Diète cétogène et jeûne intermittent : une médecine

Le RQASF a assisté le 28 mars 2019 à la conférence « Diète cétogène et jeûne intermittent », présentée à l’Université de Montréal par les Dres Evelyne Borduas-Roy et Hala Lahlou, deux médecins de famille qui pratiquent respectivement à Contrecœur (Montérégie) et à Montréal. Une conférence remplie d’humour, d’information détaillée et de références scientifiques sur cette médecine en émergence. À la fin, des patientes qui pratiquent la diète cétogène avec succès contre la fibromyalgie et les douleurs chroniques, l’obésité, le diabète ont pris la parole. Voici une discussion des contenus présentés enrichis de quelques recherches supplémentaires sur la question.

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Grosso modo, il s’agit de parvenir à un état de cétose, c’est-à-dire d’amener le foie à utiliser le gras pour fabriquer le glucose (sucre) dont le corps a besoin… Ah ha! Donc notre corps n’a pas vraiment besoin d’un apport extérieur de sucre pour être en santé? Non! Il a surtout besoin de gras, et le foie peut fabriquer lui-même le sucre! Pas d’inquiétude pour votre cerveau grand consommateur de glucides : votre foie s’en occupe.

Pour arriver à cette cétose :

  • on évite les produits transformés et ultra-transformés riches en sucres et substances chimiques : pain, pâtes, pizza, fast food, etc.
  • on baisse sa consommation de glucides à moins de 100g/jour pour une diète « légère », à 50g/jour pour une diète « modérée » et à 20g/jour pour une diète plus sévère
  • les fruits et légumes les plus sucrés sont exclus, de même que les céréales et les légumineuses pour la diète dite « sévère » (noter : les fruits sont sucrés, certes, mais riches en fibres, ce qui en limite l’effet glycémiant)
  • on n’utilise pas d’huile industrielle, déséquilibrée en Omégas 3 et 6
  • on mise sur les gras santé : huiles non raffinées, huile de noix de coco, avocat, poisson gras, beurre, gras saturés en quantité modérée (viande) et aucun gras trans
  • on consomme des protéines naturelles avec modération (le nouveau Guide alimentaire canadien 2019 fait bien l’affaire).

Alors que l’alimentation standard nord-américaine se compose d’environ 60 % de glucides, 15 % de protéines, 25 % de gras, il est ici proposé de faire monter la proportion des bons gras (pas les chips et les mauvaises huiles trans évidemment) à 70 %, de monter légèrement les protéines à maximum 20 % et de baisser radicalement les glucides à 10-12 %, soutiennent les deux conférencières.

Votre foie « tolère mal le gras »? Avec une alimentation très riche en sucres, où les mauvais gras se mélangent aux glucides, votre foie a perdu l’habitude de métaboliser efficacement les gras. Au moment d’augmenter votre apport en bons gras, allez-y graduellement, pour que votre foie reprenne ses compétences!

Il est important de ne pas grignoter constamment et d’espacer les repas. On veut éviter la production d’insuline en continu (insulinorésistance). C’est ici que le jeûne intermittent représente une façon intéressante d’entrer dans la zone cétogène : laisser passer 16 h entre le souper et le repas suivant. Par exemple, si on termine son souper à 19 h 30, on ne mange qu’à 11 h 30 le lendemain. Durant l’avant-midi, on peut boire de l’eau, de bonnes tisanes ou du café (sans sucre!), pour qui le tolère bien. Ensuite, on peut espacer deux repas dans les 8 heures restantes. Sans grignotage.

C’est la clé : chaque personne est différente. Le quoi et le comment, on l’adapte à ses préférences alimentaires, avec ou sans viandes, à fond dans le style méditerranéen ou moins, jusqu’à un certain point bien sûr. Les aliments transformés et ultra-transformés sont exclus, rappelons-le (adieu le fast food, les plats préparés congelés de l’industrie, le pain, les pâtes). Se respecter dans ses choix et se donner le temps, aussi : quand on change son alimentation, on laisse le corps s’adapter, graduellement. Attention si vous prenez des médicaments : la diète cétogène ou le jeûne intermittent peuvent vous obliger à revoir les dosages, en collaboration avec votre médecin. Soyez à l’écoute de votre corps.

N’est-ce pas juste une mode?

Non. Le principe de la réduction des glucides est ancien. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, des médecins la conseillaient. Mais ces données ont été oubliées avec l’invention de nombreux médicaments. Et ajoutons que le sirop de maïs riche en fructose utilisé massivement depuis les années 1970 n’avait pas été inventé.

Comme nous l’avons précisé, le glucose est fabriqué par le corps. On sait maintenant que dans notre alimentation, le sucre est bien plus dommageable pour la santé que le gras, contrairement à ce qui a été seriné à nos oreilles depuis les années 1980. De plus, n’importe quel régime peut être bon ou mauvais selon la façon de l’appliquer. Question d’équilibre. Et bien sûr, aucun type d’alimentation n’est bon pour tout le monde. Chaque personne est différente.

Le pharmacien spécialiste des produits de santé naturels et formateur Jean-Yves Dionne s’est prêté à un essai sur lui-même, et les effets positifs sur sa santé après 6 mois furent remarquables (nombreuses références).

D’un point de vue scientifique, au sens d’une concordance d’études démontrant une évidence forte et démontrée, la diète cétogène est efficace pour contrer l’épilepsie et le diabète, pour contrôler les risques cardiovasculaires et pour faire diminuer le poids. Il existe une évidence émergente en ce qui concerne l’acné, les maladies neurologiques (Parkinson, Alzheimer), le cancer et le syndrome des ovaires polykystiques.

