Hausse des demandes en santé mentale

La hausse des demandes liées à des problèmes de santé mentale oblige aujourd’hui les groupes à se questionner sur la somme de connaissances spécifiques et spécialisées qu’ils doivent acquérir pour pouvoir accueillir les femmes et les accompagner dans la recherche de solutions aux multiples problèmes qu’elles vivent, même les plus lourds. En premier lieu, est-ce réaliste de donner aux travailleuses des formations sur un nombre infini de problématiques? En deuxième lieu, ces formations ne risquent-elles pas de favoriser un glissement vers une approche plus curative que préventive, et plus individuelle que collective, au détriment de l’approche globale de la santé?

« Mon rôle dans un centre de femmes, ma mission, ce n’est pas d’accompagner les femmes qui vivent des problèmes de santé mentale. Je trouve que la situation devient difficile. Je veux bien être formée pour aider ces femmes, mais où est la limite? »

En fait, l’acquisition de connaissances très spécialisées éloigne les groupes de leur mission première. Une travailleuse d’un centre de femmes nous confie :

« Il est souhaitable d’avoir des connaissances de base sur tout problème qui peut se présenter, pour qu’ensuite nous soyons en mesure de trouver les ressources pour combler certaines lacunes, mais à un moment donné, ça dépasse nos compétences! »

Les organismes qui se consacrent à une problématique sociale particulière (logement, emploi, etc.) sont également confrontés à des situations qui les détournent de leur mission. Il est normal qu’une travailleuse d’un service en employabilité ne dispose pas des outils pour intervenir auprès d’une participante qui lui confie qu’elle a subi des violences de guerre ou qu’elle en a été témoin.

« Parfois, j’ai des clientes qui ont fui la guerre. Par exemple, une femme me confie qu’elle a vu une bombe sauter à un coin de rue devant elle, elle a vu des cadavres. Elle me demande si c’est normal qu’elle fasse des cauchemars parce qu’elle a encore ces images dans la tête. Je ne suis pas formée pour traiter les chocs post-traumatiques. »

De plus, les ressources alternatives spécialisées en santé mentale se font plus rares. Rappelons que selon 58 % des groupes, de plus en plus de femmes ayant des problèmes psychiatriques se présentent dans les centres de femmes ou dans d’autres organismes qui œuvrent en dehors du champ de la santé mentale.

Dans ce contexte, les organismes sont confrontés à un dilemme grave. D’un côté, il est difficile de refuser des femmes ayant des problèmes psychiatriques, voire parfois impossible lorsque l’organisme est leur dernier recours. De l’autre, les groupes ne disposent pas des outils ou des ressources pour traiter les femmes présentant ce type de problèmes. Il leur est donc impossible d’apporter l’aide ou de fournir le service dont ces femmes ont réellement besoin sans se détourner de leur mission.

Une travailleuse donne l’exemple d’une participante souffrant de schizophrénie qui déstabilise la vie interne de son organisme. Il est possible de soutenir cette femme minimalement, mais impossible de lui apporter les soins curatifs dont elle a besoin et de lui fournir de l’information sur sa médication.

« Je ne suis pas infirmière, je ne suis pas psychiatre, je ne suis pas psychologue; je suis une travailleuse dans un centre de femmes et, même si j’ai suivi des formations, je suis parfois dépassée. »

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Réseau québécois d’action pour la santé des femmes

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