Publications du RQASF

Table des matières [hide]

Liste des publications 1997-2009

Cadre de référence en approche globale et féministe de la santé

Grilles thématiques-tryptiques

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Documents, Rapports de recherche, Mémoires

DOSSIER CANCER DU SEIN

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DOSSIER SANTÉ DES LESBIENNES

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DOSSIER MÉNOPAUSE

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DOSSIERS POLITIQUES

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DOSSIER IMAGE CORPORELLE

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Périodiques

Sans préjudice...pour la santé des femmes

Le Réseau publie trois fois par année son bulletin Sans préjudice...pour la santé des femmes. Il est distribué principalement aux membres et aux partenaires. Il publie également à l'occasion des documents éducatifs pour des publics cibles.

Vous pouvez télécharger les bulletins en format PDF ou en HTML. Chaque article est disponible en HTML.

Notre soupe au cailloux : une oeuvre collective pour la santé des femmes au mitan de la vie

Trousse de formation : Notre soupe aux cailloux : une oeuvre collective pour la santé des femmes au mitan de la vie

Vous pouvez télécharger la trousse gratuitement. Voici la liste des sections.

Présentation du projet

Présentation du projet

Crédits

Crédits. Trousse Notre soupe aux cailloux.

Remerciements

Remerciements. Trousse Notre soupe aux cailloux.

Table des outils

Table des outils. Trousse Notre soupe aux cailloux

Chapitre 1 : Comprendre le besoins des femmes 1.1 Être au mitan de la vie

Chapitre 1 : Comprendre le besoins des femmes

1.1 Être au mitan de la vie

Chapitre 1 : Comprendre le besoins des femmes 1.2 Les besoins des femmes à la ménopause

Chapitre 1 : Comprendre le besoins des femmes


1.2 Les besoins des femmes à la ménopause

Chapitre 1 : Comprendre le besoins des femmes 1.3 Les perceptions et les mythes sur la ménopause

Chapitre 1 : Comprendre le besoins des femmes

1.3 Les perceptions et les mythes sur la ménopause

Chapitre 2 : Organiser des activités sur la ménopause 2.1 Les défis de l'animatrice

Chapitre 2 : Organiser des activités sur la ménopause

1.2 Les défis de l'animatrice

Chapitre 2 : Organiser des activités sur la ménopause 2.2 Les défis de l'organisme

Chapitre 2 : Organiser des activités sur la ménopause

1.2 Les défis de l'organisme

Chapitre 2 : Organiser des activités sur la ménopause 2.3 Entrevues avec les animatrices d'activités sur la ménopause

Chapitre 2 : Organiser des activités sur la ménopause

1.3 Entrevues avec les animatrices d'activités sur la ménopause

Chapitre 3 : Connaître et comprendre pour passer à l'action 3.1 Se donner du pouvoir

Chapitre 3 : Connaître et comprendre pour passer à l'action

3.1 Se donner du pouvoir

Chapitre 3 : Connaître et comprendre pour passer à l'action 3.1.1 Fiche : L'autosanté

Chapitre 3 : Connaître et comprendre pour passer à l'action

3.1.1 Fiche : L'autosanté

Chapitre 3 : Connaître et comprendre pour passer à l'action 3.1.2 Fiche : La médicalisation croissante

Chapitre 3 : Connaître et comprendre pour passer à l'action

3.1.2 Fiche : La médicalisation croissante

Chapitre : 3.2 Les modifications à la préménopause et à la ménopause 3.2.1 Fiche : La physiologie de la ménopause

Chapitre 3.2 Les modifications à la préménopause et à la ménopause

3.2.1Fiche : La physiologie de la ménopause

Chapitre : 3.2 Les modifications à la préménopause et à la ménopause 3.2.2 Fiche : Les irrégularités du cycle en préménopause

Chapitre : 3.2 Les modifications à la préménopause et à la ménopause

3.2.2 Fiche : Les irrégularités du cycle en préménopause : outil : observation du cycle menstruel

Chapitre 3.3 : Les manifestations de la ménopause Fiche : 3.3.1 Les bouffées de chaleur

Chapitre 3.3 : Les manifestations de la ménopause Fiche : 3.3.1 Les bouffées de chaleurs

Outils : observation générales des manifestations (spécifiquement ou non à la ménopause), observation particulière d'une manisfestation.

Chapitre 3.3 : Les manifestations de la ménopause 3.3.2 Fiche : Les maux de tête et les migraines

Chapitre 3.3 : Les manifestations de la ménopause

Fiche : 3.3.2 Les maux de tête et les migraines

Chapitre 3.3 : Les manifestations de la ménopause 3.3.3 Fiche : Le sommeil et la fatigue

Chapitre 3.3 : Les manifestations de la ménopause

3.3.3 Fiche : Le sommeil et la fatigue

Chapitre 3.3 : Les manifestations de la ménopause 3.3.4 Fiche : Les changements génito-urinaires

Chapitre 3.3 : Les manifestations de la ménopause

3.3.4 Fiche : Les changements génito-urinaires

Chapitre: 3.4 Les problèmes de santé 3.4.1 Fiche : L'ostéoporose : exercices : Suis-je à risque?

Chapitre: 3.4 Les problèmes de santé

3.4.1 Fiche : L'ostéoporose - Santé des os et prévention des fractures Mise à jour 2009

Chapitre: 3.4 Les problèmes de santé 3.4.2 Fiche : Les maladies du coeur : exercice. Suis-je à risque?

Chapitre: 3.4 Les problèmes de santé

3.4.2 Fiche : Les maladies du coeur : exercice. Suis-je à risque?

Chapitre: 3.4 Les problèmes de santé 3.4.3 Fiche : Les cancers du sein et des organes reproducteurs : Exercice

Chapitre: 3.4 Les problèmes de santé

3.4.3 Fiche : Les cancers du sein et des organes reproducteurs : Exercice : mythe et réalité et dépistage du cancer du sein

Chapitre: 3.4 Les problèmes de santé 3.4.4 Fiche : la détresse psychologique

Chapitre: 3.4 Les problèmes de santé

3.4.4 Fiche : la détresse psychologique

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées 3.5.1 Cahier : L'alimentation

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées

3.5.1 Cahier : L'alimentation
Exercice : Jeu-questionnaire sur l'obsession de la minceur, testez vos connaissances, quelques réflexions...si je souhaite améliorer mes habitudes alimentaires, il n'y a qu'une seule recette, la miennes!

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées 3.5.2 Cahier : L'activité physique

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées

3.5.2 Cahier : L'activité physique
Exercices : quelle place occupe l'activité physique dans ma vie?, si je souhaite demeurer ou devenir plus active, il n'y a qu'une bonne stratégie : la mienne!

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées 3.5.3 Cahier : Les médecines alternatives et complémentaires

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées

3.5.3 Cahier : Les médecines alternatives et complémentaires
Exercice: démarche pouvant m'aider à prendre une décision éclairée, une vision différente de la santé des femmes

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées 3.5.4 Cahier : l'hormonothérapie : est-ce pour moi?

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées

3.5.4 Cahier Le traitement hormonal - Mise à jour 2009

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées 3.5.5 Fiche : La sexualité. Exercice

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées

3.5.5 Fiche La sexualité : plaisir et santé sexuelle au mitan de la vie - Mise à jour 2009

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées 3.5.6 Fiche :Le stress. Exercice

Chapitre: 3.5 Les modes de vie et les approches privilégiées

3.5.6 Fiche : le stress. Exercice : prendre conscience du stress que l'on vit

Conclusion

Conlusion

Sans préjudice

Ce livre regroupe tous les sans préjudice

Sans préjudice pour la santé des femmes no 35

SP 35

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 1, Automne 1992

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Vol.1, Automne, 1992

Sans préjudice...pour notre santé

Le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec est heureux de vous présenter son bulletin d’information. Vous trouverez dans «Sans préjudice» des articles traitant de tous les aspects touchant la santé des femmes.

L’objectif principal d’un tel bulletin est d’accroître le rayonnement de nos actions auprès des Québécoises.

Nous visons également trois objectifs secondaires avec «Sans préjudice»:

  • information;
  • sensibilisation sur la santé spécifique des femmes;
  • dénonciation de traitements et pratiques abusifs ou non adéquats.

Nous souhaitons que «Sans préjudice» soit lu par le plus grand nombre de femmes. C’est pourquoi nous nous efforcerons de le distribuer dans les groupes et regroupements de femmes du Québec. Vous pourrez bien sûr en trouver aussi dans les centres de santé des femmes. Surtout n’hésitez pas à le photocopier pour vous permettre à votre tour de le distribuer. Toute reprographie est donc non seulement permise mais encouragée (en autant qu’on en cite la source).

La parution de «Sans préjudice» ira au gré de l’importance des sujets et du contexte politique et social. Il faudra donc nous surveiller.

Je vous souhaite autant de plaisir à nous lire que nous en avons eu à écrire.

Marie-France Hétu
présidente du Regroupement

VOICI LA LISTES DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 1, Automne 1992

Censure à L'Actualité Médicale

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Vol.1, automne 1992.

Le 15 octobre, le Centre de santé des femmes de Montréal communiquait avec le service de publicité de la revue L’Actualité Médicale afin de diffuser une annonce sous la rubrique offre d’emploi. Cette annonce avait pour but d’inviter des médecins femmes qui désirent pratiquer des avortements à contacter le Centre, car il a actuellement un besoin urgent de médecins.

Après consultation auprès de la directrice du marketing, cette dernière a refusé de diffuser le texte intégral de l’annonce qui se lit comme suit :

«Le Centre de santé des femmes de Montréal cherche femme médecin pour pratiquer des avortements, formation au besoin.»

Les motifs invoqués sont les suivants:

  • L’Actualité Médicale est neutre c’est-à-dire qu’elle n’est ni pour ni contre l’avortement;
  • L’avortement n’est pas une spécialité;
  • Tous les médecins savent que si l’on cherche un médecin au centre de santé, c’est pour pratiquer des avortements.

Le Regroupement des Centres de santé des femmes du Québec tient à dénoncer cette attitude. Conscientes que cet hebdomadaire rejoint essentiellement les membres de la Corporation Professionnelle des Médecins du Québec et sachant que l’un de leurs objectifs est d’informer les médecins des pratiques médicales actuelles et à venir, il est pour le moins surprenant qu’en 1992, on refuse encore de nommer la pratique de l’avortement. Celle-ci est pourtant bel et bien un acte médical.

Une telle attitude n’est surtout pas neutre. Si un hebdomadaire comme l’Actualité Médicale est incapable de nommer cet acte-là par son nom, comment peut-on penser que l’avortement sera considéré un jour au même titre que tous les autres actes médicaux?

La prise de position de l’Actualité Médicale contribue à maintenir le silence autour de la question de l’avortement. Cette attitude menace sérieusement l’accessibilité de l’avortement au Québec. Dans les faits, si le Centre de santé des femmes de Montréal ne trouve pas une médecin assez rapidement, il sera question d’une diminution de 14 avortements par semaine et ce à partir de janvier 93. Donc encore une fois ce sont les femmes qui en feront les frais.

Par ailleurs, il est vrai de dire que l’avortement n’est pas une spécialité. Au Québec, ce sont en effet les omnipraticiennes ou les omnipraticiens qui pratiquent la majorité des avortements. Toutefois, tous les omnipraticiens et toutes les omnipraticiennes ne font pas des suivis de grossesse, des suivis M.T.S., de la médecine familiale, etc. Il en est de même pour les avortements. Par conséquent la demande du Centre de santé des femmes de Montréal à l’effet qu’il cherche des omnipraticiennes pour pratiquer des avortements est très justifiée.

Enfin, tenir pour acquis que le Centre de santé des femmes de Montréal est un centre d’avortements uniquement démontre une méconnaissance certaine de ses activités. Plusieurs autres services sont proposés aux femmes.

Présumer que toutes et tous les médecins connaissent le Centre de santé des femmes de Montréal et ses pratiques est sans contredit notre désir à toutes. Toutefois, dans les faits, il en est autrement.

Pour conclure, en censurant l’annonce du Centre de santé des femmes de Montréal L’Actualité Médicale a manqué une belle occasion d’informer adéquatement les membres de la Corporation Professionnelle des Médecins du Québec et plus largement participent à l’oppression spécifique des femmes en matière d’avortement.

Vous pouvez exercer les pressions qui s’imposent auprès de la direction de L’Actualité Médicale. Vous pouvez simplement rejoindre la directrice du marketing, Madame Claude Nicolas, afin de manifester votre désaccord par rapport à la censure et exiger que toutes les informations pertinentes à une offre d’emploi ne soient pas évacuées.

L’Actualité médicale
1001 de Maisonneuve Ouest
10ième étage
Montréal, Québec
H3A 3A1
Tel. : (514) 843-2542

Johanne Marcotte
Centre de santé des femmes de Montréal

Coupures de services à la clinique de planification des naissances du CHUL

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Vol.1, Automne, 1992

Nous apprenions récemment la décision de la Clinique de planification des naissances du CHUL de fermer quelques semaines cet automne et de restreindre la clientèle à la région périphérique du Centre hospitalier.

Dans la région de Québec, il n’existe que deux ressources d’avortement : la clinique du CHUL et le Centre Hospitalier St-François d’Assise. Ces hôpitaux pratiquent des avortements jusqu’à 15 semaines de grossesse. La pénurie de ressources offrant les services complets d’avortement dans cette région oblige des milliers de femmes à se déplacer en dehors de leur milieu pour avoir accès à des services.

Nous dénonçons la décision du CHUL et exigeons que soient maintenus dans la région de Québec les services de planification des naissances déjà existants incluant l’avortement. Nous exigeons également, dans le contexte de la réforme de la santé et des services sociaux, que le ministère de la Santé et des Services sociaux assure dans chaque région du Québec le développement et la consolidation de services complets de planification des naissances accessibles, gratuits, de qualité et respectueux de la réalité des femmes.

Lise Lamontagne
Regroupement

L’adolescence, toute une aventure : Guide d’animation sur la santé des adolescentes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Vol.1, Automne, 1992

L’adolescence est une période de grands changements. Au cours de cette période, les adolescentes découvrent leur sexualité et ont à s’adapter aux transformations de leur corps. Elles vivent beaucoup de nouvelles expériences qui les conduiront à définir leurs goûts, leurs valeurs, leurs aptitudes et à trouver la place qu’elles aimeraient occuper comme adultes dans la société. Pour parvenir à être autonomes, elle doivent développer une relation plus égalitaire avec leurs parents et leurs ami-e-s. Elles doivent apprendre à résoudre elles-mêmes des problèmes et à prendre des initiatives.

La réussite du passage à la vie adulte dépend aussi de la place que les adolescentes d’aujourd’hui sauront prendre dans la société de demain. Or la place qui est faite aux femmes dans la société d’aujourd’hui est un obstacle majeur à l’épanouissement des adolescentes parce qu’elle perpétue pour les femmes des conditions de vie qui sont sources de malaises.

Tout comme pour leurs mères, la détresse psychologique des filles semble associée à des questions qui touchent les liens affectifs avec d’autres personnes. Elles sont particulièrement vulnérables aux conflits interpersonnels. Ainsi, un conflit avec un membre de la famille ou de l’entourage entraîne davantage de tendances suicidaires chez les filles que chez les garçons. De même, la fin d’une relation amoureuse est associée plus souvent à une telle tendance chez les filles que chez les garçons. Les stéréotypes de la beauté féminine continuent d’inciter les filles à adopter des pratiques susceptibles "d’améliorer" l’image de leur corps au risque de leur santé.

Ce guide d’animation se veut un moyen pour soutenir les adolescentes à mieux franchir cette étape de leur vie. Il s’adresse aux adolescentes et à tout groupe ou organisme qui voudrait vivre avec les adolescentes une expérience de croissance.

L’adolescence, toute une aventure sera suivi de deux autres ouvrages touchant différents aspects de la santé des femmes: L’impact des chirurgies gynécologiques et la santé des femmes et La santé des femmes à 50 ans et plus. Ces derniers seront en vente à l’hiver 1993. Pour tout renseignement, s’adresser au Centre de santé des femmes de la Mauricie.

Guylaine Bergeron
Centre de santé des femmes de la Mauricie

L’auto-examen des seins : une habitude de vie

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Vol.1, Automne, 1992

Ce titre vous interpelle? Vous êtes une femme? L’auto-examen des seins (A.E.S.) s’adresse à vous, car toutes les femmes, quels que soient leur âge et leur état de santé, doivent pratiquer l’auto-examen mensuel des seins. C’est une habitude qui peut vous sauver la vie!

En effet, malgré les progrès de la médecine, le cancer du sein constitue encore la principale cause de décès chez les femmes âgées de 35 à 54 ans. De plus, l’incidence de ce type de cancer s’accroît régulièrement et concrètement. Cela signifie qu’une Québécoise sur dix est susceptible de souffrir du cancer du sein au cours de sa vie (chiffres de 1990). Évidemment, toutes n’en mourront pas, mais plusieurs en sortiront mutilées physiquement et psychologiquement, d’où l’importance d’un diagnostic précoce. Saviez-vous qu’une femme qui pratique régulièrement l’A.E.S. peut détecter une tumeur qui pourrait être une masse cancéreuse, quand elle mesure tout juste deux centimètres?

Pourquoi moi?, direz-vous. Pourquoi pas vous justement? Votre vie ne vaut-elle pas plus que quelques minutes par mois? Dites-vous que l’A.E.S. peut vous sauver la vie. Geste de santé simple, l’auto-examen des seins ne demande qu’à être connu! Les centres de santé des femmes sont de bonnes ressources en ce domaine. Contactez immédiatement le centre de votre région.

Carole Tatlock
Centre de santé des femmes de Sherbrooke

Planification des naissances

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Vol.1, Automne, 1992

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a consulté le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec (en tant que partenaires dans la dispensation des services) sur ses éléments d’orientations en planification des naissances, ses priorités d’action et l’organisation des services. Nous reprendrons ici un des points qui a retenu notre attention.

Les orientations en planification des naissances s’adressent «aux individus et aux couples». Elles omettent la différence des sexes et la spécificité des femmes en matière de reproduction. Cela va à l’encontre d’un objectif majeur des centres de santé des femmes qui est la reconnaissance de l’existence de dimensions spécifiques à la santé des femmes.

Nous souhaitons une politique qui prenne en compte les rapports sociaux existants. Nous croyons que les conditionnements sociaux, les stéréotypes sexuels et les rôles limitatifs auxquels la société confine les femmes dans plusieurs domaines différencient de façon importante la réalité des femmes de celle des hommes.

De même, les aspects social et économique sont en soi une grande différence entre les hommes et les femmes, et influencent leur santé. De plus, il est primordial de reconnaître que des rapports égalitaires entre les hommes et les femmes n’existent pas dans chaque couple, ni même dans la majorité des couples.

En matière de planification des naissances particulièrement, les femmes sont confrontées à des réalités, des besoins et des responsabilités bien spécifiques. C’est pourquoi il est de première importance d’offrir des services adaptés qui prennent en compte la spécificité des femmes et leurs différents besoins.

Lise Lamontagne
Regroupement

Quand deux cultures se rencontrent : les femmes et les médecins

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Vol.1, Automne, 1992

À butiner et à travailler dans le domaine de la santé depuis plusieurs années, j’en suis venue à croire que le monde médical et le monde des femmes pourraient être définis comme deux sociétés possédant chacune sa culture propre. Que fait-on quand deux cultures se rencontrent? Faut-il une interprète culturelle?

La culture médicale apprend à ses membres à structurer et à orienter leur pensée vers la recherche immédiate d’une hypothèse relative à chaque problème, à partir d’une grille d’analyse pré-établie.

Julie consulte. Elle dit au médecin, les yeux pleins d’eau : «J’ai été violée il y a deux mois, j’aimerais avoir des tests de dépistage». Le médecin répond : «Est-ce que vous avez des écoulements anormaux?»

Dans cette société, le corps est vu comme «un amas d’organes dans un sac de peau» et appartient au système qui s’en sert comme d’un laboratoire.

Un médecin fait un examen gynécologique à Denise et lui dit : «Je ne trouve pas MON col.»

Le langage et la pensée des étudiant-e-s en médecine seront fortement modifiés en cours de formation.

Un enseignant en gynécologie d’un hôpital universitaire de Montréal invite ses étudiant-e-s à faire un examen gynécologique à une femme anesthésiée pour une opération. Elle n’est pas au courant de la situation, ne le sera jamais et n’aura jamais donné son consentement préalable. Ainsi anesthésiée, une femme est plus molle et plus facile à examiner.

Dans la culture médicale, cette situation constitue «un mode d’apprentissage». Dans la culture des femmes «c’est un viol».

La culture médicale joue aussi le rôle d’un écran extrêmement sélectif, elle définit les champs d’attention et d’ignorance.

Rachel est souvent fatiguée, déprimée. Elle consulte. La médecin l’examine, fait des prises de sang. «Il n’y a rien.» Pour Rachel, la situation est intolérable. Une amie lui parle d’hypoglycémie. Sa médecin lui dit que c’est une mode actuellement et que son test de sang est normal. Rachel va à l’Association des hypoglycémiques et apprend qu’elle en souffre. On lui prescrit un régime alimentaire, son humeur se transforme et elle ne se sent plus toujours fatiguée.

La culture médicale apprend aussi à ses jeunes novices à ne jamais dire «je ne sais pas» et à considérer comme plus importants les symptômes que les causes profondes de la maladie.

Je me demande s’il est possible que deux cultures se rencontrent et développent chacune leur potentialité. Je me demande si nous ne devrions pas former des interprètes culturelles dont le rôle premier serait d’expliquer à chacun des deux mondes la culture de l’autre. Ou alors, des interprètes qui devraient tout simplement accompagner des femmes dans le monde médical afin de s’assurer qu’elles en saisissent bien le langage et que leurs propres besoins, langages et réalités soient en retour bien saisis par ce monde. Ou encore, peut-être devrait-on former des interprètes dont le rôle serait de rencontrer les médecins et les novices pour les initier à la réalité et à la culture des femmes et à l’impact de l’incompréhension médicale sur la santé de celles-ci. Les Centres de santé des femmes se sont donné ces rôles auprès des femmes.

La culture féministe veut actuellement que les femmes soient traitées dans leur globalité par la culture médicale, avec respect, sans abus et en recevant une information adéquate. Mais serions-nous prêtes quand nous sommes malades, plus vulnérables, quand nous avons besoin de croire en l’autre, en la magie du monde médical, serions-nous prêtes à faire face à un-e médecin qui n’a pas la vérité, qui ne fait pas de choix à notre place et qui propose des solutions au lieu de les imposer?

Renée Ouimet
Centre de santé des femmes de Montréal

Réflexions sur l'entraide entre les femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Vol.1, Automne, 1992

De tout temps les femmes se sont soutenues et encouragées dans leurs problèmes de santé. L’entraide était basée sur le secours mutuel, la réciprocité et les échanges égalitaires.

Elles ont beaucoup milité pour obtenir des services de santé gratuits et accessibles. En parallèle à ces luttes, les femmes ont aussi choisi de s’organiser entre elles et de se donner les services qu’elles réclamaient de toute urgence.

À l’origine, les centres de santé des femmes se sont mis sur pied autour de la question de l’avortement. Rapidement beaucoup d’autres dossiers liés à la santé des femmes ont provoqué la mise sur pied d’ateliers et de services pour offrir aux femmes la possibilité de se rencontrer et de partager leurs difficultés et leurs solutions.

Les ateliers collectifs sont à la fois ce qui fait la spécificité et l’originalité des centres de santé des femmes. Ils permettent de briser l’isolement, de partager un plus grand nombre de connaissances et d’aller chercher du support. Les ateliers sont des lieux pour réfléchir entre femmes sur nos conditions de santé, à reconnaître nos compétences à décider et à agir sur notre corps, à se donner les moyens concrets d’être plus à l’aise avec nos réalités de femmes.

L’analyse féministe permet aux femmes de modifier l’image qu’elles se font d’elles-mêmes et de leurs malaises en resituant la problématique dans un cadre social plus large. De ce fait, se sentant moins inadéquates et incompétentes, les femmes retrouvent plus de pouvoir afin d’agir sur leur situation.

Notre pratique de l’entraide est donc une illustration du pouvoir que nous avons sur nos vies, sur notre santé et sur la société tout entière.

Le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec donne une conférence sur l’entraide lors du Forum sur les perspectives en santé des femmes tenu à Montréal au mois de novembre.

Lise Lamontagne
Regroupement

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 2, Hiver 1993

Sans préjudice pour la santé des femmes. Numéro 2, Hiver 1993.

Sans préjudice... prend son envol

Le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec continue son envol avec ce deuxième numéro de son bulletin d’information.

Toutes les membres du Regroupement participent à sa réalisation. Vous découvrirez également avec ce numéro plusieurs collaboratrices spéciales. Nous tenons à remercier chacune d’entre elles.

Le premier numéro de «Sans préjudice» a été distribué à plus de 2 000 copies à travers tout le Québec. Il a reçu un très bon accueil. Il répond donc vraiment à un besoin pour de l’information en santé des femmes.

Nous vous rappelons que vous êtes grandement encouragée à photocopier le bulletin et à le faire circuler autour de vous.

Bonne lecture!

Marie-France Hétu

présidente du Regroupement

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 2, Hiver 1993

Félicitations à Bell Canada

Sans préjudice pour la santé des femmes. Numéro 2, Hiver 1993

Il n’y a pas si longtemps, les services d’avortement se retrouvaient sous la rubrique «Limitation des naissances - Centres d’information» des Pages jaunes. Comment les femmes pouvaient-elles deviner? Et quelles ressources y retrouvaient-elles (de Seréna à Betty Farhood)?

À la suite à de nombreuses pressions, Bell offre enfin dans ses Pages jaunes une rubrique intitulée «Avortement - Services» destinée aux seuls organismes qui dispensent le service avortement. Voilà une bonne façon de favoriser l’accessibilité à ce service et de protéger ainsi la santé des femmes. Félicitations!

Diane Carle
Centre de santé des femmes de la Mauricie

L’auto-examen des seins : habitude de vie.

Sans préjudice pour la santé des femmes. Numéro 2, Hiver 1993

Plusieurs études ont démontré que les femmes sont les mieux placées pour déceler un changement inhabituel dans la configuration de leurs seins, d’où l’utilité de l’auto-examen des seins. Il s’agit d’une habitude facile à prendre, aux conséquences bénéfiques. C’est pourquoi les centres de santé des femmes en font la promotion activement.

Le meilleur moment pour procéder à l’examen des seins se situe vers le septième jour après les menstruations. En l’absence de règles, il s’agit de repérer un moment dans le mois et de refaire l’examen chaque mois au même moment. Quelques minutes suffisent pour compléter les trois étapes suivantes : l’observation des seins dans un miroir, l’examen des seins en position couchée et ensuite, en position assise ou debout. Cet examen exige peu d’accessoires : un miroir, une surface pour s’étendre et un coussin. Notons qu’il est habituel, lors de la palpation, de découvrir une surface irrégulière et bosselée : chaque femme apprend rapidement, au fil des mois, à la reconnaître comme sienne et normale.

Dans les centres de santé des femmes, cette activité est abordée comme un geste de santé et de meilleure connaissance de cette partie du corps ; cela aide à faire tomber la peur reliée à la pensée du cancer et permet que l’auto-examen devienne une habitude de vie.

Il est recommandé que toutes les femmes utilisent cette pratique durant toute leur vie.

Carole Tatlock
Centre de santé des femmes de Sherbrooke

L’avortement à Shawinigan, plus maintenant!

Sans préjudice pour la santé des femmes. Numéro 2, Hiver 1993

Que se passe-t-il au Centre hospitalier de la Mauricie (C.H.R.M.)? Pourquoi les femmes de la région n’ont-elles plus droit à des services d’avortement difficilement acquis? Au moment où le gouvernement québécois délègue plus de pouvoir aux régions, par la Loi sur la santé et les services sociaux, une inquiétude persiste chez nous!

Voici brièvement l’état de la situation. En 1979, un service de planning familial est mis sur pied au C.H.R.M. de Shawinigan, l’année suivante on parle de clinique d’avortement. À ce moment, les cliniques Lazure étaient contestées. Malgré la guérilla des groupes anti-avortement, un comité thérapeutique est formé et en 1980 les femmes voulant interrompre une grossesse peuvent se rendre au C.H.R.M. Durant quelques années, quatre gynécologues assurent ce service. Des femmes réparties sur un vaste territoire s’étendant de la Tuque en Haute-Mauricie jusqu’à Shawinigan, passant par Grand-Mère et Shawinigan-Sud peuvent enfin avoir accès à des services décents.

Mais depuis avril 1989 plus rien! Que se passe-t-il, qui prend les décisions? Comment la population est-elle informée? Quand on a demandé en assemblée générale du C.H.R.M. des précisions, on nous a répondu que le service doit reprendre un de ces jours. Les membres du C.A. rencontrés se disent majoritairement en accord. Pourquoi alors ces réticences, rien ne semble bouger!

Ces questions restent sans réponse. Nous croyons que les revendications historiques des femmes quant à leur droit d’exercer leur libre choix en matière de maternité ne doit pas nous faire retourner aux années 1960.

Louise-Hélène Houde
Centre de femmes de Shawinigan

Les groupes de soutien : quoi de plus ressourçant !

Sans préjudice pour la santé des femmes. Numéro 2, Hiver 1993

epuis plusieurs années, des ateliers-échange et des groupes de soutien existent dans la programmation du Centre de santé des femmes de la Mauricie. L’exploration de divers thèmes permet aux femmes d’échanger, discuter et orienter leurs actions personnelles. D’une rencontre à l’autre, une complicité vivifiante donne l’occasion aux femmes de sortir de leur isolement et de créer des liens profonds avec d’autres femmes.

Différents thèmes sont abordés tels que : nos émotions, notre façon de communiquer, notre identité personnelle, etc. Les femmes tout en se ressourçant s’offrent du support mutuellement, pas seulement lors des rencontres mais aussi en dehors de celles-ci. Par le processus de groupe, les femmes prennent contact avec elles-mêmes, avec les autres, identifient leurs forces, leurs difficultés, ce qui leur fournit l’énergie et le support nécessaires pour passer à l’action.

Par le fait même, elles retrouvent confiance en leurs capacités, des moyens pour agir en fonction de leurs besoins, aspirations et intérêts. Ainsi la «vapeur» se renverse graduellement et elles s’accordent enfin de plus en plus l’attention qu’elles méritent. Et que dire de l’énergie qui se déploie durant de telles rencontres? C’est ressourçant pour toutes car les femmes en ont long à dire sur leurs réalités.

Louise Bousquet, animatrice
Centre de santé des femmes de la Mauricie

S.O.S. S.O.S. S.O.S.

Sans préjudice pour la santé des femmes. Numéro 2, Hiver 1993

Le Centre de santé des femmes de Montréal est en situation financière critique. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a reconnu l’ampleur de la tâche réalisée par le Centre, la qualité et la spécificité de nos services par la remise du Prix Persillier-Lachapelle en 1989 pour la promotion de la santé et des services communautaires. Toutefois, au niveau du financement, nous n’avons pas eu la même reconnaissance. Au contraire, nous avons subi différentes coupures de subventions par différents bailleurs de fonds et la subvention du M.S.S.S. reste à 45,000$ depuis 1989-1990.

Nous avons clairement exprimé au ministre Côté l’état actuel de notre situation. Dans l’immédiat, nous devons combler un déficit de 45,000$. Nous demandons au ministère de la Santé et des Services sociaux de remédier d’urgence à cette situation et de garantir au Centre un financement adéquat et suffisant pour les années à venir.

Nous vous demandons de nous soutenir dans cette démarche en faisant parvenir au ministre Marc-Yvan Côté une lettre qui pourrait se lire comme suit :

«Le Centre de santé de femmes de Montréal est l’unique ressource communautaire à Montréal en santé des femmes. Le Centre rejoint environ 40,000 femmes par année de toutes les régions du Québec.

Le Centre de santé des femmes de Montréal est une ressource importante pour les femmes et reconnu entre autres pour son service avortement. (880 l’an passé)

La nécessité de ses services ainsi que la qualité et la spécificité de ces derniers ne sont plus à démontrer.

Il est intolérable que le Centre de santé des femmes de Montréal se retrouve dans une situation financière critique. Il est du devoir du M.S.S.S. de combler son déficit et de lui garantir un financement adéquat et suffisant.»

Nous vous demandons également de nous faire parvenir une copie de la lettre expédiée au ministre Côté afin que nous puissions appuyer nos démarches ultérieures. Merci pour votre collaboration.

Johanne Marcotte
Centre de santé des femmes de Montréal

Un service de traitement pour femmes alcooliques et toxicomanes unique au Québec, vers où s'en va-t-il?

Sans préjudice pour la santé des femmes. Numéro 2, Hiver 1993

Jusqu’au milieu des années 1970, les approches de traitement en toxicomanie et alcoolisme au Québec avaient un caractère principalement médical et spirituel ; on tentait de SOIGNER le corps et de réconforter l’âme. Puis ce fut le tour des approches plus globales de la personne de prendre la relève ; on a commencé à miser davantage sur les forces de l’individu et tenter de comprendre son problème en lien avec ce qui l’entoure (famille, amis, travail). En matière de toxicomanie, jusqu’au milieu des années 1970, tous les savoirs reposaient sur des interventions et des recherches effectuées auprès des hommes, prenant ainsi pour acquis, que les différents phénomènes observés jouaient de la même façon pour les deux sexes ; de toute manière, l’alcoolisme et la toxicomanie étaient considérés comme négligeables chez les femmes puisque très peu nombreuses à aller en traitement, des cas isolés.

C’est vers la fin des années 1970, début 1980, avec les apports du féminisme, qu’on s’est rendu compte combien la réalité des femmes alcooliques et toxicomanes avait été occultée complètement. Du coup, nous prenions conscience d’une part que les femmes alcooliques et toxicomanes étaient presque aussi nombreuses que les hommes, et d’autre part, pourquoi elles n’apparaissaient pas dans les statistiques et dans les centres de traitement, ou très peu. Ces dimensions cachées une fois connues, ont donné lieu à un foisonnement très intense d’écrits, d’études et de rapports sur la toxicomanie des femmes et ses dimensions spécifiques. Il n’en fallait pas plus pour donner à bien des intervenantes l’envie de monter des programmes d’intervention adaptés aux besoins spécifiques des femmes alcooliques et toxicomanes.

Nombreuses sont celles qui ont tenté d’implanter au sein de leur centre de traitement (privé et public) une approche féministe de la toxicomanie chez les femmes et développer conséquemment un programme d’intervention adapté. À part quelques centres privés, Domrémy 04 fut le seul centre du réseau de santé publique qui, en 1982, se dotait d’une unité de traitement pour femmes seulement et d’une approche féministe. Depuis plus de 10 ans maintenant que l’unité existe, les intervenantes ont développé une expertise extrêmement approfondie, une compétence et une expérience de grande qualité. Or voici que dans le mouvement de la désinstitutionnalisation et avec l’arrivée de la réforme des services de santé et des services sociaux, l’organisation des services à Domrémy 04 se doit de changer, ce qui veut dire que d’ici le mois d’août 1993, l’unité des femmes appartiendra désormais au passé.

Domrémy 04 par la voie de ses dirigeants et de son conseil d’administration est prêt à donner des garanties quant au maintien de services adaptés aux besoins des femmes, mais nous sommes inquiètes devant la tournure des événements. La programmation-cadre fut conçue pour encadrer les programmes d’intervention conformément aux missions et valeurs de Domrémy 04 (lire ici basée sur la toxicomanie telle qu’exprimée et vécue par les hommes). Or dans le programme-cadre conçu pour les hommes, une question s’impose, "qu’allons-nous faire des femmes? Comment allons-nous les « intégrer » au programme-cadre?" Ces questions sont de plus en plus gênantes et acheminent l’organisation vers une réalité qui semble s’affirmer de plus en plus: y a-t-il réellement de la place pour les femmes dans ledit programme? On est confronté en ce moment à un postulat de base qui s’avère quelque peu vicieux, soit d’adapter un programme-cadre masculin aux besoins spécifiques des femmes ; nous croyons que la question devrait plutôt être quels services voulons-nous fournir aux femmes et par quel moyen?

Sans vouloir être alarmiste, nous ne sommes pas certaines de ce qu’il restera des services aux femmes après cette réorganisation. Est-ce à dire que nous glissons progressivement vers leur extinction? Notre expertise et nos services spécialisés sont-ils réellement en danger malgré les assurances que donne Domrémy 04 quant au maintien de l’intervention adaptée aux femmes? Il n’est pas non plus interdit de poser la question de façon plus globale : ne sommes-nous pas sur le point de voir se dessiner un mouvement d’élimination progressive des services dispensés aux femmes? Nous croyons que cette question concerne toutes les femmes, et c’est pourquoi nous vous en informons. Toute lettre d’appui ou communication téléphonique serait appréciée. Merci à l’avance.

Évelyne Bergeron
Unité des femmes
Domrémy 04

Une histoire de santé mentale

Sans préjudice pour la santé des femmes. Numéro 2, Hiver 1993

Dernièrement j’ai rencontré Pascale. Elle m’a raconté un petit bout de son histoire, un voyage dans la solitude là où elle croyait être aidée, là où la compréhension, le soutien, la proximité ne semblent pas exister. Pascale était en dépression sévère, elle a tenté de se suicider. Ne trouvant plus d’issue, elle a accepté d’être hospitalisée à L-H-Lafontaine.

Sa médecin avait informé l’admission de l’hôpital de son arrivée. Les infirmières l’attendaient. Elles l’ont rencontrée, on fait la première entrevue puis elles ont fait venir son dossier médical de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont pour une histoire de dépression antérieure.

Dossier en main, le psychiatre de garde, accompagné d’une résidente, la reçoit dans son bureau. On ne lui demande pas son accord, ils sont deux. Le psychiatre ne s’enquiert pas de ce qui lui arrive ni de comment elle se sent. Il attaque directement à partir des éléments du dossier qui l’intéressent: son lesbianisme et ses pratiques sexuelles. D’emblée il les interprète selon son schéma personnel, sa culture mâle et son code psychiatrique. Deux cultures qui auraient dû se rencontrer, s’écouter, s’atteindre, se toucher se sont affrontées. Pendant une demi-heure, le psychiatre détermine les questions et confronte lorsqu’il ne reçoit pas les réponses prévues. Au coeur de son ventre Pascale se sent violée dans son intimité, non respectée dans son intégrité. Elle quitte le bureau, mais non l’hôpital.

On la met en «observation». Des chambres, une salle commune et des vitres à sens unique derrière lesquelles se placent les spécialistes observateurs. Les infirmiers et les infirmières sont gentils mais n’osent pas aborder avec elle son intimité. Ils parlent avec les autres femmes de leur relation avec leur mari, de leurs enfants mais avec Pascale ils parlent de tout et de rien.

Le deuxième jour, Pascale rencontre une résidente en psychiatrie qu’elle aime beaucoup, avec laquelle elle se sent en confiance. Enfin elle est perçue dans sa globalité. La résidente comprend l’importance du deuil qu’elle a à vivre: l’ amante de Pascale est morte d’un cancer il y a deux ans.

Le troisième jour, on lui impose un psychiatre qu’elle n’a encore jamais vu. Elle refuse, elle voudrait revoir la résidente. IMPOSSIBLE!

Le quatrième jour, écoeurée par la situation, elle répond par une tentative de suicide. Une autre psychiatre vient la voir, parle avec elle pendant une heure et lui donne son congé pour le lendemain matin.

Cinquième jour. Il est huit heures, c’est l’heure où elle doit quitter sa chambre. «CHECK OUT»! Elle aimerait y attendre ses amies qui viendront la chercher à neuf heures. Ce n’est pas possible. "CHECK OUT"! On ne lui propose aucune ressource car on sait qu’elle a déjà une médecin et une thérapeute qui la suivent. On ne vérifie pas si elle sera supportée par des amies pendant quelques jours. Le système de santé a fait sa «job», au suivant!

Quelle «job»? La retransmission technique des dossiers d’un spécialiste à l’autre? Le tour de force de faire une thérapie efficace et durable en une heure? À la sortie c’est encore face à l’isolement et au manque de ressources alternatives qu’on se retrouve. Il manque un lieu, juste un lieu où l’on peut laisser ses responsabilités et sa solitude à la porte pour quelques jours. Juste un lieu de vie où l’on sait encore ce que veut dire écoute, soutien et continuité. Un lieu où l’on accepte les différences sans en faire un syndrome ou une pathologie.

Renée Ouimet
Centre de santé des femmes de Montréal

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 3, Printemps 1993

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 3, Printemps 1993

Le cas Augustin Roy !

Les Centres de santé des femmes du Québec et toutes les Québécoises ne peuvent rester silencieux au lendemain des propos tenus par le président de la Corporation des médecins du Québec, M. Augustin Roy.

Comment peut-on accepter qu’un homme tenant des propos sexistes et misogynes puisse encore se sentir légitime de diriger une corporation comme celle des médecins du Québec? Serait-ce que les membres de cette corporation valident ces propos? Tout au moins M. Roy se sentait en toute confiance et toute connivence pour se laisser aller à ridiculiser et à invalider une plainte adressée contre des membres de sa corporation!

Le discrédit retombe sur tous les membres de cette corporation et les répercussions pernicieuses des allégations de M. Roy, sur toutes les femmes du Québec.

Combien de femmes, hier et aujourd’hui, se sont demandé: «mon médecin... de quel groupe fait-il partie? De ceux qui ont ri des mauvaises blagues du président? De ceux qui sont du groupe des agresseurs et qui se sentent, depuis ces propos, presque approuvés puisqu’une plainte n’a pas ou peu d’effet? Ou de ceux qui n’osent se prononcer, s’opposer par peur d’être désavoué de la "sacro-sainte corpo"?» Où vous situez-vous messieurs les médecins?

Le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec fait appel au Comité femmes de cette même corporation. Mesdames ne trouvez-vous pas ça inacceptable la façon dont votre président considère les plaignantes et par ricochet les femmes?

Personnellement, je ne trouve pas de mots «politically correct» pour énoncer ce que je pense des interventions d’un président de corporation. Par ailleurs, je puis dire ce que je ressens comme femme et usagère des services de santé: je suis blessée de ne pas avoir de crédibilité face à une grosse corporation, d’être infantilisée face à un système patriarcal. Nous nous questionnons à savoir jusqu’où va le pouvoir d’une telle corporation.

Terminons en disant aux femmes du Québec: si vous êtes victime d’agressions ou d’abus de la part d’un professionnel de la santé, n’ayez aucune crainte et n’hésitez pas à vous adresser à un Centre de santé de femmes, à un Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles ou à un Centre de femmes, vous y serez accueillies et vous y serez écoutées. Ensemble nous verrons à corriger le tort qui vous aura été fait.

Marie-France Hétu
Présidente du Regroupement

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 3, Printemps 1993

Bénévole à l'honneur en Estrie

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 3, Printemps 1993

La semaine du bénévolat de Sherbrooke fêtait sa 10e édition du 18 au 24 avril dernier. Parmi les récipiendaires aux différentes catégories, on retrouve, cette année, Raymonde Morin dans la catégorie bénévole à l’honneur.

Dans sa 10e année au Centre de santé des femmes de Sherbrooke, Raymonde Morin est partout à la fois : membre du conseil d’administration du Centre, animatrice de l’atelier sur la ménopause, représentante à l’Assemblée régionale et au conseil d’administration de la Régie régionale et représentante du Centre lors d’audiences à la Commission des affaires sociales.

Active, vous dites? Elle l’a toujours été. À l’âge de 15 ans, elle gagnait déjà sa vie ; plus tard, elle a élevé huit enfants et ensuite elle s’est fait connaître sur la place politique et elle a oeuvré dans plusieurs organismes. Première présidente du comité intermunicipal de la région du Mont Mégantic et première conseillère municipale de cette même région, active au sein de l’AFÉAS, bénévole à Élixir (groupe de sensibilisation, de prévention et de support aux femmes préoccupées par des questions de médicaments, de drogues et d’alcool) et au Carrefour intervention suicide, elle siège présentement au conseil d’administration provisoire du Regroupement des organismes communautaires de l’Estrie.

Concrètement, cela veut dire qu’elle lègue son goût et sa passion autant à l’avancement de la qualité de vie des personnes qu’à des causes qui sont là pour rester. Deux exemples : dans les ateliers qu’elle anime, elle rend les femmes proactives face aux services de santé par la conscientisation et la responsabilisation ; elle est également une excellente vulgarisatrice de tous les enjeux du processus de régionalisation des services de santé et des services sociaux.

Bref, femme engagée à 100%, souffle de vitalité, Raymonde Morin est notre mémoire qui nous propulse vers un avenir axé sur la solidarité. Cette reconnaissance par la Corporation de la semaine du bénévolat n’est que méritée...

Carole Tatlock
Centre de santé des femmes de Sherbrooke

La cape cervicale

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 3, Printemps 1993

La cape cervicale est une méthode contraceptive des plus anciennes. Le principe est tiré de l’idée des femmes des premières civilisations qui, comme nous, se préoccupaient de leur contraception et utilisaient les matières premières à la portée de la main pour couvrir le col de l’utérus.

La cape cervicale telle que nous la connaissons actuellement est faite en caoutchouc vulcanisé qui lui donne une texture douce. Elle a la forme d’un dé à coudre ou d’une petite cloche. Cette forme lui permet de couvrir le col de l’utérus dans sa totalité. Comme il y a différentes formes et grosseurs de col, elle se produit dans trois modèles. Chaque modèle comporte des capes de grandeurs diverses.

La cape est une méthode contraceptive sans effet secondaire important; même qu’on pourrait dire qu’elle est inoffensive.

Elle est aussi une méthode contraceptive très peu dispendieuse étant donné son coût (35$) et le temps qu’elle peut durer (de 5 à 7 ans!).

C’est une méthode qui possède un taux d’efficacité théorique élevé. Ce taux se situe entre 95% et 98%.

Permettez-moi de glisser un mot à propos de l’efficacité de la méthode. Il faut dire avant tout qu’il n’y a aucune méthode contraceptive qui soit sûre à 100%. Ensuite, lorsqu’un pourcentage d’efficacité est calculé, il faut prendre en considération deux taux: le réel et le théorique. Le taux réel est évalué en prenant compte des «erreurs» d’utilisation d’une méthode (à titre d’exemple: les oublis de prendre la pilule, les «erreurs» d’utilisation du condom, l’utilisation de la cape seulement lors des «journées à risque», etc.). Le taux théorique est évalué à partir du nombre de grossesses non désirées survenues lors de l’utilisation de la méthode telle que prescrite.

Vous vous demandez peut-être pourquoi vous n’avez jamais entendu parler de la cape cervicale. Ne soyez pas surprise, vous n’êtes pas la seule.

Malheureusement cette méthode contraceptive n’intéresse pas le monde médical et l’industrie pharmaceutique. Plusieurs professionnel-le-s de la santé ne la connaissent pas non plus. Pourquoi? Il faut savoir que la majorité des médecins sont informés des méthodes contraceptives principalement par les agents «pharmaceutiques»; ceux-ci représentent les intérêts des compagnies pharmaceutiques.

Il ne faut pas un long raisonnement pour comprendre que les compagnies essaient de vendre leurs produits et ainsi faire des profits. La cape cervicale n’est pas de ceux-là compte tenu de sa durabilité et de son prix de revient.

Cette situation oblige le Centre de santé des femmes de Montréal à importer les capes d’Angleterre.

En effet, le Centre de santé des femmes offre des ateliers collectifs depuis 9 ans pour les femmes désireuses d’utiliser cette méthode. Lors de ces ateliers, toutes les informations nécessaires quant à l’utilisation et la conservation de la cape sont données. On répond également aux questions des femmes. Par la suite, l’intervenante mesure le col de l’utérus et vérifie la succion de la cape. Les femmes apprennent alors à placer et à enlever elles-mêmes la cape sur leur col.

Si cette méthode éveille votre curiosité, vous pouvez vous procurer deux documents qui ont été produits: La cape cervicale : une méthode contraceptive et une Recherche sur la méthode. Pour vous procurer ces documents ou toute autre information, communiquez avec le Centre de santé des femmes de Montréal.

Minerva Gutierrez
Centre de santé des femmes de Montréal

Les centres de santé des femmes au Québec une solution alternative, une necessité sous-financée.

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 3, Printemps 1993

Dans les commentaires sur les thérapies alternatives qu’il a présenté à la Commission des affaires sociales le 11 mars dernier, le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec rappelle que les centres de santé des femmes du Québec représentent un secteur qui a su se distinguer du réseau public par ses pratiques novatrices et alternatives. Au fil des ans, les centres de santé des femmes du Québec se sont implantés dans la communauté et sont toujours une nécessité pour les femmes.

Tout en dispensant des services directs, les centres de santé des femmes se préoccupent également des causes des problèmes et tentent de modifier les comportements qui les engendrent. Ainsi, porteurs de diverses remises en question de la quantité et de la qualité des services offerts aux femmes, des approches médicales traditionnelles, des attitudes sexistes de certains professionnels, de divers problèmes d’éthique, les centres de santé des femmes contribuent donc à l’évolution des attitudes et des mentalités.

Depuis plus de 15 ans, des milliers de femmes ont fait le choix de s’adresser aux centres de santé des femmes du Québec. Elles les ont choisis pour leur spécificité, leur apport original et la qualité de leurs services. Pour l’ensemble de leurs services, les centres répondent à plus de 60 000 demandes par année, une augmentation constante depuis l’ouverture. Malheureusement la contribution gouvernementale n’a pas connu la même progression.

Les véritables choix thérapeutiques passent par l’accessibilité et la gratuité des services. La première action à entreprendre pour favoriser le choix des femmes c’est effectivement de leur fournir des alternatives. Quand il n’y a que le centre hospitalier qui offre des services d’avortement dans une région, les femmes peuvent-elles réellement choisir le service et l’approche qui leur convient le mieux? Avoir des alternatives au réseau public n’incite pas les femmes à consommer plus. Ça leur permet juste de mieux consommer. Pour que les femmes fassent le choix des pratiques qui leur convient, il est évident que ces services doivent exister et être gratuits. Sans quoi le porte-monnaie fera le choix, nécessairement plus en faveur de l’épicerie que de la pratique alternative.

Quelle sera la contribution du gouvernement pour favoriser la liberté de choix thérapeutiques? Pour promouvoir les choix des femmes, il faut que le ministère de la Santé et des Services sociaux voit à la consolidation et au développement des centres de santé des femmes du Québec existants et au développement de nouveaux centres de santé des femmes au Québec.

Les centres de santé des femmes du Québec une solution alternative ... une nécessité pour des femmes en santé.

Lise Lamontagne
Regroupement

Les services de traitement pour femmes alcooliques et toxicomanes à Domrémy 04, la suite...

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 3, Printemps 1993

Dans le Sans Préjudice vol.1 no.2, nous vous avions fait part de nos inquiétudes concernant le sort réservé à l’intervention auprès des femmes dans le projet de réorganisation des services de Domrémy 04.

Nous pouvons maintenant affirmer que le projet va très bien et qu’il suit son cours sans qu’il y ait de changement de fond au niveau des nouvelles politiques de dispensation des services. Domrémy 04 s’était engagé, dès le départ, à assurer des services spécifiques aux femmes tant en interne qu’en externe avec une approche qui prend en compte les particularités de la toxicomanie telle que vécue par les femmes et il a tenu promesse.

De plus, nous sommes en mesure d’affirmer qu’aucun effort n’a été ménagé afin de préserver le caractère spécifique de notre intervention auprès des femmes alcooliques et toxicomanes ainsi qu’à leur famille. Par exemple, au niveau des services internes, un certain nombre de lits leur est réservé, et ils seront regroupés sur la même Unité de traitement ; de plus, l’établissement veillera à ce que le personnel affecté à la dispensation de ces services soit expérimenté et possède une bonne connaissance de la dynamique féminine en regard de la surconsommation de psychotropes. Un exercice semblable a aussi été réalisé pour les services externes qui, croyons-nous, répondront davantage aux besoins des femmes. Le rôle des femmes dans notre société, les stéréotypes ainsi que leurs conditions de vie empêchent plusieurs d’entre elles d’utiliser les services internes; c’est pourquoi nous sommes assurés que les services externes pourront leur assurer des soins mieux adaptés et surtout plus disponibles. Pour ce faire, Domrémy 04 s’est engagé à fournir toutes les facilités nécessaires pouvant favoriser la formation de groupes de femmes, y compris la formation du personnel s’il y a lieu.

Nous sommes convaincus que ces mesures permettront le maintien du caractère spécifique et original de notre intervention auprès des femmes et nous espérons qu’elles permettront aux usagères d’y gagner en qualité mais aussi en accessibilité du service. De plus, nous espérons que cette réorganisation nous permettra de garder notre réputation de qualité et aidera à illustrer l’importance de maintenir des services spécialisés pour les femmes.

Nous tenons à remercier chaleureusement toutes celles et ceux qui nous ont appuyés de quelque façon que ce soit ou qui nous ont manifesté leur intérêt dans cette affaire.

Évelyne Bergeron
Unité des femmes, Domrémy 04

N.D.L.R. Nous sommes heureuses de constater que tous les efforts ont été déployés pour maintenir des services spécifiques aux femmes. À la suite à l’article paru dans notre dernier numéro, nous constatons que vos pressions ont porté fruits.

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Le Regroupement à Winnipeg

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 3, Printemps 1993

Une représentante du Regroupement des centres de santé des femmes se rendait à Winnipeg du 21 au 24 mai dans le cadre du Forum Consultation pour un réseau canadien pour la santé des femmes. Elle participait, la veille, à un forum public organisé par le Women’s Health Clinic de Winnipeg et ayant pour titre: Working Toward Change In Women’s Health Care: Issues For the ’90s. Voici un extrait de la présentation qu’elle a faite.

Le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec est le lieu que se sont donnés les centres pour se retrouver et pour entreprendre ensemble différentes luttes politiques et sociales.

En plus d’assurer un rôle de soutien, de formation et d’information auprès de ses trois membres, le regroupement est partout. Nous cherchons à susciter des changements sociaux et politiques en matière de santé des femmes. Pour ce faire, nous devons sensibiliser la population, formuler des recommandations auprès des autorités concernées et lutter contre le sexisme du système médical et ce, par le biais de réactions, de dénonciations, de pressions politiques et de tout autre moyen.

Dans les années 1980 et 1990, nous avons beaucoup travaillé sur le dossier de l’avortement. Nous avons produit deux recherches: Rapport de recherche sur l’avortement au Québec et L’accessibilité et la qualité des services d’avortement au Québec. Avec le projet de loi C-43, nous avons présenté des mémoires devant le comité législatif et devant le Sénat. Nous avons également organisé plusieurs conférences de presse pour exprimer notre indignation face au projet de loi C-43 qui recriminalisait l’avortement. Il minait l’accessibilité aux services d’avortement ce qui s’avérait un danger direct pour la santé des femmes. Nous avons également travaillé pour obtenir un financement du service avortement dans les centres de santé des femmes. (Ce qui n’est pas encore acquis à l’heure actuelle).

Le Regroupement est par ailleurs constamment sollicité pour participer à des projets, des événements, des actions et des luttes. C’est ainsi que nous nous sommes impliquées activement ces dernières années dans les dossiers suivants:

* Femmes en tête (une série d’importants événements organisés à l’occasion du 50e anniversaire du droit de vote des femmes au Québec);

* La tournée au Québec de 4 femmes du Mali sur la santé des femmes;

* La lutte pour le maintien du programme promotion de la femme du Secrétariat d’État;

* Un projet sur le Sida et les femmes;

* Les coupures des frais liés aux mammographies;

* Le travail de concertation avec les groupes de femmes.

Cette année, plus particulièrement, nous avons été sollicitées pour siéger sur différentes tables de concertation. Nous avons été interpellées par le Conseil du statut de la femme pour travailler à l’émission d’un avis de la part du Conseil sur l’avortement. Nous avons présenté en automne 1992 nos commentaires sur les orientations en planification des naissances du ministère de la Santé et des Services sociaux. Le Regroupement a aussi présenté des mémoires au gouvernement québécois : sur les thérapies alternatives et conjointement avec d’autres groupes de femmes sur la fiscalité. Le Regroupement produit et diffuse également un bulletin d’information sur la santé des femmes.

Le dossier qui a le plus mobilisé notre temps et nos énergies des dernières années est certes celui de la réforme de la santé et des services sociaux. La réforme comporte des enjeux majeurs pour le dossier de la santé des Québécoises et pour les centres de santé des femmes du Québec.

Le Regroupement a participé à toutes les étapes de consultation et de mobilisation autour de la nouvelle Loi sur les services de santé et les services sociaux. C’est toujours un dossier prioritaire et nous concertons nos efforts avec 26 autres regroupements membres de la Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles.

Dans la foulée de la réforme, le ministre de la Santé et des Services sociaux nous annonçait en juin 1990 que les activités des centres de santé des femmes vont en duplication avec les services qui devraient normalement être rendus par un C.L.S.C. Soucieux d’assurer un meilleur rendement des fonds publics (!), le Ministère entendait se retirer progressivement de ce secteur d’activités au fur et à mesure que les C.L.S.C. parviendraient à assumer efficacement leurs responsabilités dans ce domaine.

Pour contrer cette décision du ministre, nous avons entrepris différentes actions qui l’ont fait reculer jusqu’à aujourd’hui. Mais nous sentons toujours la précarité de notre situation: aucune augmentation de subvention aux centres depuis 89, même refus de financer le Regroupement ou de nouveaux centres, toujours les mêmes remises en question de la part des fonctionnaires à chacune de nos visites à Québec. Il nous faut donc maintenir notre vigilance.

Nous maintenons nos efforts et relançons le débat cette année. Encore une fois des appuis et des rencontres pour se faire connaître et reconnaître.

Notre intérêt demeure toujours de permettre aux femmes d’avoir accès à une gamme complète de services de santé qui répondent à leurs besoins spécifiques.

Lise Lamontagne
Regroupement

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Médecin ou sage-femme, à qui de décider ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 3, Printemps 1993

Les femmes, les parents et les sages-femmes réclament depuis longtemps la légalisation de la pratique des sages-femmes au Québec. Il y a eu tout d’abord le projet de loi de Mme Thérèse Lavoie-Roux, repris et retravaillé par M. Marc-Yvan Côté. Il y a eu deux enquêtes du coroner sur la mort de bébés nés avec l’aide d’une sage-femme. Plusieurs projets-pilotes ont été déposés et analysés et sont prêts à commencer. Les sages-femmes ont passé leur examen de sélection. Tout est en place pour que les sages-femmes puissent commencer à pratiquer légalement au Québec.

Pendant tout ce temps, la corporation des médecins a tenté de bloquer ce processus et elle tente encore d’empêcher les sages-femmes de pratiquer. Les obstétriciens-gynécologues refusent de participer aux projets-pilotes. Pourquoi les médecins, par le biais de leur corporation, tentent-ils d’empêcher la légalisation des sages-femmes? Leurs arguments sont faibles. M. Augustin Roy, porte-parole des médecins, affirme que la corpo n’a pas besoin de nouveaux intervenant-e-s en obstétrique et que le Québec a tous les professionnels-les dont il a besoin. En fait les raisons qui motivent les médecins sont des raisons bassement pécuniaires : la fertilité et les organes reproducteurs des femmes sont une vraie mine d’or pour les médecins et ils ne veulent pas laisser passer une pépite.

Il y a encore des négociations avec les médecins pour faire accepter la légalisation des sages-femmes. Si ces négociations ne fonctionnent pas, qu’arrivera-t-il? On parle à Québec de commencer les projets-pilotes sans la collaboration des médecins. Cela peut se faire, mais dans quelles conditions travailleront les sages-femmes? Il est inévitable qu’elles auront des rapports avec les obstétriciens à un moment ou à un autre.

Comment se fait-il que des médecins empêchent les femmes de choisir ce qui leur convient? Qui sont-ils pour choisir à notre place? D’où leur vient ce pouvoir d’empêcher le gouvernement d’agir?

Toutes ces questions demeurent pour moi sans réponse. Cependant toutes les femmes ont un énorme pouvoir économique qu’elles peuvent utiliser pour faire pression sur les médecins. Notre corps et notre santé représentent des gros sous pour les médecins. Il faudrait peut-être apprendre à se servir de ce pouvoir. Le mouvement des femmes aura-t-il à organiser un boycott (qui ne mettrait pas la santé des femmes en danger) des obstétriciens-gynécologues? Aurons-nous à aller jusque-là? Si toutes les femmes du Québec ne consultaient, dans les prochains six mois, aucun obstétricien-gynécologue (à moins d’un besoin essentiel) pensez-vous que les médecins demeureraient indifférents à nos demandes? Qu’attendons-nous pour le mettre en branle? Allons-nous laisser passer le train et laisser les médecins décider à notre place?

Plus que jamais, nous devons continuer de lutter pour la reconnaissance des sages-femmes et la reconnaissance de la capacité des femmes de choisir ce qui leur convient.

Carmen Houde
militante féministe

Réduire le cancer du sein

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 3, Printemps 1993

Le Regroupement des centres de santé de femmes du Québec réagissait à la mesure envisagée en avril 1992 visant à désassurer les mesures de dépistage du cancer du sein pour les femmes de 40 à 50 ans et à limiter à 18 mois l’intervalle entre chaque mammographie de dépistage pour les femmes de 50 à 69 ans. Nous voulons aujourd’hui réactiver ce dossier en portant certains faits à votre attention.

Le Centre canadien d’information sur la Santé de Statistiques Canada estime qu’en 1992, il y a eu 3 700 nouveaux cas de cancer du sein au Québec ; que 1 400 femmes sont mortes du cancer du sein durant l’année. Les probabilités pour une Québécoise d’être atteinte de ce cancer sont de «Une sur Dix».

Quels coûts les finances publiques devront-elles assumer pour la femme qui subira une chimio, une chirurgie ou une radiothérapie, faute de dépistage précoce? Combien coûte à la société le temps perdu au travail pendant le traitement et pendant la convalescence? Les impacts psychologiques ne sont pas non plus négligeables pour la femme atteinte du cancer du sein et pour son entourage. Une femme qui combat ce cancer est atteinte dans son corps mais aussi dans son estime d’elle-même, dans la perception de sa féminité.

Dans ma vie, il y a présentement une belle-mère en traitement pour un cancer du sein. Elle a eu une mère qui a subi l’ablation des deux seins. Elle a une soeur de 51 ans qui est en rémission depuis 1 an 1/2 et trois autres soeurs qui subissent des examens car elles ont observé des bosses anormales. Deux de ces femmes ont respectivement 45 et 47 ans.

La mère d’un collègue est également atteinte d’un cancer du sein. Deux de mes amies sont en rémission ; elles ont appris qu’elles avaient un cancer du sein l’une à 38 ans et l’autre à 41 ans. Deux connaissances, des femmes au début de la quarantaine, ont dû subir des mammographies de dépistage, l’année dernière.

Plusieurs femmes qui téléphonent au Centre de santé des femmes pour avoir des informations et celles qui sont rencontrées lors de nos ateliers d’apprentissage de l’auto-examen des seins ont des histoires personnelles plus ou moins traumatisantes.

Vous pensez peut-être que je travaille dans un milieu propice à rencontrer les femmes atteintes! Ces exemples démontrent tout de même qu’il y a des visages derrière les statistiques.

Nous savons qu’une des plus grandes chances de guérison réside dans le dépistage précoce. Il est tout à fait normal de s’affoler lorsqu’on découvre une bosse «suspecte» et de vouloir la faire vérifier. N’oublions pas que dans la majorité des cas, ce sont les femmes elles-mêmes qui ont senti ces masses anormales.

Ce que nous voulons, c’est un programme intégré de dépistage précoce du cancer du sein : auto-examen, examen annuel par un-e professionnel-le et, s’il y a lieu, une mammographie de dépistage. Pour être vraiment précoce, ce programme intégré de dépistage doit être accessible à toutes les femmes avant la cinquantaine. Je vous ai donné des exemples de femmes dans la quarantaine qui parlent d’eux-mêmes.

En conséquence, nous demandons au gouvernement d’axer les efforts sur un programme intégré de dépistage comprenant de l’information, de la prévention, du dépistage tel que revendiqué lors d’une conférence fédérale-provinciale de la santé en 1988, ainsi que par différentes associations et d’individues concernées par la réduction du cancer du sein.

Marie-France Hétu
Centre de santé des femmes de Sherbrooke

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 4, Automne 1993

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 4, Automne 1993

«Montagnaises de paroles»

Pour souligner l’année internationale des peuples autochtones, le Centre de santé des femmes de Sherbrooke, conjointement avec le Carrefour de solidarité internationale et la Bibliothèque municipale Eva-Senécal, a présenté le 19 octobre dernier la vidéo «Montagnaises de paroles».

Nous avons reçu Rollande Rock et Marie-Jeanne Basile, deux des trois initiatrices de ce projet. Celles-ci, avec la réalisatrice Johanne Fournier, sont venues nous présenter cette vidéo et la publication qui l’accompagne. Nous étions 50 personnes à assister à cette rencontre.

Le projet initial était de donner la parole aux femmes des neuf communautés montagnaises du Québec. Après une enquête sociale auprès de 350 femmes, un livre a été produit et Vidéo-femmes en a tiré un film de 55 minutes. Ces productions sont une rencontre avec trois générations de femmes qui expriment leur vision sur la vie, le travail, les hommes, la politique, l’argent, la sexualité, l’avortement et l’amour. Cette vidéo nous montre bien que nous sommes toutes semblables. Nous nous sommes reconnues dans les préoccupations des femmes montagnaises. Il n’y a que le décor et la façon aiguë de vivre ces réalités de femmes qui changent.

Marie-France Hétu
Centre de santé des femmes de Sherbrooke

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 4, Automne 1993

Dossier : RU 486 + prostaglandines

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 4, Automne 1993.

N.D.R.L. : Nouveaux produits chimiques, nouvelle réalité. Depuis plus d’un an, le Regroupement des Centres de santé des femmes du Québec et la Fédération du Québec pour le planning des naissances ont approfondi ce sujet. Nos lectures et nos découvertes ont suscité plusieurs interrogations et plusieurs inquiétudes. Notre réflexion et nos analyses nous ont commandé de nous situer contre toute recherche et utilisation de ces produits comme méthode abortive.

Par le biais de l’une de nos collaboratrices, nous voulons partager notre cheminement.

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L’avortement chimique : Réflexions d’une résistante

J’ai longtemps cherché le «ton» de ce texte. Ne pas être amère, ne pas faire preuve de lassitude, ne pas être inutilement alarmiste, ne pas, ne pas... Quand on m’a demandé cette collaboration, j’ai spontanément accepté. L’intérêt que je porte à la question de l’avortement remonte à plus de vingt ans: j’ai été de la plupart des luttes, et lorsqu’elle ressurgit, la question me soulève encore. J’ai toujours été profondément convaincue qu’une femme qui a la force de dire non, malgré les pressions sociales, est une femme responsable. C’est de cette façon que je vois l’avortement. Une question de responsabilité. Mais suis-je à mon tour responsable si je m’oppose à une « procédure», si je vais à contre-courant?

Voilà! Le ton est trouvé. Ce sera celui de ces quelques réflexions que je dépose ici, avant de partir; pour un certain temps. Réflexions questions qui ne sont pas issues de mon seul cru. Je les ai partagées avec mes complices de la Fédération du Québec pour le Planning des Naissances (Anne St Cerny) et du Centre de Santé des Femmes de Montréal (Johanne Marcotte et Catherine Gerbelli) avec plaisir et parfois dans le malaise de notre situation... inconfortable! Pourquoi inconfortable? Alors que la vaste majorité des féministes ont été jusqu’ici unanimes sur les objectifs à atteindre par rapport à l’avortement (décriminalisation, accessibilité aux services dans toutes les régions, gratuité), voilà que certaines d’entre nous se retrouvent aujourd’hui dans «l’opposition» sur la question de l’avortement chimique. Les unes versus les autres. «Pro-choix» versus «Anti-choix» ? Paradoxal et inquiétant, non? Piégées dans un concept (le libre choix) que nous avions élaboré! Pas mal désagréable à vivre! Mais la division est simpliste et réductrice. Elle ne rend pas l’inquiétude de nos questionnements. Voilà le pourquoi de ces réflexions.

Bref rappel

L’avortement par RU-486/Prostaglandines (RU/Pgs): Une procédure qui s’échelonne sur un minimum de trois jours

Le RU 486 est un antiprogestérone qui bloque le passage de la progestérone au niveau utérin. Comme celle-ci maintient et consolide la nidation de l’oeuf fécondé, le processus s’arrêtera en son absence.

Vous êtes enceinte. Vous désirez cette procédure. L’âge de votre grossesse ne doit pas dépasser 7 semaines, calculées à partir de la date de vos dernières menstruations. Le jour de votre premier rendez-vous, vous passez un examen gynécologique, une échographie et/ou un test B(HCG). Puis vous prenez 2 capsules de RU et vous vous engagez à revenir 2 jours plus tard. Dès lors, le processus est enclenché. Au fait, comment vivrez-vous ces 2 jours d’attente?... Vous revenez à l’hôpital le 3e jour, vous prenez alors 2 capsules de Prostaglandines, le RU ne pouvant à lui seul provoquer l’avortement. Les prostaglandines ne sont pas des substances anodines. Beaucoup de controverses existent quant à leurs possibles effets sur les systèmes cardio-respiratoire, immunitaire, et autres. Et les chercheurs reconnaissent que les effets à moyen et long termes sur notre santé ainsi que sur les embryons futurs demeurent inconnus. (Cela ne vous rappelle pas certains incidents «mineurs»: Depo Provera, DalKon Shield, Thalidomide, prothèses Meme...?)

Donc, c’est parce que ces substances ne sont pas anodines qu’on vous gardera pendant quelques heures (4 en France) sous étroite surveillance médicale. À l’intérieur de ces 4 heures, si vous avez expulsé, vous partez avec une prescription de contraceptifs. Vous revenez une semaine plus tard passer un second examen gynécologique afin de s’assurer qu’il n’y a pas de complications ou comme bien d’autres femmes, vous en avez ras- le- bol et vous ne revenez pas.

Si, par ailleurs, vous n’avez pas expulsé à l’intérieur des heures de surveillance (40% des cas), vous retournez chez vous (ou au travail?). Et l’attente continue: quand? ce soir? cette nuit? demain? en quel lieu? Et si pendant ce temps vous êtes prise de nausées, de douleurs intenses, de vomissements, de diarrhée, etc.? Bof! Vous avez l’habitude. Vous êtes une femme. Et l’on vous aura certainement donné ce qu’il faut. Et lorsque «cela» arrivera, saurez-vous mesurer la normalité de «l’événement»? De toute façon vous devrez retourner pour vérification.

Mais si vous êtes parmi les malchanceuses pour qui l’expulsion ne vient pas (3% des cas) vous devez retourner à l’hôpital. Et hop! Un avortement conventionnel. Après tout, cette dernière technique est efficace et a fait ses preuves...

L’avortement conventionnel

Cette procédure, lorsque appliquée en stade précoce de grossesse ( à partir de 6 semaines) est d’une simplicité reconnue: examen gynécologique et test ( urine et ou B(HCG)), suivis de l’intervention. Le tout en une seule ou deux visites, selon les lieux. L’intervention se fait par anesthésie du col, dilatation et aspiration suivies d’un léger curetage. Des médications peuvent être données pour contrer le stress et ou la douleur: cela se fait sur demande ou de façon systématique selon les cliniques offrant le service. La procédure aura duré 15 minutes, vous aurez récupéré pendant 1 heure. Avant votre départ, on vérifiera que tout va bien.

Avortement chimique ?

Dans le milieu des promoteur-trice-s, le terme agace. Pourquoi utiliser le terme «chimique»? Cela risque de faire peur. Trop alarmiste! On préfère parler d’avortement «médicamenteux». Cela rapproche davantage de l’Aspirine. Et puis on est tellement habituée à ces petites pilules qui meublent notre quotidien. Dans cette stratégie de marketing, l’avortement conventionnel par aspiration devient l’avortement «chirurgical». Et l’on insiste sur le «chirurgical». La chirurgie, c’est dangereux. Intervention lourde qui nécessite de multiples instruments et qui comporte plein de risques. Bref, la grande opération, quoi! Vous souvenez-vous qu’il n’y a pas si longtemps (c’était avant le RU) tout le monde s’accordait à dire que la technique d’aspiration était légère, sécuritaire, efficace, comportant peu de risques? Comme quoi la réalité change vite! Connaissez-vous la dernière trouvaille? Les instruments utilisés pour l’aspiration «violent» l’utérus (sic)! Devrions-nous envisager un retour au Code criminel? Ah! le pouvoir des mots!

Ce sont des féministes américaines qui ont utilisé le terme «cocktail chimique». Elles ont raison. Le corps a ses propres lois et la grossesse est un phénomène complexe au niveau hormonal. Vouloir l’arrêter de l’intérieur, vouloir intervenir dans ce processus en utilisant des substances antagonistes dont les effets synergiques demeurent méconnus à moyen et long terme suppose nécessairement une complexité chimique importante. Cette dernière est loin d’être au point, mais ça viendra: les hormones, c’est actuellement le terrain de jeu préféré des apprentis sorciers.

Pilule magique ?

Laquelle d’entre nous n’a pas, un jour ou l’autre, souhaité cette petite pilule miracle qui à elle seule pourrait régler tous ses problèmes de cycles menstruels, de grossesses accidentelles, etc. nous en rêvons périodiquement, non? Il y a des fictions qui font du bien, qui reposent temporairement le corps et l’esprit. Une pilule efficace et tout à fait inoffensive. La fiction deviendra-t-elle réalité?

Comment ne pas sombrer dans cette douce rêverie surtout lorsqu’on nous affirme que la pilule mensuelle s’en vient, que la combinaison RU/Pgs s’inscrit dans cette recherche, que nous progressons sur cette route qui nous mènera à notre «libération». La vraie cette fois-ci! Grâce à un comprimé unique qui, pris à date fixe, déclenchera systématiquement et mensuellement... quoi au juste? L’avortement ou les menstruations. On ne saura pas. Pas besoin de savoir. L’important c’est la réponse du corps machine télécommandé.

Fiction vous croyez? De nombreux médecins en parlent comme d’un proche avenir souhaitable. Et les femmes, le souhaitent-elles? Ça se pourrait. La question mérite d’être posée. Mais, au fait, qui la posera?

Avortement ou accouchement ?

La question peut paraître excessive, déplacée, voire même abusive! Elle n’est pas banale cependant. La sécurité psychologique et affective des femmes qui avortent nous a toujours préoccupées au plus haut point. Un jour, une Québécoise est venue nous raconter son expérience d’avortement par RU/Pgs vécue lors d’un séjour en France. Elle a fait partie de ce pourcentage de femmes qui expulsent à l’hôpital lors de la troisième journée du traitement. Elle a eu des douleurs sévères, elle ne s’est pas sentie accompagnée, elle n’a pas aimé l’attitude du médecin qui de manière brusque a ramassé «le produit entre ses cuisses», l’a jeté à la poubelle et lui a dit que tout était fini. Mais, bon! Ces attitudes, à la limite, peuvent être corrigées. On pourrait, dirions-nous, repenser l’accompagnement, le soutien. Mais là n’est pas le fond de la présente question. Cette femme nous a dit: «j’ai demandé un avortement mais, ce que j’ai vécu pendant trois jours, c’est un processus d’accouchement. L’attente, les contractions, l’expulsion. Et ça, ce fut émotivement douloureux à vivre. Avoir été en quelque sorte «en travail» le jour 1, le jour 2 et le jour 3».

Ne trouvez-vous pas que ce témoignage mérite qu’on s’y arrête? Le prix à payer doit-il être si élevé? Et dites-moi, quel est donc l’intérêt psychologique d’induire un processus de «fausse-couche» en stade précoce de grossesse, quel est donc l’intérêt de faire vivre ça à une femme avec l’incertitude et l’attente que ça implique, quand, par ailleurs, nous connaissons une méthode simple et rapide qui appelle au partage de l’expérience?

Vie privée ou isolement social ?

Il semble qu’avorter seule, chez soi ou au travail, serait plus privé. Après tout, l’avortement faut démystifier ça! Et puis les femmes pourraient partager l’expérience avec leurs proches. D’ailleurs c’est ce qu’elles souhaitent, dit-on. Ouais!...

Deux médecins françaises qui pratiquent l’avortement par RU/Pgs sont venues témoigner de leur expérience lors d’une rencontre organisée à Montréal en juin 1993 par la Coalition québécoise pour le Droit à l’Avortement libre et gratuit. Elles ont confirmé que 40% des femmes qui optent pour cette procédure avortent chez elles ou, ailleurs, l’expulsion n’ayant pas lieu à l’intérieur du temps d’attente alloué en centre hospitalier. Or, elles ont dit: «les femmes n’aiment pas avorter chez elles. Il y a du «travail» à faire en ce sens, parce qu’on ne peut les garder en centre hospitalier longtemps. Fantasmatiquement, l’expérience de l’expulsion est dure à vivre. Mais il nous faut les éduquer.»

Les éduquer à quoi au juste? À apprendre à «dealer» dans le privé avec leurs angoisses, le conjoint, le chum, les parents récalcitrants qui s’opposent à «la chose»? Surveillez les prochains slogans. Une femme y sera davantage responsable si elle avorte dans ce privé. C’est ça la «démédicalisation»: mesdames, arrangez-vous avec l’expulsion.

Vous connaissez l’étude publiée en 93 par l’R des Centres de Femmes: «Un mal invisible, l’isolement social des femmes»? Intéressant!...

Un libre choix ?

En avortement, la question du libre choix s’est toujours articulée autour de la liberté fondamentale de poursuivre ou non une grossesse désirée ou accidentelle. La Charte canadienne garantit ce choix, les tribunaux l’ont reconnu.

Quand on nous dit que l’avortement chimique constitue «la propriété morale des femmes», qu’il leur appartient, qu’elles doivent le réclamer comme un droit, qu’il s’agit en l’occurrence de leur liberté de choix, n’y a-t-il pas là distorsion du concept? La liberté individuelle d’avorter avec n’importe quoi, qui a déjà revendiqué ça?

«La science le peut, donc je le veux», qu’en pensez-vous? Si cette affirmation s’applique aux unes, ne devrait-elle pas s’appliquer aux autres? L’insémination artificielle existe (la science le peut), pourquoi la refuser aux femmes célibataires et aux lesbiennes (il s’agit de leur liberté de choix, non?). On peut déterminer le sexe des embryons (la science le peut), pourquoi refuser ce choix aux individu-e-s qui se disent davantage en harmonie avec un sexe ou l’autre (liberté de choix, non?).

Le libre choix individuel qui vaut pour certaines (en fonction d’intérêts immédiats) et qui ne s’applique pas à d’autres (les intérêts collectifs et économiques devenant alors plus forts), ça ne vous dérange pas un peu? Un système qui comporte ses élu-e-s et ses exclu-e-s, moi ça me questionne.

Lors d’une rencontre, une femme disait: «je dois avoir le choix d’avorter par RU/Pgs. Cette décision m’appartient malgré les risques potentiels, malgré les inconnus sur ma santé future ou sur celle de mes futurs embryons, c’est à moi seule d’en assumer les conséquences».

Ce choix n’est pas neutre. Revendiquer cette liberté n’est pas neutre et sans effet sur le groupe des femmes en général. Cela vient cautionner, renforcer ce que par ailleurs nous critiquons, la iatrogénèse médicale c’est-à-dire: cette habitude propre à la science médicale de répondre par des procédures complexes à des réalités simples, créant par le fait même de nouvelles affections qui à leur tour devront être corrigées par de nouvelles interventions de plus en plus complexes. (Ivan Illich)

L’avortement conventionnel serait-il rendu trop simple?

Hormonothérapie ou hormonophobie ?

Ah! Nos hormones! Foutu problème qui nous habite de l’adolescence à la fin de nos jours. Impossible semble-t-il de passer à côté. Mais ne vous en faites pas, on y voit!

Incrédules? Procurez-vous au plus tôt le magazine Ms. du printemps dernier (vol.III, no 6), consacré au cancer du sein. Dossier important qui vous procurera un plaisir fou. On y apprend comment les recherches en manipulations hormonales «soutirent» les fonds qui auraient pu être attribués à d’autres recherches sur les causes environnementales, comportementales et la prévention du cancer du sein. Un vrai roman. On parle ici de millions de dollars et d’intérêts pharmaceutiques évidents. Malcom Pike est l’un de ces chercheurs très en vue, et dirons-nous, très financé. D’après lui, ce qui est à blâmer chez la femme moderne, c’est son «incessante ovulation». Puisqu’elle a moins d’enfants qu’avant, elle vit un «excès de cycles menstruels», d’autant plus que les menstruations apparaissent maintenant de plus en plus tôt. En conséquence, les seins seraient ainsi exposés à des niveaux d’hormones naturelles trop élevés. De là... le cancer. Sa solution? Arrêter tout ça par des hormones antagonistes et réenclencher périodiquement le tout par des injections... d’hormones. Un bijou. À lire absolument!

Et le RU là-dedans? Une hormone anti-hormone parmi d’autres. Un autre correctif qui, semble-t-il, offrira une réponse intéressante aux problèmes tels méningiome, endométriose et cancer du sein. On ne saurait s’opposer à ces recherches, l’urgence les nécessite.

Mais en avortement? Ne croyez-vous pas que les femmes enceintes en quête d’avortement (elles sont nombreuses) offrent un bassin expérimental rêvé? Expérimenter des cocktails chimiques sur des femmes en santé, vous ne trouvez pas ça dérangeant? Comme le suggèrent De Koninck et Parizeau, le corps des femmes est constitué de failles auxquelles la science doit apporter de constants correctifs. Cela urge. Et cela ne s’arrêtera pas. La recherche ne s’arrêtera pas d’elle-même. Les technos sciences consistent en un ensemble de moyens sans finalité propre. Elles deviennent la réalité et chaque être humain doit s’adapter psychologiquement et comportementalement aux technologies qui l’entourent. (1)

Existe-t-il des réponses simples à un problème donné? Ce n’est pas, ce n’est plus ce que la science recherche et il ne faut surtout pas se poser trop de questions. Les réponses nous sont fournies d’avance: «tout se passe dans le meilleur intérêt des femmes ».

Jusqu’où serons-nous prêtes à aller? Sommes-nous prêtes à risquer notre santé? Jusqu’où ira notre intérêt?

Ginette Bastien

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(1) Maria DE KONINCK et Marie-Hélène PARIZEAU, Réflexions sur les technos sciences et l’instrumentalisation dans la procréation humaine, Mémoire présenté à la Commission Royale d’enquête sur les nouvelles technologies de la reproduction, février 1991

Autres suggestions de lectures:

  • Yvan ILLICH, Némésis médicale: l’expropriation de la santé, Paris, Seuil, 1975
  • J. RAYMOND, R. KLEIN, L. DUMBLE, RU 486-Misconceptions, Myths, and Moral, Institute on Woman Technology, Cambrige, Mass. (USA), 1991
  • RU 486: Yes/no, Ms. Magazine, Vol. III, no.5, (mars/avril 1993)
  • The politics of breast cancer, Ms. Magazine, Vol. III, no.6, (mai/juin 1993)

L’hétérosexisme et les lesbiennes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 4, Automne 1993

Nous, les lesbiennes, connaissons sensiblement les mêmes problèmes de santé que les femmes hétérosexuelles en général mis à part, bien entendu, les problèmes de santé liés à la contraception ou aux relations sexuelles hétérosexuelles.

Cependant, nous avons à affronter quotidiennement une oppression particulière liée à notre orientation sexuelle. Cette oppression spécifique se nomme l’hétérosexisme et a un impact négatif sur notre bien-être physique et mental. L’hétérosexisme c’est de considérer toutes les femmes comme étant hétérosexuelles ou comme devant l’être! Dans notre société, les lesbiennes sont invisibilisées : la télévision, la publicité, les films et les romans montrent presque exclusivement les réalités vécues par les femmes hétérosexuelles. Il est impossible pour nous de nous reconnaître dans ces messages.

Dans le vraie vie, le lesbianisme est également invisibilisé s’il n’est pas carrément réprimé. Deux lesbiennes qui se démontrent de l’affection sur la rue le font à leurs risques et périls (en particulier dans leur quartier). Une lesbienne qui est identifiée comme telle à son travail risque de perdre son emploi ou l’estime des autres travailleuses ou encore d’être perçue comme une menace au monde hétérosexuel.

Dans le domaine de la santé, les médecins demandent à toutes les femmes qui consultent en gynécologie quelle est leur méthode contraceptive et combien de relations sexuelles elles ont par semaine ou par mois (sous-entendre combien de pénétrations d’un pénis).

Très peu de recherches sont effectuées sur la transmission des M.T.S. entre lesbiennes ou encore sur le Sida et les lesbiennes. Le réseau de la santé, tant public que privé, présume que les femmes sont toutes hétérosexuelles actives ou devraient l’être. Celles qui dévient de cette norme ont tout avantage à demeurer dans l’ombre.

En santé mentale c’est la même chose : les thérapeutes voient souvent le lesbianisme comme une maladie mentale ou encore comme la cause de tous les problèmes vécus par les lesbiennes.

Nous sommes également très souvent obligées de mener une double vie par rapport à notre famille ou dans nos relations sociales. Comble de l’ironie, deux lesbiennes qui se rencontrent dans le monde hétérosexuel peuvent ignorer pendant très longtemps que l’autre est aussi une lesbienne.

Bref, l’hétérosexisme, en plus de nier notre existence comme lesbienne, nous oblige à vivre notre quotidien pourtant tout à fait normal dans le secret, l’isolement et la honte.

Diane Mahoney
CSF-Montréal

Le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec a présenté le 18 novembre dernier un mémoire sur l’impact de l’hétérosexisme et de l’homophobie sur la santé des lesbiennes dans le cadre des audiences publiques sur la discrimination et la violence à l’égard des gais et des lesbiennes du Québec tenues par la Commission des droits de la personne.
Des copies de la présentation du Regroupement sont disponibles pour les personnes intéressées.

L'impact sur la santé des femmes des chirurgies gynécologiques

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 4, Automne 1993

Guide d’animation sur la santé des femmes

L’hystérectomie et l’ovariectomie sont des interventions chirurgicales largement pratiquées. Ainsi, en 1990 au Québec, 22% des Québécoises subissaient une hystérectomie avant l’âge de 50 ans. De plus, chez 29% des femmes hystérectomisées les ovaires étaient également retirés.

À cause de leur fréquence, l’impact sur la santé des femmes des chirurgies gynécologiques est souvent banalisé. L’hystérectomie et l’ovariectomie sont perçues comme des opérations de routine par les professionnels de la santé. Cependant, pour les femmes qui y font face, ce sont des interventions majeures sur leur corps et qui ont de grandes répercussions sur leur vécu affectif. Plusieurs femmes s’interrogent sur la nécessité de ces interventions. Quelle est la nature réelle de leur problème? Existe-t-il des méthodes alternatives permettant de résoudre leur problème tout en évitant l’intervention? Même lorsque les femmes perçoivent positivement cette chirurgie, un niveau d’anxiété relié à l’hospitalisation, à l’anesthésie et à la chirurgie existe. Qu’est-ce qui sera enlevé et pourquoi? Va-t-on respecter ma décision si je désire conserver mes ovaires? Les femmes sont également préoccupées par les conséquences de l’hystérectomie sur leur vie. Plusieurs femmes accordent une valeur symbolique importante à leur utérus, valeur grandement gratifiée et partagée par la société. La féminité des femmes de tous les temps n’a-t-elle pas été de pair avec la capacité reproductive? Le rôle de mère n’est-il pas le premier rôle dévolu à chaque femme? Dans un tel contexte, il est normal que les femmes qui ne pourront plus avoir d’enfants aient peur de perdre leur féminité et de vieillir plus vite. Elles s’interrogent sur la possibilité de vivre d’importants changements dans leur vie sexuelle. Seront-elles aussi attirantes? Éprouveront-elles encore du désir, du plaisir? Quelle sera la réaction de leur partenaire? Etc.

Les circonstances qui entourent le choix de vivre une hystérectomie et la manière dont cette décision est prise ont une grande importance sur la capacité d’adaptation des femmes aux différents changements apportés par l’opération. Les femmes qui se sont bien préparées et qui bénéficient d’un support adéquat de la part de leurs proches vivent généralement mieux leur convalescence que celles peu informées et insuffisamment préparées. Connaître les conséquences d’une intervention aide à mieux les assumer et à nous sentir partie prenante de notre santé.

Au Québec, en 1990, seulement 7,6% des hystérectomies ont été pratiquées d’urgence en raison d’un cancer (Rochette et Allard, 1992). Cependant, pour toutes les autres femmes qui font face à l’hystérectomie, leur vie n’est pas menacée. Ces femmes pourraient donc généralement se donner un certain temps de réflexion afin de s’assurer que cette intervention est vraiment nécessaire. Si l’hystérectomie s’avère être la meilleure solution à leurs problèmes de santé, elles devraient idéalement s’y préparer en recueillant les informations sur le déroulement de l’intervention et les différentes stratégies à adopter au cours de la convalescence. La collecte d’informations sur les conséquences postopératoires de l’hystérectomie et de l’ovariectomie permet de diminuer l’anxiété liée à de fausses croyances ou à des attentes irréalistes. Cette période de préparation offre également aux femmes la possibilité de partager leurs inquiétudes avec des femmes ayant vécu une expérience similaire et ainsi d’obtenir support et réconfort. Il leur est aussi possible de planifier le moment de l’intervention en s’assurant les circonstances les plus favorables et le maximum de soutien de la part de leurs proches.

Le guide d’animation «L’impact sur la santé des femmes des chirurgies gynécologiques» permet aux femmes de se pencher sur différentes questions concernant les interventions gynécologiques. Ainsi, elles sont à même de faire un choix éclairé quant à la façon de résoudre leurs problèmes de santé. Si toutefois l’intervention semble être la meilleure solution les femmes pourront mieux s’y préparer.

Les thèmes abordés à l’intérieur de ce guide sont:

  • L’hystérectomie, une opération majeure pour les femmes, une opération de routine pour les médecins;
  • Connaître son corps;
  • Les problèmes gynécologiques et leurs traitements;
  • Les impacts d’une chirurgie;
  • L’impact des chirurgies sur la sexualité;
  • Communiquer ses besoins avant une chirurgie;
  • Prendre soin de soi avant et après une chirurgie.

Vous pouvez vous procurer ce guide au coût de 20$ (frais de port compris) en écrivant:
Centre de Santé des Femmes de la Mauricie
1700 St-Olivier, Trois-Rivières, G9A 4C7

Guylaine Bergeron
Centre de santé des femmes de la Mauricie

Les services de traitement pour femmes alcooliques et toxicomanes à Domrémy 04, 3 mois plus tard

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 4, Automne 1993

L’Unité des femmes du Centre interne de Domrémy 04 est en deuil aux dires mêmes de ses intervenantes. Pourtant dans l’article paru dans le dernier «Sans préjudice», madame Évelyne Bergeron tentait de nous rassurer en affirmant «que le projet va très bien et qu’il suit son cours sans qu’il y ait de changement de fond au niveau des nouvelles politiques de dispensation des services. Domrémy 04 s’était engagé, dès le départ, à assurer des services spécifiques aux femmes tant en interne qu’en externe avec une approche qui prend en compte les particularités de la toxicomanie telle que vécue par les femmes et il a tenu promesse.» Or, nous devons maintenant nous rendre à l’évidence: le plan de réorganisation de services mis en place depuis le 15 août 1993 apporte quant à nous un changement de fond au niveau de la dispensation des services pour les femmes.

En juin 1993, la direction de Domrémy décidait d’annuler l’atelier sexualité animé mensuellement par le Centre de santé des femmes de la Mauricie depuis 1985. Quelles en sont les raisons? Dans sa lettre, le directeur général, monsieur Gratien Thibeault nous écrit : «Compte tenu que la durée de séjour est de quatre semaines (du lundi au vendredi inclusivement), nous nous sommes interrogés à savoir ce qu’il était possible de réaliser dans ce court laps de temps avec notre clientèle. Nos principaux objectifs sont : supporter à l’acquisition et au maintien de l’abstinence, restaurer le plus rapidement possible la capacité minimale de l’individu à transiger avec son milieu de vie naturel et s’assurer que l’individu poursuivra sa démarche de réadaptation en Centre externe.»

Nous croyons qu’avant d’orienter les usagères vers les services externes, elles ont une démarche d’introspection à faire. Sinon, comment pourront-elles transiger avec leur milieu de vie naturel qui est souvent la cause même de leur consommation? 80% des femmes utilisatrices des services à Domrémy ont un vécu de violence sexuelle, conjugale, familiale et une très maigre estime d’elle-même.

L’atelier sexualité, animé par le Centre de santé des femmes, servait souvent d’élément déclencheur à cette démarche d’introspection puisque la plupart de ces femmes ont coupé tout contact avec leur corps et leur sexualité. Leur corps appartient à tout le monde sauf à elle. Souvent le vécu sexuel de ces femmes fait en sorte qu’elles trouvent leur corps laid, en particulier leur sexe, et elles le nomment de façon à entretenir cette laideur. Elles ne veulent pas voir leur sexe et encore moins le toucher. Elles sont souvent plus vulnérables aux modèles stéréotypés comme : la mode est aux gros seins, une plastie; la mode est aux petits seins, une autre plastie. Un partenaire ne veut pas d’enfants, une ligature; un nouveau partenaire veut des enfants, une réanastomose. Souvent des femmes sont infertiles à la suite de M.T.S. répétées : pourquoi un condom pour se protéger quand on ne s’aime pas?

C’est évident que l’atelier sexualité de deux heures ne réglait pas tous ces problèmes. Il permettait pourtant de soulever des questionnements et de répondre à beaucoup de questions que les femmes n’avaient jamais osé demander. Souvent, pour la première fois, des femmes ont osé dire qu’elles avaient été abusées sexuellement ; d’autres nous disaient qu’elles avaient toujours fait semblant d’avoir du plaisir lors de relations sexuelles et plusieurs nous disaient craindre de sortir la fin de semaine pour faire face «à jeun» à la sexualité. L’utilisation de planche anatomique et de notre mannequin Gynnie leur permettait de visualiser leur vulve, leur vagin, le col de leur utérus, pour mieux comprendre la technique d’un examen gynécologique, le pourquoi d’une cytologie vaginale et d’un dépistage M.T.S. Ces femmes acceptaient même d’apprendre à utiliser un spéculum pour se rapprocher de leur corps et tenter de l’aimer. Tout cela dans le but d’arrêter de subir et d’être plus participative face à leur vie.

Nous espérons que la prise de position publique du Centre de santé des femmes de la Mauricie concernant la réorganisation des services de l’unité des femmes de Domrémy n’est pour rien dans la décision d’annuler l’atelier sexualité et que la direction pourra reconsidérer cette décision.

Clo Pratte
Centre de santé des femmes de la Mauricie

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 5, Hiver 1994

Le traitement des condylomes: un luxe

La semaine dernière en écoutant mon baladeur, j’ai entendu parler du marché qu’avait fait la Fédération des médecins et la Régie de l’assurance-maladie. On s’entend en haut lieu pour inclure le traitement des condylomes à l’azote liquide (la cryothérapie) dans le tarif de l’examen médical. Cela signifie que, jusqu’au 1er février dernier, les médecins étaient payés 15$ pour l’examen médical et 5$ à 15$ supplémentaires pour la cryothérapie. La nouvelle entente réduit donc les honoraires des médecins de ce dernier montant. C’est, paraît-il, pratique courante depuis dix ans pour les dermatologues.

Cette entente résulte de l’effort que doivent faire les médecins pour répondre à la demande du gouvernement québécois de réduire les coûts du système de santé et des services sociaux. Un effort qui ne fait pas l’affaire de tous et de toutes. La riposte de certains médecins n’a pas tardé à venir. On devra faire payer le patient pour le matériel que ce traitement nous coûte.

En soi, diminuer les revenus des médecins semblent faire un certain consensus au sein de la société. Avec une rémunération annuelle en 1989 de 115 000$ et un taux de chômage de 0%, les médecins peuvent assumer une certaine diminution de leurs revenus. D’autant plus que les médecins spécialistes le font déjà. Par contre, si à chaque fois qu’on touche au revenu de cette caste de privilégiés, on reçoit la facture par un autre biais, la société ne fait pas d’économies. C’est moi qui doit payer pour conserver aux médecins leurs privilèges.

