Nos recommandations

Le 9 mai 2011, le ministère de la Santé et des Services sociaux annonçait, par voie de communiqué, l’élaboration d’un nouveau plan d’action en santé mentale. Le communiqué cite le ministre Yves Bolduc, qui dresse un bilan du plan d’action 2005-2010, arrivé à échéance :

« Pour notre gouvernement, la santé mentale est un axe prioritaire d’intervention. Le nouveau plan d’action que nous élaborons s’inscrira dans la continuité du Plan d’action en santé mentale 2005-2010 – La force des liens. Ce dernier a entrainé des changements majeurs dans les services offerts en santé mentale. En plus de proposer une restructuration importante du réseau et une nouvelle structuration des services, notre plan d’action a mis l’accent sur la nécessité des services de proximité qui sont rapidement accessibles. Les résultats sont concluants, c’est pourquoi nous poursuivons sur cette lancée ».

Toutefois, selon les analyses mêmes du Ministère, dans l’Évaluation de l’implantation des réseaux locaux de services de santé et de services sociaux, les résultats du plan d’action en santé mentale 2005-2010 ne sont pas si « concluants »; on constate plutôt « Des délais importants […] observés à maintes reprises pour l’accès à des services de consultation psychosociale ou psychologique… » (p. 75).

Par ailleurs, le communiqué précise que la « mise en application du Plan d’action en santé mentale 2005-2010 a nécessité un investissement de 80 millions de dollars » et affirme que le « développement de liens entre les établissements de santé ainsi que l’expérimentation de modes de collaboration novateurs entre les différents intervenants a eu un impact significatif ».

Notre recherche nous amène à dresser un bilan fort différent des conclusions du Ministre quant au Plan d’action en santé mentale 2005-2010 :

  • Notre enquête démontre que la situation de la santé mentale des participantes des groupes membres du RQASF est préoccupante partout au Québec.
  • Nous avons constaté une détérioration de leurs conditions de vie ainsi que de nombreuses situations de détresse qui échappent aux services publics actuels.

En conséquence

  1. CONSIDÉRANT la représentativité du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF) dans le mouvement pour la santé des femmes au Québec
  2. CONSIDÉRANT la situation critique que nous avons constatée sur le terrain, dans toutes les régions du Québec
  3. CONSIDÉRANT qu’il est impossible, selon nous, de conclure que le gouvernement a réussi à rendre les services de proximité en santé mentale « rapidement accessibles »
  4. CONSIDÉRANT que les 80 millions investis pour le plan d’action 2005-2010 n’ont pas entrainé d’améliorations significatives dans les services de première ligne

Le RQASF recommande

AQue le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaisse qu’il y a détérioration des conditions de vie et de la santé mentale d’un nombre croissant de femmes fréquentant les organismes communautaires de femmes, dans toutes les régions du Québec.

BQue le ministère de la Santé et des Services sociaux revoie le cadre théorique biopsychologique1 avec lequel il évalue l’ensemble de la problématique de la santé mentale au Québec :

  • qu’il prenne en compte l’ancrage biopsychosocial de la santé mentale, puisque la santé mentale ne se définit pas seulement par l’absence de maladie mentale, mais bien par un état d’équilibre et de bien-être qui résulte d’un tissu complexe de causes et de déterminants biologiques, psychologiques et sociaux qui agissent en interaction;
  • qu’il reconnaisse dans l’ensemble de ses politiques en santé mentale l’impact des déterminants sociaux sur la santé;
  • qu’il reconnaisse que l’amélioration de la santé mentale de la population passe par l’amélioration de ses conditions de vie, notamment :
    • en faisant pression sur le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale pour que soit adopté un revenu minimum garanti assurant aux personnes les moyens de subvenir à leurs besoins de base;
    • en faisant pression sur la Société d’Habitation du Québec, principale conseillère du gouvernement du Québec en matière d’habitation et sur le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, pour que soient investis des fonds dans les logements sociaux, communautaires et coopératifs.

CQue le ministère de la Santé et des Services sociaux intègre dans son plan d’action en santé mentale 2012-2017 :

1 l’amélioration de l’accessibilité des services de première ligne en santé mentale par :

  • la mise en place de guichets d’accès fonctionnels, comme prévu dans le Plan d’action 2005-2010 en santé mentale;
  • l’allocation de ressources additionnelles pour l’embauche de personnel en travail social et en psychologie dans le réseau de la santé, y compris en région;
  • l’octroi de fonds additionnels aux ressources alternatives en santé mentale et la création de telles ressources en région;
  • la formation d’équipes interdisciplinaires au sein du réseau public de la santé;
  • la formation du personnel du réseau de la santé aux réalités des lesbiennes et à l’approche interculturelle, à travers tout le Québec;
  • l’octroi de fonds aux organismes communautaires qui souhaitent améliorer l’accessibilité de leurs installations aux personnes à mobilité réduite;

2 des mesures pour contrer la médicalisation des problèmes sociaux et la médicamentation excessive des femmes qui en résulte, notamment par :

  • la formation du personnel professionnel de la santé à une approche globale de la santé;
  • la révision des protocoles d’intervention du personnel professionnel de la santé intervenant auprès de femmes qui présentent des signes de détresse psychologique;

3 des mesures pour répondre aux besoins immédiats des personnes plus démunies et des femmes aux prises avec de grandes difficultés, par :

  • la formation du personnel du réseau de la santé à la problématique de la violence sexuelle, conjugale et familiale;
  • la reconnaissance de l’autonomie des organismes communautaires de femmes et de leurs besoins en ressources additionnelles lors d’ententes de collaboration formelles ou informelles avec le réseau de la santé;
  • l’augmentation du nombre de logements sous supervision médicale (en lien avec les hôpitaux) et du nombre de suivis post-hébergement auprès des personnes, pour contrer l’itinérance; l’octroi de fonds pour améliorer l’offre de ressources d’hébergement supervisé;
  • l’octroi de fonds pour des ressources d’hébergement de courte durée pour des femmes en situation de crise.

DQue le ministère de la Santé et des Services sociaux prévoie une étape de consultation des organismes communautaires de femmes dans le processus d’élaboration, de mise en œuvre et d’évaluation de son plan d’action en santé mentale 2012-2017.

  1. Le paradigme biopsychologique cible exclusivement les déterminants biologiques et psychologiques de la santé et de la maladie, sans tenir compte de l’ensemble des déterminants sociaux. Il s’agit d’une approche individuelle, centrée sur les gènes et les comportements, qui pave la voie aux discriminations et aux iniquités de traitement. Nous lui préférons une approche biopsychosociale, selon laquelle l’ensemble des facteurs tant psychologiques et sociaux que biologiques ont un impact sur la santé et la maladie.
Réseau québécois d’action pour la santé des femmes

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Santé mentale au Québec : Les organismes communautaires de femmes à la croisée des chemins, a été amorcée par le RQASF en 2010. 75 organismes communautaires intervenant directement auprès de femmes partout au Québec ont participé à cette enquête. En savoir plus

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