Inégalités sociales et santé mentale

Au Québec comme ailleurs, les inégalités sociales s’accroissent depuis les années 19801. Cette situation affecte directement les conditions de vie et la santé de la population, tout particulièrement certaines catégories sociales minoritaires ou marginalisées. La documentation disponible indique des effets plus dévastateurs parmi les femmes, et encore davantage parmi celles qui sont immigrantes ou réfugiées2 :

  • difficulté de trouver un logement qui convient à ses besoins;
  • difficulté d’accéder aux soins de santé, insécurité alimentaire;
  • précarité financière, détresse psychologique, etc.

On observe une hausse de l’incidence des maladies chroniques, une montée de l’itinérance chez les femmes, une plus grande judiciarisation3 des problèmes sociaux ainsi qu’une médicalisation4 croissante, soit le recours de plus en plus systématique à la médication pour résoudre des problèmes autres que médicaux. Dans ce contexte, faut-il s’étonner que la santé mentale des personnes se fragilise?

En 2009, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) évaluait que la dépression serait à elle seule la deuxième cause de maladie et d’incapacité en 20205. Au Québec, en 2010, de 15 % à 20 % des adultes souffraient d’un problème de santé mentale, et on estime qu’une personne sur trois en souffrira au cours de sa vie6. Dans une perspective de santé publique, les problèmes de santé mentale figurent au 2e rang du « fardeau de la maladie », après les maladies cardiovasculaires et devant tous les cancers réunis7. Ces pourcentages élevés justifient que nous nous interrogions sur le concept de santé mentale pour mieux la définir et comprendre les réalités qui s’y rattachent.

  1. Cette question est discutée dans le cadre de référence du RQASF Changeons de lunettes! Pour une approche globale et féministe de la santé, paru en 2008, p. 24-27. Voir aussi : FONDS MONÉTAIRE INTERNATIONAL (FMI) (2008). Perspectives de l’économie mondiale 2007, New York, FMI, p. 10-11; GÉLINAS, J.-B. (2008). Dictionnaire critique de la globalisation : les mots du pouvoir, le pouvoir des mots, Montréal, Éditions Écosociété, 303 p.; PROGRAMME DES NATIONS UNIES POUR LE DÉVELOPPEMENT (PNUD) (2005). Rapport mondial sur le développement humain 2005, New York, PNUD, 385 p.
  2. GALABUZI, G. E. (2001). Canada’s Creeping Economic Apartheid: The Economic Segregation and Social Marginalisation of Racialized Groups, Toronto, CSJ Foundation for Research and Education, 128 p.; ASSOCIATION POUR LA TAXATION DES TRANSACTIONS FINANCIÈRES POUR L’AIDE AUX CITOYENS (ATTAC) (2003). Quand les femmes se heurtent à la mondialisation, Paris, Mille et une nuits, 188 p.; PAMPALON, R. et D. HAMEL (2008). Les inégalités sociales et de santé augmentent-elles au Québec?, Québec, Institut national de santé publique du Québec, 19 p.
  3. Tendance à privilégier la voie judiciaire pour régler des problèmes qui pourraient l’être autrement; recours à la justice pour traiter des problèmes sociaux; en résulte, notamment, une augmentation du nombre de personnes démunies dans les prisons.
  4. Action de médicaliser, c’est-à-dire de définir ce qui est social ou biologique comme étant un problème médical nécessitant un traitement médical. Par exemple, médicaliser la timidité c’est la considérer comme une maladie ou, du moins, comme une condition nécessitant une médication.
  5. WORLD HEALTH ORGANIZATION (WHO) (2009). Mental Health-Depression.
  6. FOURNIER, L. (2010). L’approche populationnelle en santé mentale : résonnances et implications pour les centres de santé et des services sociaux, Journées annuelles de la santé publique (JASP) 2010, communication du 10 mars, Colloque Implanter des interventions éprouvées en santé mentale.
  7. Ibid.

1 commentaire Ajouter un commentaire

  • Avant avoir lu ces informations, je pensais que ce sont des femmes qui sont plus fortes et plus stables. Et aussi je pensais que les immigrantes (pas des réfugiées, naturellement) sont d’état psychique très stable – j’ai fait cette conclusion de mon expérience de communication avec des immigrants. Ils sont toujours en famille, très liée. Ils sont attachées aux traditions. Tout cela doit aider. Peut etre que ces familles de mes amis étaient des exceptions.

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