Et quel prix aurais-je à payer? Là-dessus, pas moyens de connaître les vrais coûts de l’équipement nécessaire et de l’azote liquide. Des chiffres très différents nous sont parvenus des médias. Alors, comme je ne connais pas les coûts réels du matériel médical, comment ferais-je pour savoir qu’on ne fait pas indûment de profits à mes dépens? (Déjà on sait que les prix d’un stérilet varient de 35$ à 85$ d’une clinique à l’autre).

Je devrai magasiner mon traitement à l’azote liquide. Ce traitement est souvent très long et nécessite beaucoup de patience et de constance, car les condylomes sont souvent tenaces.

Qui sera pénalisé par cette nouvelle entente de la Fédération des médecins? Bien des personnes à faible revenu, donc bien des femmes, ne pourront pas aller au bout du traitement. De plus, certains types de condylomes pourraient dégénérer en cancer du col s’ils ne sont pas traités adéquatement.

Est-ce que les médecins seront les grands gagnants de cette entente compte tenu du bonus que le gouvernement leur a promis pour les économies réalisées et de la facture qu’ils nous refileront?

Une baladeuse écoeurée du pouvoir médical.

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 5, Hiver 1994

L’industrie pharmaceutique et la santé des femmes font-elles bon ménage?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 5, Hiver 1994

Saviez-vous que:

  • Dans certains pays, on offre un poulet ou un autre produit de consommation aux femmes qui acceptent les injections de Depo-Provera ?
  • Une femme médecin du Kenya affirmait en 1985 que le DES était toujours prescrit pour les complications de grossesse à l’hôpital où elle travaillait ? (Le DES a été retiré du marché américain en 1971.)

L’industrie pharmaceutique fabrique plusieurs types de produits: médicaments, fertilisants, aliments pour bébés, vitamines, savons, cosmétiques, parfums, contraceptifs, etc. Les multinationales de produits pharmaceutiques, nées de l’industrie pétrochimique, ont connu une importante croissance dans les années 40 et 50. En 1985, environ 90% de la production mondiale pharmaceutique était contrôlée par 110 compagnies. Grâce à sa puissance mondiale, quand l’industrie décide vers quels produits orienter ses recherches, elle se trouve à décider des priorités face à la santé et à la maladie pour le monde entier. Sachant que le premier objectif des compagnies pharmaceutiques c’est le profit et non la santé, il n’est pas étonnant de constater que la plupart des médicaments sont développés pour les maladies des pays riches. Le manque de moyens pour contrôler les médicaments et contraceptifs, la différence de rigueur d’un pays à l’autre dans les lois et réglementations, le secret entourant l’approbation des produits, le quasi-monopole des fabricants sur l’information ont permis le développement de situations aberrantes dans plusieurs pays à travers le monde. Ainsi, il existe sur le marché mondial des milliers de médicaments dangereux, non efficaces, non nécessaires, mal publicisés (information limitée ou trompeuse) et trop chers.

L’efficacité opposée à la sécurité

Il semblerait que les chercheurs et les experts en politiques publiques ont été déçus de constater que l’efficacité pratique de la pilule contraceptive était moins grande que l’efficacité théorique en raison des oublis de comprimés. Au lieu de chercher à comprendre les besoins et les intérêts des femmes, ils ont alors décidé de miser sur l’idée que la technologie est plus efficace et plus fiable que les femmes. À partir de ce moment-là, le mot d’ordre est devenu efficacité et le mot banni, sécurité.

Les compagnies et les gouvernements ont investi beaucoup d’argent dans la recherche de contraceptifs de haute technologie, tels les stérilets, les contraceptifs injectables (ex. Depo-Provera) et les implants (ex. Norplant) et très peu dans les méthodes de barrières. Les méthodes hormonales et les stérilets sont plus efficaces, mais aussi plus dangereux pour la santé des femmes que les méthodes de barrière; les moyens efficaces sont par le fait même beaucoup plus lucratifs, car ils nécessitent le recours à d’autres traitements pour remédier aux effets dits secondaires et aux conséquences sur la santé.

En contraception, le consentement éclairé prend une importance particulière. En effet, les contraceptifs ne visent pas le traitement d’une maladie; ce sont des femmes en santé qui les utilisent. Par conséquent, le ratio habituel risques-bénéfices qui sert de base au choix d’un médicament ou d’un produit est modifié. Les femmes doivent donc bénéficier d’une information complète avant de fixer leur choix sur une méthode contraceptive. Malheureusement, qu’on parle de pays riches ou de pays pauvres, l’information la plus organisée, la plus soutenue et la plus accessible aux médecins et aux gouvernements est celle des compagnies pharmaceutiques. Il y a là un évident conflit d’intérêts.

Quelques exemples qui parlent d’eux-mêmes.

Le stérilet Dalkon Shield, mis en vente aux États-Unis en 1971, faisait déjà l’objet de rapports négatifs au début de 1972: infections pelviennes, septicémies, grossesses tubaires. En 1974, 17 morts lui étaient attribuées. Comme le Dalkon Shield était beaucoup plus dangereux que les autres stérilets sur le marché, les possibilités d’augmenter les ventes aux États-Unis paraissaient très faibles. Le fabricant s’est alors adressé à l’Agence d’aide au développement international des États-Unis pour lui offrir le Dalkon Shield à 48% du prix régulier. L’Agence a approuvé la transaction. Un an plus tard, le Dalkon Shield était retiré du marché aux États-Unis. En 1979, il était encore vendu dans le Tiers-Monde.

Un des scandales les plus connus est sans doute celui du DES. Cette hormone synthétique a été prescrite dans les années 40 à 60 pour prévenir les fausses couches. Le manque total de rigueur dans les recherches et l’expérimentation du DES, la négligence face aux avertissements publiés en 1938 et en 1953, de même qu’une publicité aux slogans trompeurs constituent les principaux facteurs qui ont permis l’utilisation du DES pendant une trentaine d’années.

Un exemple actuel: le Depo-Provera. En 1992, la Food and Drug Administration a permis l’utilisation du Depo-Provera comme contraceptif aux États-Unis. Cette hormone injectable était jusque-là autorisée - au Canada et aux États-Unis - pour traiter l’endométriose et les cancers de l’endomètre et du rein. Depuis 1973, la compagnie Upjohn avait essayé trois fois d’obtenir l’usage contraceptif du Depo-Provera aux États-Unis . Chaque fois, des groupes de femmes et associations de consommateurs s’y sont opposés, tout comme l’année dernière. D’une part, des doutes persistent sur les liens entre le Depo-Provera et les cancers du sein et du col, de même que l’ostéoporose et les troubles de fécondité. D’autre part, les organisations craignent que les femmes ne puissent avoir accès à toute l’information sur les nombreux effets dits secondaires du Depo-Provera.

De plus, l’administration par injection augmente les possibilités d’usage coercitif et inapproprié. Au Canada, des médecins, agissant «pour le bien» de «leurs» patientes, ont administré le Depo-Provera à dose contraceptive à des femmes déficientes mentales, à des adolescentes «à risque», à des femmes autochtones et à des femmes à qui, selon le médecin, aucun autre contraceptif ne convenait. Un médecin peut prescrire un médicament non approuvé s’il estime que les avantages sont plus grands que les risques qu’il représente pour la personne. Dans certains pays, on offre un poulet ou un autre produit de consommation aux femmes qui acceptent les injections de Depo-Provera. Sachant qu’il faudrait le salaire d’une semaine ou deux pour acheter ce poulet, on peut affirmer que la liberté de choix est bafouée. Aux États-Unis on offre gratuitement des contraceptifs aux femmes assistées sociales. Pourtant, une dizaine d’États songe actuellement à payer ces femmes pour les inciter à utiliser l’implant Norplant.

En somme, des intérêts politiques, une vision à courte vue de la médecine, la course aux subventions dans le milieu scientifique, alliés aux objectifs de profit des compagnies ont placé la santé dans un cercle vicieux difficile à briser: l’industrie pharmaceutique produit des médicaments qui causent des problèmes de santé; pour régler ces problèmes, la même industrie propose de nouveaux médicaments qui à leur tour provoquent des problèmes de santé. Cette spirale sans fin est particulièrement évidente en santé reproductive: plusieurs causes d’infertilité proviennent de l’industrie chimique et pharmaceutique et la même industrie propose des technologies de même nature pour pallier temporairement l’infertilité au lieu d’orienter ses recherches vers la prévention.

L’analyse des dernières décennies nous révèle que les politiciens et l’industrie pharmaceutique, plutôt que de travailler pour le libre choix des femmes et la préservation de leur santé, ont, plus souvent qu’autrement, produit de nouveaux contraceptifs dans le but de contrôler les populations. Pourtant, nos grands-mères et nos mères voulaient uniquement pouvoir décider, de façon sûre et efficace, combien d’enfants elles auraient et quand elles les auraient. On utilise le désespoir des femmes comme excuse pour offrir des médicaments et contraceptifs non sécuritaires est immoral. Le «choix» au risque de leur santé et de leur vie est simplement inacceptable pour les femmes.

France Tardif
Agente d’information
Fédération du Québec pour le planning des naissances

L’organisation des services en planification des naissances : à quand l’action?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 5, Hiver 1994

La politique de la santé et du bien-être a été publiée par le ministère de la Santé et des Services sociaux en juin 1992. On peut y lire : Sous forme d’objectifs précis et de stratégies simples, elle indique le cap sur lequel doivent converger tous les efforts, à tous les niveaux, d’ici dix ans, et pour chaque problème.

On a examiné l’état de santé et de bien-être de la population pour déterminer les dix-neuf problèmes qui affectent le plus les Québécoises et les Québécois. La sélection de ces problèmes repose sur les critères suivants : le nombre de personnes touchées, les effets néfastes sur l’individu, la sensibilité populaire au problème et la disponibilité de solutions efficaces.

Nous sommes en droit de nous demander pourquoi la planification des naissances ne fait pas partie de la politique de la santé et du bien-être. Est-ce parce qu’elle ne répond pas de façon satisfaisante aux critères retenus pour la sélection des priorités?

À notre avis, il ne peut s’agir du critère visant le nombre de personnes touchées : la planification des naissances engage à toute fin pratique la grande majorité de la population adolescente et adulte. Le Ministère reconnaît lui-même les besoins importants de la population face à la planification des services.

S’agit-il plutôt du critère des effets néfastes sur l’individu? Il apparaît impossible de considérer que la grossesse à l’adolescence, le haut taux de stérilisation chez les Québécoises, la progression alarmante des MTS, les grossesses non désirées et l’infertilité n’ont pas assez d’effets pour qu’on les juge prioritaires.

Par ailleurs, les femmes et les hommes se voient aujourd’hui reconnaître le droit de décider librement du nombre d’enfants qu’ils veulent mettre au monde et du moment propice à ces naissances; ce principe est déjà inscrit dans l’énoncé de politique en planification des naissances de 1972. Il nous semble donc que le critère de sensibilité populaire à la planification des naissances, c’est-à-dire aux choix que nous faisons au cours de l’existence en rapport avec notre capacité de nous reproduire , est acquis depuis plus de vingt ans.

Existe-t-il des solutions efficaces (critère #4)? Selon le Ministère, on doit concevoir les services de planning comme un moyen de favoriser les choix des personnes. Non seulement ils peuvent prévenir des problèmes de fertilité ou traiter ces difficultés, mais ils contribuent aussi à permettre aux femmes d’entreprendre une grossesse dans des conditions plus favorables. Des services de planning adaptés constituent un outil de prévention important à plusieurs égards.

En somme, le Ministère aurait très bien pu inscrire dans sa politique de la santé et du bien-être la planification des naissances comme une priorité et un objectif à atteindre. C’est une problématique majeure, particulièrement pour les femmes, bien documentée par le mouvement des femmes et par le Ministère lui-même et qui répond aux critères retenus pour fixer les priorités d’actions. La Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles écrivait au sujet de la Politique de la santé et du bien-être : Nous ne sommes pas en présence d’une analyse globale et d’une politique générale pour améliorer la santé et le bien-être des femmes. (...) Il y a fort à parier que les questions «oubliées» donc jugées non prioritaires ne feront pas partie des plans régionaux d’organisation de services.

Les services en planification des naissances sont absents de la politique parce qu’ils ne constituent pas, selon le Ministère, une problématique prioritaire. Par ailleurs, il a décidé, en 1987, de revoir l’organisation des services en planification des naissances et d’identifier des priorités à la lumière des besoins actuels de la population. Cet examen aurait dû se concrétiser par l’élaboration d’un document d’orientations en planification des naissances.

Le Ministère a procédé à une large consultation au printemps 1992. Il a analysé les rapports de consultation et a apporté les modifications nécessaires en juillet 1993, en prenant en compte les priorités qui ont été établies dans la politique de la santé et de bien-être et dans la mise en oeuvre de la réforme. À ce jour, le Ministère n’a malheureusement pas adopté quelque orientation, ni défini des critères pour l’élaboration des PROS ou tout autre mécanisme approprié de concertation.

Qu’est-ce qui retarde la sortie publique des orientations en planification du Ministère et sa mise en application? Quels en sont les impacts?

Une question de gros sous peut-être. On estime à 17,5 millions les coûts actuels du planning en CLSC ou en centre hospitalier que ce soient les services courants ou les programmes spécifiques, les actes médicaux, les hospitalisations en soins de courte durée et les chirurgies d’un jour rattachées à la planification des naissances.

Il en coûterait environ 2,1 millions supplémentaires pour mettre en oeuvre les orientations en planification des naissances en termes de priorités d’action et organisation des services. Dans un contexte où la volonté politique maintes fois exprimée par le gouvernement québécois est de couper dans les services de santé et les services sociaux, il ne serait sans doute pas étonnant qu’on tarde à sortir un document dont les applications engendreraient de nouvelles dépenses.

Par ailleurs, Monsieur Marc-Yvan Côté nous avait fait part l’an passé de sa position face au dossier de l’avortement. C’est un dossier difficile pour le Ministère. Ça interpelle les valeurs du Monsieur et du Ministre. Toutes les étapes administratives auraient pu être beaucoup moins longues qu’elles l’ont été. Son hésitation a sans doute contribué à ralentir le processus. Monsieur Côté ne voulait certes pas se retrouver à défendre ce dossier sur la place publique.

Les impacts de l’inapplication des orientations en planning sont nombreux. Dans sa politique en matière de condition féminine, le gouvernement québécois fait plusieurs constats relatifs à la planification des naissances. Aucun correctif n’a été apporté aux situations suivantes:

L’information, l’éducation et les services relatifs à cette question ne sont pas facilement accessibles et disponibles. Plusieurs femmes deviennent enceintes sans l’avoir souhaité et plusieurs subissent chaque année une interruption de grossesse. (...) Les femmes reçoivent des informations souvent contradictoires ou incomplètes au sujet des liens qui peuvent exister entre les contraceptifs oraux et divers problèmes de santé. (...) Le recours à la stérilisation volontaire et le caractère définitif de ce type d’intervention donnent lieu à des regrets chez une proportion relativement importante de personnes. (...) En ce qui concerne les jeunes, l’absence ou l’échec de la contraception sont deux des facteurs importants de la grossesse à l’adolescence. (...) Vingt ans après la mise en place des programmes de planification des naissances au Québec, on doit constater que les besoins sont encore très grands dans ce domaine.

De plus, le document de consultation sur les orientations en planification des naissances datant du printemps 1992 établissait déjà l’impact du statu quo au niveau des services offerts. Au niveau de l’organisation des services dispensés en planning auprès de la population par le réseau de la santé et des services sociaux plusieurs observations ont été faites depuis 1980 en ce qui a trait à la stagnation ou la régression des ressources affectées à ce domaine d’interventions, aux difficultés liées à la concertation régionale et à l’absence de lignes directrices concernant la répartition des rôles entre les établissements.

La régression des ressources c’est par exemple la récente remise en question du service d’avortement du C.L.S.C. Marigot à Laval. Ou, pour des raisons de contraintes budgétaires, les fermetures temporaires des services de planning en centre hospitalier. Ou encore le sous-financement chronique des groupes communautaires qui offrent des services en planification des naissances.

On observe également une répartition inégale des ressources entre les régions. Il y a des régions qui ne dispensent aucun programme spécifique en planning en CLSC ou en CH.

De plus, bien que des services d’avortement soient offerts de façon minimale dans toutes les régions, certaines n’ont qu’un seul point de service, d’autres n’offrent aucun service, d’autres n’offrent aucun service pour des grossesses ayant atteint 12 semaines et plus, et la plupart ne disposent d’aucune ressource pour les grossesses ayant atteint 15 semaines et plus.

Le Ministère a également estimé les coûts que les femmes doivent assumer, notamment pour les avortements. La politique en matière de condition féminine soutient que : Une forte proportion des avortements (34,2%) ont été obtenus par l’intermédiaire de services communautaires ou privés et ont donc occasionné des débours allant de 75 à 200 dollars et parfois plus, sans prendre en compte les coûts de déplacement (de perte de salaire, d’hébergement, de gardiennage, etc.)

Considérant que le Ministère est très bien placé pour connaître les besoins des femmes, les lacunes du système actuel ainsi que les impacts du statu quo sur les services en planification des naissances:

  • Pourquoi le Ministère n’a pas fait de la planification une priorité inscrite dans sa politique de la santé et du bien-être?
  • Est-ce que Madame Lucienne Robillard choisira d’assumer sur la place publique l’organisation des services en planification des naissances y compris l’accessibilité et la gratuité des services d’avortement?
  • Est-ce que l’inapplication des orientations en planning est un autre des programmes gouvernementaux pour favoriser la famille?
  • Est-ce que le Ministère évalue l’impact de l’inapplication de ses orientations en planning sur les femmes?
  • Est-ce que les restrictions budgétaires aveuglent à ce point notre gouvernement?
  • Est-ce qu’il aura une volonté politique pour faire cheminer rapidement ce dossier?
  • De quelle façon le planning, jugé moins prioritaire pourra-t-il recevoir l’attention et le financement des régies régionales?

Le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec, la Fédération des associations de familles monoparentales du Québec, la Fédération du Québec pour le planning des naissances, L’R des centres de femmes du Québec, le Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale et la Fédération des ressources d’hébergement pour les femmes violentées et en difficulté du Québec demandent une rencontre à Madame Lucienne Robillard pour éclaircir toutes ces questions.

La différence lesbienne

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 5, Hiver 1994

Audiences publiques de la Commission des droits de la personne

Dans le cadre des audiences publiques sur la discrimination et la violence à l’égard des gais et lesbiennes du Québec, le Regroupement des centres de santé des femmes a présenté, le 18 novembre dernier, un mémoire portant sur l’accessibilité des soins de santé et des services sociaux aux lesbiennes. Nous y avons présenté la situation actuelle.

Tout d’abord, les lesbiennes n’ont pas, physiologiquement ou génétiquement, de problèmes de santé physique ou mentale différents de ceux de la population féminine hétérosexuelle, mis à part les problèmes liés aux relations sexuelles hétérosexuelles et à la contraception.

Par contre, le fait d’être lesbienne dans une société hétérosexiste et homophobe occasionne, entraîne ou aggrave toute une série de problèmes de santé physique et mentale. Pour n’en nommer que quelques-uns : nervosité, insomnie, fatigue, anxiété, dépression, surconsommation de médicaments et de drogues, maux de tête, d’estomac, problèmes de tension musculaire, etc.

Malgré tous ces problèmes, les lesbiennes consultent moins et attendent plus longtemps pour le faire. Cela s’explique surtout par le fait qu’elles craignent le rejet et ce, à juste titre, car selon une recherche américaine, 70% des lesbiennes auraient vécu des expériences négatives en révélant leur orientation sexuelle.

Le réseau de la santé et des services sociaux est porteur de la vision hétérosexiste et homophobe. Il ne répond pas à la réalité lesbienne et contribue à renforcer ces préjugés et ces peurs. On peut dire que les lesbiennes sont invisibilisées par le réseau. Elles sont absentes du vocabulaire, des objectifs, des programmes, des services, des statistiques.

Nous croyons que le ministère de la Santé et des Services sociaux doit mettre en place les mécanismes et les ressources nécessaires pour que les lesbiennes aient accès à des services complets et non discriminatoires. C’est pourquoi nous avons recommandé à la Commission:

  • que le M.S.S.S. offre à son personnel une formation adéquate afin d’enrayer l’homophobie.
  • que le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur inclut une formation spécifique sur la réalité des gais et des lesbiennes dans les programmes de formation disponibles en l’adaptant à tous les niveaux du système scolaire.
  • que le M.S.S.S. reconnaisse l’expertise développée par les Centres de santé des femmes auprès de la clientèle lesbienne; que ceux-ci soient subventionnés adéquatement pour pouvoir offrir des services d’information, de formation et de références en santé lesbienne auprès du personnel du réseau, du milieu communautaire et féministe ainsi que pour maintenir les services existants et en développer d’autres.
  • que des recherches soient entreprises rapidement pour mieux connaître l’impact de l’homophobie sur la santé physique et mentale des lesbiennes et que ces dernières soient associées directement à ces recherches.

Trois autres avenues pourraient permettre éventuellement de faire une place aux lesbiennes dans le réseau de santé et services sociaux:

  • l’ouverture des intervenantes non lesbiennes et des intervenants;
  • la visibilité des lesbiennes intervenantes;
  • la visibilité des lesbiennes usagères.

Le Regroupement et ses représentantes auprès de la Commission sont satisfaits de l’ouverture des commissaires à la question lesbienne. Notons que ces derniers ont semblé assez préoccupés par l’accessibilité des cliniques de fertilité aux lesbiennes. C’est un thème que notre mémoire n’abordait pas. Si nous avons omis d’en parler, c’est simplement parce que d’après notre expérience, la priorité concernant l’accessibilité des soins de santé et des services sociaux est ailleurs. Il s’agit plutôt, pour les Centres de santé des femmes du Québec d’en arriver à contrer l’hétérosexisme et l’homophobie existants dans notre réseau de santé et de services sociaux et ce afin d’améliorer la qualité de vie des lesbiennes.

Michèle LaHaye
Centre de santé des femmes de Sherbrooke

La santé des adolescentes et des adolescents

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 5, Hiver 1994

L’adolescence est une période de changement et de transition. Les transformations de cette étape se font parfois dans l’harmonie, parfois dans le conflit, mais amènent inévitablement les jeunes à se questionner, à se positionner, à adopter des attitudes et des valeurs qu’ils garderont souvent le reste de leur vie.

C’est une période propice à l’obtention d’attitudes créatrices et novatrices. Les jeunes sont à la fois sur leur garde - ils ne veulent surtout pas se faire imposer quoi que ce soit - et à la fois ouverts à de nouvelles idées et de nouvelles approches. Par contre, la pensée magique, encore bien présente chez nos adolescentes et adolescents, vient faire échec aux multiples campagnes d’information et de prévention concernant la santé sexuelle.

C’est pourquoi, en plus de donner de l’information juste sur divers sujets entourant l’éducation à la sexualité, nous utilisons une approche interactive auprès des jeunes de notre région. À travers des jeux de rôle, de l’improvisation, du théâtre forum et du théâtre de l’opprimé, nous permettons aux jeunes d’expérimenter de situations problématiques, de les vivre et de trouver des solutions pertinentes. Nous croyons que le fait de vivre et ressentir une situation à travers le jeu (théâtral ou autre) est plus efficace, pour l’obtention d’attitudes saines et préventives en matière de santé sexuelle, que le simple fait d’ingérer de l’information, aussi juste soit-elle.

Nos ateliers offerts aux jeunes du secondaire abordent différents thèmes : la puberté, les menstruations, les MTS, la sexualité, l’obsession de la minceur et les relations amoureuses.

La promotion de la santé et de l’auto-santé passe par la responsabilisation de chacune et chacun. Se connaître, se prendre en main et faire des choix éclairés sont donc les principaux objectifs du projet «La santé des adolescentes et adolescents»

Michèle LaHaye
Centre de santé des femmes de Sherbrooke

Mon utérus et mes ovaires m'appartiennent : un geste d'auto-santé

Sans préjudice pour la santé des femmes. Numéro 5, Hiver 1994

Extrait du guide sur l’impact des chirurgies gynécologiques

Notre corps est à nous et il devrait nous appartenir d’en prendre soin et de pouvoir faire nos propres choix en matière de santé. Or, nous ne connaissons pas notre corps mais pire encore, nous avons acquis la certitude que seuls les professionnels de la santé peuvent s’en occuper.À cause des tabous qui existent sur la sexualité et la reproduction, on ne parle pas souvent de ces sujets. Résultat: nous entretenons encore toutes sortes de mythes et de fausses croyances sur ce qui se passe dans notre corps. Nous ne reconnaissons pas les indices d’un symptôme vraiment important. Nous ne savons pas comment prévenir telle maladie. Nous avons appris à le confier à des spécialistes qui le soignent comme une machine en pièces détachées, à accepter trop facilement leurs jugements et leurs décisions et à devenir ainsi dépendantes de la médecine. Aussi, le plus souvent, lorsque nous sommes examinées par un-une médecin, nous ne savons pas ce qu’il-elle fait et nous n’osons pas lui poser de questions.

Comme premier geste concret pour se réapproprier notre corps, le mouvement de santé des femmes des années 1970 nous a appris à pratiquer l’auto-examen du col de l’utérus et des seins.

Voici ce que permet l’auto-examen:

  • de découvrir son corps et de le voir tel qu’il est;
  • de mieux reconnaître les changements qui se produisent dans notre corps au cours du cycle menstruel;
  • de déceler les indices pouvant indiquer que quelque chose ne va pas;
  • de se sentir plus à l’aise lors de l’examen gynécologique car on sait ce que la-le médecin fait et observe;
  • de mieux comprendre le fonctionnement de notre corps et d’en arriver à exercer nos propres choix en matière de santé;
  • de briser le rapport de pouvoir et de contrôle de la médecine dans nos vies;
  • de démystifier les gestes médicaux en s’initiant soi-même.
  • Vous pouvez apprendre la pratique de l’auto-examen dans les Centres de santé des femmes.

Guylaine Bergeron
Centre de santé des femmes de la Mauricie

Projets de désassurance dans la santé

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 5, Hiver 1994

La Coalition pour le maintien de la gratuité dans la santé, dont le Regroupement est membre, réclame l’arrêt immédiat de tous projet visant à diminuer la gamme des services couverts dans notre système de santé et de services sociaux ou à imposer des tarifs aux usagères et aux usagers.

En effet, des informations provenant de sources diverses indiquent que le ministère de la Santé et des Services sociaux envisage de désassurer plusieurs services jusqu’à maintenant accessibles aux Québécoises et Québécois. Les négociations en cours avec les associations de médecins aboutiront vraisemblablement à la désassurance d’une série d’actes médicaux, et le ministère se préparerait également à interrompre le paiement des examens de la vue pour les enfants et les personnes âgées.

Tout laisse croire que d’autres projets de tarification, de désassurance et de privatisation sont examinés sérieusement au ministère. Ils pourraient être annoncés dans le cadre du programme de réduction des dépenses d’un milliard de dollars dans la santé et les services sociaux ou à la faveur du prochain budget du Québec. Pourtant, il est bien démontré que la privatisation et la tarification haussent les coûts globaux de la santé et réduisent l’accessibilité pour les personnes à faible revenu.

L’universalité et l’accessibilité des soins de santé sont des principes auxquels tient la population du Québec. La Coalition croit que le gouvernement québécois ne détient pas la légitimité de porter atteinte à ces acquis collectifs.

L’imposition de tarifs sur les médicaments aux personnes âgées, la désassurance des examens de la vue et des soins dentaires aux enfants sont des mesures rétrogrades qui ont soulevé l’an dernier un tollé de protestations et pour lesquelles la Coalition demande au gouvernement de faire marche arrière.

La Coalition réclame un temps d’arrêt dans le démantèlement de notre réseau de santé et de services sociaux. L’opposition aux projets de désassurance de médicaments et de services médicaux qui ont été révélés au cours des dernières semaines est suffisamment importante pour justifier le gouvernement de proclamer un temps d’arrêt et de réflexion. Il est urgent de tenir un véritable débat public au Québec sur la remise en cause des fondements de notre système de santé et de services sociaux.

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 6, Printemps 1994

La prestigieuse recherche scientifique... et ses petits défauts

Aux lendemains de la fête du 8 mars, éclatait, dans les médias, l’affaire Poisson. Une fraude scientifique gardée secrète pendant plus de trois ans par le monde médical. Une saga dont nous ne connaîtrons sans doute jamais toutes les implications, mais qui pose de nombreuses questions quant à la confiance que devrait nous inspirer la recherche scientifique.

Le docteur Poisson participait à une vaste étude internationale sur le cancer du sein au cours de laquelle il aurait falsifié les dossiers de plus d’une centaine de patientes. Une faute similaire, chez une secrétaire, par exemple, aurait entraîné illico son congédiement sans indemnité. Dans le cas du Dr Poisson, apprenant la fraude, en 1990, les autorités de l’hôpital Saint-Luc l’auraient démis de ses fonctions de directeur de son centre d’oncologie et de chef du service de chirurgie oncologique tout en le laissant poursuivre ses activités de chirurgien. L’Université de Montréal, quant à elle, l’invitait à quitter ses fonctions de professeur en prenant une retraite prématurée. Le docteur Poisson ayant été suffisamment puni par ses pairs, on ne jugea pas nécessaire de rendre la fraude publique, ni même d’en aviser les femmes concernées!

Si les médias ne s’étaient pas mis de la partie, cette affaire serait demeurée secrète, comme la majorité des fraudes scientifiques, le monde médical ayant toujours préféré la loi du silence aux révélations compromettantes des défaillances de la science. D’ailleurs, les informations divulguées sont loin d’avoir fait toute la lumière sur cette affaire. Alors que certaines sources, dont le rapport de l’Office of Research Integrity, feraient mention d’incidences médicales sur la santé des patientes traitées, le monde médical, lui, a fait front pour les rassurer du contraire.

Dans notre société, la science jouit d’une crédibilité et d’un prestige sans borne. Réputation qui découle sans doute autant, sinon plus, du mystère et du secret dont on l’entoure que de la grandeur de ses découvertes. Tant que les expériences ne débordent pas le cadre du laboratoire, les débats n’ont, en effet, que peu de chance de s’étendre au-delà du cercle des initiés. Dans la recherche clinique et médicale, on entretient le mythe en taisant, le plus souvent, aux usagères les implications des expériences auxquelles elles se soumettent et en laissant croire au public que les fraudes et les erreurs demeurent des cas exceptionnels. Pourtant, les mécanismes de contrôle sont pratiquement inexistants ou très peu efficaces.

Si notre société considère qu’elle ne peut se passer de la science, ne serait-il pas préférable de la démocratiser ? On pourrait créer des mécanismes de contrôle indépendant des institutions. On pourrait aussi aménager des séances d’information publiques auxquelles seraient conviées les participantes potentielles et qui leur permettraient d’entendre différents points de vue concernant les risques et implications liés à leur participation à la recherche. Pour gagner la confiance des Québécoises, il faudra que les chercheurs en médecine se résignent à jouer cartes sur table.

Chantal Lapointe
Regroupement

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 6, Printemps 1994

Dossier sages-femmes en Outaouais: les médecins hors-la-loi

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 6, Printemps 1994

Une fois de plus, les médecins utilisent leur pouvoir pour priver les femmes des services qu’elles réclament! Une fois de plus les médecins refusent de voir les femmes comme des êtres responsables et veulent leur dicter comment accoucher! Notre gouvernement courbera-t-il l’échine devant eux?

Les projets pilotes, dont celui mis en place dans l’Outaouais, répondent à un besoin clairement exprimé par les femmes depuis plusieurs années. Ils ont été conçus de façon à offrir une alternative à l’accouchement en milieu hospitalier tout en assurant la sécurité des mères et des bébés. Leurs modalités d’application sont sérieuses : la sélection des usagères est très stricte, la pratique des sages-femmes est bien encadrée, et la participation des médecins omnipraticiens et des gynécologues-obstétriciens est prévue au sein du comité multidisciplinaire de même qu’en cas de problème.

Le refus des médecins de collaborer, en dépit des prescriptions de la Loi 4, oblige les femmes à vivre avec le stress de ne pas savoir où elles vont accoucher ni où et comment elles seront accueillies en cas de difficultés lors de l’accouchement. En ce sens, les médecins sont une entrave à la sécurité des mères et des bébés.

Plus de 90% des accouchements se déroulent sans problème et pourraient être assistés par des sages-femmes. Il est grand temps que les médecins reconnaissent que leur place est d’abord auprès de celles qui vivent des difficultés.

Il est quand même assez particulier qu’un groupe professionnel puisse à ce point paralyser l’évolution des pratiques reliées à la santé alors que la majorité de la population réclame des changements. La loi est pourtant claire, elle exige la collaboration des médecins. C’est à eux de s’y conformer et non au gouvernement de la changer.

Chantal Lapointe
Regroupement

Le Norplant: entre le rêve et la réalité

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 6, Printemps 1994

Évidemment, bien des femmes rêvent du contraceptif miracle qui puisse enfin leur permettre de vivre leur sexualité librement. C’est pourquoi, les compagnies pharmaceutiques s’évertuent à mettre en marché des produits de plus en plus efficaces destinés à délivrer les femmes des contraintes de leur système reproductif (sic). Le Norplant s’inscrit sur la liste de ces nouveaux produits miracles. Il vient récemment d’être approuvé par le ministère de la Santé du Canada. Il s’agit d’un contraceptif constitué de petits bâtonnets remplis d’hormones qu’on implante sous la peau de l’avant-bras. Une fois installé, il est efficace à plus de 90% pendant 5 ans. Nous voilà enfin débarrassées de cette sempiternelle crainte d’être enceinte. Et ce, de façon tout à fait sécuritaire..., enfin... au prix de quelques petits inconvénients qu’on dit mineurs.

En effet, la majorité des femmes verront leur cycle menstruel quelque peu bouleversé: certaines auront des saignements continuels alors que d’autres n’en auront plus du tout. Plusieurs auront la sensation de vivre un perpétuel syndrome prémenstruel (maux de tête, problèmes de peau et de pilosité, nervosité, étourdissements, diminution du désir sexuel). Certaines femmes accuseront des gains ou des pertes de poids considérables. Dans d’autres cas, l’emploi du Norplant pourra entraîner une grossesse extra-utérine et des kystes ovariens. Sans parler, bien sûr, des effets à long terme qui n’ont pas encore pu être évalués en raison de la nouveauté du produit. Bien peu de risques en somme pour nous qui sommes nées pour souffrir!

L’utilisation du Norplant doit respecter certaines conditions. D’abord, il doit être installé par un médecin dûment formé. Ce dernier est aussi le seul habilité à le retirer, à condition qu’il réussisse à le retrouver, ce qui n’est pas toujours le cas!

L’Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas prescrire le Norplant aux femmes souffrant de désordres cardio-vasculaires, de saignements vaginaux irréguliers, de tumeurs de foie bénignes ou malignes, de cancer du sein ou des voies génitales connu ou suspecté ni aux femmes qui fument. Il est en outre conseillé de suivre de près les femmes souffrant de diabète, d’hypertension ou d’anémie. Avis aux intéressées, puisque les médecins ne suivent pas toujours toutes ces recommandations à la lettre...

Par ailleurs, le Norplant coûte relativement cher et ne sera pas couvert par l’assurance-maladie. Une femme doit donc prévoir un déboursé de près de 700$ pour l’achat du Norplant, les taxes, l’implantation et le retrait. Si une femme garde le Norplant durant 5 ans, elle pourrait considérer qu’il y a là une économie à faire. Pourtant, la majorité des femmes en demande le retrait avant ce délai. La moyenne d’utilisation étant de 3,5 ans.

Face aux problèmes que présente le Norplant, la plupart des médecins oeuvrant dans les pays occidentaux le réservent comme solution ultime ou comme alternative à la stérilisation. D’autres considèrent qu’on pourrait l’utiliser pour les femmes défavorisées, assistées sociales, toxicomanes ou encore pour les femmes présentant des problèmes psychiatriques. Dans les pays en développement, le Norplant est un des premiers moyens de contraception présenté aux femmes. Dans certains cas, les femmes doivent justifier leur décision auprès du médecin afin qu’il accepte de retirer le Norplant. En fait, pour les autorités, cette méthode a deux avantages : elle est efficace et elle permet de garder dans les mains du corps médical le contrôle sur le corps et la vie des femmes.

Trop souvent, les femmes ont servi de cobayes pour des produits miracles qui se sont par la suite avérés dangereux. Le Norplant est peut-être ce genre de bombe à retardement. Il est accompagné, le plus souvent, d’effets secondaires et rend les femmes dépendantes de leur médecin. Est-ce vraiment de cela que les femmes rêvent ?

Chantal Lapointe
Regroupement et Anne St-Cerny, F.Q.P.N.

Les femmes et le SIDA : la prévention

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 6, Printemps 1994

En matière de SIDA tout le monde le sait bien, ou devrait le savoir, la prévention a bien meilleur goût. Les modes de transmission sont connus, du moins le croit-on, et limités. Le mot d’ordre proclame donc l’usage de seringues propres et la pratique du «safe sex». Et voilà le condom occupant la place d’honneur! Bien sûr, tant qu’on croyait que cette maladie incurable ne s’attaquait qu’aux homosexuels, le condom en question seyait parfaitement aux intéressés. Mais alors que les victimes se trouvent en nombre croissant être des femmes, comment pouvons-nous parler de prévention en termes féminins?

L’Organisation mondiale de la santé prévoit que 90% des nouveaux cas de SIDA, d’ici l’an 2000, résulteront de relations hétérosexuelles et que les victimes seront majoritairement des femmes. Déjà, au Québec, près de 10% des personnes atteintes sont des femmes. On estime par ailleurs qu’une femme a 17 fois plus de possibilité d’être infectée par un homme que l’inverse. Or, les campagnes de prévention s’adressent peu aux femmes de façon spécifique et encore moins à celles qui vivent une relation stable et qui ne se sentent pas, a priori, véritablement menacées par le virus. Pourtant, ce sont souvent celles-là qui, n’ayant pas perçu la menace, réalisent qu’elles sont atteintes alors que la maladie a déjà commencé ses ravages.

La prévention impose aux femmes un questionnement sur les relations qu’elles entretiennent avec leurs partenaires et sur leur capacité d’exiger des rapports protégés ou d’inciter des pratiques sexuelles différentes sans pénétration. Il ne s’agit pas de poser un simple geste mais cela suppose une certaine estime de soi, une aptitude à communiquer ses craintes, ses désirs et ses exigences.

La prévention passe donc nécessairement par la prise en charge par les femmes de leur vie. C’est en gardant à l’esprit un tel objectif que le Centre de santé des femmes de Sherbrooke a mis sur pied récemment des ateliers d’information et de prévention du VIH et des MTS. Ces ateliers veulent donner des outils aux femmes afin qu’elles sachent non seulement quoi faire pour prévenir ces maladies mais comment arriver à faire respecter leurs désirs.

La démarche proposée par le Centre constitue un apport important dans la prévention du SIDA en ce qu’elle questionne les rapports hommes-femmes. Dans ce domaine, on considère trop souvent l’individu comme seul responsable de ce qu’il vit. En effet, le débat sur la prévention du SIDA, comme celui sur la santé des femmes, ne saurait se passer d’une réflexion sur les causes sociales de la maladie. Les femmes vivent souvent dans des conditions difficiles de pauvreté et d’isolement alors qu’elles cumulent les tâches. Un programme national de prévention qui ne serait axé que sur l’éducation et la responsabilisation ne pourrait avoir que peu d’effet. Il faut entreprendre une réforme sociale qui donne aux femmes les moyens d’accéder à l’autonomie.

Chantal Lapointe
Regroupement

Quand la science devient pouvoir

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 6, Printemps 1994

Encore une fois, j’ai eu l’occasion de constater à quel point la culture médicale s’acharne «ardemment» à contrôler la fertilité et la reproduction des femmes, au détriment de notre santé. Après le Depo-Provera, les implants, le Ru 486, les tous derniers-nés de la lignée sont les contraceptifs immunologiques ou les vaccins contraceptifs.

Les recherches en contraception devraient selon moi tendre à développer des méthodes efficaces, sans danger pour la santé des femmes et qui leur assurent un réel contrôle de leur fécondité. Les «experts scientifiques» s’acharnent plutôt à multiplier des méthodes invasives qui, en pratique, retirent aux femmes ce contrôle et menacent de plus en plus leur santé.

J’assistais récemment à la conférence de Judith Richter sur les vaccins contraceptifs. Militante et chercheuse en matière de santé, cette femme est membre de Health Action International, du Women’s Global Network for Reproductive Rights et du International Network of Feminist Approches to Bioethics. En juin 1993, dix-neuf représentantes de groupes de femmes provenant de douze pays différents ont décidé de faire le point sur les vaccins contraceptifs. Au terme de leur réflexion, elles conclurent qu’il fallait exiger l’arrêt immédiat de toute recherche et de toute expérimentation sur les vaccins immunologiques. Depuis ce temps, madame Richter, comme porte-parole du groupe, diffuse largement auprès des groupes intéressés le résultat de leurs analyses.

En résumé, les vaccins immunologiques agissent en interférant avec la "self" tolérance et en induisant une réponse auto-immune. La "self" tolérance est la protection naturelle de notre système immunitaire contre les attaques étrangères. La réponse auto-immune est une attaque provoquée contre des composants ou des hormones du corps, habituellement tolérés et nécessaires à la reproduction.

En ce moment, un vaccin de ce type est largement administré aux femmes indiennes et thaïlandaises. Ce dernier s’attaque à l’hormone de grossesse HCG, hormone indispensable à la poursuite de la grossesse. Pour être efficace, la partie de la molécule injectée qui provoque les réactions du système immunitaire contre les HCG doit être combinée avec un transporteur. Les transporteurs les plus utilisés sont les vaccins contre la diphtérie, le tétanos et le choléra. Les femmes doivent recevoir trois injections consécutives de ces combinés. Ce qui n’est pas une procédure simple dans plusieurs pays.

D’autres chercheurs scientifiques travaillent à isoler des molécules qui provoqueraient une réaction du système immunitaire contre les ovules et contre les spermatozoïdes. Dans ce dernier cas, j’ai cru que la recherche se faisait pour les hommes; mais non! Les chercheurs veulent plutôt intervenir lorsque les spermatozoïdes sont dans l’utérus.

Ayant examiné les résultats de chacune des recherches, les protocoles utilisés incluant l’éthique sous-jacente et les intérêts en jeu, madame Richter conclut que les risques potentiels associés à cette contraception immunologique sont beaucoup plus élevés pour les femmes que les avantages escomptés. Les femmes sont en droit d’espérer un haut taux d’efficacité, avec un contraceptif de type hormonal qui a une durée de vie d’environ deux ans dans l’organisme. Malheureusement, cette méthode a un haut taux d’échec, lors des deux-trois premiers mois d’utilisation de même qu’à la fin. De plus, elle ne protège aucunement contre les MTS et le SIDA. Ce n’est pas négligeable à une époque où le SIDA est en croissance. N’aurait-on pas avantage à investir dans des méthodes de contraception qui vont dans ce sens, surtout si l’on considère la résistance de plusieurs hommes et femmes à utiliser le condom?

Par ailleurs, les effets secondaires reliés à cette méthode sont inconnus à moyen et à long terme. Mais les risques potentiels vont de l’infertilité permanente, en passant par les malformations ou les maladies fatales et l’affaiblissement du système immunitaire. De plus, les chercheurs qui ont créé ces vaccins ne savent pas comment arrêter ses effets ni sur quels autres systèmes de notre organisme ce contraceptif immunitaire pourrait intervenir. Les réactions allergiques deviennent difficilement contrôlables puisqu’une fois le vaccin injecté, il ne peut être enlevé. Les scientifiques ne connaissent pas non plus les effets de ce vaccin chez les femmes ayant l’hépatite, le VIH, le SIDA, le cancer, etc.

Enfin, madame Richter et son équipe ont pu constater que plusieurs de ces recherches sont financées directement ou indirectement par des organisations ou groupes associés au contrôle des populations. Qui a dit que la science était une discipline neutre? À ce chapitre, il semble que le Centre de recherche en développement international canadien (CRDI), organisme paragouvernemental, a alloué plus de 4,5 millions de dollars depuis 20 ans à ces recherches. Pourquoi n’a-t-on pas choisi d’injecter ces sommes à la consolidation et au développement de services de base en planning, incluant l’avortement?

Madame Richter a également souligné le manque d’éthique flagrant qui entoure la diffusion du contraceptif immunitaire. Il n’est pas rare que l’information donnée aux femmes soit fausse ou incomplète. Ainsi, plusieurs femmes ont reçu le vaccin sans connaître son effet contraceptif. Elles croyaient recevoir un vaccin contre le tétanos ou la diphtérie. Est-ce la façon de redonner le pouvoir aux femmes sur leur fertilité et sur leur contraception? De plus, les essais se font directement sur le corps des femmes qui servent alors de véritables cobayes.

Enfin, l’application coercitive de ces vaccins, c’est-à-dire le fait de cibler les femmes de pays en voie de développement plutôt que toutes les femmes, devrait à lui seul nous inquiéter. Une fois cette étape franchie, quelles seront les autres cibles : les adolescentes, les femmes de race noire, les prostituées, etc. ... et qui les ciblera? Les médecins, les chercheurs, les organisations ayant comme objectif le contrôle des populations, les Rockfeller?

En conclusion, à qui cela rapporte-t-il? Qui en fait les frais? Malheureusement, tout porte à croire que cet acharnement se poursuivra, tant et aussi longtemps que la science n’aura pas réussi à infiltrer tous les inconnus de la reproduction. Il est grand temps que cela cesse. Il faut obtenir au plus tôt l’arrêt de toute recherche et de toute expérimentation sur les vaccins immunologiques.

Je suis repartie en me demandant jusqu’où ira la patience des femmes.

Johanne Marcotte
Centre de santé des femmes de Montréal

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 7, Automne 1994

Le congrès sans les femmes

Du 22 au 30 septembre dernier, Montréal accueillait le XIVe Congrès de la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique. Événement qui a suscité beaucoup d’intérêt et bénéficié d’une large couverture dans les médias. Quand les «spécialistes» parlent des femmes, on écoute, admiratifs, et on acquiesce! Ainsi, nos élites internationales nous ont fait livrer leurs grandes découvertes : les femmes sont pauvres, traitées inéquitablement et font face à une discrimination quasi systématique dans les services de santé. Jusqu’ici, je dois avouer que nous ne pouvons que nous réjouir : le message que nous répétons depuis 20 ans atteint enfin les hautes sphères!

Pourtant, dans ce congrès réservé aux élites, on ne s’intéresse pas qu’à la pauvreté des femmes mais surtout à ce qui se fait en termes de recherche biomédicale. On y discute des différentes «maladies des femmes» (sic) et des solutions envisagées pour les «guérir». On y débat sur les bienfaits de telle ou telle hormone et des nouveaux cocktails contraceptifs ou abortifs. Les conditions environnementales, les déterminants sociaux et économiques, la nutrition, trouvent bien peu d’écho au choeur de ces palabres d’initiés. Une fois déclamées les grandes déclarations de principe, on revient aux choses sérieuses: les bienfaits des produits pharmaceutiques!

Or, bien qu’on les y détaille sous toutes leurs coutures, les principales intéressées sont exclues de telles rencontres. Les femmes sont pauvres disions-nous, et, conséquemment, aucun groupe de femmes et bien peu d’individues ont les moyens financiers de participer à des congrès de ce genre. On les appauvrit un peu plus en les privant de l’information qui s’y brasse. Le discours officiel qui prévaut aujourd’hui invite les femmes au partenariat, soutient qu’il faut les impliquer dans la redéfinition des services de santé, dans le choix des orientations de la recherche. Mais le Congrès de la FIGO nous démontre bien la limite des beaux discours. Les femmes ne sont pas consultées quant aux orientations de la recherche sur leur santé; elles n’ont même pas accès aux résultats de ces mêmes recherches. À quand le vrai partenariat?

Chantal Lapointe

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 7, Automne 1994

Femmes en prison : bilan de santé lamentable

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 7, Automne 1994

Extrait d’un article paru à l’été 1992 dans Femmes et justice, publication de la Société Élizabeth Fry du Québec

Tracer le portrait de santé des femmes en milieu carcéral, c’est tracer au crayon gras les caractéristiques de santé des femmes du Québec. Elles consomment plus les services de santé et se voient prescrire des médicaments de type tranquillisant dans une proportion deux fois plus élevée que les hommes. Elles décrivent plus facilement leur mal de vivre sans pour autant avoir plus d’aisance à le régler.

Qui sont ces femmes que l’on reçoit au service de santé de la Maison Tanguay (prison provinciale pour femmes à Montréal)? Pour la plupart, elles sont le résultat des interventions non réussies par les réseaux extérieurs, tant familial, social que médical. Âgées en moyenne de plus de trente ans, originaires pour la majorité de milieux socio-économiques défavorisés, issues de familles dysfonctionnelles, peu scolarisées, elles sont aux prises avec des problèmes de violence, surconsommation, drogue, malnutrition, prostitution et MTS.

Au-delà de l’image et des chiffres, il y a ces femmes que nous côtoyons quotidiennement: toxicomanes, prostituées, psychiatrisées, victimes de violence et d’abus, engagées dans un processus d’autodestruction quasi irréversible. Elles arrivent souvent dans un état de santé lamentable. Fatiguées, amaigries, présentant sur leur corps les traces infectées des drogues injectées à répétition. En sevrage physique et moral de cet amant meurtrier qu’est la drogue.

Chez cette population, on peut estimer à 75% le nombre de personnes ayant un problème de consommation abusive. La majorité de ces femmes évalue sa situation comme problématique, voire intolérable. À cet égard, la période de détention peut être un arrêt salutaire, l’occasion de faire le point et de s’orienter vers des recherches de solutions, des thérapies.

Une autre particularité du milieu carcéral, c’est qu’il s’est vu dans l’obligation de pallier le manque occasionné par la désinstitutionnalisation psychiatrique. Cette clientèle erre dans les rues de Montréal faute d’abris ou de ressources communautaires. En bout de ligne, elle finit par aboutir en prison. Résultat : on judiciarise la psychiatrie.

Les principaux problèmes rencontrés sont: psychose, trouble de la personnalité, psychose paranoïde, idéation suicidaire, débilité légère, schizophrénie, trouble affectif, psychose maniaco-dépressive, dépression. Ces personnes ont besoin de soins particuliers.

Malgré les efforts déployés, nous nous retrouvons devant un phénomène de portes tournantes: à leur sortie, l’insuffisance de ressources adéquates nous ramène la même clientèle.

Ces dernières années, une autre problématique touche une partie de la population contrevenante: l’infection au V.I.H. Nous avons à l’intérieur des murs de Tanguay une population à risque élevé. Le milieu carcéral demeure un lieu d’intervention privilégiée pour agir sur la propagation de l’infection au V.I.H. Le travail colossal de sensibilisation, de conscientisation, d’information a un impact certain sur l’attitude des femmes face au sida et sur leur comportement tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la prison.

Le service de santé de la Maison Tanguay relève du CLSC Ahuntsic. Malgré de lourdes exigences d’ordre curatif, le personnel infirmier, médical et social ne cesse sa réflexion sur la prévention. Nos préoccupations portent sur la santé individuelle et collective des contrevenantes. Il existe actuellement des programmes variés touchant notamment la nutrition, les soins de santé, la relaxation.

Le défi est de taille, les ressources limitées, la gratification peu évidente. Pourtant, toute l’équipe de santé s’accorde à dire que le pas fait par les clientes durant leur séjour à la Maison Tanguay, même s’il est minime, est un pas vers la responsabilisation. Pour certaines, il se fera dans un délai plus ou moins long, alors que d’autres n’y arriveront jamais. Mais toutes peuvent compter sur nous pour les écouter et les supporter dans leur démarche.

Diane Cadotte
Infirmière bachelière au CLSC Ahuntsic et intervenante à la Maison Tanguay depuis 1985

La valse des chiffres : Témoignage

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 7, Automne 1994

C’est une expérience que nous connaissons toutes et tous, nous les personnes séropositives, et pourtant chaque fois que nous la vivons, nous nous retrouvons à nouveau sans défense. Je veux parler de l’expérience trimestrielle de l’analyse sérologique et de ses résultats qui indiquent en principe le progrès ou non du virus dans notre corps. Dans notre jargon, nous parlons de nos T4. C’est un peu comme une cotation en bourse. On veut toujours savoir quels sont les T4 de l’autre personne séropositive que l’on connaît, car on cherche des signes. Aux États-Unis quand on atteint 200 T4 on est considéré sidéen ou sidéenne, mais pourtant certaines d’entre nous n’en avons plus que 50 et elles ont l’air en pleine forme. Alors cet indice, que vaut-il?

Dans certains pays européens, on ne fait faire ces tests que tous les six mois, ici au Canada on fait ces tests tous les trois mois afin de suivre de très près les progrès du virus. Dans notre quotidien qui a basculé dans l’incertain ou tout du moins dans le court terme depuis que l’on sait qu’un virus est présent dans notre sang, ce test régulier est une façon de nous raccrocher à une certitude. Après tout ne vivons-nous pas dans un monde où les chiffres sont des preuves, des vérités en soi, un monde du quantitatif? Ces résultats servent à nous indiquer notre niveau de santé et nous en avons bien besoin puisque de jour en jour, sans même nous en rendre compte, nous vérifions mentalement comment nous allons. Il suffit d’un mal de tête persistant et l’on pense aux premiers symptômes de la démence, une tache bizarre sur la main et c’est le début du cancer de la peau. Il est si difficile de savoir écouter son corps et de bien interpréter ses différentes musiques: suis-je fatiguée comme tout le monde parce que c’est février avec son blues annuel ou bien suis-je fatiguée parce que je deviens malade, parce que je suis malade? Incessantes questions, constant manque de réponses.

J’aimerais vous raconter une histoire qui m’est arrivée et qui a remis en question ma croyance de ces fameux chiffres et d’un certain savoir médical.

Il y a quelques mois, avant d’aller travailler, je me rendais au laboratoire situé en face du Women’s College Hospital pour mon test sanguin habituel. Il faisait beau et le trajet en bicyclette était des plus agréables; pas trop de circulation et une petite brise légère qui laissait sentir un automne proche. Tout en pédalant sur la rue College, je m’amusais à regarder qui buvait son expresso au Bar Italia, qui attendait le tramway au coin de la rue Clinton, l’avancée des travaux devant l’édifice de l’Hydro, bref une belle promenade. Oui, tout était superbe en cette matinée d’un jeudi de la fin du mois d’août.

Je me disais d’ailleurs que tout allait drôlement bien pour moi depuis quelques semaines. C’est vrai, j’étais particulièrement en forme avec une joie de vivre au bord des lèvres, un peu niaise. J’avais bu mon jus de carottes et d’épinards, pris mes diverses vitamines et j’avais même pris le temps de faire un peu de méditation, l’idéal! Je me sentais en parfaite forme même si ces examens me dérangeaient toujours un peu car ils me rappelaient que je n’étais plus tout à fait comme tout le monde. Je me sentais confiante en plus, mes derniers résultats étaient si bons: une vraie hausse de 50 T4...

La prise de sang s’était effectué comme d’habitude avec ses multiples tubes aux bouchons colorés, l’infirmière, très sympathique, n’avait pas enfilé ses gants de latex et cela me faisait un petit velours. Je n’avais pas la peste. Je me suis retrouvée dans la rue sur mon vélo quelque quinze minutes plus tard, comme on dit quand j’étais à Montréal: "y’avait rien là".

Et puis ce fut l’attente. Oh depuis le temps que je faisais ces examens ce n’était pas une attente de toutes les minutes, non. La première semaine passa sans que je m’en aperçoive et puis vint la deuxième, celle où l’on reçoit les résultats; celle-là se fit plus pesante. Mardi! Tiens plus que deux jours. C’était une pensée présente, en arrière des autres, mais c’était elle qui me faisait décrocher par moment lors d’une discussion entre amies ou d’une réunion au travail: plus que deux jours. Et finalement jeudi. Le matin, afin de contrôler mon impatience, je décide de n’appeler le bureau du médecin qu’en début d’après-midi, cela donnera le temps à l’infirmière de me rappeler d’ici 5 heures. Mais, à 11 heures j’appelle et je laisse mon message: nom, numéro de téléphone et demande les résultats concernant mes T4, c’est toujours une expression difficile à prononcer, on a l’impression que la personne qui vous répond sait tout de suite ce que ça implique et que son ton de voix devient soudainement plus poli, plus gentil.

L’heure du lunch n’en finit pas d’arriver. Il ne faut pas sortir trop tôt car l’après-midi va sembler éternel mais pas trop tard non plus car l’infirmière risque de téléphoner entre temps. Bon. Midi trente semble un bon moment. Petite marche dans le quartier. Tiens, pourquoi ne pas passer à la banque? Ce sera fait pour demain. Surtout, prétendre que tout est normal, qu’on est calme. En effet que dois-je dire à mes collègues de travail?

Ma vie, ma santé, ne concernent pas forcément tout l’étage et puis je ne veux surtout pas m’attirer leur pitié. De retour au bureau, c’est bien difficile de se concentrer sur sa tâche quand cette petite pensée vous grignote le cerveau à toute allure.

Le téléphone: "Hello, yes this is I, mhum mhum ... so it’s 240 yes and what about the ratio? Oh ok, yes, thank you, bye."

Que faire avec ces chiffres, les plus bas jusqu’à présent? L’angoisse, la peur, la frustration, l’injustice, la colère, toutes ces émotions se bousculent. Elles sont si fortes que je ne peux rester assise, je me lève, me dirige vers les toilettes, seul endroit où je peux me retrouver seule. Je m’installe dans une petite cabine bien blanche, bien propre. Respirer, oui j’allais presque oublier de respirer, respirer et pleurer puisque les larmes coulent sans contrôle.

Mais pourquoi, pourquoi ?

Je fais tout ce qu’il faut, je rentre de vacances, je me sens bien et c’est la chute. Une punition? Mais de qui? Pourquoi?

Je ressors de mon cubicule immaculé, un coup d’oeil à la glace, non ça va, on ne voit rien. Je me rasseois à ma table de travail, je fige devant l’ordinateur. Je sais que je ne peux plus travailler et pourtant je ne prends pas de décision. D’ailleurs qu’est-ce que ça changerait? Les chiffres sont là inscrits bien clairs dans mon esprit: une chute de presque 200, c’est énorme, non?

D’un seul coup c’est l’urgence, non je ne peux rester au travail en prétendant que tout va bien, que tout est normal alors que je viens de recevoir une brique sur la tête. Je n’ai qu’une envie, fuir, fuir ces gens qui me connaissent et auxquels je ne peux pas parler, pas encore. Cette nouvelle m’appartient, elle m’étouffe mais il est trop tôt pour la laisser voyager, aller d’une personne à l’autre. Je suis toute entière en elle et je dois me retrouver seule pour en faire l’expérience totale, complète, pour pouvoir l’exorciser. Heureusement qu’il ne me reste que trente minutes avant de partir, ainsi je n’ai pas besoin de prétexter un malaise soudain. D’ailleurs je ne pourrais pas faire face à la secrétaire, lui dire que je rentre à la maison pour telle ou telle raison. Non, je dois partir en cachette parce que je suis incapable d’affronter ou de parler à mes collègues avec ces chiffres qui dansent dans ma tête.

Me revoilà sur mon vélo, pédalant plus vite que d’habitude, prêtant peu d’attention à la circulation, qu’importe, plus grand chose n’a d’importance. Je n’arrive toujours pas à penser logiquement, seule une grande angoisse m’envahit.

Que faire dans ce cas? Comment se préparer, comme réagir? L’a-t-on jamais appris?

Bien sûr je pourrais raisonner, trouver des dizaines d’explications sensées. Mais à laquelle puis-je réellement croire? J’ai changé de laboratoire entre les deux derniers résultats, ces fameuses vacances ont peut-être été plus fatigantes que je n’avais cru, je suis restée trop longtemps au soleil et puis je n’ai jamais racheté ce supplément que je prenais pour oxygéner mes cellules. Tous les facteurs sont là, tous? En plus, toutes ces raisons sont le résultat de négligences de ma part. J’ai trouvé une coupable et bien sûr cette coupable, c’est moi. Ainsi je garde le contrôle sur ce virus. Une chute dans mes T4? C’est à cause de mes erreurs, bien évidemment!

Et si la vérité était plus simple? Si c’était tout bêtement la lente descente, celle qui finit par affecter tout le monde? Car finalement, après huit ans d’infection, le système immunitaire devrait bien commencer à présenter des signes de faiblesse. Pourquoi chercher tant de raisons quand une seule suffit? Pourquoi? Mais parce que la volonté de vivre et de continuer est encore plus forte. Non, ce n’est pas prétendre, ni nier mon état, c’est simplement vouloir me battre encore et encore. La maladie, la vraie avec la douleur et la déchéance qui s’ensuit, ce n’est pas pensable. Je suis trop en forme, j’ai trop de vie en moi pour que cela soit possible. La mort à trente-sept ans comment envisager cela calmement. Oui, il faut s’y préparer, mais il ne faut pas non plus qu’elle devienne une excuse pour ne plus continuer et pour accepter n’importe quoi!

Alors comment se sort-on de ces méandres psychologiques ?

Moi, je n’ai pas de recettes, d’ailleurs je ne sais pas si je m’en suis sortie. J’ai pleuré, pas beaucoup à la fois mais souvent, pendant plusieurs semaines. Les pleurs, le partage avec des amies séropositives, un partage de savoir pour réaliser qu’on est comme tout le monde, que ça monte et que ça descend et que personne n’a forcément d’explications toutes faites et que toutes et tous on endure les mêmes angoisses. J’ai pensé à prendre une décision radicale: ne plus savoir, ne plus avoir de résultats, jamais, vivre seulement selon ce que je ressens au niveau de la fatigue et de l’énergie. Puis de façon plus modérée, j’ai décidé de me faire tester moins souvent pour éviter tous ces tourments. Bien sûr j’ai pensé à tout laisser tomber: toutes ces bonnes choses que je faisais, à quoi bon? Je n’avais qu’une envie, fumer une cigarette, boire un bon expresso avec un chocolat bien amer, abandonner mes bonnes résolutions nutri-psycho-socio, etc. et sortir à nouveau, faire la fête, tout ignorer puisque rien ne sert à rien. Oui tout ça m’est apparu comme une évidence et pourtant bien sagement je suis retournée à mes jus de carottes, aux pilules chinoises, au yoga, à la méditation et surtout au rire de mes amies et amis. Car, finalement, la vie continue et puisqu’elle continue autant que ce soit le mieux possible.

Alors j’ai commencé à penser à tous mes plus profonds désirs, ceux auxquels je rêvais depuis toujours et que je remettais tout le temps à plus tard parce que je les croyais, en fait, irréalisables. Un an plus tard, j’essaye de vivre mes rêves au quotidien.

Laurette Levy

Laurette Levy vit à Toronto depuis plus de dix ans. Elle est membre de l’organisation provinciale Voices of Positive Women qui regroupe environ 70 femmes séropositives/sidéennes, que l’on peut rejoindre au: (416) 324-8703

Les lesbiennes au midi de leur vie

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 7, Automne 1994

Beaucoup de recherches ont été faites sur la relation qui existe entre la sexualité et la ménopause. Mais la plupart des études ne s’occupent pas des sentiments provoqués chez les femmes par les changements qui se produisent dans leur organisme. De plus, les études qui ont été publiées sur le fonctionnement sexuel à la ménopause supposent toujours que les femmes sont hétérosexuelles. L’étude de deux Américaines, Ellen Cole et Esther D. Rothblum, donne une image plus complète de la sexualité à la ménopause, en évitant la perspective pathologique : les femmes y décrivent non seulement les changements qu’elles vivent mais aussi leurs sentiments face à ces changements ; de plus, elles sont lesbiennes.

L’enquête de ces Américaines est la seule étude systématique sur les attitudes et les comportements sexuels des lesbiennes à la ménopause. Bien que les changements physiques vécus à cette période de la vie soient les mêmes chez toutes les femmes, on peut observer une nette différence quant aux sentiments qu’éprouvent les lesbiennes face à ces changements.

Les hétérosexuelles expriment leur souci à propos du fonctionnement sexuel, du désir, de la sécheresse vaginale, de la perte de la sensibilité clitoridienne ainsi que beaucoup d’inquiétude face à la détérioration de leur performance sexuelle accompagnée de la peur de décevoir leurs partenaires. Les lesbiennes affirment, pour leur part, que leurs activités sexuelles sont aussi satisfaisantes qu’avant ou même plus. Leurs réponses reflètent une forme d’enthousiasme. De plus, elles discutent de la sexualité à l’intérieur d’une relation personnelle et mettent l’accent sur la qualité de la relation personnelle avec leur partenaire plutôt que sur le fonctionnement sexuel. Et finalement, quand elles mentionnent un changement, elles le définissent comme une différence et non comme un problème.

Quelles conclusions faut-il tirer des réponses de ce groupe de femmes qui contredisent carrément les clichés populaires et les recherches faites sur la vie sexuelle à la ménopause ? Pourquoi trouve-t-on d’une part un groupe de femmes découragées et, d’autre part, un groupe de femmes positives et pleines de vitalité?

  • Il est possible que seules des femmes heureuses et satisfaites prennent le temps de répondre à une annonce et de remplir un questionnaire;
  • La meilleure explication réside peut-être dans le fait que les lesbiennes sont moins orientées vers les rapports sexuels traditionnels et la pénétration que les hétérosexuelles; par conséquent, peut-être les changements qui se produisent à la ménopause sont-ils moins traumatisants;
  • La culture occidentale exalte et glorifie la jeunesse. Peut-être les lesbiennes, qui ont été obligées de vivre à contre-courant, tombent-elles moins facilement dans les pièges de ces échelles de valeur. Et peut-être ont-elles un avantage sur les hétérosexuelles quand il s’agit d’accepter les changements apportés par les ans;
  • Il est mal vu d’être lesbienne dans notre société homophobe. Peut-être les lesbiennes apprennent-elles, à la longue, à se sentir à l’aise avec leur sexualité; les femmes qui ne se sont pas déclarées ouvertement comme lesbiennes avant d’atteindre l’âge mûr peuvent, pour la première fois dans leur vie, exprimer sincèrement l’authenticité de leur sexualité;
  • Dans notre société, certains hommes s’attendent à de hauts niveaux de performance sexuelle de la part des femmes et celles-ci ont souvent tendance à ne pas se sentir à la hauteur. Pour les lesbiennes, il se peut que les attentes de la partenaire soient moindres au niveau de la performance.

Afin de nous aider à développer des sentiments positifs face à la ménopause, pensons :

  • au soulagement devant la cessation des menstruations;
  • à une vie sexuelle plus intense;
  • aux orgasmes plus puissants;
  • à une meilleure connaissance et acceptation de soi;
  • au fait que les enfants quittent le foyer;
  • à un plus grand sentiment de liberté;
  • à cette belle occasion qui nous est donnée pour célébrer la vie!

Carole Tatlock
Résumé libre d’un texte original anglais d’Ellen Cole et d’Esther D. Rosenblum, traduit par Louise-Marie Frenette.

Les mutilations sexuelles : le complot du silence

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 7, Automne 1994

La question des mutilations génitales infligées aux femmes a fait l’objet de plusieurs manchettes ces derniers temps. Il est de ces horreurs dont tout le monde sait qu’elles existent mais qui ont besoin de la tenue d’événements spéciaux pour qu’on en parle enfin. L’événement: un court film présenté au congrès de la fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique ainsi qu’à l’émission de Jeannette Bertrand du 28 octobre 1994. On y assiste à l’infibulation d’une fillette. Un film qui en dit déjà long sur la portée de notre silence, sans pourtant révéler la pérennité de la douleur exprimée. Une douleur léguée de mère en fille et dont les cicatrices ne sont, bien souvent que le voile fragile des prochaines blessures.

La circoncision, l’excision, l’infibulation, sont des pratiques dont l’origine remonterait à plus de 500 ans avant Jésus-Christ. On connaît mal leur histoire, comme on connaît mal toute l’histoire des femmes. Sans doute aussi parce que les mutilations participent de ce qui est secret, de ce qui est tabou dans les fondements culturels des peuples. D’un village à l’autre, parfois, on ne sait pas ce qui se pratique. On n’en parle pas. Divers récits mythologiques justifient à leur façon ces traitements imposés aux femmes. Chez certains peuples, notamment, on croit que les êtres humains naissent avec les deux sexes. Le prépuce doit être enlevé à l’homme pour lui donner sa masculinité. On doit soustraire à la femme son organe viril, le clitoris, afin d’assurer sa pleine féminité. Les mutilations sont souvent motivées, par ailleurs, par un désir de contenir la «gourmandise» sexuelle des femmes, pour préserver la virginité, la chasteté, la fidélité et l’honneur de la famille. La femme qui n’aurait pas été soumise à cette mutilation ne saurait trouver un mari, et, par conséquent, se tailler une place dans une société où les femmes sont considérées essentiellement comme des reproductrices.

De tout temps, les femmes ont dû subir toutes sortes de mutilation et il s’est toujours trouvé une bonne façon de les justifier, que ce soit en Afrique ou ici. L’histoire des femmes se ressemble sous tous les cieux. Il n’y a pas si longtemps, on excisait les femmes ici aussi pour guérir la «déviance» sexuelle. On pratique toujours l’épisiotomie de façon quasi systématique dans nos hôpitaux; et qui ne connaît pas une femme qui aurait été recousue un peu plus serré?... pour faire plaisir au mari. Nos médecins atteignent des records mondiaux pour le nombre de césariennes pratiquées sur les femmes québécoises. L’arrivée du «Dieu Science» n’a-t-elle pas mis en doute la capacité des femmes d’accoucher normalement, simplement? Quelles qu’elles soient, les mutilations imposées aux femmes s’inscrivent toujours dans le cadre d’un désir de domination et de contrôle. Les coutumes qui affectent la santé des femmes et des enfants doivent être dénoncées quelle que soit la mythologie dont elles participent.

Pour pouvoir dénoncer, pourtant, il faut connaître les faits et leurs conséquences. Depuis plus de 35 ans, les faits ont été dévoilés sur la scène internationale. Depuis plus de 35 ans, des Africaines réclament que soient menées des études qui permettent de mesurer l’ampleur des dégâts, d’identifier les multiples effets des mutilations génitales sur la santé des femmes. On a fait du chemin, bien sûr : de nombreuses instances internationales ont condamné ces pratiques; elles sont maintenant reconnues internationalement comme une violation des droits humains. Mais le silence persiste. La recherche sur les dommages physiques et psychologiques reliés aux mutilations fait cruellement défaut. Les campagnes d’éducation sanitaires aussi.

Dans les documents de l’OMS, il apparaît que le plus haut taux de mortalité maternelle et infantile dans le monde se trouve en Afrique de l’Ouest et que ce taux est toujours en croissance. Pourtant, nul part, l’OMS ne fait de corrélations entre ces statistiques et la pratique des mutilations génitales qui sont pratiquement la règle dans cette région. Dans un rapport de la Banque mondiale traitant des problèmes de santé des femmes enceintes dans les pays en développement, on omet totalement la question des mutilations génitales. On dépense, dans des pays démunis, une fortune pour former des médecins et pour bâtir des cliniques pour traiter des femmes victimes de fistules vaginales ou d’autres maladies découlant des mutilations, en taisant que ces problèmes n’existent pratiquement pas, là, où les femmes ne sont pas infibulées. Il suffirait de régler le problème à la source...mais seraient-ils trop nombreux à y perdre leur profit! Les organisations internationales qui oeuvrent dans le domaine de la santé financent des programmes visant à améliorer la santé des femmes enceintes ainsi que les conditions d’accouchement... sans jamais s’intéresser aux mutilations génitales! Des milliers de trousses, offertes par l’Organisation mondiale de la santé aux sages-femmes afin qu’elles puissent intervenir lors des accouchements, servent actuellement à pratiquer des mutilations génitales, alors que rien n’est prévu pour éduquer ces sages-femmes et les inciter à abandonner de telles pratiques.

Quelle est la position de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) sur cette question? Quels types de recherche et quels projets reliés de près ou de loin aux mutilations génitales finance-t-elle? Sont-ils du genre que l’on souhaiterait? On sait que USAID (son pendant états-unien), quant à elle, considère que les pratiques culturelles doivent être préservées et refuse d’intervenir en faveur de l’éradication des mutilations génitales. Est-ce que les fondations religieuses qui oeuvrent en Afrique, et auxquelles nous donnons généreusement, continuent de fermer les yeux sur de telles pratiques, comme elles l’ont fait trop longtemps? Savons-nous à quoi sert notre argent?

Depuis 1979, l’Organisation mondiale de la santé recommande l’abolition des mutilations sexuelles et s’oppose clairement à leur médicalisation. Or, nous assistons actuellement à une croissance des mutilations et à une augmentation des opérations pratiquées dans des hôpitaux. De brillants médecins mettent à profit leur science pour que l’opération se fasse dans les règles de l’art! Voilà le vingtième siècle à la rescousse de la tradition! Le chemin sera long encore. Il faudrait que la science serve à l’éducation plutôt qu’à étouffer les cris des petites filles. Que les déclarations de principe se traduisent en gestes concrets. Que ceux qui savent cessent de taire les effets dévastateurs de ces pratiques.

À ce jour, le nombre de petites filles et de femmes mutilées est estimé à plus de 110 millions, le saviez-vous?

Les mutilations génitales se pratiquent aussi au Québec, silencieusement. Les médecins rencontrent de plus en plus de ces fillettes qui vivent des problèmes de santé reliés aux mutilations, sans toujours savoir comment intervenir. La loi protège les enfants contre de telles pratiques, mais offre-t-elle des solutions: doit-on emprisonner les parents? leur retirer la garde de leurs enfants? Des femmes infibulées accouchent dans nos hôpitaux et réclament d’être réinfibulées après l’accouchement. Quel support offrons-nous à ces femmes? Il serait temps que nous en parlions.

Les types de mutilations génitales

Circoncision Sunna : ablation du prépuce ou capuchon du clitoris

Excision ou clitoridectomie : ablation du clitoris entier et souvent des parties avoisinant les petites lèvres.

Infibulation (circoncision pharaonique) : ablation du clitoris entier, des petites lèvres et d’une partie des grandes lèvres. Les deux côtés de la vulve sont refermés sur le vagin en laissant un petit orifice pour permettre le passage de l’urine et du sang menstruel. Pour fermer on se sert d’épines ou on fait une suture avec du catgut : les deux grandes lèvres, râpées à vif, sont maintenues ensembles jusqu’à la cicatrisation, fermant ainsi le vagin sauf pour un petit orifice, préservé au moyen d’un petit morceau de bois ou de roseau. Les jambes de l’enfant sont liées ensemble; la fillette est immobilisée pendant quelques semaines ou jusqu’à ce que la plaie soit guérie.

Pour permettre aux femmes infibulées d’avoir des relations sexuelles, il faut élargir l’orifice en incisant. Il faut couper davantage lorsqu’elles accouchent. Souvent elles sont refermées après l’accouchement, selon les désirs du mari.

L’âge auquel les mutilations sont effectuées varie de quelques jours (par exemple chez les juifs Falashas en Éthiopie ou chez les nomades du Soudan) à sept ans environ (comme en Égypte et dans de nombreux pays d’Afrique centrale) ou à l’adolescence. La plupart des experts admettent que l’âge des mutilations s’abaisse et est de moins en moins lié aux rites d’initiation et de passage à l’âge adulte.

Les mutilations génitales existent dans au moins 25 pays africains. L’infibulation est pratiquée en Somalie, à Djibouti, dans le nord du Soudan et dans certaines parties d’Éthiopie, en Égypte et au Mali. L’excision et la circoncision sont pratiquées en Gambie, au nord du Ghana, au Nigéria, au Libéria, au Sénégal, en Sierra Leone, en Guinée, en Guinée Bissau, au Burkina Faso, dans certaines parties du Bénin, en Côte d’Ivoire, en Tanzanie, au Togo, en Uganda, au Kenya, au Chad, en République de Centre-Afrique, au Cameroun et en Mauritanie. Hors de l’Afrique, une certaine forme de circoncision existe en Indonésie, en Malaisie, au Yémen et dans le sous-continent indien. Ces pratiques existent aussi dans certains pays d’Europe, en Australie et en Amérique du Nord.

Aucun texte religieux n’oblige les croyants à procéder aux mutilations. Celles-ci sont pratiquées par des musulmans, des catholiques, des protestants, des coptes, des animistes, des juifs de même que par des non-croyants.

Complications immédiates

Douleur (l’opération se fait le plus souvent sans anesthésie)

Choc neurogène

Hémorragie par section de l’artère honteuse interne ou dorsale du clitoris (la mort ne peut alors être évitée que si une transfusion sanguine et une réanimation d’urgence sont possibles).

Lésion d’autres organes: l’urètre, la vessie (entraînant une rétention d’urine et une infection vésicale), le sphincter anal, les parois vaginales et les glandes de Bartholin.

Infections
: urétrite, cystite, abcès

Le tétanos, souvent fatal, et la scepticémie sont des conséquences fréquentes.
Il est impossible d’estimer le nombre de morts car l’opération ne se fait pas au grand jour et seule une faible proportion des complications immédiates arrive à l’hôpital.

Complications à long terme

Il est à noter que les opérations effectuées en milieu hospitalier ne prémunissent pas les femmes contre les complications à long terme.

  • Perte de jouissance sexuelle
  • Tumeurs d’implantation (tumeurs ou kystes recouverts de peau)
  • Ménorragies (débit menstruel excessif)
  • Dysménorrhées (menstruations douloureuses et difficiles)
  • Infection chronique du pelvis, de l’utérus et du vagin pouvant entraîner la stérilité
  • Blocage du flux menstruel du fait que l’orifice est très réduit.
  • Coït douloureux
  • Croissance chéloïde (épaississement du tissu cicatriciel)
  • Développement d’un névrome au point de section du nerf dorsal du clitoris
  • Une cicatrice kéloïde de la vulve peut s’accroître au point de gêner la marche
  • Fistule vaginale provoquée par l’opération destructrice du vagin et de l’utérus amène une incontinence ultérieurement, si bien que beaucoup de femmes mutilées perdent leurs urines en permanence
  • Sida

Problèmes lors de l’accouchement

  • Les circoncisions et les clitoridectomies donnent souvent lieu à la formation de cicatrices et à un durcissement des tissus, ce qui empêche la dilatation, surtout lors du premier accouchement.
  • L’infibulation oblige à entailler largement la vulve pour permettre la naissance du bébé. La vulve étroitement oblitérée a perdu son élasticité.
  • La tête du bébé peut être expulsée à travers le périné qui se déchire plus facilement que la cicatrice d’infibulation, causant ainsi de nombreuses déchirures au niveau du périnée.
  • Perte sanguine
  • La douleur peut entraîner une inertie utérine.
  • Le travail, long et difficile, peut conduire à une mort fatale intra-utérine ou à des dommages cérébraux chez l’enfant.
  • Si une incision est faite (épisiotomie bilatérale ou antérieure), d’autres structures peuvent être blessées : le vagin, le col de l’utérus de la mère, la tête ou toute partie du corps de l’enfant en particulier si l’opérateur doit agir en hâte.
  • Danger d’infection.

Quelques dates importantes

1958 Le Conseil économique et social des Nations Unies invite l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à «entreprendre une étude sur la persistance de coutumes qui soumettent les filles à des opérations rituelles, et sur les mesures à adopter ou à planifier pour mettre un terme à de telles pratiques». Cette requête est rejetée sous prétexte que «les opérations rituelles en question ont des bases sociales et culturelles dont l’étude est en dehors de la compétence de l’OMS».

1979 Khartoum : Séminaire organisé par l’OMS et ayant pour titre : «Pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants». Pour la première fois se réunirent sur ce sujet des délégués officiels des ministères de la santé de dix pays d’Afrique et du Moyen-Orient et des médecins, sages-femmes et travailleurs médicaux connaissant ces opérations et leurs répercussions sur la santé physique et mentale des femmes.

Les quatre recommandations adoptées à Khartoum sont les suivantes:

  • Adoption de politiques nationales claires en vue de l’abolition de la circoncision féminine.
  • Création de commissions nationales pour coordonner et continuer les activités des organismes travaillant à cette question - y compris, le cas échéant, la mise en vigueur de la législation interdisant cette coutume
  • Intensification de l’éducation générale du public, y compris l’éducation sanitaire à tous les niveaux, l’accent étant mis sur les dangers de la circoncision féminine.
  • Intensification des programmes éducatifs destinés aux accoucheuses traditionnelles, aux sages-femmes, aux guérisseurs et autres praticiens de médecine traditionnelle, de façon à les convaincre des effets nocifs de la circoncision féminine et à les gagner ainsi à la cause de l’abolition de cette pratique.

1981 Gambie : Les ministres réunis lors du congrès de l’Organisation de l’Unité Africaine se mettent d’accord sur le texte d’une Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples qui contient tous les articles nécessaires à l’abolition légale des mutilations génitales.

1991 Burkina Faso: Premier séminaire régional des Nations Unies sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants.


Au Canada

1992 Le ministère de la Justice déclare que quiconque exécute une telle opération peut être inculpé de voies de fait avec infliction de lésions corporelles. Les parents peuvent être inculpés de complicité et, s’ils ne font pas suivre de traitement médical à l’enfant, de négligence criminelle.(Rapport final du Comité canadien sur la violence faite aux femmes, 1993, p.43)

Chantal Lapointe
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Références:

  • Fran P. Hosken, «Les mutilations sexuelles en Afrique», dans Questions féministes, no.8, mai 1980, pp.43-67
  • Fran P. Hosken, The Hosken Report: Genital and Sexual Mutilation of Females, 4e ed., 1994
  • Le groupement pour les droits des minorités, Circoncision, excision et infibulation des femmes, faits et propositions pour changer ces pratiques, Rapport no.47, 1981 25p.
  • La revue trimestrielle WIN NEWS, qui fait le point, notamment, dans chacun de ses numéros, sur les développements internationaux en matière de mutilations génitales.

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 8, Hiver 1994

Éditorial

La publication d’un numéro spécial sur la santé des femmes ne surprendra sans doute personne. En effet, en cette ère de coupures et de remises en question des programmes sociaux, les questions de santé sont constamment à l’ordre du jour. Or, les orientations actuelles auront inévitablement des répercussions négatives sur la santé des femmes.

D’une part, nos gouvernements reconnaissent largement les écarts entre la santé des riches et celle des pauvres, entre la santé des hommes et celle des femmes. Les politiques élaborées soulignent l’importance de s’attaquer aux problèmes sociaux et économiques, reconnus comme des déterminants majeurs de la santé. Mais comment ce discours se concrétise-t-il dans l’action? La situation des femmes, loin de s’améliorer, se détériore.

D’autre part, l’État invite à une plus grande responsabilisation des personnes face à leur santé. On voudrait que les femmes s’alimentent mieux; qu’elles cessent de fumer, de boire de l’alcool; qu’elles mènent une vie équilibrée dont sont exclus les comportements jugés «à risque». La responsabilité de la maladie se trouve ainsi reportée essentiellement sur l’individue, à laquelle on pourrait éventuellement refuser des soins gratuits (ou imposer un ticket modérateur) si elle adopte une attitude déviante.

Paradoxalement, alors qu’ils prétendent reconnaître les déterminants sociaux de la santé, nos gouvernements évitent, par le biais d’un discours responsabilisant, de poser des actions pour contrer les effets pathogènes des conditions sociales, économiques et environnementales sur lesquelles l’individue n’a aucune prise. Le débat social se trouve ainsi écarté et, avec lui, la possibilité d’envisager une approche préventive globale qui s’intéresse à la qualité de vie des citoyennes dans tous ses aspects, soit: la lutte à la pauvreté, la conciliation travail-famille, les rapports homme-femme, la pollution de l’environnement, etc.

Par ailleurs, l’État encourage, à grands frais, la recherche biomédicale, berçant la population de l’illusion que la santé se trouve essentiellement dans les médicaments et les biotechnologies. Pourtant, la surmédicalisation n’a jamais été un bon moyen de «responsabiliser» les gens! Elle encourage la dépendance face aux médecins plutôt qu’elle n’assure la santé. Le vaccin dont les femmes auraient le plus besoin en serait un contre la pauvreté!

À la lumière de ces constatations, il apparaît assez clair que, si on veut effectivement améliorer la santé des femmes, il est, plus que jamais, temps de souligner l’impasse devant laquelle elles se trouvent. Les femmes sont pauvres, davantage que les hommes; elles cumulent le travail domestique, le travail à l’extérieur et les responsabilités familiales, ce qui augmente leur stress; par ailleurs, la valeur de leur travail est mal reconnue et elles ne gagnent encore que 55% du salaire des hommes; elles vivent de la violence et de la discrimination, ceci internationalement. Un rapport des Nations Unies publié récemment définissait les femmes comme une «catégorie défavorisée spéciale» prévoyant que, dans les années à venir elles seraient sous-payées, exposées davantage au chômage et exclues des postes clés. Depuis plusieurs années, les féministes dénoncent les traitements inéquitables dont les femmes font l’objet dans les services de santé. La Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique abonde maintenant, elle aussi, en ce sens.

Les documents gouvernementaux soulignent la pauvreté, l’isolement, la violence vécues par les femmes; ils reconnaissent que les femmes sont en moins bonne santé que les hommes et que la situation s’aggrave quand elles sont pauvres. Pourtant, ne reculant devant aucune contradiction, nos gouvernements souhaitent «responsabiliser» les femmes face à leur santé sans leur offrir les ressources nécessaires. Pour être responsable, il faut d’abord en avoir les moyens!

Les femmes, quant à elles, connaissent depuis longtemps l’importance de s’organiser, de s’unir pour améliorer leur sort et défendre leurs droits. Le Regroupement des centres de santé des femmes fête cette année son dixième anniversaire. Dix années employées à soutenir la quête d’autonomie des femmes, à défendre leur voix auprès des autorités, à diffuser de l’information critique et à réclamer des soins adaptés aux besoins des femmes. Ce travail ne fut pas vain, certes, le mouvement de santé des femmes a su faire valoir le bien fondé de son approche et le Regroupement figure aujourd’hui au nombre des références incontournables en matière de santé des femmes. Mais le chemin parcouru n’assure en rien celui qui s’ouvre devant nous. Maintenant que les autorités gouvernementales et médicales ont reconnu la pertinence de la voix des femmes, il serait temps d’écouter cette voix et de donner aux femmes les moyens d’intervenir plus largement dans les programmes qui veulent promouvoir leur santé.

Par le biais de cette revue, nous prenons donc la parole, et avec nous, des femmes de différents milieux intéressées aux questions de santé. Il s’agit d’un projet en collaboration avec le Réseau canadien pour la santé des femmes, et qui voulait offrir aux Québécoises et aux Canadiennes l’occasion de partager leurs réflexions. La revue se veut donc comme une sorte de bilan de ce qui est, de ce qui reste à faire, des grands enjeux en matière de santé de femmes au Québec.

S’il n’y avait qu’une idée à retenir de ce que ce bilan nous révèle, ce serait sans doute la suivante: la marginalisation des femmes, quel que soit le prétexte invoqué, apparaît comme un déterminant majeur de leur santé. Que l’on parle de femmes marginalisées parce que noire, appartenant à une communauté culturelle différente de la majorité, lesbienne, handicapée, autochtone ou simplement marginalisée parce que femme et ne participant pas aux orientations politiques, ne possédant pas le savoir et le pouvoir, la santé s’en ressent toujours. Les textes qui suivent en témoignent tous à leur façon. Ils ont été rédigés par des femmes engagées dans leur milieu et concernées par le thème abordé. Elles y dénoncent l’isolement des femmes, l’incompréhension dont elles font l’objet, les a priori sexistes de la science, la difficulté de répondre à une «normalité» imposée par une société dans laquelle les valeurs masculines dominent toujours. Elles y expriment leur douleur, leurs désillusions face à la science et l’intérêt pour les femmes d’échapper à son verdict pour se trouver une raison d’être. Elles y soulignent l’importance d’échapper aux modèles culturels, de reconquérir leur pouvoir personnel, de regagner leur dignité, leur confiance en soi. Dans tous ces textes, les femmes nous disent, dans leurs mots, que la santé ressemble bien plus à la vie, au quotidien, à l’espoir, à l’amour qu’à une pilule!

Nous voudrions remercier toutes les auteures de leur généreuse collaboration. Il est évident que tout ne peut être dit, que le choix de certains thèmes entraîne nécessairement le silence sur d’autres. Ils n’en sont pas moins importants pour autant. Souhaitons que l’expérience de cette revue se renouvelle et que les femmes puissent lever le voile sur tout ce qui n’a pas encore été dit. Nous voudrions remercier aussi La Gazette des femmes qui a permis que la voix des femmes ait accès à un réseau de lectrices élargi. La parole des femmes mérite d’être entendue. Elle pourrait éveiller un écho dans tout le Québec!

Chantal Lapointe
Regroupement des centres de santé des femmes du Québec

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 8, Hiver 1994

Amérindiennes libres

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Automne 1994

Ëtre Amérindienne et se préoccuper de santé, c’est évident. À l’instar de toutes les femmes, nous nous préoccupons de la santé de ceux et celles qui nous entourent avant de penser à la nôtre. Mais est-ce vraiment de santé dont nous nous occupons ou n’est-ce pas plutôt de maladie ? Je crois qu’actuellement nous tentons de trouver des solutions aux maladies auxquelles nous faisons face plutôt que de trouver des moyens pour les prévenir. Nous n’avons pas le choix, notre peuple est malade de beaucoup de maux qui apparaissent incurables malgré la médecine moderne. Qu’en aurait-il été il y a seulement cent ans? Bien peu d’entre nous connaissent encore les remèdes traditionnels aux maladies courantes. De toute façon, ces remèdes ne seraient utiles que pour des maux «ordinaires», mais qu’en est-il des maux de société? Qu’on parle d’alcoolisme, de toxicomanie, de violence sous toutes ses formes, de suicide, que pouvons-nous y faire?

Bien sûr, des services de santé sont offerts aux autochtones comme au reste de la population québécoise. Mais comment nous sentons-nous lorsque nous nous y présentons? Toujours la gêne de parler de nos «problèmes». Nous choisissons plutôt de parler de nos malaises physiques, résultant bien souvent des problèmes émotionnels et familiaux. Puis, nous repartons avec des recommandations qui, dans le fond, n’auront satisfait que l’intervenant ou l’intervenante.

Qu’arrive-t-il à celles d’entre nous qui sont trop intimidées pour se présenter aux services ? Pourquoi cette gêne, me direz-vous? Peut-être cache-t-elle un sentiment de culpabilité qui ne cesse de croître avec les générations ? Nous nous sentons coupables de ne pas avoir su transmettre notre façon de vivre, nos remèdes, les moyens de survie de nos ancêtres. Coupables de ne pas avoir défendu le mode de vie autochtone, nos traditions. Coupables d’avoir cru à un nouveau mode de vie qui semblait «guérisseur».

Comment s’en sortir? Les femmes autochtones ont un rôle important à jouer en ce sens. Nous le savons. Le Québec a vu naître plusieurs groupes d’Amérindiennes qui se préoccupent de ces questions. Malgré le peu de moyens, ces groupes ont réussi des percées importantes à bien des niveaux. Ce que nous transmettons maintenant, c’est le désir de revivre dans une famille et une communauté épanouies. Plusieurs d’entre nous sont engagées dans le milieu de la santé, dans l’action sociale, dans des groupes de soutien. D’autres deviennent politiciennes. En fait, nous sommes en train de nous libérer de cette culpabilité et de cette gêne qui nous oppressaient.

C’est un travail de longue haleine. Les résultats sont parfois minces mais, mis ensemble, ils témoignent de changements profonds et font renaître l’espoir.

Reconnaissons aujourd’hui aux Amérindiennes leur capacité à se prendre en charge, à se réapproprier ce savoir qui faisait des grands-mères le noyau de la famille et de la communauté. Laissons-nous le temps d’exprimer ce que nous avons à dire, les solutions viendront d’elles-mêmes. Les actions que nous poserons nous ressembleront et n’en seront que plus efficaces pour guérir les maux qui nous affligent. Le chemin pour que nous y parvenions est simple. Il suffit de prendre nos décisions.

Sincèrement, sommes-nous si différentes?

Bibiane Courtois
Infirmière montagnaise
Militante pour les droits des femmes autochtones
Originaire de Pointe-Bleue

Amour tempête

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Hiver 1994

Amour j’ai froid
Aime-moi mieux que le vent
Quand il joue sur mon cœur
Et qu’il m’oppresse et qu’il me prend
J’ai comme un doute
J’ai comme un doute maintenant
J’ai comme un doute maintenant

Amour tempête
Me force à contre-courant
Et le vent qui m’oppresse
Est si près du cœur d’un enfant
Et s’il perçait le cœur du monde
Déjà si nous perdions
J’ai comme un doute maintenant
J’ai comme un doute maintenant

Ma sœur, ma voisine
Ma cousine, ma moi-même,
Ma pareille
Amour
Garde-moi forte pour la vie

Amour mon corps
Est comme un château fort
Mais j’ai peur comme tout le monde
Que mon château s’effondre
Les risques du vent
Ont des secrets si lourd
Si ça m’arrivait à mon tour
J’ai comme un doute d’amour
J’ai comme un doute maintenant

Ma sœur, ma voisine
Ma douceur vive et intime
Pour la vie

Amour garde-moi forte
Pour la vie
Loin des tempêtes où j’ai mal
Que les ombres au soleil
Pour moi et ma pareille
Deviennent des amies


Chanson écrite pour le vidéo
Le sida au féminin,
Productions Vidéo-femmes
Paroles et musique de Sylvie Tremblay

D’ores et déjà : la douleur d'être immobile

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Automne 1994

Handicapée quadriplégique à la suite d’un accident de voiture.

Presque rien, une idée, un souffle, un geste interrompu et tout saute.

Adieu bras, jambes, colonne vertébrale. Te voici intronisée. Dauphine de quatorze ans. Orpheline de corps. D’ores et déjà.

Ceci est ton histoire. La vie, l’accident, l’immobilité. Point final. Brève histoire de mouvement, très courte histoire.

Certaines diront : vivre ainsi n’est plus vivre.

Certaines le diront et elles auront raison. Vivre handicapée n’est pas vivre, n’est pas une vie.

Pas une vraie vie, une vie douce de toutes les douceurs inventées, une vie bonne et large, une vie souple et joyeuse, une grande vie.

Vivre handicapée n’est pas vivre. Certaines le savent déjà.

Entamée dans la douleur, par la douleur surtout, la vie handicapée essouffle, épuise, éreinte. Toute seconde exige le sang. Souffre et tu sauras ce que vivre veut dire. Souffre et tu seras graciée.

Souffre encore sans jamais te plaindre ô toi femme, fille, fillette, jeune femme, épouse, amante, mère, grand-mère, arrière-grand-mère.

Le mal est là, réel, puissant, fidèle, têtu, farouchement malsain. Le mal est là, courtisant sa proie, exigeant son dû. Et tu paies, chère petite, pour chaque seconde de plus, tu paies, tu souris, tu dis merci et tu continues.

La vie c’est cela.

La mort c’est aussi cela.

Mais toi tu veux vivre, tu ne sais rien faire d’autre, tu veux vivre absolument, résolument, tu es forte dis-tu, tu tiens le coup, tu résistes, il n’y a pas que les bien-portants, il n’y a pas que les hommes, il n’y a pas que les autres, il y a ta guerre à toi, ta chaise électrique, ta chambre à gaz, ta salle de torture, ton camp de concentration privé, il y a ton calvaire et ton golgotha, ton chemin de croix taillé sur mesure, il y a ton apocalypse quotidienne et tu sais que tu pleures sur toi toute seule, tu pleures et tu ris sur toi puisque tu es seule, cette fois encore, à rire et à pleurer devant ce corps qui te lâche un peu mieux chaque jour, tu ris et tu crèves devant Dieu et devant les autres.

Tu ne demandes rien, tu n’attends rien, tu te débrouilles, tu fais mieux que cela, tu te bats, tu te débats, tu fonces, tu griffes, tu déchires et tu cognes, tu n’es pas une victime dis-tu!

Tu cries pour faire peur, tu craches, tu gifles, frapper ne te fait pas plus mal, le sang n’accentue pas tes blessures, la fièvre ne te donne pas moins de sueurs froides, tes poings ne sont pas moins douloureux.

