Discriminations et santé mentale

La discrimination est une injustice peu reconnue, elle a pourtant d’importantes répercussions. Elle est insidieuse parce que systémique, c’est-à-dire fortement ancrée dans l’organisation de la société, les normes et les valeurs. Elle peut être indirecte, en ce sens qu’elle est le résultat d’un acte en apparence anodin, donc non explicitement planifié, tout comme elle peut être la manifestation brutale et directe de préjugés fortement enracinés dans l’histoire.

La discrimination n’est pas qu’une affaire de perception subjective, elle se constate également objectivement. L’état de santé d’une population est un bon indice de discrimination systémique. Par exemple, on constate chez les femmes autochtones un taux de suicide trois fois supérieur à celui observé chez les Canadiennes non autochtones1. Aux États-Unis, le risque de suicide chez les jeunes lesbiennes est de 40 % plus important que chez les autres jeunes filles2. Les personnes immigrantes sont en bonne santé à leur arrivée au Québec et au Canada, mais leur santé se dégrade peu à peu dans les années qui suivent3. Les conditions de vie et les rapports inégalitaires expliquent en grande partie de tels pourcentages.

Les évènements prémigratoires, le processus migratoire et l’installation dans le nouveau pays, de même que l’incertitude, le chômage, la pauvreté, l’isolement social et le stress de l’adaptation culturelle, notamment, fragilisent la santé mentale des immigrantes et causent dépression, toxicomanies ou autres troubles de santé; dans certains couples immigrants, ces facteurs font aussi croitre la violence conjugale4. À cela s’ajoutent les barrières linguistiques, la discrimination, la déqualification professionnelle, les difficultés d’accès aux ressources. Tous liés, ces éléments sont souvent source de détresse psychologique chez les femmes immigrantes5.

Lesbiennes

En ce qui concerne les lesbiennes, nous avons vu dans une précédente recherche6 que, malgré les avancées évidentes de la société québécoise en ce qui a trait à l’homosexualité, les lesbiennes continuent de vivre dans l’invisibilité sociale et doivent encore faire face à une pression à l’hétérosexualité. L’école et le travail demeurent des espaces où il est risqué pour une femme de dévoiler son attirance affective ou sexuelle pour une personne de même sexe. L’hétérosexisme et la lesbophobie ont un impact sur la santé des lesbiennes, on le constate en voyant le taux élevé d’épisodes de détresse psychologique, de dépendances ou de dépression dans cette population.

Exclusion, pauvreté, isolement social

D’autres situations de vie peuvent fragiliser la santé mentale. Si le fait d’avoir une limitation fonctionnelle n’est pas toujours un facteur de fragilisation de la santé mentale, par contre, l’exclusion qui en découle souvent peut entraîner une plus grande détresse psychologique7. Il est aussi reconnu que, dans les familles monoparentales, la pauvreté et l’isolement social forment un cocktail explosif qui peut déclencher la détresse psychologique des mères. Ces femmes vivent un stress quotidien entre les soins à prodiguer aux enfants, les contraintes financières et la surcharge de travail, ce qui peut provoquer des situations de crise8.

Aidants naturels

S’occuper d’une personne proche malade n’est pas non plus sans répercussions; sur le plan financier, indéniablement, mais aussi sur le plan psychologique, ce qui est plus difficile à quantifier. La peine de voir une personne proche souffrir et s’affaiblir s’ajoute aux nuits sans sommeil, aux repas pris sur le pouce, au manque de répit. L’OMS constate que les femmes qui soignent une personne de leur famille ou de la communauté « sont la plupart du temps très peu aidées, et peu ou pas reconnues ni rémunérées. »9

  1. GROUPE DE TRAVAIL AD HOC SUR LES FEMMES, LA SANTÉ MENTALE, L’UTILISATION DE SUBSTANCES ET LA TOXICOMANIE (2006; révision et mise à jour en 2008). Les femmes, la santé mentale, les maladies mentales et la toxicomanie au Canada : tour d’horizon, Winnipeg, RCSF, p.44. (PDF)
  2. GROUPE DE TRAVAIL SUR LE SUICIDE DES JEUNES (2001). Le risque de suicide chez les jeunes à orientation sexuelle non conventionnelle (lesbiennes, bisexuels, gais), Paris, Homosexualités et socialisme, p. i.
  3. ZHAO, J. et autres (2010). État de santé et capital social des nouveaux immigrants : données probantes issues de l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada, Ottawa, Citoyenneté et Immigration Canada, Recherche et Évaluation, p 10.
  4. GROUPE DE TRAVAIL ad hoc., (2008), op. cit., p. 49.
  5. SAVIDES, D. (2007). « Comment briser l’isolement? Femmes immigrantes et des communautés culturelles » dans TABLE DE CONCERTATION DE LAVAL EN CONDITION FÉMININE (TCLCF) (2008). Actes du colloque La détresse psychologique des femmes : à Laval c’est l’affaire de tout le monde, Laval, TCLCF, p. 34.
  6. RQASF (2003). Pour le dire… rendre les services sociaux et les services de santé accessibles aux lesbiennes, Montréal, RQASF, 222 p. (PDF)
  7. SERRADORI, C. (2007). « L’inclusion, la réponse à un environnement producteur de détresse psychologique (Femmes et limitations fonctionnelles) », dans TABLE DE CONCERTATION DE LAVAL EN CONDITION FÉMININE (TCLCF) (2008). Actes du colloque La détresse psychologique des femmes : à Laval c’est l’affaire de tout le monde p. 46-49.
  8. CARREAU, C. (2007). « Femmes monoparentales, pauvreté et détresse psychologique », dans TABLE DE CONCERTATION DE LAVAL EN CONDITION FÉMININE (TCLCF) (2008). Actes du colloque La détresse psychologique des femmes : à Laval c’est l’affaire de tout le monde, Laval, TCLCF, p. 24. (PDF)
  9. ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ (OMS) (2009). Les femmes et la santé : la réalité d’aujourd’hui, le programme de demain, Genève, OMS, p. XV. (PDF)

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