Santé : l’approche globale et féministe

Les rapports qu’entretiennent les femmes avec la santé mentale plongent leurs racines loin dans le passé. Voyons comment les féministes ont défini la santé mentale et quelles sont leurs critiques de l’approche médicale.

Selon l’approche globale et féministe, la santé correspond à un équilibre entre l’état intérieur (psycho-émotif), l’état physique et l’environnement social, économique et politique. La santé mentale se définit comme un état d’équilibre et de bien-être qui résulte d’un tissu complexe de causes et de déterminants biologiques, psychologiques et sociaux qui agissent en interaction.

Selon cette approche, le corps et l’esprit font partie d’un tout. Il est donc réducteur de limiter l’origine d’un problème de santé mentale à sa composante biologique. Le tout biologique est un grand « mythe fondateur », soulignent des auteures critiques de la médicalisation croissante de la santé mentale1. Les méandres du cerveau, de l’esprit et du cœur humains sont complexes, et une approche simpliste risque d’aboutir à des atteintes aux droits de personnes qui souffrent.

Une histoire de pouvoir

Quand il est question de santé mentale, surtout de celle des femmes, il est impossible de passer outre la dimension du pouvoir. Les liens de cause à effet ne sont ni unidirectionnels ni simples, mais les faits sont indéniables : ce qui provoque la détresse psychologique et menace la santé mentale a souvent un rapport avec le pouvoir ou le manque de pouvoir. L’oppression, l’injustice, la discrimination, l’exclusion sociale, la violence, la pauvreté participent à ces enchaînements d’événements qui, au cours d’une vie, peuvent conduire à la détresse ou aux troubles mentaux2.

Un tiers des femmes subiraient au cours de leur vie au moins un épisode de violence conjugale, sexuelle, ou de violence psychologique extrême. De 10 % à 33 % des filles subiraient des violences sexuelles au cours de leur enfance. Une femme sur quatre vivrait de la violence conjugale, le plus haut taux se situant parmi les jeunes3.

La violence sous toutes ses formes est l’un des thèmes les plus récurrents dans le matériel de recherche que nous avons recueilli auprès des intervenantes de nos groupes membres.

Les conséquences sur la santé mentale sont documentées. On sait que les violences de tous ordres sont courantes dans l’histoire de vie des femmes vivant avec de graves problèmes de santé mentale, des itinérantes et des femmes qui ont des problèmes psychiatriques.

La détresse mentale peut être vue comme une réaction de révolte consciente ou inconsciente à une expérience d’injustice. Le pouvoir joue un tout aussi grand rôle dans la guérison, d’où l’importance capitale de l’empowerment4 dans l’intervention féministe.

Sans prise en compte des origines ou de la nature de ce qui peut affecter la santé mentale, la réponse médicale est en général l’établissement d’un diagnostic, puis la prescription d’un ou de plusieurs médicaments ou traitements, associés à ce diagnostic. Dans plusieurs situations, ce processus autoritaire représente une forme de violence. En effet, la médication n’est pas indiquée dans toutes les situations de difficultés émotionnelles ou psychiques5.

Pour le traitement de certaines carences hormonales dans le cerveau, l’industrie pharmaceutique, qui adopte une approche spécifique6 de la santé, a mis au point des médicaments qui, lorsqu’ils sont appropriés, peuvent rendre une personne plus fonctionnelle. Toutefois, à tort ou à raison, certaines personnes prennent ces médicaments sur une longue période. Dans certains cas, les médicaments pourront avoir de graves effets secondaires, c’est-à-dire faire plus de mal que de bien.

Est-il approprié de médicaliser lorsque les causes des problèmes des personnes sont sociales? Ou même lorsque ces causes sont personnelles et psychologiques?

Selon Al Frances, principal directeur de la quatrième édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, le DSM-IV, de l’American Psychiatric Association – APA : « Il ne saurait y avoir de définition d’un ‘désordre mental’. C’est de la foutaise. Je veux dire, on ne peut tout simplement pas définir cela »7

Les connaissances sur lesquelles se base le personnel médical pour diagnostiquer et prescrire sont-elles toujours scientifiques, fiables? Les facteurs sociaux sont-ils pris en compte? Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour contester cette surenchère du médical.

  1. PROVENCHER, D. et A. RAINVILLE (2010). Mythes en droit de la santé mentale : enjeux sociaux et juridiques, communication présentée au Barreau du Québec dans le cadre du colloque La protection des personnes vulnérables, Montréal, Barreau du Québec, p. 5. (PDF)
  2. TEW, J. (2005). « Power Relations, Social Order and Mental Distress », in TEW, J., Ed., Social Perspectives in Mental Health: Developing Social Models to Understand and Work with Mental Distress, London and Philadelphia, Jessica Kingsley Publishers, p. 71.
  3. WILLIAMS, J. (2005). « Women’s Mental Health: Taking Inequality into Account », in TEW, J., Ed., op. cit., p. 159.
  4. Terme anglais cher au mouvement des femmes signifiant autonomisation, processus d’acquisition d’un pouvoir sur sa vie.
  5. Les termes « psychologique » et « psychique » sont utilisés indifféremment. Ils renvoient au mental, à la pensée.
  6. Le terme « spécifique » s’oppose à global. L’approche spécifique ne fait pas de liens entre les différents facteurs qui peuvent influer sur la santé; elle voit la maladie comme une lésion (trouble ou blessure) précise, dont la cause est unique et qui peut être traitée par un médicament précis; une approche spécifique de la santé ne considère pas la personne comme un tout, elle la compartimente.
  7. GREENBERG, G. (2010). « Inside the Battle to Define Mental Illness », Wired (19 janvier), (notre traduction).

2 commentaires Ajouter un commentaire

  • Bonjour,
    je viens de voir votre publication sur la santé et l’approche global et féministe.
    Vivant un mal être depuis un moment , j’aimerais avoir plus d’informations sur cette approche .
    Merci de votre compréhension.
    Belle journée

    • Bonjour,
      L’approche globale et féministe de la santé se démarque de l’approche médicale dominante par son ouverture aux approches alternatives. En réponse à votre requête, nous vous invitions à lire sur notre site principal ce billet qui résume notre position : « Approche globale (et féministe) de la santé : 8 idées-forces » (http://rqasf.qc.ca/approche-globale-de-la-sante-idees-forces). Vous pouvez également consulter/télécharger une publication plus exhaustive du RQASF qui fait le tour de la problématique et qui constitue notre cadre de référence : « Changeons de lunettes! Pour une approche globale et féministe de la santé » (http://rqasf.qc.ca/files/RQASF-Synthese_Cadre_PS_2009.pdf)
      Merci!

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