Tu es la douleur incarnée, crucifiée depuis les siècles des siècles.

Tu ne tiens pas de journal de bord, tout est là, bien en vue, une chaise noir-et-chrome, un siège, un dossier, des appuie-bras, des appuie-pieds, un coussin gonflable, quatre roues motrices, un bras de conduite, six vitesses, un klaxon, deux moteurs (un pour les roues de gauche, un pour celles de droite), deux batteries douze volts, un insigne CAA...

De quoi te plains-tu, ma reine, tu roules en carrosse, tu règnes sur un royaume – déchu soit mais royaume tout de même -, tu es ton seul sujet, tu te donnes des ordres de vivre, tu t’écoutes et tu t’obéis, tu essayes, tu t’acharnes, tu échoues, tu recommences, tu ne réussis pas à réussir, tu abdiques alors mais ton trône reste vide inoccupé, tu es élue à vie, personne ne tient à te succéder, non vraiment.

Tu t’entêtes, tu déclines, tu dis : débrouillez-vous, ne m’obligez à rien, tu n’as plus la force de lutter, tu ne réponds plus au numéro que l’on a composé.

Tu ne réponds de rien, ta patience a des limites, tes limites ont aussi des limites, tu te retiens de hurler la nuit de peur de mourir de douleur et tu meurs pourtant à chaque seconde qui passe, ton coeur sursaute, ton esprit s’agite, tes nerfs s’inquiètent, tes mains, tes doigts, tes pieds, tout ton corps frissonne.

Tu as mal!

Tu as mal, ton coeur, ton âme, ta chair, ton sang, tes os se figent, tu es morte depuis toujours, tu es morte! que l’on te mette en terre.

Que l’on t’enterre, le reste suivra, les cris, les larmes et les grincements de dents, tu veux aussi savoir qui viendra à l’enterrement et, s’il y aura du monde.

Ci-gît la femme-douleur-en-couleur, l’infâme motorisée, celle qui vécut de chantage et de roueries, celle qui nous fit marcher au doigt et à l’oeil, celle qui nous garda debout pour travailler, debout pour manger, debout pour fumer, debout pour bavarder, ci-gît le tyran-à-roulettes.

Tu ne meurs pas pourtant.

Tu vis sans vivre.

Tu es handicapée.

Seulement cela.

Mais à choisir entre tous les handicaps possibles et à venir, aucun ne semble compatible à l’immobilité, aucun ne te sied aussi bien, aucun ne te rehausse autant le teint, aucun ne te moule autant la jambe ni ne met autant en valeur ton corps, tes bras, ta nuque ou ton port de tête.

À tout prendre, tu prends ce qui t’est donné, à tout prendre tu prends tout.

La chaise bien entendu et la douleur, la chaise et les blessures - aux pieds, aux fesses, au dos, aux coudes (on te nommera "la nouvelle Jésuse") - la chaise et les malaises, la chaise et l’inconfort, la chaise et la tristesse, la chaise et la terreur, la chaise et la douleur, la chaise et la folie.

Quatre bonnes dépressions, trois tentatives de suicide, la drogue, l’alcool, le sexe, quelques crises d’autisme, un ulcère, des nausées, des vomissements, des infections de tous genres, une moyenne de cinq ans dans les hôpitaux, une moyenne de vingt ans en psychothérapie, d’innombrables appels à Tel-Aide, l’école, l’Université, les bars, les restaurants, la drague, les amies, les amours, les vacances, les voyages, le travail, la carrière.

Tu n’as pas encore sombré.

Anne-Marie Alonzo
Poète, auteure et éditrice

Davide et Goliath

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Hiver 1994

Les temps de crise favorisent la remise en question de certaines attitudes et la considération de nouvelles avenues porteuses de solutions. Dans le milieu de la santé, le contexte économique actuel a amené de nombreux acteurs à proposer le partenariat comme solution d’avenir (notamment le ministère de la Santé et des Services sociaux, le Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme, le Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes). Les femmes et groupes de femmes sont invités à s’associer aux professionnels de la santé, aux chercheurs et aux gouvernements pour la formation des politiques, la définition des programmes, l’organisation des services et la recherche. Le nouveau discours soutient qu’ainsi on pourra mieux répondre aux besoins des femmes. Pour leur part, les féministes revendiquent depuis des années que les femmes soient associées aux décisions qui concernent leur santé. Tout le monde devrait donc être heureux!

Mais pourquoi n’est-ce pas le cas? Ceux et celles qu’on appelle à devenir partenaires proviennent de cultures bien différentes et n’ont absolument pas les mêmes moyens ni les mêmes pouvoirs. Les femmes se demandent si, dans ce monde où les intérêts sont multiples, on les confinera dans le rôle de partenaires de service.

Les géants auxquels le mouvement pour la santé des femmes tente de donner la contrepartie jouissent de moyens économiques et politiques quasi illimités pour faire valoir, adopter et même imposer leur point de vue. Les médecins, les gynécologues, les obstétriciens, les chercheurs, l’industrie pharmaceutique n’ont pas à compter leurs sous quand il s’agit d’organiser des projets communs, de mettre sur pied des fédérations internationales, de préparer des événements majeurs au cours desquels ils présenteront leur "science" comme l’expression d’une vérité toute puissante. Ils organisent des congrès internationaux, des colloques, des campagnes de publicité et ont les moyens de demeurer constamment en contact. Les réseaux informatiques leur permettent de partager les résultats de leurs recherches et d’obtenir des échos de partout dans le monde, quasi instantanément.

Pendant ce temps, les groupes de femmes connaissent la frustration de travailler dans l’isolement, de chercher constamment des ressources, d’avoir à répondre rapidement aux différentes demandes de la population, des gouvernements ou des médias sans en avoir les moyens. Les groupes de femmes sont à l’image de celles qu’elles défendent, trop démunis financièrement pour établir les réseaux qui leur seraient nécessaires pour diffuser largement leur message. Comme les géants auxquels ils sont confrontés, les groupes de femmes aimeraient profiter de réseaux internationaux, mais ils ont à peine les moyens de garder vivant un réseau pancanadien.

Depuis maintenant plus de dix ans, des groupes de femmes du Québec et du Canada tentent de mettre sur pied un réseau qui leur permettrait de mettre en commun leurs informations et leurs analyses, et de faire ensemble des pressions politiques. À Winnipeg, en mai 1993, un forum a permis de structurer le Réseau canadien pour la santé des femmes. Un comité de coordination a été nommé avec le souci de représenter la diversité des femmes; une place particulière a donc été accordée aux différentes communautés culturelles, aux lesbiennes, aux femmes vivant avec un handicap, aux femmes âgées et aux femmes plus jeunes, aux anglophones et aux francophones. Les membres du Réseau débordent de projets et de bonne volonté. Ils voudraient pouvoir partager des idées, échanger des informations et de la documentation; développer des stratégies communes concernant les dossiers importants en santé des femmes; s’unir pour pouvoir jouer toujours mieux leur rôle de chien de garde, de défenseurs des intérêts des femmes. Mais les moyens font défaut et, depuis la tenue de ce forum, le Réseau se débat pour survivre. Dans les faits, ce n’est qu’exceptionnellement que les membres du Réseau ont pu se parler ou se rencontrer.

À l’heure de l’internationalisation, la voix des femmes a besoin elle aussi de se nourrir, d’être à l’affût de ce qui se passe dans le monde. Le mouvement pour la santé des femmes doit jouir des moyens nécessaires pour assumer un contrepoids équitable aux messages véhiculés par les magnats de la santé. Aujourd’hui, les chercheurs, les institutions gouvernementales et les professionnels de la santé daignent enfin considérer la demande des féministes et faire une place aux femmes. Mais nulle part il n’est question des moyens financiers à assurer aux groupes de femmes pour qu’ils puissent participer. Les femmes refusent d’être des partenaires de second ordre. Le partenariat sera une solution d’avenir seulement si on l’aborde en termes de pouvoir partagé. Est-il réellement incontournable de rééditer Davide et Goliath?

Lise Lamontagne

L’Entre-Deux : une ressource alternative en santé mentale pour les femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Hiver 1994

Selon l’enquête réalisée par Santé Québec en 1988, les femmes déclarent plus de «troubles mentaux» et de problèmes psychologiques chroniques que les hommes. Elles avouent plus de détresse psychologique qu’eux et cette différence est significative. Elles consultent davantage et reçoivent deux fois plus de tranquillisants que les hommes, et ce, notamment parce que la thérapie traditionnelle s’intéresse peu à la dimension psychosociale et se centre surtout sur les problèmes intrapsychiques.

À la suite de ces constatations, l’Entre-Deux ainsi que d’autres chercheures et intervenantes ont développé une approche féministe qui considère l’impact du processus de socialisation sur la santé mentale des femmes. Selon cette approche, l’intériorisation des stéréotypes sexuels amène les femmes à se dévaloriser et à se sentir inférieures. Le peu de valorisation sociale des rôles «féminins» affecte aussi l’équilibre des femmes. L’approche féministe soutient que les femmes sont les expertes les mieux placées pour s’occuper de leur santé mentale et qu’elles ont le potentiel pour le faire. L’action individuelle et collective des femmes leur redonnent du pouvoir et entraînent des changements favorables à leur santé mentale.

Membre du Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec, l’Entre-Deux est une maison d’hébergement et d’intervention féministe. Sa clientèle est composée de femmes adultes, dépressives, majoritairement suicidaires et dont près des deux tiers ont été victimes de violence sexuelle. Le critère principal pour y être admise est la motivation des femmes à faire une démarche thérapeutique. Le groupe est constitué de douze résidantes. Le séjour maximum est de trois mois. L’Entre-Deux est unique au Québec, tant par ses choix de thérapie de groupe intensive avec hébergement, que par son approche féministe.

L’objectif principal de l’Entre-Deux est de favoriser l’autonomie des femmes. Le travail en groupe permet de désindividualiser et de dédramatiser les problèmes, de briser l’isolement et de prendre conscience des stéréotypes intériorisés qui souvent mènent à la dépression. De plus, la thérapie de groupe aide à développer des sentiments d’appartenance et de solidarité. Les intervenantes encouragent les femmes à ressentir et à exprimer leurs émotions: peine, culpabilité, colère autant que le plaisir, la joie; à découvrir et à exprimer leurs besoins, leurs désirs, leurs opinions.

À l’Entre-Deux, la «folie» des femmes est considérée en lien direct avec leur socialisation et leurs conditions de vie. L’Entre-Deux est un lieu, «où l’on peut reconquérir un espace pour soi, avec soi et avec les autres, espace de créativité d’où resurgit le désir... lieu de mutation, lieu de négociation de nouveaux rapports sociaux».

Lucie Sauvé
de l’Entre-Deux

L’invisible qui fait mal : recherche sur la santé des travailleuses salariées

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Automne 1994

Récemment, les débats sur l’équité en emploi ont permis de faire ressortir les qualifications invisibles des tâches assignées aux femmes dans l’industrie et dans les services. Certaines catégories de travailleuses ont vu leur salaire augmenter. Cependant, les effets de leurs tâches sur la santé mentale et physique des femmes risquent de demeurer invisibles, parce que le travail paraît anodin, propre et sécuritaire. Souvent, pour toutes ces raisons, la travailleuse elle-même n’attribue pas ses problèmes de santé à son travail. Même si un nombre croissant de femmes souffrent de maux de dos, de tendinites, de dépressions, de troubles menstruels qui peuvent être attribués à leur travail, elles les présentent rarement à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) .

Les scientifiques ont été complices de cette ignorance. Ils (et elles!) ont concentré leurs efforts sur les emplois traditionnellement masculins et les habitudes de vie des hommes. On fait des recherches sur les mineurs, les manutentionnaires et les travailleurs de la construction, mais il n’existe aucune recherche sur la santé des serveuses de restaurant (exposées à des risques pour le système musculo-squelettique) et très peu sur les agricultrices, les coiffeuses et les techniciennes de laboratoire (exposées aux produits chimiques). On a systématiquement exclu les femmes de la quasi-totalité des recherches sur le cancer occupationnel (86% des recherches n’incluent aucune femme). Dans une importante étude québécoise, on a examiné tous les patients cancéreux dans les hôpitaux de Montréal. L’étude, qui a coûté au-delà d’un million de dollars, a permis d’identifier plusieurs agents cancérigènes dans le milieu de travail des patients. Une dizaine d’articles ont été publiés, mais la totale exclusion des femmes de cette étude n’a jamais été justifiée. Ce n’est que tout récemment que d’autres chercheurs ont commencé à souligner le risque de cancer pour les techniciennes en chimie, les coiffeuses et les barmaids exposées à la fumée de cigarette.

Le domaine d’étude des troubles menstruels fournit d’autres exemples d’ignorance volontaire. Après avoir rapporté qu’après l’embauche, les agentes de bord éprouvaient des changements défavorables au niveau du cycle menstruel qui étaient 3,5 fois plus fréquents que les changements favorables, les chercheurs ajoutaient ce commentaire: ÇIl n’y a pas suffisamment d’information pour expliquer la pathophysiologie de la dysménorrhée. L’association fréquente entre la dysménorrhée et d’autres symptômes névrotiques [sic] indique son origine psychologique. Encore une fois, ce n’est que récemment que des chercheures féministes ont pu relier les troubles menstruels aux horaires irréguliers de travail, à l’exposition à une ambiance thermique froide et à un rythme de travail élevé.

Ces lacunes dans la recherche ont entraîné une méconnaissance des dangers inhérents aux postes occupés par les femmes, et il en résulte une absence de prévention dans leurs emplois. Par exemple, au Québec, les secteurs désignés comme prioritaires pour l’intervention en santé au travail sont occupés à moins de 15% par des femmes. Ce n’est pas parce que les femmes ont nécessairement les emplois les plus sécuritaires, mais plutôt parce que les études dans le domaine ont été élaborées en rapport avec les hommes et les métiers masculins. Par conséquent, la plupart n’ont pas accès à des moyens de prévention comme les comités paritaires de santé-sécurité, les représentants-es à la prévention, et les programmes de prévention qui relèvent de la CSST.

Le manque de recherche empêche l’utilisation d’un des outils principaux de prévention en santé au travail, soit les normes d’exposition. Par exemple, il existe des normes pour la manutention: tant de kilogrammes à lever dans un temps donné, à une certaine température. Les inspecteurs du travail se basent sur ces normes pour limiter les risques des personnes en emploi. Mais il n’y a aucune norme occidentale concernant le type d’effort déployé dans les emplois occupés traditionnellement par les femmes. L’effort de manipulation de charges n’est normé que lorsqu’il est grand et ponctuel, et ceci malgré le fait que la plupart des emplois féminins en usine et au bureau requièrent le déplacement de charges légères de façon continue.

Les opératrices de machines à coudre et les travailleuses de buanderie manipulent des milliers de kilogrammes par jour, à coup de quelques grammes à la fois. Ce type de mouvement est associé à des lésions comme des bursites, des épicondylites et le syndrome du canal carpien. L’arthrite et les rhumatismes sont les maladies les plus souvent rapportées par les Québécoises, mais aucun effort de prévention ne reconnaît le lien entre le travail et ces maladies. L’opération des machines à coudre entraîne souvent une incapacité permanente, observée plus fréquemment si le travail est rémunéré à la pièce. Mais aucune norme n’empêche ce mode de rémunération. Les normes minimales de travail limitent le nombre d’heures de travail rémunérées, mais quand le travail se fait à la maison, les heures ne sont plus comptées: elles sont invisibles autant que la douleur. Et il n’y a pas de limite au cumul du travail salarié et domestique!

Le manque d’information et le retard qui s’ensuit dans la solution des problèmes accroissent la souffrance des femmes.

Le Centre pour l’étude des interactions biologiques entre la santé et l’environnement (CINBIOSE) est un laboratoire de recherche de l’Université du Québec à Montréal, composé majoritairement de femmes. Il a connu un certain succès dans ses recherches en biologie et en santé au travail. Pourtant, quand ses chercheures veulent porter un intérêt spécifique à la santé des femmes au travail, la plupart des bailleurs de fonds leur refusent leur soutien. C’est ce qui est arrivé avec les demandes de fonds pour des recherches portant sur les troubles menstruels et les risques pour les femmes qui intègrent des postes non traditionnels. C’est ce qui arrive aussi si les perceptions des travailleuses elles-mêmes sont incorporées comme élément de recherche, plutôt que les résultats de leurs examens médicaux.

Les chercheures se trouvent ainsi bloquées. Soit elles utilisent des méthodes reconnues, développées dans des conditions standard mais qui ne sont pas très bien adaptées aux besoins des femmes, soit elles cherchent à développer de nouvelles méthodes pour étudier les problèmes et les milieux de travail des femmes, au risque de perdre les subventions.

De concert avec les comités de condition féminine des trois plus grandes centrales syndicales (CEQ, CSN, FTQ), le CINBIOSE a entrepris un vaste programme de recherche sur la santé des femmes au travail. Les chercheures examinent le travail des caissières de banque, des enseignantes de niveau primaire et des travailleuses de bureau. Elles ont passé de longues périodes d’entretiens avec ces femmes afin de cerner les problèmes qu’elles trouvent prioritaires: la violence en milieu de travail, les maux de dos, la mauvaise qualité de l’air, le manque de reconnaissance, la double tâche, le rythme et l’intensité du travail, par exemple. En collaboration avec des juristes, les chercheures examinent le traitement des dossiers des travailleuses par la CSST (une certaine discrimination est soupçonnée).

Dans le passé, le CINBIOSE a effectué des recherches qui ont pu contribuer à faire reconnaître le caractère pénible du travail physique des femmes. Maintenant il veut élargir son champ de recherche en incluant la charge mentale et émotive du travail au féminin. Espérant que les résultats de ses recherches suscitent des transformations dans les conditions de travail et qu’au terme du projet, on puisse prévenir les problèmes de santé des travailleuses.

Karen Messing
Professeure à l’UQAM, Chercheure à CINBIOSE

La santé reproductive

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Automne 1994

Les questions concernant la santé reproductive, les droits reproductifs ou le libre choix face à la maternité, constituent depuis longtemps des éléments importants de la lutte des femmes pour la justice sociale. Pourtant, en dépit de certains gains indéniables, ces questions demeurent à l’ordre du jour et les gouvernements hésitent toujours à mettre sur pied des services susceptibles de répondre aux besoins réels des femmes.

Au Québec, il n’existe pas de politique de population comme telle. Cependant, on pourrait faire un portrait de l’orientation du gouvernement en associant une partie des politiques, lois et mesures concernant la famille, la santé, la fiscalité, la sécurité du revenu et l’immigration. Le ministère de la Santé et des Services sociaux travaille depuis 1988 à l’élaboration d’orientations en planning des naissances; le document est prêt depuis mars 1994, mais il n’a pas été adopté par le ministre. Quant à la politique de la santé et du bien-être , elle ne contient aucune mesure concernant la santé reproductive des femmes. L’objectif essentiel du ministère est de diminuer le nombre de grossesses à l’adolescence. Ainsi, les membres, les collaborateurs et les collaboratrices de la FQPN signalent déjà une diminution des services en planning des naissances pour les 18 ans et plus. Par ailleurs, le gouvernement tient un discours nataliste et incite les couples à avoir trois enfants.

Au Québec, les moyens contraceptifs ne sont pas accessibles pour toutes les femmes. Certaines régions sont moins bien desservies que d’autres; le diaphragme et la cape cervicale, par exemple, sont peu disponibles et peu connus dans les grandes villes et encore moins dans les régions éloignées des grands centres. On note aussi des différences d’accès relatives aux revenus: les femmes assistées sociales n’ont pas le choix de leur moyen contraceptif. Seule la pilule est remboursée automatiquement; quant au stérilet, il faut une lettre du médecin avant son insertion pour qu’il soit remboursé. Ces contraceptifs sont les plus efficaces (on croit peut-être que les femmes les plus pauvres devraient faire moins d’enfants) mais ils sont également parmi ceux qui comportent le plus de risques pour la santé et la fertilité et, en outre, ils ne protègent pas contre les MTS. Pourquoi ne rembourser que ceux-là? Pourquoi pas les condoms? Pourquoi ne pas permettre aux personnes assistées sociales de choisir leur méthode contraceptive?

Certains groupes de femmes, par exemple les adolescentes, les Amérindiennes, les femmes de couleur, les immigrantes, les handicapées, les femmes peu instruites, les pauvres, de même que celles qui ont vécu plus d’un avortement sont plus susceptibles de subir des pressions pour accepter des contraceptifs de longue durée qui sont sous contrôle médical (stérilisation, Norplant). Le courant social dominant considèrerait-il indésirable qu’elles aient des enfants? Le Dépo-Provera, qui n’est pas autorisé comme contraceptif au Canada, est cependant utilisé ouvertement pour ces mêmes groupes.

Les femmes s’adressent généralement à leur médecin lorsqu’il est question de contraception. Or, la grande majorité des médecins connaît et prescrit uniquement quelques marques de pilules et un seul type de stérilet. Très peu donnent l’information sur les méthodes dites douces ou visibles et sur les méthodes de repérage de l’ovulation, soit ils trouvent trop long de les expliquer, soit ils ne les connaissent pas. Leur information provient principalement de deux sources: de leurs études, qui sont très limitées en la matière, et des compagnies pharmaceutiques, qui dispensent l’information la plus organisée, la plus soutenue, la plus accessible et la moins critique. Les médecins sont également peu ou mal informés des aspects psychosociaux de la contraception, c’est-à-dire de l’ensemble des facteurs qui entrent en jeu dans le choix contraceptif.

Les services d’avortement ne sont pas, eux non plus, également accessibles partout au Québec. Trois régions n’ont aucun service: Chaudière-Appalaches, Lanaudière et le Nord du Québec. Là où les services sont actuellement disponibles, ils ne sont pas toujours gratuits et jamais garantis. Le printemps dernier, par exemple, trois CLSC de la région de Montréal ont vu leurs services d’avortement menacés pour des raisons administratives et budgétaires. De plus, comme les services d’avortement ne font pas partie de la liste des services de base en santé, leur accessibilité est sujette au bon vouloir des médecins de pratiquer des avortements.

Pendant que des mesures découragent certains groupes de femmes de faire des enfants, le développement et l’utilisation des nouvelles technologies de reproduction (NTR) encouragent d’autres groupes de femmes à faire plus d’enfants. Les couples blancs, de classe supérieure ont plus facilement accès aux NTR, en raison de leurs niveaux de revenus. Il s’agit aussi d’une classe sociale qui, en général, est l’objet de peu de discrimination. Pourtant, plusieurs de ces technologies sont envahissantes, très coûteuses et n’en sont encore qu’au stade expérimental. Tout comme les contraceptifs de haute technologie, les NTR placent les femmes sous contrôle médical. Il n’y a aucune norme gouvernementale régissant les pratiques en NTR. La définition des problèmes de fertilité est strictement médicale, le vocabulaire utilisé donne une représentation biaisée des techniques, les calculs de taux d’efficacité sont nébuleux, il y a beaucoup de dissimulation d’information. De plus, on connaît peu les effets à long terme de ces technologies sur la santé des femmes ou sur celle de leurs enfants. Ces techniques ne sont que palliatives: elles permettent d’avoir des enfants, mais elles ne règlent pas les problèmes de fertilité. Alors qu’on investit dans les NTR, on néglige de s’occuper des causes de l’infertilité, telles que, par exemple, certains produits toxiques, certains médicaments, certaines conditions de travail, causes sur lesquelles il serait pourtant souvent possible d’intervenir.

Parmi les nouvelles technologies, les tests prénatals, qui ne dépistent que quelques anomalies ou handicaps, semblent être en voie de mener à l’élimination des fœtus handicapés. Ici encore, l’économie et la technique mènent à des choix sociaux qui n’ont pas fait l’objet de débat social et à la négligence des causes de handicaps.

Quand on parle de santé reproductive, il faut aussi parler de la recherche en contraception. Une compagnie pharmaceutique qui oriente ses recherches et sa publicité vers des produits chimiques plutôt que vers des méthodes de barrière oriente, restreint et, à la limite, contrôle le choix contraceptif individuel. Le premier objectif de l’industrie pharmaceutique c’est le profit et non la santé. La cape cervicale et le diaphragme, par exemple, sont moins intéressants à fabriquer, car ils ne rapportent pas beaucoup: on ne les change pas souvent et ils nécessitent très peu, souvent pas du tout, de spermicide. Il est plus intéressant financièrement de développer des produits contraceptifs chimiques, car la chaîne des réactions et des effets dits secondaires est sans fin et très lucrative. L’industrie fonctionne comme un engrenage : à partir de contraceptifs, de médicaments et d’interventions qui peuvent nuire à la fertilité et à la santé, en passant par des supposés traitements de l’infertilité et l’utilisation d’autres médicaments contre les effets secondaires, tout s’enchaîne pour créer la nécessité de recourir sans cesse aux médicaments et aux biotechnologies.

Mais qui décide de l’orientation de la recherche, de la mise en marché et pourquoi? Aujourd’hui, ce sont principalement des organismes gouvernementaux, des gouvernements et des agences internationales qui investissent dans la recherche en contraception. On y travaille principalement sur des contraceptifs qui sont très efficaces, qui ont une longue durée et sur lesquels l’utilisatrice n’a pas de contrôle, par exemple : la contraception immunologique (vaccins contraceptifs). En plus d’interférer avec les mécanismes délicats et complexes du corps humain, ce sont des moyens qui permettent un contrôle de masse des taux de naissances.

Nos mères et nos grands-mères voulaient pouvoir décider de façon sécuritaire combien d’enfants elles auraient et quand elles les auraient. L’arrivée de contraceptifs efficaces a donc constitué un bienfait pour elles et pour nous. On croyait à la libération des femmes. Pourtant, en 1995, plusieurs femmes se questionnent: avons-nous réussi à avoir un véritable contrôle de notre fécondité tout en préservant notre santé? À l’opposé, plusieurs intervenants, intervenantes et décideurs semblent poser autrement la question du planning des naissances: peut-on laisser les femmes, des femmes ordinaires, décider de leur vie, de leurs maternités, des familles, du taux de natalité sans plus de contrôle? Quand les gouvernements, l’industrie, le monde de la recherche, la médecine, les médias, les agences et institutions internationales, s’en mêlent - et s’emmêlent - quel pouvoir reste-t-il aux femmes?

Selon la FQPN, on ne peut parler de libre choix sans que les femmes disposent du nécessaire (nourriture, vêtement, logement), sans qu’elles aient accès aux processus de décision, à des services globaux de santé, à l’éducation, à l’autonomie économique et à l’intégrité corporelle.

France Tardif
Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN)

Le programme SEVE : une ressource pour les aînées consommatrice de médicaments

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Hiver 1994

Beaucoup de femmes âgées consomment des quantités considérables de médicaments. On leur en prescrit plus souvent qu’aux hommes et elles sont aussi plus nombreuses à prendre des médicaments psychotropes, c’est-à-dire ceux qui agissent au niveau du système nerveux central (tranquillisants, anti-dépresseurs, anxiolytiques, somnifères).

On peut expliquer ce phénomène par l’approche hypermédicalisée du système de soins. Mais aussi parce que le vieillissement est très mal intégré dans notre société occidentale où la jeunesse (surtout chez les femmes) et la productivité sont des valeurs primordiales. Il s’agit, en soi, d’un facteur qui peut contribuer à la détérioration de la santé des personnes âgées.

Aux problèmes de santé et à la pression sociale s’ajoutent aussi les conditions de vie des femmes âgées. La solitude, l’isolement et la pauvreté vécus par un grand nombre d’entre elles affectent grandement leur qualité de vie. Devant l’impuissance et l’insécurité qu’éprouvent beaucoup d’aînées, les médicaments psychotropes leur apparaissent souvent comme une solution.

Avec ce type de médicaments, les femmes âgées cherchent à anesthésier leur anxiété. En passant ainsi par l’intervention médicale pour tenter de résoudre leurs problèmes, elles reproduisent un modèle qu’elles ont expérimenté tout au long de leur vie. De plus, la maladie permet souvent de briser leur isolement social. Toutes les démarches entreprises relativement à leurs problèmes de santé (consultation auprès du ou des médecins, examens à l’hôpital, etc.) deviennent ainsi un moyen d’obtenir du soutien ou de l’attention. Cette stratégie d’adaptation a comme conséquence, pour les aînées, de s’en remettre à la compétence et au pouvoir des autres.

C’est en prenant en compte ces réalités qu’Élixir a mis au point le programme SEVE (Savoir et Entraide pour un vieillissement éclairé). Il a été conçu à partir des besoins des femmes, tels que décrits par elles, de l’expérience en toxicomanie féminine d’Élixir et de la préoccupation de prendre en compte les conditions de vie des aînées en lien avec la prise de médicaments.

Les objectifs du programme sont de contribuer à l’actualisation du potentiel des aînées, de les aider à conserver leur autonomie et de favoriser chez elles une utilisation adéquate des médicaments. C’est la première fois qu’une ressource réservée aux femmes âgées travaille à la fois à la prévention de consommation de médicaments psychotropes et à la promotion de la santé.

Avec SEVE, les femmes ont l’occasion de faire le rapprochement entre différentes facettes du vieillissement et les motifs pouvant entraîner une consommation continue ou abusive de médicaments, particulièrement les somnifères et les tranquillisants. Elles vont faire le point sur leurs rapports avec les autres et leur implication sociale. Enfin, les participantes ont l’occasion de prendre conscience des aspects positifs et du potentiel individuel reliés au processus de vieillissement. Ainsi, les pertes et les changements peuvent aussi être perçus en termes de capacité d’adaptation et de découverte de potentiel nouveau.

SEVE offre, dans un climat d’entraide, l’occasion aux aînées d’évaluer et d’expérimenter leur capacité à reprendre du pouvoir sur leur vie. Il permet ainsi de diminuer le risque d’une consommation continue ou abusive de médicaments.

Hélène Charest
d’Élixir, un groupe travaillant
à la prévention de la toxicomanie féminine.

Les Centres de santé des femmes du Québec en 1995 : toujours à l'avant-garde de la santé des femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Automne 1994

Les Centres de santé des femmes ont vu le jour dans les années 1970 pour que les femmes puissent avoir un lieu où elles pourraient s’informer, prendre la parole, réfléchir sur les approches médicales traditionnelles, les questionner et trouver des solutions adéquates à leurs difficultés; en somme, un lieu qui leur permettrait de briser leur isolement et de se réapproprier la capacité de s’occuper de leur santé, capacité perdue aux mains du monde médical.

Dès le début, les Centres travaillent à la promotion de la santé des femmes et dénoncent les préjugés sexistes, les mythes entourant leur santé, la surmédicalisation des étapes de leur vie, la déshumanisation des soins de santé, le manque d’information accessible, l’énorme pouvoir médical et leurs conséquences sur la santé des femmes. Le réseau public de santé, quant à lui, s’efforce d’enrayer la maladie, avec une approche curative, trop souvent déshumanisante, discriminatoire, sexiste et infantilisante. En fait, le réseau public n’a rien à proposer aux femmes qui veulent s’occuper de leur santé mais les prend en charge "quand elles sont malades".

Les Centres cherchent à impliquer les femmes à développer des attitudes préventives face à la santé. Développer des attitudes préventives, c’est reprendre confiance en sa capacité de s’occuper de sa santé, c’est commencer à prendre la parole et c’est trouver, avec d’autres femmes, des moyens de retrouver son estime. Qu’on parle de contraception, d’autosanté ou d’interventions médicales, avoir une attitude préventive, c’est vouloir être informée pour pouvoir faire un choix réel qui soit en accord avec cequ’on vit et c’est être respectée ensuite dans ce choix. Depuis vingt ans maintenant, les Centres se sont donné la mission d’être dans leurs milieux des vigiles de la santé des femmes et de défendre l’importance d’avoir des services de santé avec une approche qui prenne en compte leur environnement social et leurs conditions de vie. Les femmes ne sont pas seules responsables de leurs difficultés de santé et il est urgent de le reconnaître pour pouvoir agir.

Les Centres offrent des services d’écoute, de référence, d’information sur la sexualité, la contraception, la ménopause, les MTS; des services gynécologiques et d’avortement, des cliniques pour adolescentes; des ateliers d’autosanté; des ateliers-échange et des groupes de soutien en santé mentale; des services de thérapie; des services de documentation, sans oublier le volet recherche et publications. Les Centres sont au Québec les seuls organismes communautaires à offrir aux femmes des services cliniques de santé. De plus, ces services présentent une alternative à ceux du réseau public. Bien que, par exemple, des services d’avortement existent ailleurs, on a voulu que, dans les Centres, les femmes se sentent moins seules à vivre un avortement, qu’elles aient toute l’information, qu’elles puissent être accompagnées avant, pendant et après, qu’elles soient respectées dans leurs choix et qu’elles puissent donner un sens à cet événement.

Le ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS) a toutefois accordé peu d’importance au message véhiculé par les Centres et ne leur a pas donné la place qu’ils méritaient. De six centres qu’ils étaient en 1986 ils sont actuellement passés à trois et leur situation financière est précaire. Ils reçoivent du ministère moins du quart du budget nécessaire à la réalisation d’activités qui seraient entièrement financées si elles étaient offertes dans le réseau public. De ce fait, bien que l’ensemble des services dans les Centres soit gratuit, certains ne le sont pas. Le financement de ces services repose en grande partie sur les frais que doivent payer les femmes, ce qui a pour résultat d’en réduire considérablement l’accessibilité. Pourtant, le réseau public réfère de plus en plus les femmes qui désirent une approche moins médicalisée, plus humaine et non culpabilisante et évidemment toutes celles qui n’ont pas la carte d’assurance-maladie sans que le ministère n’ajuste les budgets en conséquence.

Et voilà qu’aujourd’hui, sous la pression des ressources financières qui s’épuisent et avec le constat que le réseau public de la santé et des services sociaux ne vient pas à bout de la maladie et des problèmes sociaux, le ministère sent le besoin d’une réforme en profondeur du système qui donne naissance à une Politique de la santé et du bien-être . Cette politique nous parle de prévention, de responsabilisation de l’individue, de l’influence néfaste des conditions socio-économiques sur la santé des femmes et de l’importance d’avoir une bonne estime de soi. Les Centres de santé des femmes, tout comme les autres organismes communautaires, se réjouissent que leur message, de marginal et de peu entendu qu’il était, devienne tout à coup, du moins en apparence, celui du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Un hic demeure cependant. Bien que la Politique reconnaisse la discrimination et l’impact négatif de la discrimination et des conditions de vie des femmes sur leur santé, la Politique n’a pas comme stratégie d’offrir des services de santé spécifiques pour toutes les femmes ni même d’offrir des services de prévention pour les gens en santé. La prévention dont parle la Politique est axée sur des clientèles "à risque" avec des problèmes bien identifiés et le but avoué d’améliorer les statistiques. Une telle façon de voir nous semble bien loin d’une véritable politique qui mettrait l’accent non sur la prévention de la maladie, mais sur la conservation de la santé où toute citoyenne serait interpellée à participer en ayant les moyens nécessaires. Une responsabilisation qui ne serait pas assortie des moyens pour agir laisserait les femmes encore plus seules, plus coupables et plus perdantes.

Après avoir constaté la plus grande pauvreté des femmes, celle des familles monoparentales, leur détresse psychologique plus élevée, le plus grand nombre de traitements médicaux et de prescriptions de médicaments, la médicalisation des étapes de leur vie, comment peut-on éviter de conclure à la nécessité d’avoir des services de santé spécifiques pour les femmes? Dans plusieurs domaines de la vie collective, on a dû en venir non sans peine à la conclusion qu’il fallait tenter de réduire les inégalités entre les hommes et les femmes par le biais de mesures de discrimination positive. Le moment ne serait-il pas venu d’offrir dans le domaine de la santé et des services sociaux des services qui répondent à la spécificité des besoins des femmes et de soutenir les alternatives que celles-ci se sont déjà données?

Dans le cadre de la régionalisation des services, les Centres de santé des femmes doivent continuer à prendre la parole et rappeler aux régies régionales de la santé et des services sociaux qu’il faut adopter une vision de la santé qui n’est pas morcelée mais globale, une vision qui ne cible pas des clientèles à risque, mais qui travaille avec toutes les femmes, sinon la réforme envisagée risque de ne pas avoir la profondeur nécessaire pour promouvoir la santé des femmes en l’an 2000.

Diane Carle
Centre de santé des femmes de la Mauricie

Les femmes sud-asiatiques du Québec face au système de soins de santé

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Automne 1994

Parler des femmes sud-asiatiques n’est pas une mince affaire dans la mesure où cette région du monde englobe des pays aux cultures très diversifiées. L’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Sri-Lanka, le Népal, le Bhutan, sont des pays aux populations souvent multilingues, au sein desquels on retrouve plusieurs religions. Des populations vivant des situations économiques difficiles, souvent soumises à des conflits internes ou internationaux et qui parfois choisissent de migrer pour améliorer leur sort. Au Québec, on ignore bien souvent la réalité qui a formé les immigrantes originaires de cette partie du monde.

Les familles en Asie du Sud sont patriarcales, quelle qu’en soit la religion. C’est le père qui détient tout le pouvoir décisionnel au sein de la famille; si la femme réussit à partager ce pouvoir, c’est parce que son mari l’a bien voulu. La famille élargie est toujours l’unité familiale de base, même si tous les membres n’habitent pas nécessairement ensemble. Il s’agit de populations très peu urbanisées où la tradition est encore très forte. Dans une famille traditionnelle, les mariages sont arrangés; il peut arriver que les jeunes époux se rencontrent pour la première fois le jour du mariage, quoique dans les familles plus progressistes on donnera une chance aux deux partenaires de s’évaluer mutuellement une ou deux fois avant de prendre une décision définitive. Les jeunes nés ici doivent aussi, souvent, se marier selon les désirs des parents et des grands-parents; on ira parfois jusqu’à chercher un époux ou une épouse dans le pays d’origine. Les mariages arrangés sont pourtant de vraies unions qui n’ont pas moins de chances de ÇréussirÈ qu’un mariage romantique à l’occidentale. Mais le contexte particulier qui les entoure va évidemment avoir un impact spécifique sur le statut et sur les émotions de la jeune mariée, qu’elle soit dans son pays d’origine ou ailleurs.

La valeur des femmes, même dans les familles les plus émancipées, est jugée partiellement ou entièrement en fonction de leur capacité reproductive. Le choix de ne pas faire d’enfants, si on en est biologiquement capable, n’existe pas. De plus, il y a de fortes pressions sur les femmes sud-asiatiques pour les obliger à préférer les garçons. Les garçons sont davantage valorisés parce que ce sont eux qui appartiennent à la famille proprement dite; les filles, en se mariant, deviennent la propriété de la famille du mari. Dans une société traditionnelle où les services sociaux que l’on connaît ici au Québec n’existent pas ou peu, c’est seulement en donnant la vie à plusieurs garçons qu’une famille pauvre peut assurer la survie de ses membres.

La plupart des femmes sud-asiatiques ne parlent jamais avec leur mari de choses intimes. On ne discute pas de sexualité entre homme et femme. Les femmes se confient seulement à leurs sœurs, à leurs copines, quand elles se sentent à l’aise avec elles. La répression sexuelle qui constitue la norme pour une Sud-asiatique va faire en sorte qu’elle peut ne jamais connaître un orgasme de sa vie; elle ne pourra évidemment pas parler de sa sexualité avec son mari. La situation peut être très difficile pour les immigrantes qui croient avoir des problèmes physiques ou émotifs, car elles ont été retirées de leur réseau naturel et ne sauront pas avec qui parler. S’il y a vraiment un problème de santé, elles hésiteront longtemps à en parler avec leur mari, surtout si ce problème est lié à la reproduction. Un problème de santé mineur peut alors dégénérer en problème majeur.

Dans la majorité des cas, les femmes sud-asiatiques sont accompagnées par leur mari lors de la visite chez le médecin. Au Québec, la barrière linguistique empêche souvent les femmes de parler elles-mêmes au médecin, et c’est le mari qui parlera en leur nom. Même quand elles possèdent une connaissance suffisante du français ou de l’anglais, la gêne et la pression des mœurs peuvent faire en sorte que les femmes n’osent pas demander de conseils ou prendre de décisions en matière de santé sans la présence et les opinions de leur mari.

Privée de son réseau féminin et vivant dans une société qui valorise les rapprochements homme-femme, l’immigrante sud-asiatique se voit davantage dépendante de ce mari qu’elle connaît peu et avec lequel elle ne souhaite pas nécessairement tout partager. Lors de l’accouchement, par exemple, elle voudrait être entourée de sa mère et d’autres femmes plutôt que de son mari, comme on le lui suggère. La société d’accueil ne comprend pas ou n’est pas toujours sensible à la différence culturelle. Quand on œuvre dans le domaine de la santé, la meilleure solution à la diversité ethnique actuelle serait de donner à toute femme la possibilité d’expliquer sa situation personnelle et culturelle, et de l’encourager à exprimer ses attentes concernant sa fertilité, sa maternité et sa sexualité.

Le centre communautaire des femmes sud-asiatiques de Montréal travaille depuis plusieurs années à soutenir les immigrantes. On y donne des sessions d’information sur les services disponibles, des ateliers sur la santé, des cours prénatals ainsi qu’une foule de renseignements généralement transmis par le réseau féminin dans le pays d’origine. Des cercles d’entraide sont formés. On offre aussi des services d’interprétation de même que du soutien aux femmes vivant de la violence conjugale. Le centre s’inscrit ainsi comme une alternative au réseau traditionnel.

Mela Sarkar et Shree Mulay,
Centre communautaire des femmes sud-asiatiques de Montréal.

Les projets pilotes : un compromis

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Hiver 1994

Le mouvement d’humanisation des naissances n’est pas récent et pourtant il est encore d’actualité. Comme les gouvernements n’ont pas exercé leur pouvoir politique pour défendre les demandes des parents et résister à la pression des associations médicales, le dossier piétine. Naissance Renaissance a été et demeure porteur des revendications originales des femmes en ce domaine. Bien qu’il y ait eu quelques progrès accomplis, nous sommes encore loin des soins périnatals et du changement d’attitudes réclamés par les femmes et les parents depuis une quinzaine d’années.

Les demandes du mouvement portaient essentiellement sur la reconnaissance de la grossesse et de l’accouchement comme des processus normaux et naturels ne nécessitant des interventions médicales qu’en cas de complications, celles-ci ne survenant que dans 15% des cas. S’ensuivaient, logiquement, la possibilité de choisir le lieu de naissance et le droit à un service continu et intégré tout au long de la grossesse, tel celui qui est offert par les sages-femmes. En fait, les femmes devraient être pleinement autonomes face à leur accouchement et décider des soins qu’elles désirent.

En 1990, l’Assemblée nationale du Québec adoptait à l’unanimité une loi autorisant la pratique des sages-femmes dans le cadre de huit projets pilotes soit en milieu hospitalier, soit sous la supervision d’un CLSC. Pour Naissance Renaissance, cette loi est un ultime compromis!

En effet, non seulement doit-on attendre jusqu’en 1996 pour que l’évaluation de ces projets vienne corroborer la pertinence de la pratique sage-femme, mais, en outre, pendant toute cette période, les femmes et les parents qui auraient souhaité accueillir leur enfant chez eux dans une atmosphère plus familiale, et ils sont assez nombreux, se voient privés de cette possibilité à moins qu’ils ne choisissent la clandestinité. Quant à ceux et celles qui voudraient donner naissance à leur enfant en centre hospitalier, avec l’aide uniquement d’une sage-femme, la loi actuelle ne le permet pas.

De plus, l’analyse de la situation depuis l’adoption de la loi n’est guère réjouissante. Alors qu’on aurait pu souhaiter la collaboration des médecins du Québec dans l’application de cette loi issue d’un compromis, leur opposition farouche, à renfort de gros sous, contribuera plutôt à la retarder. Malgré un sondage d’opinion révélant un appui de 93% de la population à la pratique sage-femme, le souhait de 53% des femmes d’accoucher avec une sage-femme, et en dépit d’un large appui populaire à la loi, les associations médicales ainsi que les centres hospitaliers refusent toujours de collaborer.

Une telle attitude de la part des associations médicales a fait sentir ses effets dans l’Outaouais alors que les responsables du projet pilote ont dû signer leur protocole d’entente avec un médecin de l’Ontario. Cette situation a perturbé l’atmosphère qui aurait dû prévaloir à la naissance des premiers bébés en maison de naissances.

La Coalition pour la pratique sage-femme a déployé beaucoup d’énergie et d’efforts pour faire entendre la voix des femmes et des parents auprès des associations médicales et du gouvernement. Après tous ces efforts, nous devons constater que l’attitude méprisante des associations professionnelles médicales demeure. Elles continuent de véhiculer que seuls les médecins savent ce dont ont besoin les femmes qui accouchent et qu’hors de l’hôpital, il n’est point de sécurité.

En plus, la loi n’apporte malheureusement pas de réponse adéquate aux demandes initiales des femmes. Les femmes qui voudraient se prévaloir des services d’une sage-femme ou d’un lieu de naissance autre que l’hôpital ne peuvent bien souvent le faire, compte tenu du nombre limité de maisons de naissances et du vide juridique concernant la légalité de l’accouchement à la maison. Ainsi, pendant l’expérimentation de la loi, la majorité des femmes continuent de n’avoir qu’une option : être suivies par des généralistes ou par des gynécologues si la grossesse comporte des risques.

Nous sommes justifiées de nous demander à quoi riment les compromis, les demi-mesures s’ils contribuent si peu à faire progresser le dossier de l’humanisation des naissances.

Naissance Renaissance consacrera ses énergies à convaincre le gouvernement de légiférer dans l’ensemble du dossier, même sur les points les plus litigieux. Nous pensons qu’il faut avoir le courage de légaliser l’accouchement à domicile, de former des sages-femmes en conséquence et de planifier des transferts rapides et efficaces pour les cas qui l’exigent en maison de naissances ou à l’hôpital. Ce qu’il faut, c’est une volonté gouvernementale réelle et une véritable politique familiale.

Suzanne Sauvé
Naissance Renaissance, regroupement québécois
pour l’humanisation des naissances.

Ni vue ni connue : la relation des lesbiennes aux services de santé

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Hiver 1994

«J’ai une vie sexuelle active et n’utilise aucun moyen contraceptif, lui avais-je répondu en boutade. Ne vous en faites pas, je ne suis ni ignorante ni étourdie, il se trouve simplement que j’ai comme partenaire une femme»

ace à ces propos sans détours, ma nouvelle docteure est devenue nerveuse. Elle ne cessait de me demander si nous utilisions un condom, à la manière d’un vieux disque usé qui s’accroche à la même chanson. Ses mains tremblaient légèrement lorsqu’elle m’a examinée. J’ai pu lire dans ses yeux le dédain qu’elle avait de mon corps et sans doute de ma personne. Son attitude répulsive a eu raison de ma verve joyeuse et un malaise s’est installé entre nous. Crispée, ma docteure a entrepris un examen gynécologique avec un spéculum trop grand ou ajusté trop largement, ce qui m’a fait grimacer de douleur. Je lui en ai fait la remarque, mais visiblement sa préoccupation première semblait être de ne pas toucher ce corps considéré pervers. Ses gestes étaient brusques, son malaise palpable. J’ai résolu de me taire, espérant en finir le plus rapidement possible avec cet examen médical.

Si les lesbiennes ont des problèmes de santé pour une bonne part similaires à ceux des femmes hétérosexuelles, leurs relations aux services de santé sont par contre différentes. Comme en témoigne cette anecdote, les lesbiennes sont confrontées à des attitudes et des pratiques teintées de préjugés et d’ignorance à leur égard. Pour cette raison, elles auraient tendance à moins consulter pour des examens de routine que leurs consœurs hétérosexuelles. Une enquête américaine révèle que 58% des lesbiennes interrogées n’ont recours aux examens gynécologiques que lorsqu’elles détectent un problème. Une autre étude rapporte que 96% des lesbiennes interrogées Çanticipent des situations qui pourraient leur être dommageablesÈ si elles révélaient leur identité au personnel médical. Ce rapport malaisé des lesbiennes aux services de santé peut se répercuter sur la prévention, le dépistage et le traitement d’une maladie.

Mais comment se manifestent les préjugés à l’égard des lesbiennes? Disons d’abord que, dans le réseau des services de santé, on présume généralement que toutes les femmes sont hétérosexuelles. Ce qui pourrait être un simple présupposé s’avère en fait, une idéologie tenace ayant des effets discriminants: l’hétérosexisme. Associé étroitement au rapport de domination patriarcale, l’hétérosexisme est cette croyance en la naturalité et la supériorité du rapport homme-femme sur tout autre modèle de relation humaine. De façon générale, l’hétérosexisme autorise et encourage la discrimination envers les lesbiennes et de tout autre groupe social se situant hors de la norme hétérosexuelle.

On occulte ainsi l’existence de femmes qui entretiennent des rapports amoureux avec d’autres femmes ou encore, on les stigmatise en réduisant la richesse de leur vie à un seul trait : la sexualité. Une sexualité décrite comme dévorante, perverse ou anormale, bref, un stéréotype sexuel qui ne correspond nullement aux pratiques sexuelles réelles des lesbiennes. D’ailleurs, les lesbiennes, à l’image des femmes hétérosexuelles, n’ont pas tendance à se définir en fonction de la sexualité mais bien de l’amour qui les unit à leur partenaire.

Les attitudes et pratiques hétérosexistes sont nombreuses et diversifiées. Certains thérapeutes perçoivent l’homosexualité comme une déviance sexuelle et tentent de ÇguérirÈ leurs clientes lesbiennes en les orientant dans le Çdroit cheminÈ, plutôt que de les aider à conjuguer avec l’ostracisme qu’elles subissent. Il y a quelque temps, par exemple, une lesbienne a consulté une femme médecin pour un problème persistant de douleurs abdominales. Lui ayant mentionné qu’elle était lesbienne, la docteure a cru bon de lui recommander des soins psychologiques plutôt que de lui prescrire tous les tests médicaux nécessaires. Résultats : l’endométriose dont était atteinte cette jeune femme de vingt-huit ans a dégénéré et elle a dû subir une hystérectomie parce que le véritable problème de santé n’avait pas été diagnostiqué.

Par ailleurs, la règle en usage dans les hôpitaux veut que seuls la famille et le conjoint hétérosexuel puissent recevoir des informations concernant l’état de santé d’une patiente. Par conséquent, une conjointe peut se voir refuser le droit d’être renseignée même si elle partage sa vie avec la patiente depuis plusieurs années.

L’hétérosexisme se manifeste aussi dans les discours médicaux. Le questionnaire médical traditionnel et la quasi-totalité de la documentation offerte à la clientèle des services de santé adoptent le modèle hétérosexuel comme unique référent. Cette exclusion des lesbiennes et de leurs réalités dans les écrits et les paroles du personnel médical et infirmier n’est pas que symbolique. Elle correspond à une absence véritable de services de santé adaptés aux besoins des lesbiennes. Être lesbienne dans une société hétérosexuelle comporte de nombreux stress qui s’ajoutent à ceux qui sont occasionnés par les conditions dans lesquelles vivent les femmes. L’affirmation de l’amour pour une femme, les questions que cela suscite, les réactions négatives de l’entourage, la peur du rejet, sont des réalités que les lesbiennes affrontent la plupart du temps seules, faute de services d’aide. Certes, des lesbiennes ont mis sur pied des groupes d’entraide afin de rompre cet isolement. Mais ces ressources sont rares et précaires et demeurent concentrées presque exclusivement dans les grands centres urbains. Souvent, ces groupes n’existent que grâce à la détermination de quelques lesbiennes et se développent sans support financier ni soutien institutionnel.

En mai 1994, la Commission des droits de la personne du Québec rendait public son rapport sur la discrimination et la violence à l’égard des lesbiennes et des gais. Une première en Amérique du Nord. Elle recommandait, entre autres chose, la mise sur pied de services spécifiques répondant aux besoins des lesbiennes et des gais, une campagne de sensibilisation auprès des professionnels de la santé et une formation adéquate pour répondre à ces besoins. Entre ces recommandations et leur mise en œuvre, il y a bien sûr de l’espoir: celui de toute une communauté de femmes qui souhaitent qu’on leur accorde ce que la majorité a déjà, c’est-à-dire, l’accès à des services de santé et à de l’information médicale exempts de préjugés et adaptés à leur réalité.

Irène Demczuk
Sociologue et membre du comité de coordination
du groupe interdisciplinaire de recherches et d’études :
homosexualité et société de l’UQAM (GIREHS)

Retour de guerre

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Automne 1994

La feuille de «démobilisation» indiquait que je pouvais retourner à la vie «civile» le 10 janvier. Si j’emprunte ici le vocabulaire militaire, c’est que, lorsqu’on reçoit un diagnostic de cancer, on n’entre pas en maladie, mais en guerre!

Dès qu’on a détecté la «bosse» ou la tumeur, c’est le branle-bas de combat.

Prête, pas prête, on y va, enrôlée dans une course à obstacles contre la montre : biopsies, physiothérapie, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie. Pas de répit. Les drogues sont puissantes et le radium, c’est pas du bonbon. Les traitements vous font d’abord dresser les cheveux sur la tête pour ensuite vous les faire perdre. Le corps devient une cible, un champ de tir.

Violence aussi du langage. Je n’étais pas vaillante dans ma jaquette de coton bleu rêche quand on m’a dit : «Présentez-vous à la salle C.308, on va vous installer un harpon sur le sein gauche». Me sont alors venues en tête des images du film Agaguk... On aurait pu tout simplement me dire qu’on allait m’implanter une fine aiguille par radiographie assistée. Mais non : quand on veut lutter contre votre cancer, on sort l’artillerie lourde!

Le cancer n’est pas une maladie qui fait appel à la compassion, la sympathie, la douceur, la tendresse. C’est une maladie qui horrifie, dont on veut se tenir loin. Les gens qui vous aiment ravalent leurs craintes et, comme pour un soldat qui part en campagne, on vous dit : «Vas-y, t’es capable». Je n’avais pas du tout le goût d’y aller et ne me sentais pas nécessairement de taille à lutter. J’avais plus envie d’être cajolée, bercée que de recevoir des claques d’encouragement dans le dos. Mais un soldat, c’est stoïque, ça ne braille pas et ça marche au pas. C’est ce que j’ai fait: camouflant souvent mes angoisses, mes découragements, ce n’est que dans la tranchée de mes nuits sans sommeil que je «perdais la face».

C’est par temps difficile que se mesure la fidélité. J’ai eu mes «marraines de guerre» qui m’ont écrit, téléphoné, visitée. D’autres, entre 11 et 79 ans, sont carrément montées au front et m’ont accompagnée jusque dans la «chambre des tortures» acceptant au préalable les longs «sièges» de l’attente (moyenne 2 à 3 heures; mon record à battre : 6 heures).

Enrégimentée dans un combat sans merci, essoufflée entre toutes ces visites à l’hôpital, je dois me rendre à l’évidence: à la fin de cette lutte, je me sens exactement comme à l’annonce du diagnostic, c’est-à-dire en état de choc, figée, hébétée. Toute mobilisée à vouloir terrasser cet ennemi sournois et féroce, je n’ai pas eu le temps de réfléchir à ma propre mortalité, ma spiritualité, mon vieillissement, mes habitudes de vie, mes priorités, mes manques, mes urgences. C’est maintenant que je prends conscience de l’ampleur de l’enjeu. C’est maintenant, pendant ce premier cessez-le-feu, que je crains pour ma vie. C’est maintenant que j’ai peur d’une reprise des hostilités, d’une rechute.

De ces 8 mois en terrain miné, où je me suis sentie comme prise au piège, je n’aurai retenu que ceci : les êtres humains sont forts, très forts et la vie est fragile, si fragile.

En cette période de trêve, il peut sembler paradoxal d’avoir joint les rangs d’un groupe d’activistes : encore des batailles et des luttes, sur d’autres fronts. Mais Sensibilisation au cancer du sein Montréal, pour moi, ce n’est pas l’armée régulière, c’est la résistance! C’est un regroupement de femmes engagées - ayant vécu l’expérience traumatisante du cancer du sein - et désireuses de renverser les attitudes actuelles en œuvrant activement au sein d’un groupe bien informé. Il éveille la compréhension plutôt que la peur, le soutien plutôt que l’isolement, notre propre voix plutôt que la dépendance.

Pour le maintien des forces vives, pour préparer la voie à une santé renégociée, pour enclencher des solutions tangibles, rien de tel que de faire partie des Casques roses.

(Ce témoignage est paru une première fois dans le bulletin du groupe Sensibilisation au cancer du sein).

Denise Langlois
Membre du groupe Sensibilisation au cancer du sein

Stupide miroir

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Automne 1994

Il est 12h35. La cloche nous annonce l’heure d’aller dîner. En fait, tout le monde a les yeux braqués sur l’horloge et la petite mélodie n’est que l’aboutissement d’un interminable décompte. Nos ventres gargouillent en cœur, et pour plusieurs depuis le réveil. Très peu déjeunent, faute de temps ou de priorité. Alors, c’est la course folle vers la cafétéria qui, rapidement, déborde de gens affamés.

J’y rencontre Noémie avec son éternel «rien du tout» pour dîner.

« Chez-nous on est tous au régime » qu’elle me lance presque fièrement.

Je me surprends à lui répéter pour la centième fois que sauter un repas n’est vraiment pas la solution idéale. Mais la solution à quoi? Je me le demande. Noémie mesure 5 pieds 8 pouces et a une taille de... mnnequin.

D’ailleurs, il y a quelques semaines, elle a été engagée par une agence de mode. Depuis, elle s’alimente encore moins, ce qui n’est pas peu dire, et, paradoxalement, toujours aussi mal... Ses repas se composent soit de jujubes ou autres sucreries du genre, soit de ses ongles qu’elle ronge, par habitude, jusqu’au sang.

Autour d’elle, il y a ses amies. Nous mangeons, paisibles, le lunch que nous nous sommes nous-mêmes confectionné. Nous semblons venir d’une autre planète, avec un mode de vie différent, une façon privilégiée d’entrevoir les repas. Mais je sais, tout comme Noémie d’ailleurs, que c’est son attitude à elle envers l’alimentation qui pose problème.

Parce que l’obsession de la minceur, quoique très répandue, n’affecte pas toutes les filles. Certaines prennent grand soin d’incorporer à leurs repas les quatre groupes d’aliments. D’autres n’ont comme critère que de nourrir leur ventre qui crie «famine», ce qui s’avère parfois assez désastreux en fait de menu : un sous-marin en provenance de la cantine, tous les midis.

Mais le portrait le plus désolant reste celui du régime radical qu’est le jeûne... ou presque. Trouvent-elles valorisant de lutter contre leur propre corps? De se discipliner afin de devenir «mieux»? N’est-ce pas ce qui les motive à continuer malgré tous ceux qui tentent de les en dissuader? Ces filles se jugent si sévèrement que l’avis d’autrui n’a que trop peu de valeur. Leur faire comprendre qu’elles sont belles comme elles sont n’est pas chose évidente. Plus le problème prend des proportions démesurées, plus nos interventions, si franches et bien intentionnées soient-elles, sont banalisées.

Notre amitié perd-elle peu à peu son impact? Elle ne guérit plus la plaie... qui s’étend à un rythme fou.

Le temps n’arrange pas les choses, il les aggrave. C’est la raison pour laquelle il faut être à l’affût du moindre indice nous permettant de cerner le pourquoi de ce mépris qu’elles se portent à elles-mêmes, pour arrêter l’hémorragie à la source. Le problème paraît complexe, mais je persiste à croire que notre présence, fidèle dans tout ce qu’elle représente, est au fond le meilleur remède.

Maude Roux Pratte
étudiante Secondaire V

Vivre en noire

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 8, Automne 1994

Femme à la peau d’ébène. Femme déracinée. Qui es-tu? Arrachée de ta mère l’Afrique avec ton compagnon, dépossédée, transportée comme du bétail sur des bateaux négriers vers des terres inconnues. Transplantée là. Tu n’étais qu’à l’aube de tes souffrances... Sur la place du marché, humiliée avant d’être achetée par des hommes cupides, tu es devenue leur bête de somme. Tu as été insultée, battue, violée. Tandis que tu veillais avec intérêt et tendresse à la progéniture de ces hommes, on t’arrachait tes propres enfants et on les dispersait. Ce, même quand l’homme blanc en était le père.

Non seulement tu as survécu, mais tu as contribué à bâtir cette Amérique. Tu as été si souvent la mère nourricière de ces grands dirigeants du monde... Femme noire, tu as combattu aux côtés de tes compagnons afin de vivre libre avec les tiens. Tu as contribué à créer des pays où tu croyais être chez toi, en paix!

Qu’en est-il de ta sœur restée en Afrique, a-t-elle été plus chanceuse? Souvent, comme toi, elle a dû immigrer, fuyant les laquais de ces mêmes esclavagistes déguisés en multinationales. Elle a cherché refuge en Amérique, rejoignant ses sœurs déjà exilées.

Comment toutes ces femmes vivent-elles? L’immigration et l’exil désarticulent la famille noire. Elle subit des traumatismes qui laissent des séquelles sur plusieurs générations. Quels sont ces facteurs de stress vécus par la femme noire, pilier de la famille? Quels sont leurs effets sur sa santé morale et physique?

La femme noire est issue d’une société de type communautaire. Dans son pays d’origine, elle bénéficiait de l’encadrement de la famille élargie et du soutien de la communauté. Le passage d’une culture à l’autre provoque un choc. La nouvelle arrivante va vivre des difficultés émotionnelles en intégrant sa société d’accueil. Elle se retrouve hors de son milieu, contrainte à affronter seule un nouveau mode de vie. Ici, c’est une société du «chacun pour soi» et ce changement brutal entraîne d’énormes bouleversements. Si elle est parrainée par son mari, en cas de conflit, son désarroi pourra être plus grand parce qu’elle dépend de lui.

La vie en famille est une autre source de stress. En effet, le nouveau contexte de vie peut entraîner des situations de crise, se soldant souvent par des déchirements. Pourtant, la réunification de la famille demeure une priorité: la femme vit l’attente de la venue de ses enfants avec angoisse. Une fois réunie, des conflits de génération dus au chevauchement des cultures surgissent. Les différences culturelles peuvent également provoquer des accrocs avec le voisinage et constituent d’autres sources de tension. Les logements sont trop petits pour les besoins de la famille élargie qu’elle cherche à reproduire ici.

Les difficultés financières sont nombreuses. Les compétences et expériences des femmes noires ne sont pas reconnues. Le chômage est chronique. La double journée de travail ne lui facilite pas la tâche. D’une façon ou d’une autre, la femme doit assumer seule les responsabilités familiales: le compagnon, lorsqu’il y en a un, n’est pas toujours présent. Et fréquemment, elle tente d’aider ses parents restés au pays... Déconcertée, dévalorisée, mal préparée, elle fait de son mieux. Elle réussit ou échoue. Alors, elle se culpabilise, se voit responsable de l’échec.

À tout cela, il faut ajouter le racisme qu’elle peut vivre d’une façon dramatique. La femme ressent à tout moment que sa peau affecte ses relations avec autrui: «en quittant ma demeure, je ne pense pas à ma couleur jusqu’à ce que quelqu’un me le rappelle».

Être femme dans une société patriarcale reste un défi. La perception que la femme noire a d’elle-même est dénaturée de façon pernicieuse et la fait souffrir, même à son insu. La femme noire a tendance à vivre seule ses problèmes. Elle ne fait pas confiance aux services sociaux par peur de se heurter à l’incompréhension des professionnels, souvent ignorants des valeurs culturelles des immigrantes. La femme, tourmentée, développe des troubles psychologiques: frustrations, anxiété, désespoir, colère...Cela provoque des insomnies, des maux d’estomac, des maux de tête, des troubles respiratoires et digestifs, de l’hypertension...Pour s’en sortir, elle peut même tomber malade; c’est parfois la seule façon de se reposer et de demander de l’aide.

Dans sa riche vie, elle est belle et fière. Elle continue à défier l’infortune. Elle puise dans sa culture la force nécessaire pour transformer les situations. Maintenant, j’aimerais lui laisser la parole:

Je m’appelle Rose-Laure, M’Pombo, Fatou, Odette, Déysie, Nikeyete, Cyncia, Nkéngué, Gessie, Gran-ni...Je suis une survivante. Comme mes ancêtres, je résiste et je lutte. Je n’ai pas le droit de baisser les bras et quand je suis fatiguée, découragée et malade, je cherche refuge dans mon enfance, où je retrouve la chaleur familiale. Je contemple de vieilles photos. Je relis inlassablement des lettres reçues du pays. Je prie, le spirituel occupe une grande place dans ma vie. Je chante et je danse, seule des fois. J’entreprends des études. Isolée, j’essaie de reproduire la solidarité familiale, et avec des femmes de mon pays et d’ailleurs nous partageons nos expériences. Cela me permet de briser la solitude. Enfin, je puise mon énergie dans l’histoire à la rencontre de ces femmes connues pour leur grandeur d’âme, leur force et leur action.

Monik Dofen
Promotrice d’artistes
Les productions Ti Ginen et membre des cercles d’emprunt de Montréal

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 9, Automne 1995

Les forces... alliées

Pour notre dixième anniversaire, nous avons voulu nous offrir un cadeau; à travers l’Édition spéciale du Sans préjudice nous avons pris la parole pour définir ensemble la santé des Québécoises d’aujourd’hui. Cet anniversaire nous amène aussi à regarder ce que nous réserve demain. La question qui nous préoccupe est vaste: quelle sera la meilleure façon de faire avancer l’analyse féministe en santé des femmes au Québec?

Nous sommes convaincues que le Québec a besoin d’un mouvement organisé pour la santé des femmes au niveau provincial; que ce mouvement doit rejoindre le plus possible «tout ce qui bouge »en santé des femmes dans une perspective féministe; que ce mouvement doit être fort pour avoir un impact réel face aux géants auxquels nous sommes confrontées; qu’il puisse influencer de façon significative l’élaboration des politiques et des programmes; qu’il ait des ramifications partout en région et qu’il puisse agir sur l’organisation des services offerts aux femmes; que notre mouvement soit le répondant fort et digne au Réseau canadien pour la santé des femmes; qu’il soit l’interlocuteur incontournable pour les gouvernements, les chercheurs, les associations professionnelles, les médias; qu’il soit le centre de références par excellence en matière de santé des femmes...

L’ouverture que le Regroupement a manifestée ces dernières années n’a pas été sans réponse. Au contraire, un grand nombre de représentantes du mouvement des femmes ont applaudi cette initiative en soulignant l’importance pour le Québec d’une voix forte en santé des femmes. De nombreuses collaboratrices ont répondu avec enthousiasme à nos demandes. Des liens importants ont été développés avec nos membres de soutien, les collaboratrices au Sans préjudice, les partenaires de la réflexion sur les mutilations des organes génitaux féminins. Nous avons aussi croisé, au fil de différentes rencontres, d’autres alliées qui étaient elles aussi intéressées à développer des liens de solidarité pour promouvoir l’idéologie féministe de la problématique de la santé des femmes.

C’est avec ces groupes et comités de femmes, chercheuses, intervenantes et individues que nous souhaitons poursuivre la réflexion: comment créer un lieu de concertation qui nous permette de porter ensemble la voix des femmes; comment renforcer l’action du Regroupement pour en faire l’incontournable en santé des femmes; comment bâtir un Réseau québécois pour la santé des femmes!

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 9, Automne 1995

MTS : La prévention devrait-elle avoir un statut distinct pour les femmes au Québec?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 9, Automne 1995

L’histoire de cette réflexion a commencé il y a de nombreuses années. En effet, c’est à titre de professeure au département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal qu’on m’a demandé de présenter une session d’information sur la prévention des MTS auprès des femmes homosexuelles. Ceci m’a amenée à faire une recherche synthèse au cours de laquelle je me suis étonnée du peu d’information et de services spécifiques offerts à ces femmes. Dès lors, je me suis questionnée sur ce qu’il en était pour l’ensemble des femmes, mais aussi sur l’importance que l’on pouvait donner à la prévention des MTS et au VIH; plus important encore, sur quelle était la place réservée à la sexualité de la femme dans les actions de prévention. La réponse n’était pas très positive et me conscientisa à la nécessité de créer des ressources ou un organisme qui se donnerait comme mandat de promouvoir la santé des femmes tout en priorisant la santé sexuelle. Ces démarches et ces réflexions nous ont amené-e-s à conceptualiser des programmes et des actions spécifiques concernant la santé préventive pour toutes les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle ou leurs pratiques sexuelles.

Par ailleurs, en ce qui concerne la prévention des maladies transmissibles sexuellement auprès des femmes, elle semble, dans notre société, peu privilégiée ou inadaptée. Les nombreuses campagnes de prévention sont principalement ciblées sur la prévention du VIH et font en sorte qu’elles évitent, trop souvent et encore, les personnes qui ne se sentent pas concernées par le sida ou qui n’ont pas les ressources personnelles pour se protéger : les femmes dont le mari est homosexuel «non avoué», les femmes dans la quarantaine se retrouvant seules après un divorce ou une séparation, les femmes ayant une «faible estime de soi», celles qui vivent de la violence ou du contrôle dans leur couple et toutes celles à qui l’on ne pense pas lors de ces actions de prévention. Il est donc prioritaire que l’on investisse temps et argent dans la prévention des MTS chez les femmes afin que ces dernières puissent, de façon autonome et responsable, prendre leur santé globale en mains, y compris leur santé sexuelle. Il ne faut pas attendre qu’une femme atteinte d’une MTS non traitée souffre d’une salpingite - et éventuellement d’infertilité - pour lui parler de prévention!

La prévention doit prendre en compte les valeurs personnelles, les fondements comportementaux et l’éducation des personnes concernées. Il n’y a de programmes efficaces que si l’on construit les interventions ou actions sur la base personnelle de chacune des personnes. Certes, la femme est différente de l’homme; son statut distinct, basé sur des constructions éducatives et émotives différentes, exige par le fait même des programmes de prévention spécifiquement adaptés afin que la prévention soit réellement de la prévention et qu’elle ne se transforme pas en démarche curative.

C’est pourquoi le Centre de Ressources et Interventions en Santé et Sexualité (CRISS), un organisme sans but lucratif, a pour priorité de répondre aux besoins spécifiques des femmes en matière de santé et sexualité. Par ses services d’information, de prévention, d’éducation à la sexualité et de formation d’intervenants-es, il favorise l’apprentissage d’une santé préventive et globale. Ces interventions se retrouvent dans les trois services offerts : Herpès/MTS, Formation/Impacts et Sida Femmes. Toutes les femmes concernées par la prévention sont donc invitées à s’en prévaloir.

Josée S. Lafond Ph.D. (Sc. clin.)
Département de sexologie, UQAM

Syndrome de fatigue chronique

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 9, Automne 1995

Lettre ouverte à:
Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS);
Ministère de la Sécurité du revenu;
Ministère de la Condition féminine;
Commission de la Santé et de la Sécurité au travail (CSST);
Commission administrative des régimes de retraite et d’assurances (CARRA);
Assureurs;
Institutions bancaires;
Collège des médecins et membres du comité spécial récemment mis sur pied;
Médecins;
Chercheurs.

Je souffre de maladies mystérieuses qui retiennent l’attention du monde médical depuis une dizaine d’années: le syndrome de fatigue chronique (SFC) et la fibromyalgie (douleur musculo-squelettique chronique étendue). Les recherches médicales internationales les plus probantes concluent que le SFC serait exactement l’envers du sida. Tandis que, dans le cas du sida, le système immunitaire s’affaisse, dans celui du SFC, il se survolte 24 heures sur 24. Il semble se produire alors un dysfonctionnement d’éléments, comme des neurotransmetteurs et des hormones (par ex.: sérotonine, dopamine, adrénaline, etc.) et une surproduction d’éléments chimiques toxiques comme la cytokine qui finissent par s’attaquer, enflammer puis épuiser les principaux organes internes: système digestif, foie, vésicule, cœur, poumons, muscles, etc. Tout cela constitue une terrible et constante agression, ce qui, de fait, cause l’épuisement complet, d’où le terme de «fatigue chronique». La caractéristique principale du SFC en fait aussi son principal problème: sa polysymptomatologie et son aspect variable, fluctuant, font que les gens atteints passent par des phases continuelles de rémissions (où elles n’ont pas «l’air malade») et de rechutes où divers symptômes apparaissent et disparaissent ce qui rend difficile la pose d’un diagnostic, surtout lorsque que les médecins nous voient dans une phase de rémission pendant que les symptômes sont moins sévères.

Frappant de façon brutale, cette maladie affecte surtout les femmes professionnelles et très actives dans la trentaine ou au début de la quarantaine. Elle s’étend maintenant à tous les âges, de l’enfance/adolescence à l’ âge d’or, touchant ainsi plus de jeunes filles et de femmes que d’hommes (80 à 90% selon les estimations).

On sait que 50% des omnipraticiens et des médecins spécialistes ne connaissent pas ou peu cette maladie ou en ont une vision erronée. Il n’existe aucun traitement connu et l’on parle pourtant d’épidémie. Les personnes travaillant dans des lieux publics ou avec le public semblent plus susceptibles d’être atteintes (écoles, bureaux, hôpitaux). Les gens atteints ont de la difficulté à trouver un médecin qui accepte de les recevoir et de les traiter. Nous nous trimballons d’un spécialiste médical à un autre (en moyenne, 20 médecins consultés par personne atteinte = coût social élevé). Plusieurs médecins n’inscrivent pas les diagnostics réels de SFC ou de fibromyalgie (sous la pression des compagnies d’assurances, des employeurs ou par peur d’être impliqués dans des procédures judiciaires). Lorsque nous vivons des symptômes aigus provoqués par notre état chronique, l’attitude des médecins spécialistes se modifie dès qu’ils prennent connaissance de notre diagnostic de SFC. La plupart du temps, on tente de nous psychiatriser, de nous psychosomatiser ou de relier le SFC au sacro-saint stress, solution facile pour se déresponsabiliser face à leur méconnaissance et leur impuissance à agir devant cette maladie complexe, surtout lorsqu’ils font face à des patientes.

C’est d’une atteinte physiologique dont nous souffrons et l’état dépressif qui peut s’en suivre en est le résultat et non la cause. Cet état dépressif est d’ailleurs lié très directement à l’ignorance, à la non-reconnaissance, à l’indifférence et au mépris dont nous sommes victimes et à la lutte quotidienne que nous devons mener et ce, malgré notre épuisement total pour la reconnaissance et le respect de nos droits les plus fondamentaux à des services de santé adéquats, à la sécurité et au droit de vivre dans la dignité. De façon franche et brutale, je vous dirai que si stress il y a, vous en êtes la cause directe, vous, du milieu médical, du milieu politique, assureurs, employeurs et toute personne ou organisme qui depuis plus d’un an avez eu connaissance de ce dossier et continuez à nous ignorer et à vous mettre la tête dans le sable. Tous, vous avez avoué avoir pris conscience de la gravité du problème. Qu’attendez-vous donc pour agir?

Je ne suis pas médecin ni chercheure, mais j’ai suffisamment lu d’articles et de livres, entendu de conférences, d’émissions sur le sujet pour pouvoir émettre certaines hypothèses sur la gravité de ce dossier. Je peux vous fournir les références. Je parle en mon nom seul, à titre de citoyenne préoccupée par le sort de ses paires(rs). Mes hypothèses vous semblent alarmistes ou irréelles? Faites-le moi au moins savoir!.

Le problème: Il semble que nous soyons en train de faire face à un dysfonctionnement majeur (à la hausse comme à la baisse) du système immunitaire chez une proportion de gens de plus en plus élevée, amenant de plus en plus de maladies auto-immunes (où le système immunitaire s’attaque au corps plutôt que de le défendre contre des agresseurs éventuels), ou de difficultés à combattre des agents agressant tels virus, bactéries, autrefois anodins, maintenant renforcés face aux antibiotiques courants (cf. congrès des chimiothérapistes été 1995, Montréal). C’est le dysfonctionnement du système immunitaire qui, à mon avis, est à la base des maladies comme la fibromyalgie, les maladies environnementales, les maladies liées aux lieux de travail et aux espaces clos, la bactérie «mangeuse de chair», le sida et le SFC. Un exemple de lien: on a détecté la même production constante et élevée de cytokine et un système immunitaire fonctionnant 24 heures sur 24 aussi bien chez les gens atteints de SFC (cf. article soumis dans le dossier) que chez les cas de gens atteints de la bactérie «mangeuse de chair »(cf. émission Découverte, Radio-Canada, entrevue avec le microbiologiste qui a soigné monsieur Lucien Bouchard). À l’inverse, c’est au niveau des lymphocytes que l’on fait un parallèle entre le sida et le SFC là où certains lymphocytes sont à la baisse chez des sidéens, ils sont anormalement élevés chez les personnes atteintes de SFC et vice-versa. Dans le sida, un virus est en cause: le VIH. Dans le SFC, plusieurs virus anodins et anciens se réactivent. Comment, pourquoi? On parle toujours d’épidémie au sujet du SFC sans savoir ni les causes, ni comment y faire face.

Les causes possibles: Elles sont probablement multiples. Nouveaux virus ou encore anciens qui se réactivent à cause d’une résistance affaiblie; causes environnementales, pollution, exposition prolongée à des produits toxiques ou chimiques (durant le travail); travail (ou études) dans des édifices clos (écoles, CEGEP, universités, bureaux); vaccins, abus d’antibiotiques, additifs alimentaires; stress relié à la situation économique et à la peur de perdre son emploi (syndrome du survivant), déshumanisation, etc.

Les responsables? Nous tous, individus, compagnies, gouvernements, société. Responsables d’avoir laissé faire. Responsables de ne pas réagir quand il en est encore temps.

Les conséquences: Une société de gens affaiblis, malades, dont les défenses immunitaires ne pourront bientôt plus répondre aux agressions les plus anodines Les professeurs Gallo et Montagnier ont lancé un signal d’alarme lors du dernier congrès des chimiothérapistes. 75% des gens atteints par le SFC l’ont été après une simple grippe.

La maladie nous amène aussi notre lot de problèmes financiers. Nous nous retrouvons sans emploi, à négocier notre situation avec les assureurs, la CSST, l’Aide sociale, la Régie des rentes, la CARRA, les institutions financières, etc., sans parler du combat pour que des recherches médicales se fassent enfin. Dans la première année de la maladie, on estime qu’il y a 50% de cas de divorce. Comme ce sont principalement des femmes atteintes, vous voyez d’avance le topo: plus d’emploi, plus de conjoint, perte d’à peu près tout, affligées d’une maladie non reconnue par les assurances salaires (auxquelles elles ont contribué toute leur vie), psychiatrisées par les médecins qui choisissent cette solution de facilité plutôt que de s’impliquer dans ce dossier chaud, abandonnées par ses amis et sa famille qui n’en peuvent plus de les voir dans cet état, perdant toute confiance, espoir, valorisation et tout sens d’utilité sociale, elles se ramassent isolées, sur l’aide sociale et au bout du compte, avec raison, dépressives, sans illusions ou foi dans un avenir quelconque. Chez des victimes qui ont peine à mettre un pied devant l’autre, la défense de nos droits est de l’ordre de l’impossible.

Ce qu’il faut faire à mon avis: Cesser immédiatement de se mettre la tête dans le sable. Tous les organismes et ministères concernés ont déjà reçu depuis mai dernier un dossier politique ainsi que des articles sur le sujet. Aucun d’entre vous ne nous a encore consultées véritablement. Aucun n’a pris le temps de s’asseoir avec nous ainsi qu’avec des spécialistes, d’ouvrir, de lire et d’analyser ce document. J’y disais: «Nous sommes conscientes des limites du système et nous les admettons. Respectez notre douleur et notre combat pour nous en sortir. Accompagnez-nous dans cette lutte jusqu’à ce qu’ensemble nous trouvions des solutions». Six mois plus tard, je suis plus radicale. J’ai entendu trop de fonctionnaires, d’attachés politiques, de médecins et d’intervenants de toutes sortes, s’excuser de leur peu de pouvoir, se déresponsabiliser, ou carrément se renvoyer la balle! Où est-il le pouvoir? Est-ce que ça existe encore? Et, si oui, qui le détient?

Ces maladies prennent trop d’ampleur. De plus en plus de gens sont atteints (chaque intervenant politique contacté m’a avoué connaître une personne atteinte). Les impacts socio-économiques risquent d’être trop graves pour que, selon ma conscience sociale, je baisse les bras et surtout que je vous laisse les baisser. Il faut agir maintenant. Tout d’abord en convoquant de façon urgente une rencontre de différents ministères et organismes impliqués avec des gens atteints ainsi qu’avec les médecins qui les suivent. Rassembler le plus d’informations, d’informateurs possibles. Enclencher immédiatement la recherche en favorisant la communication entre chercheurs sur différents sujets (SFC, sida, maladies environnementales et du travail, etc.). Nous consulter tout au long de ce processus de recherche; nous en savons actuellement plus nous-mêmes sur notre état (aussi bien sur le plan médical que financier), sur ses causes probables et sur ses solutions plausibles, que tout médecin ou fonctionnaire. Agir rapidement, par des décisions politiques, sur les causes les plus visibles et les plus facilement corrigibles ainsi que sur les moyens à mettre en œuvre pour faire face à cette situation. En attendant que ceci se fasse et qu’on trouve ensemble des solutions, il faut absolument que ces différents organismes et ministères considèrent en priorité les dossiers soumis par les personnes atteintes par ces syndromes et leur reconnaissent une invalidité totale, temporaire à permanente. N’ayant par l’air souffrante (lors des rémissions), nous sommes souvent traitées d’une manière qui augmente notre détresse physique et financière. Il est important d’accorder à nos dossiers respect, compréhension et souplesse de façon à ce que nous puissions récupérer plus facilement, réintégrer plus rapidement notre travail et ainsi ne plus être aux crochets de la société. Du côté des employeurs, on devrait, là aussi, user de souplesse et favoriser un retour au travail très progressif. Lorsque c’est possible, on pourrait même favoriser un réaménagement du travail, un changement de poste et même un travail à domicile si c’est envisageable.

Les enjeux: C’est du courage politique que je vous demande pour affronter les vrais problèmes, les vraies causes et trouver les vraies solutions. Je veux que cela se fasse en étroite collaboration avec les personnes qui sont vraiment au courant du problème et qui veulent vraiment trouver des solutions et non pas laisser mourir le dossier sur les tablettes ou encore nous concocter un petit rapport totalement faussé. Demandez à ceux qui ont lancé un signal d’alarme, lors de l’apparition du sida, s’ils aimeraient revivre l’indifférence qu’ils ont vécue. C’est ce que vous êtes en train de nous faire revivre!

Jamais je ne me tairai, je me battrai jusqu’au bout et je ne suis pas seule à le faire. Vous me trouvez alarmiste, dérangeante. Ayez le courage de venir me le dire en pleine face, mais vous avez intérêt à connaître votre dossier car le mien, je le connais sur le bout de mes doigts, dans chacun de mes muscles douloureux et de mes organes atteints. Je n’ai plus aucune illusion. Je ne suis dupe d’aucuns de vos discours ni de vos faux prétextes. Je n’ai plus rien à perdre sinon ma vie et j’y tiens trop pour baisser les bras et me taire. Je n’ai plus qu’un espoir, c’est que vous vous éveilliez et que vous agissiez avant qu’il ne soit trop tard.

Je vous laisse sur cette citation tirée du film Hiver 54, l’abbé Pierre: «La politique, ce n’est rien d’autre que l’art de rendre possible ce qui est nécessaire».

Francine Duchesneau
Québec, le 26 octobre 1995

Syndrome ou symptômes prémenstruels?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 9, Automne 1995

La période prémenstruelle s’établit entre l’ovulation et la menstruation. Au cours de cette période de notre cycle, il se produit dans notre organisme des phénomènes biochimiques provoquant l’apparition de symptômes dits prémenstruels parce qu’ils surviennent précisément à cette période, de 3 à 14 jours avant les règles. Selon les statistiques médicales, 90% d’entre nous ressentent l’approche de leur menstruation. Les spécialistes ont répertorié 200 symptômes physiques et psychiques (attitudes, comportement, perceptions).

Certaines femmes reconnaissent leur période prémenstruelle dès l’apparition de signes physiques: seins gonflés et douloureux, maux de tête, tiraillements dans le bas-ventre, etc. D’autres ressentent une lassitude générale, parfois une difficulté à se concentrer et d’autres encore ont l’impression d’être à fleur de peau, plus sensibles (aux bruits, aux odeurs, à la lumière), plus lucides. Certaines se disent impulsives, énergiques ou d’humeur changeante. Nous ne nions pas le fait que la majorité d’entre nous ressent effectivement des modifications. Cependant, nous remettons en question l’idée que les 200 symptômes répertoriés soient uniquement, principalement et effectivement tous liés aux phénomènes biologiques de la menstruation. En effet, parmi les attitudes et les comportements rapportés par les femmes et classés par les spécialistes comme étant des symptômes prémenstruels, il s’en trouve tout au moins quelques-uns qui, pour plusieurs d’entre nous, pourraient être liés à autre chose qu’à l’approche de nos règles.

Chacune de nous réagit plus ou moins vivement, positivement ou négativement à ce qui l’entoure; nous sommes influencées par nos milieux de vie et notre héritage social. D’autre part, nous n’avons pas reçu d’images positives de notre cycle menstruel et cela se reflète dans la perception de notre vécu prémenstruel. Lorsque nous en parlons, nous retenons surtout les événements les plus troublants (la mémoire est sélective). Nous invitons les femmes à remettre en question l’idée que les modifications biologiques (hormonale, neurohormonale, endocrinienne) expliquent à elles seules notre façon d’être à l’approche de nos règles. N’est-il pas vrai que plusieurs des symptômes traditionnellement associés à la période prémenstruelle dont le manque de patience, le désintéressement pour les tâches domestiques et la colère soient aussi des caractéristiques socialement et historiquement interdites aux femmes? Depuis longtemps, nous avons appris à qualifier ces comportements d’anormaux ou à les percevoir comme des signes d’un état anormal. N’est-il pas vrai que plusieurs parmi nous se croient au bord de la folie parce qu’elles ressentent des émotions traditionnellement «interdites»? Plusieurs sont confuses et inquiètes ne sachant pas quelle signification ni quelle importance elles doivent accorder à leurs sautes d’humeur, à leurs débordements d’énergie et à ce qui leur semble être de l’intolérance envers leur entourage. Pourquoi les femmes de 30 à 45 ans consultent-elles plus souvent pour leurs symptômes prémenstruels? Pourquoi les mères sans emploi rémunéré et avec de jeunes enfants ressentent-elles plus souvent des symptômes psychiques sévères? Les symptômes prémenstruels sont-ils toujours indicateurs d’un syndrome prémenstruel (syndrome: ensemble des symptômes d’une maladie)? Comment se fait-il que nos symptômes prémenstruels soient considérés, par certains spécialistes, comme une maladie mentale? Nos questions sont nombreuses et nous voulons comprendre ce que nous ressentons.

Parmi les 90% de femmes qui ont des signes prémenstruels, 2 à 5% ressentent des symptômes très sévères qui interviennent dans leur quotidien. Les spécialistes des domaines médicaux (gynécologues, neuropsychiatres, neurologues, neuropsychologues) ont élaboré des démarches thérapeutiques. Généralement, les médicaments prescrits sont de deux ordres: certains agissent sur la mécanique neurohormonale et hormonale (huile d’onagre ou Efamol, vitamine B6 et suppléments multivitaminiques), d’autres ont un effet direct sur le système nerveux (anxiolytiques et antidépresseurs). Les études sur l’efficacité de ces médicaments révèlent un taux élevé de l’effet placebo, dans 50 à 95% des cas. De plus, les expériences se font sur de petits groupes (de 15 à 25 participantes) et ont une durée moyenne de 3 à 6 cycles, dont un cycle menstruel sert de contrôle, 1 ou 2 cycles pour l’expérimentation du médicament ou du placebo et 1 ou 2 autres cycles pour faire une étude croisée. Ce mince échantillonnage ne peut être concluant.

Quoique peu d’études aient été faites pour confirmer scientifiquement l’impact des modifications du style de vie, il semble que l’adoption de saines habitudes apporte une baisse significative de la sévérité des symptômes. Plusieurs femmes ont effectivement observé une amélioration de leur condition après avoir expérimenté une ou plusieurs des trois solutions suivantes: un programme régulier d’exercice, une alimentation saine et équilibrée et la pratique de techniques de relaxation ou la participation à un groupe de soutien pour réduire le stress. Aussi, les médecins ont-ils inclus les modifications des habitudes de vie dans leur protocole thérapeutique et ce, malgré l’absence de données scientifiques pour appuyer cette recommandation. Est-ce que la critique des féministes concernant la surmédicalisation des femmes aurait porté la médecine traditionnelle à trouver une alternative aux prescriptions médicamenteuses?

Il est bon de partager nos expériences prémenstruelles avec d’autres femmes. Dans une entrevue accordée au périodique L’Union médicale du Canada, Geneviève Déchêne, omnipraticienne, affirme que les femmes consultent davantage pour leurs symptômes psychiques. Elles ont une peur profonde d’être folles ou de le devenir; dire leurs souffrances et leurs inquiétudes peut les libérer. En effet, nous dit la docteure Déchêne, après la première consultation, 50% des femmes repartent rassurées et sans ordonnance.

Depuis longtemps les Centres de santé des femmes se sont penchés sur la question du cycle menstruel et ont offert aux femmes différents services. Pour répondre à ces besoins de dire, d’être écoutée et rassurée, nous travaillons, au Centre de santé des femmes de la Mauricie, à la préparation d’un guide de sept ateliers sur les symptômes prémenstruels. Par cet outil, nous invitons les femmes à partager leur vécu prémenstruel. Nous croyons qu’à travers ces échanges, elles trouveront les moyens d’agir sur leur vie et de participer à la lutte aux préjugés, aux stéréotypes et aux mythes concernant les femmes et leur cycle menstruel. Démystifier la période prémenstruelle, proposer une vision qui prenne en compte aussi le vécu quotidien des femmes et favoriser l’autosanté sont quelques-uns des objectifs que nous visons à travers la création d’un guide de vulgarisation des discours scientifiques. Pour atteindre nos objectifs, nous proposons les thèmes suivants:

La petite histoire du «syndrome prémenstruel»
pour amorcer une réflexion sur la
médicalisation de la période prémenstruelle

Les symptômes prémenstruels et leurs causes
pour mieux connaître notre expérience
individuelle et favoriser l’autosanté

Comment traiter les symptômes prémenstruels?
pour acquérir une meilleure connaissance des traitements existants
et nous permettre d’être plus autonomes face à notre santé

Perception de soi et de son cycle
pour mieux apprécier l’influence de notre éducation sexuelle
et amorcer une réflexion sur nos capacités d’agir

Les symptômes psychiques et la période prémenstruelle
pour démystifier nos sautes d’humeur et réfléchir sur les croyances
et les préjugés à l’égard de la psychologie des femmes

La période prémenstruelle et l’ère de la performance
pour démystifier la période prémenstruelle
et redonner au contexte de vie la place qu’il mérite

Pour briser le silence
pour s’attaquer aux racines du problème:
les critères et les standards des autres

Une rencontre inédite : femmes et médecins

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 9, Automne 1995

Connaissez-vous les formatrices «patientes-professeures"? Elles ont un rôle important à jouer dans la formation médicale. Elles enseignent l’examen gynécologique tout en se faisant examiner. Elle montrent aux étudiant-e-s en médecine à identifier les organes génitaux externes, à faire l’examen gynécologique avec le spéculum, la palpation des organes génitaux internes et les aident à saisir l’importance du contact avec les femmes usagères. Elles ne sont pas des modèles humains, mais bien des formatrices utilisant leur savoir expérientiel (connaissances provenant de l’expérience) dans la formation.

Dans plusieurs universités nord-américaines on offre cette formation aux étudiant-e-s en médecine. Selon Warren C. Plauché, md. et Wendy Baugniet-Nebrija (1985) l’enseignement de l’examen gynécologique à partir de lectures, diapositives, vidéos et modèles de seins et d’organes génitaux en plastique est inadéquat. L’élément humain de communication et d’interaction ne peut être transmis adéquatement que par ce qu’ils appellent les gynecologics teachings.

Actuellement, pour la deuxième année consécutive, cette formation est donnée aux étudiant-e-s en médecine de l’Université de Montréal. À la différence des autres universités, ces formatrices font partie d’un groupe autonome et ont en grande partie été formées au Centre de santé des femmes de Montréal. Elles ont non seulement une connaissance intime de l’examen gynécologique, mais une connaissance pratique développée lors d’ateliers d’auto-examen, d’examens gynécologiques faits auprès d’usagères du Centre et de formations collectives.

Ces formatrices ont une autre particularité: elles sont féministes. En ce sens, Monique Bégin croit que pour relever le défi d’apprendre au monde médical à travailler en égal avec d’autres professionnel-le-s et avec des profanes qui ont des compétences différentes et des choses à dire, il faut l’aide de l’analyse féministe faite autour des femmes et de leur santé. Dans ce contexte, les formatrices deviennent un chaînon entre le monde des femmes et le monde médical; elles apprennent aux futurs médecins non seulement la technique gynécologique, mais les conscientisent à ce que les femmes vivent lors de l’examen gynécologique.

Les formations données par les patientes-professeures permettent aux étudiant-e-s de développer une pratique, des habiletés techniques, des attitudes humaines, de diminuer leur niveau d’anxiété lors du premier examen. De plus, à la suite de cette formation, les usagères n’ont plus à subir le premier examen gynécologique d’une personne qui n’a ni le savoir, ni l’expérience.

Les formatrices patientes-professeures permettent une rencontre entre femmes et médecins dans un contexte inhabituel. En contrebalançant le savoir de «l’expert médecin »par un savoir basé sur l’expérience que possèdent les femmes, une relation égalitaire peut s’établir. De plus, cette relation s’inscrit dans un rapport à la santé plutôt qu’à la maladie, ce qui s’avère un apport intéressant dans le monde scientifique.

Renée Ouimet
CSF-Montréal

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 10, Hiver 1996

Il était une fois...le Mouvement pour la santé des femmes

Si l’histoire des femmes et du Mouvement pour la santé des femmes avait été écrite, elle commencerait probablement par «il y a de cela très très longtemps...»; car enfin, les femmes ne se sont pas improvisées expertes en santé, elles l’ont toujours été!...

On trouve en effet, à travers les âges et dans presque toutes les sociétés, la présence de femmes qui soignaient et guérissaient. Associées au symbole de fécondité et considérées comme responsables de la reproduction, les femmes ont toujours été proches des manifestations de la vie et de la mort; elles ont acquis tout un savoir concernant l’alimentation, la grossesse, l’accouchement, la contraception, l’avortement, l’hygiène et les soins du corps.

Ces femmes avaient une approche empirique de la santé, c’est-à-dire un savoir basé sur l’expérience plutôt que sur la théorie. Elles se sont, depuis l’Antiquité où elles étaient prêtresses, formées au contact les unes des autres, transmis leurs connaissances oralement, de mère en fille, de voisine à voisine. Les origines des potions-santé, léguées de la même façon par nos grand-mères et arrière-grand-mères remontent, sait-on vraiment, jusqu’où?

Ces prêtresses de l’Antiquité, sorcières ou sages-femmes du Moyen Âge, avaient du pouvoir et l’exerçaient; s’il n’était pas officiel (politique), ce pouvoir non hiérarchique n’en était pas moins important: respectées par la communauté, perçues comme sages, on les consultait volontiers sur des questions de la vie courante. Leur engagement social se réflétait par ailleurs dans leur participation aux assemblées populaires où leur opinion comptait. Le plus souvent autonomes, elles étaient, et de loin, l’antithèse de l’image idéalisée de la femme (soumise, dépendante, dénuée d’objectivité, etc.).

Les choses changeront cependant au cours de l’Histoire. L’institutionnalisation de la famille et, plus tard, l’avènement du christianisme, feront perdre aux prêtresses leur place et leur pouvoir. Associées au culte de la Déesse, aux rituels de la nature, bref, à tout ce qui participait de la culture païenne, ces femmes entraient en contradiction avec le système d’autorité le plus important: l’ordre religieux. Quant aux sorcières, nos «prêtresses du Moyen Âge», elles seront vues comme les rivales des prêtres, la sorcellerie étant aussi reliée aux rites païens.

La chasse aux sorcières sera le fruit d’une association entre l’Église, l’État et le corps médical.

