Femmes et santé mentale, une histoire de pouvoir

Au XIXe siècle, le corps des femmes était objet d’expérimentation pour la médecine en développement. On considérait que la biochimie et les hormones des femmes, différentes de celles des hommes, étaient la cause principale de leurs comportements et de leurs maux. Les débuts de la gynécologie, une science dont le but annoncé est de soigner les troubles féminins, ont été meurtriers. Des femmes ont perdu la vie lorsque les chirurgiens ont pratiqué les premières hystérectomies et les premières ovariectomies.

Pendant un demi-siècle (1850-1900), les membres d’une école de gynécologues et de psychiatres ont soutenu la thèse selon laquelle « des états et processus pathologiques au niveau des organes sexuels féminins pourraient être à l’origine de la folie »1, rien de moins. Se pourrait-il que la « folie » des femmes de cette époque ait été la plupart du temps l’expression d’une révolte contre leur condition de subordonnées, ou une façon détournée d’exprimer un point de vue différent?

On connait la suite : la thèse voulant que le système hormonal féminin soit source de troubles mentaux et physiques trouve encore de nombreux adeptes au XXIe siècle.

Le DépoProvera est contraceptif en injection intramusculaire longue durée (3 mois) qui fait l’objet de controverses en raison de ses effets secondaires néfastes sur la densité osseuse.

Elsimar Coutinho, spécialiste de la reproduction, a décrété que les menstruations sont non seulement inutiles, mais nuisibles à la santé des femmes, qu’il faut donc les éliminer, par exemple avec le DépoProvera2.

Pourquoi, au Québec, encore aujourd’hui, prescrit-on aux femmes environ deux fois plus de médicaments psychotropes qu’aux hommes3? Sur quelles données fiables se base-t-on pour conclure que les femmes souffrent davantage de dépression que les hommes? Comment définit- on un état dépressif? Davantage de femmes pleurent, davantage d’hommes se soulent… Il est reconnu que les médecins diagnostiquent différemment la dépression chez un homme et chez une femme4. Selon nous, les inégalités sociales et les rapports de pouvoir à la maison ou au travail, par exemple, expliquent en bonne partie les difficultés émotionnelles des femmes. Les avancées en ce qui a trait aux droits des femmes sont relativement récentes et elles demeurent fragiles.

  1. BLECH, J. (2005). Les inventeurs de maladies : Manœuvres et manipulations de l’industrie pharmaceutique, Paris, Actes Sud, p. 145.
  2. RQASF (2008). Changeons de lunettes! Pour une approche globale et féministe de la santé, Montréal, RQASF, p. 55.
  3. CONSEIL DU MÉDICAMENT (2011). Portrait de l’usage des antidépresseurs chez les adultes assurés par le régime public d’assurance médicaments du Québec, Québec, Gouvernement du Québec, p. 9.
  4. SERENI, C. et D. SERENI (2002). On ne soigne pas les femmes comme les hommes, Paris, Odile Jacob, p. 51.

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