Santé mentale

Organismes communautaires à la croisée des chemins

Les travailleuses des organismes communautaires de femmes doivent composer avec l’alourdissement des problèmes sociaux et de santé mentale des femmes : appauvrissement, insécurité financière, isolement social, violences multiples, détresse psychologique, situations de crise, problèmes psychiatriques et médicamentation excessive… La liste est longue des problématiques auxquelles les organismes doivent faire face, faisant ainsi les frais des lacunes du système de santé qui ne cesse de réduire ses services psycho-sociaux. Rien d’étonnant à ce que les travailleuses soient de plus en plus exposées à l’anxiété, à l’épuisement professionnel, au syndrome vicariant.

Le RQASF enquête et sonne l’alarme

Santé mentale des femmes au Québec

Notre enquête Santé mentale au Québec : les organismes communautaires de femmes à la croisée des chemins, a été amorcée en 2010 dans un contexte de privation de ressources financières dans les services publics de santé, de décentralisation du système de santé et de médicalisation croissante des problèmes sociaux. Nous avons voulu comprendre les conséquences, sur nos membres, de ces changements.

Santé mentale au Québec : les organismes communautaires de femmes à la croisée des chemins

75 organismes sur 92 admissibles à la recherche y ont participé, soit des organismes communautaires de femmes intervenant directement auprès de femmes partout au Québec. L’analyse du RQASF s’appuie sur les résultats d’un questionnaire postal, riches en commentaires et explications, sur ceux d’entrevues et sur les discussions avec le comité consultatif de la recherche, composé de 9 membres.

Des constats inquiétants

Six constats inquiétants se dégagent de notre enquête.

1 Les conditions socioéconomiques des participantes des organismes communautaires de femmes se détériorent partout au Québec, ce qui compromet leur santé mentale.
Les travailleuses de ces organismes constatent :

  • un appauvrissement des femmes de plus en plus perceptible (79 % des organismes)
  • une détérioration du tissu social qui se manifeste par l’augmentation :
    • de l’isolement social (71 % des organismes)
    • de l’insécurité financière (56 % des organismes)
    • de l’endettement et des problèmes financiers (70 % des organismes)
    • de l’insécurité alimentaire (63 % des organismes)
    • des difficultés conjugales (63 % des organismes)
    • de la violence conjugale et familiale (51 % des organismes)
    • des problèmes liés à l’image corporelle (51 % des organismes)
    • des discriminations (34 % des organismes)
    • de l’itinérance (33 % des organismes)
  • une pénurie de logements sociaux
  • un changement des besoins des participantes ces dernières années (72 % des organismes)

2 La santé mentale des participantes des organismes communautaires de femmes se détériore partout au Québec.
Les travailleuses constatent :

  • une augmentation du nombre de participantes confrontées à des problèmes de santé mentale (66 % des organismes)
  • un alourdissement des problèmes de santé mentale (75 % des organismes), étant donné que plus de participantes :
    • vivent du stress et de l’anxiété (75 % des organismes)
    • cumulent différents problèmes (63 % des organismes)
    • éprouvent des problèmes psychiatriques (58 % des organismes)
    • éprouvent des problèmes de dépendances aux médicaments, à l’alcool et aux drogues
      (48 % des organismes)
    • arrivent dans les organismes en situation de crise (47 % des organismes)

3 L’accessibilité des services sociaux et des services de santé s’amenuise de plus en plus et ce sont les femmes les plus démunies qui en souffrent le plus.
En témoignent :

  • l’inaccessibilité des services de première ligne en santé mentale (consulter en psychologie exige de nombreux mois d’attente)
  • l’accès à un ou une médecin de famille toujours aussi difficile
  • la fermeture de ressources communautaires en santé mentale

4 Le changement de profil des participantes et l’inaccessibilité des services publics confrontent les organismes à une situation sans précédent.
Ainsi :

  • 76 % des organismes reçoivent des participantes qui n’auraient pas dû leur être référées (ce que les travailleuses appellent le dumping)
  • 59 % des organismes doivent refuser certaines participantes ayant des problèmes de santé mentale
  • 54 % des organismes constatent une augmentation du nombre de participantes qui semblent avoir besoin d’une intervention en santé mentale

5 L’alourdissement des problèmes sociaux et des problèmes de santé mentale affecte les conditions de travail dans les organismes communautaires de femmes et crée une surcharge.
Les travailleuses affirment :

  • se sentir dépassées par le travail à accomplir (71 % des organismes)
  • éprouver des difficultés à composer avec la surconsommation de médicaments des participantes : animation de groupe difficile, vie interne perturbée, etc. (60 % des organismes)
  • avoir parfois ou souvent peur dans certaines situations (61 % des organismes)
  • se sentir impuissantes devant l’impossibilité d’apporter une aide complète à certaines participantes (82 % des organismes)

6 Cette conjoncture menace la mission d’une grande majorité d’organismes communautaires de femmes, puisqu’elle affecte la nature de leurs activités.
En témoignent :

  • l’augmentation du nombre de suivis individuels au détriment de l’approche collective
  • la mise de côté de leur vie associative

En réponse à cette situation alarmante, les organismes communautaires de femmes exigent d’être consultés dans le cadre de l’élaboration du prochain plan d’action en santé mentale du ministère de la Santé et des Services sociaux.

[...] il faut dénoncer le fait que la société est en train de se détériorer, et la tâche ne doit pas revenir aux seuls organismes communautaires. Ce n’est pas à nous de ramasser toute la détérioration qui s’est installée […] parce qu’il y a eu des politiques néolibérales […]

Le RQASF souhaite rencontrer très prochainement le ministre de la santé du Québec afin de lui présenter l’ensemble de ses recommandations.