Il faut se rappeler que l’Église catholique occupait, au Moyen Âge, une place prépondérante dans la société; elle dominait, on n’en discutait pas, tout comme on ne remettait pas en question le sexisme de son discours: «Une femme qui pense seule pense au mal» écrivait-elle. Ce sera là l’un des principes de l’Église et sa «contribution» à l’oppression spécifique faite aux femmes...

À l’opposé des sorcières qui travaillaient de façon intuitive et objective, par l’observation, l’expérimentation, par essais et par erreurs, l’église, qui se méfiait de toute manifestation reliée à l’utilisation des sens, avait une attitude complètement anti-empirique. Elle ne voyait pas l’intérêt de chercher les lois physiques ou naturelles de tel ou tel phénomène puisque Dieu était partout, qu’il exerçait sa volonté à tout moment; ce qui nous arrivait était simplement ce qui devait nous arriver, ce que nous méritions. L’esprit de recherche des sorcières entrait en contradiction directe avec le fatalisme de l’Église.

Même les bons traitements des sorcières étaient perçus comme une menace; car enfin, si elles pouvaient utiliser leur savoir et leur pouvoir pour faire le bien, elles risquaient aussi de les utiliser de façon maléfique, à l’encontre de l’Église, contre Dieu et l’ordre établi! Ainsi la magie, considérée par l’Église comme aussi efficace que la prière, représentait un danger; la prière, au moins, était sous son contrôle.

L’État s’inquiétait pour sa part des liens de solidarité qui se créaient entre les paysans attirés par les rassemblements des sorcières. Craignant une éventuelle révolte, il s’associera spontanément à l’Église dans la chasse aux sorcières. Quant au pouvoir médical - les médecins «professionnels» issus de la classe privilégiée qui avaient pu se payer une formation académique interdite aux femmes - il entérinera aussi le discours de l’église. C’était dans l’intérêt des médecins: déjà rétribués par la classe dirigeante qu’ils soignaient, ils désiraient avant tout conserver leur place et leurs privilèges.

Ainsi, en quelques quatre siècles, les femmes soignantes, sorcières ou sages-femmes verront leur pouvoir réduit à néant, leur savoir nié et leurs pratiques interdites. Elles seront tuées par milliers, victimes d’une oppression qui continuera de se manifester à l’égard des femmes par le sexisme des institutions, la professionnalisation de la médecine et, dès le XIXe siècle, par la médicalisaiton dont elles seront l’objet.

Le Mouvement pour la santé des femmes, qui se créera bien des années plus tard, apportera, par son approche féministe et ses alternatives, une réponse claire à l’oppression historique subie par les femmes.

Marleen Provençal

Note: ce texte s’inspire en grande partie d’un ouvrage passionnant publié aux Éditions du Remue-ménage en 1983: Sorcières, sages-femmes et infirmières, Une histoire des femmes et de la médecine, par Barbara Ehrenreich et Deirdre English, traduit de l’américain par Lorraine Brown et Catherine Germain.

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 10, Hiver 1995

À quand un forum sur la ménopause ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 10, Hiver 1996

Depuis 1992, j’anime au Centre de santé des femmes de Montréal des ateliers sur la ménopause en regard de la médecine traditionnelle chinoise. Entre 1992 et 1994, les femmes qui suivent ces ateliers sont âgées d’environ 51 ans et elles sont majoritairement ménopausées ou en périménopause. Elles recherchent avant tout des outils pratiques pouvant les aider. En 1995, le profil change: la moyenne d’âge des femmes est alors autour de 45 ans et la majorité d’entre elles ne sont donc pas encore ménopausées. Elles viennent surtout pour s’informer afin de se préparer à bien vivre cette étape de leur vie.

J’ai constaté lors de ces ateliers que l’hormonothérapie de remplacement est une préoccupation majeure chez l’ensemble des participantes. Les femmes se questionnent à ce sujet et avec raison. Elles ont besoin d’un lieu pour en débattre et en discuter.

Il est grand temps que nous ayons un forum sur la ménopause, organisé et sous la responsabilité d’organismes neutres, n’ayant aucun intérêt autre que celui des femmes. Il serait important qu’un groupe de femmes se concentre exclusivement sur la ménopause et tout ce qui l’entoure.

La ménopause est et doit être un sujet d’actualité. La citation de Fortune, reprise dans l’Actualité du 1er mars 1996, nous le démontre bien: «Bonne fête! Le 1er janvier, le 1er des 76 millions de baby boomers a eu 50 ans! Depuis ce jour, 10 000 d’entre eux plongent quotidiennement dans la cinquantaine. Il en sera ainsi jusqu’au 31 décembre 2005». Quand on sait que la moyenne d’âge de la ménopause est de 51 ans, imaginez le nombre de femmes qui seront ménopausées d’ici dix ans. Environ 38 millions!... Je crois qu’il est urgent de s’unir et de mettre en commun nos efforts et nos énergies pour faire toute la lumiére sur le sujet.

Jacinthe Soucy
acupunctrice

Au bout de nos âges : la santé des femmes en question

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 10, Hiver 1996

À mon sens, un aspect qui a beaucoup contribué à l’amélioration de la santé des femmes depuis 30 ans a été la mise sur pied de services de santé spécifiques pour les personnes de 65 ans et plus.

Bien des facteurs ont permis ce progrès: augmentation du nombre de gens âgés à la suite de l’amélioration des conditions de vie, programmes sociaux, désir d’autonomie et reconnaissance de leur capacité de réadaptation et de développement par les personnes âgées elles-mêmes.

Rappelons que l’espérance de vie des femmes au Canada est passée de 62,1 à 79 ans entre 1931 et 1981 - 50 ans - et de 60 à 70,9 ans pour les hommes.1 Nous vivons plus vieilles (surtout) et en plus grand nombre. Et près du quart de la population aura 65 ans et plus en l’an 2031...

Bien qu’encore trop rares, des institutions ont vu le jour, s’adaptant à cette nouvelle réalité: centres hospitaliers spécialisés en gériatrie (comme le C.H. Côte-des-Neiges), équipes de gériatrie dans les hôpitaux généraux, hôpitaux et centres de jour, équipes de maintien à domicile dans les CLSC, centres d’accueil, centres de soins de longue durée, etc.

En 1981, 40% du budget de la santé allait aux aînés-ées qui constituaient 9,7% de la population 2. C’est clair: les besoins de santé augmentent avec l’âge. Maintenant que l’argent est rare, certains pensent que trop d’argent est alloué ainsi aux 65 ans et plus. «À quoi bon maintenir en vie et à grands frais des gens âgés qui n’aspirent qu’à mourir en paix?» C’est vrai, l’acharnement thérapeutique a été vivement dénoncé et souvent, avec raison.

L’attribution des ressources se fera donc de plus en plus dans un contexte de coupures budgétaires et de multiplication des besoins, ce qui implique des choix difficiles et complexes qui risquent d’ouvrir la porte à des injustices. Passées d’abord sous silence, elles pourraient devenir la norme. L’âge ne devrait pas être un critère pour refuser l’accès à des soins et à des traitements. Aurons-nous la volonté de maintenir et même d’augmenter les services pour assurer toute l’attention nécessaire aux aînés-ées et à leurs proches ou, au contraire, nous laisserons-nous convaincre que les programmes sont des luxes qu’on ne peut se permettre? Aurons-nous tout simplement les moyens de maintenir une certaine équité des services de santé entre les générations? Et qu’est-ce que l’équité?

D’après l’éthicien David J. Roy (cf. Le Devoir, 8 janvier 1996), les débats éthiques, aujourd’hui et pour longtemps, devraient porter le plus rapidement possible sur la justice distributive des soins de santé. Plusieurs questions devraient figurer dès maintenant à l’agenda des discussions éthiques: le vieillissement de la population et les ressources limitées, bien sûr, mais aussi l’apparition des nouvelles technologies médicales et les nouvelles médications excessivement chères, disponibles, mais non accessibles à toutes et à tous. Dans un tel contexte, le nid est fait pour une médecine privée qui donne accès rapidement à des examens et traitements.

Mon expérience auprès de gens du quartier Villeray (pourtant peu favorisés économiquement) me montre que pour atténuer la souffrance, les gens sont souvent prêts à donner gros: je connais une femme pourtant sans revenu à qui ses enfants paient près de 1000 $ par mois pour une nouvelle médication en cause dans son traitement contre le cancer. Je souhaite que les représentantes des femmes soient à la barre pour défendre la réalité des femmes vieillisantes... parce que l’âgisme et le sexisme pourraient produire un cocktail dangereux qui fasse du tort à l’ensemble de la population qui vieillit inévitablement.

Je suis consciente que le monde est en profond changement et que les solutions sont à trouver: raison de plus pour accompagner les changements de pratiques par une réflexion critique et éthique.

Marthe Savoie


Note de l’auteure: celles qui souhaitent approfondir la réflexion trouveront entre autres dans La bioéthique, ses fondements et ses controverses, certains chapitres particulièrement pertinents sur les soins aux personnes âgées. Les femmes représentent plus ou moins 75% des personnes qui reçoivent des soins à domicile des CLSC.

(1) La bioéthique, ses fondements et ses controverses, Roy, Williams, Dickens et Beaudoin, Éditions du renouveau pédagogique, 350 pages, 1995.

(2) Idem.

En route vers le Togo

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 10, Hiver 1996

Oui, c’est vrai, ce n’est pas tous les jours qu’on se fait demander de participer à une mission au Togo. Bien des événements préparent un tel événement, il ne tombe pas du ciel. Et pourtant...

Il faut croire que rien n’est inutile et que les bases d’un partenariat ne sont pas toujours ce que l’on imagine qu’elles sont: au concret s’ajoute beaucoup d’invisible.

Je ne pourrai pas retracer ici toutes les étapes du projet. Il faut quand même dire que le Centre de santé des femmes de l’Estrie (par l’entremise du Carrefour solidarité internationale de Sherbrooke) tente de développer, depuis déjà cinq ans, un partenariat avec un groupe de femmes togolaises qui s’intéresse à l’autosanté. C’est par le biais d’une mission d’Afriquébec, qu’il me sera possible de rencontrer ce groupe, d’autres groupes de femmes ainsi que des groupes oeuvrant sur le plan des droits humains.

Je veux donc partager avec vous cette expérience, car je crois que le séjour en terre togolaise constituera le noeud de l’expérience comme telle. Ici, il s’agira de nommer comment la volonté de faire aboutir un projet peut être agente de changement. Puisqu’il est encore trop tôt pour parler du changement au sein des groupes concernés, c’est en toute modestie que je vous livre ici mon témoignage.

Je n’ai pas les mots pour tout dire, mais je suis certaine d’une chose: à 44 ans, j’ai une meilleure connaissance de moi-même et une meilleure perception de mes désirs, de ce qui me fait avancer et de mon pouvoir de cocréation. Je sens l’abondance de la vie, l’éloignement de certaines peurs, en même temps qu’une préparation pour aller à la rencontre de l’essentiel. La transformation d’attitudes négatives pour réaliser mon but me profite et, je l’espére, profitera aux autres. Je me libére de certaines réactions, de certains patterns et je jette un regard nouveau sur ce qui est.

Au-delà du partenariat, pourquoi ce voyage, pourquoi l’Afrique? Ce voyage à venir est, pour moi, une fenêtre ouverte sur le monde. Et comme une fenêtre peut l’être, je me sens ouverte... Regarder avec discrétion... Accepter ce qui est... Faire une gestion saine de ce qui est plus ou moins conforme à ma propre culture... Non habituée à me confronter à certaines formes de pouvoir, à l’inhumanité des systémes, à des valeurs ancestrales, à des conditions féminines touchantes, je m’attends à des bouleversements tant émotifs que culturels. Quelle place prendront-ils dans ma vie? À quoi m’ouvrira cette expérience? Une chose est certaine: la prime d’éloignement sera ce avec quoi je reviendrai. Beau voyage, belle expérience...

Femme de lutte, de défense de droits, j’ai, quelquefois, le goût de me reposer. Difficile. Je ne peux me désengager, mais il est possible d’apprendre à lutter différemment! Transformation d’énergie... Perspective différente des luttes à faire et du travail à accomplir... Conscience en mouvement... Pressentiment sans pouvoir nommer les choses... Conscience réceptive qui provoque des bouleversements, de la confusion... Alors, pour les vacances, vous repasserez!

Faire des liens est quelque chose de dynamisant pour moi. Ces temps-ci, j’ai l’impression d’accumuler des connaissances intellectuelles et je ne sais trop quoi en faire. Il me manque l’expérience. Mon souhait, pour le retour: que, peu à peu, les ponts se construisent entre les connaissances, les sensations, l’expérience, l’information... En attendant, comment ne pas me disperser, faire l’équilibre, me respecter et respecter les autres? Tout d’abord, ouvrir toutes mes lentilles, toucher à tout, essayer d’entendre le plus possible, ne pas refuser d’information, laisser entrer tout ce qui vient vers moi. Je crois qu’aprés cette expérimentation, la meilleure façon de centrer mon énergie, sera de laisser s’inscrire toute l’expérience africaine à travers moi. Je souhaite alors avoir l’intelligence de laisser de la place à mon intuition. C’est elle qui, jusqu’à maintenant, a su me guider vers ce qui est bon pour moi, ce qui est pertinent, nécessaire. Une vision élargie, des fenêtres grandes ouvertes sur l’extérieur en même temps que sur l’intérieur... Transformation... Transparence...

Depuis quelque temps, la peur s’est transformée en excitation. Un grand calme aussi. Tout ira pour le mieux. Tout est dans l’ordre des choses. Je reviendrai avec plus de bagages que maintenant: richesse qui prendra le temps qu’il faut à intégrer. Harmonie. Pas d’inquiétude. Me faire confiance. Parviendrai-je à identifier ma véritable valeur? Pourquoi ai-je parfois peur de ne pas être adéquate? Et pourtant, j’ai tout ce qu’il faut pour vivre cette expérience: intelligence, discernement, ouverture, entregent... Pourquoi être inquiéte? Un tournant dans la vie... Pars le coeur léger, Carole... Et donne-toi le temps d’atterrir, au retour....

Carole Tatlock
Sherbrooke, le 27 février 1996

Lesbiennes et VIH : sommes-nous concernées?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 10, Hiver 1996

Au Québec, les femmes représentent environ 9% des cas de sida. Des contacts avec des gens du réseau de la santé ont permis de mettre en lumière le manque ou plutôt l’absence d’informations concernant la transmission du VIH chez les lesbiennes. C’est un sujet dont on connaît peu de choses et dont on parle peu.

Dans un document gouvernemental traitant de l’infection au VIH chez les femmes, on mentionne «qu’au Canada, on n’a recensé aucun cas de sida attribuable à des contacts sexuels entre femmes».(1) Les lesbiennes seraient-elles moins à risque? Des études américaines ont cependant démontré qu’en raison de certains comportements, les femmes homosexuelles pourraient être plus à risque que les femmes hétérosexuelles. Selon une étude sur le VIH et les comportements à risque (2), des 9% de l’ensemble des femmes (135/1518) qui ont rapporté avoir des contacts sexuels avec d’autres femmes, 93% ont également rapporté avoir des contacts sexuels avec des hommes. De plus, les femmes ayant des contacts sexuels avec d’autres femmes:

  • sont plus actives sexuellement car 38% ont eu trois partenaires ou plus durant les trois derniers mois, comparativement à 13% chez les femmes hétérosexuelles;
  • reconnaissent avoir eu des échanges sexuels pour de l’argent ou de la drogue au moins une fois depuis 1978 dans 48% des cas, comparativement à 12% chez les femmes hétérosexuelles;
  • pratiquent davantage le sexe oral (bouche-pénis), les pénétrations anales et moins de pénétrations vaginales que les femmes hétérosexuelles, lors de leurs contacts sexuels avec des hommes;
  • ont également plus de partenaires sexuels à haut risque depuis 1978, incluant des utilisateurs de drogues injectables, des hommes bisexuels et des personnes infectées au VIH.

Une autre étude conclut que «la séroprévalence du VIH est significativement plus élevée parmi celles qui ont rapporté une histoire d’utilisation de drogue par injection, ou une histoire de pénétration anale ou vaginale avec des hommes gais/bisexuels ou avec des hommes utilisateurs de drogues par injection».(3)

La rareté de l’infection au VIH chez les femmes ayant des contacts sexuels exclusivement avec d’autres femmes engendre donc une fausse perception de sécurité. De se sentir moins à risque ne signifie pas pour les lesbiennes de n’être pas à risque. Ce sentiment d’être à l’abri fait oublier les comportements qui exposent aux risques d’infection. La transmission du VIH peut survenir majoritairement durant les relations sexuelles, lors de l’utilisation de drogue par injection avec échange de seringues, à la suite d’une transfusion sanguine reçue avant 1985 et lors de l’insémination artificielle. L’infection au VIH (virus du sida) peut occasionner des problèmes tels que: fièvre, infections vaginales, diarrhées chroniques et cancer du col de l’utérus.

Les messages contradictoires entourant les risques associés aux pratiques sexuelles des lesbiennes engendrent beaucoup d’ambiguÏté. Les femmes demeurent très perplexes sur des questions de base: le sexe oral est-il à moindre risque? Le sang menstuel augmente-t-il les risques de transmission? L’insertion de doigts dans le vagin constitue-t-il en soi un faible risque, un très faible ou aucun risque? L’information véhiculée sur les risques d’infection au VIH est peu documentée en ce qui concerne les lesbiennes. On sait cependant que le virus du sida est une maladie mortelle et que des femmes ayant des contacts sexuels avec d’autres femmes ont le sida.

Si vous avez des questions, vous pouvez
obtenir de l’information en composant sans frais:

INFO MTS-SIDA:
Québec et sa banlieue: 648-2626
Ailleurs au Québec: 1-800-463-5656.

France Laroche

coordonnatrice, «Étape par étape» COCQ-SIDA


N.D.L.R. L’auteure suggère la lecture d’une étude toute récente publiée en anglais par le Women’s Programs, AIDS Vancouver et intitulée Acknowledging Diversity: Questioning Authority, A Report on the Findings of the Women Who Have Sex with Women Survey, by Claudia Brabazon.

(1) Santé et Bien-Être Canada, Les femmes et le sida: un défi pour le Canada au cours des années 90, Ministère des Approvisionnements et Services Canada, 1990.
(2) Jean Bevier, Pamela, et coll., Women at a Sexually Transmitted Disease Clinic Who Reported Same-sex Contact: Their HIV Seroprevalence and Risk Behaviors, American Journal of Public Health, October 1995, Vol. 85, No 10.
(3) Lemp, Geoge F., et coll., HIV Seroprevalence and Risk Behaviors Among Lesbians and Bisexual Women in San Francisco and Berkeley, California, American Journal of Public Health, October 1995, Vol. 85, No 11.

Réflexions sur les mutilations des organes génitaux féminins : bilan et perspectives

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 10, Hiver 1996

Si les médias québécois nous ont sensibilisées à la question des mutilations génitales féminines (MGF), comme certains procès l’ont fait en Europe, il peut nous sembler étonnant qu’aucun groupe de femmes africaines, tant au Québec qu’en Afrique, n’ait fait de la lutte contre l’excision une priorité. C’est que l’alphabétisation, le droit à l’éducation et au travail, la nécessité d’avoir un revenu paraissent tout aussi essentiels sinon plus à l’ensemble de ces femmes que l’abolition de l’excision...

Bien conscient de ces facteurs, le Regroupement, de concert avec les femmes des communautés africaines, a organisé cette réflexion sur les MGF. Se sont réunies pour l’occasion, des intervenantes des milieux communautaires et du secteur public concernés par les différents aspects de la question (droit et justice, éducation, santé) de même que des représentantes des ministères touchés.

Nos invitées ont fait ressortir que les MGF reposent sur des valeurs, des croyances ou des comportements culturels et rituels. Cependant, elles ont souligné que les sociétés ne sont pas immuables, qu’elles connaissent des mutations profondes, que de nouveaux dynamismes socioculturels apparaissent et que d’autres disparaissent. Il faut, selon elles, éviter d’englober dans une même condamnation les pratiques de MGF et les systèmes culturels Africains. L’éducation interculturelle devrait permettre de reconnaître que des efforts réciproques d’adaptation s’imposent, mais que des valeurs telles l’intégrité physique des personnes et l’égalité entre les hommes et les femmes ne sont pas négociables. La lutte contre les mutilations génitales doit être placée dans un contexte plus large, à savoir l’amélioration de la qualité de vie des femmes africaines, ce qui implique, comme pour l’ensemble des femmes, l’accès à l’éducation et l’intégration au marché du travail.

Ces réflexions sur les mutilations génitales féminines ont permis une véritable concertation entre les membres des communautés concernées et de la communauté d’accueil. Le processus de consultation, entrepris par le Regroupement à l’étape préparatoire, a contribué à faciliter les échanges. La qualité et la représentativité des invitées et des participantes, soulignée par toutes, a permis de mieux connaître l’état de la situation des MGF au Québec et de dégager des pistes d’actions pour l’avenir.

Il est apparu qu’il existe déjà, au sein des communautés concernées, une volonté de changement, mais que ce mouvement a besoin du soutien de la communauté d’accueil afin de résister aux pressions des traditionalistes. Cette rencontre, une première du genre au Québec, a permis le développement de réseaux de solidarité. Plusieurs femmes se sont dit intéressées à participer à un comité de suivi, lequel s’assurera de l’appui des communautés africaines dans son travail. Il misera sur la concertation entre les femmes, les groupes et les organismes intéressés par la question afin de donner plus de force et d’impact au mouvement de lutte contre les MGF.

Un rapport complet est disponible au Regroupement.

S’abandonner dans le système de santé : Un risque ou un gain?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 10, Hiver 1996

Les moyens utilisés pour répondre à nos aspirations politiques sont parfois à revoir, à questionner, analyser ou réorienter.

Au Centre de santé des femmes de Montréal, nous espérions, à une certaine époque, donner aux femmes l’information qui leur permettrait de développer l’audace nécessaire pour questionner le monde médical, nommer leurs malaises au médecin, refuser l’irrespect, être capable de choisir entre différentes alternatives de traitement et faire reconnaître leur savoir «expérientiel». Nous souhaitions que les femmes, dans le cadre de leurs consultations médicales, provoquent le système de santé en le forçant à mettre la science réellement au service des usagères. Mais l’information ne fait pas des femmes des combattantes dans tous les secteurs de leur vie; elle n’est pas l’unique composante qui génère l’audace et le sens critique. La vulnérabilité face à la maladie rend parfois les individus incapables de critiquer ou d’exiger des services répondant à leurs besoins.

À titre d’exemple, une femme m’a raconté un jour une histoire reliée à un cancer qu’on lui avait découvert. Lors d’une consultation médicale, sa médecin lui avait proposé, dans le but d’éclairer son choix, de lire une série de textes scientifiques exposant le pour et le contre d’une intervention qu’elle pourrait subir. Elle lui a répondu qu’elle ne voulait pas les lire, qu’elle avait besoin de la neutralité ou de l’objectivité médicale à ce moment précis de sa vie. Cette histoire m’a touchée. Je crois qu’ici, le besoin de croire, de faire confiance et de s’abandonner était nécessaire.

Dans la même période, certaines de mes amies ont eu une attitude semblable dans des situations de vulnérabilité et cela, même si elles avaient développé un sens critique féministe par rapport au système de santé et même si elles avaient l’information nécessaire pour faire un choix.

Dans le même ordre d’idée, j’ai remarqué que certaines femmes à bout de ressources personnelles étaient prêtes à essayer tout ce que le monde médical pouvait offrir pour atteindre leurs objectifs, pour transcender la peur de la mort et cela, qu’on parle de reproduction, d’esthétisme, d’oncologie, etc. Je me rappelle entre autres l’expérience de Lyne qui avait des problèmes de fertilité. Elle avait décidé de consulter une spécialiste reconnue dans ce domaine :

  • C’est ma chance, se dit Lyne; je suis enfin tombée sur LA docteure.
  • On va vous faire un examen pour voir si vos trompes sont bouchées, dit la médecin.
  • Mais madame, j’ai eu six grossesses, mes trompes ne sont pas bouchées!
  • Vous voulez que je vous suive ou pas?
  • Lyne finit par accepter, convaincue de sa chance.
  • Vos trompes ne sont pas bouchées, on va vous faire une laparoscopie pour voir si vous ne faites pas de l’endométriose.
  • Mais madame, ça m’étonnerait beaucoup!
  • Voulez-vous que je vous suive ou non?

Lyne a finalement accepté de passer un examen même si elle doutait de sa pertinence. Elle était prête à n’importe quoi ou presque pour atteindre son objectif, mais après une laparoscopie, lorsque la médecin lui a imposé un autre examen, elle s’est dit : non! Elle trouvait que cette approche médicale était exclusivement technologique. Dans ce cas, les solutions étaient imposées, il n’y avait pas d’écoute et par désespoir, Lyne a accepté pendant un moment ce fonctionnement.

Le processus d’abandon que vivent plusieurs personnes lorsqu’elles sont malades, le besoin de croire, de faire confiance, est parfois nécessaire au cheminement vers la guérison ou à la quête du sens face aux maux. Ce besoin semble se perpétuer à travers les âges et les sociétés et, dans notre système actuel, il confère un pouvoir symbolique aux médecins en plus du pouvoir social qu’ils ont déjà. Étant donné que la médecine témoigne actuellement d’une culture savante (complexité de la méthode, du vocabulaire, des actions utilisées, solennité et hiérarchie des relations avec les professionnels-les) elle peut s’éloigner des significations que vivent ou que peuvent s’approprier les gens.

En ce sens, je me demande s’il n’est pas dangereux de s’abandonner au système médical surtout lorsque la formation apprend aux médecins à faire, à agir et pas nécessairement à développer une écoute attentive. Selon une médecin interviewée, la formation médicale apprend à intervenir, ce qui entraîne qu’on fait souvent n’importe quoi. À titre d’exemple elle raconte que lorsqu’elle était étudiante et qu’elle faisait la tournée avec un patron, ils ont examiné un homme atteint d’un cancer du pancréas. Le médecin lui a dit : «on va vous donner de la chimiothérapie». Par contre, aux étudiants-tes dans le corridor il a dit : «qu’on lui donne de la chimio ou pas, il en a pour six mois à vivre».

Le Dr Clément Olivier répond à cela : «On nous enseigne à défendre la vie, de sorte qu’on panique devant la mort. Pour pouvoir réagir adéquatement en tant que médecin, il faut d’abord régler cette question comme individu».

Ces attitudes me questionnent profondément sur ce que signifie la prise en charge de notre santé dans le système actuel lorsqu’on est malade et/ou vulnérable et aussi sur l’impact que peut avoir l’abandon sur notre vie, notre santé. Je crois que l’abandon est souvent un processus nécessaire. À cause de cette réalité, je me demande si on ne doit pas travailler à transformer certaines attitudes pouvant exister dans le système médical telles que le manque d’écoute du vécu des femmes, les difficultés à transmettre une information globale, le manque de respect face à la réalité et au choix des femmes, etc. Je me questionne aussi à savoir si l’on ne doit pas chercher et créer des moyens, des lieux sécuritaires pour vivre ce processus d’abandon.

Le soutien dans l’abandon serait-il ailleurs qu’entre les seules mains du système? Pourrait-on penser à des formes d’accompagnement, à des groupes de soutien et d’entraide, à des lieux de convalescence et puis, laissons donc aller notre imagination!

Renée Ouimet
CSF de Montréal

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 11, Automne 1996

Un virage ambulatoire bon pour la santé des femmes?

Le virage ambulatoire constitue un élément majeur de la reconfiguration du réseau de la santé et des services sociaux qui est en cours. Cette formule, que l’on peut définir comme un ensemble de mesures visant à remplacer l’hospitalisation ou à accélérer le retour de la personne dans son milieu de vie après l’hospitalisation, tout en offrant des soins de santé mieux adaptés aux nouveaux besoins, est souhaitée par la plupart des acteurs du milieu. Nous y souscrivons d’emblée, sauf que...

Sauf que cette transformation radicale de l’organisation des services de santé risque d’entraîner une importante dégradation des conditions de travail et des conditions de vie des femmes. Le virage ambulatoire présente en effet des risques réels pour les Québécoises à titre de travailleuses, à titre d’aidantes et à titre d’usagères des services de santé et des services sociaux. Des risques qu’il faut, à tout prix, éviter par des mesures appropriées!

Pour les travailleuses

Les femmes représentent 75 % du personnel de la santé et des services sociaux. En 1991, ce secteur embauchait 16 % de toute la main-d’oeuvre féminine disponible au Québec. Le virage ambulatoire comprime dramatiquement l’emploi dans l’un des rares secteurs où l’écart salarial entre les femmes et les hommes s’est amenuisé de façon importante. En effet, dans le réseau de la santé et des services sociaux, les femmes gagnent en moyenne 85 % du salaire des hommes tandis que, dans l’ensemble du marché du travail, elles n’obtiennent que 69,4 % de la rémunération de leurs collègues masculins.

Au rythme où vont les choses, à la faveur du virage ambulatoire, des milliers de femmes perdront leur emploi et seront contraintes d’offrir leurs services à des employeurs des secteurs privé ou caritatif pour accomplir, dans des conditions bien inférieures, les tâches qu’elles assumaient auparavant dans le secteur public.

De surcroît, les mises à pied des unes se traduisent par des surcharges de travail pour les autres. L’hospitalisation étant dorénavant réservée aux seules personnes lourdement atteintes, les soins requis seront nécessairement plus exigeants pour les travailleuses qui demeureront dans le réseau. Quant à celles qui devront prodiguer des soins aux malades à domicile, leurs conditions de travail s’en trouveront grandement modifiées et toute la question de la santé et de la sécurité au travail devra être réexaminée.

Des organismes communautaires pourraient être appelés à assumer des tâches auparavant dévolues au secteur public. Convertis en bassins de main-d’oeuvre bon marché, ces groupes risquent de devoir délaisser la mission de transformation sociale qui est la leur au profit de la seule satisfaction immédiate des besoins de la population, dans un contexte de compressions budgétaires du gouvernement.

Pour les aidantes dites naturelles

Le virage ambulatoire a pour corollaire la prise en charge des personnes malades ou en perte d’autonomie par des «aidants naturels». En réalité, ce sont surtout des «aidantes» puisque des recherches menées ici et ailleurs montrent que, dans une proportion de 70 à 80 %, ce sont les femmes qui assument cette responsabilité. Cette situation est généralement occultée, considérée comme allant de soi.

Les tâches associées à la prise en charge d’une personne malade sont multiples et souvent complexes : soutien affectif, gestion de problèmes sociaux, soins d’hygiène, administration de médicaments, etc. Elles présentent parfois des risques importants. Ces fonctions ne sont pas «naturelles» pour tout le monde. Elles exigent une certaine formation.

Par ailleurs, la disponibilité requise, la réorganisation du travail salarié et le cumul des tâches ont des incidences non seulement sur la santé et le bien-être de l’aidante, mais également sur la vie familiale. Si l’aidante est forcée de se retirer du marché du travail pendant des périodes plus ou moins longues, cette situation est susceptible de se traduire par un appauvrissement de l’aidante et de sa famille.

Pour les usagères

Enfin, avec une espérance de vie plus longue que celle des hommes, les femmes vivent plus longtemps en situation d’incapacité. Elles sont donc dépendantes des services de santé et des services sociaux pendant une plus grande partie de leur vie.

Comme le virage ambulatoire survient dans un contexte de rationnement des ressources, nous redoutons une détérioration de la qualité des services dont la clientèle est majoritairement féminine. Il existe un danger réel que les ressources disponibles soient dirigées vers des besoins médicaux immédiats au détriment des services sociaux et des services de prévention et de promotion de la santé. Les services de santé et les services sociaux seront-ils encore disponibles pour répondre aux besoins des femmes?

Par ailleurs, le milieu familial n’est pas toujours constitué d’aidants naturels! On y trouve parfois des conflits intergénérationnels, des situations de violence, de négligence et d’abus de toutes sortes. Dans ces cas, sur qui les femmes et les mères malades ou en perte d’autonomie pourront-elles compter?

Tenir compte de la réalité des femmes

Le virage ambulatoire ne touche pas également les femmes et les hommes, même si le ministère, les régies régionales et les établissements de santé feignent de l’ignorer. Pourtant, le gouvernement du Québec, tout comme le fédéral, sont dotés de politiques les incitant à reconnaître les inégalités entre les hommes et les femmes comme l’un des facteurs importants influençant la santé et le bien-être. Ils ont d’ailleurs pris des engagements en ce sens à l’occasion de la Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes à Beijing en 1995.

Les femmes ont raison de craindre les effets pervers de cette réorganisation du réseau. C’est pourquoi nous demandons que les diverses instances du réseau de la santé et des services sociaux et le gouvernement lui-même, à commencer par le premier ministre du Québec, prennent en compte la réalité des femmes dans le virage ambulatoire. Nous voulons que le virage ambulatoire soit bon pour la santé des personnes malades, cela va sans dire; mais il doit en être de même pour les travailleuses et pour les aidantes.

Diverses mesures devraient être envisagées afin d’éviter que le virage ambulatoire ne se réalise au détriment des Québécoises.

Par exemple :

  • réorienter les effectifs dans le cadre du virage ambulatoire tout en préservant le volume d’emplois actuel et en assurant à chaque travailleuse une contribution significative;
  • inscrire dans la Loi sur les normes du travail la protection des emplois des personnes qui doivent s’absenter afin de prendre soin de proches; octroyer des congés sociaux à cette fin ou offrir la possibilité de convertir des congés de maladie personnels en congés de prise en charge de personnes malades;
  • offrir une formation appropriée au personnel réaffecté à de nouvelles tâches ainsi qu’aux aidantes et aidants naturels;
  • rendre disponibles des centres de jour et des maisons de répit;
  • développer des appareils et des instruments appropriés pour les soins à domicile;
  • mettre en place un système permettant une communication personnalisée entre les ressources médicales d’une part, les bénéficiaires touchés par le virage ambulatoire et les aidantes et aidants d’autre part;
  • consentir des avantages fiscaux aux individues qui prennent en charge une personne malade ou en perte d’autonomie.

Ce sont là des mesures réalisables à court terme qui permettraient que, dans le virage ambulatoire, les femmes soient traitées avec équité, un objectif qui est cher au premier ministre du Québec et que nous partageons.

Le nécessaire virage ambulatoire doit associer pleinement les femmes. C’est cela, pour nous, être citoyennes au centre du système et pouvoir, avec toutes nos énergies, toutes nos différences, nous y sentir partenaires à part entière.


Au début de la rentrée, un groupe de travail sur le virage ambulatoire composé de 17 organisations syndicales et de groupes de femmes - dont le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec - adressait cette lettre au premier ministre du Québec, monsieur Lucien Bouchard. Ces groupes nationaux invitent maintenant les organismes locaux et régionaux à appuyer cette déclaration.

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 11, Automne 1996

Consommation de médicaments chez les femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 11, Automne 1996

Au printemps dernier, la Commission parlementaire des affaires sociales sollicitait le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec pour l’aider à mieux comprendre le fonctionnement des organismes ayant une influence sur la consommation de médicaments au Québec. Elle souhaitait recueillir des recommandations visant une meilleure utilisation des médicaments tout en maintenant le contrôle des coûts directs et indirects et en stimulant la recherche et le développement dans ce domaine. Le Regroupement a choisi de présenter son analyse de la consommation de médicaments chez les femmes et l’action des groupes de femmes relativement à ce phénomène (1). Vous trouverez dans le texte qui suit quelques éléments de cette présentation.

Dans notre société, les médicaments sont considérés comme un moyen rapide pour régler les problèmes de santé. L’évaluation de la consommation de médicaments doit nécessairement inclure l’analyse de différents paramètres dont: la perception de l’état de santé physique, le niveau de détresse psychologique, la condition socio-économique, la relation avec les médecins et l’emprise de l’industrie pharmaceutique.

Par exemple, le rôle des femmes et leurs attitudes conditionnent leur perception de leur état de santé. En plus d’avoir le rôle de gardienne de la santé dans la famille, elles sont amenées à consulter plus fréquemment que les hommes puisque les différentes étapes de leur santé biologique sont encore médicalisées. Du reste, on a jusqu’ici encouragé les femmes à médicaliser leurs problèmes. La maladie est encore aujourd’hui considérée comme un phénomène socialement plus acceptable que la révolte.

Or, les médecins ont tendance à prescrire plus de tranquillisants ou des somnifères aux femmes qu’aux hommes sans chercher les causes des problèmes. Cela peut s’expliquer en partie par la propension qu’ont les femmes à consulter leur médecin, à parler des dimensions psychosociales de leurs problèmes de santé ou à présenter des symptômes comme l’anxiété, l’insomnie, etc. Si toutefois d’autres moyens parallèles sont proposés, par exemple, des ressources psychosociales, on constate que les médecins en tiennent rarement compte dans le suivi.

Outre ces facteurs qui rendent les femmes plus susceptibles de faire usage de médicaments, le lobbying des compagnies pharmaceutiques auprès des gouvernements, les campagnes publicitaires dans les revues spécialisées, ainsi que certains avantages offerts aux médecins et aux spécialistes, de même que les campagnes promotionnelles visant le grand public encouragent la vente de médicaments.

L’analyse féministe

Au-delà des thérapies traditionnelles, la naissance et le développement de l’intervention féministe furent intimement reliés au mouvement des femmes, à la prise de conscience que les femmes étaient les principales consommatrices de médicaments, de psychothérapies et d’hospitalisation et qu’il fallait penser à d’autres types de réponses plus adéquates.

L’analyse féministe perçoit davantage les souffrances des femmes comme des conditions de vie communes résultant des inégalités de la société dans laquelle nous vivons.

Un des objectifs que nous poursuivons est donc de permettre aux femmes de prendre conscience qu’elles ne sont pas les seules à vivre leurs difficultés, qu’elles ne sont pas seules responsables de ces difficultés et qu’il existe un lien entre les douleurs personnelles et l’oppression sociopolitique dont elles sont victimes.

L’intervention féministe questionne le fait de prioriser des changements individuels plutôt que des changements sociaux, ou encore le fait d’encourager l’adaptation plutôt que la révolte.

Avec le contexte socio-économique actuel, les coupures dans les programmes de prévention et la réorganisation des soins de santé, tout porte à croire que les conditions favorisant l’utilisation de médicament vont rester bien présentes. Or, on peut même penser à une utilisation de médicaments psychotropes qui risque d’être plus importante. À notre avis, cette nouvelle génération de médicaments risque d’avoir un effet catalyseur sur les facteurs explicatifs du phénomène. En plus des conséquences liées à l’utilisation même de ces nouvelles substances, cela ne risque-t-il pas d’amplifier la médicalisation des problèmes des femmes et de diminuer les probabilités qu’elles s’attaquent aux véritables causes de leurs problèmes?

L’analyse féministe en santé propose des pistes d’actions concrètes qui méritent de retenir l’attention des décideurs : le programme SEVE (Savoir et Entraide pour un Vieillissement Éclairé) d’Élixir, un groupe travaillant à la prévention de la toxicomanie féminine; le service d’avortement dans les Centres de santé des femmes où l’on met en pratique les trois "D" de l’analyse féministe en santé : démédicaliser, désexiser et déprofessionnaliser; le programme d’obsession de la minceur, mis sur pied par le Centre des femmes de Verdun et implanté un peu partout au Québec.

Les femmes le disent depuis un bon moment : pour répondre à nos besoins en matière de santé, il faut adopter une approche holistique qui tient compte non seulement des aspects physiques de notre bien-être, mais également des aspects économiques, psychologiques, spirituels et culturels.

Lise Lamontagne

(1) Les références et le mémoire complet sont disponibles au Regroupement des centres de santé des femmes du Québec.

Contribution communautaire

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 11, Automne 1996

Notre définition

Rappelons tout d’abord que les groupes communautaires furent créés par les citoyennes et citoyens pour répondre à des besoins spécifiques reliés à l’exclusion sociale et économique ou encore aux rigidités ou insatisfactions du réseau public et des institutions; à la nécessité d’améliorer la qualité de vie et les services ou pour se donner des lieux de pouvoir afin d’innover et proposer autre chose (espaces de créativité). Les groupes communautaires portent un projet social commun et partagent des valeurs communes d’équité et de justice sociale. Chacun a sa propre identité et actualise sa mission de façon différente. Les groupes se retrouvent dans tous les secteurs de la société, ce qui illustre bien notre vision globale de la santé.

Nos organisations sont autonomes, sans but lucratif et les principaux mécanismes de régulation sont les besoins des usagères et des usagers et non l’État. La contribution à la promotion de l’innovation est intrinsèque à nos organisations et s’inscrit dans un processus continu de renouvellement suivant les représentations des collectivités. Le fait de faire partie d’un espace libre, démocratique et créatif, représentatif de la société civile, nous amène à poser un regard critique ou une interrogation continue sur le modèle dominant. Ceci constitue certainement un facteur prédisposant ou une façon de favoriser l’émergence de l’innovation dans un système donné. Nous sommes en quelque sorte une opposition informelle. Promouvoir le changement, nous le faisons quotidiennement en accomplissant nos mandats en revendiquant des droits, des services mieux adaptés aux diverses réalités de la vie en société, en questionnant les pratiques, les pouvoirs et en développant des services basés sur des approches et des modes d’intervention différents.

Notre contribution

Donc, notre façon de contribuer à la promotion de l’innovation c’est de revendiquer, questionner, créer, mais aussi de partager nos analyses politiques et sociales, nos expertises, nos expériences avec les différents acteurs afin d’influencer le système en faveur des personnes.

Ainsi défini comme acteur de changement social - si reconnus pour ce que nous sommes - nous pourrions être porteur de trois rôles distincts dans un système réorganisé, soit:

  • rôle de rassembleur dans l’action de maintenir ou de revitaliser le filet social (vigile/revendication/solidarité collective). La marche des femmes contre la pauvreté en est un bel exemple;
  • rôle de promoteur de la santé en poursuivant nos actions axées sur la prise en charge individuelle et collective et sur nos activités préventives; en favorisant le développement de nouvelles habiletés, attitudes et solidarités; en poursuivant nos campagnes d’information, de sensibilisation et nos ateliers de conscientisation: en dispensant des services qui répondent spécifiquement aux besoins, qui respectent les droits individuels, etc. Bref, redonner du pouvoir à la citoyenne et au citoyen: renforcer le potentiel des personnes;
  • rôle conseil auprès de l’État ou des décideurs en matière de santé et de bien-être, partager nos analyses des besoins sociaux, représenter nos milieux, etc.

En conclusion, un de nos grands défis réside dans notre capacité à collaborer avec l’État à un projet collectif sans perdre notre identité, notre autonomie. Un des pièges qui guette nos groupes est de devoir assurer de plus en plus de services pour obtenir un financement, au détriment de nos idéologies et ainsi faire les frais du désengagement de l’État. Il y a aussi un danger de transformation en groupes subordonnés au modèle étatique qui seraient de moins en moins en mesure d’assurer une contribution dynamique et originale.

Indépendamment de nos intérêts sectoriels, gérer l’innovation c’est s’organiser sur la base de valeurs fondamentales telles le respect, la confiance entre nos organisations respectives, l’interaction égalitaire entre les différents acteurs, la croyance en notre capacité de se regrouper et d’établir des orientations de développement; c’est aussi opérer des choix difficiles dans un cadre d’équité et de justice.

Notre grande motivation

La qualité de nos motivations à s’associer avec d’autres et le temps que nous mettons à accorder nos perceptions, à confronter nos idées, à dégager un véritable consensus sont nécessaires pour créer de nouvelles valeurs et s’assurer de résultats de qualité.


* Extrait de l’allocution de madame Line Provost, présidente du RCSFQ et chargée de financement du CSFM, lors du dix-septième colloque Jean-Yves-Rivard organisé par le Département d’administration de la santé de l’Université de Montréal et de l’Association des diplômés de la maîtrise en administration de la santé, tenu le 19 avril 1996, sous le thème : «ORGANISER L’INNOVATION - IMAGINER LE CONTRÔLE DANS LE SYSTÈME DE SANTÉ».

Dossier sage-femme : accouchement difficile

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 11, Automne 1996

Encore aujourd’hui, lorsqu’il est question du dossier sage-femme, on ne rencontre que quelques constats, plusieurs questions et bien peu de réponses. Bien sûr, il est d’abord étonnant de constater la lenteur à laquelle le Québec évolue dans ce dossier. Alors que plusieurs provinces canadiennes ont déjà procédé à la légalisation de la pratique sage-femme et permettent aux femmes de choisir le lieu de leur accouchement, le Québec en est encore à l’expérimentation et à l’évaluation de la pertinence de cette pratique. Tout est donc encore à régler. Nous ne pouvons être assurées qu’après sa légalisation la pratique sage-femme demeurerait autonome et qu’il y aurait maintien de la qualité de l’approche. Les usagères se voient refuser en trop grand nombre l’accès au service en maisons de naissances. Aucun programme de formation pour de nouvelles sages-femmes n’est prévu avant la fin des projets pilotes, soit en septembre 1998. Nous ne savons évidemment pas à quoi ressemblera ce programme de formation. Le collège des médecins réussira-t-il à imposer celui sur lequel il travaille avec l’Université de Montréal ? Les sages-femmes sauront-elles faire respecter leur approche ? De plus, nous ne savons pas si les Québécoises auront un jour le choix du lieu de leur accouchement. Le personnel des milieux hospitaliers demeure encore très rébarbatif au projet. L’accouchement à la maison, quant à lui, n’est pas encore à l’ordre du jour.

Si les projets pilotes peuvent nous paraître un grand détour pour arriver à une légalisation qui déjà aurait dû avoir lieu, il faut quand même en reconnaître les effets positifs. D’une part, ils permettent de mieux faire connaître la pratique sage-femme, de la démystifier ; ainsi l’ouverture des maisons de naissances ainsi que la gratuité des services auront permis une plus grande accessibilité aux usagères. Les projets pilotes ont amené les sages-femmes à goûter la collaboration avec les personnes les plus ouvertes et à sentir les limites du réseau quant à sa capacité d’intégrer des intervenantes qui fonctionnent autrement. C’est en vivant les pressions d’un réseau qui veut leur dicter une façon de faire et qui réclame toujours plus d’interventions que les sages-femmes confirment l’importance de demeurer à l’écoute des besoins des individues. Les perdantes des projets pilotes sont les femmes qui veulent accoucher chez-elles, celles-là même qui ont permis à la sage-femmerie de survivre. Ces femmes ont beaucoup de mal à trouver une sage-femme disponible puisqu’un grand nombre est engagé dans les maisons de naissances.

Les témoignages des usagères accordent toutes beaucoup d’importance à l’aspect humain de l’approche des sages-femmes. Celles-ci défendent une pratique basée sur la confiance plutôt que sur la peur. En me rappelant le questionnaire très «scientifique» qu’on m’a fait compléter après mon accouchement en maison de naissance, qui ne laissait aucune place à quelque forme de «sentimentalité», j’en suis venue à la conclusion que les femmes et les gouvernements ne parlent pas le même langage. À Québec, on s’intéresse aux choses «sérieuses», auxquelles on peut apposer des chiffres et qui se comptent en dollars et non en qualité de vie. Mais pour une fois, ces deux points de vue, en apparence divergents, pourront peut-être se rejoindre et court-circuiter le lobbying des médecins parce qu’en bout de ligne, une sage-femme coûte moins cher qu’un médecin. L’accouchement à la maison, ou en maison de naissance, s’intègre très bien dans le virage ambulatoire! Alors pourquoi attendre la fin des projets pilotes?

Chantal Lapointe

Séjour en terre togolaise

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 11, Automne 1996

Le Centre de santé des femmes de l’Estrie, par l’entremise du Carrefour solidarité internationale de Sherbrooke, tente de développer, depuis l’automne 1992, un partenariat avec un collectif togolais en santé des femmes. À cause de la fragilité de la situation au Togo, le partenariat s’est, jusqu’en février 1996, limité à quelques échanges écrits. L’avenir est à construire...

C’est par le biais d’une mission* d’Afriquébec au Togo, en mars 1996, qu’il a été possible de rencontrer ce groupe, d’autres groupes de femmes ainsi que des groupes oeuvrant dans le domaine des droits humains.

Le groupe en question se nomme ALAFIA, c’est-à-dire BONNE SANTÉ. Ses deux représentantes, mesdames Berthe Tatey et Clémentine Maboudou, nous déclarent, d’entrée de jeu, que "les femmes ne s’occupent pas de leur santé. Si elles sont malades, elles attendent à la dernière minute, vont voir des charlatans".

ALAFIA se veut, avant tout, une organisation de formation sur la question de la santé. Les trois principaux aspects qu’elle priorise sont la formation en autosanté, les femmes en détresse et aussi le crédit pour les femmes. Elle regroupe une douzaine de femmes, avec des connaissances rudimentaires en santé, mais qui ont le désir de se former. Les porteuses de ce projet font actuellement de la sensibilisation sur les maladies transmises sexuellement. Le groupe, appuyé par CUSO-Togo, est également à la recherche de ressources financières afin d’installer un local avec une permanence, de se procurer le matériel visuel nécessaire pour sensibiliser les femmes illettrées ainsi que des médicaments à vendre à coûts modiques. L’une des représentantes nous dit que: «C’est catastrophique, ici, les coûts des médicaments. De plus, les Togolaises veulent se retrouver entre elles et aussi voir un médecin pour parler de leurs problèmes. Au Centre hospitalier universitaire, on vous accueille de façon différente selon la manière dont vous êtes habillées; si vous n’avez pas de contact, vous pouvez crever là. D’où l’importance d’un contact médical en dehors de l’hôpital.»

L’équipe nous apprend également que les problèmes de santé ne se posent pas dans les mêmes termes selon les coutumes et les religions, selon que les femmes proviennent du milieu rural ou de la classe intellectuelle (qui se retrouve surtout dans la capitale). Il n’existe pas de centres de santé spécifiques pour les femmes. ALAFIA montre beaucoup de volonté, mais tout est à réaliser. Reste à savoir si les bailleurs de fonds vont "acheter" ce projet.

En plus du soutien à l’organisation, à la formation, à la sensibilisation à l’autosanté et à l’acquisition de support visuel, les représentantes du groupe ont également exprimé des besoins sur le plan de la documentation et de l’échange d’expériences dans un esprit de solidarité entre les femmes et de meilleure connaissance du développement du mouvement en santé des femmes.

D’autres groupes de femmes ont également été rencontrés lors de cette mission d’observation au Togo et voici ce qu’il s’en dégage. Les turbulences politiques du début des années 90 ont permis la mise sur pied d’initiatives pour améliorer les conditions de vie des femmes. Les groupes nés de ce mouvement travaillent à partir de prémisses différentes avec un dénominateur commun : l’autopromotion des femmes afin que se réalise le concept «une femme/une identité». Tandis que les uns misent sur la santé des femmes d’abord, les autres croient que l’alphabétisation est prioritaire ou encore que les activités génératrices de revenus sont primordiales, sans oublier la connaissance des droits. En définitive, beaucoup de groupes ont tendance à vouloir tout faire : c’est peut-être là une caractéristique de l’émergence d’une prise de conscience accompagnée d’une prise de parole de laquelle découle une action concrète.

Il est tout à fait ahurissant de voir l’énergie déployée par une certaine catégorie de femmes qui se consacrent, le plus souvent bénévolement, à développer divers moyens pour atteindre les femmes moins favorisées. Les résultats sont concrets bien que pas tous visibles. Tout le travail accompli autour des changements de mentalités doit prendre le temps nécessaire pour une digestion harmonieuse, au rythme des personnes concernées. Ce mouvement, nourri par un travail quotidien rempli d’amour, ne peut que laisser des traces. Elles seront à l’image de ces femmes, de ces hommes qui marchent ensemble vers un mieux-être. Toutes les femmes ont des intérêts communs et si leurs revendications sont entendues et écoutées toute la société en bénéficiera. C’est ainsi que les Togolaises souhaitent développer, entre elles et avec les hommes, une solidarité dans la complémentarité.

Quoi qu’il en soit, les organisations féminines togolaises, qui misent beaucoup sur leurs propres ressources, jouent un rôle important dans l’identification des intérêts des femmes. Il va sans dire que les Togolaises sont des actrices sociales importantes et dignes d’être considérées à l’égal des hommes.

Carole Tatlock
Centre de santé des femmes de l’Estrie

Si on parlait de la ménopause autrement...

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 11, Automne 1996

Phénomène naturel

En cette fin de siècle, la montée spectaculaire de la population de baby-boomers au tournant de la cinquantaine nous invite à explorer de nouvelles avenues. C’est le moment de leur vie où les femmes ne peuvent ignorer la ménopause qui pointe à l’horizon, plus ou moins discrètement. Difficile alors de rester calmes et sereines quand tellement de questions surgissent. Les premières, bien entendu, concernant la question de l’hormonothérapie qui, selon plus d’un porte-parole du monde médical, serait «la meilleure façon de traverser cette étape de notre vie de femme, presque en la... gommant». 1

À cause de l’importance accordée au fameux traitement hormonal, il n’y a qu’un pas à faire pour associer la ménopause à un état pathologique qui, par voie de conséquence, doit être soigné. En poursuivant ce raisonnement, doit-on conclure que la «guérison» de la ménopause passe nécessairement par un traitement systématique, pour toutes les femmes?

«Une fois étiquetée comme «maladie» par le monde médical et ainsi présentée comme une vérité scientifique au public, la ménopause peut difficilement être perçue comme un phénomène naturel et positif.2» Pourtant, la ménopause n’est pas une maladie: elle signe la fin des menstruations et de la période reproductive. Elle est indissociable de l’âge mûr et reste ouverte à bien d’autres fécondités. C’est une période de transition, une pause qui permet de faire à la fois un bon bilan de santé et un bon bilan de vie. Considérée sous l’angle de la médecine traditionnelle chinoise, la ménopause est un acte de sagesse du corps et l’entrain postménopausique, signalé par l’anthropologue Margaret Mead, existe bel et bien!

Aspects culturels

Il est essentiel de savoir que, même si la ménopause relève d’un phénomène universel, les manifestations qui y sont rattachées ne sont pas vécues universellement. Ainsi, au Japon, il n’existe pas de mots pour traduire l’expression bouffées de chaleur et ce «symptôme» est loin d’être cité en tête de liste comme chez-nous. Une diminution de la production d’oestrogènes par les ovaires n’induit pas des effets semblables sur chaque femme. Selon, une autre anthropologue, Margaret Lock, professeure à la faculté de médecine de l’Université McGill, «si nous gardons présent à l’esprit l’impact potentiel de différences relevant d’une combinaison de variations génétiques et hormonales, alimentaires et environnementales, nous ne pouvons présumer aussi simplement du rapport à établir entre le niveau d’oestrogènes et les différentes manifestations de la ménopause et les risques de maladies cardiovasculaires ou d’ostéoporose3».

En regard d’un paysage culturel, la perception négative ou positive du vieillissement, le mode de vie, le régime alimentaire, l’activité physique, la gestion du stress, entre autres, peuvent teinter de leurs couleurs le processus de la ménopause, et cela beaucoup plus que certaines et certains veulent bien l’admettre. Les données scientifiquement reconnues à ce sujet sont assez limitées. Toutefois, il est clair que, dans plusieurs sociétés non occidentales, la ménopause est beaucoup moins porteuse de problèmes physiques et psychologiques. Au contraire, elle génère différents privilèges dont une plus grande mobilité, le droit d’exercer une certaine autorité et de profiter d’une nouvelle liberté de parole et d’action: la sagesse et la maturité des aînées sont reconnues et appréciées.4

Par contre, chez les Occidentales et les immigrantes qui adoptent leur mode de vie, on compte en plus grand nombre les femmes se plaignant de troubles sévères ménopausiques ou à risque plus élevé de maladies cardiovasculaires ou d’ostéoporose. Coïncidence? C’est en Amérique du Nord que l’on note - même s’il y a eu diminution au cours des dernières années - les plus hauts taux d’hystérectomie, soit 20 à 35 % selon les régions comparativement à 8 % au Japon, 11 % en Allemagne et 14 % en Angleterre. N’y aurait-il pas lieu de se questionner sur les risques potentiels de ces interventions et sur leurs véritables conséquences sur la physiologie de la femme?

Vivre sa ménopause

À la lumière de mon expérience comme rédactrice de la publication Une véritable amie depuis 1988, je puis affirmer que de plus en plus de femmes désirent vraiment apprivoiser LEUR MÉNOPAUSE et choisir de façon intelligente et responsable les moyens qui leur conviennent à elles pour bien la vivre ensuite. «Je consulte, mais c’est moi qui décide». Un certain nombre de femmes réussissent à définir leur rôle dans un programme de PRÉVENTION ACTIVE et exigent de se faire respecter quand elles choisissent l’autonomie après tant d’années de dépendance. Pour les soutenir, l’information complète, honnête et objective doit être accessible, mais où la trouver? Savoir, n’est-ce pas se donner du pouvoir?

Un Comité multidisciplinaire sur la ménopause, récemment mis en place par le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec, tentera au cours des prochains mois de définir la meilleure façon de répondre aux besoins des femmes en regard de la ménopause. D’ici là, je vous reviens dans les prochains numéros du Sans préjudice... pour la santé des femmes, avec l’hormonothérapie et les alternatives à ce traitement hormonal.

Lucette Proulx-Sammut
rédactrice, Une véritable amie

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Références bibliographiques:

1. La ménopause et le remplacement hormonal, Champagne, Dre Marie-Andrée, Éditions Libre Expression, 1995.
2. La révolte du 3ème âge, Friedan, Betty, Albin Michel, 1995
3. Culture of Menopause In Japan, United States, Canada: Ideology and Experience, Lock, Margaret, (présentation en 1991 au North American Menopause Society Annual Meeting, Montreal, septembre 1991
4. «Le paysage culturel de la ménopause»,Une véritable amie, Vol. IX, No 8, Sammut, Lucette Proulx.

POUR EN SAVOIR PLUS:

Pour obtenir un numéro de présentation gratuit de la publication Une véritable amie, incluant une liste des numéros toujours disponibles, veuillez faire parvenir, avec votre demande, une enveloppe-réponse affranchie à l’adresse suivante:

Les publications Une véritable amie inc.
C.P. 515, Succursale Place du Parc
Montréal (Québec)
H2W 2P1

Sammut, Lucette Proulx, La ménopause mieux comprise, mieux vécue, Édimag, 1992, 1993, 1994
Sammut, Lucette Proulx, Son andropause mieux comprise, mieux vécue,
Édimag, 1993
Sammut, Lucette Proulx, L’ostéoporose, comment la prévenir, la soulager, 1995

VIH-SIDA : les lesbiennes sont à risque, mais...

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 11, Automne 1996

Laissez-nous vous exprimer notre désarroi à la lecture, dans le numéro du printemps, de l’article Lesbiennes et VIH : sommes-nous concernées? Nous sommes de celles qui croient que, oui, les lesbiennes sont aussi un groupe à risque quand il est question de la transmission du VIH. Mais nous ne serons pas de celles qui véhiculeront les arguments présents dans l’article en question.

Nous avons été troublées par le manque de nuance des données émises et par l’image des lesbiennes que laissent de tels propos.

D’abord, l’exergue qui dit que «93 % des femmes ayant des contacts sexuels avec d’autres femmes ont également des contacts sexuels avec des hommes» donne de l’importance à une donnée qui ne représente pas la réalité des lesbiennes. Ces femmes font partie d’un échantillon bien précis. Qu’une femme ait des contacts sexuels avec une autre femme ne fait pas d’elle une lesbienne (les lesbiennes n’étant pas que des êtres sexuelles). Mettre une telle affirmation en évidence donne une fausse image de la réalité lesbienne. De plus, cet énoncé vient perpétuer un préjugé selon lequel les femmes ne peuvent se passer des hommes pour s’épanouir sexuellement.

Si l’impact de cet article visait la sensibilisation des lesbiennes aux pratiques protégées, il peut ne pas avoir atteint son but. Ce n’est pas à la lecture de chiffres tirés d’études (pertinentes ou pas) que les comportements changent ni par la peur que ces chiffres peuvent susciter, mais bien par une information claire et juste.

C’est vrai qu’il existe un mythe selon lequel le VIH ne se transmettrait pas entre femmes. La réalité est tout autre : bien qu’étant un groupe à faible risque, les lesbiennes ne sont pas à l’abri de ce virus et doivent adopter des comportements sécuritaires. Il est vrai qu’en octobre 1994, il y avait entre 1100 et 1300 femmes séropositives «répertoriées» au Québec (11,4 % de tous les cas). Par contre, il est difficile de connaître le nombre de lesbiennes atteintes : d’une part, les questionnaires déterminant les modes de transmission n’ont pas de catégories spécifiques pour les lesbiennes et, d’autre part, on considère qu’il y a environ 70 % des lesbiennes qui ne divulguent pas leur orientation sexuelle à leur médecin...

Pour une image positive et non idéaliste des lesbiennes.

Carole Tatlock,
Carole Landry,
Jacynthe Rousseau,
Suzanne Bergeron,
Doris Fontaine,
Renée-Berthe Drapeau

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 12, Hiver 1997

Vers un Réseau québécois pour la santé des femmes

L’automne dernier a vu naître un nouveau comité de travail au Regroupement. Il s’agit du comité d’implantation du Réseau québécois pour la santé des femmes. Considérant que nous souhaitons que ce comité soit représentatif de l’éventuel réseau québécois pour la santé des femmes, les membres ont été sollicitées en ce sens et représentent ainsi un secteur ou une région particulière. Il est donc composé de représentantes des organismes suivants : le Centre de femmes l’Éclaircie, le Centre de santé des femmes de l’Estrie, le Centre de santé des femmes de Montréal, la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec, la Fédération du Québec pour le planning des naissances, le GREMF de l’Université Laval et le Réseau d’échange d’information du Québec sur le cancer du sein. Une chercheure de l’UQAM et quelques individues qui s’intéressent à la santé en font également partie.

Nous pourrons aussi compter sur le soutien de personnes ressources de façon ponctuelle, issues de l’Université de Montréal et du Centre d’excellence pour la santé des femmes. Toutefois, afin de s’assurer d’une plus large représentativité, nous sommes à la recherche d’une intervenante d’un groupe communautaire provenant d’une région rurale, d’une intervenante du réseau de la santé et des services sociaux ainsi que d’une praticienne provenant du milieu des médecines alternatives.

En effet, le contexte actuel de la transformation du réseau de la santé et des services sociaux ainsi que les compressions budgétaires effectuées, apportent avec elles une multitude de préoccupations et de limites pour l’ensemble des actrices qui oeuvrent dans le domaine de la santé, d’où la difficulté à déléguer une représentante des secteurs précités. Toutefois, chacune des personnes contactées apprécie et encourage la mise sur pied d’un vaste réseau en santé des femmes, malheureusement, les ressources humaines et financières ou le temps à l’agenda, leur font défaut.

D’autre part, pour les groupes communautaires provenant des régions éloignées, le fait que la majorité d’entre eux compte sur une équipe de travail restreinte, la distance physique du lieu de réunion ajoute aux contraintes citées précédemment. Quant à la représentation du milieu des médecines alternatives, la difficulté réside en ce que peu d’entre elles soient regroupées ou travaillent spécifiquement auprès des femmes.

Le comité d’implantation se réunit mensuellement. Afin que les membres du comité de travail qui proviennent de différents milieux puissent être au même diapason, nous nous sommes entendues dès le départ sur la situation vécue actuellement au Québec par le mouvement en santé des femmes. Nous avons abordé les opportunités et menaces externes ainsi que les forces et difficultés.

Plusieurs sous-comités se sont mis en place pour «déblayer» un peu le terrain. Dans un premier temps, les sous-comités se sont penchés sur la mission/mandat, la structure et l’étude de besoins. Un inventaire de différentes formes de réseaux déjà existants pouvant être similaires à notre projet (mission, buts, objectifs, etc.) a été réalisé, ce qui a permis de préciser ce que pourraient être la mission et les objectifs du Réseau québécois pour la santé des femmes.

Le Comité est actuellement à l’étape de réaliser une étude de besoins pour mesurer l’intérêt des Québécoises à bâtir un Réseau québécois pour la santé des femmes. Pour ce faire, il a développé deux outils de cueillette de données : questionnaire et focus group.

Plus de deux mille questionnaires ont été distribués à travers toutes les régions du Québec au cours du mois de décembre. Les tables régionales de concertation des groupes de femmes ainsi que de nombreuses collaboratrices du Regroupement ont accepté de distribuer le questionnaire dans leur entourage.

Quant aux focus group, ils devraient se tenir dans le prochain trimestre. Le comité d’implantation a par ailleurs déjà choisi deux groupes. Il s’agit d’abord de regroupements provinciaux de groupes de femmes et de comités de condition féminine de syndicats. Le deuxième groupe sera composé d’intervenantes issues de divers secteurs d’activités de la région de l’Estrie.

Nous souhaitons annoncer la naissance du Réseau avec l’arrivée du lilas... ce qui nous fait beaucoup de pain sur la planche pour les prochains mois!

Lise Lamontagne

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 12, Hiver 1997

AZT : Traitement préventif

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 12, Hiver 1997

Transmission du VIH de la mère à l’enfant

Une étude franco-américaine a démontré que la prise d’AZT pouvait réduire de 25% à 8% le risque de transmission du VIH de la mère à l’enfant soit, une réduction de 67%. Au Québec, on estime qu’annuellement soixante femmes enceintes infectées par le VIH vont donner naissance à un enfant. Ainsi, le traitement à l’AZT permettrait de prévenir la transmission de l’infection chez environ dix nouveau-nés.

Dans le traitement actuellement proposé, la prise de médicament débute à partir de la quatorzième semaine de grossesse et se poursuit par intraveineuse durant le travail et l’accouchement. À sa naissance le bébé reçoit de l’AZT pendant une période de six semaines. « C’est la plus belle réussite en terme de traitement dans l’histoire du sida. » Ce sont en ces termes que s’exprime madame Johanne Samson, coordonnatrice de recherche du Centre maternel et infantile sur le sida de l’hôpital St-Justine. Elle nous explique qu’initialement cette étude a été faite pour évaluer la sécurité du médicament pour la mère et le bébé et déterminer s’il y avait une diminution de transmission du VIH de la mère à l’enfant. Les résultats ont été si spectaculaires quant à la diminution de la transmission qu’ils ont décidé de mettre un terme à l’étude avant même qu’elle soit complétée et d’offrir à toutes les femmes l’AZT. Malgré des éléments obscurs (toxicité, résistance, mutation virale...), le Ministère de la Santé et des Services sociaux a jugé (1) « les bénéfices réels... comme étant plus importants que les désavantages non précisés. »

C’est dans ce contexte que le gouvernement du Québec a mis en place un programme d’intervention. Les professionnels de la santé sont maintenant invités à intégrer ces connaissances dans leur pratique auprès de toutes les femmes enceintes. Ainsi, lors d’une visite prénatale, le médecin offrira dorénavant :

  • du matériel d’information sur les modes de transmission du VIH, les ressources, etc.
  • les avantages et les désavantages du test et du traitement,
  • un formulaire de réquisition pour le test (à utiliser selon ses choix personnels),
  • des informations sur différents aspects reliés au VIH.

Cette nouvelle approche médicale permettra de rendre accessible le traitement et d’offrir les soins et les services de soutien si nécessaire. Il est important pour les femmes de savoir qu’elles ont la liberté de refuser ou d’accepter le test de dépistage du VIH. Elles ont le pouvoir de décider et le droit de recevoir des services de qualité malgré leur décision.

Bien que dans un document du Ministère de la santé et des services sociaux (2) on mentionne « que les effets à long terme du traitement à la mère et à l’enfant ne sont pas connus », il ne faut pas oublier les enjeux politiques. Depuis l’histoire du sang contaminé au VIH, les autorités semblent se sentir pressées de divulguer toutes informations concernant l’efficacité d’un médicament disponible afin d’éviter tout blâme.

Au Québec, le nombre heureusement peu suffisant de femmes infectées au VIH n’a cependant pas permis de faire une véritable étude comparative. On sait par ailleurs qu’une femme non enceinte ne se voit pas offrir comme premier choix de l’AZT seulement. On débute normalement avec une combinaison de traitements, incluant l’AZT. La prise d’un médicament unique peut occasionner une résistance chez la femme et porter préjudice à d’éventuels traitements efficaces.

Mais, malgré ces lacunes, ce programme gouvernemental veut donner le choix aux femmes de prendre une décision éclairée. Le principe d’une offre universelle d’information avec le dépistage volontaire constitue un pas en avant. N’oublions pas toutefois que la décision de poursuivre une grossesse avec l’AZT, entraînant un faible risque de transmission, peut conduire éventuellement à hypothéquer la santé de la femme.

France Laroche
Coordonnatrice du projet Étape par étape, COCQ-Sida

(1) Ministère de la Santé et des Services sociaux, L’infection par le VIH et la grossesse: Programme d’intervention, juillet 1996.
(2) idem

GF2D, qui es-tu ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 12, Hiver 1997

Madame Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson, représentante du Groupe de réflexion et d’action Femmes, Démocratie et Développement (GF2D) était en tournée au Québec, du 11 au 31 octobre 1996. Voici le compte rendu d’une entrevue réalisée toutefois lors du séjour en terre africaine. Comme quoi le mouvement des femmes est présent partout...

Le GF2D est un regroupement de femmes de toutes professions et de toutes tendances politiques. Il a vu le jour en mai 1992, à la suite de la production du manifeste Autrement (avril 1992). Ce manifeste exprime la position du groupe et permet d’amorcer le débat sur la place des femmes au sein de la société togolaise.

« En tant qu’association née du renouveau démocratique, elle entend apporter sa contribution au changement en orientant ses réflexions et actions vers les voies et moyens pouvant permettre à la femme, quel que soit son statut, de saisir l’occasion que lui offre le contexte démocratique pour s’assumer pleinement en tant que citoyenne et apporter sa contribution au développement de son pays. »

En mars 1994, en guise de contribution au débat, le groupe produit le document Situation de la femme au Togo, qui constitue un regard de femmes sur elles-mêmes et sur ses semblables de toutes conditions. Cette analyse de la situation des femmes n’est que la première étape d’un processus devant conduire à l’adoption d’un Livre blanc sur la femme togolaise, en mars 1996. Elle a été suivie d’un Forum des organisations et groupements de femmes, en juillet 1995. Le forum aura permis de réunir cinquante-neuf associations pour l’élaboration du Livre blanc, premier acte manifestant concrètement la volonté des femmes d’être solidaires pour une véritable promotion des femmes.

« Il y a du travail à faire au niveau des mentalités... Il y a conflit entre les traditions et la libération de la femme... Le travail qui se fait est politique, mais non partisan... On est perçu comme dans la mouvance du changement, les médias nous sont fermés... Nous voulons être un groupe de réflexion au service des groupes de femmes... »

C’est ainsi que plusieurs thèmes sont touchés par ce groupe de réflexion et d’action : santé, santé de la reproduction, violence conjugale, polygamie vs monogamie, une femme/une identité, activités génératrices de revenus et, le plus développé, le volet juridique. Dans le cadre de ses actions visant justement à offrir un service juridique accessible aux femmes, le GF2D a mis à la disposition de toute la population le Guide juridique de la femme togolaise, outil de vulgarisation initié, élaboré et édité par le Centre de recherche, d’information et de formation pour la femme (CRIFF).

Le CRIFF est une initiative du GF2D : organisme sans but lucratif, il a été mis sur pied en avril 1994. Il apporte aux femmes aide et conseils juridiques ainsi qu’un encadrement dans les rapports avec l’administration publique et privée. Il atteint ses objectifs grâce à sa banque de données écrites, sonores et informatisées, à sa salle de documentation, à la compétence et au dévouement d’une trentaine de femmes volontaires. Le groupe assure une permanence pour informer et donner des conseils juridiques aux femmes en difficulté. Soixante femmes para-juristes sont déjà formées pour offrir un service juridique gratuit aux femmes dans certaines localités des cinq régions économiques togolaises. Ce nombre va croître au fil des ans de manière à couvrir tout le territoire. Les femmes choisies pour la formation sont des femmes influentes dans leur milieu. Le Centre pense éventuellement offrir une formation sur la santé de la reproduction sur le même modèle.

« Nous voulons convaincre que les problèmes de droits sont des problèmes de développement. C’est très important... La situation socio-économique des femmes est terrible... Elles sont résignées et elles cherchent à survivre... »

Le CRIFF fait également de la recherche. De plus, depuis septembre 1994, il produit, aux deux mois, un bulletin de liaison de huit pages qui informe les femmes et informe sur les femmes.

Mais comment réussissent-elles à réaliser toutes ces actions? « Notre organisation n’est riche que d’ambition. » Car c’est sur une base bénévole que sont assurées les activités du GF2D et la permanence du CRIFF. Seuls les postes de secrétariat et de comptabilité du CRIFF sont rémunérés. Le bâtiment qui abrite les deux groupes a été « refait » grâce aux Fonds canadiens d’initiatives locales. Et les diverses subventions dont bénéficient les deux groupes proviennent de l’Ambassade des États-Unis, des Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), de la Commission internationale des juristes et du Centre Broadbent. Quand on dit que le mouvement des femmes est irréversible...

Carole Tatlock
Centre de santé des femmes de l’Estrie

L’économie sociale...au service des femmes ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 12, Hiver 1997

Au-delà du discours, l’économie sociale, nouvelle appellation à la mode, demeure une pratique répandue au Québec dans des secteurs diversifiés allant du secteur financier à celui des garderies, des groupes communautaires, de la foresterie ou de l’agriculture. L’économie sociale, telle que nous l’entendons, comporte des avantages certains et recèle des écueils pour qui s’y engage.

Chantier sur l’économie sociale, préparatoire au Sommet d’octobre dernier, nous conviait à réaffirmer notre engagement à combattre l’exclusion et à valoriser la prise en charge et la responsabilisation tant individuelle que collective.

Le regroupement Naissance-Renaissance, né du mouvement de l’humanisation de la naissance, reconnaît la période entourant la grossesse, la naissance et les premiers mois de la vie comme une période de bouleversements et de grands besoins. Nous sommes convaincues que « devenir et être parents fait appel à une solidarité et à une responsabilité collective ».

C’est dans ce cadre que le regroupement, réunissant une trentaine de groupes communautaires, oeuvrant en périnatalité, s’est fait le promoteur d’un projet de création d’un réseau de centres de services continus en périnatalité.

Près d’une cinquantaine d’organismes communautaires au Québec offrent un ou plusieurs services en périnatalité : des services de rencontres prénatales, d’accompagnement, de soutien à l’allaitement, de support postnatal et d’aide domestique, de répit/gardiennage. À cette diversité de services, s’ajoutent souvent des rencontres père/enfant ou mère/enfant axées sur le développement de la compétence parentale, des comptoirs d’échange de vêtements, de jouets, des ateliers de massage pour bébés, etc.

Nous croyons qu’il est réaliste et essentiel de regrouper l’ensemble de ces services dans des entreprises d’économie sociale favorisant ainsi la continuité, la qualité et l’accessibilité de ceux-ci à l’ensemble des femmes et de leur famille.

Dans un premier temps, nous proposons d’implanter une quinzaine de corporations autonomes sans but lucratif dans différentes régions du Québec, sur une base expérimentale de trois ans. Un montage financier adapté sera mis en place sur la base d’un partage des coûts entre l’État et les familles usagères.

Cette phase expérimentale du projet créera et consolidera une centaine d’emplois sur trois ans et pourra permettre d’en créer quelques milliers en fonction des résultats obtenus et du potentiel de développement à travers du Québec.

Nous voulons que les services offerts par les centres soient offerts à toutes les familles, quelles que soient leurs conditions socio-économiques, permettant ainsi des actions en amont des problèmes de santé physique et mentale des tout-petits et de leurs parents.

Les avantages

Les centres péri-ressources répondront aux besoins des femmes, particulièrement dans le contexte difficile que connaît le Québec. Le contexte économique, qui, depuis le début des années 80, a contribué à l’appauvrissement d’une grande partie de la population, a affecté plus particulièrement les femmes. Des changements sociaux importants sont aussi venus modifier les rapports hommes/femmes et les formes de vie familiale traditionnelle.

Ce contexte social fait émerger de nouveaux besoins chez les parents : besoin d’écoute, d’information, de modèles parentaux, d’accompagnement pendant la grossesse et lors de l’accouchement, de répit et d’aide concrète, pour ne nommer que ceux-ci.

La reconfiguration du réseau de la santé et des services sociaux et les nouvelles façons de faire qu’elle suscite sont aussi responsables de besoins nouveaux. À titre d’exemple, les congés précoces (48 heures après l’accouchement) occasionnent déjà des demandes additionnelles d’information et de support auprès des organismes communautaires.

D’ores et déjà, il est permis de penser que les besoins des femmes et de leur famille, pendant la période entourant la naissance de leur enfant, iront en s’accroissant et qu’elles verront un avantage à pouvoir recourir à de tels services, dans leur milieu immédiat.

Le projet sous-tend la création d’une centaine d’emplois durables sur l’ensemble du territoire du Québec. Ces emplois s’adressent très majoritairement à des femmes, dont 70% à celles qui possèdent une formation collégiale ou universitaire, leur permettant d’actualiser leur diplôme dans leur région et à l’intérieur d’une structure stable et stimulante. Parmi ces emplois, 30% s’adressent aux femmes présentant des besoins d’insertion ou d’intégration au marché du travail en leur permettant de s’investir dans une structure qui leur offrira du soutien et de la formation.

Le projet sortira de la précarité des centaines de travailleuses qui s’investissent actuellement dans des fonctions de services en périnatalité, à partir de programmes d’employabilité, et consolidera les organismes existant actuellement, sous-financés dans 95% des cas.

Les écueils

Le soutien financier de l’État au projet d’économie sociale en périnatalité peut être perçu comme une solution de rechange au désengagement de l’État. C’est une crainte souvent exprimée par les représentantes du communautaire et par les syndicats qui représentent les employées du secteur public.

Nous croyons que les femmes éprouvent de multiples besoins lors de la naissance d’un enfant et que les groupes communautaires ont des façons de les satisfaire qui ne peuvent adéquatement être assurées par l’État. Des besoins d’information, de soutien global (non médical), de support moral (visant une prise en charge de la femme par elle-même), de relevailles (aide concrète), de marrainage, pour ne nommer que ces derniers.

De plus nous comptons nous engager dans cette expérimentation en nous appuyant sur les orientations tracées par la Politique de périnatalité : « En périnatalité, un ensemble de ressources doit être mis à contribution (...) ».

Nous croyons par ailleurs que l’État, quant à lui, doit prendre les responsabilités qui sont les siennes et dont il est le seul à pouvoir assurer : le maintien et la préservation des acquis et la garantie de l’accès pour toutes les citoyennes et tous les citoyens à des services de qualité. Il nous semble donc important de spécifier que c’est dans ce cadre que l’économie sociale s’inscrit en complémentarité avec l’État.

Les emplois créés par ces entreprises d’économie sociale doivent être des emplois durables et de qualité. Les groupes communautaires sont des agents dynamiques de développement, des entrepreneurs collectifs. En ce sens, par ce projet de centre péri-ressources, nous comptons créer des emplois qui permettent à celles qui les occuperont de vivre dignement, bénéficiant d’avantages comparables à ceux des autres travailleuses oeuvrant dans le même domaine.

Une conception répandue dans certains milieux associe les emplois créés par l’économie sociale à l’insertion au travail des prestataires de l’aide sociale. À l’exemple du Groupe de travail sur l’économie sociale, nous rappelons que la réinsertion des sans-emploi au marché du travail et la formation qui doit l’accompagner ne sont pas la responsabilité exclusive des promoteurs de l’économie sociale.

Bref, nous pensons que les meilleurs gages de réussite pour l’implantation des centres péri-ressources sont le respect de chacune des actrices engagées dans l’implantation de ces projets et une grande ouverture d’esprit permettant ainsi de briser les structures habituelles de fonctionnement.

Le regroupement Naissance-Renaissance, par ce projet, veut faire bénéficier les femmes d’un soutien accru pendant la période périnatale et offrir des emplois de qualité à des femmes.

Suzanne Sauvé
Naissance-Renaissance

La ménopause, tout le monde en parle

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 12, Hiver 1997

De plus en plus de questions surgissent dans la réflexion que nous poursuivons sur la santé des femmes périménopausées en particulier... et sur les soins dont on veut les entourer.

La ménopause soutenue par des initiatives provenant des hautes sphères de la médecine et de la pharmacologie est réapparue dans l’actualité à la fin de 1996. Sous le thème de « La ménopause, tout le monde en parle! », la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) organisait des forums d’information publics dans douze grandes villes canadiennes (dont un à Montréal, le 29 octobre). Quelques jours auparavant, c’était le lancement à Québec d’un guide pratique rédigé par le Comité consultatif de pharmacologie : Hormonothérapie de remplacement à la ménopause.

Lors du forum d’information montréalais, au départ, une certaine ouverture d’esprit semblait à l’ordre du jour: la ménopause a été définie comme un événement biologique normal dans la vie des femmes, mais également comme une phase de développement (gros titre sur l’écran, mais hélas! cet aspect a été ignoré par la suite). On a poursuivi en parlant du droit des femmes à l’information et du respect de leur décision... Cependant, lorsqu’on a souligné la montée spectaculaire des babyboomers et leur vieillissement appréhendé, qu’on a pratiquement étiqueté la ménopause comme un problème de santé publique, et qu’on a ensuite décrit tous les troubles associés à la défaillance ovarienne et à la carence oestrogénique, j’ai compris qu’une fois de plus, le discours ne sortirait pas du carcan biomédical.

À juste titre, la SOGC estime que « chaque femme doit pouvoir comprendre les risques auxquels elle est exposée en ce qui a trait aux maladies cardiovasculaires, à l’ostéoporose, au cancer de l’utérus, du sein, de l’ovaire et que l’hormonothérapie doit être présentée et expliquée à toutes les femmes. » Le hic c’est que, dans ce contexte, la ménopause reste tout à fait à l’écart de la vraie vie. Pourtant, d’excellentes études menées par les anthropologues (comme madame Margaret Lock) sur le paysage culturel et sur la vie des femmes d’autres ethnies démontrent qu’elles cheminent à travers la ménopause de façon fort différente et souvent moins dérangeante. Malheureusement, ces recherches ne sont même pas jugées dignes de mention.

La SOGC, convaincue que les bienfaits l’emportent très largement sur les risques, soutient que beaucoup plus de femmes devraient recourir au traitement hormonal au moment de la ménopause pour s’assurer ainsi une meilleure qualité de vie dans l’immédiat et à plus long terme. Ce qui diffère aujourd’hui dans la prescription, c’est qu’au cours des années antérieures, on ciblait une clientèle plus symptomatique ou diagnostiquée à risque. Aujourd’hui, on semble vouloir traiter LE PLUS GRAND NOMBRE DE FEMMES POSSIBLE ET LE PLUS LONGTEMPS POSSIBLE. Traitement de remplacement et préventif qu’on voudrait bien vendre à la population bien ciblée qu’est devenue la génération montante des babyboomers, au seuil de la ménopause!

Dans le rapport assez nuancé produit par le Conseil consultatif de pharmacologie, Hormonothérapie de remplacement à la ménopause, les auteurs rappellent au tout début que « les données des enquêtes réalisées auprès des femmes québécoises réfutent le mythe que la ménopause est une étape pénible de la vie pour toutes les femmes. Selon l’enquête Santé Québec réalisée en 1992, 86,7 % et 75,6 % des femmes âgées respectivement de 45 à 65 ans et de 65 ans et plus estiment qu’elles sont en bonne ou excellente santé. Cela ne signifie pas que les femmes ne ressentent pas de symptômes liés à la ménopause.»

Relativement à l’information à donner aux femmes, les membres du Comité consultatif invitent les médecins à ne pas prescrire une hormonothérapie de remplacement sans donner des renseignements clairs sur la ménopause, étape normale de la vie des femmes et sur les mesures non hormonales à envisager pour traverser cette période de façon enrichissante. (Si les médecins ne le font pas, rien n’empêche les femmes de questionner...). Conclusion : On devait disposer de données de bonne qualité pour recommander des mesures pharmacologiques à long terme à des personnes ne souffrant d’aucune maladie. C’est pour cette raison qu’il est recommandé de tenir compte des préférences et du profil de risque de chaque femme. Une attitude plus catégorique leur a semblé inopportune. Ce qui sous-entend que comme femme nous devons adopter une attitude intelligente et responsable : prendre notre place et agir d’égal à égal (e) lors d’une consultation. Après tout, notre corps nous appartient!

Ma ménopause... Ta ménopause...

Une kyrielle de bouleversements physiques et psychosociaux contribuent à transformer la ménopause en une période fragilisante et stressante. Comme il est difficile de prévoir comment le grand tournant sera franchi, il faut être prête à ne pas se sentir coupable quelles que soient les décisions que cette démarche entraînera. Clairement, cela signifie d’être à l’écoute de son corps et de ses besoins, de son coeur et de ses sentiments, de sa tête et de son nouveau savoir.

Sous-jacente, reste toujours la grosse question: des hormones à la ménopause, oui ou non? Malheureusement, il n’y a pas de réponse unique et finale, car cela relève du cas par cas... Les principaux aspects à considérer afin de prendre une décision éclairée pourraient se regrouper ainsi : les indications selon l’âge, le stade de la ménopause et la sévérité des manifestations; les contre-indications absolues et relatives; les effets secondaires; l’évaluation des risques personnels en rapport avec l’ostéoporose, les maladies coronariennes et le cancer du sein.

Les indications généralement acceptées pour entreprendre une hormonothérapie sont les suivantes : des manifestations sévères reliées à la ménopause, une ménopause prématurée naturelle ou chirurgicale (ovariectomie bilatérale), un risque élevé d’ostéoporose et, depuis les dernières années, un risque élevé de maladies cardiovasculaires (MCV). Dans ces cas bien précis, les avantages de la prise d’oestrogène sont reconnus.

Concernant les principales contre-indications, au fond, la première contre-indication serait... le manque d’indications!!! Les contre-indications absolues sont : un saignement vaginal inexpliqué, une maladie hépatique évolutive, un cancer du sein, un cancer de l’endomètre (stade II ou plus avancé) et une thrombose vasculaire active. Plusieurs contre-indications relatives et situations particulières méritent une attention spécifique.

La question du cancer du sein reste bien nébuleuse. Ce que l’on sait, c’est que les risques de cancer du sein augmentent avec l’âge. Il faut ici préciser que les oestrogènes ne causent pas le cancer, mais qu’ils ont la propriété de stimuler la croissance de certains types de tumeurs à l’état latent La prise d’oestrogènes à court terme ne semble pas inquiétante; cependant, après cinq ans d’hormonothérapie, les risques ayant augmenté, on s’interroge davantage depuis la publication dans le New England Journal of Medecine, en juin 1995, des conclusions des la Nurses’ Health Study.

Enfin, il existe des effets secondaires attribués à la prise d’hormones: symptômes digestifs (nausées, vomissements, crampes), augmentation de l’appétit et prise de poids, maux de tête, rétention d’eau, gonflement et sensibilité excessive des seins, modification des lipides sanguins, syndrome prémenstruel sévère (irritabilité, agressivité, déprime) irritations cutanées, saignements. Même si toutes les utilisatrices n’en sont pas victimes, il est normal qu’elles soient avisées de ces désagréments possibles car ils constituent une raison majeure d’abandon du traitement. Toutefois, en discutant avec un médecin/patient, il est souvent possible d’ajuster les traitements. En principe, il faut attendre trois mois pour pouvoir évaluer les effets et moduler, au besoin, les dosages oestroprogestatifs.

Dans tous les cas, s’impose avant chaque traitement, un protocole médical comprenant l’histoire familiale et médicale complète, l’évaluation de l’utilisation passée ou présente d’autres hormones, la prise de poids, la prise de tension artérielle, l’examen gynécologique, la palpation des seins et une mammographie au besoin, l’analyse des fonctions hépatiques, un test sur les lipides sanguins et parfois une biopsie de l’endomètre.

Et maintenant que vais-je faire?

Somme toute, apprivoiser sa ménopause, se familiariser avec les nouveaux besoins de son corps, de son coeur et de sa tête, chercher ses réponses au questionnement de la belle quarantaine ou cinquantaine, évaluer les moyens naturels aussi sérieusement que les approches médicamenteuses pour faire face aux bouleversements - temporaires - de cette période de transition, cela relève de l’intérêt, de la volonté et de la responsabilité de chacune. Et c’est chacune qui, sereine et mieux éclairée, peut et doit décider ce qui est le plus pertinent pour elle à l’intérieur d’une prise en charge personnelle axée sur la prévention active. Pour se sentir moins seule au cours de cette étape importante de notre vie, les échanges entre amies restent précieux.

Il y a la femme qui veut prendre des hormones, il y a la femme qui ne veut pas en prendre après avoir bien évalué, POUR ELLE, le ratio bénéfices/risques. C’est une décision qui peut être réévaluée au besoin par l’une comme par l’autre. Il y a aussi celle qui ne peut pas prendre d’hormones pour différentes raisons. Dans le prochain numéro, nous nous tournerons vers des moyens naturels et des mesures alternatives qui pourraient contribuer à mieux apprivoiser cette période de transition que la médecine chinoise définit comme un acte de sagesse du corps.

Lucette Proulx-Sammut
rédactrice, Une véritable amie

Les références et quelques suggestions de lectures complémentaires sont disponibles sur demande via le Regroupement.

Le Centre d’excellence pour la santé des femmes : un projet de partenariat

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 12, Hiver 1997

«Solution d’avenir, le partenariat ne peut être valable que dans une perspective d’équité, d’égalité et de partage.»

Le gouvernement fédéral a octroyé un financement pour la création de cinq centres d’excellence pour la santé des femmes à travers le Canada. Dans le cadre de ce programme, chaque centre recevra approximativement deux millions de dollars au cours des cinq prochaines années. En plus du Consortium Université de Montréal (CESAF), les quatre autres centres sont le Consortium des Maritimes à Halifax, le Réseau national sur les environnements et la santé des femmes à Toronto, le Centre d’excellence de la région des Prairies pour la santé des femmes à Winnipeg et le Consortium de la Colombie-Britannique pour la santé des femmes à Vancouver.

Le CESAF regroupe des partenaires universitaires, communautaires et du réseau de la santé. Outre le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec qui s’est activement impliqué dans le projet, les partenaires sont : l’Université de Montréal (Facultés des sciences infirmières, des arts et des sciences et de médecine), l’Association des femmes autochtones du Québec, l’Alliance des communautés ethnoculturelles pour l’égalité dans la santé et les services sociaux, le Regroupement des aidantes et aidants naturel(le)s de Montréal, la Fédération des CLSC du Québec, la Direction de la santé publique de la Régie régionale de Montréal-Centre et le Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRI-VIFF).

Le programme du CESAF s’inscrit dans la perspective des transformations sociales des dernières années, qu’il s’agisse de la réforme des services de santé, du vieillissement de la population, de l’appauvrissement, de la montée du phénomène de marginalisation, de la présence accrue de communautés culturelles, des besoins grandissants des populations autochtones, de l’augmentation des attentes envers les femmes jouant le rôle d’aidantes.

Le CESAF entend contribuer à l’amélioration de la santé des femmes immigrantes, autochtones et aidantes naturelles en cernant les principaux problèmes qui nécessitent recherches et interventions et en réalisant des études innovatrices auprès de ces populations. Les travaux du CESAF seront orientés vers les objectifs spécifiques suivants :

  1. l’étude des déterminants psychologiques, sociaux, culturels et environnementaux liés à la santé;
  2. l’exploration, la description et l’explication des multiples facettes des expériences de santé des femmes;
  3. l’élaboration, l’implantation et l’évaluation d’interventions, dans une perspective d’empowerment;
  4. l’influence auprès des dispensateurs de services, des chercheurs, des organismes de santé et des décideurs relativement aux connaissances issues des recherches et activités du centre.

Le CESAF effectuera non seulement des recherches sur la santé des femmes, mais devra également diffuser de l’information, fournir analyses, conseils et informations aux gouvernements et aux organismes de santé et soutenir la création de réseaux, et notamment du Réseau québécois pour la santé des femmes. À travers la réalisation de chacun de ces mandats, le CESAF contribuera à ce que le système de santé réponde mieux aux besoins des femmes.

« La contribution marquante du Regroupement aux différents mandats a été jugée essentielle pour l’élaboration du programme du Centre. » En effet, « le CESAF reconnaît le rôle crucial joué par le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec dans la promotion de la santé et la mobilisation des femmes et des groupes travaillant dans une perspective féministe. »

Au-delà du projet et de l’innovation qu’il suscitera, un réel partenariat doit s’organiser entre les différents partenaires. Il doit s’organiser sur la base de valeurs tels l’interaction égalitaire, le respect, la confiance et la croyance en la capacité de se regrouper autour d’objectifs communs, sans aliéner nos propres objectifs.

Notre grande motivation à nous associer au programme du CESAF et le temps que nous mettons à débattre des idées, accorder les perceptions, développer des liens de confiance, des relations harmonieuses sont nécessaires pour créer les meilleures conditions possibles afin de dégager de véritables consensus. Nous sommes convaincues que le plaisir de travailler ensemble à l’élaboration de ce projet se poursuivra dans sa réalisation... vers l’innovation.

Lise Lamontagne

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 13, Printemps 1997

Le 28 mai : Journée internationale d’action pour la santé des femmes

L’accès à des services de santé de qualité, un droit pour les femmes

La Journée d’action pour la santé des femmes a été créée au Costa Rica lors de la cinquième Rencontre internationale sur la santé des femmes en 1987. Après huit ans de campagne pour combattre la mortalité et la morbidité maternelles, les femmes ont estimé qu’il fallait recentrer la campagne autour du phénomène de privatisation dans un contexte néolibéral. C’est pour cette raison que la Journée internationale d’action de 1997 aura pour cible les problèmes d’accès à des services de santé de qualité, accès considéré comme un droit des femmes.

En effet, au cours des dernières années, le mouvement des femmes s’est vu confronter à un défi sans précédent posé par un courant néolibéral touchant le domaine politique, économique et social. Même s’il est vrai que ces politiques ont été mises en place de manière différente selon les pays, il est impossible de ne pas voir au delà de ces différences une similitude frappante dans les résultats. Ces politiques impliquent des restrictions budgétaires, la privatisation d’entreprises et de services publics, la centralisation des dépenses publiques et l’adoption de toute une série de stratégies de restructuration économique. Invariablement, le résultat a été l’appauvrissement d’une grande partie de la population et une érosion significative des liens dans la société civile.

Les femmes ont de tout temps été les plus pauvres parmi les pauvres. Avec l’introduction des réformes économiques néolibérales dans bon nombre de pays, la pauvreté chez les femmes s’est aggravée davantage. Par voie de conséquence, leurs possibilités de jouir d’une bonne santé et de préserver leur bien-être sont réduites. L’amélioration de la qualité de vie des femmes passe donc nécessairement par une transformation de la situation actuelle.

La santé n’est plus considérée comme un droit humain élémentaire. Au contraire, dans un contexte de marché privatisé, elle s’est transformée en un nouveau produit qui s’achète. Avec la privatisation, l’accès à des services de santé n’a fait que se réduire davantage pour la majorité des femmes. Ainsi les problèmes ont-ils été envisagés de manière spécifique, sans tenir compte, dans une dimension globale, de la dynamique sociale et politique dans laquelle les femmes vivent et travaillent au sein de la société. Cette Journée internationale d’action pour la santé des femmes est une occasion de lutter contre la privatisation et la commercialisation des services de santé et de militer pour que l’accès à des services de qualité soit un droit pour les femmes.

Dans le contexte actuel, les femmes font face à de nombreux obstacles et l’âge, la classe sociale, la race et l’origine ethnique sont des facteurs qui risquent de réduire davantage leur accès à des services de santé de qualité.

Des obstacles économiques : Des taux de chômage élevés chez les femmes, un accès réduit à l’éducation et des inégalités salariales entre hommes et femmes sont autant de facteurs qui limitent l’accès des femmes à des services de santé.

Des obstacles sexistes : Les problèmes de santé des femmes ne sont pas pris au sérieux et tendent à revêtir moins d’importance au sein de la société. Les femmes réussissent à obtenir moins d’informations au sujet de leur santé que les hommes. Ceci ne leur donne pas l’occasion de prendre des décisions en toute connaissance de cause quant à la nature des services de santé auxquels elles désireraient accéder.