La diète céto sous l’angle de la perte de poids

« Pourquoi prenons-nous du poids? » , demande Dre Lahlou à l’assemblée suspendue à ses lèvres. Car entendons-nous, la théorie de l’équilibre calorique (manger trop et ne pas assez se dépenser) est complétement dépassée! L’obésité peut être considérée comme une maladie multifactorielle, qui serait tout au plus à 25 % génétique.

Les autres facteurs sont :

  • l’âge : 55-64 ans, en raison de changements hormonaux
  • le manque de sommeil : à moins de 7 h de sommeil par nuit, on note une baisse de la leptine, hormone de la satiété
  • le stress (tiens tiens, encore lui!) : car le stress chronique chamboule nos hormones et fait hausser l’inflammation
  • la qualité du microbiote : certaines bactéries favorisent une prise de poids et augmentent l’inflammation
  • les médicaments prescrits : plusieurs médicaments ralentissent le métabolisme en plus de modifier la flore intestinale (voir le point précédent)
  • l’environnement : les perturbateurs endocriniens, présents dans notre vie courante (cosmétiques, pastiques, eau, aliments, etc.); comme leur nom l’indique, ils perturbent le fonctionnement normal de nos hormones
  • les hormones, perturbées par notre mode de vie : la «résistance à l’insuline» (insulinorésistance), une condition pré-diabétique que favorise une alimentation constituée de produits transformés et ultra-transformés riches en sirop de maïs à haute teneur en fructose (voir cette vidéo qui explique dans les détails l’histoire et le rôle du fructose dans la montée des maladies métaboliques)
  • différentes conséquences métaboliques : contrairement à ce qui est diffusé largement, c’est davantage le trop de sucres et non le gras qui peut causer une hausse du « mauvais cholestérol »

La douleur chronique?

La douleur chronique est un problème très répandu. Elle touche 1 personne sur 5 au Québec et plus encore des femmes.

Une conférence a été prononcée en anglais sur cette question par les deux conférencières (2018). Aucune étude n’est discutée ici. Il s’agit de l’expérience clinique des deux médecins avec leurs patientes et patients. « Comment une diète efficace contre le diabète peut-elle entrainer une réduction significative de la douleur chronique? »

Les quatre cas cliniques discutés concernent des personnes atteintes de spondylarthrite ankylosante; de douleurs au dos et au genou dues à l’ostéoarthrite; de fibromyalgie; de neuropathie diabétique, syndrome du tunnel carpien, anxiété et dépression.

Ces quatre personnes ont perdu du poids, c’était prévisible. Les quatre ont gagné en énergie et joie de vivre. Et surprise, leurs douleurs ont complètement disparu ou ont diminué de façon majeure. Éliminer le sucre au maximum conduit bien sûr à une diminution de l’inflammation et il semble aussi que les corps cétoniques aient cette propriété aussi. D’autres hypothèses restent à l’étude.

Difficile d’évoquer le traitement des douleurs chroniques par l’alimentation sans évoquer la diète hypotoxique du Dr Seignalet expérimentée et mise de l’avant par la chercheure Jacqueline Lagacé. L’objectif premier de la diète est ici différent mais il en résulte aussi une diminution de l’inflammation. Les deux diètes sont pauvres en sucres, mais davantage la céto. Toutes les deux excluent les aliments transformés et les glycotoxines (favorisées par la cuisson à haute température). Et toutes deux s’accommodent de la viande. Côté différences : la céto accepte les produits laitiers les plus faibles en sucre tandis que l’hypotoxique les exclut totalement.

En conclusion, il est évident que cette diète représente une avenue thérapeutique intéressante pour de nombreuses personnes. Toutefois ce n’est pas donné à tout le monde non plus, soit d’avoir envie de l’appliquer, soit d’y réussir. Il est préférable de consulter avant de se lancer. Dans tous les cas, il est certain que diminuer sa consommation de glucides tout en augmentant les bons gras fait partie d’une stratégie santé indéniable. Et ne l’oubliez pas : chaque personne est différente!

Et surtout : il importe de considérer l’activité physique comme partie intégrante de toute alimentation équilibrée. Non pas pour brûler des calories, mais pour faire baisser son taux d’insuline, pour réduire son stress et l’inflammation et augmenter son métabolisme.

À lire ou à visionner

Borduas-Roy, Evelyne, Médecine et nutrition : Ignorer la science comporte des dangers, Huffington Post Edition Qc, 22 septembre 2017.
Cantley, Lewis, Dr, Épouvantablement sucré, vidéo, 3 mars 2019
Daoust-Boisvert, Amélie, Du gras pour combattre l’épidémie de diabète et d’obésité?, Le Devoir, 24 février 2018.
Gaboury, Isabelle PhD, Noémie Johnson MD CCMF et al, Médecines alternatives et complémentaires : Les médecins se considèrent-ils en mesure de répondre aux exigences du Collège des médecins du Québec? Canadian Family Physician•Le Médecin de famille canadien, Vol 62: december/décembre 2016, 62:e767-71.
Robert H. LUSTIG, M.D., UCSF Division of Endocrinology & Metabolism, Vidéo: Sucre, La vérité amère, University of California, San Francisco’s Osher Center for Integrative Medicine, Mini Medical School for the Public.
Organisation mondiale de la santé, Stratégie de l’OMS pour la médecine traditionnelle pour 2014-2023, Genève (Suisse), OMS, 2013,
RQASF, Savourez la santé, 2013 : voir les sections sur les gras (p. 16-17), sur les sucres (p. 18-19), sur les aliments transformés (p. 20) et sur l’activité physique (p. 28) en particulier.


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