La charge mentale, une source d’épuisement

De nombreuses femmes se sentent surchargées mentalement, et avec raison. La charge mentale de plus en plus lourde que les femmes ressentent au quotidien est le fruit d’une accumulation de responsabilités multiples, qui dépasse largement le fait d’entretenir la maison et de s’occuper des enfants. Lorsque la charge mentale est trop grande, des problèmes psychologiques peuvent se manifester. Troubles anxieux, épuisement professionnel, dépression : l’épuisement au féminin est un phénomène de plus en plus répandu.

S’occuper du foyer, un travail invisible

Vous vous êtes reconnue dans la bande dessinée de la blogueuse et dessinatrice Emma fallait demander? Vous n’êtes pas la seule : elle a été partagée plus de 150 000 fois sur les réseaux sociaux en à peine deux jours. Cette bande dessinée, en dépeignant le quotidien d’une grande majorité de femmes et de mères de famille, dénonce le travail invisible qu’elles doivent endosser, qui consiste à coordonner toute la gestion de la maison en plus de s’occuper d’une grande partie des tâches ménagères et/ou parentales.

Cette problématique vous fait réagir? Vous vous sentez concernée? Faites-nous part de vos commentaires! Et pourquoi ne pas faire lire la bande dessinée d’Emma à votre conjoint, votre frère, votre père?

Ce sont effectivement encore aux femmes d’assumer au moins deux tiers du travail domestique et de prendre en charge, deux fois plus que leur conjoint, les soins des enfants1.

Difficile de concilier travail et famille

Dans les faits, plus de la moitié des Canadiennes sont largement dépassées par leur conciliation entre travail et vie personnelle2. Elles ont l’impression d’être bousculées, vidées et écrasées par la pression de rôles multiples. Comme une grande majorité de femmes travaillent, il n’est pas étonnant d’apprendre que les mères se sentent systématiquement plus stressées par le temps que les pères3. La charge mentale à la maison s’emboîte avec celle du travail, d’autant plus que les emplois auxquels ont accès les femmes ne sont généralement pas les plus valorisés socialement.

Non seulement les emplois plus précaires occupés par les femmes en ajoutent nécessairement à leur charge mentale, mais la planification qu’elles doivent effectuer pour le foyer se fait souvent sur les heures de travail. Évidemment, les préoccupations mentales que nous avons en lien avec la maison ne cessent pas toujours du tout au tout lorsque nous sommes au travail. L’imbrication des sphères professionnelles et personnelles fait donc l’effet d’une accumulation mentale, souvent envahissante pour les femmes. Par exemple, deux fois plus de femmes que d’hommes (30 % contre 15%) prévoient les courses alimentaires lorsqu’elles sont au travail4.

Et la santé, dans tout ça?

Au travail, les demandes constantes de productivité et de disponibilité alimentent elles aussi la charge mentale de façon considérable, contribuant à l’augmentation des risques autant pour la santé physique que pour la santé mentale. Malheureusement, ça ne s’arrête pas là pour de nombreuses femmes dont le parcours professionnel est souvent chaotique et psychologiquement demandant. Beaucoup de femmes sont discriminées, que ce soit à l’embauche ou en situation d’évaluation professionnelle, parce qu’on leur associe automatiquement la prise en charge des responsabilités familiales, donc des disponibilités moindres, et l’incapacité d’assurer les demandes d’engagement et de productivité du milieu de travail. C’est ce qui explique en partie le phénomène du plafond de verre, agissant comme une barrière invisible qui empêche les femmes d’accéder à des postes plus élevés dans la hiérarchie professionnelle, sans prendre en compte leurs compétences et qualifications.

Le fait que les femmes soient globalement moins rémunérées que les hommes, aient moins de marge de manœuvre quant à la prise de décision au travail, doivent gérer davantage de conflits de conciliation travail-famille, tout cela vient nécessairement affecter la santé. Un tel manque de reconnaissance au travail peut mener à une dégradation de la santé, où ne pas pouvoir construire une carrière satisfaisante peut définitivement être générateur de stress. D’ailleurs, la surcharge mentale s’ajoute sans aucun doute aux facteurs expliquant que les femmes prennent deux fois plus de psychotropes que les hommes, compte tenu de la médicalisation de leur souffrance de plus en plus fréquente. Enfin, s’il est fort complexe de remédier à ces enjeux, leur compréhension représente certainement un pas dans la bonne direction.

– Amélie Lanteigne, étudiante à la maîtrise en sociologie (Université de Montréal) et bénévole au RQASF.

Références

1. BOURGAULT, Sophie et Naïma HAMROUNI (2016). Travail, genre et justice sociale, dans Politique et Sociétés, vol. 35, n°2-3, p.5.
2. CHEVRIER, Catherine, et Diane-Gabrielle TREMBLAY (2003). Portrait actuel du marché du travail au Canada et au Québec : une analyse statistique en fonction du genre, Note 2003-02 de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l’économie du savoir, 52 p.
3. Marshall, K. (2006). « Convergence des rôles des sexes », dans L’observateur économique canadien, vol. 19, n°8, p.3.10.
4. PAILHÉ, Ariane, et Anne SOLAZ (2010). « Concilier, organiser, renoncer : quel genre d’arrangements ? », dans Travail, genre et sociétés, vol. 24, n°2, p.34..


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