Des obstacles culturels : Les services de santé négligent souvent de tenir compte des traditions et des coutumes locales associées à bon nombre d’aspects de la santé et du bien-être des femmes. La médicalisation de leurs problèmes de santé a altéré la nature des services auxquels elles ont accès, comme en témoigne la surmédicalisation de la ménopause.

Des obstacles politiques : Un manque de volonté politique au niveau national et local lorsqu’il s’agit d’organiser des services de santé tenant compte des différences entre les sexes et l’existence de législation inappropriée sur les grands problèmes de santé que connaissent les femmes, par exemple l’avortement, sont autant d’obstacles supplémentaires à l’accès des femmes à des services de santé correspondant à leurs besoins.

Des obstacles liés aux mythes sur la sexualité des femmes : Les femmes ne sont pas libres de prendre des décisions quant à leur corps et leurs préférences sexuelles. Elles n’ont pas l’occasion d’exprimer leur sexualité, sans redouter d’être victimes de violence ou de discrimination. Les lesbiennes sont en général exclues du système de santé, étant donné qu’elles ne sont pas considérées comme des êtres reproducteurs ou actifs sexuellement. Les droits doivent s’accompagner du pouvoir d’exercer ces droits. Les droits économiques et sociaux sont des conditions préalables à l’exercice des droits en matière de santé et l’exercice de ces droits permet d’arriver à une équité sociale. Il est temps de critiquer les politiques néolibérales, en soulignant leur impact sur l’accès des femmes à des services de santé de qualité et en oeuvrant pour garantir le droit des femmes à un système de santé de qualité qui tient compte des différences entre les sexes.

Lise Lamontagne

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 13, Printemps 1997

Déclaration Gloria

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 13, Printemps 1997

Le texte qui suit est un compte rendu de la Déclaration de Gloria adoptée à la 8e Rencontre internationale femme et santé tenue à Rio de Janeiro en mars 1997.

Plus de 400 femmes venues de 72 pays se sont réunies à Rio de Janeiro pour la huitième Rencontre internationale femme et santé au mois de mars dernier. Le comité organisateur comptait sur ce mois historique du mouvement féministe pour donner à la rencontre le ton d’insoumission et de défi qu’a été la marque des femmes, partout dans le monde, au long de la lutte pour défendre nos droits et pour un monde sans inégalités ni oppressions. Les participantes ont constaté des avancées significatives du mouvement pour la santé des femmes dans l’application de la plate-forme de Bejing et du programme d’action au Caire. Les participantes ont donc défini des stratégies ayant comme objectif de renforcer les droits à la santé et qui s’articulent autour de quatre axes :

Les stratégies féministes : Face aux changements rapides de l’environnement politique, culturel et politique qui nous affectent aujourd’hui, une des priorités majeures est de renforcer la capacité du mouvement pour la santé des femmes et de faire face aux défis. Nous devons développer de nouvelles formes de solidarité afin de valider et de s’inspirer de la richesse et de la diversité de nos divers contextes, et de la variété de nos expériences et stratégies.

Les obstacles structurels à la santé des femmes : La globalisation des marchés, les politiques d’ajustement structurel et la montée de la crise économique dans de nombreux pays ont porté des coups sévères aux services de santé publique. La privatisation des services, le déséquilibre entre la médecine préventive, la promotion de la santé et la médecine curative sont d’autres effets de la globalisation. Le patriarcat dominant et son corollaire de violence contre les femmes se perpétuent et sont exacerbés par la crise économique, politique et culturelle. D’autre part, les fondamentalistes religieux s’attaquent aux acquis des femmes essayant d’exercer un contrôle sur leur corps, leur reproduction et leur sexualité.

Ces oppressions se renforcent mutuellement et constituent le contexte difficile dans lequel les femmes se battent aujourd’hui pour obtenir une meilleure qualité de vie et l’accès aux services de santé; c’est pourquoi les participantes insistent pour mettre en rapport la justice au niveau de la santé avec la justice sociale et économique.

Les obstacles qui nuisent à l’application de politiques : Un des facteurs limitatifs observés dans de nombreux pays est l’absence d’analyse différenciée selon les sexes et ce particulièrement dans les politiques de santé. De plus, la participation des femmes demeure très limitée dans les instances décisionnelles. Même quand la participation des femmes dans les niveaux de décision se développe, cela ne se traduit pas obligatoirement dans l’application des recommandations du Caire et de Beijing. On observe ironiquement que les femmes apparaissent dans les scénarios politiques au moment où l’État tombe en décrépitude et où les crédits sont drastiquement diminués.

Les gouvernements dans de nombreux cas s’approprient les discours des femmes et les services dont elles s’occupent, essentiellement dans leur propre intérêt et sans s’occuper des besoins réels des femmes. Le court terme et les financements orientés vers les services entraînent les groupes de femmes à se substituer aux secteurs publics pour donner des soins. La formation des professionnels de la santé continue d’être un obstacle important quand elle ne met pas l’accent sur une approche globale tenant compte des besoins des femmes.

Les contributions positives mises en place au cours des dernières années : Comme résultat et après de longues années à construire le mouvement pour la santé des femmes, les féministes sont de plus en plus reconnues comme actrices politiques permettant des changements majeurs dans la conscience et la perception de la spécificité des sexes. Les groupes de femmes sont davantage impliqués dans la formulation et l’application des politiques et ont davantage de possibilités d’influencer les programmes gouvernementaux.

Le mouvement des femmes fait face à des forces d’opposition puissantes et doit multiplier ses stratégies, construire et renforcer la solidarité dans la lutte pour améliorer la qualité de vie des femmes. Les participantes ont constaté une diversité de situations liées à la diversité des pays et des régions ainsi qu’à des perspectives différentes ce qui nous placent face à des problèmes complexes nécessitant des priorités et des stratégies différenciées. Reconnaître ces différences permet de diversifier les actions et de travailler dans le sens de la complémentarité.

Lise Lamontagne

En ménopause : des voies alternatives

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 13, Printemps 1997

Incursion dans les voies alternatives

Beaucoup de femmes restent trop souvent sans réponse à leurs attentes et à leurs besoins car on ne peut se dire, entre nous, que les alternatives à la prise d’hormones ne sont pas proposées d’emblée en cours de consultation. Do’ù l’intérêt suscité par chacune des nouvelles incursions dans le domaine. Mon but, aujourd’hui, n’est vraiment pas de critiquer ou de jeter la pierre à l’approche médicale ou chirurgicale. Il s’agit plutôt d’en appeler à un juste équilibre dans les ressources disponibles.

Soulager ces fameuses manifestations

À titre d’exemples, voici un éventail de moyens à explorer, à son rythme si on le désire, pour soulager deux manifestations plus spécifiquement associées à la ménopause : les bouffées de chaleur et la sécheresse vaginale. L’application de telles mesures suppose au départ une volonté de s’impliquer, de reconquérir son autonomie et de maintenir un état de mieux-être...

Avertissement

Les doses - quand elles sont suggérées - ne doivent pas être considérées comme une prescription. Les besoins et les tolérances des individus varieront avec la grosseur du corps, son métabolisme, son âge, son alimentation. Il est préférable de consulter des praticiens reconnus qui appartiennent à une corporation.

Bouffées de chaleur

D’abord éviter les déclencheurs : chocolat, sel, épices, alcool, caféine, tabac. Savoir aussi que toute excitation issue du rire ou d’une conversation tout comme le stress peut entraîner une bouffée de chaleur.

Acupuncture

Cette approche peut contrôler des bouffées de chaleur sévères et fréquentes ainsi que d’autres symptômes vasomoteurs, à raison de deux traitements par semaine pour deux à trois semaines, puis, un traitement par mois.

Homéopathie

L’un de ces grands " remède de fond " pourrait être approprié : lachesis pour bouffées qui montent à la tête avec circonscription au cou et congestion de la face, aggravées la nuit; sepia pour bouffées semblant monter du bassin, avec sueurs et sensation de faiblesse, sensation de descente d’organes, aggravées le matin; sulfur pour bouffées de chaleur du lit; sanguinaria pour bouffées de chaleur ressenties au cou et au visage avec joues rouges, maux de tête et sécheresse des muqueuses.

Naturopathie

La vitamine E, 200 à 400 U.I. de source naturelle quotidiennement sauf pour les personnes qui ont des problèmes de tension artérielle, qui font du rhumatisme articulaire aigu ou qui prennent de la digitaline; 2 capsules d’huile d’onagre après chaque repas; du pollen, en commençant par 2 capsules ou 2 comprimés par jour.

Oligothérapie

Zinc-Nickel-Cobalt sont les oligo-éléments de la " désadaptation " ils sont des régulateurs du système neurovégétatif, entre autres; Zinc-Cuivre sont aussi des oligo-éléments indiqués pour les bouffées de chaleur, mais il y a contre-indications dans les cas de cancer et de tuberculose

Phytothérapie

L’herbe à d’Inde ou achillée mille-feuille (Achillez millefolium) - 10 à 15 gouttes ou une tasse d’infusion froide par jour - tonifie tout le système reproducteur et aide à réduire l’intensité et la fréquence des bouffées de chaleur; la sauge (Salvia officinalis) - 2 à 3 tasses d’infusion par jour ou 30 à 40 gouttes de teinture-mère ou 2 capsules, 3 fois par jour - augmente le taux d’œstrogènes et est bénéfique contre les bouffées de chaleur; la fleur de souci (calandula) démontre une action appelée " oestrogène-like " grâce à ses phytohormones; l’alchemille appelée aussi " manteau des dames " tout comme la racine de colique (wild yam), l’Agnus castus (vitex) ont pour leur part, une action " progestérone-like "; le ginseng (dont la dose varie selon le poids de la personne) semble efficace pour soulager plusieurs manifestations de la ménopause; le soya (miso, tofu, sauce soya, etc.) agiraient aussi dans l’organisme à la façon de l’œstrogène.

Atrophie et sécheresse des muqueuses

D’abord éviter les produits d’hygiène féminine parfumés, les douches vaginales, porter des sous-vêtements et bas-culottes dont l’entrejambe est en coton, couper le sucre et diminuer la caféine et l’alcool.

Antigymnastique

Certains mouvements ont un effet d’irrigation du bassin pendant que d’autres retonifient les muscles du plancher pelvien et les abdominaux aidant ainsi les personnes qui souffrent de descente d’organes, d’engourdissements des jambes et d’ennuis liés aux modifications que le corps subit lors de grossesses et d’interventions chirurgicales.

Homéopathie

Bryonia pour muqueuses sèches et chaudes, selles sèches et constipation; lycopodium pour sécheresse vaginale avec brûlure, douleur à la miction, mictions fréquentes, extrême sensibilité; belladona pour sécheresse avec rougeur et brûlure, sensation de descente d’organes, rétention d’urine.

Naturopathie

Les vitamines A, B-Complexe, C, E, de même que le zinc, l’iode et les acides gras insaturés nourrissent les glandes (pituitaire, surrénales, thyroïde, ovaires); bain de siège à l’eau salée (1/2 tasse de sel de mer) en cas de démangeaisons; application d’une compresse humide à l’aide d’une cuillerée à soupe de bicarbonate de soude dilué dans une tasse d’eau chaude en cas d’irritation ou de début d’infection ou encore du vinaigre - une cuillerée à café par bol - et une giclée de citron peuvent aussi être employés; les lubrifiants KY, Muko ou Lubrafax ou encore le nouvel hydratant lubrifiant Replens rendent les relations sexuelles moins douloureuses (jamais la vaseline).

Phytothérapie

Des feuilles d’ortie (Urtica dioica) pour renforcir les voies urinaires, les glandes surrénales et aussi fortifier les os; le mélilot - 2 à 3 tasses d’infusion par jour - est un antiseptique des voies urinaires et est, en même temps, très efficace contre les bouffées de chaleur; le cyprès (Cupressus sempervirens) - 30 à 60 gouttes de teinture-mère avant les deux repas principaux - est indiqué, entre autres, pour le déséquilibre génito-urinaire, l’incontinence urinaire nocturne, les hémorroïdes et les varices; les trois plantes calendula, hydrastis, consoude peuvent être d’un grand secours en bain de siège dans les cas d’irritation ou de début d’infection; le plantain (plantago), pour l’incontinence et désinfectant en usage externe.

Shiatsu

En rééquilibrant l’énergie stagnante, ce massage peut contribuer à retarder l’amincissement de la muqueuse vaginale et favoriser une amélioration sur le plan sexuel.

La série d’articles sur la ménopause publiée dans Sans préjudice… pour la santé des femmes est maintenant complétée. C’est une approche forcément concise, mais qui peut néanmoins constituer une bonne amorce. Pour celles qui veulent poursuivre une réflexion et prendre des décisions éclairées, il reste des ressources intéressantes dont le bulletin Une véritable amie fidèle au rendez-vous dix fois par année.

Lucette Proulx-Sammut
rédactrice Une véritable amie

Principales sources bibliographiques:

Nissim, Rina, La ménopause - Réflexions et alternatives aux hormones de remplacement, Éditions Mamamélis, 1994
Proulx-Sammut, Lucette, La ménopause mieux comprise, mieux vécue, Édimag, 1992,1993,1994 et La ménopause Tome 2 - La cinquantaine au féminin, Édimag, 1997
Proulx-Sammut, Lucette, Des voies alternatives aux hormones, Une véritable amie, Vol. XII, No 5, octobre 1995 et Le soya : des hormones dans notre assiette? Vol. XIII, No 9, février 1997
Starenskyj, Danielle, La ménopause : une autre approche, Orion, 1992
Tanguay, Carole, La ménopause, des mesures alternatives à la prise d’hormones, Le Collectif de Sept-Iles pour la santé des femmes, 1991

La discrimination comme violence : impact sur la santé des lesbiennes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 13, Printemps 1997

Le Regroupement des centres de santé des femmes du Québec participe à une étude sociolégale sur la santé des familles lesbiennes au Québec et au Canada. Les autres partenaires sont le Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRI-VIFF), le groupe de recherche multidisciplinaire féministe (GREMF) et la fondation pour le logement des lesbiennes et des gais âgés de Winnipeg (Sum Quod Sum).

Alors que les lesbiennes ont participé aux luttes des canadiennes soit comme individues ou comme groupe, elles n’ont pas encore bénéficié des succès remportés par les femmes. D’une part, cette recherche tente de démontrer spécifiquement les formes et les effets de la discrimination à l’égard des familles lesbiennes. D’autre part, elle révèle la façon dont celles-ci ont lutté et continuent de lutter pour la reconnaissance de leurs droits fondamentaux quant à la relation conjugale, la relation parentale, les avantages sociaux et leurs répercussions sur la santé de ces familles.

Les témoignages proviennent d’expériences vécues par les familles lesbiennes du Manitoba et du Québec. Ils permettent d’identifier les façons par lesquelles ces familles développent leurs stratégies quand il est question de relation parentale, de relation conjugale et d’avantages sociaux accordés généralement aux conjoints et conjointes de fait hétérosexuels. Il sera ainsi possible d’identifier les situations discriminantes dans chacun de ces domaines et de comparer les réalités vécues dans ces deux provinces. Une telle recherche veut faire en sorte que les familles lesbiennes soient visibilisées dans les politiques gouvernementales. Ceci se réalisera en définissant et en recommandant des directives futures pour le développement de politiques nationales tenant compte des besoins des familles lesbiennes particulièrement dans le domaine de juridiction fédérale. De plus, il sera possible d’identifier les liens entre les formes de discrimination faite aux familles lesbiennes quant aux trois domaines et leurs répercussions sur la santé de ces familles.

C’est une recherche à perspective féministe dans sa conception et sa théorie, centrée sur les lesbiennes conjointes et/ou mères. Leurs luttes ne pouvant être examinées sans tenir compte du contexte sociétal général, l’approche sociolégale permet de questionner les divers milieux où ces lesbiennes vivent, s’expriment et s’intègrent à d’autres communautés. La méthode d’entrevue utilisée est l’enquête conscientisante. Elle permet aux répondantes de reconnaître et de formuler les étapes du changement social qui amèneront par la suite aux gouvernements, au juges et à la classe juridique, aux éducatrices et éducateurs, de l’information sur la vie des lesbiennes conjointes et/ou mère. On pourra ainsi voir se développer des politiques nationales tenant compte des familles lesbiennes.

Il est ainsi possible de dire que l’importance de cette recherche réside dans son potentiel de transformation de la vie des lesbiennes en tant qu’individues invisibilisées par l’État; on peut même ajouter qu’elle réside également dans sa capacité à améliorer la santé des familles lesbiennes. Ainsi, l’État pourra prendre des mesures proactives en modifiant les lois et en adoptant une politique sociale et des stratégies de changement et de responsabilisation.

Les résultats de la recherche seront divulgués dans le prochain numéro d’automne du Sans préjudice.

Carole Tatlock
militante au Regroupement
des centres de santé des
femmes du Québec

Lanaudière : accessibilité des services d’interruption volontaire de grossesse

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 13, Printemps 1997

La région de Lanaudière est une des deux régions du Québec qui n’offrent pas de services d’interruption volontaire de grossesse (I.V.G.). Ce n’est certes pas parce qu’il n’y a pas de besoins. Ce n’est pas parce que des groupes de femmes n’ont pas fait la demande non plus. Cette absence de ressources en I.V.G. est liée au contexte social, politique et historique de la région. Le texte qui suit raconte les démarches entreprises par les femmes en vue d’obtenir une ressource qui dispense des services en I.V.G.

De 1983 à 1986, l’absence de ressources en matière d’I.V.G. préoccupait les travailleuses du Centre de santé des femmes de Joliette. Bien que des pressions furent faites pour remédier à la situation, que faire si aucun médecin n’accepte de pratiquer des avortements? Que faire si les discussions se heurtent à des considérations morales et que la reconnaissance du besoin de service n’existe pas? C’est donc en 1986, à bout de souffle, à bout d’arguments et en pénurie de finance que les travailleuses et les membres de la collective ferment définitivement le Centre de santé des femmes.

Quelques années plus tard, un journal local publie un article d’un gynécologue de la région, lequel atteste qu’il n’y a pas de demande d’avortement dans la région de Lanaudière. Pourtant, des centres de femmes et des CLSC offrent des services d’accompagnement vers la région métropolitaine aux femmes désireuses d’obtenir un avortement.

Au début des années 90, même situation. Des ententes sont prises avec le centre hospitalier de Saint-Eustache dans la région des Laurentides. Beaucoup de femmes y sont référées. Saisis de ce constat, les centres de femmes de la région unissent leurs efforts afin de revendiquer les services d’I.V.G. dans la région. Des communications seront faites entre les centres de femmes et la Commission médicale régionale. L’importance de développer un services d’interruption volontaire de grossesse pour les Lanaudoises est enfin reconnue. Cependant, le geste ne suit pas la parole... Aucun comité de réflexion ou d’implantation n’a suivi.

Pendant ce temps, sur le plan provincial, le Ministère de la Santé et des Services sociaux effectue une vaste consultation dans le but d’élaborer des orientations en matière de planification des naissances.

À l’automne 1995, le Ministère de la Santé et des Services sociaux déposait des orientations en matière de planification des naissances. Ces orientations étaient accompagnées d’un mandat très clair pour les régies régionales, celui de présenter un plan d’action concernant la prestation de services et ce, en regard des orientations et des réalités du territoire. Or, la région de Lanaudière n’offre aucun accès à des services d’interruption volontaire de grossesse (I.V.G.).

La Table de concertation des groupes de femmes de Lanaudière (fondée officiellement en 1991) considérait la pertinence d’être associée de près à cette démarche, comme représentante des groupes de femmes. En effet, plusieurs groupes membres de la Table reçoivent régulièrement des femmes qui vivront ou ont vécu un avortement.

Notamment, les centres de femmes, en plus d’avoir revendiqué ce service, sont toujours disponibles pour recevoir les femmes qui se retrouvent dans une situation de grossesse imprévue et qui ont besoin de soutien pour prendre une décision ou être accompagnées vers la ressource qui offre le service d’I.V.G.

En janvier 1996, un comité aviseur à la Régie régionale fut formé afin de répondre au mandat de proposer un modèle d’organisation de services de planification des naissances et d’I.V.G. Dans un premier temps, ce comité était composé de quatre personnes seulement : une représentante de la Régie régionale, la responsable de la Table des groupes de femmes, un médecin œuvrant en CLSC ainsi qu’un gynécologue œuvrant en centre hospitalier. Dès lors, nous avons senti le besoin d’élargir le comité à d’autres partenaires des établissements jeunesse, établissements de la santé, centres de femmes, centre de santé des femmes de Montréal, groupes communautaires.

Quant aux groupes de femmes présents, nous avions une bonne idée de l’aspect qualitatif des services que nous souhaitions offrir aux Lanaudoises, lequel s’inspirait largement du cadre de référence des centres de santé des femmes du Québec. Dès le départ, nous avons indiqué à nos partenaires du Comité les critères que nous valorisons pour un service d’I.V.G. Nous étions d’avis que la ressource « idéale » serait le centre de santé des femmes. De toute évidence, l’idéologie féministe de la santé n’était pas partagée par l’ensemble de nos partenaires. Bien sûr, nous avons eu des débats de fond. D’ailleurs, une rencontre d’échange fut organisée entre les membres du Comité et des intervenants des établissements, organismes et cliniques privés qui offrent des services d’I.V.G. Le but de cette rencontre était de prendre connaissance des différentes approches existantes et des coûts qui s’y rattachent.

L’année 1997 a bien commencé pour le Comité I.V.G. Nous en sommes arrivés à une entente satisfaisante pour toutes et tous. Nous proposons que les services d’I.V.G. soient dispensés dans deux CLSC de la région pour les grossesses de 14 semaines et moins. Quant aux grossesses de plus de 14 semaines, elles seront pratiquées dans les deux centres hospitaliers de la région. De plus, selon le modèle proposé, tous les critères soulevés par les groupes de femmes y seront inclus. Aussi, le modèle d’organisation de service suggère la participation des groupes de femmes dans le processus d’implantation et de l’évaluation du service.

Ceci met fin à la première phase des travaux du Comité qui concernent uniquement l’organisation des services en matière d’I.V.G. Le Comité a choisi de diviser ses travaux en deux volets de façon à rendre les services d’I.V.G. accessibles le plus rapidement possible. Le deuxième volet porte sur les services de planification des naissances et a été amorcé cet hiver par une recherche effectuée par le Département de santé publique. Cette recherche vise à faire un portrait des services offerts en périnatalité et en planification des naissances dans la région.

Actuellement, le rapport du groupe de travail sur les services d’I.V.G. est terminé de même que l’état de la situation des services en périnatalité et planification des naissances. Les deux rapports seront présentés au cours du mois de mai à deux commissions consultatives de la Régie régionale. Aussi, il est permis d’espérer que l’implantation des services se fera à l’automne 1997.

Le modèle d’organisation de services suggère un arrimage entre les établissements et les organismes communautaires. Nous constatons une réelle volonté de concertation en matière d’I.V.G. et de planification des naissances dans la région. Encore faudra-t-il que cette volonté se traduise par des gestes concrets lorsque les services seront implantés. Pour la Table de concertation de groupes de femmes de Lanaudière, il s’agit d’un enjeu majeur. Cette préoccupation à elle seule justifie notre participation active au sein du groupe de travail. Une histoire à suivre...

Guylaine Lebrun
Table de concertation de groupes de femmes de Lanaudière

Les aidantes, ces femmes qui en font trop

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 13, Printemps 1997

De nos jours, prendre soin d’un proche en perte d’autonomie comporte des risques sérieux pour qui s’y aventure sans préparation; d’ailleurs, plusieurs d’entre nous peuvent s’attendre à assumer ce rôle à un moment de notre vie; et ce, pas forcément par choix. Plus de 83% des personnes aidantes sont des femmes; cela, dans un contexte où l’État se retire de plus en plus du secteur de la santé et des services sociaux. En conséquence, les familles et surtout les femmes sont plus que jamais interpellées.

Nombre de ces femmes se retrouvent, après avoir pris soin d’un proche pendant plusieurs années, avec de sérieux problèmes de santé. Pendant tout ce temps, elles auront souvent négligé leurs rendez-vous médicaux, et même quand elles se seront décidées à consulter, ce sera pour cause de stress aigu. Elles finiront par se faire prescrire des calmants ou des somnifères. En pratique, c’est la santé globale de la personne qui est en cause. Celle-ci se retrouvant à bout de souffle et épuisée, elle ne trouve plus la force de perdre les moyens pour : préserver sa santé, maintenir son réseau social et progresser dans les diverses sphères de sa vie. Prise dans un tourbillon, elle ne se rend pas compte qu’elle épuise ses réserves. Ainsi, après plusieurs années de ce régime, au moment où elle pourrait commencer à penser à elle, des maux de toutes sortes l’assaillent; troubles physiques (ex.: problèmes cardiaques, articulaires, etc.), troubles de santé mentale (ex.: dépression, deuil compliqué, etc.), difficultés relationnelles, financières et autres. Tout cela fait désormais partie de son lot quotidien de préoccupations. Ces femmes prennent soin d’un proche pendant plusieurs années sans réaliser les répercussions sur leur vie familiale, professionnelle ou sociale. Ce dévouement inconditionnel est lourd de conséquences. En effet, leur santé écope, leurs relations de couple en souffrent, leurs économies fondent, une promotion leur échappe, ou encore des rêves de retraite confortable sont escamotés.

Pour sa part, l’État, dans sa politique de désengagement, s’est assuré de responsabiliser les familles à l’importance de prendre en charge leurs proches en perte d’autonomie. Il a décrété que l’État, le réseau public et communautaire, de même que les familles établiraient un partenariat sans précédent pour assurer le maintien dans la communauté des personnes en perte d’autonomie. En fait, il semble odieux de parler de collaboration et de partenariat quand de récentes études révèlent que 70 à 80% des services aux parents âgés sont dispensés par le milieu familial. Il va de soi que le maintien à domicile est forcément plus économique que l’institutionnalisation! Il est capital de souligner que ces économies se font au détriment des familles, ou plutôt aux dépens de la santé de ces femmes qui en assument plus que leur part. Il y a bien quelques ressources qui sont mises à la disposition des aidantes pour les soutenir dans leur rôle (ex.: répit-gardiennage, groupes de soutien et d’entraide, transport médical, aide aux soins d’hygiène, popotes roulantes, etc.); celles-ci demeurent toutefois nettement insuffisantes et ne répondent pas toujours adéquatement aux besoins des familles. Quand on intervient à domicile, il ne faudrait pas oublier qu’on entre dans une sphère privée et qu’un trop grand roulement de personnel ou des horaires imposés sont des motifs valables pour refuser les services. Ces facteurs ne font qu’accentuer le phénomène de réticence des aidantes à accepter les services formels. Dans une ère de coupures et de restrictions budgétaires, il peut être tentant de s’appuyer sur cette réticence pour justifier l’arrêt de certains services aux aidantes et à leur proche. Il serait pourtant plus approprié de modifier l’accessibilité et la nomenclature de ces services en vue de répondre davantage aux besoins exprimés.

Le traitement médiatique accordé au « virage ambulatoire » suscite également toutes sortes de controverses. Par exemple, on priorise actuellement dans l’offre de services les personnes qui sortent de l’hôpital à la suite d’une intervention chirurgicale. Mais, dans les faits, la famille immédiate sera mobilisée par les soins à prodiguer pour une courte période de temps; alors qu’on sait que la personne qui prend soin d’un proche depuis de nombreuses années est beaucoup plus susceptible, elle, de s’épuiser avec le temps. Ainsi, on porte toute notre attention sur le virage et la réforme, alors que la désinstitutionnalisation, pour sa part, fait des ravages depuis plusieurs années déjà!

Il va de soi, pourtant, que le virage amorcé n’est pas sans conséquences fâcheuses pour les familles, et ce, sans parler des nombreux dérapages qu’il aura occasionnés. Il faut bien l’affirmer : ce virage a provoqué de nombreuses situations invraisemblables. Il faut noter aussi certains effets d’une nature plus insidieuse. L’État profite de ce nouveau contexte pour en demander davantage aux familles, et plus spécifiquement aux femmes. Ainsi, la mise en place de la réforme renforce considérablement l’insécurité des familles et des aidantes, qui voient là une façon d’augmenter leur charge de responsabilités. Concrètement, cela veut dire, par exemple, apprendre à celles-ci à soigner des plaies ou à donner des traitements jadis réservés aux infirmières. Cette augmentation des tâches et responsabilités réservées aux familles ne va pas cependant sans un accroissement équivalent du stress et du fardeau supporté par les aidantes. En plus, on constate qu’à force de se faire dire que les coffres de l’État sont vides, les familles en viennent à s’autocensurer et hésitent alors à demander de l’aide, même lorsque cela s’impose. Comme quoi le discours officiel est bien « intégré »!

Avec l’accentuation du vieillissement de la population, on peut s’attendre à ce que les femmes soient encore plus sollicitées pour assurer le maintien des aîné(e)s dans la communauté. Toutefois, ce maintien dans la communauté des personnes en perte d’autonomie devrait concerner tout le monde. La société ne gagne pas à mettre ce fardeau presque uniquement sur le dos des femmes. On sait trop maintenant que le prix à payer pour les femmes est très élevé en ce qui a trait à leur santé physique et mentale, leur appauvrissement et le démantèlement de leur réseau social et relationnel. Les conséquences sont donc nombreuses et se répercutent à plusieurs niveaux. Il est plus que temps d’y voir!

Marlène Simard
Regroupement des aidantes
et aidantes naturel(le)s de Montréal

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 14, Hiver 1998

Le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes est arrivé

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Fin prêtes, nous le sommes en ce soir du 21 novembre 1997, pour lancer le Réseau. Réunies au Lion d’Or, endimanché et fleuri pour l’occasion, on peut sentir l’électricité dans l’air. Après avoir travaillé pendant des mois à mettre en forme ce Réseau, nous y voilà!

Nos convives arrivent une à une ou en groupe et se joignent à notre fébrilité. Après l’apéro et sous l’appel de Sylvie Legault, notre maître de cérémonie pour la soirée, chacune prend place. La présidente du Réseau, Chantal Lapointe, est invitée à venir nous raconter, sous forme de conte, la naissance du Réseau. Une vague d’applaudissements clôture ce discours et c’est sous les feux des projecteurs, au son des tambours et trompettes, qu’est dévoilée la nouvelle image du Réseau: le logo. Ah! unanime et re Bravo!

Une musique s’insinue dans la salle pour ce retour au calme (relatif, la gaieté étant au rendez-vous) et le début de la ronde des plats pour un souper des plus coloré et festif. Au moment du dessert, retour sur scène de Sylvie Legault qui, bien sustentée, s’apprête à lancer le jeu. Appelant la salle en renfort c’est à qui saura deviner ce que cache chacun des objets intrigants représentant nos dossiers chauds. Chacune s’y met dans l’enthousiasme et ainsi se dévoilent-ils un à un: le virage ambulatoire, la ménopause, l’obsession de la minceur et l’oppression de la grosseur, les mutilations génitales féminines, les médicaments et la toxicomanie, les menstruations, les MTS et le sida, les transformations du corps, la santé mentale, le cancer du sein, la question lesbienne, l’avortement et la contraception. Pour chaque thème dévoilé, une militante est appelée à venir en parler... Et le jeu se termine, la fin approche. Voici l’heure venue de remercier toutes celles qui ont mis l’épaule à la roue.

Sous le ciel froid de novembre repartent nos invitées, une à une ou en groupe, rempli (nous l’espérons) d’énergie et d’espoir pour ce que sera la suite du Réseau.

Prochain rendez-vous au printemps pour l’élaboration et l’adoption d’une plate-forme politique pour et par les femmes. Dans chacune des seize régions, des intervenantes de différents milieux seront invitées à définir, à partir de leurs pratiques et de leurs acquis, la santé des femmes.

Le Réseau est né... Surveillez-le!

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 14, Hiver 1998

La discrimination versus la santé des lesbiennes (suite)

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 14, Hiver 1998

Rappelons rapidement qu’il s’agit d’une recherche alimentée par les témoignages provenant d’expériences vécues par des familles lesbiennes. Elle tente de démontrer spécifiquement les formes et les effets de la discrimination à leur égard, d’une part et, d’autre part, elle révèle la façon dont celles-ci ont lutté et continuent de lutter pour la reconnaissance de leurs droits fondamentaux quant à la conjugalité, la parentalité et les avantages sociaux, et leurs répercussions sur la santé de ces familles. De plus, ces témoignages permettent d’identifier les façons par lesquelles ces familles développent leurs stratégies quand il est question de parentalité, de conjugalité et d’avantages sociaux accordés généralement aux conjointes et conjoints de fait hétérosexuels. On croit ainsi qu’il sera possible d’identifier les liens entre les formes de discrimination faite aux familles lesbiennes quant aux trois domaines, et leurs répercussions sur la santé de ces familles.

Le premier rapport de cette étude sociolégale, d’une centaine de pages, a été rédigé en mettant l’accent sur la réalité méconnue et marginalisée de la famille lesbienne au Québec. La lecture de ce document permet de constater l’importance de cette recherche pour la transformation de la vie des lesbiennes en tant qu’individues invisibilisées par l’État; on peut même ajouter que son importance réside également dans sa capacité à améliorer la santé des familles lesbiennes, car plus il y aura de visibilité meilleure sera la santé.

Dans le numéro précédant, nous vous annoncions pour le numéro actuel, les résultats de cette recherche à laquelle feu le Regroupement, désormais le Réseau, a participé. Aujourd’hui, nous vous invitons à vous procurer le rapport complet qui sera disponible d’ici à six mois. En voici la synthèse.

Famille lesbienne

Les lesbiennes rencontrées en entrevue sont des femmes extraordinaires, qui vivent des relations amoureuses, qui, comme toutes les femmes du monde, tombent en amour, ont des peines d’amour, se relèvent et continuent d’avancer dans la vie. Aussi, toutes les répondantes (15) refusent le maintien de la situation légale actuelle qui les relèguent aux oubliettes. Selon elles, cette situation entraîne comme effets pervers, la marginalisation et l’ostracisme des familles lesbiennes. Mais ce que les répondantes ont surtout exprimé, c’est la liberté qui devrait être offerte aux conjointes lesbiennes de choisir la formule légale de reconnaissance de leur choix, celle qui convient le mieux à leur réalité. Les répondantes ont également insisté sur la garantie de protection que devrait assurer la loi à l’encontre d’interprétations parfois malveillantes des tribunaux canadiens et québécois. Nous ne le dirons jamais assez, les lesbiennes conjointes qui ont été rencontrées vivent des relations amoureuses avec les hauts et les bas que cela entraîne, elles sont compréhensives, attentionnées envers leur conjointe, emphatiques, compatissantes et parfois même jalouses. Elles investissent beaucoup dans leur relation amoureuse, veulent qu’elle dure le plus longtemps possible et sont prêtes à sacrifier un peu de leur liberté ou de leur indépendance pour se perdre doucement dans cette relation de couple. De telle sorte que les répondantes espèrent que la société canadienne et la société québécoise évoluent rapidement de façon qu’elles puissent vivre ouvertement et au grand jour leur relation de famille et de conjugalité, au même titre que les hétérosexuelles et hétérosexuels. Pour la plupart des répondantes, deux personnes qui décident de vivre ensemble en partageant les hauts et les bas de la vie, constituent une famille. Et si ces deux personnes sont des femmes, ce sera une famille lesbienne.

Parentalité lesbienne

Les mères lesbiennes sont aussi très amères en constatant le peu de compréhension qu’elles rencontrent dans leur entourage hétérosexuel, surtout lorsqu’elles considèrent les membres de leur famille biologique élargie, ou leur ex-conjoint, père de leurs enfants. Être mère lesbienne, affirment-elles, fait en sorte qu’elles sont ouvertes, tolérantes, accommodantes à la fois pour leurs enfants et pour les amies et amis de leurs enfants. En fait, être mère lesbienne n’apporte pas plus de difficultés qu’être mère hétérosexuelle dans une famille reconstituée, par exemple. Les mères lesbiennes dénoncent vertement les préjugés qui ont court dans notre société à l’effet que leur lesbianisme serait irréconciliable avec la maternité. Elles sont en total désaccord avec l’idée que leur orientation sexuelle pourrait avoir un effet d’entraînement sur leurs enfants. Concernant le concept de parentalité lesbienne, elles réclament une reconnaissance officielle dans la loi. Certaines vont même plus loin en affirmant qu’il serait important, en plus de modifier la loi, de poser des gestes pour changer les mentalités, comme entreprendre des campagnes de sensibilisation afin de démystifier cette réalité de parentalité lesbienne.

Avantages sociaux

Concernant les avantages sociaux, les répondantes réclament unanimement la même protection légale que la société canadienne et la société québécoise accordent aux conjoints de fait hétérosexuels. Les répondantes sont conscientes des obligations qui pourraient découler de ces droits et les acceptent d’ores et déjà puisque ce qu’elles veulent avant tout c’est une reconnaissance formelle et réelle de leur conjugalité de fait. D’ailleurs, elles comprennent mal que les gouvernements fédéral et provincial n’aient pas encore procédé à l’épuration de toutes les lois de façon à y faire disparaître toute trace de discrimination quant à l’orientation sexuelle.

Carole Tatlock

Le sein sous toutes ses coutures

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 14, Hiver 1998

Programme provincial de dépistage précoce
du cancer du sein par mammographie (PDQCS)

En octobre dernier, le Ministre de la santé annonçait officiellement la mise sur pied d’un programme provincial de dépistage précoce du cancer du sein par mammographie. Ce programme s’adresse aux femmes de 50 à 69 ans et vise à réduire d’environ 25% la mortalité reliée à cette maladie. Ces données expliquent le choix du groupe d’âge retenu dans le programme provincial.

Actuellement, toutes les femmes peuvent passer une mammographie avec une référence médicale et les frais encourus sont assumés par la Régie de l’assurance maladie. Avec le PQDCS, toutes les femmes de 50 à 69 ans auront accès à la mammographie de dépistage à tous les 2 ans sur réception d’une lettre d’invitation. Cette lettre tenant lieu de référence médicale, les femmes pourront si elles le désirent se rendre directement dans un des centres de dépistage désignés. Si leurs mammographies s’avèrent positives, des examens complémentaires devront être effectués dans des centres de références pour investigation afin de déterminer si ce qui est suspecté est cancéreux. Dans les deux cas, les femmes pourront choisir à partir d’une liste, le centre qui leur convient. Il est important de souligner qu’une mammographie positive ne veut pas nécessairement dire " cancer du sein ". Les résultats mammographiques ont une marge d’erreur de 10 à 15 %. De plus, chez 75% des femmes, les masses détectées à la mammographie se révèlent négatives lors d’examens ultérieurs. Enfin, spécifions que la participation au programme, comme toute autre intervention, n’est pas obligatoire.

Le PQDCS se veut un programme de qualité avec une approche humaine. Afin d’évaluer l’approche et les centres de dépistage, le gouvernement sollicite les commentaires des participantes. Il est donc important que les femmes remplissent les questionnaires d’évaluation en vue d’améliorer l’approche et de faire en sorte que le programme réponde aux véritables besoins. On peut s’attendre à ce que la mise sur pied de ce programme augmente la qualité des équipements et des services offerts aux femmes en regard du cancer du sein. En effet, les équipements devront répondre à des normes précises et le personnel sera sensibilisé et formé en conséquence. Les centres retenus correspondent à des exigences prédéterminées et des mécanismes de contrôle et d’évaluation sont prévus. De plus, l’information concernant le cancer du sein circulera plus largement; ainsi un plus grand nombre de femmes recevront l’information à ce sujet.

Dans le cadre du programme, les femmes devront donner le nom de leur médecin lors du rendez-vous pour la mammographie de dépistage afin que ce soit ce ou cette médecin qui ait la responsabilité d’annoncer un résultat positif de mammographie, le cas échéant. Si une femme n’a pas de médecin traitant, elle pourra choisir un nom dans une liste qui lui sera fournie. Dans un contexte d’intimité et de vulnérabilité, le contact avec le ou la médecin est crucial. Il est donc essentiel que les femmes ciblent un(e) médecin qui les suivra ou un(e) omnipraticien(ne) qui réponde à leurs besoins et qu’elles pourront consulter si nécessaire.

En ce qui concerne les femmes de 40-49 ans, la situation demeure complexe, mouvante et controversée. Bien que plusieurs recherches ne démontrent pas l’utilité d’un dépistage précoce par mammographie, il n’en demeure pas moins que le cancer du sein est la cause de mortalité la plus fréquente chez les femmes de cet âge. De plus, la fiabilité des études effectuées à ce jour est questionnée. Aux États-Unis, le National Cancer Institut vient de se déclarer en faveur des mammographies de dépistage pour les femmes de ce groupe d’âge. Au Canada, seule la Colombie-Britannique inclut les femmes de 40 à 49 ans dans leur programme de dépistage. Il est primordial que les décideurs investissent dans des recherches fiables afin de déterminer l’efficacité réelle d’un dépistage précoce systématique pour ces femmes. Avec la venue du programme, seules les femmes de 40 à 49 ans considérées à haut risque ont droit à une mammographie de dépistage, avec une référence médicale. Une femme à haut risque est celle dont la mère ou l’une de ses soeurs a été atteinte de cancer du sein. On peut comprendre que certaines femmes de 40-49 ans auront à questionner des habitudes de dépistage déjà intégrées dans leur vie, elles peuvent également en discuter avec leur médecin.

En ce qui concerne les femmes de 70 ans et plus, elles auront accès à une mammographie, de dépistage, au service de soutien et aux services particuliers du centre de références pour investigation, avec une référence médicale puisqu’elles ne recevront pas de lettre d’invitation. Pour ces femmes, la mammographie de dépistage se justifie puisque les cancers du sein augmentent avec l’âge et que plusieurs femmes de ce groupe d’âge n’ont jamais passé de mammographie. Toutefois, les bénéfices à en retirer dépendent de l’état de santé général de chaque femme d’où l’importance d’une approche individuelle.

Il est regrettable que le Ministère n’ait privilégié que la mammographie à l’intérieur du programme puisque cette mesure ne vise qu’un groupe de femmes. L’auto examen et l’examen clinique des seins peuvent s’avérer judicieux pour les autres femmes et pour les femmes comprises dans le programme, entre les mammographies. Bien que les recherches actuelles n’arrivent pas à démontrer l’efficacité de l’AES et de l’examen clinique des seins en terme de réduction de la mortalité; on sait que ces méthodes de détection permettent de découvrir des masses. De plus, dans 70% des cas environ, ce sont les femmes qui découvrent elles-mêmes leur masse. Soulignons que le Ministère reconnaît l’AES et l’examen clinique des seins peuvent contribuer à dépister précocement un cancer du sein et recommande aux médecins de faire l’examen clinique des seins, lors des visites périodiques des femmes. Cette mesure demeure toutefois facultative. Enfin, il faut espérer, dans le contexte de coupures actuelles, avec la transformation du réseau de la santé, des efforts importants seront consentis afin de réduire les délais reliés aux traitements, mesure essentielle si l’on veut obtenir les bénéfices réels du programme de dépistage.

Malheureusement, le Ministère de la santé n’a pas cru bon d’intégrer dans le programme de dépistage, des directives et de l’encadrement à ce sujet. De plus, actuellement il n’y a pas de mécanisme formel prévu pour soutenir les femmes qui devront passer des examens ultérieurs suite à une mammographie positive et en attente de diagnostic. Ces examens peuvent engendrer pour certaines femmes des craintes et de l’inquiétude et susciter de l’anxiété. Il est à souhaiter que toutes les régions remédieront à la situation en priorisant des mécanismes de support et de soutien pour ces femmes.

Actuellement on découvre la maladie et on la soigne mais peu d’investissement est fait en terme de prévention. Pour traiter le problème à sa source et parler de réelle prévention, il faut agir aussi sur les causes de la maladie.

Si vous désirez des renseignements supplémentaires sur le programme provincial de dépistage, au cancer du sein et ses divers modes de dépistage dont l’AES, vous pouvez communiquer avec votre CLSC ou les Centres de santé des femmes. De plus l’Alliance des communautés culturelles pour l’égalité à la santé et aux services sociaux (ACCESSS) élabore actuellement des séances de formation qui toucheront particulièrement les femmes des communautés ethnoculturelles. Le Réseau d’échange d’information du Québec sur le cancer du sein a produit un répertoire de ressources sur le sujet et le CLSC de Pierrefonds a élaboré une trousse pour les intervenantes.

Johanne Marcotte, Renée Ouimet

(514) 528-2400 poste 3561
ou le Centre de santé des femmes
de Montréal
au (514) 270-6110

Les sages-femmes vues par le Groupe MAMAN

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 14, Hiver 1998

Bilan des personnes ayant bénéficié des services des sages-femmes dans le cadre des projets pilotes en Maison de naissance.

Le Groupe MAMAN (Mouvement pour l’Autonomie dans la Maternité et pour l’Accouchement Naturel) a initié une vaste consultation auprès des usagères des Maisons de naissance pour répondre à l’invitation des sages-femmes et ainsi soutenir leur travail. Ce projet a rapidement pris la forme d’un bilan où les femmes voulaient d’abord et avant tout prendre la parole pour partager ensemble leurs réflexions et recommandations quant à l’avenir de la pratique des sages-femmes au Québec et par le fait même sur leurs attentes en matière de périnatalité.

Ce bilan est d’autant plus pertinent qu’il s’inscrit dans le cadre d’une année charnière pour la pratique de la profession des sages-femmes du Québec. Il s’agit effectivement de l’année où le gouvernement du Québec dictera le cadre de cette pratique. De plus, il s’agit également d’un moment historique où, pour la première fois au Québec, on compte développer un programme de formation sage-femme avec les institutions universitaires.

La consultation s’est faite à partir de groupes de discussion dans chacune des huit maisons de naissance où huit à quinze personnes se sont réunies pour échanger autour d’un canevas d’animation défini. Nous rapporterons ici quelques bribes des propos recueillis à partir de trois axes. Nous vous invitons à vous procurer et consulter ce bilan pour en connaître davantage en vous adressant au Groupe MAMAN.

Les dimensions de l’approche sage-femme

Les femmes ont souligné de façon unanime les qualités humaines de la sage-femme. Elle est respectueuse de la grossesse et de la naissance en tant que processus normaux de la vie. Elle est respectueuse de la femme dans sa globalité avec ses dimensions physique, psychologique et sociale; on considère la femme au-delà de sa fonction de mère et chaque cliente se sent unique. Il se développe une relation amicale et les femmes apprécient sentir la sage-femme concernée par ce qu’elles vivent. On sent un attachement mutuel, ce qui est favorisé par la continuité des services offerts. Elle est généreuse de son temps d’écoute et ce, en étant compréhensive. Elle est disponible 24h sur 24h grâce à son télé-avertisseur très apprécié.

La sage-femme favorise l’empowerment chez la femme et lui reconnaît la compétence d’accoucher et de materner. Elle établit une relation caractérisée par une confiance mutuelle dans une perspective égalitaire.

Les participantes apprécient que la sage-femme considère la venue d’un nouvel enfant comme un événement familial appartenant au couple.

Les particularités appréciées de la culture sage-femme sont reliées à son approche non-invasive. Le traitement des inconforts reliés à la grossesse se fait entre autre par des méthodes alternatives douces.

Les femmes veulent être responsables de leur corps mais en même temps elles ressentent le besoin de recevoir des conseils de la part d’une professionnelle en qui elles ont confiance. Il faut certes à la sage-femme une capacité de discernement aiguisée pour ajuster son tir et saisir la nuance entre le désir des femmes d’être stimulées dans leurs prise en charge d’elles-mêmes et celui d’être guidées et conseillées lorsque la démarche du libre choix devient trop lourde.

La sécurité

L’écoute et la qualité du temps passé avec la sage-femme, la philosophie, le lien de confiance établi dans le rapport égalitaire, le suivi global incluant le soutien psychologique qui favorise une connaissance approfondie de la femme qui accouche, la tradition qui met l’accent sur les personnes, sa vision normale de l’accouchement, sa présence tout au long de l’accouchement sont des éléments que les femmes associent à leur sentiment de sécurité. De plus, les femmes ont confiance au jugement clinique de leur sage-femme, en leur vigilance tout au long du suivi et de l’accouchement. On sait qu’elle respectera ses limites de compétences.

L’assurance que la sage-femme détient une formation spécifique en réanimation néonatale en sécurise plusieurs. Leurs compétences et connaissances larges, leur professionnalisme, le suivi post-natal à domicile, de même que la mise à jour de leur littérature sont d’autres facteurs de sécurité pour les participantes.

Avec une sage-femme, les femmes savent qu’elles ne subiront pas d’intervention inutile; elles se considèrent protégées de l’escalade des gestes interventionnistes.

La présence d’un protocole de transfert comprenant la possibilité pour la sage-femme d’accompagner la femme à l’hôpital contribue au sentiment de sécurité.

La pratique sage-femme

Les femmes considèrent suffisant d’établir une relation avec deux sages-femmes, une principale et l’autre en cas de remplacement.

Le suivi prénatal et dans les jours suivants l’accouchement est à conserver tel quel. Cependant, une forte majorité de participantes ont proposé de poursuivre le suivi au-delà de la semaine suivant la naissance. Pour certaines, la fin du suivi survient à un moment où elles en ont le plus besoin (adaptation à la vie avec un nouveau-né, récupération physique, allaitement, etc.). Paradoxalement, après avoir donné la vie beaucoup de femmes vivent un véritable deuil.

Toutes les participantes considèrent que les compétences actuelles des sages-femmes sont suffisantes et adéquates. D’autres éléments ressortaient au niveau d’habilités plus techniques telles que la réanimation néonatale, les positions de poussées et leur influence sur le travail, la détente du périnée, sa capacité à vraiment palper le bébé au lieu d’utiliser des instruments. À ceci viennent s’ajouter le soutien offert au couple et à la famille, sa polyvalence, ses connaissances des ressources alternatives aux inductions pour atténuer la douleur et la qualité des cours prénataux. Des qualités personnelles font surface telles que son calme, sa simplicité, sa douceur, son implication, son intuition, sa maturité et son sens des responsabilités.

Finalement, soulignons que les parents souhaitent l’autonomie professionnelle de la sage-femme. Ils souhaitent aussi le libre choix d’accoucher où ils le désirent, y compris à la maison. Ils espèrent que la formation ne dévalorisera pas la pratique et protégera l’approche traditionnelle des sages-femmes qu’ils apprécient largement.

Lucie Thibodeau
Vous pouvez rejoindre le groupe MAMAN au:
514-664-0441 ou au gregau@total.net

Quand Dieu était femme...elle était grosse

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 14, Hiver 1998

Les plus anciens objets découverts à ce jour et représentant le corps humain remontent de la période du paléolithique supérieur et ce sont pour la plupart des sculptures de nus féminins. Ce sont les premières oeuvres d’art dans l’histoire de l’humanité. Ces statuettes, dont certaines datant de 25,000 ans av. J.C. (ex. : la Déesse de Willendorf), étaient des représentations de Déesses de la Fécondité-Fertilité et sans doute des objets de cultes visant à assurer la reproduction, la survie de l’espèce. Leur particularité est que ces corps sont dotés de formes très généreuses, elles ont de gros ventres, des seins lourds et tombants, des hanches larges et de grosses cuisses. À cette époque, avant l’avènement des premières civilisations patriarcales, les femmes avaient du pouvoir. On parle de la grande religion féminine, celle de la Terre-Mère, qui assure la survie et le bien-être des enfants, qui leur fournit de la nourriture, de l’eau, des vêtements pour survivre à l’hiver, des plantes de pouvoir pour guérir les maladies. On respectait cette divinité protectrice (Grande-Mère) et ces statuettes servaient à exprimer cette vénération. De plus, selon l’historienne Merlin Stone dans son ouvrage mondialement reconnu: « Quand Dieu était femme », les divinités féminines étaient vénérées aussi pour leur courage, leur force et leur sens de la justice.

Au fil des siècles et des cultures, la grosseur féminine a souvent été associée à la fécondité et a été appréciée, valorisée et célébrée par les artistes et la population en général. Dans la culture occidentale actuelle, ces Vénus aux formes exponentielles représentant alors la sexualité sont l’objet de mépris et de moqueries; elles sont exactement ce que les femmes ne veulent pas être, bref tout ce qu’on trouve laid aujourd’hui. Pourquoi?

La maternité, cet acte merveilleux de donner la vie, a été pendant des siècles voire des millénaires une prison pour les femmes. N’ayant pas le contrôle sur leur fertilité, les grossesses sont vécues comme une fatalité, un moyen d’asservissement dans la majorité des sociétés. Mais les choses vont changer radicalement au cours de ce siècle. La libéralisation de la contraception en général et l’apparition de la pilule anticonceptionnelle en particulier vont profondément bouleverser l’ordre établi. Les femmes sentent qu’elles ont d’autres possibilités que de faire des enfants. Elles tentent de reprendre le pouvoir sur leurs corps et sur leurs vies.

Malheureusement, en rejetant la maternité-prison-oppression, on a aussi rejeté tous les symboles, les représentations de la Fécondité-Fertilité. Il n’y a plus de place pour les femmes rondes, puissantes, en pleine possession de leur force, de leur pouvoir. Et nous voilà prises au piège d’une autre oppression. La liberté (soi-disant) des femmes a pris des allures de minceur obligatoire pour toutes les femmes. Pas de seins, de ventres, de hanches. Pour se libérer, les femmes doivent ressembler aux hommes. Le message est clair. Pendant qu’elles dépensent argent et énergie à lutter contre elles-mêmes, les femmes ne prennent pas trop de place. Elles ne s’investissent pas dans une lutte collective et solidaire contre leur oppression.

L’obligation de se fondre dans le moule de la minceur est une aliénation pour la très grande majorité des femmes. On constate chez un grand nombre d’entre elles la perte du plaisir de manger, la malnutrition, l’épuisement physique, l’obsession de l’apparence, le rejet de leur nature véritable. Elles sont assez nombreuses en tout cas pour que la science s’intéresse au phénomène de la sous-alimentation chez ces femmes qu’elle désigne désormais sous le nom de « restrictive ». De plus, cette religion de la minceur est une totale aberration pour de nombreuses femmes pour qui la génétique en a décidé autrement. Harcelées de toutes parts pour maigrir, discriminées très souvent dans l’emploi, ridiculisées fréquemment dans les médias et la publicité, défavorisées parfois dans leurs droits de recevoir des services de santé adéquats et niées aux yeux de plusieurs dans leur pouvoir de séduction, elles vivent un quotidien parfois très lourd à porter et dont personne ne parle.

Les femmes sont tellement conditionnées par le dogme de la minceur qu’elles ne se questionnent même plus sur cette négation des fondements de la vie qui, par essence, est diversité et abondance. Elles achètent le message: MINCEUR=BEAUTÉ, SANTÉ, BONHEUR, RÉUSSITE; GROSSEUR=LAIDEUR, MALADIE, LAISSER-ALLER, ÉCHEC, SÉDENTARITÉ etc. Même le mouvement féministe a largement ignoré l’oppression faite aux grosses femmes. Pourtant, un corps fonctionnel et en bonne santé n’est-il pas le meilleur type de corps que l’on puisse avoir? Un corps qui nous permet d’être là, de profiter au mieux de la vie ne mérite-t-il pas notre respect, notre appréciation, notre reconnaissance peu importe ses caractéristiques et ses dimensions?

Renouons avec les Déesses de la Fertilité. Retrouvons notre pouvoir créateur dans toute sa puissance. Faire des enfants quand on le désire, ne pas en faire selon notre choix, prendre le temps de s’arrêter et de se demander ce qu’on veut faire de notre vie, réaliser nos rêves profonds. Prendre le temps d’aimer, d’apprécier la vie. Se réapproprier le plaisir de partager. Voilà la vraie féminité. Elle n’a rien à voir avec le poids d’une femme. Une grosse femme qui s’alimente sainement, qui bouge, qui est bien dans sa peau, qui s’accepte et qui s’aime est au moins en aussi bonne santé que n’importe qui. Elle peut devenir un puissant modèle de bien-être, d’affirmation, d’assurance pour les autres femmes rondes, charnues, imposantes, « terriblement vivantes ». Puisque nous en avons le pouvoir, donnons-nous collectivement, solidairement, soeureinement cette chance de nous mettre au monde. Participons au mouvement d’action et de lutte contre l’oppression de la grosseur et la promotion du bien-être, de la santé des grosses femmes. Toutes en profiteront. Lutter contre une oppression dont est victime un groupe de femmes, c’est lutter contre l’oppression de toutes les femmes.

Michèle Boisvert et Diane Lesage

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 15, Printemps 1998

Réflexion sur la définition de la santé et de la maladie

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Comme vous le savez toutes, le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes procédera bientôt à une consultation des femmes de toutes les régions du Québec afin de réaliser un Cadre de référence pour la santé des femmes que nous voulons proposer à nos gouvernements et qui nous servira en quelque sorte de plate-forme de revendications. Or, il nous est apparu qu’une des étapes incontournables de cette démarche consistait justement à définir le concept de santé. Le texte qui suit se veut une réflexion préliminaire pour nous stimuler dans la recherche d’une définition qui nous convienne véritablement.

Il existe en gros deux grandes tendances lorsqu’il s’agit de définir la santé et la maladie:

  • La première voit la santé comme la faculté d’adaptation d’un individu à son milieu de vie. En ce sens, sa perception diffère d’une personne à l’autre, d’une culture à l’autre, d’une époque à l’autre: elle n’a pas la même résonance pour nous qu’elle avait pour nos grand-mères ou pour les femmes des débuts de la colonie; elle ne veut pas dire la même chose pour une femme qui travaille dans un bureau, pour une agricultrice, pour une mère monoparentale et pour un mannequin; elle n’a sans doute pas le même sens non plus pour l’Haïtienne, la Québécoise, la Chinoise ou l’Amérindienne. La maladie n’est pas considérée comme anormale mais plutôt comme faisant partie de ce processus dynamique d’adaptation à un milieu en constante évolution. La santé est perçue comme une aptitude à réagir promptement à la maladie et à retrouver son équilibre. On peut alors accorder un sens à la maladie et choisir le type d’intervention approprié en tenant compte de tous les éléments constitutifs de la vie d’un individu, qu’ils soient de nature physiologique, psychologique, sociale ou autre.
  • La seconde tendance, maintenant dominante, s’est développée avec l’apparition de la recherche clinique, alors qu’une partie de la profession médicale a adopté la thèse de la maladie à cause unique ayant une existence en soi, indépendante de l’individu. Ce qui suppose qu’on puisse attribuer à chaque maladie des caractéristiques spécifiques et distinctes qui se manifestent universellement de la même façon sur l’espèce humaine et dont on peut potentiellement identifier la cause. Cette définition de la maladie comme dérivant d’une infraction microbienne n’est certes pas étrangère au recours démesuré à l’arsenal pharmaceutique qui caractérise nos sociétés. Non seulement elle évacue toute considération des multiples causes potentielles, et notamment des causes sociales, de la maladie mais certains de ses tenants sont allés jusqu’à prétendre que tous les maux de la société étaient provoqués par un microbe et qu’ils pourraient éventuellement être résolus par un vaccin.

La maladie définie comme une déviation biologique anormale, on entretient l’illusion de la santé parfaite, de la possibilité d’enrayer totalement toutes formes de maladie, l’illusion que l’être humain peut changer son mode de vie sans avoir à payer le prix de son adaptation, l’illusion qu’en mettant au service des populations les grands progrès de la science, la santé pourra être atteinte, sans aucun effort, à l’aide de pilules.

Il y a là une volonté de définir la santé non plus comme un élément essentiel pour l’accomplissement d’une vie bien remplie mais bien comme un but en soi qui englobe tout, ainsi qu’on peut l’observer dans la définition donnée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour laquelle la santé est un « état de bien-être complet, physique, psychique et social et pas seulement la simple absence de maladie ou d’infirmité ».

En élargissant ainsi la perception de la santé aux limites de l’inaccessible, on donne à la définition de la maladie la possibilité de gagner elle aussi de nouvelles sphères. La profession médicale, qui jouit dans nos sociétés de l’apanage de déterminer ce qui constitue une maladie, ne se prive d’ailleurs pas de tous les moyens d’étendre son champ de compétence. Ainsi, des phénomènes de prime abord considérés comme naturels sont maintenant traités comme des maladies, comme par exemple les différentes étapes de la vie des femmes telles que les menstruations, les grossesses, la ménopause. La vieillesse aussi est désormais considérée comme une maladie et on tente de plus en plus d’en masquer les effets.

À partir du moment où le bien-être dans un sens large fait partie de la définition même de la santé, tous les maux, toutes les faiblesses, et à la limite tous les écarts par rapport à un idéal arbitrairement désigné peut justifier un traitement médical. D’ailleurs, l’augmentation de la consommation de médicaments n’est pas essentiellement reliée au traitement de maladies organiques mais bien à celui d’un grand nombre d’états psycho-sociaux: pour nous aider à fonctionner dans un monde de plus en plus stressant dans lequel les individus ont de moins en moins de prise sur leur environnement et sur les retombées négatives des « progrès » technologiques et autres. On nous prescrit des drogues pour mieux ou moins dormir, pour engraisser ou pour maigrir, pour nous stimuler, pour soulager nos états dépressifs, pour augmenter notre mémoire, notre intelligence, pour diminuer notre timidité, etc. L’être humain doit de plus en plus correspondre à un idéal de superwoman et de superman, et ce dès l’enfance alors que l’usage de médicaments tels le Ritalin se répand. Au lieu de rectifier les exigences sociales, on déclare les individus malades et on intervient auprès d’eux.

L’objectif étant d’enrayer la maladie, la profession médicale cherche le plus possible à prévenir son apparition en intervenant avant même que la maladie ne se déclare et ce non seulement par la multiplication des campagnes de vaccinations mais aussi en dépistant les personnes à risque de développer telle ou telle maladie et en les convainquant de se soumettre à des traitements préventifs. Traitements qui eux-mêmes peuvent entraîner l’apparition d’autres maladies : pensons à l’exemple des médicaments prescrits aux femmes susceptibles de développer l’endométriose et qui augmentent les risques de développer un cancer du sein. Les recherches dans le domaine de la génétique ne feront qu’accentuer cette tendance à vouloir traiter des sujets sains pour des maladies que la science considère qu’ils sont susceptibles d’attraper éventuellement.

En associant la santé à la normalité et la maladie à l’anormalité nous léguons à la profession médicale le pouvoir de décréter qui est en santé et qui ne l’est pas, qui est normal et qui est anormal. Or, ce qui est normal et anormal dérive toujours d’un jugement social et moral et varie selon les valeurs, la culture, la société. L’histoire de la médecine est riche d’exemples de pathologies qui changent de statut avec les époques et même parfois d’un intervenant à l’autre, que l’on pense à l’épilepsie, au diabète, à la maladie mentale, à l’homosexualité, à la toxicomanie, à l’alcoolisme. En conférant à la profession médicale le pouvoir de définir la maladie, on leur permet de décider de qui est mentalement malade et non responsable de ses gestes, de qui est apte ou inapte au travail, de qui est potentiellement dangereux pour la société et pour ses pairs. La maladie est alors non seulement un état biologique mais aussi un statut social que la profession médicale a le pouvoir de conférer ou de refuser. Point n’est besoin de remonter bien loin dans le temps pour se souvenir de ces femmes qu’on traitait pour des maladies mentales alors qu’elles n’en pouvaient plus d’être emprisonnées entre leurs quatre murs, des féministes qu’on a pu traiter de folles, des lesbiennes qu’on continue à envoyer chez le psychiatre pour des problèmes physiologiques.

Ce pouvoir de la profession médicale peut d’ailleurs s’étendre bien au delà de la simple définition des critères de normalité lorsqu’il s’agit de déterminer la façon dont les individus doivent se comporter afin de remédier et d’éviter la maladie. La représentation de l’étiologie d’une maladie par l’identification de comportements jugés " à risque ", n’est pas seulement un moyen de contrôle social mais également une façon d’interpréter la société et ses désordres. Phénomène qui peut engendrer des campagnes de répression contre les déviants, ou susciter l’instauration de mécanismes de régulation des comportements des populations. Dans plusieurs états des États-Unis, des parents ont récemment perdu la garde de leurs enfants parce qu’ils étaient trouvés coupables de fumer et que ce comportement est jugé néfaste pour la santé. Des médecins refusent des traitements à des femmes enceintes parce qu’elles se font suivre par une sage-femme; d’autres rejettent de leurs cabinets les femmes ménopausées qui ne veulent pas prendre d’hormones. Des infirmières nous avisent maintenant de ne plus embrasser nos enfants sur la bouche de crainte de leur transmettre des microbes! De plus en plus d’entreprises exigent des examens médicaux avant l’embauche sans nécessairement que le lien soit évident entre les tests demandés et l’emploi dont il est question.

Pourtant, la profession médicale est loin d’avoir prouvé qu’elle détenait la vérité, ni même que l’approche biomédicale était particulièrement efficace si on se fie à l’état de santé de nos sociétés et à l’engorgement des hôpitaux. Sa plus grande réussite est d’avoir su imposer son point de vue selon lequel la maladie est notre pire ennemie et que la seule façon de protéger nos corps d’une menace constante est de suivre les consignes de la " science médicale ". Et si la maladie n’était pas une ennemie mais parfois un mode d’expression de l’être? Si on voyait effectivement la santé comme une faculté d’adaptation de l’être à son milieu? On aurait peut-être moins tendance à traiter l’individu quand les problèmes viennent du milieu. C’est d’ailleurs ce que les féministes font depuis de nombreuses années en revendiquant la reconnaissance des déterminants sociaux et économiques de la santé.

Chantal Lapointe

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 15, Printemps 1998

Féminisme et oppression de la grosseur

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 15, Printemps 1998

Nous croyons que l’oppression faite aux grosses femmes est une réalité trop peu abordée par le mouvement féministe. Nous espérons que les années 90 seront source de questionnement et de réflexion critique à cet égard. Ces propos terminaient la présentation de l’Obsession de la minceur : un guide d’intervention publié en 1991 par le Centre des femmes de Verdun.

Cette cause a-t-elle avancé depuis la formulation de ce souhait alors que nous touchons à la fin de la décennie? Pas assez en tout cas pour que l’expression « oppression de la grosseur » ne provoque un malaise même dans une assemblée de féministes!? Comment douter que cette lutte soit nécessaire quand toutes les femmes sont constamment bombardées de messages qui les incitent à mettre une énergie incroyable à vouloir changer leur corps (en maigrissant) et amènent les grosses femmes en particulier à le détester? Jugées sur leur « inaptitude » à se conformer à un idéal unique de beauté, ces femmes ne sont plus libres, elles sont prisonnières par l’âme et par le corps. Il faut que ça cesse.

Voici quelques constats que je soumets à votre réflexion à cet égard.

  • Il y a toujours eu des gros et des grosses dans l’humanité. Il y en aura toujours. Le processus même de la vie est fondé sur la diversité. Si des femmes sont charnues, larges, grandes, grosses ou tout autant petites, minces ou étroites c’est avant tout et surtout parce qu’elles ont hérité de ces formes de leurs parents, de leurs grands-parents, de leur lignée.
  • Un grand nombre de faussetés, d’erreurs fondamentales sévissent encore et encore sur l’alimentation, la sédentarité, la santé des grosses femmes. De nombreuses recherches qui vont à l’encontre de la « mythologie » médicale sur ce sujet sont sciemment écartées par les organismes de santé officiels.
  • Faire maigrir les femmes, très souvent au détriment de leur santé, est une vaste entreprise des plus lucratives pour les « spécialistes » de la diète. Supportés par le puissant lobby des compagnies pharmaceutiques, ils sont plus actifs que jamais. Ils dépossèdent les femmes de la confiance en leur capacité de faire les bons choix en regard de leur corps, de leur santé et leur nient le droit de s’épanouir dans leur façon d’être spécifique.
  • Maintes théories psychologiques donnent un caractère pathologique aux différences corporelles des femmes et souscrivent à l’idée destructrice que quelque chose ne va pas chez les grosses femmes, qu’elles ont de graves problèmes personnels qui les poussent à s’empiffrer. Vivre au quotidien avec la possibilité d’être discriminée dans l’emploi, défavorisée dans son droit de recevoir des services de santé de qualité, confrontée à des endroits difficiles d’accès, harcelée de toutes parts pour maigrir, méprisée publiquement et niée dans son pouvoir de séduction peut détruire l’harmonie naturelle qu’une femme éprouve avec son corps et la priver d’une grande partie de sa vie créatrice.
  • Une multitude d’images négatives, stéréotypées sont projetées par les médias de masse face aux grosses personnes. Que de vies gâchées à cause de ces messages oppressifs! Ils font des ravages chez les adolescentes. Certaines sont convaincues que tout vaut mieux (même la mort) que la vie dans un corps de grosse.
  • Maintenant, voici quelques pistes d’action essentielles pour que les choses bougent.

  • Les grosses femmes ont besoin de vivre une démarche de réconciliation avec leur corps. Un cheminement qui leur permette de le considérer comme sain et adéquat, de le respecter dans son évolution et de le voir comme un formidable outil qui permet de ressentir le bonheur d’être vivantes, de communiquer et de créer. Que leurs histoires personnelles, trop souvent tissées d’oppression et de dépression, puissent désormais s’inscrire dans la quête d’un sens puissant de leur identité et d’un hymne à la vie, à la joie.
  • La diffusion d’outils, qui révèlent que grosseur ne rime pas nécessairement avec maladies ou désordres psychologiques, où le poids est considéré avant tout comme une caractéristique physiologique qui varie d’une personne à l’autre, est une absolue nécessité. De la connaissance de la vérité, découleront plus de respect et de justice pour les grosses femmes.
  • Les grosses femmes peuvent mutuellement se supporter dans une démarche pour vivre plus pleinement leur vie. De la réconciliation avec le corps, vient le désir de mieux le traiter en faisant des choix plus éclairés si cela s’avère nécessaire. Être en paix avec la nourriture, ressentir le plaisir de bouger, se vivre comme une personne en évolution, diriger son énergie vers des objectifs importants pour soi (et non en fonction du modèle esthétique obligé actuel), voilà la véritable SANTÉ pour quiconque. Des ressources communautaires devraient être réclamées pour donner aux femmes qui le désirent les moyens de poursuivre ces objectifs.
  • Des interventions énergiques, auprès des médias en particulier, seraient grandement nécessaires pour les inciter à montrer des femmes rondes de tous les milieux (travail, sports, arts, médias, politique, etc.) pleines d’énergie et de projets, heureuses et entourées, qui croient en leurs possibilités de se réaliser telles qu’elles sont. Encore faut-il pour les convaincre, élargir nous-mêmes notre propre vision, notre conception personnelle de la beauté pour y inclure les femmes aux formes généreuses.
  • Collectivement les féministes devraient encourager l’émergence au Québec d’un mouvement d’acceptation des grosses femmes, voué à la promotion de leur santé, de leur dignité, de leur bien-être. L’histoire a souvent fait la preuve que la société se coupe d’une contribution superbe et utile à la culture de tous ces gens qu’elle force à vivre en marge. Pouvons-nous nous priver encore longtemps de l’énergie, de la créativité de tant de femmes blessées, enlisées dans des remises en question perpétuelles face à leur corps, face à leur droit de vivre leur vie dans leur spécificité, dans leur unicité? Les supporter c’est leur donner l’espoir d’une nouvelle perspective où elles puissent s’épanouir selon leur nature propre.

Une grosse femme qui avance résolument sur le chemin de l’acceptation de soi est non seulement un modèle d’affirmation pour ses semblables, mais elle peut aussi donner la cadence à toutes les autres femmes qui veulent sortir des ornières de la peur obsessive et paralysante de GROSSIR.

Elle marche ... sur la « Chaussée des géantes ».

Diane Lesage

Femmes et métiers du sexe

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 15, Printemps 1998

Je travaille au sein d’IRIS Estrie, un organisme d’intervention, de soutien et de prévention du sida, comme travailleuse de milieu. Voilà presque deux ans que je consacre mon travail au dossier « femmes en situation à risque », soit les travailleuses du sexe. Je parcours les établissements de danses érotiques de la région. Ces « clubs » offrent des services de danse contact à 10$ ou plus connus sous le nom de laps dancing.

Ceci dans le cadre d’un projet, nommé CATWOMAN, dont le but est de diminuer la transmission du VIH/sida chez ces femmes qui souvent ne se considèrent pas prostituées ou qui ont des offres de gains importants pour ne pas se protéger. Mes interventions sont axées sur l’écoute, la référence et le support des femmes dans leur cheminement. Simplement les prendre là où elles sont rendues, avec ce qu’elles font et surtout ce qu’elles sont, sans les juger. Voilà le principe de base de l’approche de réduction des méfaits avec laquelle nous travaillons. Cette démarche souligne la nécessité de réduire les effets négatifs d’une situation parmi des personnes qui, pour le moment, sont incapables de tout changer.

La réalité observée dans ce milieu m’amène à faire appel à vous. Car ces femmes sont discréditées : en les disant manipulées, on les rend encore plus vulnérables, invisibles. Qui peut juger une travailleuse qui, comme bien des femmes, se retrouve un jour cheffe de famille, sans emploi mais avec toujours en elle la fierté, la dignité, son besoin de valorisation, d’affirmation et d’autonomie?

Je pourrais vous sortir quelques faits choquants, ou juste vous parler du côté obscur du métier, celui que nous montrent les médias par exemple. Mais qu’est-ce que cela va changer dans les conditions de vie des travailleuses du sexe que vous sachiez combien d’entre elles consomment de la drogue ou de l’alcool, combien d’argent gagnent-elles et pour qui travaillent-elles? Voilà des années, voire un siècle que l’on sait tout cela et rien n’a changé. Pas une pancarte ou croisade morale n’ont fait bouger les choses, sinon de détériorer encore plus les conditions de travail de ces femmes.

On prône la prise en charge, alors laissons tomber nos barrières morales, donnons une voix à ces femmes, donnons-leur du pouvoir comme travailleuses autonomes et libres de leur choix. Là, elles nous parleront de leurs rêves, de leurs aspirations et elles décideront elles-mêmes des conditions dans lesquelles elles veulent vivre. De reconnaître qu’elles choisissent elles-mêmes de faire le métier permettrait qu’elles soient moins exploitées. Dites que quelqu’un est une proie et très vite les prédateurs arriveront, mais ralliez-vous autour de cette proie et les prédateurs s’éloigneront. Il faut briser l’isolement de ces femmes et reconnaître leur participation à la société.

Je crois qu’il est important de réfléchir à ce sujet car à un moment ou à un autre nous sommes confrontées à ces problématiques (danse érotique, prostitution, pornographie, etc.). Il ne s’agit pas de savoir si on est pour ou contre mais plutôt de se demander comment faire pour aider la cause de ces femmes. Afin qu’elles retrouvent l’estime d’elles-mêmes et le goût à la vie dans le respect de leur santé, afin que nous n’excluions plus les travailleuses du sexe quand nous parlons des femmes. Au delà de notre indignation, passons à l’action!

Ces quelques lignes touchent peut-être une corde sensible en vous alors, si vous avez des commentaires ou des questions, nous essaierons d’y répondre ensemble. Il y aura d’ailleurs des animations-échanges sur la démystification des métiers du sexe pour la région de l’Estrie au cours de l’automne 1998.

Brigit Côté
projet CATWOMAN

Le travail, la grossesse et ... la santé

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 15, Printemps 1998

Lorsqu’on parle de conciliation, on pense en général aux parents qui tentent d’harmoniser leur travail rémunéré avec leurs responsabilités familiales. On oublie souvent que les femmes vivent une situation de « conciliation » dès qu’elles sont enceintes sur le marché du travail puisqu’elles doivent arriver à conjuguer leur état de grossesse avec des conditions et des exigences de travail qui, bien souvent, ne sont pas favorables à son déroulement sécuritaire.

Nous nous intéressons à cette question depuis quelques années déjà et nos travaux, dont une recherche récente qui nous a permis de rencontrer 51 travailleuses enceintes appartenant à différentes catégories professionnelles et de recueillir le récit de leur expérience, nous amènent aux constats suivants :

  • Les femmes ne jouissent toujours pas (dans les faits) de la sécurité d’emploi lorsqu’elles sont enceintes. En effet la Commission des normes minimales de travail a reçu entre 1990 et 1995, 2,359 plaintes pour congédiement venant de travailleuses enceintes. Les travailleuses que nous avons rencontrées ont été formelles à ce sujet. La sécurité d’emploi est la première condition qui rend possible la conciliation d’un travail rémunéré avec une grossesse car elle leur permet de demander, lorsque nécessaire et sans envisager de se retrouver à la rue, l’application de la mesure du retrait préventif ou simplement un réaménagement de leurs conditions les habilitant à rester au travail sans craindre pour leur santé ou celle de l’enfant qu’elles portent.
  • La mesure du retrait préventif de la travailleuse enceinte en vigueur depuis 1979 constitue une mesure progressiste et essentielle qui doit être préservée mais son application actuelle pose un certain nombre de problèmes:

--Le retrait préventif des travailleuses enceintes est beaucoup plus fréquent que leur réaffectation, également prévue par la loi. Cela provoque des effets pervers telle la consolidation d’une représentation de la reproduction comme incompatible avec la production. Dans plusieurs milieux, tout se passe comme si la vie reproductive était nécessairement et essentiellement distincte de la vie productive. Notre hypothèse est que cette situation contribue à la séparation des deux mondes et aux difficultés de la conciliation des responsabilités professionnelles et parentales une fois les enfants nés.

--Les travailleuses sont souvent isolées dans leurs démarches pour obtenir un retrait préventif ou une réaffectation et peuvent faire l’objet de menaces et d’intimidation de la part de leur employeur et parfois d’inimitié de la part de leurs collègues. Des femmes nous ont raconté leur surprise (et même leur désarroi) devant la réaction de leurs collègues qui se sentaient pénalisé/es parce qu’elles avaient obtenu un retrait préventif car ils/elles disaient que cela rendait encore plus pénibles leurs propres conditions de travail.

Certaines travailleuses vivent avec anxiété les contradictions qu’elles perçoivent entre les messages reçus de la part des professionnel/les de la santé concernant les comportements à adopter (il ne faut pas fumer, il faut être prudente, ne pas soulever de charges, bien manger régulièrement, ne pas se fatiguer) pour favoriser une saine grossesse et les attentes exprimées envers elles en milieu de travail (rythme de travail rapide, impossibilité de s’asseoir, pas d’arrêt pour manger, heures longues, stations debout prolongées).

  • Afin de protéger leur grossesse, certaines femmes remettent en cause des acquis professionnels, risquant ainsi de ralentir ou d’arrêter la progression de leur carrière. D’autres, en laissant leur travail ou en acceptant des conditions précaires pour tenter d’éviter les conflits se placent dans une situation qui fragilisera leur statut sur le marché du travail lorsqu’elles y reviendront après avoir donné naissance.
    Les difficultés que rencontrent les femmes enceintes sur le marché du travail constituent, croyons-nous, une atteinte à leur droit au travail. En tentant de faire respecter leur droit à la santé, trop souvent elles se voient contraintes de mettre en jeu leur emploi ou leurs conditions d’emploi. Or, et cela les travailleuses rencontrées le disent haut et fort, la grossesse n’est pas une maladie, elles devraient donc pouvoir continuer leurs activités tout en étant enceintes.
  • Les milieux où la conciliation de la grossesse et du travail est la plus facile sont ceux où les travailleuses jouissent d’une sécurité d’emploi réelle et où règnent une certaine souplesse et de la flexibilité. Dans ces derniers, il est effectivement possible pour une travailleuse de vivre sa grossesse tout en restant sur le marché du travail sans mettre en danger la qualité de cette expérience, sa santé et celle de l’enfant qu’elle porte, infirmant par là la prétention qu’activités productives et activités reproductives sont incompatibles.

Le message que nous ont transmis les femmes que nous avons rencontrées est très clair. Elles ne sont pas mères ou travailleuses, elles sont mères et travailleuses. C’est ainsi qu’elles parlent de leur identité. Le droit au travail des femmes signifie donc qu’elles soient reconnues sur le marché du travail en tant que personnes et éventuellement en tant que futures mères et en tant que mères et travailleuses. La contribution sociale des femmes qui portent et donnent naissance aux enfants ne doit pas s’accompagner de pénalités dans leur cheminement professionnel.

La question de la grossesse en milieu de travail en est une de santé. Sont en cause ici la santé physique, mentale et sociale des femmes dans l’accomplissement de l’une de leurs fonctions. Reconnaître leur droit à la santé exige aussi que les connaissances sur les conditions de travail des femmes et leurs effets sur la santé soient développées.

Nous sommes toutes concernées par la situation des femmes enceintes au travail. Celle-ci est liée de façon intrinsèque au statut social des femmes. Tant que des travailleuses continuent d’être marginalisées et pénalisées parce qu’elles sont enceintes, l’ensemble des femmes se voit atteintes dans l’exercice légitime de leur droit au travail.

Maria De Koninck
Université Laval
Romaine Malenfant
Centre de santé publique de Québec

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Pour en savoir plus:

De Koninck, Maria et Romaine Malenfant, 1997, Travail, Grossesse, Santé: La conciliation et ses effets, Centre de santé publique de Québec, Université Laval, CLSC Haute-Ville, Québec. Cette recherche a été financée par le Conseil québécois de la recherche sociale.
Malenfant, Romaine, 1996, Travail et grossesse. Peut-on laisser la maternité à la porte de l’entreprise? Montréal, Éditions Liber.

Le virage ambulatoire : ce qu’en pensent les femmes âgées

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 15, Printemps 1998

Un projet en voie de réalisation

Le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes ainsi que le Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal participent actuellement, à titre de partenaires communautaires, à une recherche subventionnée par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada portant sur la perception des femmes âgées en regard du virage ambulatoire. Cette étude, d’une durée de deux ans, est effectuée par Francine Ducharme, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal et par Guilhème Pérodeau, psychologue, professeure à l’Université du Québec à Hull. L’équipe comprend également Denise Trudeau, coordonnatrice du projet et Hélène-Louise Dupont-Élie qui effectue des entrevues à domicile auprès des femmes participantes.

L’objectif de l’étude est de mieux connaître la perception des femmes âgées qui assument le rôle d’aidantes « naturelles » lors du retour à domicile de leur conjoint à la suite d’une hospitalisation de courte durée. On sait que les durées de séjour en milieu hospitalier sont de plus en plus écourtées suite à une chirurgie ou à un problème d’ordre médical et que les personnes sont encouragées à retourner à leur domicile pour recevoir les soins qu’elles requièrent. Or, ce sont les femmes, notamment les conjointes qui, la plupart du temps, ont la responsabilité de prodiguer ces soins à domicile sur une base non professionnelle, d’où leur dénomination d’aidantes « naturelles ». C’est dans cette perspective que ce projet s’intéresse à décrire les différentes sources de stress que les femmes âgées peuvent vivre, de même que les aspects positifs qui pourraient découler de ce changement majeur du système de santé. Ce projet vise également à documenter les moyens mis de l’avant par ces femmes afin de composer avec les exigences multiples qu’elles rencontrent dans leur vie quotidienne et leurs besoins spécifiques. L’étude vise ultimement à proposer, avec l’aide du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes ainsi que le Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal, des pistes de solution sur les plans social et politique permettant de répondre aux besoins qui seront identifiés. Il s’agit d’un des dossiers prioritaires du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes.

Ce projet en est à ses débuts et il apparaît intéressant de situer quelques éléments du contexte social qui ont favorisé sa réalisation. L’émergence du virage ambulatoire ou d’un système où le domicile se voit officialisé comme lieu de dispensation des soins, est l’un des changements majeurs de la restructuration actuelle du système de santé. Les contraintes budgétaires font en sorte que l’on responsabilise de plus en plus les personnes (le plus souvent les femmes) en matière de santé. Par ailleurs, depuis bon nombre d’années, les femmes âgées jouent déjà le rôle d’aidantes naturelles auprès des membres de leur famille. Compte tenu du vieillissement de la population et sa féminisation, il semble en fait que plus de 70 % de l’aide et des soins aux personnes âgées à domicile soient offerts par des femmes, elles-mêmes âgées de plus de 65 ans, le plus souvent des conjointes. Nombre d’entre elles vivent dans des conditions socio-économiques précaires et sont confrontées à de nombreuses sources de stress dans leur vie quotidienne. Cette situation constitue une réelle menace pour leur bien-être physique et psychologique : en plus de vivre les contrecoups de leur propre vieillissement, ces femmes doivent assumer la prise en charge d’un parent malade avec toutes ses exigences et cela, au détriment de leur propre vie personnelle et sociale. Plusieurs recherches ont déjà démontré qu’elles vivent un isolement social important, manifestent des états de dépression et de détresse psychologique, ont des troubles de sommeil, consomment plus de médicaments et perçoivent une surcharge de rôles et un lourd fardeau.

Dans le contexte du virage ambulatoire, les femmes qui assument déjà des soins à leurs proches âgés, souvent 7 jours par semaine et 24 heures par jour, se voient maintenant imposer davantage de responsabilités. Or, jusqu’à présent, bien peu d’efforts concrets ont été entrepris afin d’articuler les interventions gouvernementales et les diverses formes d’aide à accorder à ces femmes. La contribution des femmes est dite « naturelle », voire occultée et considérée comme invisible. De façon générale, peu de politiques s’adressent à ce groupe spécifique. De plus, ces femmes sont réticentes à utiliser les quelques rares ressources pouvant leur venir en aide.

En fait, plusieurs aspects de la réalité quotidienne de ces femmes âgées sont encore inconnus. Les changements sociaux dans le domaine de la santé ont été amorcés avant d’avoir une connaissance approfondie de la signification qu’a pour les femmes âgées, ces actrices de premier plan, l’ensemble de ces modifications du système. Sait-on comment cette expérience de soins à domicile est perçue par les principales actrices de ce changement? Pourquoi les femmes sont-elles réticentes à utiliser les ressources, si minimes soient-elles, du réseau de soutien social? Quelles stratégies d’adaptation les femmes âgées utilisent-elles pour faciliter la prise en charge de leur proche en convalescence? De quelle façon ces femmes envisagent-elles leur intégration sociale?

Les connaissances issues de cette recherche devraient permettre une meilleure compréhension de la réalité des femmes âgées et d’asseoir le contenu de programmes et de politiques sur des bases ayant un « sens » pour ces actrices importantes du changement. Ces connaissances seront également utiles pour la formation des aidantes naturelles et des intervenantes professionnelles dans le domaine de la santé. Les résultats de cette étude devraient être diffusés auprès des femmes elles-mêmes, des organisations communautaires, des services de santé et des services sociaux et des décideurs. Ils feront aussi l’objet de discussions au sein de différents milieux intéressés à cette problématique de l’heure, discussions qui seront organisées avec l’aide des partenaires de cette recherche, plus précisément le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes ainsi que le Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal.

Depuis l’automne 1997, des entrevues à domicile auprès de femmes âgées qui vivent un retour à domicile de leur conjoint après une hospitalisation écourtée ont été réalisées. D’ici le printemps 1998, une quarantaine d’entrevues qui permettront de décrire la perception du virage ambulatoire dans des situations simples et plus complexes de soins sont prévues. Au cours de la deuxième année du projet, des discussions avec des groupes de femmes ayant vécu cette situation seront organisées, ce qui permettra de recueillir d’autres types de données. Le prochain bulletin Sans préjudice... fera état des résultats préliminaires des entrevues effectuées au cours de la première année du projet. Un projet à suivre!

Francine Ducharme
pour l’équipe de recherche

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 16, Automne 1998

Dénoncer cause parfois des Ondes de chocs

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Certaines d’entre vous avez possiblement eu l’occasion de lire l’éditorial Ondes de choc signé Richard Martineau au journal Voir, édition du 27 août dernier. Il tournait au ridicule les préoccupations du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes.

Les faits - rappelons-les...

Au cours des dernières années, le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes soutient un Comité de travail qui se penche sur les questions d’obsession de la minceur et d’oppression de la grosseur. Ce comité organise un événement annuel, le 6 mai, pour souligner la Journée internationale sans diète - communément appelée la Journée Corps-Accord. Dans le but de faire connaître des initiatives qui favorisent l’acceptation de la diversité des corps et de dénoncer des images, des produits, des articles qui renforcent l’obsession de la minceur ou l’oppression de la grosseur, la population est invitée à soumettre ses nominations au Réseau, tout au long de l’année. Le jour J dernier, plus d’une soixantaine de femmes étaient réunies au Kilo café de Montréal. Dans une ambiance d’humour et d’allégresse, animées par une humoriste, les participantes devaient peser les pour et les contre en décernant le Prix Corps-Accord et le prix On s’en balance!

À la faveur du public, les publicités de Kellogg’s, de Body Shop et de Cotton Ginny se sont vues décerner le Prix « Corps-Accord ». D’autre part, l’émission « Piment fort » du réseau TVA et la publicité « La soirée de la grosse » du bar LE DOGUE, qui paraît chaque semaine dans le journal Voir, se sont vues décerner le Prix « On s’en balance! ». Par ailleurs, toujours dans le cadre de cet événement, le Comité lançait son outil Le Contrepoids, où l’un des volets Faites Contrepoids démontre l’importance de réagir et de s’attaquer à l’image sociale que les médias nous transmettent. Exemple à l’appui, on y retrouve une marche à suivre pour contacter les médias concernés.

C’est d’abord pour s’attaquer à l’image sociale des femmes que les médias nous transmettent et pour combattre les formes les plus insidieuses que peut emprunter la violence faite aux femmes, mais aussi pour obliger les institutions à transmettre des messages qui favorisent l’acceptation de la diversité des formats corporels que le Comité de travail du Réseau a voulu permettre aux femmes de prendre la parole.

Animé par l’enthousiasme de ses projets, de ses profondes convictions et du désir de changement social, le comité s’est empressé de faire parvenir les prix aux récipiendaires, leur expliquant les raisons qui ont motivé ce choix collectif. Quelques semaines s’écoulent et, au retour des vacances estivales... un dossier chaud… Pour ne citer que quelques faits :

  • Le Conseil des normes de la publicité a étudié notre plainte et nous fait part du jugement rendu en notre faveur. Il communiquera avec le bar Le Dogue en l’incitant à retirer sa publicité. S’il refusait, une collaboration serait demandée au journal Voir...
  • Médiaction - organisme qui dénonce le caractère sexiste et violent des images véhiculées dans les médias - nous félicite et nous encourage à poursuivre nos actions. Il a reçu des copies conformes des lettres en circulation.
  • Téléphone de monsieur Martineau, offusqué que nous ayons acheminé une plainte au Conseil des normes de la publicité.
  • Sortie de monsieur Richard Martineau dans son éditorial Ondes de choc.

Pourquoi dénoncer la publicité LA SOIRÉE DE LA GROSSE ?

En véhiculant des stéréotypes négatifs à l’égard des grosses femmes cette publicité a pour conséquences de renforcer les préjugés. Quelle femme veut se voir associer à de telles images. À titre d’exemple, voici quelques stéréotypes illustrés dans la publicité :

les grosses femmes ne se préoccupent pas de leur tenue vestimentaire : ce stéréotype est démontré par le choix vestimentaire inapproprié. Alors que l’homme porte chandail et pantalon longs et chauds, la femme est vêtue d’un simple bustier.

Les grosses femmes sont méprisables : la femme n’a pas de nom, pas d’individualité, elle est ici définie par son poids. On l’associe à une bière - une caractéristique permet de la reconnaître. LA GROSSE avec SA GROSSE à la main.

Les grosses femmes préfèrent les petits hommes et sont les matrones dans le couple : comme l’homme est petit, une si grosse femme pourra lui imposer ses choix et ses décisions. La grosse femme affiche donc son homme comme étant soumis, elle le retient par le cou, il s’écrit « Du calme tu m’étouffes! »
Revenons à monsieur Martineau. Lors de l’entretien téléphonique, il s’introduit en mentionnant qu’il a l’intention de répondre à notre lettre via le Voir et s’informe du sérieux de l’organisme, en ajoutant : « Vous avez du temps à perdre à écrire de telles lettres ? » Il s’enquiert des endroits où nous avons acheminé sa lettre et de la taille des femmes présentes à l’événement… « Moi aussi je peux vous trouver 15 femmes, parmi mes collègues, qui trouveront cette pub bien drôle ! » etc.

La semaine suivante son éditorial réfère - de façon douteuse - à l’entretien téléphonique. Il n’aura toutefois pas eu l’ honnêteté de permettre à ses lecteurs de juger par eux-mêmes en évitant le sujet. En effet, il n’aura jamais fait paraître la lettre que nous lui avons fait parvenir pour publication au courrier des lecteurs, ni même traité des propos de cette lettre. Il aura si bien joué, que la publicité tant discutée ne paraît pas dans cette édition du journal. Alors que depuis des mois, semaine après semaine, elle continuait de nous irriter! Il y réfère sans trop de détails, mais ne la présente pas - évidemment une image vaut bien mille mots! Curieux hasard, direz-vous ? Insidieusement, la publicité en question est de retour la semaine suivante ???

Des propos décousus. À son avis nous n’aurions pas le sens de l’humour et « l’humour c’est la santé », il cite même les travaux de sérieux docteurs! Il enchaîne dans la veine de la dénonciation du politiquement correct au nom de la sacro liberté d’expression. Finalement, il conclut en insinuant que nous poursuivrons probablement Michel Tremblay pour avoir écrit « La grosse femme d’à côté est enceinte » ...

Ce ne sera pas facile

Il faut beaucoup de force et de caractère pour réussir à se sentir bien dans notre société quand on est une grosse femme car on est sans cesse matraquée d’images négatives au sujet de son apparence. La publicité du bar Le DOGUE en est un exemple avec sa Soirée de la Grosse. Qui nierait que cette grosse femme a l’air grotesque, stupide et vulgaire? De toute évidence, ça n’a pas échappé à la soixantaine de femmes réunies pour souligner la Journée Corps-Accord. Le corps des femmes rondes, ne fait pas partie des images de beauté dans notre société. Elles sont au contraire presque toujours utilisées comme anti-modèles, comme « repoussoirs »… et c’est bien drôle!

C’est donc en solidarité avec toutes les femmes présentes à la JISD que le Réseau soutient que la publicité dont il est question ici véhicule des stéréotypes négatifs envers les grosses femmes. Etre un bouc émissaire dans sa société est une source de stress énorme et loin d’être une condition favorable à la santé. Les grosses femmes ont le droit et veulent se sentir bien dans leur peau, mais avouons qu’actuellement, celles qui y réussissent l’ont réalisé envers et contre tous.

Des statistiques alarmantes qui parlent d’elles-mêmes

  • 84 % des femmes ayant un poids normal désirent maigrir;
  • 8 % des femmes ayant un poids insuffisant, utilisent un moyen pour perdre du poids;
  • une étude faite auprès de jeunes de 10 ans indique que 40 % d’entre eux suivent une diète très souvent ou à l’occasion;
  • 95 % des personnes suivant un régime ne maintiennent pas à long terme le poids atteint;
  • les grosses femmes ont 10 % plus de chance d’être dans le groupe les plus pauvres de la société;
  • 40 % des femmes craignent le plus au monde, de devenir grosse;
  • Ces données ne peuvent que nous convaincre de la pertinence de souligner par une journée spéciale notre refus de continuer à soumettre plus longtemps notre corps à des diètes restrictives qui risquent d’hypothéquer notre santé, notre joie de vivre.

Une lutte nécessaire

Les préjugés envers la grosseur sont tellement intégrés dans notre culture que la plupart des gens, même parmi les plus ouverts, ne reconnaissent pas qu’ils existent et qu’ils les véhiculent. Si une grosse femme ose dénoncer le mépris et l’oppression dont elle est victime - comme nous l’avons fait collectivement - il y a bien des chances qu’elle soit taxée d’exagérer les injustices liées à sa condition ou de manquer d’humour. Nous ne sommes pas les premières, ni les seules à travers l’histoire du mouvement féministe à subir ce traitement. On n’a qu’à penser aux femmes noires, aux suffragettes, aux lesbiennes, etc…

Il n’est certes pas facile d’amorcer un réel changement social, d’aller à contre-courrant, mais perdre une bataille n’est pas perdre la guerre… Le mouvement féministe a un rôle de rassembleur à jouer dans cette cause. Inscrire cette dénonciation à ses objectifs est le prolongement des luttes historiques qu’il a mené pour réclamer en faveur de toutes les femmes, le droit de disposer de leur corps. En effet, pousser les femmes à se conformer aux dictats esthétiques de leur époque, au prix de leur santé, n’est-il pas ce que la société a toujours souhaité que les femmes fassent ? La course à la minceur est le nouveau visage d’une oppression traditionnelle.

