La santé mentale des participantes… Ce qui a changé

Les deux tiers des organismes ont remarqué une augmentation du nombre de participantes confrontées à des problèmes de santé mentale depuis quelques années. La proportion des participantes qui vivent des problèmes de santé mentale serait supérieure à 40 % dans près du tiers des organismes (29 %). En outre, les problèmes de santé mentale varient, mais globalement, ils sont de plus en plus lourds dans les trois quarts des organismes (75 %).

Les problèmes de santé mentale des participantes se manifestent donc de façons diverses. Ils se complexifient toujours davantage et augmentent depuis plusieurs années. Nous avons regroupé les thématiques liées à des « problèmes de santé mentale » au sens large (par exemple : épisodes dépressifs, stress), à des « problèmes psychiatriques » (par exemple : diagnostics, situations de crise), à la « lourdeur » des problèmes (par exemple : abus d’alcool ou d’autres substances, abus de médicaments) et à des « facteurs de fragilisation de la santé mentale » (par exemple : agressions, pauvreté).

Diversité et complexité des problématiques

Selon 75 % des groupes, de plus en plus de femmes vivent du stress et de l’anxiété. Les manifestations physiques du stress sont multiples (fatigue, irritabilité, insomnie, etc.). Le tiers des organismes (33 %) relèvent une augmentation de l’insomnie chez les participantes.

Une majorité d’organismes (63 %) observent également une augmentation du nombre de femmes cumulant des problèmes différents. Il n’y a pas de portrait type de ces femmes, mais les travailleuses notent que la détérioration des conditions de vie amplifie les problèmes : problèmes de logements, problèmes de consommation, problèmes de violence, etc.

« Il y a des changements, nous voyons plus de femmes qui ont des multiproblématiques. Quand j’ai commencé à travailler [dans les groupes de femmes], on voyait davantage de femmes qui vivaient de la violence conjugale, mais qui vivaient seulement de la violence conjugale. Tandis que maintenant, on voit arriver des femmes en dépression ou bipolaires, des femmes qui ont des problèmes de consommation. » (une travailleuse d’une maison d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violences conjugales)

Bien que les groupes privilégient une approche globale et ne s’attardent pas au diagnostic que reçoivent les femmes à l’hôpital ou à la clinique médicale, plus de la moitié d’entre eux (58 %) notent une augmentation des participantes ayant des problèmes psychiatriques. Les groupes de femmes qui œuvrent en dehors du champ de la santé mentale (par exemple les services d’employabilité) observent également cette augmentation. Plusieurs travailleuses rencontrent davantage de femmes dites paranoïaques, bipolaires ou de personnalité limite.

Près de la moitié des groupes (48 %) signalent une augmentation des problèmes de dépendances aux médicaments, à l’alcool et aux drogues. Les problèmes de consommation s’ajoutent souvent à d’autres difficultés. La toxicomanie, l’alcoolisme, les problèmes de jeu ne sont pas une « maladie en soi »; ce sont des mécanismes de défense, inappropriés certes, mais aussi des moyens qui permettent à certaines femmes de rester « vivantes ». Plus du tiers des groupes (36 %) constatent qu’un plus grand nombre de femmes se présentent intoxiquées.

Plus du quart des organismes (27 %) constatent une augmentation du nombre de femmes qui font une consommation abusive de médicaments. Les comportements sont variés : certaines participantes s’échangent des médicaments, s’automédicamentent ou surconsomment; d’autres cessent leur médication ou augmentent elles-mêmes leurs doses, sans avoir consulté ou faute de suivi.

Le nombre de femmes en situation de crise est en hausse dans près de la moitié des organismes (47 %). Tous les organismes manquent de ressources pour aider ces femmes, et certaines d’entre elles ne veulent pas aller à l’hôpital parce que l’approche biomédicale ne leur convient pas ou parce que le spectre de l’internement leur fait peur. Dans certains cas, toutefois, l’hospitalisation est la seule solution qui leur reste étant donné le manque de ressources alternatives en région et à Montréal.

Des réactions normales aux difficultés temporaires de la vie sont de plus en plus considérées comme relevant du domaine médical. Les conséquences de la pauvreté, du manque de logements salubres et de l’isolement social deviennent des problèmes médicaux. On prescrit toutes sortes de médicaments à ces femmes, puis on les renvoie chez elles ou dans la rue, sans prévoir un suivi.

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Réseau québécois d’action pour la santé des femmes

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