones vivent également de plus en plus de violence. Les travailleuses notent une dégradation de leurs conditions de vie. La pauvreté, l’itinérance, les problèmes liés à l’industrie du sexe sont aussi chez elles des phénomènes qui prennent de l’ampleur. En Abitibi-Témiscamingue, une travailleuse en maison d’hébergement le constate : le nombre de chambres occupées par des Autochtones a augmenté et la durée des séjours est plus longue.

Femmes handicapées

Une autre travailleuse indique que les femmes handicapées sont victimes de violences sexuelles dans une proportion de 83 %1. Ces dernières sont souvent très réticentes à dénoncer la violence qu’elles vivent, particulièrement lorsqu’elles entretiennent un lien de dépendance avec leur agresseur, la plupart du temps une personne proche ou une personne intervenante. Elles ont peur de se retrouver à la rue ou de se voir refuser les services ou les soins de base.

Immigrantes

Certaines participantes immigrantes ont vécu ou vu toutes sortes d’horreurs dans leur pays d’origine. Plusieurs sont réfugiées, ayant été victimes de conflits armés ou de guérillas. D’autres ont subi de la violence en arrivant au Québec : des conditions de vie stressantes liées aux problèmes économiques peuvent exacerber la violence conjugale, notamment lorsque le conjoint ne trouve pas d’emploi et que la femme devient la principale pourvoyeuse du revenu familial.

Certaines immigrantes en couple avec des Québécois vivent aussi de la violence. Des conjoints profitent de leur femme, par exemple lorsqu’elle ne parle pas la langue d’accueil ou qu’elle est une immigrante récente, ce qui amplifie l’inégalité entre les conjoints. Des femmes sont traitées comme des servantes, coupées de toute relation sociale, et la violence augmente lorsqu’elles commencent à s’affirmer. Généralement, cela prend du temps avant qu’elles apprennent l’existence des ressources qui peuvent leur venir en aide.

Prendre en considération les différentes appartenances des femmes ou les différentes situations qu’elles vivent fait partie de l’approche des groupes de femmes (approche intersectionnelle). L’intervention est adaptée à la situation de chaque femme et un lien de confiance se tisse. Il ne s’agit pas de catégoriser, mais de prêter attention aux injustices liées aux différentes facettes de l’identité et aux différents aspects des conditions de vie.

  1. Donnée confirmée par les statistiques disponibles : Agence de la santé publique du Canada (2008). La violence envers les femmes handicapées, Ottawa, Agence de la santé publique du Canada

Votre avis ”

N'hésitez pas à nous faire part de vos commentaires, idées, témoignages. Votre courriel demeure confidentiel et ne sera pas affiché.

Réseau québécois d’action pour la santé des femmes

commander l’enquête

Santé mentale au Québec : Les organismes communautaires de femmes à la croisée des chemins

Santé mentale au Québec : Les organismes communautaires de femmes à la croisée des chemins, a été amorcée par le RQASF en 2010. 75 organismes communautaires intervenant directement auprès de femmes partout au Québec ont participé à cette enquête. En savoir plus

votre don a de l’impact