Autres considérations

Un discours relativement nouveau au Québec que la lutte contre l’obsession de la minceur et l’oppression de la grosseur, mais qui circule depuis les années 70 aux Etats-Unis. Encouragés par l’action de femmes déterminées, de nombreux autres groupes se forment à travers le monde. En Angleterre, Mary Evans Young fonde, au cours des années 1980, le groupe Diet Breakers. En 1992, elle aura l’idée de créer la Journée internationale sans diète, désormais soulignée le 6 mai. Depuis, des individues et des groupes à travers le monde s’unissent pour célébrer la Journée internationale sans diète. Créé pour dénoncer le tort considérable causé par les régimes, les chirurgies et l’obsession de la minceur en général et faire prendre conscience des dangers d’exercer un contrôle excessif sur son corps et sur son alimentation, cette journée est devenue depuis, un événement que l’on souligne d’année en année, à travers le monde.

Les membres du comité de travail :

Michèle Boisvert, Lyne Dessurault,
Diane Lesage, Danielle Routhier et Isabelle Tardif

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 16, Automne 1998

Femmes âgées et virage ambulatoire : Quelques résultats

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 16, Automne 1998

Cet article fait suite à l’article paru au printemps 1998 dans le Sans Préjudice... pour la santé des femmes (No 15) et intitulé « Le virage ambulatoire : ce qu’en pensent les femmes âgées ». Nous faisions part dans ce premier article, d’un projet de recherche en voie de réalisation portant sur la perception des femmes âgées en regard du virage ambulatoire auquel le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes, ainsi que le Regroupement des aidants et aidantes naturels de Montréal participent à titre de partenaires communautaires. Dans le présent numéro de Sans Préjudice, nous voulons souligner quelques résultats de cette étude maintenant en voie de finalisation et qui nous apparaissent particulièrement intéressants.

Ce virage dont on parle tant consiste en une série de mesures visant à éviter une hospitalisation ou encore à accélérer le retour à domicile des personnes hospitalisées. Cependant, il impose inévitablement des changements dans la réalité quotidienne des femmes âgées. Ces dernières, souvent dans un état de santé précaire, doivent assumer de plus en plus de responsabilités en regard des soins que leur conjoint âgé nécessite. La contribution importante de ces femmes est occultée et encore invisible, ce qui se reflète dans leur attribution d’un rôle de soignantes dites «naturelles». Mais comment perçoivent-elles cette expérience de soins? Quelles stratégies d’adaptation utilisent-elles pour faire face à leurs responsabilités liées à la prise en charge de leur conjoint en convalescence à domicile ?

Profil des participantes

Pour obtenir réponses à ces questions, 40 entrevues à domicile ont été réalisées auprès de femmes âgées de 68 ans en moyenne. Celles-ci prodiguaient des soins à un partenaire plus âgé qu’elles (72 ans en moyenne) à la suite d'une hospitalisation de courte durée pour des problèmes médicaux ou chirurgicaux.

Les raisons de l’hospitalisation du conjoint variaient considérablement et impliquaient des réalités fort différentes. C'est pourquoi les participantes ont été réparties en deux sous-groupes: une moitié ayant vécu l’expérience du virage ambulatoire dans un contexte de situations de soins relativement simples (cataractes, chirurgie mineure à une articulation, hernie) et l’autre moitié l'ayant vécu dans un contexte de soins complexes (cancer, troubles cardiaques et respiratoires ou problèmes intestinaux). Ces deux sous-groupes se sont avérés différents et ce, tant sur le plan de leurs perceptions du virage ambulatoire que de leurs stratégies d’adaptation utilisées afin de composer avec ses exigences.

Il est également intéressant de souligner que 65 % des femmes soignantes participant à cette recherche avaient elles-mêmes un problème de santé chronique important (cancer, troubles cardiaques, diabète, etc.) et que la majorité d’entre elles ne recevait aucune aide des services de santé et services sociaux avant l’hospitalisation de leur conjoint.

L’expérience d’une situation « simple »

Dans ce sous-groupe, la majorité des conjoints avaient été hospitalisée pour une seule journée et les soins requis à domicile consistaient principalement en l’administration de médication (gouttes, onguents ou autres). Une légère assistance dans les activités de la vie quotidienne (se laver, s’habiller, s’alimenter, se déplacer, etc.) et une surveillance occasionnelle du site opératoire pouvaient également se présenter. La majorité des femmes n’avait jamais vécu une expérience de soignante auparavant - elles ne considéraient pas leur expérience de mère comme une expérience de soins...

De façon intéressante, les résultats soulignent plusieurs éléments positifs perçus par ce premier sous-groupe. Ainsi, les femmes mentionnent une perception de défi face à la situation de soin ("grandir de l’expérience"), ainsi que le sentiment d’être capable de maîtriser la situation (autocontrôle, autoefficacité) et la possibilité d’avoir de l’aide en cas de besoin. Les stratégies d’adaptation utilisées par ces femmes consistent principalement à réévaluer de façon positive la situation vécue. Elles se voient dans une perspective plus large en se comparant aux autres et se distancient de la situation. Ces femmes ne s’attribuent pas la responsabilité de ce qui arrive et ne semblent pas vivre de culpabilité.

Les aspects positifs du virage ambulatoire

  1. la possibilité qui est offerte à domicile de personnaliser les soins;
  2. la proximité soignante/soigné, le fait de ne pas se sentir seule à la maison;
  3. pour le conjoint, la familiarité avec l’environnement de soins, ce qui est perçu comme pouvant accélérer le processus de guérison;
  4. la réduction du nombre de transports fatigants à l’hôpital;
  5. une meilleure gestion des urgences pour le système de santé.

Les aspects plus stressants

  1. l’anxiété et la peur des complications, particulièrement la première nuit suivant le retour au domicile;
  2. la quasi-absence de préparation à la courte hospitalisation et au congé;
  3. le manque de suivi lors du retour à domicile;
  4. la fatigue ressentie à la suite d’une longue journée à l’hôpital dans les cas d’une hospitalisation d’un jour.

L’expérience d’une situation « complexe »

Ici, la durée de l’hospitalisation du conjoint était significativement plus longue (12 jours en moyenne). Contrairement au premier sous-groupe, 43 % des soignantes avaient auparavant assumé la prise en charge de la santé d’un membre de leur parenté à domicile et avaient conséquemment une expérience de soignante. De plus, elles avaient aussi prodigué des soins à leur conjoint avant l’hospitalisation pendant une période variant entre un et douze ans. Par ailleurs, uniquement 19 % de ce groupe recevaient de l’aide des services (CLSC) et 23% de leur réseau de soutien social informel (famille) avant l’hospitalisation du conjoint.

Les soins que ces femmes devaient prodiguer à leur conjoint se déterminaient en pansement, irrigation de plaie, administration et surveillance de médication, hygiène, diète, etc. Près de 75% d’entre elles recevaient des services de professionnels de la santé : visite de l’infirmière, médecin, soins de réadaptation, au moins une fois par semaine. De l’aide était également fournie par l’entourage familial pour le transport, l’entretien de la maison, le gardiennage et le soutien affectif.

Pour ce sous-groupe, la situation est perçue comme étant plus stressante et les participantes ressentent une certaine perte d’autocontrôle (un besoin d’aide et de soutien plus important venant de l’extérieur). Les stratégies d’adaptation sont également différentes pour faire face à cette expérience. Les femmes ont davantage recours à leur réseau de soutien social informel (parents, amis, voisins) et à une approche de résolution de problème (chercher de l’information concernant les soins à donner). Elles ont par ailleurs peu recours aux services formels offerts par le réseau de la santé et des services sociaux. De façon plus générale, outre la réduction des transports vers l’hôpital, des aspects négatifs associés au virage ambulatoire sont perçus par ces femmes.

Principales difficultés liées à la situation de soins complexes

  1. L’absence de choix possible à la situation vécue : « Je savais que c’était trop vite, qu’il sortait trop vite. C’est ça que j’aime pas du virage ambulatoire. On a pas le choix, faut vivre avec. Mais je trouve que c’est stressant pour les personnes qui doivent s’occuper… » « C’est moi qui faisait les pansements… Il s’était fait amputer. Il fallait faire les pansements pis on n’avait pas le choix. »
  2. L’état de santé précaire des femmes âgées qui s’ajoute au fardeau lié au rôle de soignante : « C’est difficile parce que j’ai pas la santé. J’ai pas la force. C’est ça qui est difficile pour moi. Je suis à côté de lui, j’ai de la misère à respirer… »
  3. la complexité des soins exigés- un rôle de quasi-infirmière - amenant une situation d’insécurité : « Peut-être pour lui que c’est mieux… mais pour nous autres… tu te dis : Est-ce que je peux y faire la même chose qu’à l’hôpital ? » « On a toujours une certaine inquiétude parce que je me dis toujours, si fallait qu’y ait ci, qu’y ait ça, qu’est-ce que je ferais ?… j’ai toujours peur de ne pas le faire correct, d’oublier quelque chose. Ça me stresse encore. »
  4. Le manque de planification du congé et des soins à domicile offerts à la suite du congé : « Je trouve qu’on n’est pas assez préparé à les recevoir si vite à la maison. Moi, pour ma part, je trouve que c’est un peu vite. Ça nous prend par surprise… » « J’avais demandé au début combien de temps à peu près on le garderait… un jour d’avis. J’ai dit : Ça n’a pas de bon sens… Qu’est-ce que je vais faire ? y est pas capable de changer son sac… moi je sais rien. »
  5. Les coûts financiers transférés du système de santé vers les usagers des services : « Je sais pas si c’est défrayé, si y en a une partie défrayée… parce que c’est assez dispendieux ça. Ça m’a coûté 76 $ pour dix sacs (sac pour anus artificiel). Ça prend beaucoup de choses… y nous disent rien, pas d’avis nulle part pour réclamer ça soit sur nos assurances ou… »

Ces quelques résultats, quoique intéressants en soi, concernent uniquement la première étape du projet. Une recherche qui se poursuit…

Francine Ducharme,
pour l’équipe de recherche

La santé des lesbienne, la santé de l’invisible

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 16, Automne 1998

Il existe beaucoup de champs inexplorés quand il est question de la pratique sociale des lesbiennes. Alors, quand il est question de la santé et des besoins en santé, il ne faut pas se surprendre de constater qu’elles sont un groupe oublié. En effet, les lesbiennes ont été jusqu’à maintenant peu entendues sur la thématique de la santé. Lors de sa récente consultation, le Réseau leur a donné la parole. Cet article n’est qu’une entrée en matière sur un vaste domaine inexploré.

Occultation de la santé des lesbiennes

Comment se traduit le silence sur la santé des lesbiennes et sur leurs besoins en santé? Bien que les lesbiennes représentent un pourcentage significatif de la population (entre 4 et 10 % selon la provenance des chiffres), une réalité est frappante : actuellement, les services de santé et les services sociaux ne sont pas vraiment adaptés pour les recevoir adéquatement (dans le sens d’accueillir, d’écouter et de traiter). Il est vrai qu’ils tentent depuis quelques années, et ceci, par différents moyens, de desservir la population homosexuelle. Mais en réalité, la formation et l’information qui circulent sur l’orientation sexuelle et l’homophobie sont surtout centrées autour de la question du sida et fait en sorte que la question lesbienne est peu touchée.

La santé ce serait de pouvoir être bien accueillies dans le réseau par les professionnels et que notre réalité soit visible, donc de ne pas être marginalisées, de faire partie d’un tout. (Une participante à la consultation du Réseau)

Conséquences du silence

L’invisibilité des lesbiennes a des conséquences importantes sur leur santé, ne serait-ce que par l’absence de recherche et d’information à leur sujet. Le silence autour de leur condition rend difficile l’énumération de tous les problèmes auxquels les lesbiennes font face et encore plus la connaissance de leur ampleur. Des problèmes d’ordre social (isolement, rejet, relations familiales et sociales difficiles, etc.) et psychologique (non-acceptation de soi, autocensure, solitude, stress, peur, etc.) découlent ceux de la santé (nervosité, insomnie, fatigue, anxiété, dépression, surconsommation de médicaments, d’alcool ou de drogues, maux de tête et d’estomac, problèmes de tension musculaire, etc.).

Le fait d’être lesbienne dans une société homophobe entraîne un tas de déséquilibres. Cela n’est pas comptabilisé, ce n’est pas apparent, pas pris en compte. On ne fait pas partie des statistiques, on ne fait pas partie d’une compréhension sociale. Le stress de la visibilité ou de l’invisibilité affecte notre définition large de la santé. (Une participante à la consultation du Réseau)

Il n’y a pas que des problèmes; il y a aussi des conditions particulières : pas de remise en contexte lorsqu’il est question du cancer du sein, de la protection contre le sida, de la période de la ménopause et du vieillissement, du défi d’être mère et autres thématiques qui touchent différemment les hétérosexuelles et les lesbiennes comme la violence conjugale, l’alcoolisme, les maladies terminales. Ces sujets (et plusieurs autres) auraient intérêt à être plus étudiés et plusieurs autres aspects pourraient être développés, mais on a ici une idée de l’étendue de la réflexion.

Quelle forme de services offrir?

Il semble bien que le réseau de la santé et des services sociaux du Québec ne soit pas à l’abri de l’hétérosexisme et de l’homophobie véhiculés dans la société en général. Danièle Longpré, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de la Montérégie, le confirmait dans son allocution lors du Forum sur la santé gaie, en octobre 1994 : "[Au Québec,] l’hétérosexisme de la société en général se reflète dans les services sociosanitaires. Ainsi la clientèle homosexuelle n’est pas une priorité, [ses] besoins ne sont pas évalués, sauf exception dans les grands centres".

On peut donc se demander : quels genres de services seraient souhaitables pour la population lesbienne et qui devraient les administrer ? Pierre Berthelot disait, à ce même forum, ne pas favoriser l’implantation de services spécifiques dans les CLSC, car « on y découpe les personnes, leurs problèmes et le processus d’aide en autant de parties qu’il y a de spécialités et de spécialistes ». De plus, l’accueil des différences par le personnel n’y est pas assuré puisqu’il est humain de se fermer pour se protéger quand on est mal à l’aise, bien que cette qualité se développe. Sans parler d’un service spécialisé de plus qui serait soumis à la technocratie et à la bureaucratie du système. Autres questionnements préalables lorsque le réseau se demande s’il doit ou non offrir un nouveau service à un type de clientèle : l’ampleur et la concentration de la demande, la facilité de consulter, la complexité du service, l’anonymat du service, etc. À ce titre, très peu de CLSC seraient en mesure d’offrir ce genre de services. Alors, le milieu de vie des personnes concernées serait peut-être plus apte à répondre à leurs attentes.

L’expertise se trouve présentement du côté des groupes communautaires. Le mouvement féministe en santé permet une intervention qui vise une prise en charge individuelle et collective associée à une démarche politique féministe qui donne de la place à l’analyse sociale de certains problèmes de santé. Mais ceci ne devrait pas empêcher le réseau de la santé et des services sociaux de continuer à prendre conscience des réalités et des besoins de la communauté homosexuelle (sans oublier les lesbiennes!); à inviter les organismes communautaires à participer à la définition d’une politique de partenariat; à former son personnel sur la question homosexuelle (et de distinguer les multiples réalités à l’intérieur de cette question); et à faire, du dossier de la santé et du bien-être de cette portion de la population, un dossier à suivre.

Carole Tatlock

Un Forum pour la santé des femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 16, Automne 1998

Le projet Cadre de référence pour la santé des femmes va bon train. Nous tenons avant tout à remercier particulièrement les animatrices et les participantes de notre dernière consultation. En effet, 11 rencontres ont été organisées à travers le Québec au printemps dernier; certaines ont également participé de façon individuelle en complétant un questionnaire. Bref, quelque 115 femmes ont fait entendre leur voix. Mais le projet ne s’arrête pas ici !

À la suite de cette consultation, de toutes les réflexions, constatations et questionnements suscités, une proposition de Cadre de référence pour la santé des femmes est née. Cette proposition sera mise en circulation auprès de chacune des personnes ayant participé à la première phase de la consultation, de même qu’à toute personne qui en manifestera l’intérêt au Réseau, d’ici le début du mois d’octobre. Nous vous encourageons à la faire circuler dans vos milieux respectifs afin d’en discuter la pertinence, l’urgence et la faisabilité. D’autres groupes seront aussi constitués, notamment parmi les régions qui n’ont pas pu tenir de rencontre au printemps. Votre participation est toujours aussi précieuse, alors, n’hésitez pas à nous faire parvenir vos commentaires et impressions.

Le Cadre de référence pour la santé des femmes se veut d’abord un outil d’analyse féministe visant à favoriser pleinement la participation des femmes dans les processus d’élaboration des politiques gouvernementales. Il permettra également d’accroître l’efficacité des interventions pour ainsi améliorer les services offerts aux femmes. De plus, la tenue d’un forum sera l’occasion de partager nos connaissances et nos expériences; de nous regrouper et d’agir pour une meilleure concertation de nos actions; de promouvoir nos intérêts et défendre nos droits; d’agir collectivement en faveur de la santé des femmes. C’est pourquoi nous vous invitons à venir adopter avec nous le Cadre de référence pour la santé des femmes - notre véritable plate-forme politique - et participer à la planification de stratégies d’action.

Ce Forum s’adresse à toutes les femmes qui sont préoccupées par la santé que ce soit à titre d’intervenante au sein d’un organisme communautaire ou du réseau de la santé et des services sociaux, usagère, aidante, praticienne des médecines alternatives, chercheure ou autre. Pour vous inscrire et recevoir une trousse de préparation au Forum, communiquez avec le Réseau. Faites vite, le nombre de places est limité.

Date : les 21 et 22 novembre 1998, de 9h00 à 17h00
Inscription, incluant les dîners:
membre du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes 50$
non-membre 100$

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 17, Hiver 1999

Un premier Forum : une histoire à suivre

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Les 21 et 22 novembre derniers, l’Institut du Tourisme et de l’Hôtellerie du Québec, à Montréal, accueillait le premier Forum pour la santé des femmes organisé par le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes. C’est dans une atmosphère chaleureuse et conviviale que se sont réunies plus d’une centaine de femmes. Motivées par un même intérêt, elles s’étaient donné rendez-vous afin de mener, conjointement, une réflexion sur les tenants et aboutissants de la santé des femmes.
Les participantes, issues de tous les milieux socioprofessionnels, se sont faites les porte-parole d’un grand nombre de femmes à travers le Québec: groupes de femmes nationaux, régionaux ou locaux; réseau de la santé et des services sociaux; instances gouvernementales; praticiennes de médecines alternatives; chercheures et milieu de l’éducation. Vous l’aurez constaté, nous avons atteint notre objectif de multidisciplinarité, caractéristique importante de notre organisme. Et si une majorité était déjà ralliée à la cause et membre du Réseau, d’autres sont devenues membres au cours de l’événement.

Point culminant des consultations régionales

Au printemps dernier, le Réseau organisait une série de consultations à travers le Québec afin de présenter, lors du Forum, une proposition de Cadre de référence pour la santé des femmes (le Cahier de la participante) rédigée à partir de l’analyse des rencontres. Au Forum, les différents débats menés à partir de ce cahier de travail nous ont permis d’identifier des stratégies et moyens d’intervention pour répondre au réel désir d’action manifesté lors des consultations. Un climat de respect mutuel ainsi qu’une véritable communion d’esprit nous ont suivies tout au long de ces deux journées entretenant une atmosphère particulièrement consensuelle. Ces deux jours se voulaient un moment opportun pour prendre le temps de réfléchir sur nous-mêmes et nous poser les bonnes questions: comment se réapproprier notre santé? Quelle serait notre propre définition de la santé? Quelles sont nos préoccupations en terme de santé? Le tout selon notre propre agenda, bien entendu! Malgré tout, nous avons eu quelques difficultés à nous détacher totalement de la réalité - particulièrement des conséquences de la transformation du réseau de la santé - pour nous centrer uniquement sur nos besoins.

Le samedi, Chantal Lapointe, présidente du Réseau, a ouvert le Forum, animé avec brio par Françoise Guénette, journaliste. Après une mise en contexte sur la définition de la santé par Maria De Koninck, Louise Guyon a brossé le portrait actuel de la santé des femmes, suivie de Claire Fortin qui nous a éclairées quant à la procédure d’adoption des priorités gouvernementales au ministère de la Santé et des Services sociaux. Enfin, et sur une note humoristique, Renée Ouimet et Johanne Marcotte nous ont incitées à être des féministes plus subversives!

L’après-midi s’est terminé par un intensif travail en ateliers et le fruit de ces réflexions présenté le lendemain, fut discuté en plénière. De nombreuses propositions ont été émises parmi lesquelles trois mandats précis: arrêter une définition de la santé, faire avancer le débat sur les spécificités des lesbiennes, dont l’évocation a stimulé le débat et, redéfinir l’éthique médicale selon une vision féministe. Enfin, le Forum s’est terminé sur une déclaration, saluée avec enthousiasme, puisqu’elle répondait au désir d’action formulé tout au long de ces deux jours. Pour concrétiser cette volonté, elle a été immédiatement diffusée auprès des médias, et présentée aux partis politiques lors des rencontres électorales sur la condition féminine. Les échanges sur une définition de la santé ayant soulevé de nombreuses réflexions, un comité de travail sera constitué au sein de Réseau pour permettre d’adopter une définition commune lors de l’assemblée annuelle des membres, en juin prochain. Si vous souhaitez vous joindre à ce comité, n’hésitez pas à vous faire connaître.

Un Forum festif

Les dîners thématiques ont connu un franc succès. L’objectif de la formule était de mettre à profit des participantes, des résultats de recherches ou des expériences de services spécifiques répondant aux besoins des femmes. Parmi les différents thèmes proposés, quelque-uns ont connu une certaine notoriété (amélioration de la santé des femmes en milieu de travail; réflexion sur la transmission des valeurs féministes aux jeunes; santé reproductive des immigrantes arabo-musulmanes au Québec), tandis que d’autres étaient particulièrement novateurs (place de la spiritualité féministe dans la santé; connaissance des besoins des aidantes naturelles; service de prévention SIDA/MTS auprès des travailleuses du sexe). Tous ont été fort appréciés, d’autant plus que le repas était succulent! Et que dire du cocktail de premier anniversaire du Réseau! Un moment privilégié d’échanges entre les participantes, autour d’un bon verre de vin et d’un morceau de fromage, les rencontres sont facilitées!

Des suites en perspective

Malgré la densité et l’intensité du programme, l’assiduité des participantes était remarquable. Elles ont été unanimes à exprimer leur satisfaction. L’événement a été qualifié d’enrichissant, très pertinent, stimulant, voire nourrissant (sic!). L’excellente animation de Françoise Guénette a été fort appréciée de même que l’accueil et le service des étudiantes et étudiants de l’Institut. Enfin, nombreuses sont les participantes désireuses d’assurer un suivi dans leur milieu, soit par l’intermédiaire d’un article, par la mise en place d’une session de formation sur la santé des femmes ou plus simplement par un compte-rendu verbal. Du coté du Réseau, nous allons mettre à la disposition des personnes intéressées un compte-rendu des interventions. Nous enrichirons le Cahier de la participante grâce aux propositions et commentaires exprimés aux cours des nombreux échanges. Le tout permettra de rédiger notre Cadre de référence qui sera disponible au printemps prochain.

Convaincu que la meilleure stratégie pour promouvoir notre vision de la santé repose sur les liens étroits que nous développons entre actrices de différents milieux, le Réseau souhaite étendre son action via un réseau de membres-relais dans tout le Québec. Ce nouveau mécanisme d’information et de concertation sera mis à l’essai pour une première année avec des membres intéressées. Quelques-unes se sont déjà portées volontaires alors que d’autres réfléchissent à la proposition.

Le bilan du Forum est donc très positif. Mais le chemin à parcourir pour atteindre notre objectif commun est encore long! Aussi, soyons nombreuses à retrousser nos manches pour faire avancer la cause des femmes et de leur santé en particulier. Finalement, je tenais à remercier très sincèrement toutes les participantes pour nous avoir permis de faire ce bout de chemin ensemble et j’espère, au nom du Réseau, que nous vous garderons longtemps dans nos rangs!

Arielle Cassini

NOTRE DÉCLARATION

Cette déclaration du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes fait partie du processus de consultation enclenché il y a un an visant à faire reconnaître les droits et spécificités des femmes en matière de santé. Présentée en conclusion du Forum pour la santé des femmes, elle a été diffusée auprès des médias et auprès des partis politiques pendant la campagne électorale. Elle constitue un jalon supplémentaire essentiel au long parcours entrepris vers l’élaboration du premier Cadre de référence pour la santé des femmes au Québec.

  • Considérant que les femmes constituent 52% de la population québécoise et que cette proportion augmentera au cours des trente prochaines années;
  • Considérant que les rapports sociaux entre les hommes et les femmes continuent d’être globalement porteurs d’inégalités;
  • Considérant que les Québécoises s’appauvrissent, ce qui a un impact négatif et direct sur leur santé;
  • Considérant que la réforme accélérée du système de santé et la poursuite obsessive du déficit zéro ont réduit l’accessibilité aux services de santé;
  • Considérant que les politiques actuelles en matière de santé des femmes ne sont pas toutes appliquées;
  • Considérant le peu de services de santé spécifiques offerts aux femmes et ce, malgré des besoins spécifiques clairement définis;
  • Considérant que les femmes ont leur mot à dire sur les pratiques médicales actuelles et à venir;
  • Considérant le développement accéléré et anarchique des technologies biomédicales;
  • Considérant que l’enjeu de la santé des femmes a été occulté pendant la campagne électorale;
  • Considérant toutes ces données, généreusement appuyées par l’expérience des utilisatrices, des chercheuses, des travailleuses et des intervenantes en santé des femmes;

Nous exigeons du gouvernement du Québec de:

  • Faire de la santé des femmes une priorité;
  • Garantir la mise en œuvre des engagements et orientations en santé des femmes, déjà adoptés par le gouvernement du Québec, et ce, dans toutes les régions du Québec;
  • Réaffirmer la nécessité d’un système public consolidé;
  • Revenir à la mission originale des CLSC;
  • Réserver aux femmes 50% des sièges à toutes les instances décisionnelles du système de santé (Conseils d’administration des Régies régionales de la santé et des services sociaux ainsi que des divers établissements);
  • Reconnaître la nécessité et l’expertise des organismes communautaires en santé des femmes et les financer en conséquence;
  • Reconnaître et intégrer au système de santé, les approches alternatives et complémentaires de santé afin d’en garantir l’accessibilité;
  • Garantir la tenue d’un sommet autour des enjeux éthiques et collectifs des nouvelles technologies et pratiques médicales;
  • Reconnaître le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes comme interlocuteur incontournable, représentant les intérêts des Québécoises en matière de santé des femmes.

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 17, Hiver 1999

Dépistage du cancer du sein, en questions et réponses

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 17, Hiver 1999

Depuis 4 ans, nous travaillons à informer sur le dépistage précoce du cancer du sein et l’image sociale et individuelle des seins. Dans ce contexte, nous suivons de près le développement du programme québécois de dépistage précoce du cancer du sein. Sa mise en place soulève des questions à partir desquelles nous pouvons collectivement réfléchir, intervenir et exercer notre vigilance.

Des interventions adaptées

Subventionnées par la Régie régionale de Montréal, nous avons pu constituer une Table communautaire de diffusion d’information sur le dépistage précoce du cancer du sein dans la région de Montréal. Des groupes communautaires de divers milieux participent à cette Table: groupes d’alphabétisation, d’éducation populaire et d’aînées, centres de femmes et cuisines collectives. Le mandat de la Table est de diffuser largement et de manière adaptée, l’information sur le dépistage du cancer du sein dans la région de Montréal.

À la suite d’une enquête qualitative sur les besoins et intérêts des femmes en termes de santé, nous avons appris que ces dernières sont intéressées à recevoir de l’information sur le dépistage du cancer du sein dans leur milieu de vie. C’est en fonction de cette réalité que nous faisons des interventions diversifiées. À titre d’exemples, nous avons tenu des tables d’information dans un centre d’achat et un restaurant populaire; fait une animation sur l’anatomie et la sexualité incluant le dépistage du cancer du sein; animé des ateliers d’écriture et de céramique sur les seins; cuisiné avec des groupes tout en jasant de dépistage; organisé des conférences midi dans des lieux de travail; réalisé une pièce de théâtre, etc. Ces interventions sont offertes gratuitement dans la région de Montréal et facturées pour l’extérieur. Afin de partager l’expertise que nous avons développée à travers nos animations, nos recherches et notre partenariat, nous offrons aussi des formations aux intervenantes.

Question d’impacts

Dans un autre ordre d’idée, le dépistage précoce du cancer du sein suscite pour plusieurs femmes stress et anxiété. L’idée même de passer une mammographie de dépistage (radiographie des seins chez une femme qui n’a aucun symptôme) crée beaucoup d’angoisse. Cela nous fait réaliser combien les seins sont investis émotivement et très différemment des autres parties du corps. Pour cette raison, nous abordons toujours l’image sociale et individuelle des seins dans nos animations. De plus, il est important de savoir que sur 1000 femmes qui passent une mammographie de dépistage, seulement 100 auront des résultats exigeant des examens complémentaires (autre mammographie, échographie, biopsie ou autre). Sur ces 100 femmes, seulement 5 d’entre elles auront un cancer du sein.

Il arrive trop souvent que l’annonce de résultats normaux suite aux examens complémentaires incite plusieurs femmes à ne plus se présenter aux mammographies de dépistage. Elles considèrent avoir vécu tout ce stress sans raison. Tenant compte de cette réalité, Action cancer du sein Montréal et l’Alliance des communautés culturelles pour l’égalité dans la santé et les services sociaux, en lien avec d’autres partenaires, travaillent à la mise sur pied d’un projet de soutien et d’accompagnement pour les femmes qui doivent passer d’autres tests. Nous croyons qu’accompagnées et informées, elles auront plus de facilité à s’impliquer dans le dépistage précoce du cancer du sein.

Par ailleurs, l’implantation du programme soulève des questions et nous devons être vigilantes face à certains impacts potentiels. Actuellement, les centres de dépistage désignés doivent répondre à plusieurs exigences dont celle de réduire les délais d’attente. Ainsi, une femme de 50 à 69 ans qui désire un rendez-vous pour une mammographie de dépistage devrait en obtenir un dans les 30 jours ouvrables. Si les centres désignés répondent prioritairement aux femmes visées par le programme, quels seront les délais pour celles qui voudront obtenir un rendez-vous pour une mammographie de diagnostic (radiographies des seins pour une femme ayant des symptômes devant être évalués)? La question est d’autant plus pertinente si l’on considère que depuis l’implantation du programme, les mammographies de dépistage sont payées plus chères que les mammographies de diagnostic.

Enfin avec l’annonce d’une pénurie de radio-oncologues, avec les délais d’attente actuels pour certaines chirurgies et traitements, quels seront les délais d’intervention, une fois le cancer du sein diagnostiqué? Si les traitements ne sont pas faits rapidement, si l’anxiété reliée à l’attente devient plus pernicieuse que la maladie elle-même, devra-t-on remettre en question la pertinence du programme?

Si vous ou vos proches manquez de soutien, d’écoute et d’information dans le cadre du programme, si les délais d’attente de diagnostic et de traitement sont indus, informez le ou la responsable du Programme provincial de dépistage précoce du cancer du sein de votre région; vous pouvez aussi nous en informer afin que l’on puisse influencer la situation. Vous pouvez aussi nous contacter si vous avez des commentaires ou êtes intéressées par nos animations ou nos formations.

Renée Ouimet et Johanne Marcotte
Relais-femmes

Droits des femmes et contrôle démographique : chronique internationale

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 17, Hiver 1999

Au-delà des frontières, les préjudices causés à la santé des femmes ou les initiatives favorisant la santé nous touchent toutes, d’un bout à l’autre de la planète. Tant que, comme femmes, nous serons meurtries et exclues, tant que nos droits seront bafoués, nos corps mutilés ou utilisés contre notre gré, nous ne serons pas à l’abri où que nous soyons. Bien sûr, les visages de l’oppression sont différents et les formes de violence varient d’un lieu à un autre, mais les femmes à travers le monde demeurent un groupe opprimé. Nous désirons que notre analyse du sort réservé aux femmes et de son impact sur leur santé s’enrichisse des expériences des femmes d’ici et d’ailleurs. Tout en dénonçant les oppressions et les violences, c’est à travers les actions menées favorisant des changements que nous construirons un monde où nous avons notre place.

Les échanges entre nous sont donc vitaux car ils gardent vivant cet espoir. Ainsi, pour ouvrir cette fenêtre, nous avons besoin d’informations, de ressources et de partenaires. Nous vous invitons à offrir vos collaborations par des textes ou à nous mettre en contact avec des femmes susceptibles d’occuper cette fenêtre. Cette première chronique internationale porte sur le droit des femmes à une contraception saine, accessible et choisie librement, à travers le monde.

Avec l’arrivée de contraceptifs, on a cru à la libération des femmes. Cependant, malgré les consensus de la Conférence internationale sur la population et le développement (Le Caire, 1994), le contrôle démographique constitue une motivation de fond pour la recherche en contraception et son financement, ainsi que pour les pratiques de beaucoup de programmes de planning familial à travers le monde. Au nom du contrôle démographique, les droits des femmes sont lésés: droit à l’intégrité physique, à l’information, au consentement éclairé, à la dignité.

Les «vaccins» anti-fertilité

Les «vaccins» anti-fertilité sont une nouvelle catégorie de contraceptifs en développement, aucun n’étant encore disponible sur le marché. Leurs promoteurs les appellent «vaccins», car ils fonctionnent comme tel. Ils visent à induire temporairement l’infertilité en retournant le système immunitaire contre les organes ou les hormones du corps. Le «vaccin» anti-grossesse modifie le hCG (hormone sécrétée par la femme immédiatement après la conception); on le couple avec une bactérie ou un virus transporteur pour que le système immunitaire produise des anticorps contre cette hormone naturelle. Les résultats de l’expérimentation sur les humains n’ayant pas été satisfaisants, les chercheurs ont dû retourner à la phase d’expérimentation.

Depuis 1993, une campagne internationale a été lancée par des groupes de femmes pour obtenir l’arrêt des recherches sur les «vaccins» anti-fertilité. Les principales inquiétudes sont liées aux risques élevés d’abus dans l’utilisation de cette méthode, à son irréversibilité possible (la durée de l’effet contraceptif et le dosage ne sont pas au point), aux risques inconnus de malformations congénitales en cas de contact du fœtus avec le «vaccin», à l’incertitude en matière d’efficacité, aux risques de maladies auto-immunitaires alors que le SIDA gagne toujours du terrain.

Durant la phase d’expérimentation du «vaccin» anti-grossesse sur des humains, les règles d’éthique en recherche n’ont pas toujours été observées. Ce fut le cas en Inde où le droit au consentement éclairé des femmes n’était pas respecté. Le Centre de recherche pour le développement international du Canada subventionnait alors cette recherche et les groupes de femmes de plusieurs pays, dont le Canada, l’ont vivement critiqué.

La Quinacrine pour stériliser les femmes

La Quinacrine est un médicament bon marché et facilement disponible, développé dans les années 1920 pour la prévention et le traitement de la malaria. Au milieu des années 1960, un scientifique chilien, Jaime Zipper, a fait de ce médicament une méthode chimique de stérilisation féminine. Ces pastilles insérées dans l’utérus causent une inflammation locale, puis un blocage des trompes et beaucoup de douleur! Plus de 100000 femmes de différents pays ont été stérilisées avec la Quinacrine. Pourtant, aucune expérimentation adéquate sur des animaux n’a été menée avant les essais sur des femmes. En 1994, l’Organisation mondiale de la santé a recommandé qu’aucune expérimentation de la Quinacrine sur des humains ne soit effectuée avant que d’autres études de toxicité n’aient donné des résultats satisfaisants.

Actuellement, deux médecins des États-Unis, Elton Kessel et Stephen Mumford, utilisent la Quinacrine pour stériliser des femmes. Ils agissent de leur propre chef, sans aucun comité d’éthique. Des organisations anti-immigration les financent; la croissance de population dans les pays du tiers monde représente pour elles, une menace pour les États-Unis. Ils voyagent à travers le monde, visitant des médecins, diffusant de l’information à partir de kiosques dans des conférences médicales et distribuant librement des applicateurs et quantité de Quinacrine. Ils ont fondé le Centre for Research on Population and Security, ce qui donne à leurs travaux une allure scientifique.

Stérilisation de péruviennes

L’exemple des stérilisations de masse au Pérou a atteint la presse internationale tout récemment, mais il y a longtemps que les femmes les subissent. La mise en scène est presque toujours la même: des bannières annoncent «un grand festival de la santé», un groupe de musique joue sur une estrade et des affiches en espagnol proclament «Gratuit: ligature des trompes et vasectomie».

Cependant, dans plusieurs des petits villages des Andes, la plupart des gens ne parlent que le Quechua. Aussitôt descendus du camion les ayant amenés au marché du dimanche, une infirmière les invite à se présenter à la clinique communautaire. Là, on vaccine les enfants, pendant que leurs mères, sans qu’elles réalisent vraiment ce qui s’est passé, se retrouvent avec une ligature des trompes. Donnent-elles vraiment leur consentement? Quand l’infirmière leur demande: «Voulez-vous vraiment avoir autant d’enfants que des cobayes», elles répondent fermement «Non». Et cela est suffisant pour l’État; dans l’espace de dix minutes, l’intervention est faite. En 1997, 100 000 femmes ont été ligaturées et 10 000 hommes vasectomisés.

L’année 1998 a marqué le 50e anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme; ce document est précieux pour la défense des droits de tous et chacune dans le monde. La Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) vous invite à rester vigilantes face au respect des droits des femmes en santé reproductive, ici comme ailleurs. Pour plus d’information sur le sujet, pour sonner une alerte ou pour participer aux actions en cours, entrez en contact avec la FQPN: téléphone: 514-866-3721; télécopieur: 514-866-1100; courriel: fqpn@cam.org.

France Tardif
FQPN

Pour en savoir plus: Nicole Bonnet, «The Guardian Weekly», Londres, 11 janvier 1998. ü FQPN, «Mise à jour de la campagne internationale», juin 1998. ü FQPN, Compte rendu de l’atelier sur «L’expérimentation non éthique en contraception sur les femmes des pays en développement»; deux exemples: les «vaccins» anti-fertilité et la Quinacrine», tenu le 19 octobre 1998.

Environnement et santé des femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 17, Hiver 1999

Peu de personnes savent que les femmes en âge de procréer et les jeunes enfants font partie des groupes les plus vulnérables à certaines formes de contaminations environnementales. C’est le cas, notamment, dans le dossier de consommation de poisson provenant du Saint-Laurent. Conséquemment, la contamination du poisson par des substances toxiques persistantes amène plusieurs gouvernements à recommander des niveaux de consommation des prises moins élevés pour les femmes et les jeunes enfants.

Un constat préoccupant

Pourquoi les femmes sont-elles plus à risque? Sont-elles informées de cette problématique? Quel rôle devraient-elles jouer dans ce dossier? C’est en cherchant à répondre à ces questions que le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets a proposé, dans le cadre du volet santé du Plan Saint-Laurent Vision 2000, la réalisation d’un colloque sur le thème de «L’environnement, le Saint-Laurent et la santé des femmes», au printemps 1998. Dès lors, il est apparu évident que l’exposition aux substances toxiques persistantes représente un problème préoccupant. Ces substances affectent la santé humaine, même à de faibles doses.

Une littérature de plus en plus vaste démontre leurs effets néfastes sur les systèmes hormonaux, nerveux et immunitaires. La particularité des substances toxiques persistantes est que le corps les emmagasine sans pouvoir les éliminer. Elles augmentent donc, au fur et à mesure de l’exposition, et s’additionnent à la charge déjà existante. Parmi les plus connues: le DDT, les BPC, les dioxines et les furannes. Il s’agit, en général, de pesticides ou encore de produits utilisés ou rejetés par des procédés industriels et d’incinération.

Les femmes enceintes ou qui allaitent et les jeunes enfants font partie des groupes à risque. Les foetus et les nourrissons allaités sont particulièrement menacés puisque leur système en développement est plus sensible à l’exposition de ces contaminants. Plusieurs chercheur-es ont observé que l’exposition des enfants à certaines substances toxiques pendant la grossesse avait provoqué des effets sur la santé (1). Au Québec, les données de recherche de la neurophysiologiste, Donna Mergler, de l’Université du Québec à Montréal, suggèrent également que l’altération du système nerveux soit associée à la consommation de poisson provenant du Saint-Laurent. Quant aux femmes, elles font partie des groupes à risque puisqu’une partie de ces contaminants peut être transmise de la mère vers l’enfant pendant la grossesse ou, de manière plus importante, au moment de l’allaitement.

Ainsi, le Guide de consommation du poisson de pêche sportive en eau douce du Québec(2) recommande aux femmes enceintes ou qui allaitent et aux enfants, de suivre des règles de consommation plus sévères. Dans certains guides de consommation du poisson des Grands Lacs, ce sont les femmes en âge de procréer qui sont identifiées comme groupe à risque dû à l’accumulation, tout au long de notre de vie, de substances toxiques persistantes. Pour la plupart des femmes, le niveau de contamination du lait maternel n’est pas suffisamment élevé pour se priver des bienfaits de l’allaitement, à moins que la majeure partie du régime soit constituée de poisson et de gibier.

Sensibilisation et action politique

Les résultats des études portant sur les liens entre l’exposition aux substances toxiques persistantes et la santé humaine font l’objet d’un débat scientifique dont les enjeux politiques, sociaux et économiques sont importants. Quelles mesures doivent être mises en œuvre pour réduire la production de substances toxiques persistantes et selon quel échéancier? Quels devraient être les efforts pour mieux informer les femmes, sans les culpabiliser? Quelle doit être la place des femmes dans ce dossier? En général, le grand public demeure encore peu informé sur le sujet. Plusieurs participants et participantes au colloque ont souligné, par exemple, que peu de gens connaissent le Guide de consommation de poisson en eau douce. De plus, ce guide est difficilement accessible et peu de femmes sont informées des mesures particulières les touchant.

Les discussions survenues au cours du colloque ont permis de formuler des recommandations portant sur les actions à entreprendre pour, entre autres, faire connaître cette problématique auprès des femmes. Parmi celles-ci, notons:

  • la création de comités «Femmes et environnement» visant à faire connaître davantage les risques associés à l’exposition aux contaminants;
  • la mise en place de mesures assurant une meilleure connaissance du Guide de consommation du poisson par les femmes;
  • l’adoption par le gouvernement du Québec d’une politique d’élimination de la production des substances toxiques et persistantes.

Notons enfin que plusieurs ont manifesté le désir d’assurer un suivi au colloque. Le Groupe de recherche en écologie sociale, en collaboration avec le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, produira un document visant à faire connaître la problématique. De plus, une rencontre sera organisée au cours de l’hiver 1999 afin de rassembler des femmes désirant échanger de l’information sur le sujet et former un comité «Femmes et environnement». Les femmes intéressées à participer à cette activité sont invitées à nous contacter au: 514-396-2686.

Enfin, nous tenons à remercier, pour sa précieuse collaboration, le Réseau d’action pour la santé des femmes dans l’organisation de ce colloque. Les conseils judicieux et la participation de l’équipe nous ont permis de mieux rejoindre les groupes de femmes et d’intégrer davantage leurs préoccupations.

Liliane Cotnoir
Front commum québécois pour une gestion écologique des déchets

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1 Colborn, Theo, Dumanoski, Dianne, Myers, John Peterson, Our Stolen Future, Are we Treatening our Fertility, Intelligence, and Survival? A Scientific Detective Story, New York, Dutton, 1996. Gilbert, Reg, Science on environmental toxics grows alarming, Great Lakes United, vol. 11, no.3, winter 1997-98, p. 1.

2 Le Guide de consommation du poisson de pêche sportive en eau douce peut être consulté à l’adresse électronique suivante: http://www.mef.gouv.qc.ca/fr/environn/guide/index.htm#menu.

La folie des femmes : maladie ou santé ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 17, Hiver 1999

En 1981, Louise Guyon, Roxanne Simard et Louise Nadeau jetaient un pavé dans la mare de la psychiatrie avec leur désormais célèbre Va te faire soigner, t’es malade. Elles y dénonçaient le prix que les femmes avaient à payer pour être perçues comme «normales». Ce prix était la médicalisation et la psychiatrisation de leur vécu en santé mentale. Considérées «malades» parce que leurs conditions de vie les amenaient à manifester de la détresse et de la dépression, elles étaient alors davantage et plus sévèrement diagnostiquées que les hommes, elles étaient hospitalisées plus longuement et recevaient davantage de médicaments.

En 1996, Louise Guyon récidivait et publiait Au-delà des apparences. Analysant les résultats des grandes enquêtes faites auprès des populations au cours des dix dernières années, elle démontre que la situation n’a pas tellement changé. Elle précise que les jeunes femmes semblent les plus vulnérables à la détresse psychologique, celle-ci touche particulièrement les plus pauvres et l’on sait que le taux de pauvreté est plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

Silence troublant des politiques gouvernementales

Entre ces deux moments, force est de constater le silence troublant des politiques gouvernementales face à la santé mentale des femmes. En effet, en 1989, on adoptait une Politique de santé mentale muette sur la question. Durant les trois années consacrées à sa mise en œuvre, on a réussi à bâtir des plans régionaux d’organisations de services (PROS) ou encore une fois - à quelques exceptions près - les femmes sont ignorées. Enfin, les dernières Orientations ministérielles pour la transformation des services en santé mentale n’en disent pas plus. Et ceci, malgré la publication de l’avis du Comité de la santé mentale du Québec sur Le défi de l’égalité: santé mentale des hommes et des femmes paru en 1992. Malgré aussi le constat fait par le gouvernement lui-même en 1993 dans sa propre politique en matière de condition féminine où il admettait l’échec de l’amélioration de la santé mentale des femmes depuis les dix dernières années. Malgré enfin les recommandations du comité de travail sur les services de santé mentale offerts aux femmes contenues dans le rapport Écoute-moi quand je parle! dont les travaux avaient justement pour but d’enrichir la politique de santé mentale en y intégrant la spécificité des femmes.

Visages de la violence psychiatrique

Comment expliquer la persistance de cette situation? Un ensemble de facteurs bien connus et très documentés: position socio-économique précaire des femmes, rôles sociaux encore largement traditionnels, transformations de la famille assumées encore massivement par les femmes. À ces facteurs, il importe d’ajouter ce qu’il ne faut pas hésiter à nommer la violence de la psychiatrie envers les femmes.

Violence de l’étiquette «malade mentale»: les critiques féministes ont souvent dénoncé la notion même de «maladie mentale» en la considérant comme une condition reflétant les inégalités, l’exploitation et l’oppression produites par la situation sociale désavantageuse des femmes. Cette étiquette souvent appliquée aux personnes qui ont moins de pouvoir, sert les objectifs de contrôle social de ses utilisateurs. C’est un moyen utilisé par une psychiatrie biaisée et sexiste qui considère injustement les comportements des femmes comme des «maladies».

Violence du modèle médical :
en cherchant les causes de la souffrance et des difficultés des femmes exclusivement dans leurs gènes, hormones, dysfonctionnements physiologiques, cerveaux défectueux, «constitution féminine»,«vulnérabilité biologique», «faiblesse congénitale», manque d’habiletés et passant sous silence leur histoire, leur développement, leurs conditions de vie en tant que femmes. Ce modèle dévalue systématiquement le comportement des femmes, le rejette et le considère pathologique. Des critiques féministes expliquent la surreprésentation des femmes en psychiatrie par le fait qu’elles devaient affronter en tant que «patientes» un monde dominé par des hommes qui ont intégré toute une série de mythes à propos d’elles, des rôles sexuels stéréotypés et de l’infériorité féminine.

Violence de la classification psychiatrique :
nous sommes passé de 60 «maladies mentales» en 1952 à plus de 250 en 1994!!! élargissant ainsi le contenu des diagnostics psychiatriques, le champ d’action et le pouvoir des biopsychiatres, car le pouvoir de nommer confère le pouvoir de contrôler. En général, les diagnostics ne sont ni fiables, ni valides et l’attribution de mauvais diagnostics est chose courante. Plusieurs chercheur-es ont démontré que l’établissement de tout diagnostic implique une série de suppositions à propos des rôles sociaux, de la classe sociale, de la race, de l’âge ou du sexe de la personne. Ainsi, les critiques féministes ont amplement démontré le sexisme inhérent à l’attribution des diagnostics psychiatriques:

  • Elles ont protesté contre l’inclusion dans le manuel de classification psychiatrique d’un syndrome appelé Paraphilic Coercive Disorder, un diagnostic souvent attribué aux violeurs leur permettant de plaider «non coupables» pour cause de trouble mental. Ce diagnostic n’a été écarté qu’au début des années 1990!
  • Mêmes protestations contre le syndrome de la personnalité défaitiste. Les symptômes associés à ce syndrome: faible estime de soi, sentiments d’impuissance, difficulté à s’affirmer et à se défendre. Ces caractéristiques sont souvent associées aux femmes victimes de violence et d’abus sexuels. Ce diagnostic pouvait être utilisé contre les femmes dans les recours exercés pour obtenir les droits de garde des enfants et dans les causes de harcèlement sexuel. Il ne fût écarté qu’au début des années 1990!
  • Les diagnostics actuels de dépression post-partum, syndrome associé à la ménopause, et syndrome prémenstruel sont aussi l’objet de vives contestations. Ces diagnostics, qui couvrent la majeure partie du cycle reproducteur des femmes, seraient utilisés pour justifier les théories biologiques permettant d’attribuer la «folie» des femmes aux effets dangereux des hormones féminines et de la situer dans le corps féminin.

Violence des «traitements»: la médication constitue très souvent la seule réponse de la psychiatrie à la souffrance des femmes. Pour certains chercheur-es, les neuroleptiques sont de véritables «camisoles de force» et peuvent avoir l’effet d’une «lobotomie chimique». Leurs effets secondaires affectent la personne dans son intégrité. Or, c’est aux femmes qu’on prescrit davantage de médicaments et de tranquillisants. Plusieurs féministes soutiennent que la médication est souvent utilisée pour faire taire la détresse des femmes. Aussi, c’est principalement aux femmes, surtout à nos aînées, que les psychiatres prescrivent les électrochocs - «traitement» encore hautement controversé dont plusieurs associations de psychiatrisées réclament l’abolition. Enfin, on dénonce la pratique de la coercition: les traitements forcés, les hospitalisations contre le gré des personnes et les contentions (immobilisations des personnes).

Violence du système judiciaire: sous l’influence de la psychiatrie, elle soustrait la garde des enfants aux femmes considérées «malades mentales». Des recherches ont démontré l’isolement, le sentiment d’impuissance et l’ignorance dans laquelle les femmes sont maintenues par rapport à leurs droits.

Que faire?

Devant le silence du gouvernement, devant la violence de la biopsychiatrie envers les femmes, que faire sinon reprendre le combat par et avec celles-là mêmes qu’on dit «folles», par et avec les femmes scrapées, scrapées dans leur corps, leur tête, leur cœur? comme le chante si bien la compositrice interprète, Marie Savard.

Lorraine Guay
Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec

La mère ou l'enfant

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 17, Hiver 1999

Récemment, une poursuite déposée au Nouveau-Brunswick pose à nouveau la question des droits du fœtus et ceux des femmes. Une mère est accusée par son fils de négligence lui ayant causé un handicap. Au cours de sa grossesse, elle aurait eu un accident de voiture lors d’une tempête. Cet accident a provoqué un accouchement prématuré. L’enfant est né avec un handicap.

Cette poursuite suscite de nombreuses questions et n’est pas sans inquiéter les femmes, principalement les femmes enceintes ou pouvant l’être. Les acquis des Canadiennes sont-ils en danger? Quels seront les impacts de cette poursuite sur les droits et les responsabilités des femmes? Sans vouloir présumer des faits de cette situation précise qui, lorsqu’ils seront mieux connus, amèneront peut-être des réponses à ces questions, quel message envoie ce cas et le jugement à venir? Est-ce que les cours de justice détermineront les habitudes de vie des femmes enceintes? Et par la suite les compagnies d’assurance qui pourraient avoir à payer la facture? Quels objectifs visent une telle poursuite? Est-ce le dédommagement du handicap par les assurances? Est-ce une façon de combler un manque de ressources financières personnelles ou de services gouvernementaux pour prendre soin de l’enfant? Est-ce un besoin de contrôler les femmes pour s’assurer de la naissance du bébé parfait? Est-ce un règlement de compte familial? Qui dépose une telle action en justice et à quel titre? L’enfant mineur ou le grand-père au nom de l’enfant? Quelle sera la réaction des femmes à cette poursuite? Le désir d’enfant sera-t-il assez fort pour dire oui à la maternité au risque de se faire poursuivre pour avoir mis au monde un enfant non parfait ou se considérant comme tel?

Les tribunaux canadiens ont réitéré que le fœtus n’est pas une personne au sens du Code criminel. L’enfant après sa naissance a-t-il des recours pour des actions qui ont eu lieu avant sa naissance? Est-ce une façon détournée de faire reconnaître des droits au foetus? Aura-t-il donc des droits qui prévaudront sur ceux de sa mère? Les faits de cette poursuite sont peu connus certes et la négligence de la mère n’a pas encore été prouvée. Un dossier à suivre pour l’avenir des relations entre les femmes, leurs enfants et leur famille.

Hélène Cornellier

Sensibilisation aux réalités lesbiennes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 17, Hiver 1999

Conscient que la communauté lesbienne est confrontée aux carences du réseau de la santé et des services sociaux et du milieu communautaire et considérant que la santé physique et mentale des femmes est indissociable de leurs conditions sociales de vie, le Centre de santé des femmes de l’Estrie a mis sur pied, dès 1989, des services pour les lesbiennes et pour les femmes se questionnant sur leur orientation sexuelle.

Cet automne, une subvention obtenue du ministère des Relations avec les citoyens et de l’Immigration, dans le cadre de la Semaine de la citoyenneté, a permis la réalisation d’une journée de sensibilisation aux réalités lesbiennes en novembre dernier.

Une session d’information-formation s’adressait aux ressources communautaires autant qu’institutionnelles, susceptibles d’accompagner des lesbiennes à un moment ou l’autre de leur vie. D’autre part, une exposition-réflexion, ouverte à toute la population, a permis aux lesbiennes de se donner un lieu de diffusion, par des témoignages visuels et écrits, pour partager, laisser voir et entendre leurs diverses expériences de vie tout en les démystifiant. Un troisième volet consistait en une rencontre avec le public, toujours dans le but de mieux faire connaître la diversité lesbienne. Un moment de réel échange qui favorisera, nous le souhaitons, le passage de la tolérance à la solidarité.

Carole Tatlock

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 18, Printemps 1999

Inquiétudes des femmes face à la protection de la santé

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Les groupes pour la santé des femmes et les associations de consommateurs s'inquiètent de plus en plus de la dégradation constante du système canadien de protection de la santé. La réglementation portant sur l'usage des médicaments et instruments médicaux et sur l'innocuité des aliments est en perpétuel changement. Le présent dossier tiré, d'un mémoire rédigé en réaction au projet de renouvellement de la législation fédérale en matière de protection de la santé, en fait ressortir les principaux changements ainsi que les raisons pour lesquelles de nombreuses femmes s'inquiètent. Issu d'une réunion consultative organisée par DES Action Canada, tenue à Toronto en septembre 1998, des représentantes des organismes suivants y ont participé : Alliance for Public Accountability, Action cancer du sein de Montréal, Breast Cancer Prevention Coalition, Coalition canadienne de la santé, Réseau canadien pour la santé des femmes, Association des consommateurs du Canada, D.E.S. Action Canada, Health Action International (HAI), Medical Reform Group of Ontario, Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu et World Alliance on Breastfeeding Action.

Le document " Responsabilités partagées, vision partagée - La révision de la législation fédérale en matière de protection de la santé " publié par Santé Canada en juillet 1998, préconise la mise à jour des lois canadiennes sur la protection de la santé. Il fait suite à une série de propositions visant à modifier la structure et le fonctionnement de la Direction générale de la protection de la santé (DGPS), datant de 1992. L'automne dernier, la DGPS entreprenait des consultations publiques à travers les grandes villes canadiennes. Son objectif était de discuter des changements proposés et de recueillir les suggestions du public. Le document de Santé Canada met l'accent sur la sensibilisation du public à la problématique des genres, précisant que la consultation sera faite de manière à ce que les intérêts des femmes soient représentés. On n'a toutefois pas encore analysé les conséquences de ces changements sur les droits et la santé des femmes.

Une démarche à questionner

En quoi la révision de la législation sur la protection de la santé devrait-elle nous inquiéter?

Les femmes sont les principales utilisatrices des services de santé, mais elles sont sous-représentées dans le processus décisionnel. De plus, dans l'histoire de la recherche pharmaceutique, les médicaments sont généralement testés sur les hommes. Il n'y a aucune audience publique ni consultation lors de l'approbation d'un nouveau médicament au Canada. Ainsi, les organismes canadiens représentant les femmes en général ou les femmes atteintes d'une maladie ou d'un problème de santé particulier ne peuvent se faire entendre auprès de la DGPS, lors de l'étude d'un produit destiné uniquement aux femmes.

Les femmes ayant été les principales victimes des pires désastres causés par certains médicaments ou instruments médicaux, comme le D.E.S., la thalidomide, les implants mammaires et le stérilet Dalkon Shield, nous avons tout intérêt à exiger des mesures pour éviter que pareilles tragédies ne se reproduisent.

Depuis les années 1970, le mouvement pour la santé des femmes soulève systématiquement le problème de la médicalisation inutile au cours de la vie d'une femme. D'une part, la médication ne peut résoudre les souffrances causées par des problèmes sociaux (discrimination, pauvreté et violence). D'autre part, il n'est pas normal ni sain que des phénomènes normaux de la vie d'une femme, telle la ménopause, soient considérés comme pathologiques et nécessitant des traitements. Or, la publicité pharmaceutique y est pour beaucoup. Nous devons donc voir comment la réglementation pourrait permettre d'éviter toute médicalisation inutile à l'avenir.

Comment faire des choix éclairés ?

Selon les estimations, les réactions indésirables viendraient au 4e - 6e rang des causes de décès en Amérique du Nord. En 1995, le Royaume-Uni, la Norvège et l'Allemagne ont recommandé aux femmes de remplacer leurs pilules contraceptives de " troisième génération " par les nouvelles pilules contenant une des deux formes de la progestérone (désogestrel ou gestodène). Or, même si ces produits étaient largement prescrits au Canada, les canadiennes n'ont pas entendu parler de cette mise en garde.

L'information sur les médicaments issue de l'industrie à l'intention des consommateurs est habituellement de la publicité à peine voilée pour un produit ou une ligne de produits. Il est alors difficile pour les consommateurs de faire des choix vraiment éclairés, car dans ces messages de l'industrie, il n'y a aucune information sur la prévention, sur la promotion de la santé, ni sur les déterminants de la santé. L'information non biaisée sur un traitement, c'est-à-dire celle couvrant toutes les possibilités et prenant en compte tous les facteurs en cause est principalement laissée aux organisations qui travaillent en santé et aux groupes communautaires. Nous avons grandement besoin d'un organisme national, financé au niveau national, à l'abri du biais de l'industrie et voué à l'éducation des consommateurs concernant les médicaments et les traitements.

Les femmes se demandent si, à l'heure où l'industrie pharmaceutique exerce de fortes pressions en faveur d'un assouplissement des restrictions actuelles, la publicité directe au consommateur pour les médicaments d'ordonnance devrait être autorisée au Canada.

La réglementation des médicaments est loin d'être démocratique au Canada. Contrairement à l'Europe et à l'Australie, le Canada n'oblige pas les compagnies pharmaceutiques à joindre un dépliant aux médicaments d'ordonnance qui permettrait d'informer sur les usages approuvés, les précautions à prendre, les risques, les interactions, les contre-indications, etc. Il arrive qu'aussi peu que 1 % de l'information sur un médicament nouvellement approuvé soit rendue publique. Aux États-Unis par exemple, on tient des audiences publiques, la population a accès aux dossiers des médicaments qui contiennent de l'information sur l'efficacité et l'innocuité des médicaments, un bureau spécifique pour la santé des femmes à la Food and Drug Administration existe. Le secret qui prévaut au Canada ne peut que servir les intérêts d'une industrie pharmaceutique énorme et puissante, et non les intérêts des Canadiens et de leur santé.

L'approbation de médicaments qui ne sont pas vraiment nouveaux constitue une autre pratique inquiétante à Santé Canada. Dans la majorité des cas, les médicaments approuvés ne représentent pas un progrès important comparé aux produits déjà existants sur le marché. Non seulement cette pratique augmente les coûts du système, qui retombent sur les épaules des payeurs de taxe, mais elle contribue à la confusion quand il s'agit pour une personne de prendre une décision face à un traitement.

L'évaluation continue d'un médicament après sa commercialisation constitue un autre sujet d'inquiétude. Actuellement, l'information sur les risques associés aux médicaments après leur commercialisation provient principalement des rapports volontaires sur les réactions indésirables. Or, selon les estimations, cette façon de faire permettrait de déceler moins de 10 % des réactions indésirables. De plus, rien n'oblige le gouvernement ou l'industrie pharmaceutique à prévenir les femmes si un médicament approuvé se révèle dangereux.

L'éthique de l'industrie, qui exige une approbation des médicaments et leur commercialisation le plus rapidement possible, a donc pris le dessus sur les considérations de santé publique et de sécurité à l'intérieur de la Direction générale de la protection de la santé.

Et l'harmonisation de la réglementation ? Dans quelle mesure les procédures de réglementation du Canada devraient-elles s'harmoniser avec celles de l'Europe, des États-Unis et des autres pays industrialisés ? Une série de rencontres internationales sur le sujet se sont tenues depuis le début des années 1990. Or, aucun groupe de femmes ou d'intérêt public n'y assistait. Les recommandations ne devraient pas être adoptées sans avoir été au préalable discutées et étudiées minutieusement, afin que l'harmonisation de la réglementation reflète non seulement les intérêts commerciaux mais surtout les intérêts des femmes. L'harmonisation ne risque-t-elle pas toutefois de servir d'outil de compressions budgétaires et d'encourager Santé Canada à adopter la réglementation la moins sévère des pays membres ?

Recommandations

À la lumière de ces préoccupations, une coalition de groupes pour la santé des femmes et d'associations de consommateurs, réunie en septembre 1998, a émis les recommandations suivantes :

1. Le système de protection de la santé doit être INTENSIFIÉ et non affaibli. La réglementation a pour but de protéger la population et non l'industrie ou le développement économique. Ce doit être un objectif sacro-saint.

2. La Loi sur les aliments et les drogues contient les principes de la protection publique. Non seulement cette loi devrait-elle rester telle quelle, mais les règlements qui l'accompagnent devraient être renforcés afin de mieux protéger la santé de la population.

3. Les règlements doivent être plus sévères en matière de pharmacovigilance et d'information des consommateurs sur les effets nocifs. Santé Canada et le fabricant devraient être tenus d'avertir les consommateurs des effets nocifs des médicaments, soit directement, soit au moyen d'une vaste campagne publicitaire.

4. Les médecins et les compagnies pharmaceutiques devraient avoir l'obligation, et non le choix, de faire connaître les effets nocifs d'un produit découverts après la commercialisation. Et le public devrait avoir accès à ces renseignements.

5. Il faut maintenir les sanctions criminelles pour responsabilité dans le cas de préjudices causés par la négligence et la corruption.

6. Les règlements doivent prévoir des structures permettant une participation active du public, ce qui implique trois conditions préalables :

6.1 Des structures décisionnelles participatives financées adéquatement et au sein desquelles les intérêts des femmes seraient représentés, comme dans le cas du forum pour la santé en Australie (cela pourrait faire partie d'une coalition plus large où les intérêts du public seraient représentés.) Cette mesure est particulièrement importante pour l'étude de produits et médicaments utilisés essentiellement par les femmes - ceux-ci devraient être étudiés en fonction de leurs effets sur la santé, des droits et du statut social des femmes. Celles-ci devraient participer aux discussions sur la manière dont le produit affectera leur vie, sur sa nécessité et sur les domaines de recherche à développer ;

6.2 L'accessibilité en tout temps à toute l'information sur l'efficacité et l'innocuité des produits à partir de laquelle se prennent les décisions (incluant l'accès aux études en faveur de l'approbation d'un médicament et les commentaires des vérificateurs, ainsi que des audiences publiques) ;

6.3 Éviter les conflits d'intérêts. Le gouvernement fédéral doit conserver l'entière responsabilité de la sécurité, de l'approbation et de la mise en application de toutes les lois concernant les drogues et les aliments. Ces tâches ne devraient pas être imparties à des tiers comme l'industrie ou les associations de l'industrie. La DGPS ne devrait pas être financée au moyen des frais d'utilisation, mais à partir des impôts sur le revenu.

7. L'harmonisation ne devrait être envisagée que si les normes de protection de la santé d'une autre juridiction sont égales ou supérieures à celles du système canadien. Dans tous les cas, le gouvernement fédéral doit en assumer l'entière responsabilité.

8. Afin de s'assurer que la politique de la santé reflète les intérêts des femmes, Santé Canada devrait créer un bureau pour la santé des femmes au sein de la DGPS. On devrait en outre financer des groupes pour la santé des femmes de tout le Canada afin de leur permettre de travailler sur des politiques relatives aux médicaments.

9. La Direction générale de la protection de la santé devrait développer et maintenir des liens étroits avec le Programme des médicaments essentiels de l'OMS et avec les bureaux provinciaux et national d'évaluation des technologies.

10. Pour établir la sécurité des produits, la DGPS doit développer une éthique philosophique dont les fondements englobent les impacts environnementaux, ainsi que les déterminants éthiques socio-économiques et culturels de la santé, puisque ceux-ci affectent autant les individus que les groupes.

11. La direction générale de la protection de la santé doit assurer l'adhérence à ses propres politiques de conflit d'intérêt.

Pour en savoir davantage, veuillez communiquer avec D.E.S. Action au (514) 842-3402

Groupe de travail sur les enjeux pour les femmes de la loi fédérale sur la santé

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 18, Printemps 1999

L'éducation somatique : un changement de paradigme

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 18, Printemps 1999

L'éducation somatique : un changement de paradigme L'éducation somatique vise l'appropriation de soi. Comment ? Par l'apprentissage de la conscience du corps en mouvement dans l'espace. Par le retour à notre première façon d'apprendre, par notre expérience du mouvement, nous nous " rebranchons " organiquement à notre force vitale et nous nous mettons en situation de poursuivre un cheminement souvent entravé par les contrecoups de notre histoire.

D'une vision dichotomique…
Depuis les premiers philosophes, les femmes ont été identifiées au corps, à la nature, à la sensibilité, à l'apprentissage expérientiel. Aux hommes revenaient l'esprit, la culture, la raison, le savoir. Notre civilisation est encore marquée par cette vision du monde. Historiquement, les femmes ont été les grandes perdantes de ce modèle de pensée qui a justifié de belles œuvres d'art autant que de grandes injustices.

Qu'avons-nous donc appris dans ce corps de silence ? Et si, dans cette perspective, les hommes ont bénéficié de privilèges éhontés, en ont-ils été plus heureux pour autant ? " Jouer à la guerre " qu'on le veuille ou pas, ramène toujours au corps souffrant, quelles que soient les idéologies qui justifient chaque fois les massacres. " Raisonner le corps " conduit droit à la vision d'un corps morcelé. " Faire taire sa sensibilité " permet peut-être le développement de la technologie, ajoute au culte de la science et de l'objet, mais risque également de générer la perte de sens.

Que serait devenu notre monde si cette rupture entre le corps et l'esprit (imaginée par les premiers philosophes et soutenue par les grandes religions monothéistes d'un monde patriarcal), n'avait pas eu lieu, si nous vivions dans une tradition où les hommes et les femmes étaient également reconnus comme des humains à part entière ? Peut-être le troisième millénaire verra-t-il se créer une nouvelle vision du monde issue de l'action féministe et d'une réappropriation par chacun des sexes d'un territoire qui lui était auparavant défendu.

…à une perspective globale
Dans cette perspective, l'éducation somatique remet en question ce concept selon lequel nous sommes faits d'entités sécables : l'esprit et le corps, la sensibilité et l'intelligence, la connaissance et l'expérience. Le mot soma vient du grec et, depuis Hésiode, signifie " corps vivant ", le contraire du " corps objet ", ce corps sans âme et dénué d'esprit. Parler d'éducation somatique, c'est faire référence à un certain nombre de méthodes, de pédagogies qui s'intéressent à développer la connaissance expérientielle de nous-mêmes et de notre corps, à nous intéresser au corps senti et vécu de l'intérieur et en relation avec l'environnement. Différentes méthodes ont été élaborées depuis plus d'un siècle, par des femmes et des hommes de différentes origines culturelles et professionnelles en butte à des difficultés de santé qui les ont renvoyés à eux-mêmes, à leur sensibilité et à leur intelligence. À la contrainte, à la maladie, ils ont opposé la santé et la créativité. Par la réduction de l'effort et de la vitesse, ils ont proposé un retour à l'apprentissage où la conscience et la sensibilité fine l'emportent sur la violence et les automatismes. On n'a qu'à penser à Alexander, Feldenkrais, Bertherat, Mézières, et j'en passe !

F.M. Alexander, cet acteur australien à l'origine de la méthode Alexander, à la fin du XIXe siècle, constate avec horreur qu'il perd la voix sur scène, au cours de sa performance, sans qu'aucun spécialiste ne puisse lui venir en aide. Il est amené à devoir déjouer par lui-même ses habitudes de comportement plutôt qu'à demeurer la victime de son stress.
- Un juif d'origine russe, Moshe Feldenkrais, dans les années quarante, docteur en physique et judoka, se blesse au genou et se voit potentiellement condamné à l'immobilité si une opération chirurgicale est tentée. Cet événement ouvrira la voie à la création de la Prise de conscience par le mouvement et de l'Intégration fonctionnelle, les deux modalités de la Méthode Feldenkrais, où la parole et le toucher sont tour à tour privilégiés pour guider l'exploration du mouvement et la réappropriation de son potentiel.
- Lily Ehrenfried, médecin allemande immigrée en France à la même époque, crée la Gymnastique holistique, s'inspirant des travaux d'Elsa Gindler, pionnière qui a elle-même marqué les années vingt : si elle ne peut plus pratiquer la médecine, du moins cherche-t-elle à ce que les gens ne deviennent pas malades. Elle mise sur le maintien de la santé, sur la prévention et l'éducation.
- Plus récemment, Thérèse Bertherat en France, kinésithérapeute dans la lignée des recherches de Mézières, inaugure l'Antigymnastique et fait considérablement connaître le domaine auprès du grand public francophone.
- Au Québec, Marie-Lise Labonté, atteinte d'arthrite rhumatoïde, s'inspire des travaux de Bertherat et les nourrit de sa propre expérience, amenant une autre forme d'Antigymnastique en Approche globale du corps.
- Encore faudrait-il évoquer la création de l'Eutonie de Gerda Alexander au Danemark et du Body-Mind Centering de Bonnie Benbridge Cohen aux Etats-Unis.

Non seulement ces personnes ont-elles amélioré leur sort de manière significative tout en s'adaptant positivement à leur situation, mais elles ont légué un héritage nous ouvrant de nouveaux domaines de connaissances, de recherches fondamentales et d'applications à différents champs d'activité, en santé, en éducation, dans les arts de la performance et dans les sports. Ces personnes ont inscrit leur recherche à l'intérieur d'un changement de paradigme majeur qui s'opérait également dans le domaine des sciences pures (particulièrement en physique et en biologie), et qui a de plus en plus d'impact dans celui de la santé, si performant au plan technologique, mais qui reste encore si attaché à une vision biomécaniste des êtres humains.

Au plan philosophique et éthique, leur apport est immense. Ce ne sont pas des exercices qu'elles proposent, mais une relation nouvelle à soi et aux autres : apprendre à sentir ce que l'on fait, à savoir ce que l'on sent, ne plus se considérer comme un objet, mais comme la créatrice de sa propre vie. Cela peut avoir un impact énorme sur notre vie quotidienne, au travail, comme dans nos relations interpersonnelles.

Nous voilà devenues les spécialistes de nous-mêmes et notre principale source de références. Nous voilà libres et autonomes, avec tous les choix que cela suppose. Nous voilà capables d'améliorer nos capacités d'empathie sans pour autant nous faire " bouffer tout rond " et nous épuiser à la tâche. Nous voilà redevenues plus présentes à nous-mêmes et à ceux et celles que nous aimons, avec des outils d'intervention dont l'efficacité s'accroît dans la mesure où nous respectons nos limites et celles de nos semblables. Bref, nous revoilà " rebranchées " par le mouvement senti à notre potentiel d'apprentissage organique et à notre créativité. Nous voilà en train de contribuer à rendre ce monde plus humain.

Odette Guimond
Regroupement pour l'éducation somatique

La population a DROIT aux médecines alternatives . . . et personne n'a le droit de les pratiquer!

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 18, Printemps 1999

La population a DROIT aux médecines alternatives... et personne n'a le droit de les pratiquer !!! Erreur dans le titre ? Eh bien non. Aussi surprenant et insensé que semble le titre, la réalité est encore plus désolante. Saviez-vous que le droit à la thérapeutique de votre choix est protégé par l'article sept de la Charte canadienne et par l'article un de la Charte québécoise(1) ? Je vous cite un exemple " une médecin peut être reconnue coupable de pratique non-scientifique parce qu'elle a traité une patiente grâce à l'homéopathie. Et une homéopathe a été trouvée coupable de pratique illégale de la médecine parce qu'elle a traité une patiente (inspecteure du Collège des médecins) grâce à l'homéopathie (3),.(4) " Donc, le recours à l'homéopathie est un droit fondamental protégé par les chartes... et ni les homéopathes ni les médecins ne peuvent la pratiquer !

Et pourtant, plus de 45 % de la population qui consulte en soins de la santé, consulte un thérapeute alternatif (2). Le recours aux approches alternatives et complémentaires de santé n'est plus un phénomène marginal et négligeable, c'est désormais une tendance sociale qui ne peut être ignorée par nos gouvernements. Quelques approches alternatives sont réglementées et la protection du public est assurée par le biais d'ordres professionnels. C'est notamment le cas de la chiropratique, de l'acupuncture et bientôt, en septembre 1999, les sages-femmes devraient pouvoir pratiquer en toute légalité.

Mais qu'en est-il de l'homéopathie, de l'ostéopathie, de la naturopathie et des autres approches alternatives et complémentaires ? C'est le vide. L'absence totale de législation et de réglementation. Qui peut vous assurer que l'homéopathe ou l'ostéopathe que vous consultez est compétent ? Les dirigeants de l'Office des professions du Québec, du ministère de la Santé et des Services sociaux, du ministère de la Justice et du ministère de l'Éducation ont jugé que ces approches étaient " inoffensives ", et donc n'avaient pas besoin d'être réglementées. Et pourtant au Québec, la vitesse à laquelle vous roulez est réglementée, la hauteur des poteaux de téléphone est réglementée, le bruit que vous pouvez faire chez vous est réglementé, les heures auxquelles vous pouvez tourner à gauche sur la rue Saint-Denis sont réglementées !!! Mais la qualité de l'enseignement et de la pratique des thérapeutes qui traitent 45 % de la population, bof !

Une question s'impose à mon esprit. Y aurait-il un rapport entre les faits suivants : plus de 75 % des thérapeutes alternatifs sont des femmes et plus de 70 % de la population qui consulte sont des femmes... et le manque total de volonté politique de reconnaître et de légiférer en matière d'approches alternatives et complémentaires de santé ? Je laisse la réponse à votre discrétion. Quant à moi, la réponse est claire. Plusieurs thérapeutes responsables se sont regroupés en association afin de combler le manque total de réglementation et d'assurer un minimum de protection à la population.

Si vous désirez que vous et vos enfants soient traités par des thérapeutes alternatifs compétents, assurez-vous qu'il ou elle soit membre d'une association sérieuse qui exige des normes de formation, encadre par des statuts et règlements, détienne un code de déontologie et exige une assurance responsabilités professionnelles. Alternativement vôtre.

Claudine Larocque
homéopathe

1. Selon le jugement de l'honorable Jean Sirois, dans la cause-type du Syndicat professionnel des homéopathes du Québec vs le Collège des médecins.
2. Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal centre, 1994.
3. Cause Cangé vs Collège des médecins.
4. Cause Lucinda Lamontagne vs Collège des médecins

Un service d'accompagnement aux plaintes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 18, Printemps 1999

« Ça fait fait des mois que j'attends pour obtenir des services dans un centre hospitalier. Ma qualité de vie est affectée par cette attente. Quels sont mes droits et mes recours ? »

« Ma mère a été traitée durement par l'infirmière du CLSC lors de sa dernière visite. Elle en est toute bouleversée. Qu'est-ce qu'elle peut faire pour signaler la situation et faire en sorte qu'un tel incident ne se répète pas ? »

Les femmes qui font appel aux services des Centres d'assistance et d'accompagnement aux plaintes (CAAP) sont souvent confrontées à ce type de situation. À titre d'exemple, 64 % de la clientèle du CAAP-Montréal est composée de femmes. Elles sont elles-mêmes des utilisatrices des services du réseau de la santé et des services sociaux ou elles assistent un proche qui nécessite des soins. Dans les relations qu'elles entretiennent avec le système de santé et de services sociaux, elles vivent parfois des insatisfactions qui les amènent à faire valoir leurs droits au moyen du régime d'examen des plaintes.

D'une utilisation simple, ce régime, instauré en 1991 par la Loi sur les services de santé et les services sociaux, permet à tous les usagers et usagères du réseau de porter plainte s'ils estiment que leurs droits ont été lésés ou s'ils sont insatisfaits des services obtenus dans un hôpital, un CLSC, un centre jeunesse ou une autre ressource du réseau de la santé et des services sociaux.

Une réelle écoute

Les dispositions du régime d'examen des plaintes obligent les établissements à traiter la plainte et à rendre, dans les délais déterminés par la loi, des conclusions motivées. S'il y a lieu, l'établissement doit mettre en place des mesures correctives afin que les situations déplorées ne se reproduisent plus. Les objectifs du régime sont de permettre aux citoyens et citoyennes de faire valoir leurs droits et d'améliorer la qualité des services dispensés à la population. Pour faciliter l'exercice de ces droits et des recours, un organisme a été désigné dans chaque région du Québec pour assister les usagers et les usagres dans leurs démarches de plainte.

Les personnes qui font appel à ces services peuvent obtenir des informations sur leurs droits en tant qu'usagers et usagères du réseau et sur les mécanismes de traitement des plaintes. Ces organismes aident les personnes à clarifier leur situation et leurs motifs de plainte et les assistent au niveau de la formulation de la plainte écrite ou verbale. Les personnes qui le désirent peuvent aussi obtenir de l'accompagnement dans le cadre de la démarche de plainte auprès des établissements, de la Régie régionale ou de la Commissaire aux plaintes.

Nous croyons qu'il est primordial que les femmes soient informées de leurs droits et des mécanismes qu'elles peuvent utiliser pour signaler les problèmes qu'elles vivent, entre autres choses, concernant l'accessibilité aux services, la qualité des soins et des services dispensés ou la qualité des relations humaines avec les intervenants du secteur de la santé et des services sociaux.

Des séances d'information sont organisées et portent sur les droits des usagers du système de santé et des services sociaux et sur le régime d'examen des plaintes. Elles visent à permettre aux personnes d'être mieux informées de leurs droits et de leurs recours afin qu'elles puissent les faire pleinement valoir. Pour plus d'information à ce sujet, n'hésitez pas à contacter l'organisme de votre région. Pour connaître ses coordonnées, communiquez avec le service à la clientèle de votre Régie régionale.

Marie-Andrée Coutu
Centre d'assistance et d'accompagnement aux plaintes de Montréal

Un service de sage-femme s'organise en Montérégie

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 18, Printemps 1999

En avril dernier se tenait à Saint-Hubert une réunion où étaient assises à une même table des représentantes de différents groupes de femmes (Naissance-Renaissance, Groupe Maman, Naître chez-nous, Marraine d'allaitement maternelle, Regroupement Les Sages-femmes du Québec). Un comité de travail s'est formé pour mettre sur pied un projet de service de sage-femme gratuit pour les femmes de la Montérégie. Déjà plusieurs régions ont ces services sous forme des Maisons de naissance. En Montérégie, rien n'existe pour l'instant. Les montérégiennes désirent ardemment avoir accès au service de sage-femme et veulent avoir le choix de leur lieu d'accouchement soit en Maison de naissance soit à domicile. Dans un premier temps, la Régie régionale de la santé et des services sociaux désire connaître les intérêts et les besoins des usagères. Nous avons donc besoin de l'appui de toutes les femmes qui croient en la pratique sage-femme. Un tel service verra le jour dans votre région, à condition de bien démontrer à la Régie qu'il répond aux demandes des femmes.

Lettres, téléphones et télécopies doivent inonder le bureau de l'agente de planification de la Régie. Il suffit de mentionner votre désir de voir naître un service de sage-femme gratuit permettant ainsi de choisir son propre lieu d'accouchement. Envoyez votre appui à Lise Bourdage, agente de planification, Programmation et Recherche, RRSSS, 1255, rue Beauregard, Longueuil, Québec, J4K 2M3 ; ou par télécopie au (450) 679-6443. De plus, si vous désirez vous impliquer dans le projet, communiquez avec Chantal Bouchard au (450) 464-8821. Nicole Mongrain D'autres projets sont en cours de développement dans les régions de Trois-Rivières et des Laurentides. Informez-vous…

VIH/Sida et violence sexuelle

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 18, Printemps 1999

Un pourcentage élevé de femmes séropositives ont déclaré avoir été violentées sexuellement à l'âge adulte ou à l'enfance.

Le VIH/sida et la violence sexuelle est un projet pilote ciblant les organismes de l'île de Montréal qui œuvrent auprès des femmes qui ont survécu à la violence sexuelle ou auprès des femmes préoccupées par le VIH/sida. Le but est d'élaborer les liens entre les problématiques de la violence sexuelle et du VIH/sida chez les femmes, et d'offrir de l'information à jour.

Une étude en Colombie Britannique de 1994 à 1996 a révélé qu'un pourcentage élevé de femmes séropositives ont déclaré avoir été violentées sexuellement à l'âge adulte ou à l'enfance. L'étude a conclu qu'une meilleure compréhension des liens entre la violence sexuelle et le VIH aiderait dans le développement de programmes de prévention du VIH. Cette étude a aussi souligné " l'importance de la collaboration et de communication entre ceux et celles qui visent à arrêter la violence faite aux femmes et ceux et celles qui travaillent afin de prévenir le VIH/sida ". Plusieurs études américaines récentes en ont tiré les mêmes conclusions.

En 1997, Santé Canada a élaboré une évaluation des besoins auprès des intervenants des organismes VIH/sida et des centres d'agression sexuelle. Celle-ci a révélé que souvent la clientèle se souciait des deux problématiques mais les services offerts n'étaient pas consistants. Tous les intervenants consultés ont exprimé un besoin d'information sur la problématique qui leur était moins familière. Dans les deux champs d'expertise, un réseau de ressources et une compréhension des enjeux ont été développés ce dont pourraient bénéficier les femmes dont les besoins chevauchent les deux problématiques.

Santé Canada a donc produit un guide à l'intention des intervenants afin de les aider à soutenir les clientes dans leur choix et d'encourager l'offre de services, consistants et de qualité, en ce qui concerne l'information et les soins. " Le VIH/sida et la violence sexuelle " est un projet de partenariat entre le Centre d'intervention sida du CLSC Métro et le Centre pour les victimes d'agression sexuelle de Montréal. Deux jours de formation sont prévus pour l'automne 1999. Pour de plus amples renseignements ou si vous avez des suggestions pour le projet, n'hésitez pas à communiquer au (514) 934-0505, poste 425.

Karen Herland

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 19, Automne 1999

Le rapport Arpin, un pas de plus vers la détérioration du secteur public de la santé !

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

La Coalition féministe pour une transformation du système de santé et des services sociaux constate que le rapport Arpin vient confirmer et dans certains cas accélérer le glissement des services de santé publics vers une place toujours plus grande des services de santé privés. C'est une tendance que l'on observait déjà depuis la transformation ces dernières années du système de santé au Québec. Alors que la loi canadienne de la santé crée une obligation d'assurance publique pour tout acte médicalement requis, on constate qu'il y a de plus en plus de services non couverts par l'assurance-maladie (RAMQ). Ce glissement ouvre la porte aux assureurs privés ou aux services privés qui font payer de plus en plus de services diagnostiques ou paramédicaux (ex. : physiothérapie), sans parler des médicaments qui sont bien souvent la base d'un traitement.

C'est pourquoi la Coalition féministe pour une transformation du système de santé et des services sociaux est déçue des recommandations du rapport Arpin, mais pas surprise. Elle se demande surtout quels intérêts seront mieux servis par ces recommandations : ceux de la santé et du bien-être des femmes ou ceux du système privé et des " médecins-entrepreneurs "?

La Coalition estime que le domaine de la santé n'est pas un marché et que la relation du médecin avec sa patiente ou son patient n'est pas une relation commerciale. À vouloir rentabiliser le système de santé, on en arrive forcément à vouloir rentabiliser l'acte médical quel qu'il soit. Et l'on évacue notamment tout l'aspect social de la maladie et de la prévention.

Le bilan de la situation fait état d'avancées rapides de la privatisation dans le secteur de la santé : des " partenaires " privés pénètrent les cercles de décideurs, multiplient les projets d'affaires dans les secteurs des équipements, des médicaments, de la biotechnologie, de l'hébergement de longue durée, des services médicaux à domicile, des services auxiliaires, des services d'information. En fait, la population fait face à une propagande organisée - et le rapport Arpin, consciemment ou non, en est un nouvel exemple - qui tend à miner la confiance dans le service public. La population a peur de ne plus avoir les soins dont elle aura besoin dans le réseau public. À tel point qu'une partie de la population serait, semble-t-il, prête à payer plus pour s'assurer l'accessibilité et la qualité des soins.

Cette propagande s'appuie aussi sur le mythe, et le rapport Arpin le reprend à son compte, que le service privé serait mieux géré et coûterait moins cher que le service public. De nombreuses études ont pourtant montré qu'il n'en est rien. La seule façon de concilier le contrôle des coûts d'administration et les bénéfices, c'est d'agir sur les salaires et sur les services, c'est-à-dire de donner des conditions de travail et des salaires minimaux et de multiplier les services les plus rentables. En suivant cette voie, le risque est grand de laisser les " cas lourds " au service public et d'ouvrir le marché des services les plus rentables (ex. : chirurgie d'un jour, tests et analyses, soins à domicile, hébergement des personnes âgées) aux cliniques privées, sous prétexte d'alléger la tâche et les dépenses du service public. En Nouvelle-Zélande, par exemple, la privatisation partielle de services médicaux a eu pour effet d'allonger les listes d'attente. Le Conseil de la santé et du bien-être du Québec lui-même concluait dans l'une de ses études que " plus le secteur privé joue un rôle important dans les services de santé, moins les dépenses sont contrôlées... "

En fait les recommandations du rapport Arpin sont logiques avec le titre et le mandat donné par le ministre de la Santé et des Services sociaux de l'époque, M. Jean Rochon et repris par Mme Pauline Marois, puisqu'il s'agissait du " Groupe de travail sur la complémentarité du secteur privé dans la poursuite des objectifs fondamentaux du système public de santé au Québec ". Par ailleurs, nous sommes frappées par la composition même de ce comité qui ne comprenait aucun représentant des usager-e-s, des organismes communautaires, du personnel du réseau et des nombreux intervenant-e-s dans tout le réseau de la santé et des services sociaux.

Par ailleurs, le rapport Arpin souligne le fait que les CLSC ne remplissent pas pleinement leur rôle. Ce rôle a toujours été vaste et fluctuant, entre le médical, le social, la prévention, les soins à domicile, sans qu'on lui accorde les ressources correspondantes. Le rapport Arpin propose de confier une grande partie du virage ambulatoire en milieu urbain à des cliniques ou des organismes privés, alors que les CLSC des régions, où le " marché " est plus petit, garderaient leur vocation actuelle. Ce n'est peut-être pas un hasard puisqu'effectivement le marché urbain est le plus lucratif pour le secteur privé. Le privé aurait les cas les plus rentables avec une clientèle prête à payer alors que le public se retrouverait avec les cas les plus lourds et les personnes les plus en difficulté. En fait, ce sont les services de première ligne qui sont offerts sur un plateau d'argent aux médecins-entrepreneurs qui voient dans la " maladie " une occasion d'affaire très lucrative. Il en est ainsi pour les mégacliniques privées, prônées depuis quelques temps et dont l'idée est reprise par le rapport Arpin. De même, on offre au secteur privé la possibilité de créer des ressources pour les personnes âgées, par l'achat de places d'hébergement dans le secteur privé plutôt que de financer adéquatement les centres d'hébergement publics qui crient au secours !

Plutôt que la privatisation déguisée en
" collaborations lucratives " avec le réseau public, la Coalition féministe pour une transformation du système de santé et de services sociaux appuie le maintien et le développement d'un système de santé public, gratuit, accessible et universel avec une large place attribuée aux CLSC dans la dispensation des services de base. La Coalition ne veut pas d'un système à deux vitesses ni d'un système axé sur les cliniques privées ! Elle demande que la transformation du système de santé et des services sociaux au Québec tienne enfin compte du point de vue des femmes, de leurs besoins et de leurs solutions.

Michèle Asselin, coordonnatrice Coalition féministe pour une transformation du système de santé

Nicole Bluteau, vice-présidente Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)

Sylvie Boulanger, première vice-présidente Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ)

Annick Bréniel, présidente Fédération du Québec pour le planning des naissances

Claudette Carbonneau, première vice-présidente Conseil des syndicats nationaux (CSN)

Élyse Gauthier, présidente L'R des centres de femmes du Québec

Marie-Hélène Houle, coordonnatrice provinciale Fédération de ressources d'hébergement pour les femmes victimes de violence et en difficulté du Québec

Lise Lamontagne, coordonnatrice Réseau québécois d'action pour la santé des femmes

Carole Lejeune, vice-présidente Fédération du personnel de la Santé et des Services sociaux, Centrale de l'enseignement du Québec (CEQ)

Line Lévesque, coordonnatrice Regroupement Naissance-Renaissance

Nicole L'Heureux, coordonnatrice Regroupement des aidantes et aidants naturels de Montréal

Hugette Marcoux-Labrecque, présidente Association féminine d'éducation et d'action sociale (AFÉAS)

Louise Riendeau, coordonnatrice Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale

Alain Roberge, président Regroupement des ressources alternatives en santé mentales du Québec

Suzanne Blaré, présidente Fédération des centres d'action bénévole du Québec

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 19, Automne 1999

Attention : Virage dangereux pour la santé des femmes !

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 19, Automne 1999

La réforme du système de santé et des services sociaux, dont le virage ambulatoire constitue la pierre angulaire, est en route depuis 1990. Ce sont les femmes qui paient le prix du virage ambulatoire et des coupures dans les services de santé publics : comme usagères (les femmes utilisent davantage les services de santé et sociaux, et ce pendant plus longtemps), comme aidantes " naturelles " ou comme bénévoles (dans une proportion de 60 à 70 %, ce sont les femmes qui assument cette responsabilité) et comme travailleuses (les femmes représentent 75% du personnel de la santé et des services sociaux).

Dans le but de faire connaître les impacts de la transformation du réseau de la santé et des services sociaux sur les femmes et de proposer des solutions alternatives, L'R des centres de femmes du Québec a initié et coordonne la Coalition féministe pour une transformation du système de santé et des services sociaux qui regroupe des représentantes des milieux féministe, communautaire, bénévole et syndical.

La Coalition a publié un premier bilan de la transformation du réseau et une plate-forme comprenant 43 revendications, autant de solutions concrètes aux difficultés identifiées. Le cahier de revendications Pour des services sociaux et de santé adaptés aux attentes des femmes a été lancé lors d'une conférence de presse le 13 novembre 1998. Plus de 1000 exemplaires ont déjà été distribués auprès de divers milieux.

Lors de la campagne électorale provinciale de novembre 1998, la Coalition s'est jointe à la Fédération des femmes du Québec pour rencontrer les chefs des partis québécois et libéral, afin d'obtenir des engagements en ce qui a trait à la conciliation travail famille. Plus particulièrement, nous avons revendiqué une modification aux normes du travail afin d'y inclure des congés sociaux pour soins aux proches.

En février 1999, la Coalition a sollicité des rencontres avec les ministres de la Santé et des Services sociaux, Pauline Marois, du Travail, Diane Lemieux et la responsable de la Condition féminine, Linda Goupil. L'objectif de ces rencontres est de leur faire part des impacts de la transformation du réseau sur les femmes ainsi que des nombreuses solutions envisagées par la Coalition. Nous n'avons pas encore rencontré les ministres. Cependant, nous avons rencontré Pauline Gingras, attachée politique de Mme Goupil et Lise Leduc, adjointe parlementaire de Mme Marois.

La Coalition a également réalisé une tournée de forums interrégionaux à travers le Québec. Ces sessions de travail avaient pour but de présenter les travaux de la Coalition, de faire connaître les impacts négatifs du virage ambulatoire pour les femmes, de prioriser des revendications et de développer des stratégies afin d'obtenir des gains favorables aux femmes. L'R des centres de femmes a coordonné et réalisé ce projet et la Fédération du Québec pour le planning des naissances y a participé activement. Sept sessions ont été réalisées (Alma, Baie-Comeau, Matane, Longueuil, Rouyn-Noranda, Montréal et Québec). Le rapport synthèse des forums sera disponible bientôt et le Sans Préjudice vous tiendra au courant des actions initiées dans les différentes régions.

Aucune mesure n'a encore été mise de l'avant par les ministères concernés pour réduire l'impact négatif du virage ambulatoire sur la vie des femmes. L'inertie des décideurs face à nos revendications est choquante. Nous devrons y répondre par une large mobilisation. Les forums interrégionaux sont très encourageants à ce propos et des solidarités émergent, au-delà des intérêts sectoriels. La Coalition féministe pour une transformation du système de santé et des services sociaux est donc là pour rester !

Vous pouvez appuyer les revendications de la Coalition en participant à la campagne de cartes postales Attention ! Virage dangereux pour la santé des femmes. Par ce moyen, nous espérons recevoir l'appui d'environ 10 000 femmes au Québec.

Isabelle Pepin
Coalition féministe pour une transformation du système de santé et des services sociaux

Centres péri ressources : Le Regroupement Naissance-Renaissance se retire

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 19, Automne 1999

Dans le Sans Préjudice, numéro 12, hiver 1997, nous vous annoncions l'implantation des centres péri ressources par le Regroupement Naissance-Renaissance. Aujourd'hui, nous lui redonnons la parole au moment où il se retire du projet.

En 1996, via le Sommet de l'économie et de l'emploi, le Regroupement Naissance-Renaissance, de concert avec le Chantier de l'économie sociale, s'engageait, à titre de promoteur, à développer 15 centres péri ressources, répartis dans les différentes régions du Québec et ceci, sur une période de trois ans. Dans l'esprit de l'application de la Politique de périnatalité de 1993, le projet des centres péri ressources visait à regrouper les services en pré, per et postnatal dans des entreprises d'économie sociale et à favoriser la continuité, la qualité et l'accessibilité de ceux-ci à l'ensemble des familles québécoises.

Théoriquement, le principe était bon, mais au fur et à mesure de l'évolution du dossier, des préoccupations venaient hanter la réflexion et les échanges entourant le projet.

Nos principales inquiétudes se situaient, tout d'abord, sur le plan de l'accessibilité des services. En effet, la tarification prévue dans les entreprises d'économie sociale pouvait constituer un frein à la dispensation de services accessibles et gratuits à toutes les familles, la nécessaire rentabilité de ces entreprises pouvant entraîner l'accès aux services à des familles ayant une capacité de payer, au détriment des familles plus pauvres.

D'autre part, la survie des entreprises après les trois années du projet ne nous apparaissait nullement assurée, certaines Régies régionales ayant déjà démontré une réticence à poursuivre le financement après l'expérimentation.

Au cours du développement du projet, le Regroupement Naissance-Renaissance a été confronté à un dilemme important : la vision communautaire des groupes membres du Regroupement face à la réalité entrepreneuriale de l'économie sociale.

À titre de promoteur, nous avions à cœur de faire une promotion éclairée des projets auprès des groupes intéressés en identifiant les avantages, les inconvénients et les enjeux du développement de ces centres. Pour sa part, le Chantier de l'économie sociale, par son mandat, travaillait à implanter le plus rapidement possible les centres péri ressources à travers le Québec pour que les 15 centres voient le jour dans les délais prescrits.

En cours de route, plusieurs événements nous démontraient que le Regroupement n'était pas perçu ni considéré comme un partenaire ayant un rôle constructif dans le dossier des centres péri ressources. Des rencontres étaient initiées sans que le Regroupement n'en soit informé et les préoccupations soulevées par le Regroupement semblaient ralentir la cadence, voire même freiner le développement des entreprises. Les efforts investis à vouloir établir des liens de concertation et de collaboration plus harmonieux, surtout entre le Regroupement Naissance-Renaissance et le Chantier de l'économie sociale furent vains.

À la suite d'une réflexion ardue et d'une longue analyse de la situation et à la demande du Réseau d'entraide des centres péri ressources, réseau formé au printemps 1999 et composé des groupes implantés à ce jour ou en voie d'implantation comme centres péri ressources, le Regroupement Naissance-Renaissance décidait de passer le relais de la promotion au Réseau d'entraide des centres péri ressources.

Malgré notre retrait à titre de promoteur du projet des centres péri ressources, il nous apparaît essentiel de réaffirmer le fait que le Regroupement demeure, par sa mission et son engagement auprès des femmes et des familles en période périnatale, le ferme défenseur de l'humanisation de la naissance et des services en périnatalité.

Nous continuons de croire à l'importance de la mise en place de ressources afin d'apporter un soutien aux familles lors de la période de la grossesse, de la naissance et des premiers mois de la vie. Nous continuons également de croire à l'importance d'offrir des services gratuits, accessibles et adaptés aux besoins des femmes et des familles du Québec.

Line Lévesque
Regroupement Naissance-Renaissance

Double reconnaissance pour les sages-femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 19, Automne 1999

Les sages-femmes ont maintenant leur pleine reconnaissance légale ! Le 17 juin dernier, l'Assemblée nationale du Québec adoptait le projet de loi 28, Loi sur les sages-femmes. Ce fut un moment historique pour les femmes et les sages-femmes qui luttaient depuis plus de 20 ans pour la reconnaissance officielle de cette profession.

Cette loi permet la constitution d'un ordre professionnel autonome. Le Bureau, nommé cet été, est constitué de six sages-femmes et de deux représentantes du public et a débuté ses activités le 24 septembre dernier.

Une nouvelle formation
La formation universitaire débute également cette année. Seize étudiantes ont été choisies afin d'amorcer un programme de quatre ans à l'Université du Québec à Trois-Rivières. C'est un grand défi puisque la croissance et l'évolution de la profession dépendent en grande partie de la transmission des savoirs, élément essentiel à la pratique des sages-femmes.

Une pratique intégrée à la communauté
La loi constituant l'Ordre professionnel des sages-femmes prévoit aussi que les sages-femmes concluront un contrat de services avec un établissement qui exploite un Centre local de services communautaires (CLSC). La pratique des sages-femmes permettra aux communautés de reprendre en main des soins qui se retrouvaient en grande partie dans les hôpitaux. Leur pratique consistera à offrir aux femmes qui le désirent les soins et les services professionnels requis pendant la grossesse, le travail et l'accouchement ainsi qu'à leurs enfants pour la période postnatale.

Une pratique basée sur le respect des femmes
Les principes qui nous guident depuis quinze ans continueront d'être le point central de notre pratique. Ce sont : Respect et confiance dans le processus physiologique de la grossesse et de l'accouchement ; Confiance dans la compétence et l'autonomie des femmes ; Continuité des soins ; Relation personnelle et égalitaire.

Les sages-femmes pourront accompagner les femmes et leurs familles dans les maisons de naissance, les hôpitaux et prochainement à leur domicile. Les sages-femmes permettent ainsi aux femmes de reprendre du pouvoir sur cet événement si personnel et si intime.

Une reconnaissance internationale
Une deuxième reconnaissance à souligner se situe au plan international. La Confédération internationale des sages-femmes vient d'accepter le Regroupement Les Sages-femmes du Québec à titre de membre. À l'aube de l'an 2000, on ne peut que souhaiter une plus grande intégration de la pratique sage-femme dans le réseau de la santé dans un esprit de collaboration et ce, pour le plus grand bien des femmes et des familles du Québec.

Lucie Hamelin
Regroupement Les Sages-Femmes du Québec

La cour suprême a tranché

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 19, Automne 1999

Voici une suite à l'article «La mère ou l'enfant» publié dans le Sans Préjudice #17 - Hiver 1999.

Le jugement de la Cour suprême du Canada dans la poursuite déposée, au Nouveau-Brunswick, par un enfant contre sa mère, pour les dommages subis en tant que fœtus lors d'un accident d'automobile, vient confirmer le droit actuel : un enfant ne peut poursuivre sa mère pour des dommages causés durant la grossesse.

Le grand-père maternel avait intenté une poursuite au nom de l'enfant afin d'obtenir une indemnisation de la compagnie d'assurances pour lui assurer les soins nécessaires à sa condition. Celui-ci, né prématuré par césarienne au moment de l'accident, souffre de paralysie cérébrale.

En première instance et en appel, les tribunaux du Nouveau-Brunswick avaient estimé que l'enfant pouvait intenter une poursuite contre sa mère. Mais la Cour suprême en a décidé autrement, le 9 juillet dernier.

Les cours du Nouveau-Brunswick avaient jugé en faveur de l'enfant en se fondant sur les arguments suivants : - Les enfants canadiens peuvent intenter des poursuites contre leurs parents ; - Le fœtus, une fois né et vivant, peut poursuivre une tierce personne pour des blessures subies dans le sein maternel.

Dans son jugement, la Cour suprême rejette ces arguments, car la mère ne peut être identifiée à une tierce personne, le fœtus étant lié à elle constamment. Dans le cas contraire, une mère pourrait être tenue responsable de négligence pour avoir fumé ou fait du sport. Cela serait une atteinte démesurée à l'intégrité physique des femmes de même qu'à leur droit à la vie privée et à l'autonomie. Pour la Cour suprême, c'est au législateur et non aux tribunaux de modifier les lois pour protéger le fœtus en cas d'accident de voiture.

Ce jugement vient repréciser le droit du fœtus et de la mère, mais n'empêchera sans doute pas d'autres cas d'être portés devant les tribunaux. Il est important de demeurer vigilantes pour éviter de faire porter aux femmes enceintes les manques ou les incohérences du système de santé ou social.

La compagnie d'assurances, quant à elle, avait pris entente la veille du jugement sur un montant minimal et maximal à être payé à l'enfant à la suite du jugement. Le montant qu'il recevra est cependant moindre que s'il avait gagné sa cause.

Hélène Cornellier

La médecine douce : des recettes pour mieux vivre

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 19, Automne 1999

La publication d'articles sur la santé des femmes dans des revues alternatives attire toujours mon attention. En tant que thérapeute en médecine douce et militante au sein du mouvement pour la santé des femmes, je me réjouis de toutes parutions faisant le pont entre ces deux mondes. Ainsi, j'ai lu avec intérêt l'article " Médecine de femme : Autour des seins " écrit par la naturopathe Mona Hébert et publié dans la revue Guide Ressources en avril dernier.

Mona Hébert y décrit bien la relation complexe avec nos seins et nous encourage à les respecter et à en prendre soin au quotidien. Cependant, elle propose des listes d'épicerie à titre de solutions et nous laisse sur notre faim en ce qui concerne les actions à prendre.

La sombre réalité du cancer du sein
Comme Mme Hébert l'indique, le cancer du sein " est partout autour de nous, comme une épidémie ". Selon Statistique Canada, une femme sur huit aura le cancer du sein et ce chiffre est à la hausse. Aux États-Unis, le Dr Samuel Epstein, médecin en santé publique, affirme que l'augmentation des cas de cancer du sein est étroitement liée aux produits chimiques, notamment les organochlorés présents dans notre environnement et notre alimentation. Mme Hébert semble être d'accord avec cette analyse puisqu'on trouve les produits chimiques à base de chlore comme les pesticides, les papiers blanchis et l'eau chlorée, sur sa liste de produits à éviter.

La réalité devient plus sombre lorsqu'on connaît la position de la Société canadienne du cancer et des gouvernements qui affirment que le cancer ne peut pas être prévenu, affectant les personnes au hasard. Pour ces organismes, peu de chose reste à faire à part la recherche de thérapies radicales pour vaincre le cancer.

Action collective versus action individuelle
Courageusement, Mme Hébert prend position contre " l'establishment " du cancer en parlant de la prévention du cancer. Cependant, elle appelle les actions préventives " de simples modifications dans nos comportements ". Voici le début de notre désaccord. D'abord, modifier des comportements individuels n'est pas une chose simple et ensuite, il y a une limite aux résultats que l'on peut obtenir en travaillant uniquement sur des comportements individuels.

En ce qui a trait aux " simples modifications dans nos comportements ", prenons l'exemple de la cigarette. Le mouvement des femmes lutte constamment pour faire comprendre en quoi les particularités de la vie des femmes contribuent aux difficultés rencontrées pour arrêter de fumer. En effet, les femmes affrontent des difficultés économiques, assument de multiples responsabilités et vivent souvent dans l'isolement. Tout cela, en plus des effets pervers de la dépendance physique à la nicotine. Pour beaucoup de femmes, allumer une cigarette constitue le seul moment de pause ; l'éteindre " une fois pour toute " demeure donc un défi que très peu de femmes réussissent.

D'un autre côté, les problèmes ne seront pas réglés dans leur ensemble tant que nos gouvernements n'oseront pas réglementer les compagnies multinationales productrices de produits chimiques. Par contre, pour Mme Hébert, la responsabilité demeure individuelle, par exemple; se procurer du papier de toilette, des tampons et des serviettes sanitaires non blanchis au chlore. Non seulement ces produits ne sont pas accessibles à toutes les bourses, mais ils sont difficilement disponibles dans les magasins courants. Des actions collectives sont donc nécessaires afin d'exiger des gouvernements l'amélioration et l'implantation de lois pour la protection de la santé et le retrait des produits nuisibles à la santé des femmes.

Au-delà des tampons et du papier de toilette, un problème existe aussi au niveau du chlore et des polluants organiques dans l'eau des robinets. Ces constituants sont aussi cancérigènes. Que faisons-nous pour demander aux gouvernements locaux de rendre publique la liste des constituants de l'eau et pour exiger une meilleure élimination de ces solvants organiques ? À mon avis, l'action individuelle est importante, mais elle n'est certainement pas suffisante pour développer une vie plus saine pour toutes les femmes.

Se prendre en charge
L'argument repris ici, et souvent entendu dans les couloirs des médecines douces, est que chaque personne doit d'abord se prendre en charge. Je vois bien l'importance de cette notion, car la cliente joue un rôle central dans son processus de guérison, la thérapeute étant seulement un élément d'appui. Mais, en même temps, le mouvement des femmes m'a enseigné que se prendre en charge n'est possible qu'en bonne compagnie. D'où l'importance des groupes de femmes, des groupes d'entraide ou encore de l'accompagnement d'une femme ayant déjà vécu la même expérience. Avec l'appui des autres femmes, nous sommes mieux équipées pour changer notre style de vie, arrêter de fumer, améliorer notre alimentation et trouver des solutions alternatives aux médicaments.

Les thérapies alternatives et complémentaires
La recette pour mieux vivre de Mme Hébert inclut également une longue liste de plantes médicinales et autres suppléments. Cependant, leurs effets bénéfiques sur la prévention du cancer du sein ne sont pas clairement démontrés. Les femmes doivent-elles conclure qu'il leur faut prendre toutes les plantes citées pour éviter le cancer ? Bien que les recherches sur les thérapies alternatives et complémentaires commencent à retenir l'attention du public, les subventions nécessaires pour effectuer de telles recherches demeurent très maigres aux États-Unis et encore plus au Canada. Voici encore une autre occasion pour des actions collectives. À mon avis, la santé des femmes nous concerne toutes et tous, elle est donc politique !

Carla Marcelis

Législation de la pratique sage-femme

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 19, Automne 1999

Enfin... depuis le 24 septembre 1999, la profession sage-femme est légalement reconnue au Québec. Le Regroupement Naissance-Renaissance, porte-parole de la Coalition pour la pratique sage-femme et représentant officiel des usagères, récolte le fruit d'une longue lutte pour la reconnaissance de la profession construite autour de l'affirmation du processus naturel de la maternité et du droit fondamental des femmes et des familles de choisir le lieu de naissance de leur enfant soit le centre hospitalier, la maison de naissance ou le domicile.

Le domicile comme lieu de pratique
La loi pour la pratique sage-femme, la loi 28, comporte une lacune importante puisque le domicile ne sera pas reconnu comme lieu de pratique tant et aussi longtemps qu'un règlement sur l'accouchement à domicile ne sera pas rédigé par l'Ordre des sages-femmes du Québec pour ensuite être déposé et adopté par l'Assemblée nationale du Québec. Ce processus peut s'étendre sur une période allant de quelques mois à quelques années.

À la veille de la légalisation, le 23 septembre dernier, environ 300 personnes, des femmes, des hommes et des enfants, venues de différentes régions du Québec, se sont rassemblées et ont marché dans les rues du Vieux-Montréal. L'activité visait à souligner l'entrée en vigueur de la loi et à insister sur l'importance de reconnaître rapidement le domicile comme lieu de pratique de la profession sage-femme, au même titre que la maison de naissance et le centre hospitalier.

Nos demandes
Deux demandes principales ont été formulées: - Que l'Ordre des sages-femmes procède, dans les meilleurs délais, à la conception, à la rédaction et à l'adoption d'un règlement concernant les normes de pratique lors de l'accouchement à domicile. - Que, dès réception de ce règlement, la ministre de la Justice du Québec, responsable de l'application des lois professionnelles, le présente pour adoption immédiate par l'Assemblée nationale du Québec.

Il s'agit d'un enjeu important pour les femmes et les familles puisqu'à l'heure actuelle certaines femmes continuent d'accoucher à domicile, avec l'assistance qu'elles peuvent trouver.

Autres enjeux importants
D'autres enjeux sont associés à la reconnaissance légale de la profession sage-femme. Le Regroupement Naissance-Renaissance, voix officielle des usagères de services sages-femmes, entend demeurer vigilant quant à l'intégration des sages-femmes dans le réseau de la santé et au développement de la pratique sage-femme à l'image des demandes traditionnelles des femmes et des familles du Québec. Le Regroupement verra à déléguer des représentantes d'usagères sur toutes les instances où ces dernières pourront être entendues.

D'autre part, la formation en pratique sage-femme, dispensée par l'Université du Québec à Trois-Rivières depuis septembre dernier, représente l'avenir en ce qui a trait à la relève sage-femme au Québec. Une représentante des usagères siège au comité d'implantation du programme afin de s'assurer que les orientations qui seront prises rejoindront les préoccupations et répondront aux besoins des usagères de services sages-femmes.

Né du mouvement d'humanisation de la naissance et toujours présent au cœur des luttes qui ont donné naissance, après plus de vingt ans, à la reconnaissance légale de la profession sage-femme au Québec, le Regroupement Naissance-Renaissance considère importantes et déterminantes les 20 prochaines années qui façonneront cette profession nouvellement reconnue.

Line Lévesque
Regroupement Naissance-Renaissance

Les membres de la Coalition pour la pratique sage-femme: * Regroupement Naissance-Renaissance * Regroupement Les Sages-Femmes du Québec * Regroupement des maisons de naissance du Québec * Fédération des unions de familles * Cercle des fermières * AFÉAS (Association féminine d'éducation et d'action sociale) * Réseau québécois d'action pour la santé des femmes * Fédération des femmes du Québec * Association pour la santé publique * Association des CLSC et des CHSLD du Québec * Fédération du Québec pour le planning des naissances * L'R des centres de femmes du Québec

Coordonnées de l'Ordre professionnel des sages-femmes du Québec : 430 rue Ste-Hélène Montréal, Québec, H2Y 2K7 Téléphone : (514) 286-1313

Le risque de vivre

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 19, Automne 1999

En rémission d'un cancer du sein depuis six ans, ma première réaction à l'annonce du projet de recherche STAR visant à comparer deux médicaments (tamoxiphène et raloxiphène) pour prévenir cette maladie fut la suivante : comment peut-on prévenir le cancer du sein quand on n'en connaît pas encore la ou les causes ?

Je m'inquiète également de la tendance à vouloir associer la prise de médicaments au maintien de la santé. Pourquoi en arrive-t-on à prescrire pendant cinq ans deux médicaments aux sérieux effets secondaires (possibilité de thrombose, d'embolie pulmonaire, de cancer de l'endomètre) à des femmes saines " au cas où " elles pourraient développer cette maladie ? À mon avis, un médicament, ce n'est ni un bonbon, ni une vitamine : c'est une drogue.

N'est-il pas plus facile et moins dérangeant pour l'industrie et l'économie d'utiliser le corps des femmes comme laboratoire au lieu de questionner, entre autres, le rôle des multiples polluants déversés dans l'eau et l'air, la présence d'hormones de croissance dans l'alimentation d'animaux d'élevage et de pesticides répandus sur nos cultures dans le développement des cellules cancéreuses ? On peut facilement envisager les profits possibles pour les fabricants pharmaceutiques compte tenu que le simple fait d'avoir des seins rend toutes les femmes à risque de développer un cancer du sein.

Je n'accepte pas qu'un chef de département de chirurgie affirme aux femmes que manger de la salade et faire de l'exercice n'est pas suffisant et qu'elles doivent maintenant envisager prendre des médicaments pour assurer leur santé. Je suis également bouleversée qu'on fasse appel aux femmes pour participer à des recherches en misant sur leur peur de la maladie et sur leur générosité pour aider la science. Quand va-t-on cesser ces pratiques manipulatrices ?

Je me souviens du temps, pas si lointain, où l'on prescrivait massivement du Valium aux femmes déprimées plutôt que de remettre en question leur isolement et leurs conditions de vie. Que dire aussi de la difficulté d'intégrer la pratique des sages-femmes à l'acte naturel de l'accouchement ? Et de la surmédicalisation de cette étape de vie qu'est la ménopause ? En m'inspirant de Simone de Beauvoir, je prétends que les femmes ne naissent pas malades, mais que toute leur vie, on les traite comme telles.

Denise Langlois
Action Cancer du Sein de Montréal

Pourquoi le dossier des sages-femmes préoccupe-t-il tant le Groupe MAMAN ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 19, Automne 1999

Parce que dans l'état actuel du système de santé québécois, les sages-femmes nous apparaissent comme des intervenantes de choix pour nous permettre de faire de nos accouchements des expériences heureuses et satisfaisantes.

La philosophie du Groupe MAMAN, Mouvement pour l'Autonomie dans la Maternité et pour l'Accouchement Naturel, est fondée sur la reconnaissance de la grossesse et de l'accouchement comme processus naturels et comme expériences appartenant avant tout aux femmes et aux familles.

Même si l'objet de notre Mouvement comprend plusieurs volets en lien avec la maternité et l'humanisation de la naissance, la promotion de la pratique des sages-femmes a été au coeur de nos activités depuis nos tous débuts en 1995. Pourquoi ? Parce que les valeurs sur lesquelles repose la pratique des sages-femmes sont pour nous garantes de progrès pour l'humanisation de la naissance et de l'accouchement. Parmi celles-ci, citons particulièrement la reconnaissance:

- de la pertinence d'établir avec la femme enceinte une relation personnelle et égalitaire, ouverte à ses besoins multidimensionnels; - du besoin des femmes d'obtenir des soins et des services continus; - de l'importance de la promotion de la santé dans le cycle de la maternité (la pratique des sages-femmes se base sur la prévention et inclut un usage judicieux de la technologie);

- de la capacité des femmes à faire des choix quant aux soins et services qu'elles reçoivent et à la manière dont ils sont prodigués.

Les sages-femmes également : - respectent le droit des femmes de choisir le lieu de leur accouchement, y compris le domicile; - font confiance dans les capacités des femmes à mettre leurs enfants au monde par elles-mêmes; - respectent la diversité des besoins et la pluralité des significations personnelles que les femmes attribuent à la grossesse et à l'accouchement.

Au cours des dernières années, nous avons exercé des pressions politiques pour que soit adoptée une loi permanente sur les sages-femmes et nous avons veillé particulièrement à ce que la loi préserve la spécificité de ces professionnelles. La nouvelle loi sur les sages-femmes, adoptée le 17 juin dernier, n'est qu'une étape dans cette longue marche que nous avons entreprise. La promotion de l'accouchement à domicile et l'adoption par le gouvernement d'une réglementation, l'intégration des sages-femmes dans le système de santé, la préservation de la spécificité des maisons de naissance ainsi que la formation des sages-femmes (particulièrement les stages en milieu hospitalier) figurent parmi les questions qui retiendront le plus notre attention dans les prochaines années.

Andrée Rivard
Groupe MAMAN sociaux

Soins de santé sexuelle et reproductive reçus par les femmes arabes musulmanes au Québec

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 19, Automne 1999

Dans une recherche subventionnée par le Centre d'excellence pour la santé de femmes -Consortium Université de Montréal, nous avons demandé aux femmes immigrantes arabes musulmanes quelle était leur opinion sur la qualité des soins de santé sexuelle et reproductive reçus au Québec. Les participantes à cette étude qualitative ont été divisées en deux groupes selon leur origine géographique, soit le Maghreb situé en Afrique du Nord et le Machrek au Moyen-Orient.

Les dix participantes du Maghreb provenaient du Maroc (4), d'Algérie (4) et de Tunisie (2). Les six participantes du Machrek provenaient de Syrie (3), du Liban (2) et de Jordanie (1). Elles étaient au Québec depuis cinq ans ou moins, avaient entre 25 et 40 ans, étaient toutes mariées, mères pour la plupart de un ou deux enfants. Au plan éducation, cinq détenaient un niveau secondaire et 11 un niveau universitaire.

Choix d'une méthode contraceptive au Québec
Pour ces femmes, il n'y a pas eu de changement majeur dans le choix d'une méthode contraceptive après l'immigration. Actuellement, les méthodes les plus courantes sont le stérilet et le condom, parfois combinées avec des méthodes naturelles. Les gynécologues ou médecins de famille des participantes étaient autant des hommes que des femmes, avec cependant une nette prédominance de médecins canadiens (80 %).

Évaluation des soins de santé reçus au Québec
Les participantes des deux groupes ont démontré qu'elles étaient au courant de l'actuel débat au sujet du système des soins de santé au Québec. À la suite de leur expérience, elles ont fait état de leur mécontentement face aux services d'urgence, aux listes d'attente et au manque d'uniformité entre les différents services offerts par les CLSC. Elles ont mentionné aussi deux points positifs du système de santé; le soin universel et l'accent mis sur la prévention au niveau des CLSC. Les participantes ont parlé d'un besoin de soin de qualité plutôt que d'un " soin ethnique ".

Leur recherche pour les soins de santé sexuelle et reproductive est guidée par de multiples facteurs tels que l'âge, l'éducation, les croyances personnelles, les habitudes culturelles, etc. Pour consulter un bon spécialiste, comme un gynécologue, certaines participantes peuvent aller loin de leur domicile. Concernant les consultations sur la santé sexuelle et reproductive avec les médecins de famille ou les gynécologues, les femmes consultées dénoncent trois sujets de mécontentement : les consultations sont trop courtes ; les médecins ne sont pas suffisamment à l'écoute ; en raison de leurs expériences antérieures, les femmes ne font pas confiance aux médecins. Pour les participantes, le fait de voir le médecin seulement une fois par an devrait leur permettre d'avoir le temps de parler, de poser des questions et d'obtenir de l'information.

En ce qui a trait au travail des infirmières, les participantes des deux groupes ont particulièrement insisté sur l'importance des services fournis à la maison. Par contre, elles ont critiqué le manque de continuité entre les programmes. Par exemple, les participantes ont dit ne pas comprendre pourquoi un programme de visites à domicile pour les femmes enceintes n'a pas de suite après l'accouchement.

L'autre professionnel mentionné par les participantes comme un atout au système des soins de santé du Québec est le pharmacien. Celui-ci est facilement accessible. Son contact n'implique pas de bureaucratie et résulte d'ordinaire en une information précise.

Des moyens pour bien se comprendre
Un autre sujet discuté par les participantes a été la langue utilisée dans les services de santé. Il y a eu deux types différents de discours. Les participantes du Maghreb, qui parlent couramment français, ont suggéré que certaines activités d'éducation à la santé, comme l'enseignement de l'auto-examen des seins, pourraient être faites en arabe ou en français en présence de traductrices pour les femmes ayant une connaissance faible ou nulle du français ou de l'anglais. Les femmes du Machrek vivant des difficultés avec la langue française ont dit préférer leurs maris comme traducteurs quand il s'agit de discuter, pendant la consultation, de thèmes reliés à la sexualité. Si elles avaient à choisir entre une amie, leur mère ou leur mari, elles choisiraient leur mari du fait de l'intimité de leur relation tout en sachant que les professionnels de la santé considèrent cette situation comme un signe de soumission. Par ailleurs, considérant dans certains cas, que l'homme et la femme ont une connaissance limitée de la langue française ou que l'homme ne peut pas accompagner la femme, la présence d'une traductrice ou d'une amie devient une option.

Autres préoccupations
Comme cette recherche était de type participatif, les femmes ont eu l'occasion de présenter d'autres questions d'intérêt pour leur bien-être. Dans l'ensemble, les participantes se soucient d'opportunités de travail à temps plein, d'équivalences pour les titres académiques obtenus dans leur pays d'origine, de l'accès à des cours de français les préparant vraiment pour le monde du travail. Également, elles aimeraient voir diminuer les préjugés sur les Arabes dans la population canadienne et voir circuler une plus grande information sur la diversité et la richesse de la culture arabe.

Cette étude montre que la préoccupation de ces femmes face à la qualité des soins dépasse les questions culturelles et ethniques. Le fait de leur donner la parole, a permis d'identifier une préoccupation d'intégrer leur santé aux autres aspects de leur vie, par exemple la famille et le travail.

Denise Gastaldo, Université de Toronto
Jacqueline Lima, Université de Montréal
Fatima Chakir, Collectif des femmes immigrantes
Bilkis Vissandjée, Université de Montréal

Référence
Gastaldo, D.; Lima, J.; Chakir, F.; & Vissandjée, B. (1998). Final Report - Immigrant women, reproductive and sexual health and religion: How do Muslim immigrant women perceive the quality of health care they receive in Quebec? Montréal, Centre d'Excellence pour la Santé des Femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 20, Hiver 2000

Les effets pervers du Programme québécois de dépistage du cancer du sein

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Le PQDCS (Programme québécois de dépistage du cancer du sein) a démarré en 1998 dans la plupart des régions du Québec. Le programme a pour but de réduire de 25% le taux de mortalité par cancer du sein au Québec. Noble but, noble programme dont on compte déjà quelques bons coups, mais aussi les effets pervers qui se font sentir… et qui font réagir.

Selon le Bureau du cancer de Santé Canada, de toutes les tumeurs malignes, le cancer du sein est le plus souvent diagnostiqué chez les femmes de plus de 30 ans. Il représente 30% des nouveaux cas de cancer chaque année. Il est la deuxième cause de décès attribuable au cancer après le cancer du poumon.

En 1996, au Québec, on en a diagnostiqué 4 100 nouveaux cas. Cette même année, 1 450 femmes en sont mortes. Pour celles qui survivent, l'impact des mutilations et des traitements est majeur. De plus, cette maladie touche les femmes dans des périodes de leur vie où elles sont actives. Le cancer du sein représente donc un problème de santé publique considérable, d'autant que le nombre de nouveaux cas va en augmentant depuis 20 à 25 ans.

On ne connaît pas encore la ou les causes exactes du cancer du sein. Par contre, certains facteurs de risque y sont associés. Les plus importants sont l'âge et l'hérédité. Le pays d'origine représenterait également un facteur déterminant (Amérique du Nord, Europe de l'Ouest).

Les méthodes de dépistage
Actuellement, on connaît trois méthodes de dépistage : la mammographie (radiographie des seins), l'examen clinique des seins par une professionnelle ou un professionnel de la santé et l'auto-examen des seins.

Avec l'examen clinique et l'auto-examen, il est possible de déceler des tumeurs d'environ 1 cm. Parfois même, si elle est bien entraînée à la palpation, une personne peut détecter une tumeur de 0,5 à 1 cm. Mais, c'est la mammographie qui, pour le moment, est la méthode la plus efficace en matière de dépistage : elle permet la découverte de tumeurs de 0,3 à 0,4 cm.

Il est à noter qu'il y a très peu d'études sur l'efficacité de l'auto-examen et de l'examen clinique, alors qu'il y en a de nombreuses sur la mammographie. Cette situation semble tout à l'avantage des entreprises mettant en marché les mammographes. On peut se demander quelles sommes elles investissent dans ces recherches.

Le Programme québécois de dépistage du cancer du sein
En 1993 avait lieu, à Montréal, le premier Forum national sur le cancer du sein. Ce forum avait pour but de favoriser un plus large consensus sur les plans de la recherche, du dépistage et du traitement du cancer du sein. Les participantes et participants provenaient des milieux scientifiques de toutes les disciplines impliquées dans cette maladie, des groupes de femmes atteintes et d'activistes ainsi que des instances décisionnelles (responsables politiques et responsables de programmes gouvernementaux).

La participation des groupes de femmes atteintes et des activistes a eu un impact certain pendant ce forum. Leur présence sera dorénavant incontournable là où les décisions majeures les concernant peuvent être prises, comme par exemple, le PQDCS. Ces groupes ont exercé de fortes pressions sur le gouvernement québécois pour qu'il mette en place un programme de dépistage systématique. En 1998, le Québec était la dernière province à implanter un tel programme.

Donc, les femmes âgées de 50 à 69 ans reçoivent, depuis un an, une lettre de la Direction de la santé publique de leur région les invitant à passer une mammographie de dépistage tous les deux ans. Le PQDCS. a ceci de particulier qu'il va plus loin que le simple dépistage par mammographie, comme cela se fait dans les autres provinces. Au Québec, les examens complémentaires (échographies, biopsies, etc.) font partie intégrante du programme. En théorie, un délai de 10 jours au maximum entre la mammographie et les examens complémentaires est prévu.

Le PQDCS. assure la qualité des équipements et des équipes techniques, en plus d'offrir une formation continue aux intervenantes et intervenants. Un bon coup qui avantagera les femmes visées par le PQDCS.

Les effets pervers
Les femmes qui reçoivent, en bout de ligne, un diagnostic de cancer du sein seront prises en charge par le système actuel. Point final. Le P.Q.D.C.S. s'arrête au dépistage. Aucun lien, aucune coordination n'a été prévu avec les intervenantes et intervenants qui travaillent en oncologie. Malheureusement, ce programme a été élaboré sans vision réaliste des conséquences pour les femmes aux prises avec un diagnostic de cancer et pour les intervenantes et intervenants déjà débordés dans les départements d'oncologie.

Par ailleurs, les femmes de 40 à 49 ans qui avaient accès aux mammographies de dépistage avant le P.Q.D.C.S. n'y ont plus droit si leur cas ne correspond pas exactement à la définition de risque telle que stipulée dans le cadre de référence du Programme.

Attention : le dépistage systématique chez les 40-49 ans relève de l'école américaine. Les lobbies des médecins radiologistes et des compagnies mettant en marché les mammographes ont infiltré les groupes de femmes et de féministes pour les influencer afin qu'ils exercent des pressions pour obtenir le droit à la mammographie de dépistage. Or, on ne connaît pas, à l'heure actuelle, ce que représente réellement le danger des radiations émises par les mammographes, si minimes soient-elles, pour les femmes non ménopausées.

Pour les femmes de 40 à 49 ans, la définition de haut risque s'est restreinte avec le PQDCS. Par exemple, si une femme a eu un père ou un frère atteint du cancer du sein, selon le cadre de référence, elle n'est pas considérée à risque et ne peut obtenir une mammographie de dépistage gratuite. C'est la même situation si sa mère, sa sœur ou elle-même a eu un cancer des ovaires. Les médecins n'ont plus le droit de prescrire à ces patientes des mammographies de dépistage à moins qu'elles soient prêtes, quand elles le peuvent, à débourser entre 40$ et 110$.

Autre effet pervers du PQDCS : certains CDD offrent aux patientes de passer sur place et le jour même les examens complémentaires nécessaires, suite à un résultat anormal de la mammographie. Ces examens ne sont pas gratuits en clinique privée et leurs prix varient. Les radiologistes n'informent pas toujours leur patiente que ce service est offert gratuitement dans les CRID (Centres de référence et d'investigation désignés). De plus, ils jouent sur l'état de stress et d'anxiété dans lequel la patiente se trouve. Et effectivement, le besoin de savoir si on a le cancer ne souffre pas d'attente, même de 10 jours.

Certains médecins radiologistes pratiquent dans un hôpital et sont également propriétaires d'un CDD. Il s'agit, selon nous, d'un conflit d'intérêts, connu et toléré. Ces médecins ont tout intérêt à ce que les listes d'attentes pour des examens soient longues dans les hôpitaux pour assurer une forte clientèle à leur clinique privée. Nous assistons à un important glissement du public vers le privé et le ministère de la Santé et des Services sociaux ne semble pas s'en inquiéter.

Dans le privé, une femme peut obtenir un diagnostic rapide (parfois en moins de 2 jours). Elle profitera la plupart du temps d'un service attentionné et courtois. En milieu hospitalier, les délais sont plus longs, le personnel est débordé, ce qui déshumanise l'intervention auprès des patientes.

Certains effets pervers du Programme québécois de dépistage du cancer du sein mettent en lumière une forte tendance à la privatisation des services de santé. Le PQDCS. révèle également un manque de volonté politique pour assurer un leadership fort dans le dépistage du cancer du sein et la prise en charge des femmes atteintes.

Lucie Chauvette
Réseau québécois d'action pour la santé des femmes

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 20, Hiver 2000

Agir pour l'accès aux services de planning des naissances

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 20, Hiver 2000

Dans la tourmente de la réforme des services publics de santé et de services sociaux et du déficit zéro, les services de planning des naissances en C.L.S.C. et en centre hospitalier (C.H.) ont subi de multiples transformations. À la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN)*, les modifications considérables des services offerts par les établissements de santé ont eu comme impact : un nombre grandissant de demandes d'information et de référence ainsi que des demandes d'appui de la part de femmes et de groupes de femmes de diverses régions afin de maintenir la clinique de planning d'un C.L.S.C. ou d'un C.H.

Pour faire le point sur la situation des services de planning des naissances, la FQPN a entrepris en janvier 1999, grâce à l'apport financier du Programme promotion de la femme de Condition féminine Canada, une recherche/action sur l'accès aux services de planning dans les C.L.S.C. et les C.H. au Québec. Celle-ci a pour objectif de : · réaliser un portrait des services de planning offerts (contraception, méthodes d'urgence, avortement et stérilisation) par les C.L.S.C. et les C.H. dans chaque région; · réaliser un portrait du taux de satisfaction des femmes et identifier leurs besoins face à ces services; · identifier les obstacles à la mise en oeuvre des orientations ministérielles de 1996, dégager des stratégies d'action; · diffuser aux femmes et aux groupes de femmes les résultats de la recherche/action.

Au printemps 1999, un questionnaire portant sur l'organisation des services et sur les services offerts en planning des naissances a été envoyé dans 149 C.L.S.C. et 44 C.H.; 82% des C.L.S.C. et 64% des C.H. ont répondu. Pour compléter le portrait des services d'avortement, trois centres de santé des femmes et cinq cliniques médicales ont participé. Bien que l'analyse des résultats de notre recherche ne soit pas tout à fait complétée, des résultats préliminaires nous permettent déjà de tirer des conclusions peu réjouissantes.

L'accessibilité et la gratuité des services sont des principes difficilement respectés par les établissements du réseau de la santé et des services sociaux. Seules les clientèles jugées prioritaires, telles que les jeunes ou les femmes démunies, ont accès à des services dans tous les C.L.S.C. et les C.H.

La compilation des résultats nous montre que seulement 10% des C.L.S.C. offrent des services de planning des naissances à toute la population, 40% offrent leurs services aux jeunes et aux femmes démunies financièrement et 50% travaillent exclusivement avec les jeunes. Selon les C.L.S.C., jeune réfère aux personnes âgées de 12 à 18 ans, 12 à 20 ans ou 14 à 25 ans. Les femmes exclues par ces limites d'âge ont peut-être la chance d'avoir une clinique de planning des naissances dans leur C.H. mais seulement 60% de ces derniers disent offrir leurs services à toute la population. Pour les autres femmes, les médecins en clinique privée deviennent la seule source de services.

Une centaine de femmes des quatre coins du Québec ont participé à des " focus group " ou ont répondu à un questionnaire sur leur satisfaction et leurs besoins face aux services de planning des naissances : cette satisfaction est mitigée.

La moitié des répondantes se sont dites satisfaites des services de consultation sur la contraception. Elles se considèrent " chanceuses d'être tombées sur un ou une médecin ou encore un intervenant ou une intervenante qui a pris le temps d'expliquer et d'être à l'écoute ". L'autre moitié a rencontré divers obstacles qui vont de l'absence de services, la morale du ou de la médecin, le manque d'explications sur plusieurs méthodes et leurs effets, jusqu'à l'imposition d'une prescription malgré un refus répété de la femme. D'ailleurs, la recherche auprès des C.L.S.C. et des C.H. démontre que les trois méthodes de contraception les plus prescrites sont les contraceptifs oraux, le Depo-Provera et le condom masculin (pour la prévention des maladies transmissibles sexuellement). La présentation des huit autres méthodes varie énormément d'un établissement à l'autre.

Face aux services d'avortement, la satisfaction des femmes fluctue d'un établissement à l'autre. Le temps d'attente entre la prise de décision et l'avortement dans les ressources gratuites est particulièrement décrié (de 2 à 7 semaines). Lorsque l'avortement s'est déroulé dans un lieu physique différent de celui des chirurgies d'un jour (C.L.S.C., Centre de santé des femmes, clinique de planning des naissances d'un C.H. ayant son propre lieu physique ou clinique privée), le taux de satisfaction des femmes est plus élevé. L'écoute et le respect de tout le personnel sont particulièrement appréciés. Cependant, dans le contexte des chirurgies d'un jour, ou pour le test d'échographie de plus en plus souvent exigé avant l'avortement, les femmes ont été confrontées à du personnel non respectueux de leur choix et trop souvent moralisateur.

Les résultats préliminaires démontrent que les services de planning des naissances ne sont pas facilement accessibles et de moins en moins gratuits, surtout si les femmes veulent un service humanisé et respectueux de leurs choix. Les résultats finaux de la recherche/action entreprise par la FQPN seront disponibles en avril 2000 sous la forme de la trousse d'action Comment agir pour contrer les obstacles à la mise en oeuvre des orientations en planning. Nous vous tiendrons au courant!

Anne St-Cerny
Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN)

* La FQPN est un regroupement féministe d'éducation populaire et de défense de droits des femmes en santé, particulièrement reproductive et sexuelle. La FQPN favorise le libre choix de la maternité. Tout en offrant des services d'information et de référence, des ateliers et des outils d'éducation populaire, la FQPN travaille pour que toutes les femmes aient accès à des services de planning des naissances gratuits, humanisés et respectueux de leurs choix, dans leur région et localité.

Chronique internationale : La santé des femmes en Argentine : quelques enjeux importants

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 20, Hiver 2000

Compte-rendu d'un entretien avec Susana Ines Stilman de l'Institut social et politique de la femme à Buenos Aires, en Argentine. L'entretien s'est déroulé le 7 novembre 1999 à Montréal dans le cadre de la rencontre des déléguées internationales de la Marche des femmes.

L'Argentine est situé en Amérique du Sud et a des frontières communes avec le Chili, la Bolivie, le Paraguay, le Brésil et l'Uruguay. La population de l'Argentine s'élève à 34,6 millions d'habitants (données de 1995). La langue officielle du pays est l'espagnol.

L'Institut social et politique de la femme fait le suivi des engagements pris par le gouvernement argentin lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes de l'Organisation des Nations Unies tenue à Beijing en 1995. En matière de santé des femmes, l'Institut s'intéresse, entre autres, à l'amélioration des politiques gouvernementales liées aux droits reproductifs et sexuels des femmes.

Une des revendications majeures de l'Institut touche la décriminalisation de l'avortement. En effet, la loi interdit la pratique de l'avortement en Argentine. L'Institut évalue à environ 300 000 le nombre d'avortements clandestins pratiqués au pays chaque année. Les femmes qui ont les moyens de payer un prix très élevé peuvent avoir accès à un avortement pratiqué dans des conditions sécuritaires pour leur santé. Par contre, les femmes pauvres, très nombreuses en Argentine, subissent la plupart du temps leur avortement dans des conditions très difficiles. Cette situation a un effet négatif sur la santé des femmes pauvres. L'Institut estime que 30% des lits dans les départements gynécologiques des hôpitaux publics de Buenos Aires sont occupés par des femmes dont l'avortement clandestin a mal tourné. Mme Stilman ne connaît pas les statistiques officielles de mortalité chez ces femmes, mais elle croit que le nombre de décès est important.

Les femmes réclament la décriminalisation de l'avortement, l'accès libre et gratuit à des services d'avortement de qualité, l'accès à des informations claires et complètes en matière de contraception ainsi que l'accès au moyen de contraception qui leur convient le mieux.

L'Institut sonne également l'alarme devant la forte augmentation des cas d'infection au VIH chez les femmes. Les campagnes gouvernementales de prévention sont inefficaces et très peu d'énergie est investie pour freiner la progression de la maladie chez les femmes. L'Institut s'inquiète aussi du nombre élevé de femmes ayant des problèmes de santé importants causés par la violence conjugale qu'elles subissent.

Madame Stilman explique que l'état de santé des femmes est étroitement lié aux conditions économiques qui prévalent en Argentine. Au cours des dernières années, la pauvreté a augmenté de façon importante. Le gouvernement a procédé à toute une série de privatisations (téléphone, train, ligne aérienne, eau, gaz, pétrole) à des conditions fort peu avantageuses pour la population. En effet, les privatisations ont entraîné d'importantes pertes d'emplois, des réductions de services ainsi que des augmentations de tarifs. Les privatisations devaient contribuer à réduire la dette de l'Argentine qui a doublé depuis la vague de privatisations.

La qualité des services publics de santé se dégrade depuis quelques années. Le gouvernement a procédé à des coupures importantes dans les hôpitaux publics et la situation est très difficile : pénurie de médecins, manque de médicaments et de matériel, etc. Il y a moins de services alors que les besoins de la population augmentent. Madame Stilman explique que les hôpitaux publics sont aussi pauvres que la population qu'ils desservent. Les gens qui ont les moyens de payer pour se faire soigner vont dans les cliniques privées. Dans ces cliniques pour gens aisés, il n'y a pas de pénurie de médecins et les services sont de qualité.

L'Institut social et politique de la femme revendique l'annulation de la dette de l'Argentine, des réinvestissements dans le système public de soins de santé et l'accès à des emplois bien rémunérés pour les femmes.

La Marche mondiale des femmes de l'an 2000 est une importante manifestation de solidarité internationale et représente une bonne occasion pour les femmes de l'Argentine de faire entendre leurs revendications.

Isabelle Pepin
Réseau québécois d'action pour la santé des femmes

Le Programme québécois de dépistage du cancer du sein

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 20, Hiver 2000

Depuis la mise en place du Programme québécois de dépistage du cancer du sein, plusieurs questions ont surgi sur le choix de la population cible et sur l'accès aux mammographies dans certaines situations. Voici quelques éléments de réponse à ces questions.

Pourquoi cible-t-on les femmes de 50 à 69 ans pour le dépistage du cancer du sein?
Il s'agit du groupe d'âge pour lequel il y a un consensus sur l'efficacité du dépistage par mammographie répété aux deux ans. Cette mesure permet de détecter des cancers à un stade plus précoce que si on attendait qu'ils se manifestent cliniquement. Les chances de guérison sont alors meilleures et les traitements moins mutilants. Comme il n'y avait pas suffisamment de femmes qui se prêtaient à cette mesure préventive dans le passé, des efforts sont faits pour informer toutes les femmes de ce groupe d'âge et les inviter personnellement à s'y prévaloir dans un des centres de radiologie désignés à cet effet.

Bien que le risque de cancer du sein continue d'augmenter avec l'âge, on ne sait pas si cette mesure a encore un impact sur la mortalité après 70 ans. Il n'y a donc pas d'invitation systématique chez les femmes de plus de 69 ans, mais celles qui le désirentpeuvent continuer de passer une mammographie de dépistage tous les deux ans, sur référence de leur médecin.

Qu'arrive-t-il chez les femmes de moins de 50 ans?

Avant l'âge de 40 ans, le cancer du sein est relativement rare. Il n'y a pas lieu de rechercher activement la maladie chez ces femmes. Des exceptions existent toutefois dans certaines familles où plusieurs personnes ont été atteintes d'un cancer du sein ou de l'ovaire.

Chez les femmes de 40 à 49 ans, il y a encore une controverse importante par rapport à l'efficacité du dépistage par mammographie. Les bénéfices en termes d'impact sur la mortalité apparaissent moindres et plus tardifs que chez les femmes de 50 à 69 ans. Comme la maladie est moins fréquente dans ce groupe d'âge, le rapport entre les avantages et les inconvénients du dépistage est moins avantageux. La plupart des pays ou des autres provinces canadiennes ayant mis en place des programmes de dépistage du cancer du sein ont choisi de ne pas y inclure ce groupe d'âge.

Au Québec, le dépistage par mammographie demeure cependant une mesure couverte par la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ) dans le cas des femmes de 40 à 49 ans à risque. Ces femmes devront toutefois être référées par leur médecin.

La notion de facteur de risque important n'étant pas définie dans le règlement de la RAMQ, il y a plusieurs interprétations possibles quant aux femmes éligibles aux examens de dépistage. À certains endroits, des femmes ont dû défrayer les coûts de l'examen, parce que le Centre de dépistage désigné (CDD) n'acceptait comme facteur de risque que l'histoire familiale de cancer du sein chez la mère ou une sœur avant la ménopause, telle que définie dans un guide de pratique publié par le Collège des médecins du Québec. Dans d'autres CDD, les prescriptions médicales étaient toutes respectées, peu importent les indications. Des efforts sont actuellement faits pour clarifier auprès des CDD, des médecins et des femmes les conditions d'accès aux mammographies de dépistage chez les femmes de moins de 50 ans.

Qu'arrive-t-il lorsqu'une femme ressent des symptômes ou présente des signes anormaux dans les seins?
Aura-t-elle à payer son examen? Non, car il ne s'agit pas ici d'un examen de dépistage mais d'un examen de diagnostic et ce, peu importe son âge. C'est son médecin qui la guidera quant aux types d'examen requis dans sa situation et quant au lieu où passer ces examens. Quand une échographie est recommandée, il ne faut pas oublier qu'elle n'est assurée par la RAMQ que dans les centres hospitaliers, où les délais sont malheureusement souvent plus longs qu'en clinique privée de radiologie.

Avec l'implantation du Programme québécois de dépistage du cancer du sein, des Centres de référence pour investigation (CRID) ont été désignés dans toutes les régions pour faciliter l'accès aux services diagnostiques, en offrant la gamme complète des services sans frais et dans des délais raisonnables.

Après une mammographie de dépistage anormale, la plupart des femmes ressentent une anxiété importante. Il faut savoir toutefois que la majorité des lésions au sein décelées suite à un examen de dépistage, qu'elles soient palpables ou non, sont d'origine bénigne. S'il s'agit d'un cancer, on considère généralement qu'un délai de quelques semaines pour établir le diagnostic ne compromet pas les chances de guérison.

Patricia Goggin, M.D., M. Sc.
Direction de la santé publique Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre

Mammographies de dépistage : les femmes taxées encore une fois

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 20, Hiver 2000

Depuis plus de vingt ans, le ministère de la Santé et des Services sociaux fait la promotion de l'auto-examen des seins (dépliants, formations, ateliers de sensibilisation) auprès des femmes, des infirmières et des médecins de tous les milieux. Au moment où le gouvernement récolte les fruits de l'auto-dépistage précoce, il pénalise les femmes de moins de 50 ans qui se présentent avec une prescription médicale pour une mammographie de dépistage en leur imposant des frais de 55$ ou plus, à moins qu'elles ne soient reconnues comme étant à risque de développer un cancer du sein.

Cette nouvelle tarification découle de l'implantation du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS), de septembre 1998. Ce programme propose à toutes les femmes de plus de 50 ans un dépistage gratuit, qu'elles présentent ou non des facteurs de risque. Nous comprenons que la grande majorité des cas de cancer du sein est diagnostiquée chez des femmes de plus de 50 ans. Pourtant, nous constatons que chez les femmes de moins de 50 ans, au Canada, le nombre de cas de cancer du sein a augmenté entre 1969 et 1993, passant de 2156 cas à 3769 cas.

Après avoir fait ces constats, les membres de la Table de concertation de Laval en condition féminine ont lancé, en mai dernier, une pétition réclamant l'accès gratuit pour les femmes de moins de 50 ans à une mammographie de dépistage lorsqu'il y a prescription médicale et ce, sans égard aux facteurs de risque. Nous ne demandons pas le dépistage pour toutes les femmes, nous demandons la gratuité de l'examen lorsqu'il y a prescription médicale.

La Table a fait circuler cette pétition en région puis l'a expédiée à la fin septembre à madame Pauline Marois, ministre d'État à la Santé et aux Services sociaux. De nombreuses autres tables régionales de groupes de femmes se sont jointes à notre démarche en adressant une lettre à la ministre. Cette pétition veut dénoncer l'effet pervers du PQDCS : l'accès à une mammographie est gratuit pour les femmes de moins de 50 ans si, et seulement si, elles présentent des facteurs de risque tels que des antécédents familiaux.

L'adjointe parlementaire de la ministre, madame Lyse Leduc, nous a répondu : " Il faut tenir compte de la capacité de notre système de traiter l'ensemble des femmes qui pourrait avoir à se soumettre à un test de dépistage. " Cette réponse est loin d'être satisfaisante. Nous continuons à revendiquer des améliorations au PQDCS. Plus que jamais, l'accessibilité et la gratuité des services de santé sont menacées. Nous devons demeurer très vigilantes et dénoncer les dérapages du programme.

Table de concertation de Laval en condition féminine

Point de vue d'intervenantes en milieu ethnoculturel sur le Programme québécois de dépistage du cancer du sein

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 20, Hiver 2000

En tant qu'intervenantes impliquées dans le dépistage précoce du cancer du sein, nous désirons faire part de quelques commentaires et constats relatifs à ce nouveau programme.

À l'occasion de nos ateliers d'information organisés à l'intention des femmes des communautés ethnoculturelles, nous avons rencontré des femmes de diverses origines. Quand on les interroge sur leurs habitudes de dépistage, on constate que l'auto-examen des seins et l'examen clinique par le médecin sont rarement pratiqués.

Quant au PQDCS, il n'est pas davantage connu dans les communautés ethnoculturelles. Cependant, quand les femmes en prennent connaissance, elles manifestent un très grand intérêt et se montrent disposées à y participer. Elles jugent même trop longue la durée de deux ans entre deux mammographies. De plus, le fait de recevoir les résultats de la mammographie à la maison est vu comme un élément très positif du programme.

Parmi elles, certaines femmes âgées de moins de 40 ans avaient une sœur ou une mère atteinte ou décédée d'un cancer du sein. Nos ateliers ont eu pour effet de susciter chez elles encore plus d'angoisse : en plus de s'inquiéter de leur sœur ou de leur mère atteinte et restée au pays, elles apprenaient qu'elles risquaient de développer un cancer du sein. Elles prenaient également conscience que compte tenu de leur âge, elles n'étaient pas éligibles au PQDCS.

Lorsque ces femmes ne maîtrisent pas la langue ou ne sont pas familiarisées avec le système de santé, les difficultés qu'elles rencontrent sont énormes. Fort heureusement pour plusieurs d'entre elles, les centres communautaires ethnoculturels semblent être les lieux de prédilection pour briser leur isolement. Celles qui souffrent d'avoir une proche parente touchée par le cancer du sein y trouvent un formidable réconfort de la part des autres femmes de la communauté.

Le principal souci de l'Alliance des communautés culturelles pour l'égalité dans la santé et les services sociaux (ACCÉSSS) est le bien-être de ces femmes déjà fragilisées par le contexte migratoire. Si le travail d'ACCÉSSS en partenariat avec les institutions dans le cadre du PQDCS. a permis l'adaptation de plusieurs outils à la réalité et aux besoins de ces femmes, tant sur le plan du contenu que des traductions, l'expérience nous montre qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine.

Il nous semble donc indispensable de développer des modes de collaboration entre les différents partenaires impliqués dans ce dossier. Il faut notamment sensibiliser davantage d'intervenantes et d'intervenants du milieu à la réalité des femmes des communautés ethnoculturelles et promouvoir la formation interculturelle dans les instituts d'enseignement et les établissements du réseau de la santé et des services sociaux. Il faut également poursuivre le travail de vulgarisation et d'adaptation de l'information sur les méthodes de dépistage du cancer du sein à l'intention des femmes des communautés ethnoculturelles et favoriser l'utilisation d'interprètes culturels dans les établissements du réseau.

ACCÉSSS souhaite que des efforts soient déployés par le ministère de la Santé et des Services sociaux pour faire connaître aux femmes le Programme québécois de dépistage du cancer du sein et que cette information soit accessible aux femmes des communautés culturelles.

Karima Hallouche et Nancy William
Alliance des communautés culturelles pour l'égalité dans la santé et les services sociaux (ACCÉSSS)

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 21, Printemps 2000

Marchons pour la santé des femmes !

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

La Marche mondiale des femmes 2000 est un grand projet de solidarité qui vise l'amélioration des conditions de vie des femmes et l'élimination de toute forme de violence. Il existe des liens étroits entre l'ensemble des revendications de la Marche et l'amélioration de la santé des femmes car, la pauvreté et la violence dont sont victimes les femmes ont des répercussions directes sur leur santé physique et mentale. Ces liens sont d'ailleurs mis en relief dans la nouvelle grille féministe produite par le Réseau, Femmes, santé et pauvreté, qui sera bientôt disponible.

Le présent bulletin comporte un dossier sur la violence faite aux femmes composé d'un article proposant un modèle intégrateur des connaissances accumulées jusqu'à ce jour sur les facteurs associés à la violence et à la santé, d'un article faisant le point sur le discours émergeant de certains intervenants en violence conjugale. et finalement d'un article exposant le problème de la violence vécue par les infirmières dans les milieu de travail.

Ce dossier aurait pu être beaucoup plus volumineux! Il y a beaucoup à dire sur les liens entre la violence et la santé des femmes et nous aurions pu publier des articles touchant chacune des revendications de la Marche. Ce dossier n'est donc pas complet, mais il illustre l'importance de l'élimination de la violence pour l'amélioration de la santé des femmes. Il se veut une invitation à toutes celles qui ont à cœur la santé des femmes à participer activement aux actions organisées en lien avec la Marche dans chacune des régions du Québec d'ici au 17 octobre 2000.

Revendications québécoises pour contrer la violence faite aux femmes

1) Une grande campagne d'éducation et de sensibilisation sur dix ans, réalisée par les groupes féministes et financée par l'État, pour éliminer la violence faite aux femmes.
2) L'accès, gratuit et sans délai, pour toutes les femmes victimes de violence, à des ressources offrant de l'aide et des activités de prévention, de sensibilisation et de défense des droits.
3) Un meilleur soutien financier des maisons d'hébergement en milieu autochtone pour les femmes victimes de violence.
4) L'élimination de la discrimination à l'égard des lesbiennes dans les lois, règlements, politiques et services.
5) L'élimination de la discrimination et de la violence à l'égard des travailleuses du sexe, notamment dans leurs rapports aux services sociaux, judiciaires policiers et de santé.
6) La révision de l'ensemble des lois ayant trait à la violence faite aux femmes et la mise en application de ces lois afin d'assurer aux femmes le respect de leur droit à l'égalité, la sécurité, la dignité et la protection de leur vie privée.

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 21, Printemps 2000

Chronique internationale : Antidote Monde

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 21, Printemps 2000

Le programme Antidote a été conçu et réalisé par Nikole DuBois du Centre des femmes du Témiscouata, dans la région du Bas-Saint-Laurent. Depuis sa création, en 1990, ce programme a fait le tour du Québec, aidant des femmes de toutes les régions à retrouver leur autonomie et à s'impliquer activement dans leur milieu. Voici l'histoire d'un beau projet local qui a pris son envol et qui s'implante maintenant au niveau mondial.

Antidote, qu'est-ce que c'est?
Le programme Antidote s'inspire à la fois de la conscientisation, de l'intervention féministe et de l'approche créative. Ce programme aide d'abord les femmes à retrouver une véritable autonomie afin d'enrayer les discriminations faites à leur égard (violence, pauvreté, précarité, etc.). Il vise également l'implication des femmes dans la transformation de leur réalité sociale quotidienne. Il favorise le développement d'une employabilité qualitative et vise à rendre plus active une partie de la population de plus en plus exclue.

Nikole DuBois a élaboré un guide d'animation de nature pédagogique qui propose une démarche collective de conscientisation visant une plus grande autonomie personnelle, familiale et sociale chez les femmes et une implication active pour l'amélioration de leurs conditions de vie et le développement de leur milieu.

Des groupes de huit à dix femmes sont formés et les participantes se réunissent sur une base hebdomadaire pendant dix semaines. Les rencontres, d'une durée de trois heures, se déroulent en compagnie d'une animatrice formée à la démarche d'Antidote. Le guide d'animation comprend des tests, des exposés, des contes, des illustrations, des mises en situation, etc. Il s'agit de 525 pages d'antidotes aux conditionnements sociaux auxquels les femmes ont été exposées tout au long de leur vie.

Des effets bénéfiques
Une étude d'impact du programme Antidote a été réalisée, en collaboration avec la Régie régionale du Bas Saint-Laurent et l'Université du Québec à Rimouski. Cette étude a permis de mesurer la rentabilité sociale du programme Antidote sur la prévention en matière de santé des femmes, l'amélioration de leurs conditions de vie, leur autonomie et leur implication dans leur milieu. La chercheuse de l'UQAR, madame Micheline Bonneau, explique que : "Les femmes qui ont bénéficié du programme Antidote démontrent manifestement des perceptions et dispositions qui favorisent non seulement une meilleure santé mais également une vision plus globale et une prise en charge améliorée et plus autonome de celle-ci. La santé mentale des femmes " antidotées " apparaît moins fragile et un recul de l'incidence du suicide est flagrant chez plusieurs sujets : ces femmes semblent démontrer une meilleure connaissance et une maîtrise plus grande des moyens à leur portée pour conserver et protéger leur santé. " Le rapport complet de la recherche ou un résumé des points saillants peuvent être obtenus sur demande au Centre des Femmes du Témiscouata.

L'ouverture sur le monde
Autour du programme Antidote s'est édifiée une entreprise communautaire d'envergure internationale inscrite dans le développement d'une région. Il s'agit d'Antidote Monde, une Société d'éducation populaire du Témiscouata. Antidote Monde se veut une école populaire visant, par la formation d'éclaireuses-animatrices dans différents pays, un cheminement, un mieux-être et une conscientisation permettant aux femmes de tous les coins du monde d'atteindre une plus grande autonomie personnelle, sociale et économique.

Les objectifs du programme correspondant aux réalités des femmes du monde entier, Antidote s'envola, en 1992, pour le Sénégal. Par la suite, ses voyages le menèrent en France, au Portugal, en Finlande, au Pérou, au Lesotho, en Allemagne et en Grèce. Depuis, les éclaireuses du Témiscouata vont présenter le guide dans des colloques, forums et séminaires offerts par ces pays. Des sessions de sensibilisation et des formations sont également données afin de former et d'outiller d'autres éclaireuses à travers le monde. Le merveilleux de l'histoire est que tout se propage de bouche à oreille.

En Europe, la diffusion d'Antidote est maintenant assurée par le Collectif Picard formé du Centre de documentation information de la femme et de la famille de St-Quentin, du Groupe Femmes d'Étreillers et A.S.T.E.R (Actrices sociales des territoires européens ruraux).

En fonction de ses finances et des partenariats qu'il réussira à établir, Antidote mettra sur pied des projets à court, moyen et long termes qui répondront à l'expression des besoins des femmes. L'organisme adaptera ainsi son programme aux réalités des adolescentes, des lesbiennes, des femmes vieillissantes, des femmes handicapées et des femmes aux prises avec de multiples problèmes de dépendance.

Actuellement, plus de trois cents animatrices offrent le programme Antidote, principalement au Québec, mais aussi à travers le monde. Plus de quatre mille femmes sont maintenant " antidotées ", dont une femme sur dix au Témiscouata!

Manon Pérusse
Comité de rédaction du Sans préjudice

Femmes, violence et santé : une interrelation à comprendre

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 21, Printemps 2000

Le lien entre violence et santé est aujourd'hui largement reconnu et fait l'objet d'engagements et d'interventions concrètes dans la plupart des organisations concernées par la santé des populations. À titre d'exemple, rappelons que l'Organisation mondiale de la santé établissait, il y a quelques années, que la violence représentait l'un des principaux problèmes de santé publique dans le monde et que sa prévention figurait parmi les défis les plus importants de l'avenir. Cependant, malgré que ce lien ait été identifié, il n'a été que peu exploré, sinon en termes de conséquences.

Une démarche de recherche amorcée en 1997 nous a permis d'explorer l'interrelation entre la santé et la violence, particulièrement chez les femmes. Le présent article a pour objectif de présenter un des volets de cette recherche, soit la proposition d'un modèle qui intègre l'ensemble des facteurs influençant la santé et la violence, d'abord comme entités distinctes, puis sur le plan des multiples liens existant possiblement entre elles.

Que sait-on de l'interrelation entre la violence et la santé?
Des travaux recensés portant tant sur la violence que sur la santé des femmes, il est possible de dégager certains éléments permettant de comprendre l'interrelation entre les facteurs associés à la violence et ceux associés à la santé. Les voici :
(i) On se rend compte que, parmi les facteurs associés à la santé (les déterminants) et à la violence, plusieurs sont communs tels que le sexe, l'âge, les habitudes de vie, l'isolement, la pauvreté, les structures sociales, l'équité sociale, etc. La recherche démontre, par exemple, que le fait d'être femme expose davantage aux situations de violence, ainsi qu'à certains problèmes de santé.
(ii) Ces facteurs communs agissent parfois dans la même direction, parfois dans des directions opposées. Par exemple, la pauvreté est largement associée à un mauvais état de santé et multiplie aussi les risques qu'a un individu d'être exposé à la violence ou d'en être victime. L'âge, en contrepartie, agit souvent dans des directions opposées : alors que le jeune âge est généralement associé à un bon état de santé, il augmente concurremment les risques d'exposition à la violence.
(iii) L'interaction entre certains facteurs communs à la violence et à la santé peut s'avérer particulièrement complexe. L'isolement est un des facteurs qui illustrent la complexité de l'interrelation entre la santé et la violence chez les femmes. Les recherches dans les champs de la santé et de la violence démontrent, par exemple, que les personnes isolées sont plus exposées à des problèmes de santé et que les personnes malades sont plus isolées que les autres. On sait aussi que les personnes isolées sont plus souvent victimes de violence et que les femmes victimisées ont tendance à s'isoler socialement.

Ainsi, l'isolement peut agir comme facteur prédisposant à la violence et il peut être considéré comme une conséquence de cette dernière . Un même facteur peut donc prendre de multiples directions, d'où l'importance de faire reposer la compréhension de l'interrelation violence et santé sur un processus dynamique.

Présentation du modèle
(pour la figure, voir le format en PDF)

Le modèle présenté à la figure 1 permet, d'une part, de rendre compte de l'état des connaissances sur les facteurs associés à la violence et à la santé, en tant que champs d'étude distincts, et, d'autre part, des interrelations possibles entre les différentes catégories de facteurs en présence. Ce modèle part de la prémisse que la violence constitue un obstacle à la santé des femmes. Par ailleurs, voici comment s'articulent ses autres composantes:

1- La santé est déterminée par un ensemble de facteurs (illustrés par la case A du modèle), positifs ou négatifs (facteurs de protection ou de risque), qui sont interreliés. On nomme généralement ces facteurs " déterminants de la santé ". Il s'agit par exemple du sexe, de l'âge, des habitudes de vie, de l'estime de soi, du soutien social, de la pauvreté, de l'isolement social ou du contexte socio-économique.

2- La violence (B) est pour sa part associée à de nombreux facteurs qui la précèdent ou qui agissent en concomitance avec elle (C). Ce sont les facteurs associés à la violence. Ces facteurs, favorables ou défavorables et inter reliés, sont, entre autres, le sexe, l'âge, les habitudes de vie, l'estime de soi, le développement sain dans l'enfance, la pauvreté, l'isolement, le soutien social et le contexte socio-économique.

3- La violence (B) s'impose en obstacle à la santé des femmes.

4- Lorsque la personne est victime de violence, certains facteurs exercent un rôle " médiateur " (E) des effets de la violence en ce sens qu'ils accentuent ou diminuent l'impact de la violence sur l'état de santé (D). L'estime de soi, le soutien social, l'isolement, les normes et les valeurs sociales sont au nombre de ces facteurs.

5- La santé des femmes est donc, à l'origine, déterminée par un ensemble de facteurs interreliés. Lorsque les femmes sont victimes de violence, leur état de santé en est affecté. L'effet de cette violence est par ailleurs médiatisé par certains facteurs qui en accentuent ou en diminuent l'importance.

6- Comme il s'agit d'un processus dynamique (flèche G), les déterminants de la santé et les facteurs associés à la violence sont en constant mouvement. Les effets de la violence sur la santé peuvent, en retour, avoir une certaine répercussion sur les déterminants de la santé, de même que sur les facteurs associés à la violence. Par exemple, la violence vécue par une femme peut causer des problèmes de nature psychologique et entraîner des modifications des déterminants individuels de la santé.

Conclusion
Le modèle présenté à la figure 1 n'est pas un modèle explicatif mais un modèle intégrateur des connaissances accumulées jusqu'à ce jour sur les facteurs associés à la violence et à la santé ainsi que sur leur interrelation. Son principal apport est de rendre compte de la nature particulièrement complexe de ces liens. La reconnaissance de cette complexité est une invitation au développement de la recherche interdisciplinaire (ex. : service social, psychologie, médecine) et à l'élaboration d'interventions plus respectueuses de l'ensemble des éléments contextuels de la vie des femmes aux prises avec des problèmes de santé et/ou de violence.

Nathalie Jauvin, Université de Montréal
Michèle Clément, CLSC Haute-Ville, Centre affilié universitaire

2 A. RIOU, C. CHAMBERLAND, M. RINFRET-RAYNOR. (1996). Conduites à caractère violent à l'endroit des conjointes, dans Enquête sociale et de santé 1992-1993. Conduites à caractère violent dans la résolution de conflits entre proches, (sous la direction de C. Lavallée, M. Clarkson et L. Chénard). Gouvernement du Québec, Santé Québec, monographie no 2, 77-134.

L'implantation du Cadre de référence, la santé des femmes au Québec

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 21, Printemps 2000

Le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes a publié en juin 1999 le Cadre de référence, la santé des femmes au Québec. Ce document se veut un outil qui contribue à l'amélioration des politiques en santé des femmes et contient les préoccupations essentielles des femmes en matière de santé.

Le Cadre de référence est le fruit d'un important travail de collaboration avec des femmes de toutes les régions du Québec. En 1998, plus de 120 femmes ont participé à des consultations régionales et plus de 100 femmes ont répondu à l'appel d'un forum national. Plusieurs organismes féministes et syndicaux (à caractère national ou régional), des femmes des milieux de la santé (infirmières, médecins, praticiennes de médecines alternatives) ainsi que des femmes des milieux universitaire et gouvernemental ont contribué à cette démarche.

Suite à la publication du Cadre de référence, le Réseau en a entrepris la diffusion et la promotion. Le Cadre a été distribué à l'ensemble des membres du Réseau, aux différents regroupements provinciaux d'organismes communautaires, aux Tables régionales de groupes de femmes, à certains groupes locaux de femmes et aux comités de condition féminine des syndicats.

Le Réseau souhaite que le Cadre de référence favorise la participation des femmes à l'élaboration, la mise en œuvre et l'évaluation des services de santé qui leur sont destinés. Le Réseau a distribué le Cadre et sollicité des rencontres avec des ministres et des organismes ayant une influence sur les décisions touchant la santé des femmes. Lors de ces rencontres, les représentantes du Réseau explorent des pistes d'actions communes pouvant mener à l'amélioration des politiques en santé des femmes.

Jusqu'à maintenant des rencontres ont eu lieu avec madame Diane Lavallée, présidente du Conseil du statut de la femme, madame Pauline Gingras, directrice adjointe du cabinet de la ministres responsable de la Condition féminine, monsieur Réal Ménard et madame Caroline St-Hilaire, députés du Bloc québécois, madame Hélène Morais, présidente du Conseil de la santé et du bien-être et madame Diane Vallières et monsieur Paulin Dumas, respectivement présidente et vice-président exécutif de la Conférence des Régies régionales de la santé et des services sociaux. Des représentantes de la Condition féminine du ministère de la Santé et des Services sociaux et du Secrétariat à la condition féminine ont également été rencontrées. Dans les mois à venir, des rencontres sont prévues avec madame Pauline Marois, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, madame Hedy Fry, Secrétaire d'État à la condition féminine du Canada et madame Diane Ponée, directrice générale du Bureau pour la santé des femmes de Santé Canada.

Les membres relais, qui ont comme mandat de faciliter la circulation de l'information entre leur propre région et le Réseau, travaillent à la diffusion et à la promotion du Cadre de référence dans leurs régions respectives. Des activités permettant aux femmes de s'approprier le document et les revendications ont eu lieu dans les régions Côte-Nord, Centre-du-Québec, et Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. N'hésitez pas à utiliser le Cadre de référence pour appuyer vos revendications pour la santé des femmes auprès de la Régie régionale de votre région. Le Cadre de référence est maintenant disponible sur le site web du Réseau.

Isabelle Pépin
Réseau québécois d'action pour la santé des femmes

Les professionnelles de la santé sur appel, comment se portent-elles ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 21, Printemps 2000

La profession infirmière serait dangereuse pour la santé; paradoxal, mais néanmoins vrai pour la majorité des infirmières sur liste de rappel ayant participé à notre recherche. Parmi les 1 435 répondantes à notre questionnaire auto-administré, 56% éprouvaient un niveau élevé de détresse psychologique, comparativement à seulement 20% de la population féminine québécoise d'âge comparable (selon l'indice de santé mentale de l'étude de Santé Québec, 1992-1993). Résultat d'autant plus préoccupant que la détresse psychologique élevée s'observe également chez 41% des infirmières détenant un emploi stable à temps plein ou à mi-temps dans la région de Québec. Un sondage mené avant la restructuration du réseau de la santé révèle que seulement 28% des infirmières en 1994 (32% en 1995) étaient en état de détresse psychologique. Ces taux étaient comparables à celui (31%) d'un échantillon représentatif de travailleuses québécoises, selon les données de Santé-Québec 1992-1993. Cette détérioration graduelle du bien-être psychologique des infirmières (en particulier celles n'ayant pas de sécurité d'emploi), en conjonction avec l'implantation progressive de la réforme en santé, est pour le moins inquiétante et mérite que l'on s'y arrête. Comment se fait-il que ces professionnelles, formées à soigner et à faire la promotion de la santé, soient-elles maintenant au bord du gouffre?

Ces dernières années, le discours officiel martèle le même message, c'est-à-dire la nécessité de réduire les dépenses publiques par, entre autres mesures concrètes, des fermetures d'hôpitaux et des coupures de postes dans le réseau de la santé. Aux mesures économiques s'ajoutent les effets du virage ambulatoire négocié par le réseau entier sous la houlette du ministre de la Santé d'alors, Dr Rochon. Au nom de l'efficience économique et du retour au milieu naturel, le système de la santé a vécu une révolution au cours de laquelle les infirmières étaient en première ligne. Lors d'une récente table ronde portant sur les effets du virage ambulatoire sur le réseau formel et informel de la santé, madame Sylvie Boulanger, vice-présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), tout en soutenant la réforme, en déplore le rythme accéléré. Elle fait la remarque suivante :

"..alors que généralement dans une réforme, dans une transformation, il faut à un moment donné, donner un coup de barre, pour faire en sorte que les choses changent, là c'était pas un coup de barre, c'était des coups de machette, carrément, dans l'ensemble du réseau de la santé."

Le contexte de crise aggrave la détérioration des conditions de travail et favorise le développement d'emplois précaires dans le milieu de la santé. D'après l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (O.I.I.Q.), le personnel infirmier sur liste de rappel a pratiquement doublé de 1994 à 1999, passant de 5455 à 9754 membres (de 8,5 à 16%). Qu'est-ce que cela a pour conséquence sur l'état de santé de ce groupe croissant de travailleuses? C'est ce que nous voulions découvrir grâce à notre recherche.

En avril 1997, nous avons posté un questionnaire auto-administré au domicile des 3527 infirmières sur liste de rappel, membres de l'O.I.I.Q. Les critères de sélection étaient d'être: 1) une travailleuse temporaire occasionnelle; 2) du sexe féminin; 3) francophone; 4) âgée de 64 ans ou moins; 5) résidante de l'une des quatre régions suivantes : Montréal-Laval, Québec, Mauricie/Centre du Québec et Chaudière-Appalaches. Nous avons eu un retour de 47% des questionnaires et un échantillon final de 1435 infirmières répondant à nos critères de sélection. La répartition selon les quatre régions ciblées (rurale, semi-rurale et urbaine) est la suivante: Montréal-Laval 34%, Québec 27%, Mauricie/Centre du Québec 22%, Chaudière-Appalaches 17%.

Le portrait de groupe de nos répondantes sélectionnées nous a étonnés. Contrairement à nos attentes, les répondantes ne sont pas novices dans leur profession. Elles ont en moyenne 35 ans et 40% d'entre elles ont 36 ans ou plus. Elles possèdent neuf ans d'expérience en moyenne dans le métier. Plus étonnant encore, le tiers d'entre elles détient un diplôme universitaire en sciences infirmières. La majorité vit en couple (77%), avec des dépendants (55%), généralement des enfants de moins de 18 ans. En deux mots, les infirmières sur appel de notre étude sont des professionnelles d'expérience, aux responsabilités familiales importantes et à la santé mentale souvent fragile. Naturellement, notre recherche n'apporte qu'un instantané de la situation et ne permet pas de tirer des conclusions de cause à effet. Est-ce que les conditions de travail ont déclenché ou simplement aggravé le désarroi psychologique chez les répondantes? Ou bien n'ont-elles rien à voir avec la situation? Seule une recherche à long terme répondrait à ces questions de façon précise. Toutefois, quelques pistes s'ouvrent lorsque les participantes nous font part de leurs sources de stress.

Le peu d'espoir qu'elles ont de stabiliser leur situation professionnelle dans un proche avenir mine 75% des répondantes; 67% d'entre elles souffrent de leurs horaires de travail variables et imprévisibles; 37% se plaignent de leur charge de travail. Sur le plan personnel, 41% s'inquiètent de leur situation financière, 37%, des contraintes de temps auxquelles elles font face et 20 %, de leurs responsabilités liées au foyer.

Dans un prochain article, une prise de vue plus intimiste des groupes témoins clarifiera les enjeux et obstacles auxquels sont confrontées ces travailleuses sur liste de rappel ainsi que les recommandations mises de l'avant pour atténuer les effets néfastes de la restructuration du réseau sur leurs conditions de travail.

Pour plus d'informations sur cette recherche : PÉRODEAU et al. Stratégies d'adaptation psychosociales de femmes ayant des dépendants et vivant la précarité occupationnelle et financière, 1999. Conseil de recherche en sciences humaines du Canada. Les autres références concernant cet article sont disponibles au Réseau.

Guilhème Pérodeau, Université du Québec à Hull
André Duquette, Université de Montréal
Diane Bernier, Université de Montréal
Chantal St-Pierre, Université du Québec à Hull
Lorraine Brissette, CLSC Pierrefonds

Pour travailler dans la dignité

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 21, Printemps 2000

La violence faite aux femmes est un grave problème social et elles n'en sont pas nécessairement à l'abri dans leur milieu de travail. Qu'elle soit physique ou verbale, qu'elle soit raciale, qu'elle se manifeste sous forme de harcèlement sexuel ou psychologique, la violence a un impact considérable sur les travailleuses qui la subissent.

C'est la raison pour laquelle les organisations syndicales et les groupes communautaires oeuvrant dans le domaine du travail se penchent sur ce phénomène. Leurs efforts ont pour buts de sensibiliser les travailleuses et de leur offrir le support dont elles ont besoin pour briser le silence. En effet, que cette violence provienne de la clientèle, des collègues ou des supérieurs hiérarchiques, elle est inacceptable et doit être dénoncée.

Pour sa part, la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) se penche sur la violence vécue par les infirmières depuis près de dix ans. En 1995, une large enquête effectuée auprès de ses membres révèle que la violence constitue un problème majeur pour elles. Près de 90 % des répondantes déclarent avoir subi l'une ou l'autre des formes de violence suivantes : menace d'agression, agression physique, agression à caractère sexuel, attitudes ou propos blessants. Les données recueillies indiquent que 67,6 % d'entre elles ont été victimes d'agression physique, 75,5 %, de violence verbale ou psychologique et 44,8 %, d'agression à caractère sexuel.

L'enquête révèle également les conséquences néfastes de cette violence qui portent atteinte à l'intégrité physique et mentale de ses victimes et affectent la santé des infirmières. Les tremblements, les troubles du sommeil et l'épuisement constituent les principales réactions physiques à toutes les formes d'agression que subissent les infirmières. Sur le plan psychologique, les répondantes disent avoir ressenti de la colère, de la peur et de l'impuissance. Dans près de la moitié des cas, leurs réactions émotionnelles s'accompagnent d'un sentiment de culpabilité et d'angoisse. Ces agressions ont aussi un impact important sur la motivation au travail et entretiennent la crainte de travailler dans le contexte où elles ont été perpétrées.

Les employeurs ne sont guère enclins à mettre en place les mécanismes nécessaires pour prévenir les situations de violence dans leurs institutions et les conflits qui en découlent. Pourtant, leur responsabilité à ce sujet est clairement énoncée dans la Charte des droits et dans le Code civil, qui les obligent à offrir des milieux de travail exempts de violence et à protéger l'intégrité physique et psychologique de leur personnel. Ils ont plutôt tendance à nier ou à banaliser cette violence, ce qui rend encore plus difficile, pour les infirmières, d'en parler puisqu'elles ne se sentent pas appuyées.

Les établissements de santé, particulièrement les hôpitaux, sont fortement hiérarchisés. Bien que la majorité des personnes qui y travaillent soit féminine, leurs structures administratives et décisionnelles sont largement masculines, donc peu sensibilisées à la violence faite aux femmes. Cependant, la convention collective qui vient tout juste d'être signée par le gouvernement et les infirmières ouvre des perspectives intéressantes.En effet, elle comporte une clause qui rend obligatoire la mise sur pied de politiques pour contrer la violence dans les milieux hospitaliers.

La violence au travail n'est pas un phénomène récent. Toutefois, fait nouveau, la sensibilisation effectuée auprès des infirmières depuis plusieurs années porte fruit et se traduit par un nombre accru de plaintes pour agression. Si les plaintes sont de plus en plus nombreuses, cela signifie-t-il que cette violence est en augmentation ? Actuellement, aucune donnée ne nous permet de l'affirmer. Nous pouvons avancer, cependant, que la conjoncture de précarité, de compressions et de coupures qui prévaut actuellement dans le système de santé exacerbe les tensions et favorise les manifestations de violence.

La FIIQ poursuit son travail de sensibilisation et d'éducation auprès des infirmières pour qu'elles soient en mesure de sortir de l'impuissance, de s'affirmer et de récupérer leur pouvoir dans les situations d'agression. De plus, le comité de condition féminine de la FIIQ entretient des liens de collaboration avec les comités analogues des autres syndicats et l'ensemble des groupes de femmes qui luttent contre la violence faite aux femmes afin que la revendication de la Marche mondiale ayant trait à la violence devienne réalité pour toutes les femmes dans leur quotidien et pour que les travailleuses puissent accomplir leurs tâches en paix et dans la dignité.

Lucie Girard
Fédération des infirmières et infirmiers du Québec

1 À ce sujet, voir : Rapport de recherche sur la violence faite aux infirmières en milieu de travail, nov. 1995, document disponible à la FIIQ.

Trente ans après la première mobilisation des femmes canadiennes et québécoises sur l'avortement

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 21, Printemps 2000

Le 9 mai 1970, des centaines de femmes se réunissaient à Ottawa, point culminant de la Caravane pour l'avortement qui avait auparavant sillonné le Canada. Le lendemain, plusieurs Québécoises ajoutaient leurs voix à celles des Canadiennes en manifestant à Montréal. Trente ans plus tard, nous pouvons nous réjouir des gains obtenus en matière d'avortement. Cependant, nous devons demeurer vigilantes pour empêcher l'érosion des services reçu dans le domaine et faire respecter nos droits.

L'avortement n'est plus un acte criminel
En 1988, après plusieurs années de mobilisation, de poursuites juridiques et de services d'avortement offerts dans l'illégalité, la Cour suprême du Canada déclarait inconstitutionnels les articles du code criminel concernant l'avortement. Ce fut une grande victoire pour le mouvement des femmes et les organismes pro-choix. Depuis, toute femme résidant au Canada a le droit de décider par elle-même de recourir à l'interruption de grossesse. Cela signifie que l'avortement, comme toute autre intervention relative à la santé, est un acte médical régi par un code de pratique qui accorde aux femmes protection et recours.

En 1989, autre victoire pour les femmes : le Sénat canadien rejetait le projet de loi, adopté par la Chambre des communes, qui recriminalisait l'avortement. À partir de ce moment, le mouvement pro-choix canalisait ses énergies pour s'assurer que des services d'avortement de qualité soient disponibles pour toutes les femmes et dans toutes les provinces canadiennes. En ce début d'année 2000, seule l'Île-du-Prince-Édouard n'offre aucun service d'avortement. Dans la majorité des autres provinces, une seule clinique médicale privée assure la totalité des services d'interruption de grossesse. Au Québec, les services d'avortement sont prodigués dans des centres hospitaliers (CH), des CLSC, des cliniques médicales privées et des Centres de santé des femmes.

Les services d'avortement au Québec
En décembre 1999, 30 CH, 14 CLSC, cinq cliniques médicales privées et trois Centres de santé des femmes offrent des services d'avortement au Québec. Sauf pour les femmes de la région Chaudière-Appalaches, une femme qui désire se faire avorter et qui est à moins de 12 semaines de grossesse trouvera un point de service gratuit dans sa région.

Les régions de l'Abitibi-Témiscamingue, de Mauricie/Centre du Québec, de l'Outaouais et du Saguenay/Lac-Saint-Jean offrent des services d'avortement aux femmes enceintes depuis 14 semaines ou moins, la région des Laurentides, aux femmes enceintes de 15 semaines ou moins et celle de Québec, aux femmes enceintes de 16 semaines ou moins. Seuls six centres hospitaliers, un CLSC et trois cliniques privées offrent des services aux femmes enceintes de 20 semaines ou moins. Ces services se trouvent dans les régions de l'Estrie, de Lanaudière, de la Montérégie et de Montréal.

Les services offerts en CH et en CLSC sont entièrement financés par l'État et donc gratuits. Depuis 1998, les avortements réalisés à la Clinique des femmes de l'Outaouais et au Centre de santé des femmes de la Mauricie sont financés par les Régies régionales. Le Centre de santé des femmes de Montréal est actuellement en pourparlers pour obtenir un tel financement.

La réforme de la santé et des services sociaux et les restrictions budgétaires reliées à l'atteinte du déficit zéro ont eu des impacts énormes sur les services d'avortement. Durant les dix dernières années, plusieurs CLSC et CH ont diminué le nombre d'avortements réalisés par semaine. Les CLSC n'acceptent plus de femmes résidant hors de leur territoire. Des CH qui offraient le service d'avortement ont été fermés sans qu'il y ait eu transfert de budget ou d'équipement vers un autre CH. À certains endroits, seulement un médecin effectue des avortements, le service est coupé lorsque ce dernier est en vacances. Plusieurs CH ont cessé de faire des avortements de deuxième trimestre (plus de 12 semaines de grossesse). De plus, plusieurs médecins refusent de pratiquer des avortements, à un point tel que ce service est toujours menacé.

Il y a environ 25 000 avortements par année au Québec. Le tiers de ces avortements se déroule en centre de santé des femmes et en clinique médicale privée. Les cliniques demandent un coût variant entre 180 et 700 $ pour les autres services que l'acte médical : fournitures, soins infirmiers, administration, etc. Plusieurs femmes se tournent vers les cliniques privées faute de place dans leur région, ou parce que le délai d'attente est trop long (deux à huit semaines), ou parce que le service d'avortement en chirurgie d'un jour les met en contact avec du personnel irrespectueux et moralisateur, ou parce qu'il y a peu de services pour les grossesses de 15 à 20 semaines.

Bien qu'au Québec, il y ait 52 lieux pour obtenir un avortement, les femmes rencontrent encore plusieurs obstacles quant à l'accès et la qualité des services.

La mobilisation est toujours nécessaire
Quelques éléments de la situation actuelle de l'avortement ont été soulevés ici. Il en existe plusieurs autres tels le lobby du mouvement anti-choix pour recriminaliser l'avortement ou faire reconnaître les droits du fœtus, la conviction d'une partie de la population que l'avortement est encore illégal et criminel, l'inquiétude de nos gouvernements face à la dénatalité, la montée de l'intégrisme religieux, la non reconnaissance de l'avortement sur demande comme service médicalement requis, le financement des services, etc.

Le mouvement pro-choix doit demeurer vigilant et poursuivre la mobilisation au niveau local, régional et national afin que les femmes aient accès à des services d'avortement de qualité et respectueux de leurs choix dans toutes les régions du Québec. Il doit aussi se réjouir des gains obtenus en 30 ans. C'est d'ailleurs pourquoi la Fédération du Québec pour le planning des naissances organisait un événement le 28 mai dernier pour fêter le trentième anniversaire de la Caravane pour l'avortement et lançait la campagne de cartes postales adressée à la Ministre de la santé et des services sociaux L'avortement, une réalité incontournable, un service essentiel.

Anne St-Cerny
Fédération du Québec pour le planning des naissances

Violence conjugale : de plus en plus asexuée

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 21, Printemps 2000

Longtemps considérée comme une " affaire de famille ", de l'ordre du privé, la violence conjugale a été identifiée par les féministes à un problème de société lié aux inégalités de pouvoir entre les hommes et les femmes. La problématique abordée de cette façon exigeait des changements majeurs dans l'organisation de la société. Il était primordial d'agir sur le rapport de domination entre les hommes et les femmes et sur les institutions qui l'entretenaient, entre autres par une remise en question de certaines lois et du traitement judiciaire des causes de violence conjugale et une amélioration de la protection, de l'aide et du support aux victimes.

Depuis un certain temps, une interprétation tout à fait différente de la violence revient à la charge: on lui donne des explications psychologiques sans la situer dans un contexte social. On estime que les femmes, autant que les hommes, peuvent être violentes. Le discours dominant actuel porte de plus en plus sur les couples " en difficulté ". Cette situation est inquiétante. Il y a lieu de se questionner quant à l'influence de ce discours sur les interventions auprès des femmes violentées.

Les justifications patriarcales de la violence conjugale
Au départ, une image psychiatrique des femmes battues les représentait souffrant de masochisme ou d'hystérie. Parallèlement, une vision humaniste de la cellule familiale laissait croire que l'homme, fondamentalement bon, ne pouvait être violent envers les membres de sa propre famille sans raison valable. Les gestes de violence étaient alors perçus comme une manifestation de l'autorité masculine dans la famille.

L'analyse des groupes de femmes
Dès les années 1970, les féministes ont dénoncé ce rapport de domination et ont expliqué la violence par les inégalités de pouvoir entre les sexes. Les féministes ont ainsi sorti du privé cette problématique en s'attaquant non seulement aux justifications sociales de la violence mais aussi à la position de blâme dans laquelle les victimes étaient placées. L'organisation patriarcale de la société et les agresseurs sont ainsi clairement identifiés comme responsables de la violence faite aux femmes. Le mouvement des femmes a sensibilisé la population, les décideurs, les intervenantes et les intervenants sociaux, les policières et les policiers ainsi que le personnel médical à la gravité de la problématique de la violence conjugale. Des maisons d'hébergement pour femmes violentées ont vu le jour. Les femmes victimes de violence conjugale sont encouragées à briser le silence, à sortir du cycle infernal de la violence et à rebâtir leur estime de soi.

L'analyse des groupes pour conjoints violents
Depuis quelques années, on assiste à l'émergence de groupes pour hommes violents. Seule une minorité de ces groupes s'inspire de l'analyse féministe pour traiter les hommes violents. Les autres expliquent plutôt le comportement violent d'un agresseur par ses souffrances. Dans ces groupes, les hommes sont amenés à s'ouvrir à la détresse qui les habite et à entrer en contact avec leurs émotions. Par contre, ils ne sont pas clairement amenés à reconnaître qu'ils sont responsables de leurs gestes violents. De plus, leur violence n'est pas placée dans le contexte social des inégalités qui perdurent entre les hommes et les femmes.

Dans une recherche menée auprès d'un groupe pour conjoints violents, Lise Letarte fait des constats alarmants : " Nous avons vu que la violence envers les femmes était pratiquement absente du contenu des interventions des hommes violents et que les hommes parlaient majoritairement des violences commises envers les enfants. (…) En fait, ce que l'on remarque, c'est que là où il est fait le plus souvent mention des femmes, c'est dans un contexte de partage des responsabilités de la violence…ou d'une égalité du point de vue de la répartition de la violence : où les femmes sont dites comme étant elles aussi violentes. "

Les interventions privilégiées et popularisées sont celles qui cherchent à guérir le conjoint violent ainsi que sa partenaire, avant de tenter de restaurer le couple " en difficulté ". Avec une telle approche, les femmes violentées sont tenues en partie responsables de la violence qu'elles subissent, on incite la cellule familiale à changer. Lorsque le conjoint recommence à avoir des comportements violents, on interprète cela comme une rechute. Une fois de plus, on amène les femmes à croire que la solution à la violence de leur conjoint doit passer par elles. En cohérence avec cette interprétation de la violence conjugale, l'approche systémique et écologique, la médiation, la thérapie familiale et/ou de couple sont mises de l'avant par le réseau institutionnel, même si par le passé, ces approches ont fait la preuve de leur inefficacité.

Le discours véhiculé sur la violence des femmes peut convaincre certaines femmes victimes de violence conjugale de consulter des groupes d'intervention pour femmes violentes récemment mis sur pied par l'organisme pour hommes violents Option de Montréal. Ces femmes peuvent se croire violentes parce qu'à certaines occasions elles ont répondu à la violence par la violence. Dans ces groupes, elles ne reçoivent pas d'aide pour quitter leur conjoint violent. Elles travaillent plutôt à maintenir et assainir leur couple " en difficulté ".

En bref, l'analyse dominante de la violence est totalement asexuée. Les tenants de cette analyse ne considèrent pas le fait que la violence conjugale est un des maillons du grave problème de la violence faite aux femmes dans notre société.

Conséquences pour les femmes violentées
Les interventions qui visent à sauver des couples " en difficulté " ne répondent pas du tout aux besoins des femmes victimes de violence conjugale. Ces femmes sont encouragées à tolérer plus longtemps la violence de leur conjoint. Tant qu'elles restent dans la relation, leur intégrité physique et psychologique est menacée. Notons également que plus une relation de ce type dure, plus la rupture risque d'être problématique et empreinte de violence.

De façon générale, ces interventions font vivre beaucoup de culpabilité aux femmes victimes de violence, qui se sentent responsables d'une situation sur laquelle elles n'ont pas de contrôle, ce qui peut renforcer leur sentiment d'impuissance et maintenir leur estime de soi à un très faible degré. Pendant ce temps, ces femmes n'ont pas accès au soutien nécessaire pour sortir du cycle de la violence et se défaire de ses conséquences.

Pour le moment, le financement des maisons d'hébergement pour femmes violentées n'est pas menacé par la popularité de l'approche asexuée. On observe toutefois qu'il y a de plus en plus de projets visant à offrir des services aux hommes en difficulté et aux femmes violentes. Dans ce contexte, il est important de s'assurer que les femmes victimes de violence conjugale aient accès dans toutes les régions du Québec à des services qui répondent véritablement à leurs besoins.

Diane Prud'homme
Regroupement provincial des maisons d'hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 22, Automne 2000

Le Depo-Provera : un contraceptif risqué pour la santé des femmes

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Lors de notre recherche action de 1999 sur l'état des services de planning dans le réseau public québécois, nous avons découvert, non sans surprise, que deux ans après son approbation comme contraceptif au Canada, le Depo-Provera, aussi appelé injection contraceptive, est déjà le troisième contraceptif offert, en quantité, par les intervenantes et intervenants des centres hospitaliers et des CLSC du Québec, après la pilule et le condom. Ce nouveau contraceptif serait-il " la " solution pour les femmes en matière de contraception ? Les femmes peuvent-elles l'utiliser en toute confiance ? Malheureusement, on peut en douter.

L'approbation du Depo-Provera
L'approbation du Depo-Provera comme contraceptif au Canada en 1997 n'a pas été de tout repos pour la compagnie pharmaceutique Upjohn, fabricant du produit. Le Depo-Provera, une hormone synthétique de type progestérone, était approuvé jusque-là comme médicament pour le traitement de l'endométriose et de certaines formes de cancer. Remarquant ses propriétés anticonceptionnelles à la fin des années 1970, la compagnie Upjohn demande à plusieurs pays l'autorisation de sa mise en marché comme contraceptif. Upjohn dépose sa demande au Canada dès le début des années 1980. En 1983, une vaste coalition de groupes de femmes de tout le pays se met sur pied pour s'opposer à son approbation. Par divers moyens, les membres de la coalition expriment leurs préoccupations quant aux risques que comporte ce médicament pour la santé et son d'administration massive et abusive à certains groupes de femmes (autochtones, handicapées, etc.). Santé Canada rejettera la demande de la compagnie à trois reprises (en 1989, 1992, 1993), s'appuyant sur des recherches indiquant que la progestérone synthétique injectable augmenterait l'incidence du cancer du sein et du col de l'utérus chez les femmes de moins de 35 ans.

Pourtant, en 1997, Santé Canada autorise le Depo-Provera, malgré les doutes qui persistent sur les liens de ce dernier avec les cancers du sein et du col. Déjà, en 1991, l'étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur laquelle les États-Unis et le Canada se sont beaucoup appuyés pour autoriser l'utilisation du Depo-Provera observait une association entre le produit et l'augmentation de l'incidence du cancer du sein, particulièrement chez les femmes de moins de 35 ans. Malgré ce fait, les chercheurs de l'OMS concluent qu' " il ne fallait pas s'inquiéter, car le risque observé n'était pas plus élevé que celui associé aux autres contraceptifs hormonaux ". Or, cette étude s'est effectuée auprès de femmes de la Thaïlande, du Kenya et du Mexique où le taux de cancer du sein est très faible.

En 1995, le Journal of the American Medical Association publiait une étude combinant les résultats de l'OMS et ceux de plusieurs recherches réalisées en Nouvelle-Zélande, pays dont l'incidence du cancer du sein est comparable à celle d'Amérique du Nord. Cette étude révélait une incidence accrue du cancer du sein chez les femmes qui recevaient des injections depuis peu de temps, doublant même chez celles de moins de 25 ans. Ni l'une ni l'autre des deux études ne pouvait déterminer si le Depo-Provera favorisait l'apparition du cancer du sein ou s'il accélérait la croissance de tumeurs préexistantes. Paul Roufail, médecin, alors responsable de ce dossier à Santé Canada, aurait précisé que les nouvelles données concernant les effets du Depo-Provera sur la perte de densité osseuse (pouvant provoquer le développement de l'ostéoporose) chez les jeunes femmes, clientèle visée par cette nouvelle méthode, n'avaient pas été analysées par le comité d'experts mandaté pour étudier la demande d'Upjohn (D.E.S. Action, Bulletin, printemps 1997.).

En fait, aucune nouvelle étude ou nouvelle donnée prouvant l'innocuité du Depo-Provera hors de tout doute expliquerait le changement de position de Santé Canada entre 1993 et 1997. Les recherches sur les effets du Depo-Provera à long terme (sur la perte de densité osseuse, par exemple) sont insuffisantes pour affirmer qu'il ne comporte pas de risques pour la santé des femmes. Que reste-t-il pour expliquer l'autorisation du Depo-Provera, sinon l'influence du puissant lobby de la compagnie pharmaceutique qui le produit?

Le Depo-Provera et ses effets secondaires
Le Depo-Provera est injecté dans un muscle de la fesse ou du bras tous les trois mois. Il empêche l'ovulation, amincit la couche interne de l'utérus (l'endomètre), ce qui empêche un ovule fécondé de s'y implanter, et épaissit le mucus cervical afin de rendre le passage des spermatozoïdes dans le col utérin plus difficile. Si la première injection est administrée dans les cinq jours suivant le début des menstruations et si les subséquentes ont lieu toutes les douze semaines, le Depo-Provera est efficace à plus de 99 %.

Comme tous les contraceptifs à base d'hormones, le Depo-Provera a un effet systémique, c'est-à-dire sur plusieurs fonctions du corps. Chaque femme réagit aux hormones de façon distincte. L'effet contraceptif du Depo-Provera, de même que ses effets secondaires, durent trois mois. Une femme n'a aucun moyen d'arrêter son action ni ses effets si elle éprouve des problèmes. Or, les effets secondaires rapportés sont souvent importants et non négligeables.

Le Depo-Provera provoque des irrégularités menstruelles et une absence totale de menstruations à long terme. Dans les premiers mois de son utilisation, les femmes rapportent des saignements irréguliers ou imprévisibles. Sur le site Web Depo-Provera users' information resource (www.depo-users.com), un site des plus intéressants qui invite les utilisatrices du Depo-Provera à faire part de leur expérience, positive ou négative, avec ce contraceptif, nous avons trouvé le témoignage suivant : " J'ai eu ma première et dernière injection de Depo en janvier 2000. Après quelques semaines, j'ai commencé à saigner. Ça a duré trois mois, après quoi j'ai eu des " saignotements " un autre mois. J'ai immédiatement perdu ma libido et je ne lubrifiais plus. Je suis toujours fatiguée, déprimée, agressive, sur le bord des larmes. Mon humeur change constamment et je m'inquiète pour tout et pour rien. À ce jour, je ressens toujours ces effets et j'attends toujours le retour de mes menstruations. "

Les effets décrits dans ce témoignage ne sont pas rares. En plus des irrégularités menstruelles, les effets secondaires les plus souvent rapportés par les utilisatrices du Depo-Provera sont les maux de tête, les troubles abdominaux; la nervosité, les sentiments dépressifs et le gain de poids. En raison de l'effet prolongé du Depo-Provera, le rétablissement des menstruations, après interruption de son administration peut être difficile à prévoir. Si l'arrêt du Depo-Provera se fait après des injections multiples, le retour des menstruations et de la fertilité peut prendre jusqu'à 18 mois; on déconseille donc aux femmes qui désirent une grossesse dans un avenir rapproché d'opter pour ce moyen contraceptif.

Vu les risques du Depo-Provera pour la santé, ses effets indésirables souvent pénibles et l'évaluation déficientes de ses conséquences à long terme, la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) recommande fortement la prudence à toutes les femmes qui envisagent l'utiliser. Sur le site mentionné ci-haut, un sondage éclair révèle que 75 % des femmes n'auraient pas choisi le Depo-Provera si elles avaient su ce qu'elles savent aujourd'hui à son sujet. Ce contraceptif, sur lequel les femmes n'ont pas le contrôle et qui oblige des visites régulières chez le médecin, représente-t-il un choix vraiment intéressant pour les femmes en matière de contraception ? Encore là, on peut en douter…

Pour de plus amples informations sur le Depo-Provera, son mode d'utilisation, ses contre-indications, ses effets secondaires, ses avantages, ses inconvénients et ses risques pour la santé, commandez votre copie de L'injection contraceptive ou Depo-Provera : est-ce pour vous ? disponible à 1.50 $ l'unité à la FQPN au (514) 866-3721. Québec

Nathalie Parent
Fédération du Québec pour le planning des naissances

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 22, Automne 2000

Chronique internationale : De l'Estrie à Santo Domingo et Lima : une expérience de solidarité

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 22, Automne 2000

Au cours des dernières années, le Centre de santé des femmes de l'Estrie a développé, par l'entremise du Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke, des liens de collaboration avec des groupes de femmes et des organismes de coopération internationale de divers pays. Au début, il s'agissait davantage d'échanges d'expertises lors de visites effectuées au pays par des représentantes et représentants des organismes intéressés à connaître notre modèle d'intervention communautaire et féministe en santé des femmes.

Pour certains de nos partenaires l'approche de notre Centre auprès des femmes suscitait suffisamment d'intérêt pour qu'ils l'expérimentent dans leurs propres communautés. Ainsi, cette année, notre Programme Santé et sexualité des adolescentes et adolescents, visant à promouvoir et favoriser chez les jeunes l'adoption de comportements sains, responsables et respectueux en matière de santé sexuelle et des rapports égalitaires entre partenaires, rejoignait assez de préoccupations de nos associés de la République Dominicaine, Le Centro de planification y accion ecumenica, et du Pérou, l'Ayni Salud, pour qu'ils s'y intéressent.

Après avoir traduit le guide d'animation en espagnol et formé des stagiaires (Québécoises initiées à la coopération internationale) à l'application du Programme santé et sexualité des adolescentes et adolescents, une de nos représentantes s'est rendue sur place, à Bellas Colinas, quartier défavorisé de Santo Domingo, capitale de la République Dominicaine (voyage en février 2000) et à Collique, quartier défavorisé de Lima, capitale surpeuplée du Pérou (voyage en juin 2000) pour participer à son implantation et son adaptation. Elle a profité de l'occasion pour mieux connaître la réalité de ces communautés et consolider les liens établis avec les deux organismes avec lesquels elle a travaillé.

Le désir et la volonté de réussir de tels projets ne sont pas, seuls, garants de succès. Les barrières linguistique et culturelle ne sont pas négligeables, nous l'avons appris sur le terrain! De plus, en République Dominicaine comme au Pérou nous nous sommes butées à des interdits religieux et institutionnels au moment de la diffusion du Programme. Par exemple, nos partenaires ont tenté de convaincre les directeurs d'école de nous ouvrir les portes de leurs établissements, en vain. En attendant que la situation change, les ateliers du Programme sont actuellement offerts aux jeunes intéressés dans des salles communautaires. À Collique, deux travailleurs communautaires font connaître l'existence du Programme aux jeunes qu'ils côtoient dans la rue; ils les invitent à participer aux rencontres tenues dans la maison d'une agente de santé. Plusieurs adolescentes et adolescents s'y présentent et la vie y est très animée. Malgré les obstacles rencontrés, nos partenaires sont satisfaits et confiants dans l'avenir de ce projet.

Le suivi de ce dossier nous pose encore quelques difficultés, principalement sur le plan de la communication : nous ne pouvons pas toujours bénéficier de services de traduction! Malgré ce petit embarras, nous poursuivons nos activités de coopération, convaincues qu'il est très important d'établir des liens de solidarité entre les femmes d'ailleurs en vue d'un futur meilleur pour toutes!

Anne LeBel
Centre de santé des femmes de l'Estrie

La santé des femmes itinérantes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 22, Automne 2000

Plus de 6000 femmes sont itinérantes à Montréal : elles constituent maintenant 30% de sa population itinérante. Pourtant, encore aujourd'hui, on s'intéresse peu à elles, à leur vécu, à leur santé et à leurs besoins. Trois intervenantes de La Rue des femmes de Montréal, un organisme venant en aide aux femmes qui vivent l'itinérance, nous en parlent.

La violence : source de l'itinérance
Les femmes qui fréquentent La Rue des femmes sont pour la plupart des survivantes de violence ou de négligence graves, souvent subies dès l'enfance. Nombreuses sont celles qui ont vécu plus d'une forme de violence au cours de leur vie, qu'elle soit sexuelle, physique, psychologique, économique ou sociale (rejet par la communauté). Pour plusieurs d'entre elles, les plus terribles violences ont marqué les différentes étapes de leur vie : viol, inceste, meurtres dans la famille, réseaux de pédophilie et crime organisé.

Les causes de l'itinérance sont souvent présentées comme étant des problèmes de santé mentale et de pauvreté. Selon les intervenantes de La Rue des femmes, c'est principalement la violence qu'elles subissent qui mène les femmes à l'itinérance.

La détresse physique et émotive, qui découle de la violence, limite ou anéantit la capacité d'établir les relations stables nécessaires à l'accomplissement des gestes les plus courants du quotidien. Il devient alors très difficile de trouver et de conserver un emploi et d'établir une relation de couple ou des amitiés saines et harmonieuses.

Lorsque les femmes vivent l'itinérance, la violence subie ne diminue pas, au contraire : les femmes itinérantes sont vingt fois plus agressées que les autres femmes. L'itinérance, c'est la rue sans lieux sécuritaires, avec la peur des agressions.

Survivantes à la dérive
Selon les intervenantes de La Rue des femmes, l'itinérance, les problèmes de santé mentale, la prostitution, la toxicomanie et l'alcoolisme ont permis à certaines femmes de survivre à la violence. Elles estiment qu'il est très important de souligner la grande force de survie de ces femmes.

Malheureusement, ces mécanismes de survie sont destructeurs à plus ou moins long terme. Le défi est d'aider ces femmes à utiliser leur force de survie pour reprendre contact avec leur dignité et leur fierté et pour prendre le contrôle à nouveau sur leur vie.

Une société qui juge durement
Une étude du comité femmes itinérantes du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) a démontré qu'en général les femmes itinérantes font moins peur que les hommes itinérants. À cause de cela, les intervenants du système de santé, du système judiciaire, les commerçants, les passants, etc., seraient plus durs envers les femmes itinérantes (gestes brusques, paroles blessantes, rejet).

Souvent, la femme itinérante est étiquetée comme folle, prostituée, mauvaise mère ou inadaptée au marché du travail. Ces jugements font très mal aux femmes itinérantes et les incitent à s'isoler davantage et à rejeter la société.

Problèmes de santé physique et mentale
Les problèmes de santé physique rencontrés par les femmes itinérantes sont nombreux et variés.

Les femmes itinérantes sont "usées" par le stress et la rudesse de la vie dans la rue. Plusieurs d'entre elles développent des maladies cardio-vasculaires, des problèmes digestifs et des problèmes du système nerveux liés à l'insomnie (incapacité de se concentrer, agitation). Les femmes itinérantes risquent de contracter des MTS et le VIH parce que, par exemple, la vie dans la rue les rend plus vulnérables au viol. Enfin, les femmes itinérantes ont une espérance de vie moins élevée que celle de la population féminine globale.

L'angoisse, la peur et la terreur ont des impacts considérables sur la santé physique et mentale. Avec un aussi lourd vécu de violence et de rejet, il n'est pas surprenant que ces femmes développent des problèmes de santé mentale : la paranoïa, la dépression ou les comportements agressifs se développent et s'amplifient au fil des ans chez elles. Le comité des femmes d'Action autonomie a fait un sondage maison auprès de ses membres sur la violence et son impact sur la santé mentale des femmes. Vingt-huit femmes ont répondu au questionnaire ; 27 d'entre elles disent avoir vécu de la violence au cours de leur vie et 23 considèrent que la violence dont elles ont été victimes a un lien avec leurs problèmes de santé mentale.

Un système de santé peu accueillant
Les femmes itinérantes ont souvent des attitudes déroutantes. En général, les professionnelles et les professionnels de la santé ont les mêmes préjugés envers elles que le reste de la population; ils sont souvent peu accueillants, peu respectueux et très peu à l'écoute des besoins de ces femmes. En conséquence, l'accessibilité aux soins de santé est réduite pour les femmes itinérantes qui ont de la difficulté à trouver un médecin de famille qui acceptera de faire un suivi avec elles. De plus, lorsqu'elles rencontrent un médecin, elles sont souvent référées en psychiatrie, parfois sans qu'un problème physique ne soit diagnostiqué et traité.

Les femmes itinérantes ne font plus confiance au système de santé et ont peu recours à ses services : elles se sentent jugées par son personnel et plusieurs craignent d'être envoyées en psychiatrie, où elles ont souvent déjà vécu des situations pénibles. En général, elles connaissent peu leurs droits et n'ont de toute façon pas les moyens de les faire respecter.

Un appel pressant à l'ensemble de la communauté
La violence, que représentent les jugements portés sur elles, pousse les femmes itinérantes à s'isoler toujours davantage; chaque membre de la communauté a la responsabilité d'analyser ses attitudes envers elles. Nos gouvernements, eux, doivent saisir que les nombreuses coupures dans les programmes sociaux sont aussi une forme de violence.

Les intervenantes de La Rue des femmes lancent un cri d'alarme devant la violence que subissent les femmes itinérantes et l'indifférence de tous à leur situation. Elles font appel à l'ensemble de la communauté pour bâtir une société où chaque individu aurait droit au respect et à la dignité. Une action pour plus de justice ne peut découler que d'une prise de conscience collective et individuelle.

La Rue des femmes de Montréal
L'organisme La Rue des femmes de Montréal a été fondé en janvier 1994; il vient en aide aux femmes vivant l'itinérance. Environ 200 femmes par année, âgées de 18 ans et plus, fréquentent La Rue des femmes.

Elles y trouvent : - des services d'écoute et de relation d'aide ; - un accès à des interventions thérapeutiques ; - un accompagnement dans une démarche de prise en charge et de guérison ; - un lieu où il est possible de s'exprimer ; - un lieu d'appartenance et d'inclusion où peut se reconstituer un tissu affectif ; - un lieu sécuritaire, des espaces de repos, un vestiaire, des repas sains ; - un service de dépannage (nourriture sèche, produits de toilette, etc.).

Les intervenantes de La Rue des femmes de Montréal adoptent une approche féministe favorisant, chez les participantes de l'organisme, l'atténuation des séquelles de leur passé, leur reconstruction, leur reprise de pouvoir sur leur vie, le retour de leur dignité et de leur estime de soi.

La Rue des femmes projette l'établissement en 2001 d'un gîte de nuit, complémentaire à son Centre de jour. L'organisme souhaite acquérir son propre immeuble afin d'y offrir l'ensemble de ses activités.

Isabelle Pepin, RQASF.
En collaboration avec : Suzanne Bourret, Léonie Couture et Ma Deva Eshana La Rue des femmes de Montréal.

La Rue des femmes, C.P.20, Succ.C, Montréal (Québec), H2L 4J7. Tél. : (514) 284-9665.

Les professionnelles de la santé sur appel : un portrait intimiste

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 22, Automne 2000

'' Je dois me motiver tous les jours…des fois j'ai la tête tellement pleine et grosse que j'arrive en pleurant.'' (Infirmière sur liste d'appel)

Le constat qui se dégage du premier volet de notre étude présenté dans notre article "Les professionnelles de la santé sur appel: comment se portent-elle?", Le bulletin Sans préjudice… pour la santé des femmes, printemps 2000, p. 11-12 est que les travailleuses de la santé à temps partiel occasionnelles (TPO) ne sont pas en santé.

Être femme sur le marché du travail signifie jongler avec les rôles de travailleuse, conjointe, mère etc. Il est donc facile d'imaginer le vécu difficile des travailleuses confrontées à des horaires variables et ses répercussions sur leur bien-être psychologique. Il nous semblait important de converser avec quelques-unes d'entre elles afin d'entrer de plain-pied dans leur quotidien.

L'échantillon retenu pour cette partie de notre recherche compte 48 infirmières. Pour participer à ce volet de l'enquête, les répondantes devaient avoir à charge des dépendants, c'est-à-dire des enfants ou des adultes en perte d'autonomie requérant de l'aide. Huit groupes de discussion ont été formés dans quatre régions différentes du Québec: Québec (3), Montréal (2), Mauricie/Bois-Francs (2) et Chaudière-Appalaches (1).

Comme une équilibriste sur un fil!
L'adaptation à des équipes, à des façons de faire, à des clientèles et à des milieux de travail différents, - au cours d'une même semaine, - constitue un défi épuisant pour les infirmières TPO.

'' La dernière fois que j'ai travaillé dans un CLSC, j'ai dû démissionner parce qu'on m'obligeait à aller partout. Milieu carcéral, soutien à domicile, maternité tout ce que vous voulez dans le CLSC on m'obligeait à aller partout être disponible partout...mais là je trouvais que c'était trop, partout, être efficace partout.''

Les TPO, toujours au garde à vous !
La disponibilité et les procédures d'appel sont au cœur des préoccupations et des critiques des infirmières TPO que nous avons questionnées. Elles souffrent particulièrement de devoir être toujours disponibles pour travailler, accepter du travail à la dernière minute, travailler des portions de quarts discontinus et assumer dans la même semaine des quarts de jour, de soir et de nuit.

''Des fois je le sais quinze minutes avant d'entrer. À 4 h, des fois il est 4h15 et il faut que j'entre à 4h. Cela arrive. Quand ils me téléphonent je leur dis toujours : " Je vais te rappeler dans cinq minutes, car il faut que je vérifie si ma gardienne est chez elle. Je vais vous rappeler...parce qu'avec trois enfants, ce n'est pas facile."

Ils ne sont pas toujours compréhensifs. Tu es toujours à la merci de l'employeur. Si t'as quelqu'un qui comprend le bon sens, ça va...Mais si tu tombes sur quelqu'un qui déteste faire des téléphones pour trouver des remplacements, bien là tu te fais harceler, tu te fais dire toutes sortes d'affaires. En tout cas, c'est l'enfer.

Des conséquences financières
Le système actuel de garderie ne répond pas aux besoins des infirmières TPO; trouver une garderie ouverte à toute heure du jour et de la nuit s'avère impossible. À cause de leurs horaires atypiques, seulement 16% d'entre elles, comparé à 41% des Québécoises en général, utilisent les garderies d'État.

'' J'ai passé une semaine à me chercher une garderie. Comme tu travailles sur appel, les " shifts " sont coupés. Les garderies te demandent que tu sois à temps plein, ça fait que tu payes que tu y ailles ou pas. Moi j'ai deux enfants. Donc c'est au moins 200$ par semaine à temps plein. Ça c'est garderie la moins chère, parce que ça peut aller jusqu'à 250$ J'ai pas les moyens. J'étais fauchée cet été. Moi je travaille jamais les mêmes journées et jamais les mêmes heures.''

La détresse psychologique
'' Je suis angoissée, je suis stressée, je ne sais pas où je m'en vais. Des fois, j'ai l'impression que je ne suis pas une bonne mère, parce que je prends soin de ma fille, puis j'ai pas autant d'attention que je voudrais en avoir. Justement parce que je suis stressée.''

Être constamment sur le qui-vive, concilier des horaires souvent incompatibles, tenter d'harmoniser le rôle de mère, d'épouse et de travailleuse est toute une gageure. Donner sans pouvoir refaire le plein mène tôt ou tard à l'épuisement.

Les changements à faire
L'obtention d'heures de travail régulières constitue l'une des revendications majeures des infirmières TPO interrogées qui demandent également une meilleure répartition de leur temps de travail par l'établissement de procédures d'appel. Finalement, elles réclament l'accès à la permanence et l'accessibilité à des activités de formation et d'encadrement. Il est impératif que les employeurs tiennent compte des besoins des mères travailleuses en mettant sur pied, entre autres, des garderies en milieu de travail.

La précarisation d'emploi et ce qui s'ensuit : insécurité, pauvreté, stress, problèmes de santé, se conjugue souvent au féminin.. Cela affecte l'état physiologique et psychologique des femmes et, par ricochet, celui de leurs proches. L'amélioration des conditions de travail pour les infirmières sur appel nécessite donc de profondes transformations de l'organisation des milieux où elles oeuvrent.

Pérodeau, G., Brissette, L. , St-Pierre, C. , Paquette, S., Bernier, D. & Duquette, A.

Nous remercions le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada pour sa subvention stratégique Femmes et changement.

Vivre en attente d'un diagnostic de cancer du sein

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 22, Automne 2000

Plusieurs études en Europe et en Amérique du Nord font état de la détresse psychologique des femmes attendant un diagnostic positif ou négatif du cancer du sein. Les programmes de dépistage systématique à travers le monde ont amplifié le phénomène. En 1997, le gouvernement du Québec a mis en place le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS) et depuis, les Québécoises connaissent à leur tour les problèmes liés à l'attente d'un diagnostic. Les femmes interpellées par le PQDCS sont pour la plupart en santé, asymptomatique et mènent une vie active. En matière de santé, elle sont préoccupées par des questions plutôt générales, comme la ménopause, l'alimentation, le vieillissement. Le cancer du sein n'est pas une priorité pour elles.

Beaucoup de femmes décident de subir une mammographie de dépistage soit pour avoir la conscience tranquille, soit en réaction à une pression sociale ou de leurs proches. Une fois l'examen passé, elles reprennent leurs activités et attendent que leur médecin généraliste communique avec elles au plus tard dix jours après. Si le résultat de la mammographie s'avère anormal, elles sont invitées à passer des examens complémentaires, par exemples, une échographie, une biopsie, un examen clinique des seins.

Il est à noter que le mammographie ne peut déceler qu'une anomalie au sein. Pour y découvrir une tumeur cancéreuse, il faut des examens complémentaires. Ensuite seulement le médecin pourra établir un diagnostic. Une minorité de femmes est alors aux prises avec un cancer du sein. Les autres sont atteintes d'affections bénignes comme un kyste ou des micro-calcifications, dont seules certaines nécessiteront une intervention mineure.

Dans le PQDCS, le délai entre l'annonce d'un résultat anormal et les examens complémentaires ne devrait pas dépasser douze jours ouvrables et généralement, ce délai est respecté. Toutefois, la région, la clinique de radiologie, le médecin généraliste sont autant de facteurs pouvant faire varier ce délai. Un genre de loterie, quoi!

Durant cette épisode, qu'il soit d'une journée ou de deux mois, il arrive qu'une femme passe d'une inquiétude modérée à la panique, du léger abattement à la dépression. Elle peut avoir des pertes d'appétit, des troubles du sommeil, de la difficulté à s'organiser au travail ou à la maison, être plus irritable, etc. Beaucoup de femmes n'en parlent pas à leurs proches ou au travail. Nombre d'entre elles vivent de profondes remises en question. Mais toutes connaissent durant cette période la peur du cancer du sein. Quelques livres et articles ont traité de cette peur viscérale, entre autres ceux de Dr Dominique Gros ou de Sharon Batt, co-fondatrice d'Action cancer du sein de Montréal, qui offrent un point de vue de femme et féministe sur les enjeux du cancer du sein.

Le cancer du sein est un des cancers qui guérit le mieux. Plus de 70% des femmes qui en sont atteintes y survivent. D'autres cancers attaquant les femmes sont plus mortels et plus douloureux. Aujourd'hui, le cancer du poumon est la première cause de mortalité par cancer chez la femme, mais il fait moins peur. Le cancer du sein génère plus d'angoisse que bien d'autres types de cancer, et par conséquent plus de morbidité psychologique.

Certaines femmes sont prêtes à débourser pour des tests supplémentaires, afin d'obtenir des résultats plus rapidement. Une minorité de médecins-radiologistes, propriétaires de cliniques privées, n'hésitent pas à exploiter la peur qu'ont les femmes du cancer du sein. Il omettent de les informer de la possibilité de subir gratuitement leurs examens complémentaires dans un Centre de référence et d'investigation désigné (CRID), deux semaines plus tard. Toutefois, l'idée d'attendre un diagnostic plusieurs jours peut être très angoissante. Plusieurs femmes sont donc tentées de payer pour réduire le délai d'attente du diagnostic.

L'importance de la communication et de l'information
Le Rapport du Groupe de travail sur l'intégration des processus de dépistage et de diagnostic de l'Initiative canadienne pour le dépistage du cancer du sein soutient que " les programmes ont la responsabilité de minimiser ces conséquences néfastes du dépistage ". Les responsables provinciaux et régionaux du PQDCS tentent de diminuer autant que possible les délais entre la divulgation d'un résultat anormal et des examens complémentaires et favorisent la mise en place de programmes de soutien et d'accompagnement.

Les médecins généralistes et spécialistes ont plus à faire et autrement pour aider réellement les femmes en attente de diagnostic : fournir une information claire et précise à chaque étape de la démarche de dépistage. Selon plusieurs études recensées par le Groupe de travail de l'Initiative canadienne, il y aurait une diminution significative de l'anxiété des femmes appelées à passer des examens complémentaires lorsqu'on améliore la façon de communiquer avec elles et de les informer. " Il semble que d'améliorer la communication a un meilleur effet sur l'anxiété de la femme que de simplement raccourcir le délai d'investigation. "

Les planificatrices et les planificateurs de programmes de dépistage systématique du cancer du sein auraient avantage, donc, à prévoir des mécanismes de diffusion de l'information aux femmes qui reçoivent un résultat anormal de mammographie de dépistage. Actuellement, le ministère de la Santé et des Services sociaux laisse à la discrétion de chaque Centre de coordination régional du PQDCS d'organiser, pour les femmes en attente de diagnostic de cancer du sein, des services de support et d'accompagnement. Certains ont déjà mis sur pied des ressources pour informer ces femmes. Il va sans dire que cette information s'en tient au cadre de référence du programme de dépistage, avare de renseignements sur les effets pervers du PQDCS.

Au cours des prochains mois, le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes et ses partenaires dans le Projet de soutien et d'accompagnement pour les femmes en attente de diagnostic développeront des formations destinées aux intervenantes et bénévoles des organismes communautaires impliqués dans ce dossier. Ils s'attaqueront bien sûr à la relation d'aide, mais aussi au PQDCS et aux enjeux du dépistage systématique du cancer du sein.

Lucie Chauvette
Réseau québécois d'action pour la santé des femmes

Bibliographie : Santé Canada, Initiative canadienne sur le cancer du sein. Rapport du Groupe de travail sur l'intégration des processus de dépistage et de diagnostic de l'initiative canadienne pour le dépistage du cancer du sein, 2000.

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 23, Hiver 2001

Obsession de la minceur et oppression de la grosseur

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Depuis 1996, le Réseau œuvre au développement du dossier sur l'obsession de la minceur et l'oppression de la grosseur dans le but de favoriser l'acceptation de la diversité des formats corporels. Les images omniprésentes du modèle unique de beauté féminine, largement véhiculées par les médias et l'industrie de la mode, ne sont pas sans conséquence sur la santé physique et mentale des femmes. Il faut analyser ce phénomène social, le remettre en question afin d'offrir une vision et un discours correspondant à la réalité des femmes. Vous trouverez donc dans les prochaines pages les fruits de la réflexion du comité obsession de la minceur et oppression de la grosseur, composé de femmes issues de divers milieux, qui collaborent à l'avancement de ce dossier au Réseau.

Un modèle unique
La grande majorité des femmes (95 %) dévie du modèle de minceur proposé par notre société. Que la minceur soit la seule norme acceptable pour les femmes rejette la diversité des corps et nie du même coup la réalité. Tenter de leur faire croire que ce modèle apporte beauté, bonheur et santé emprisonne les femmes dans des profils stéréotypés. Chaque femme gagne à développer une image positive de son corps quel qu'il soit. C'est en luttant contre l'obsession de la minceur et l'oppression de la grosseur, simultanément, les deux étant des moyens de standardisation du corps féminin, que les femmes luttent contre l'oppression dont elles sont victimes.

Obsession de la minceur
L'obsession de la minceur se traduit de plusieurs façons : souhaiter être plus mince, avoir peur de grossir ou d'être grosse, croire que la minceur apporte bonheur et santé, se comparer au modèle de beauté féminin en vogue. Cette obsession affecte la plupart des femmes à divers degrés et ce, peu importe leur poids. Effectivement, les données de Santé Québec de 1992-1993 indiquent que 81 % des femmes ayant un " poids santé " désirent maigrir de même que 23 % des femmes ayant un " poids insuffisant " ainsi que toutes celles ayant un " excès de poids " . La perception qu'ont les femmes de leur corps a un plus grand impact sur le phénomène de l'obsession de la minceur que leur poids réel et les raisons qui les motivent à maigrir sont d'ordre esthétique plutôt que médical.

Oppression de la grosseur
L'oppression de la grosseur se manifeste par les préjugés qu'entretient la société à l'endroit des femmes rondes. Ces croyances amènent les femmes à craindre ou à vivre l'exclusion sociale, à éprouver un sentiment d'échec, à se sentir jugées et parfois même ridiculisées. Le terme "grosseur" est utilisé par la société en opposition au terme " minceur ". Les femmes qui ne sont pas minces sont donc considérées rondes, enveloppées, grosses.

Les actions posées
Plusieurs actions visant à favoriser l'acceptation de la diversité corporelle sont réalisées par le Réseau et ses collaboratrices. En voici quelques-unes:

Pétition: le Centre des femmes de Verdun offre périodiquement des ateliers sur l'obsession de la minceur. Pour mettre fin aux discriminations vécues par les grosses femmes, des participantes de ces ateliers ont produit une pétition demandant à l'Assemblée nationale d'inclure le poids et la grosseur comme motif de discrimination à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Le Réseau québécois s'est associé à cette action en diffusant la pétition du Centre des femmes de Verdun, qui circulera jusqu'au 30 avril 2001.

Documents d'information : quatre grilles d'analyse féministe de l'obsession de la minceur et l'oppression de la grosseur ont été produites pour répondre au discours dominant sur le sujet et proposer des actions concrètes permettant une implication individuelle ou collective dans la lutte au modèle physique unique. Elles sont largement diffusées et disponibles sur demande au Réseau.

Journée corps-accord : le 6 mai, depuis 1997, le Réseau souligne la Journée internationale sans diète. Il encourage alors les femmes à cesser leurs diètes, à se questionner sur ce le choix de leurs régimes alimentaires et sur les impacts de ceux-ci sur leur santé. L'heure est aussi à la célébration, célébration de la diversité, célébration des corps des femmes. À cette occasion, deux prix sont remis : le prix Corps-accord qui récompense une entreprise, une publicité, une personnalité favorisant l'acceptation des corps dans leur diversité et le prix On s'en balance!, qui dénonce des produits, des entreprises, des images valorisant la représentation uniforme des corps féminins. Depuis les débuts de cette célébration, des compagnies telles que Body Shop, Kellogg, Lunetterie New Look et Lili-les-Bains ont été récompensées. D'autres ont par contre eu le malheur de s'attirer les foudres du Réseau : M. Montignac, l'émission Piment fort et les Centres de santé minceur.

Encore cette année nous célèbrerons la journée Corps-accord le 6 mai. Pour participer à la nomination des prix Corps-accord et On s'en balance !, il vous suffit d'adresser votre palmarès, accompagné des raisons qui motivent votre choix, à l'attention du jury et à l'adresse du Réseau québécois d'action pour la santé des femmes.

Sophie Bellefeuille
RQASF

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 23, Hiver 2001

Chronique internationale : La Marche mondiale des femmes au Mozambique

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 23, Hiver 2001

En juin 1999, je suis arrivée à Maputo, capitale du Mozambique, pour travailler deux ans à titre de coopérante de CUSO Canada dans le cadre du projet de la Marche mondiale des femmes en l'an 2000, initié par Forum Mulher, un réseau d'organisations mozambicaines luttant pour l'avancement des femmes. Le Mozambique se situe sur la côte est du sud de l'Afrique et partage une frontière avec le Swaziland, l'Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Malawi. L'image que vous avez du Mozambique est peut-être celle d'hélicoptères sauvant la vie de personnes grimpées aux arbres lors des inondations de mars 2000. Cette image a souvent pour effet de renforcer le stéréotype d'un Mozambique aux prises avec une misère constante. Cependant, depuis la fin de la guerre en 1992, le pays se reconstruit et malgré les inondations, poursuit son chemin vers le développement.

Mais quelle est la perspective des femmes dans toute cette activité ? Très impliqué dans l'application du plan d'action de Beijing 1995, le mouvement féminin mozambicain doit lutter constamment pour faire respecter les engagements internationaux pris par le gouvernement (dirigé depuis 1975 par le Front de libération du Mozambique et élu en 1994 et en 1999 lors d'élections générales). La Marche mozambicaine s'inscrit dans ce même mouvement de pression politique pour le respect des droits des femmes. La décision a été prise de donner priorité à deux revendications nationales : l'obtention de l'égalité des droits pour les femmes dans la nouvelle Loi de la famille et la criminalisation de la violence domestique.

Plusieurs réformes légales sont en cours au Mozambique depuis 1975, mais ce n'est qu'en 1998 que le gouvernement a amorcé la révision de la Loi de la famille. L'ancienne Loi, adoptée en 1966, à l'époque coloniale, n'accorde pas de droit aux femmes; elle les confine plutôt dans un statut de dépendance face au mari qui est le chef de la famille. De plus, selon le droit coutumier de certaines régions du pays, les femmes perdent tout lors du décès de leur conjoint, leur belle-famille reprenant possession des biens du défunt; les veuves et leurs enfants sont ainsi laissés dans une pauvreté absolue. Le groupe organisateur de la Marche mozambicaine a demandé à ce que la Loi de la famille reconnaisse aux deux époux un même statut et des droits égaux. Selon lui, le mariage ne doit plus être considéré comme une union aux fins reproductives et l'âge minimal pour le mariage d'une fille doit être fixé à 16 ans (il est présentement à 14 ans, mais il arrive que les filles se marient à 12 ans). La Marche suggérait que les femmes ayant contracté un mariage traditionnel ou vivant en union libre soient protégées par les mêmes lois que celles légalement mariées.

Dans la société mozambicaine, la violence faite aux femmes est un sujet extrêmement délicat qui, jusqu'à récemment, n'avait pas suscité de débat public. Après Beijing, une coalition d'ONG contre la violence a été mise sur pied, ce qui a fait de la reconnaissance de la violence envers les femmes une préoccupation politique. La Marche a fait un pas de plus en revendiquant la criminalisation de la violence domestique. Les Mozambicaines ont voulu promouvoir une loi qui protège tous les membres de la famille, mais qui spécifie que les femmes en sont les premières victimes de la violence.

Les actions et les activités de la Marche ont été réalisées dans chacune des dix provinces du pays. Le rassemblement des femmes à Lichinga, capitale du Niassa, lors de l'action provinciale de la Marche représente un bon exemple de mobilisation en région éloignée. Plusieurs de ces femmes n'avaient jamais eu l'occasion de voyager dans leur province et encore moins de s'impliquer dans une telle activité.

À Maputo le 4 octobre 2000, plus de 2 500 femmes ont dansé et chanté, encouragées par les discours des marraines de la Marche, Mmes Graça Machel et Janet Mondlane, pendant que les déléguées des provinces présentaient leurs revendications au président Joaquim Chissano et qu'une pétition de plus 14 700 signatures était déposée, en appui aux deux revendications nationales.

C'est la première fois que la société civile mozambicaine participe aussi activement à une campagne de lobbying politique; la Marche a ouvert des perspectives nouvelles de mobilisation sociale. Ce n'est qu'un début, 'a luta continua!' (la lutte continue, slogan encore très populaire de la lutte de libération encore très populaire).

Kanimambo (merci)

Elizabeth Cobbett

Commission Clair : le mouvement communautaire se prononce

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 23, Hiver 2001

L'automne aura été marqué par un nouveau débat sur l'avenir du système de santé. La Commission d'étude sur la santé et les services sociaux devait fournir à la ministre Marois des recommandations sur l'organisation et le financement du réseau de la santé. Dans toutes les régions, de nombreux groupes communautaires ont présenté leurs analyses. Le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes a contribué au mémoire de la Coalition féministe pour une transformation des services de santé et des services sociaux et à celui de la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles dont voici les lignes directrices.

Coalition féministe pour une transformation des services de santé et des services sociaux

Cette Coalition, composée d'une quinzaine d'organisations reflétant la diversité des situations vécues par les femmes, a été constituée pour apporter le point de vue des femmes sur cette transformation.

Pour la Coalition, l'actuelle transformation du réseau et le retour en force de l'idéologie familialiste qu'elle entraîne constituent une " marche en avant vers le passé ". L'État demande aux communautés de supporter les malades, les personnes vulnérables ou en perte d'autonomie. Cette orientation renforce les modèles culturels sexistes toujours présents au sein de notre société. Le retour à la communauté et à la famille pour prendre en charge les siens est toujours un retour aux femmes, à leur travail non rémunéré, à leur sens des valeurs, de la compassion, du don de soi, à leur investissement invisible d'aidantes " naturelles ".

La Coalition déplore que les femmes aient payé et continuent de payer le prix de la transformation du réseau de la santé et des services sociaux. Les usagères en assument une large part notamment par la diminution de l'accès aux services de planification des naissances (refus des CLSC d'offrir leurs services aux personnes résidant hors de leur territoire, limitation d'accès en raison de l'âge, réduction du nombre d'avortements offerts, etc.) ou encore par le silence fait sur les besoins spécifiques des femmes en santé mentale. Les travailleuses, elles, subissent comme conséquences de la transformation du réseau: pertes d'emploi et changements d'affectation, alourdissement des clientèles, absence d'information et de lieu pour participer aux décisions et manque de mesures pour concilier travail-famille-vie privée.

Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB)
Dans un contexte de débats sur la réforme du système de santé et des services sociaux, la TRPOCB, qui réunit une trentaine de regroupements, coordonne des stratégies d'action, de concertation et de représentation en faveur de la reconnaissance et du financement de l'action communautaire dans le secteur santé et services sociaux.

Dans son mémoire, la TRPOCB plaide pour un virage social du système de santé, insiste particulièrement sur la pertinence de l'action des organismes communautaires et illustre comment l'approche globale de ces derniers peut avoir un impact sur les déterminants sociaux de la santé.

L'approche globale se caractérise par des interventions axées sur la personne citoyenne, capable d'identifier ses besoins, de reprendre du pouvoir sur sa vie. La personne, et non ses problèmes, est l'objet de l'attention qu'on lui porte. Ses conditions de vie sont prises en compte dans toute recherche de solutions.

Les conditions de vie, l'environnement socio-économique et les habitudes de vie constituent des déterminants majeurs de la santé autant pour les individus que pour les communautés. En leur redonnant du pouvoir, les organismes communautaires offrent aux personnes la capacité d'agir sur ces déterminants.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux devrait plus se préoccuper des déterminants sociaux de la santé. La TRPOCB invite le gouvernement à investir davantage dans les services de prévention des problèmes sociaux et en matière de politiques sociales et économiques.

E n somme, le mouvement communautaire ne veut ni maintenir, ni augmenter, ni diversifier le financement privé. La santé et le bien-être des membres de notre société sont trop précieux pour être convertis en marchandises et la privatisation, peu en importe l'intensité, constitue une atteinte à l'égalité entre citoyennes et citoyens et un fardeau pour les femmes. La bataille des femmes pour l'égalité passe par le maintien et le développement d'un secteur de santé et de services sociaux public, accessible, " gratuit ", universel et respectueux des femmes.

Quelques réactions suite au dépôt du rapport
Le rapport de la Commission Clair, rendu public en janvier dernier, présente ses recommandations pour améliorer l'organisation et le financement du réseau de la santé. Le mouvement communautaire partage la préoccupation de la Commission concernant " l'urgence de prévenir ". Les groupes demandent depuis longtemps que la prévention constitue l'axe prioritaire des interventions en matière de santé et de services sociaux. Ils reconnaissent aux CLSC le mandat d'assurer les services sociaux et médicaux de première ligne. Toute réorientation des services dans ce sens, financée adéquatement, contribuera à l'amélioration de la santé de la population.

Par contre, la Commission Clair ne répond pas aux préoccupations des groupes de femmes face au fardeau imposé aux femmes. Les mesures mises de l'avant pour assurer une reconnaissance sociale et financière des aidantes seront restées lettre morte. Par ailleurs, la Commission répond à la demande des organismes communautaires en proposant que les établissements et les régies régionales reconnaissent leur contribution, sans toutefois leur procurer le financement qu'ils souhaiteraient obtenir.

Les recommandations de la Commission Clair, tout en représentant un pas dans la bonne direction, occultent certaines préoccupations majeures du mouvement communautaire. Reste à assurer que cette nouvelle étape de la transformation ne connaîtra pas les dérapages du virage ambulatoire.

Lise Lamontagne
Réseau québécois d'action pour la santé des femmes

Des femmes à la défense de l'environnement

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 23, Hiver 2001

Le Réseau québécois des femmes en environnement (RQFE) a pour but de mettre en lien les femmes intéressées par l'environnement, de renforcer leurs capacités d'intervention et de leur diffuser, prioritairement, l'information relative à l'environnement et à la santé. Créé en février 2000, le RQFE veut donner un espace et une voix aux préoccupations des citoyennes en matière de promotion et de protection de l'environnement et de la santé d'autant plus que les femmes, en raison de leur métabolisme et de leur fonction reproductive, sont particulièrement vulnérables à certaines formes de contaminations environnementales.

Les POP et la santé des femmes
De sources diverses on retrouve les POP, les polluants organiques persistants, presque partout sur la planète. Ils constituent un des dossiers prioritaires du RQFE, en raison de leur impact sur la santé des femmes et des enfants. Ils s'accumulent dans les gras des organismes vivants et peuvent être transmis aux nourrissons par le lait maternel. C'est le cas chez les populations dont la principale source d'alimentation est le poisson contaminé par des POP. Par exemple, on a décelé chez certaines femmes inuites des concentrations de POP dans le lait maternel jusqu'à neuf fois plus élevées que chez les femmes vivant dans le sud du Canada 1, 2. Selon des études de la Commission mixte internationale (CMI), une exposition aux POP pourrait accroître le nombre de cancers, notamment du sein 3. Afin de mieux faire connaître cette problématique, le RQFE a produit un dépliant sur les liens entre les POP et la santé des femmes.

Les actions du RQFE
Le RQFE s'est impliqué dans la Marche mondiale des femmes en aidant les organisations locales à présenter un volet récupération/recyclage lors d'événements publics et en réalisant des ateliers d'animation. Pour donner suite à cette action, le RQFE travaille à la production d'un guide d'intégration de la gestion écologique des matières résiduelles lors de la mise sur pied d'un événement public, qui sera disponible au printemps 2001.

Le RQFE organisait ses deux premiers déjeuners-causeries, l'un à Québec le 1er février 2001, l'autre à Montréal, le 1er mars 2001. Ces événements ont offert des occasions d'échanger sur la place des femmes dans les différents secteurs d'activités et dans les processus décisionnels en environnement.

Le RQFE jouit de l'appui d'un réseau de partenaires tels que Recyc-Québec, le ministère de l'Environnement du Québec, la Fédération des femmes du Québec, Santé Canada et Environnement Canada.

Le RQFE souhaite donc sensibiliser les femmes aux enjeux environnementaux de la santé humaine et améliorer leurs conditions de vie.

Anne-Marie Legault
Réseau québécois des femmes en environnement

1. ENVIRONNEMENT CANADA , Passer à l'action contre les polluants organiques persisitants (POP) En ligne http:www.ec.gc.ca/pops/brochure_f.html
2. MINISTÈRE DES AFFAIRES INDIENNES ET DU NORD DU CANADA Synthèse du rapport d'évaluation des contaminants dans l'Arctique : guide de référence des collectivités. Ottawa, Éditions, 1997, 84 p.
3. COMMISSION MIXTE INTERNATIONALE Dixième rapport biennal sur la qualité de l'eau dans les Grands lacs, juillet 2000. Éditions 2000.

Discrimination et préjugés envers les grosses femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 23, Hiver 2001

Depuis toujours différents mouvements sociaux analysent certaines conditions sociales injustes et demandent des changements politiques et sociaux pour les transformer. Cependant, divers types de discrimination perdurent. Un survol des études sur la discrimination envers les grosses femmes nous apprendra que cette forme d'exclusion existe réellement et entraîne des conséquences malheureuses pour les personnes qui en sont l'objet. (1) Mais avant de parler de discrimination envers les grosses femmes, il faut parler du contexte social qui en favorise l'émergence.

Miroir, qui est la plus belle?
La beauté est un concept social. L'idée que nous nous en faisons change à travers le temps et est différente selon les cultures. Malheureusement, une fois le concept de beauté fixé à un moment donné de l'histoire, les critères en sont immuables et intransigeants. La valeur des femmes y est intimement rattachée. En tant qu'objet de consommation, nous, les femmes, sommes tout particulièrement évaluées selon les critères de beauté en vigueur. Nous sommes envahies d'images de femmes "parfaites " qui ne nous ressemblent pas ou que très peu. Un des premiers critères sociaux de la beauté est la minceur, présentée à souhait par les médias comme accessible à toutes, avec l'aide de divers services ou produits de consommation. Critères de beauté obligent, nous tentons de nous conformer et c'est alors que commence un manège qui nous coûte temps, argent, énergie, santé et estime de soi.

Quand on veut, on peut!
Notre culture nord-américaine repose sur l'autodétermination des individus : "On a ce qu'on mérite ". Selon Dr Crandall, chercheur américain de l'université du Kansas qui étudie les préjugés et la discrimination, croire à l'autodétermination nous amène à avoir des préjugés envers les grosses personnes. (2) Notre perception des grosses femmes est teintée de jugement. Puisque la minceur est un critère de beauté et de santé " contrôlable ", nous accusons les gens qui n'y répondent pas de faire preuve de manque de volonté et de contrôle, de paresse, de passivité, de bonhomie, de lenteur d'esprit, d'avoir des problèmes psychologiques (une grosse femme " mange ses émotions "), etc.

Les préjugés nous conduisent à la discrimination. Plus le poids d'un individu est élevé, plus la discrimination dont il est victime est forte. Les recherches effectuées sur la question démontrent que la discrimination envers les grosses femmes touche toutes les sphères de leur vie :

Sphère scolaire : les parents sont peu disposés à payer les études supérieures de leurs filles grosses. (3)

Sphère sociale : les grosses femmes réussissent à se bâtir un réseau, mais doivent fournir un effort supplémentaire de socialisation pour contrer les préjugés. (4)

Sphère professionnelle : la discrimination se manifeste à la sélection, à la promotion, aux sanctions et au congédiement des grosses personnes. Ces dernières sont stéréotypées de façon plus négative que les gens ayant été incarcérés ou ayant eu des problèmes de santé mentale. Pour les femmes, la situation est plus dramatique. Elles sont évaluées plus durement que les gros hommes et leur salaire est moindre que celui des femmes minces ou des hommes. (5)

Et la santé?
Ultimement, l'impact de ces préjugés se fait sentir chez toutes les femmes : les femmes minces craignent la prise de poids de peur d'être rejetées, les grosses femmes rejetées voient leur statut socio-économique se détériorer. 6. De plus, vivre de l'insatisfaction à cause de leur corps peut leur faire vivre un sentiment d'échec, leur rendre difficile l'acceptation de leur apparence, diminuer leur estime de soi et accroître le sentiment d'isolement. Cette insatisfaction va entraîner les femmes de tout gabarit à utiliser des moyens pour perdre du poids allant de la diète à la chirurgie gastrique en passant par les traitements pharmacologiques. Le recours à ces méthodes a, lui aussi, des répercussions sur la santé : arrêt des menstruations, augmentation des risques de décès, tout particulièrement ceux occasionnées par les maladies cardio-vasculaires, causé par la perte et la reprise de poids lié aux diètes, carences alimentaires, retard de croissance, troubles alimentaires, entre autres l'anorexie et la boulimie, perte des cheveux, baisse d'énergie, fatigue, problèmes gastro-intestinaux, pour n'en nommer que quelques-unes. Ces moyens utilisés pour perdre du poids sont, à long terme, inefficaces et dangereux pour la santé.

La discrimination, parlons-en !
À la lumière de ces informations, il est facile de comprendre qu'être grosse au sein d'une société qui valorise la minceur n'est pas de tout repos. Favoriser l'acceptation des différents formats corporels est un travail de longue haleine, tant sur le plan social qu'individuel. Nous avons voulu, à travers ces lignes, mettre en perspective les fausses croyances qui engendrent de la discrimination afin que nous soyons appréciées non pas pour notre apparence, mais pour ce que nous sommes et réalisons.

Sophie Bellefeuille
Réseau québécois d'action pour la santé des femmes

L'accouchement à la maison : paroles de femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 23, Hiver 2001

Les femmes qui accouchent à la maison sont très marginales dans notre société (à peine 1%) et peu de gens savent pourquoi elles et leur conjoint font un tel choix. Dans le cadre d'un travail en anthropologie, j'ai voulu leur donner la parole, pour comprendre le sens qu'elles donnaient à la maison et à l'accouchement, ainsi qu'à la douleur et au risque car, ce sont les thèmes qui suscitent le plus de questions lorsque le sujet est abordé.

La maison
Les femmes perçoivent leur maison comme un refuge, un nid et un cocon, ce qui fait qu'elles s'y sentent en sécurité. Comme le dit une d'entre elles: " Il n'y a pas un animal qui sortirait de sa tanière pour mettre bas. " La maison n'est pas un lieu comme les autres, on y vit conformément à ses croyances. C'est un territoire où l'on peut contrôler ce qui se passe et un lieu d'intimité véritable. À l'hôpital, c'est " ailleurs ". On n'a pas de contrôle et l'intimité y est " artificielle ". L'accouchement qui se déroule à la maison procure non seulement un sentiment d'unité, mais aussi de continuité, car il s'inscrit dans l'histoire de la famille. Là, il n'y a pas de coupure, ni dans le temps, ni dans l'espace.

L'accouchement
L'accouchement est un fait féminin, car il n'y a que les femmes qui accouchent. La science médicale masculine décrit et définit l'accouchement, mais seules les femmes peuvent ce que c'est réellement. Accoucher est une ouverture du corps et une ouverture à l'autre, à l'inconnu, à la vie. Accoucher est une force physique avec laquelle on doit collaborer, mais c'est aussi un pouvoir, celui de donner la vie.

Accoucher se passe à l'intérieur de soi, c'est intime, instinctif. Accoucher est une histoire qui s'inscrit dans la vie; à la maison, " le temps, c'est mon temps ", alors qu'à l'hôpital, la médecine tente de contrôler un temps qui ne lui appartient pas, et un corps. Accoucher est un passage d'un état à un autre, une occasion de découvrir qui l'on est. Il est important de donner un sens à cet événement déterminant de la vie. Enfin, accoucher est un tout, dont on ne peut isoler un des aspects sans provoquer un effet sur l'ensemble. Une femme enceinte unit ce que notre culture sépare : le corps et l'esprit, la douleur et la joie, la force et la fragilité, le profane et le sacré, la vie et la mort. Accoucher à la maison s'inscrit dans une quête d'unité.

La douleur
Le sens que donnent à la douleur les femmes qui accouchent à la maison est intimement lié à leur conception de l'accouchement. Si l'accouchement n'est pas une maladie, sa douleur non plus. C'est une douleur normale et utile considérée comme un signal important de la venue de l'enfant. Si l'accouchement est un travail physique, la douleur est une douleur d'effort: elle est non seulement quelque chose d'intense, c'est l'intensité de l'accouchement. Si accoucher est une expérience intime, la douleur est aussi placée au fond de soi. Et comme elle est l'expérience humaine la mieux partagée, elle est en ce sens un signe de notre humanité.

Pour les sages-femmes, la douleur est le signe que l'accouchement est un processus de création, de transformation, et de séparation dont la réalité sentie dans le corps a une valeur . Elles reconnaissent toute la place des émotions dans l'expérience d'avoir mal. Dans notre culture, la douleur est définie par la médecine et est considérée comme un problème à traiter. Le modèle de gestion de l'accouchement, médical et technocratique, et les rituels hospitaliers qu'il impose gomment la richesse de l'expérience de l'enfantement, essentiellement féminine, puissante et créatrice.

Le risque
Le risque est la notion autour de laquelle s'est organisée toute l'obstétrique moderne. La médecine intervient de plus en plus dans la vie des femmes enceintes et prétend que la sécurité est reliée à la technologie et à un lieu : l'hôpital.

Pour celles qui veulent accoucher à la maison, l'hôpital est aussi un lieu qui comporte des risques : "Il y aurait trop de monde, trop de microbes, trop d'interventions et de médicaments, ce ne serait pas mon accouchement. " Pour elles, la sécurité vient surtout de l'intérieur; être et se sentir en sécurité, ce n'est pas la même chose. Elles parlent de confiance, en soi et dans la vie. Elles reconnaissent avoir des peurs, mais les considèrent " normales ".

Les témoignages des femmes qui ont accouché à la maison permettent de mieux comprendre l'effet troublant du phénomène de l'accouchement à domicile sur notre société. Dans un système axé sur la médicalisation des étapes de la vie, ils laissent entendre qu'accoucher n'est pas un acte médical. Quand humanisation est souvent associée à capacité de choisir, ils permettent de conclure qu'accoucher, c'est donner un sens à la douleur et au risque. Dans un système organisé pour prévenir les risques, accoucher à la maison est une affirmation que la vie comporte des risques. Bien que marginale, cette réalité doit être considérée comme une contribution essentielle à l'enrichissement et à l'évolution de notre culture de la naissance au Québec. Question de santé

Céline Lemay

Ce texte est le résumé d'une présentation faite à un congrès international de sages-femmes à Montpellier, France.
1. Isabelle BRABANT Pour une naissance heureuse, Montréal éd. Saint-Martin, 1991

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 24, Printemps 2001

L'analyse féministe au coeur du problème

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Lors de notre recherche action de 1999 sur l'état des services de planning dans le réseau public québécois, nous avons découvert, non sans surprise, que deux ans après son approbation comme contraceptif au Canada, le Depo-Provera, aussi appelé injection contraceptive, est déjà le troisième contraceptif offert, en quantité, par les intervenantes et intervenants des centres hospitaliers et des CLSC du Québec, après la pilule et le condom. Ce nouveau contraceptif serait-il " la " solution pour les femmes en matière de contraception ? Les femmes peuvent-elles l'utiliser en toute confiance ? Malheureusement, on peut en douter.

L'approbation du Depo-Provera

L'approbation du Depo-Provera comme contraceptif au Canada en 1997 n'a pas été de tout repos pour la compagnie pharmaceutique Upjohn, fabricant du produit. Le Depo-Provera, une hormone synthétique de type progestérone, était approuvé jusque-là comme médicament pour le traitement de l'endométriose et de certaines formes de cancer. Remarquant ses propriétés anticonceptionnelles à la fin des années 1970, la compagnie Upjohn demande à plusieurs pays l'autorisation de sa mise en marché comme contraceptif. Upjohn dépose sa demande au Canada dès le début des années 1980. En 1983, une vaste coalition de groupes de femmes de tout le pays se met sur pied pour s'opposer à son approbation. Par divers moyens, les membres de la coalition expriment leurs préoccupations quant aux risques que comporte ce médicament pour la santé et son d'administration massive et abusive à certains groupes de femmes (autochtones, handicapées, etc.). Santé Canada rejettera la demande de la compagnie à trois reprises (en 1989, 1992, 1993), s'appuyant sur des recherches indiquant que la progestérone synthétique injectable augmenterait l'incidence du cancer du sein et du col de l'utérus chez les femmes de moins de 35 ans.

Pourtant, en 1997, Santé Canada autorise le Depo-Provera, malgré les doutes qui persistent sur les liens de ce dernier avec les cancers du sein et du col. Déjà, en 1991, l'étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur laquelle les États-Unis et le Canada se sont beaucoup appuyés pour autoriser l'utilisation du Depo-Provera observait une association entre le produit et l'augmentation de l'incidence du cancer du sein, particulièrement chez les femmes de moins de 35 ans. Malgré ce fait, les chercheurs de l'OMS concluent qu' " il ne fallait pas s'inquiéter, car le risque observé n'était pas plus élevé que celui associé aux autres contraceptifs hormonaux ". Or, cette étude s'est effectuée auprès de femmes de la Thaïlande, du Kenya et du Mexique où le taux de cancer du sein est très faible.

En 1995, le Journal of the American Medical Association publiait une étude combinant les résultats de l'OMS et ceux de plusieurs recherches réalisées en Nouvelle-Zélande, pays dont l'incidence du cancer du sein est comparable à celle d'Amérique du Nord. Cette étude révélait une incidence accrue du cancer du sein chez les femmes qui recevaient des injections depuis peu de temps, doublant même chez celles de moins de 25 ans. Ni l'une ni l'autre des deux études ne pouvait déterminer si le Depo-Provera favorisait l'apparition du cancer du sein ou s'il accélérait la croissance de tumeurs préexistantes. Paul Roufail, médecin, alors responsable de ce dossier à Santé Canada, aurait précisé que les nouvelles données concernant les effets du Depo-Provera sur la perte de densité osseuse (pouvant provoquer le développement de l'ostéoporose) chez les jeunes femmes, clientèle visée par cette nouvelle méthode, n'avaient pas été analysées par le comité d'experts mandaté pour étudier la demande d'Upjohn (D.E.S. Action, Bulletin, printemps 1997.).

En fait, aucune nouvelle étude ou nouvelle donnée prouvant l'innocuité du Depo-Provera hors de tout doute expliquerait le changement de position de Santé Canada entre 1993 et 1997. Les recherches sur les effets du Depo-Provera à long terme (sur la perte de densité osseuse, par exemple) sont insuffisantes pour affirmer qu'il ne comporte pas de risques pour la santé des femmes. Que reste-t-il pour expliquer l'autorisation du Depo-Provera, sinon l'influence du puissant lobby de la compagnie pharmaceutique qui le produit?

Le Depo-Provera et ses effets secondaires

Le Depo-Provera est injecté dans un muscle de la fesse ou du bras tous les trois mois. Il empêche l'ovulation, amincit la couche interne de l'utérus (l'endomètre), ce qui empêche un ovule fécondé de s'y implanter, et épaissit le mucus cervical afin de rendre le passage des spermatozoïdes dans le col utérin plus difficile. Si la première injection est administrée dans les cinq jours suivant le début des menstruations et si les subséquentes ont lieu toutes les douze semaines, le Depo-Provera est efficace à plus de 99 %.

Comme tous les contraceptifs à base d'hormones, le Depo-Provera a un effet systémique, c'est-à-dire sur plusieurs fonctions du corps. Chaque femme réagit aux hormones de façon distincte. L'effet contraceptif du Depo-Provera, de même que ses effets secondaires, durent trois mois. Une femme n'a aucun moyen d'arrêter son action ni ses effets si elle éprouve des problèmes. Or, les effets secondaires rapportés sont souvent importants et non négligeables.

Le Depo-Provera provoque des irrégularités menstruelles et une absence totale de menstruations à long terme. Dans les premiers mois de son utilisation, les femmes rapportent des saignements irréguliers ou imprévisibles. Sur le site Web Depo-Provera users' information resource (www.depo-users.com), un site des plus intéressants qui invite les utilisatrices du Depo-Provera à faire part de leur expérience, positive ou négative, avec ce contraceptif, nous avons trouvé le témoignage suivant : " J'ai eu ma première et dernière injection de Depo en janvier 2000. Après quelques semaines, j'ai commencé à saigner. Ça a duré trois mois, après quoi j'ai eu des " saignotements " un autre mois. J'ai immédiatement perdu ma libido et je ne lubrifiais plus. Je suis toujours fatiguée, déprimée, agressive, sur le bord des larmes. Mon humeur change constamment et je m'inquiète pour tout et pour rien. À ce jour, je ressens toujours ces effets et j'attends toujours le retour de mes menstruations. "

Les effets décrits dans ce témoignage ne sont pas rares. En plus des irrégularités menstruelles, les effets secondaires les plus souvent rapportés par les utilisatrices du Depo-Provera sont les maux de tête, les troubles abdominaux; la nervosité, les sentiments dépressifs et le gain de poids. En raison de l'effet prolongé du Depo-Provera, le rétablissement des menstruations, après interruption de son administration peut être difficile à prévoir. Si l'arrêt du Depo-Provera se fait après des injections multiples, le retour des menstruations et de la fertilité peut prendre jusqu'à 18 mois; on déconseille donc aux femmes qui désirent une grossesse dans un avenir rapproché d'opter pour ce moyen contraceptif.

Vu les risques du Depo-Provera pour la santé, ses effets indésirables souvent pénibles et l'évaluation déficientes de ses conséquences à long terme, la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) recommande fortement la prudence à toutes les femmes qui envisagent l'utiliser. Sur le site mentionné ci-haut, un sondage éclair révèle que 75 % des femmes n'auraient pas choisi le Depo-Provera si elles avaient su ce qu'elles savent aujourd'hui à son sujet. Ce contraceptif, sur lequel les femmes n'ont pas le contrôle et qui oblige des visites régulières chez le médecin, représente-t-il un choix vraiment intéressant pour les femmes en matière de contraception ? Encore là, on peut en douter…

Pour de plus amples informations sur le Depo-Provera, son mode d'utilisation, ses contre-indications, ses effets secondaires, ses avantages, ses inconvénients et ses risques pour la santé, commandez votre copie de L'injection contraceptive ou Depo-Provera : est-ce pour vous ? disponible à 1.50 $ l'unité à la FQPN au (514) 866-3721. Québec

Sandra Chastenay
Réseau québécois d'action pour la santé des femmes

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 24, Printemps 2001

Chronique internationale : L'avortement, un droit toujours menacé

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 24, Printemps 2001

Le début de l’année 2001 réservait une bien mauvaise surprise aux défenseurs du droit des femmes à l’avortement. Dès son premier jour de travail comme président des États-Unis, George W. Bush rétablissait la “ politique de Mexico ” interdisant toute assistance financière américaine aux groupes internationaux qui pratiquent des interruption de grossesse, donnent de l’information sur l’avortement ou se battent pour sa légalisation. Cette politique, instaurée par le président Reagan lors de la Conférence mondiale sur la population tenue au Mexique en 1986, avait été retirée par l’administration Clinton en 1993.

Le même jour, le président Bush appuyait officiellement par communiqué, les manifestants anti-choix qui exprimaient, comme c’est le cas chaque année, leur opposition à l’avortement à l’occasion du 28e anniversaire de la décision de la Cour suprême dans l’affaire Roe vs Wade ; ce jugement reconnaît le droit constitutionnel des femmes de recourir à l’avortement aux États-Unis. Dans son communiqué, le président Bush affirmait : “…Nous œuvrons pour faire venir le jour où tout enfant sera accueilli dans la vie et protégé par la loi. Nous savons que cela ne sera pas facile, et que nous n’y parviendrons pas d’un seul coup. Mais cet objectif nous encourage à aller de l’avant pour bâtir une culture fondée sur la vie, affirmant que toute personne, à tous les stades et saisons de la vie, est créée à l’image de Dieu. ”

Même si l’opposition de Bush à l’avortement était connue, nul ne se doutait qu’il en ferait son premier geste politique. En fait, le candidat Bush avait évité tout débat sur l’avortement durant sa campagne à la chefferie républicaine et lors de la présidentielle afin de s’assurer du vote des républicains pro-choix. Une situation semblable à celle que les Canadiennes et les Canadiens ont vécue avec Stockwell Day. Aurions-nous eu à faire un parallèle encore plus étroit si l’Alliance canadienne avait été élue ?

Le président américain a non seulement privé de près de 430 millions $US les organismes non gouvernementaux de divers pays travaillant de près ou de loin pour l’avortement, il a en plus donné son aval au mouvement anti-choix et laissé entendre qu’il souhaitait travailler activement à la reconnaissance de la vie dès la conception. Cette reconnaissance des droits du fœtus constitue une menace directe aux droits des femmes de décider d’avoir ou non des enfants, du moment de les avoir et de leur nombre. Tel que l’a statué la Cour suprême du Canada, si l’État légiférait pour protéger le fœtus, il empièterait radicalement sur les libertés fondamentales de la femme.

Près de 50 millions d’avortements sont pratiqués dans le monde chaque année. Plus du tiers d’entre eux sont des avortements illégaux, réalisés principalement dans les pays de l’hémisphère Sud. Près de la moitié de ces avortements ont lieu en dehors de tout système de santé. Chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé, les avortements clandestins tuent 80 000 femmes et en mutilent ou en rendent stériles des centaines de milliers d’autres
Cette réalité démontre clairement que l’avortement est un service de santé essentiel pour permettre aux femmes d'exercer leur droit. Malgré cela, le droit à l’avortement ne cesse d’être nié ou menacé partout dans le monde.

Les retombées au Canada

Heureusement, le gouvernement de Jean Chrétien ne veut pas aborder le dossier avortement. Il faut dire que la population canadienne est beaucoup moins divisée sur la question de l’avortement que la population américaine : les deux tiers des Canadiennes et des Canadiens estiment que les femmes qui désirent avoir recours à l’avortement devraient pouvoir le faire alors qu’aux États-Unis, 47% des citoyens et des citoyennes sont pour l’avortement, 45% contre. Au Québec, près de 72 % de la population est en faveur du libre choix.

Le droit à l’avortement reste malgré tout fragile au Canada. Il n’est pas à l’abri de la montée de la droite, ni du fondamentalisme religieux, ni du mouvement anti-choix. Ce mouvement, dont le réseau fait le tour de la planète, jouit maintenant de l’appui du président du pays le plus influent du monde. Ses ramifications violentes sont aussi de plus en plus actives au Canada : quatre des quinze dernières tentatives de meurtre auprès d’intervenants et d’intervenantes pratiquant des avortements en Amérique du Nord ont eu lieu au Canada.

Le droit à l’avortement n’a de sens que si les femmes ont accès à des services de contraception et d’avortement gratuits, de qualité et respectueux de leur choix. Or, nous sommes encore loin de cette accessibilité. Bien qu’au Québec le droit à l’avortement soit reconnu, les services ont diminué de façon importante à cause de restrictions budgétaires liées à l’atteinte du déficit zéro. Les CLSC et les centres hospitaliers qui offrent toujours des services d’avortement disposent de budgets semblables à ceux d'il y a vingt ans. Comme les médecins ne sont pas obligés de pratiquer des avortements, si cela va à l’encontre de leur morale, seulement quarante d’entre eux le font et on peut croire que les remplacer sera problématique encore longtemps. Ce manque de ressources humaines et financières crée des délais inacceptables, ce qui fait qu’encore aujourd’hui, plus du tiers des avortements au Québec se font en clinique privée, là où les femmes doivent payer pour exercer leur droit.

Que faire ?

La lutte pour le droit à l’avortement est loin d’être terminée. À l’échelle mondiale, nous nous devons d’appuyer les organismes qui militent pour la légalisation de l’avortement. Le Comité international de suivi de la Marche mondiale des femmes a invité la population à manifester sa solidarité envers ces organismes, en plus de l’inciter à écrire au président Bush pour dénoncer sa décision. Mais la légalisation de l’avortement, bien qu’essentielle, est loin d’être suffisante pour que les femmes puissent exercer pleinement leur libre choix face à la maternité. Il faut maintenir nos efforts pour obtenir une accessibilité réelle à des services d’avortement de qualité, tout en restant vigilantes face aux différentes manifestations du mouvement anti-choix, mouvement renforcé par l’appui du président Bush. La FQPN poursuit son travail en ce sens par l’entremise de diverses campagnes et actions ; elle convie d’ailleurs toute personne intéressée à y participer, à s’informer sur la question, à agir d’une façon ou d’une autre pour qu’évolue le dossier.

Nathalie Parent
Fédération du Québec pour le planning des naissances

Histoire de coeur

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 24, Printemps 2001

À 59 ans, Jocelyne est une femme très active et engagée au plan social et professionnel. Hormis un diabète contrôlé par une faible médication, elle est en bonne santé. Toutefois, depuis quelque temps, elle se sent beaucoup plus fatiguée. Elle décide de consulter une médecin qui refuse de l’examiner et de considérer ses symptômes avant d’obtenir les résultats d'une batterie complète de tests. Nous sommes en novembre et Jocelyne obtient un rendez-vous pour ses prélèvements en mars.

Or, un après-midi de février, de retour à la maison après une réunion assez pénible, Jocelyne est très fatiguée et décide de s’étendre. Elle dit avoir “ mal mangé ” ce soir-là, puisqu’elle n’a aucune énergie pour cuisiner. Son état d’épuisement la maintiendra couchée sur le divan du salon toute la soirée. Vers minuit, elle a des nausées, des vomissements et une très forte douleur du côté droit de la poitrine, prenant la forme d’une “bretelle”. Elle décide d’attendre le matin pour consulter un médecin, convaincue qu’elle fait une grosse indigestion ou une crise de foie. Elle essaie de se rendre à sa chambre, mais est incapable de monter l’escalier. Elle reste donc assise au salon, la position couchée augmentant ses douleurs. Sur les conseils d’une infirmière d’Info-santé, elle se rend finalement à l’hôpital aux petites heures du matin, où il est déterminé qu’elle est à quelques minutes d’une mort par infarctus.

La chance de sa vie

Il n’y a personne à la salle d’attente de l’urgence à son arrivée à l’hôpital. Selon Jocelyne, c’est la chance de sa vie. Elle restera pourtant entre la vie et la mort pendant plus de douze heures, la forte dose d’anticoagulant qu’on lui administre tardant à faire son effet. D’après Jocelyne, les séquelles causées par l’infarctus auraient été mineures si elle s’était rendue plus tôt à l’hôpital. Une partie de son cœur ne serait pas sclérosée puisque le caillot se serait éliminé plus rapidement. Elle n’aurait probablement pas développé d’œdème pulmonaire (accumulation anormale de liquide dans les poumons) et la formation d’un deuxième caillot aurait pu être évitée. Jocelyne estime qu’elle aurait été plus attentive à ses symptômes si elle avait été informée des problèmes cardio-vasculaires chez les femmes.

Les maladies cardio-vasculaires chez les femmes

Dans le chapitre sur les maladies cardio-vasculaires (MCV) de son livre sur la santé des femmes, la médecin Eileen Hoffman déplore le peu d’importance accordée aux maladies du cœur chez les femmes. Bien que les MCV demeurent la première cause de décès chez les femmes, le dépistage de ces maladies chez elles ne fait partie d’un examen de routine que rarement. Jusqu’à tout récemment, peu d’études ou d’essais cliniques faisaient état des différences entre les sexes quant aux maladies cardio-vasculaires. Par contre, certaines études tentent de démontrer que les œstrogènes protégeraient les femmes contre ces maladies avant la ménopause, ce qui expliquerait qu’elles en souffrent plus tard que les hommes dans leur vie. L'étendue de cette découverte ne serait cependant pas complètement vérifiée. De plus, les façons particulières dont les MCV se manifestent chez les femmes ne sont pas encore bien connues.

Les MCV ont longtemps été associées exclusivement aux hommes en raison du jeune âge auquel cette maladie les frappe, soit la quarantaine ou la cinquantaine. Selon Eileen Hoffman, l'étude sur les maladies du cœur de Framingham au Massachusetts, la plus vaste en son genre qui a fait le suivi de 2282 hommes et de 2845 femmes dès 1948, a nourri le mythe que les maladies cardio-vasculaires restaient un problème masculin. Habituellement, les femmes développent des problèmes cardio-vasculaires plus de dix ans après la ménopause. Selon Dre Hoffman, toujours, les médecins étaient peu intéressés aux problèmes cardio-vasculaires développés chez les femmes parce que la profession médicale était souvent indifférente aux maladies des personnes âgées. Il n'était pas rare de les voir ignorer même la possibilité de maladies cardio-vasculaires chez les femmes. Cet état de fait expliquerait qu'aucune mobilisation n’a eu lieu pour considérer la situation d’urgence des femmes, plus âgées, souffrant de MCV.

Lorsque les femmes consultaient un médecin pour des problèmes cardiaques, leurs symptômes étaient souvent jugés psychosomatiques. Une femme aurait pu se présenter à l'urgence manifestant tous les symptômes d'un infarctus et se faire dire qu'elle souffrait d'anxiété. Eileen Hoffman appuie cette affirmation en mentionnant une autre étude où une équipe de chercheurs a examiné la façon dont des médecins ont répondu à cinq manifestations communes à des sujets des deux sexes : douleur à la poitrine, douleur au dos, mal de tête, étourdissement et fatigue. Les chercheurs ont observé que les hommes subissaient un examen plus élaboré que les femmes pour chacun de ces symptômes. Ils ont alors conclu que les décisions observées d’approfondir les examens des hommes n’étaient pas fondées sur des faits médicaux, mais sur l’interprétation que faisaient les médecins de la gravité des symptômes des patients.

D'autre part, le diagnostic des MCV chez les femmes se compliquait en raison de plusieurs influences biologiques propres aux femmes. En effet, l’étude de Framingham a démontré que certains facteurs de risque tels le taux de cholestérol, l’obésité et le tabagisme des hommes et des femmes sont dissemblables. Lorsque ces facteurs sont présents chez les femmes, ils altéreraient l’effet protecteur des œstrogènes. De plus, les médecins, ne connaissant que les symptômes des hommes, avaient de la difficulté à évaluer les symptômes différents des femmes.
Le manque d’information en matière de maladies cardio-vasculaires chez les femmes a entraîné également des conséquences une fois le diagnostic établi. Les pronostics, les traitements et les programmes de réadaptation reposent souvent sur des recherches menées exclusivement chez les hommes. Ainsi, le traitement habituellement employé pour les hommes serait moins efficace pour les femmes atteintes d’une maladie cardio-vasculaire à un stade très avancé. À titre d'exemple, les pontages coronariens réussissent moins bien chez les femmes à cause de la dimension de leur cœur et de leurs artères.

Développer la recherche en santé des femmes et informer pour mieux prévenir
Comme nous venons de le voir, les médecins ont été longtemps peu informés des MCV chez les femmes. Ceci a eu pour effet d'influencer leur façon d'intervenir auprès d'elles, notamment dans l'interprétation de leurs symptômes. Les femmes, de leur côté, aucunement sensibilisées à la possibilité d’être atteintes de problèmes cardiaques n'ont pas pu s'en protéger. Lorsqu'elles en souffraient, beaucoup d’entre elles tardaient à se présenter à l’hôpital, alors qu’il faut agir rapidement au moment d’un infarctus. En conséquence, elles survivaient souvent à ces maladies avec de lourdes séquelles.

Présentement, des efforts de mobilisation, de recherche et de diffusion de l’information en matière de santé cardio-vasculaire chez les femmes sont déployés. Pour Eileen Hoffman et Jocelyne, la meilleure façon de nous protéger de ces maladies est de connaître les risques et les symptômes qui leur sont associés et d’insister pour obtenir les services auxquels nous avons droit si nous jugeons notre état de santé menacé. Les médecins, eux, doivent connaître les dernières découvertes concernant la santé cardio-vasculaire des femmes afin de mieux intervenir et de poser un diagnostic plus juste.

Sandra Chastenay
RQASF

L'infarctus psychiatrisé ou comment se retrouver dans le DSM 5

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 24, Printemps 2001

Je voyais souvent le chef psychiatre de l’hôpital rôder aux soins intensifs, où je me trouvais pour la deuxième fois en deux semaines.

Je l’avais rencontré déjà lors de réunions d’un comité tripartite. C’est un homme aimable avec qui j’avais eu du plaisir à discuter. J’avoue avoir espéré qu’il ne me reconnaîtrait pas. Espoir futile. Tout est ouvert aux soins intensifs ; en plus, j’étais juste en face du poste de garde, lieu idéal pour observer mais endroit privilégié où être repérée. Me reconnaissant, il est venu me saluer. Ayant déjà eu des rapports “ égalitaires ” avec lui, je me suis permis de lui demander pourquoi on le voyait si souvent dans le secteur. Il m’a alors appris que les patients et les patientes y souffrent fréquemment de problèmes psychiatriques, dont certains très sérieux et, à titre préventif, qu’il venait régulièrement pour y déceler des troubles potentiels. Il semble que les victimes de maladies cardiaques soient particulièrement vulnérables à cet égard.

À ce moment là, j’étais moi-même assez mal en point, suite aux multiples complications d’un grave infarctus. J’étais très “ branchée ”, tant à gauche qu’à droite, équipée de “ robinets ” aux deux mains, si bien que le moindre déplacement exigeait de ma part une adresse démesurée. Lors de ma rencontre avec lui, le GP (gentil psychiatre), m’a fait des déclarations qui m’ont éberluée, je n’en comprenais pas le sens. Avec le recul, je me rends compte que j’étais trop malade pour faire autre chose que survivre. Je me sentais rassurée d’être aux soins intensifs où, soit dit en passant, les soins infirmiers étaient impeccables.

Puis, au fur et à mesure de mes débranchements, les ennuis se sont accumulés. D’abord, un des cardiologues m’a intimidée, ce qui m’a bouleversée et laissée sans parole. Puis ça été la peur, celle avec un grand P, celle tout en majuscules. Peur d’abord de mon propre corps, de ma maladie ; peur de mon cœur qu’on a jugé très malade et blessé à vie (ou à mort) ; peur de mon taux de sucre qui montait : on m’injectait cinq fois par jour l’insuline tandis qu’en même temps on me “ soignait ” par solutés à base de glucose ! Je ne dormais plus sans tranquillisant, je n’évacuais plus sans médicament. Très affaiblie, très vulnérable, je me suis laissée envahir.

J’ai eu également peur de certains employés de l’hôpital : l’infirmier misogyne qui me réveillait à six heures du matin pour une prise de sang, il est devenu pour moi un vampire qui me faisait mal à chaque fois, à dessein, et l’étudiante infirmière qui manquait invariablement son test de glucose, au point que j’ai rapidement eu le bout des doigts comme de véritables passoires.

Quand j’ai voulu parler de mes peurs, une nouvelle peur s’est installée : celle de passer pour folle et d’avoir affaire à la psychiatrie. Alors je me suis tue, mais mes peurs se sont multipliées.
Le test préalable à une sortie de l’hôpital après un infarctus s’appelle ECG à l’effort (il s’agit d’un électrocardiogramme que l’on passe en marchant très vite, sur un tapis roulant). Avez-vous idée de la peur que peut ressentir une personne à passer ce test ? Durant trois semaines, je n’avais pratiquement pas bougé. J’avais été abrutie par les médicaments, et voilà qu’on me faisait courir ! Malgré la trouille, j’ai résisté trois minutes et demie : la médecine cardiologique a alors décrété que j’étais fin prête à affronter le monde et le froid de février. Dieu que j'avais peur : j’en étais tout assommée.

Rendue chez moi, la peur a vraiment pris racine : peur de me lever (j’étais tellement étourdie) ; peur de la lumière du jour (même phénomène) ; peur de monter me coucher (un rien m’essoufflait) ; peur de boire (à cause de l’œdème pulmonaire qui, m’avait-on dit, me guettait à chaque gorgée d’eau). Peur, peur, PEUR. Peur de l’inaction et de l’action, du sommeil et de l’éveil, de la fatigue, du manque de concentration ; peur de mes fantômes personnels, de ce cœur que j’entendais battre avec ses hésitations, ses emballements, ses irrégularités.

J’étais alors pratiquement incapable de faire quoi que ce soit par moi-même. Moi si autonome, j’étais dépendante des autres pour certains soins corporels, le marché, le lavage, les transactions bancaires, les déchets, le ménage. Toute activité, même agréable, m’épuisait ; lire, dessiner, jouer au scrabble, faire des casse-tête, regarder la télé étaient désormais un fardeau.

Moi qui, trois ans auparavant, n’avais encore jamais pris de médicaments, hormis la pilule et une aspirine occasionnelle pour mon syndrome prémenstruel, j’héritais de neuf sortes de médicaments. Je m’interrogeais sur la nécessité de cette médication abondante, mais mon cardiologue refusait de répondre à mes questions ; s’il l’avait fait, il aurait au moins calmé mes inquiétudes.

Je me suis imaginée alors finie à jamais. J’étais d’une fragilité extrême, je pleurais, plus souvent qu’à mon tour. J’étais inutile, sans but, je perdais tout rôle social. Je ne voyais plus comment m’en sortir. J’ai commencé à broyer du gris très foncé, à perdre mon estime de moi de façon très sérieuse.

Voyez-vous la belle grosse dépression qui se dessinait ? Eh bien, moi, un jour je l’ai vue et j’ai eu peur, oui une fois encore ! J’avais le choix : ou je continuais à couler et je risquais d’atterrir en psychiatrie ou je réagissais. J’ai choisi de réagir. J’ai travaillé ardemment ; j’ai fait des efforts, j’ai trouvé de l’aide physiologique et psychologique. J’en suis sortie ? Pas totalement. Je crois que je suis devenue vulnérable à tous les points de vue. Je ne revivrai jamais l’insouciance d’avant. Tout m’atteint, mon cœur tant physique qu’émotif.

J’ai encore passé, récemment, une période très difficile ; j’ai de nouveau pensé perdre la raison et ma santé en partie rebâtie. J’ai de nouveau eu très peur. Mais j’ai compris plein de choses, surtout que personne n’est à l’abri de soubresauts sur le plan de la santé mentale, que santé physique et santé mentale sont intimement liées, inséparables, même.

Fernande Ménard
RQASF

La santé du coeur : une affaire de femmes ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 24, Printemps 2001

Lors d’un sondage réalisé en 1999 où on demandait aux personnes interrogées quelle était, selon elles, la principale cause de décès chez les femmes, 47% des Québécoises mentionnaient le cancer du sein et seulement 19 % citaient les maladies cardio-vasculaires (MCV). Bien que depuis vingt ans les MCV soient moins souvent mortelles, elles sont encore la principale cause de décès des Québécoises (38% des décès survenus de 1993 à 1995, versus 29% pour l’ensemble des cancers et 5% pour le cancer du sein).

Vivre avec un problème cardiaque a des répercussions importantes sur la qualité de la vie quotidienne: douleurs, peur et insécurité, dépression et limitations d’activités à long terme. Cette situation est déplorable d’autant plus que des MCV, particulièrement les maladies coronariennes (infarctus du myocarde, angine…) qui représentent les formes les plus courantes de ces maladies, peuvent être évitées ou retardées jusqu’à un âge avancé.

Les facteurs de risque de MCV chez les femmes.

Si le vieillissement ainsi que des antécédents de MCV dans la famille immédiate (père, mère, frère ou sœur) sont des facteurs de risque inaltérables, plusieurs facteurs de risque majeurs de MCV sont modifiables, sinon contrôlables : hypertension artérielle, diabète, tabagisme, hypercholestérolémie, embonpoint, obésité et sédentarité. La prise de contraceptifs oraux représente un facteur de risque de MCV propre aux femmes; l’utilisation de contraceptifs oraux jumelée à la cigarette fait grandement augmenter le
risque de MCV chez les jeunes femmes. D’autre part, les oestrogènes jouent un rôle cardioprotecteur jusqu’à la ménopause. Les MCV se manifestent en moyenne dix ans plus tard chez les femmes que chez les hommes.

Faire des choix maintenant pour la santé.

Dans le domaine des MCV, il existe des écarts importants entre les riches et les pauvres qui, selon de récentes études, sont indépendants de la présence de facteurs de risque reconnus. Or, les femmes sont parmi les personnes les plus pauvres de la société. Les facteurs socio-économiques et l'hygiène de vie des membres d'une société constituent donc des champs d'intervention de prédilection en matière de prévention.

Individuellement nous pouvons, dans notre quotidien, tenter de réduire nos risques de développer des problèmes cardiaques. Voici quelques exemples de mesures à intégrer, autant que possible, à nos activités de routine: bouger plus dans nos activités quotidiennes (prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur ou l'escalier mobile); choisir des aliments faibles en gras et riches en fibres, en incluant des légumes à nos repas, en remplaçant la viande par des légumineuses; en choisissant des pains complets plutôt que du pain blanc; cesser ou diminuer notre consommation de cigarettes; nous accorder des moments de détente.

Revendiquer en faveur de la santé des femmes

La majorité des recherches portant sur la prévention, le diagnostic et le traitement des MCV a été menée sur des sujets masculins. Le comité Femmes et santé du cœur de la Fondation des maladies du cœur du Québec poursuit notamment l’objectif d’encourager la recherche visant à mieux cerner les causes, les symptômes et les traitements des maladies cardio-vasculaires chez les femmes.

La tenue, en mai 2000, de la première conférence internationale sur les femmes et les maladies du cœur à Victoria en Colombie-Britannique constitue un bon départ. Cette conférence a généré de nombreuses pistes de recherche et d’action concernant la spécificité des MCV chez les femmes, qui permettront de faire voir aux gestionnaires et aux chercheurs que la santé du cœur, c’est aussi une affaire de femmes.

Diane Ouellet
comité Femmes et santé du cœur, Fondation des maladies du cœur du Québec

NB. Pour plus d’information veuillez communiquer avec la Fondation des maladies du cœur du Québec au 514-871-1551

Voici les principaux symptômes de deux formes de MCV :

Les signes d’une crise cardiaque :

  • au niveau de la poitrine, vague inconfort ou douleur intense et irradiante ;
  • sensation de lourdeur, de compression et de serrement, sensation de brûlure ou de douleur pouvant commencer au centre de la poitrine et s’étendre à la nuque, à la mâchoire et aux épaules ;
  • nausées, vomissements ou indigestion ;
  • essoufflements, pâleur, sueurs ou faiblesse ;
  • anxiété, refus d’admettre les symptômes ou peur ;
  • douleur vive et soudaine à la poitrine.

Les signes d’un accident vasculaire cérébral :

  • faiblesse soudaine, engourdissement ou picotement au niveau du visage, d’un bras ou d’une jambe. Ces symptômes peuvent être de courte durée ;
  • difficulté soudaine à parler ou à comprendre ce qui est dit ;
  • perte soudaine de la vision, surtout d’un œil, ou vision double ;
  • maux de tête soudains, intenses et inhabituels.

Si la vie m'était contée autrement

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 24, Printemps 2001

Notre condition humaine implique forcément des transformations, des variations dans nos états de santé et de bien-être, des pertes et des morts, des attachements et des renoncements. Dès la naissance, nous expérimentons la séparation et le détachement en quittant le milieu utérin. Ensuite, nous quittons progressivement l’enfance pour l’adolescence et l’âge adulte. Jeunes adultes, nous quittons le milieu familial, en quête d’une autonomie toujours plus grande. Puis lentement mais sûrement, nous vieillissons avec les nouveaux défis physiques, psychologiques et spirituels que cela implique, avec notre bagage d’expériences et de connaissances.

Grandes ou petites, choisies ou inévitables, reconnues socialement ou marginalisées, nous vivons des pertes à tous âges, alternativement ou concurremment. Certaines pertes nous transportent ou nous transforment : que l’on pense à la perte de l’intimité du couple, à cause de l’arrivée d’un enfant; à la perte d'une dent de lait au profit d’une dent d’adulte; au foyer d'accueil que l'on quitte pour une famille d'adoption; au passage d’un emploi à un autre plus stimulant ou mieux rémunéré. D’autres nous déstabilisent ou nous anéantissent comme par exemple celle d’une maison suite à un incendie, d’un être cher suite à une rupture non désirée, d’un enfant suite à un décès. D’autres encore nous laissent indifférentes. Peu importe la façon dont nous les vivons, les deuils, les maladies et les pertes sont des mouvements incontournables inhérents à la vie.

La négation sociale des concepts de perte, de maladie, de deuil et de mort

Par ailleurs, dans notre société, des images de jeunesse nous inondent. De plus en plus, elles nous font miroiter une vie “presque éternelle”. Le culte du corps parfait s’impose à nous. La santé devient la normalité tandis que la maladie et la souffrance sont perçues comme l’anormalité. Dans les interventions visant la promotion de la santé, on affirme que de saines habitudes alimentaires, de l’exercice régulier, des méthodes de dépistage précoce de certaines affections combattent malaises et maladies, mais on ne parle pas ou que très peu, de la mort. Même en appliquant assidûment toutes les mesures possibles de prévention, des personnes continueront d’être malades et de mourir, d’anciennes maladies comme de nouvelles.

La science promettra également l’immortalité et la santé “parfaite ”. De la naissance à la mort, la condition humaine sera de plus en plus dénaturée: par le clonage, l’individu à naître pourrait, dans un avenir plus ou moins rapproché, avoir les yeux, les cheveux, le caractère, le cœur et la santé que l’on désire; par la congélation des embryons, on pense à recréer des cellules vivantes et des organes pour remplacer des parties de corps malades; avec la génétique, il sera peut-être possible d’intervenir en cas de “défaillances anticipées”.

Les personnes vieillissantes et mourantes, elles, sont de plus en plus isolées, comme en témoignent la pénurie actuelle de centres d’hébergement et de soins palliatifs. La mort ne fait plus partie du quotidien comme au siècle dernier, les mourants ne meurent plus à la maison; de nos jours, les cérémonies consacrées au deuil sont de plus en plus écourtées.

L’emphase mise sur la productivité, le rendement et la consommation effrénés modifient notre rapport au temps. Les horaires sont surchargés, tout doit être rapide; il faut agir efficacement. Nous intégrons parfois si profondément ces valeurs que nous développons un système de croyance nous forçant à taire aussi rapidement les maux du corps et du cœur. Dans une perspective de rendement et d’efficacité, la mort et la souffrance n’ont pas de place. Tout ce qui appelle un ralentissement de nos activités y compris le vieillissement, est souvent perçu et vécu difficilement ou négativement. Alors, la souffrance, la tristesse, les maladies et la mort deviennent presque honteuses; des sentiments d’échec, d’impuissance et de culpabilité peuvent nous envahir. La sensibilisation aux pertes, aux deuils, aux souffrances, aux maladies et à la mort est aussi une question de prévention et de santé; nous aurions intérêt à apprivoiser à nouveau ces phénomènes de la vie, en prenant le temps d’y réfléchir et d’en parler.

Le fait de reconnaître et d’exprimer les nombreuses émotions que ces mouvements engendrent favorise le processus de guérison ou de transition. Lors de maladies ou de deuils, nous pouvons nous permettre d’être aidées ou prises en charge momentanément, nous donner le temps de saisir le sens des événements qui surviennent et les enseignements qu’ils contiennent.

Parfois, les malaises et les maladies nous signalent un déséquilibre dans notre vie; parfois, ils sont le résultat d’un affaiblissement de notre système immunitaire (stress, fatigue, etc.). Quelquefois, ils sont un effet de bombardements de l’environnement (pesticides, champs électromagnétiques, O.G.M., etc.). D’autres fois, ils sont le reflet d’une “ mémoire ” d’événements passés. D’autres fois encore, ils sont une réponse à un besoin affectif et expriment des émotions jusque-là refoulées. Les maladies, les pertes, les deuils peuvent nous amener au cœur de “Soi”, nous apprendre à vivre autrement, nous permettre de réviser nos valeurs, nos croyances et nos choix. Ils peuvent nous fournir l’occasion de nous connaître davantage, de développer de nouvelles habiletés, d’expérimenter l’attachement et le détachement.

Une certitude demeure: quoique nous fassions, nous mourrons toutes, malades ou en santé. Nous ne serons jamais immunisées, ni contre les aléas de la vie, ni contre la mort. Le seul pouvoir que nous avons est de changer le regard que nous posons sur les événements et la façon dont nous les interprétons. Notre manière de voir influence grandement notre adaptation et notre ouverture à la vie. Encore une fois, parler de maladies, de mort, de pertes et de souffrance est aussi une question de prévention!

Voilà quelques-unes des réflexions soulevées dans le livret Si la vie m’était contée autrement que vous pouvez vous procurer à Relais-femmes. Nous animons également des ateliers sur les thèmes abordés dans cet article. Vous pouvez communiquer avec nous au (514) 878-1212, #212.

Rénée Ouimet et Johanne Marcotte,
Relais-femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 25, Automne 2001

Sans préjudice...pour la santé des femmes, numéro 25. Numéro spécial

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Bonjour lectrices et lecteurs,

C’est avec plaisir et beaucoup de fierté que je vous présente ce numéro spécial du Sans préjudice qui souligne la 25e parution de notre bulletin.
Cette publication se veut à l’image du Réseau : approches diversifiées, sujets nombreux qui reflètent la réalité des préoccupations de nos membres. De fait, les problèmes touchés par nos dossiers s’y retrouvent presque tous : santé reproductive, humanisation des naissances, santé mentale, santé des lesbiennes, cancer du sein. D’autres s’y greffent : santé des adolescentes, mondialisation et santé des femmes.

Certains textes analysent la situation actuelle et tentent de dégager des pistes d’action. D’autres offrent une façon peu habituelle d’entrevoir l’avenir. Certains sont écrits à partir du rationnel, d’autres font état d’émotions, le tout agrémenté d’une évocation artistique. Enfin, je veux attirer votre attention sur l’éditorial de notre présidente sortante, Chantal Lapointe, qui aborde la santé des femmes à travers son regard sur la société.

Ce numéro du Sans préjudice a été pensé, écrit et réalisé dans le but de faire le point sur la santé des femmes, de vous faire réagir et de nourrir votre réflexion. Il veut susciter votre désir de vous engager davantage dans vos luttes pour la santé des femmes. Il souhaite favoriser chez vous le goût d’accompagner davantage les membres du Réseau dans la poursuite d’objectifs communs. Enfin, il se veut un outil pour alimenter l’action à la fois personnelle et collective que toutes nous menons.

Je vous rappelle que tous vos commentaires sur ce numéro seront les bienvenus. Toutes les offres de collaboration seront également bien accueillies.

Bonne lecture !

Fernande Ménard
présidente RQASF

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 25, Hiver 2002

Ce que les lesbiennes ne feraient pas pour être en santé!!!

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 25, Automne 2001

1979... Les lesbiennes sont invisibles, elles sont jeunes, n’ont pas d’enfants; elles ne vivent pas de problèmes de violence conjugale ou d’alcoolisme ou n’en parlent pas encore. On parle fort peu de discrimination envers les lesbiennes.

2001... Les lesbiennes sont toujours aussi invisibles mais elles ont vieilli, parmi elles, certaines ont eu des enfants qui ont grandi, d’autres ont fait l’expérience de la violence — certaines en tant que victimes, d’autres en tant qu’agresseures — ou de l’alcoolisme. On parle de plus en plus de la discrimination que vivent les lesbiennes.

Deux époques, deux constats, une réalité : les lesbiennes ne sont pas plus en santé!!!

Entre ces deux époques, le constat sur la réalité vécue par les lesbiennes a évolué substantiellement mais une chose demeure : l’orientation sexuelle d’une personne étant invisible, il est facile de la cacher ou de la taire et c’est ce que fait encore aujourd’hui la majorité des lesbiennes. Cacher ainsi un aspect aussi fondamental de son être ne peut qu’entraîner des problèmes de santé ; l’afficher entraîne encore trop souvent discrimination, préjugés et harcèlement, une expérience qui se vit aussi très difficilement sans conséquences pour la santé... Cette invisibilité contribue à entretenir l’idée que les lesbiennes n’ont pas de besoins de santé particuliers, puisqu’elles ne sollicitent que très peu les services. L’homophobie peut conduire à un mauvais diagnostic et à un traitement inadéquat de la part des médecins et à une aliénation et une incompréhension de la part des lesbiennes.

Le gouvernement, notre santé, une histoire à finir !

Dès 1979, cette réalité vécue par les lesbiennes est exposée dans un mémoire présenté par le Rassemblement national des lesbiennes et des gais du Québec au Comité sur les services sociaux du Montréal métropolitain. Cette tentative de sensibilisation, comme d’autres qui suivront, ne provoque aucune réaction.

C’est beaucoup plus tard, en 1993, alors que la Commission des droits de la personne tient des audiences publiques sur la discrimination et la violence à l’égard des lesbiennes et des gais du Québec que la communauté réussit à se faire entendre : en 1994, le rapport issu de ces audiences, De l’illégalité à l’égalité, admet le manque de reconnaissance de la réalité vécue par les lesbiennes et les gais au Québec et, en matière de santé et de services sociaux, l’absence de services spécifiques et adaptés à leurs besoins de même que l’inexistence de formation et de sensibilisation chez les intervenants du réseau.

Interpellé par ces constats, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) met trois ans à publier le rapport Orientations ministérielles : l’adaptation des services sociaux et de santé aux réalités homosexuelles. Est-ce que quelqu’une en a entendu parler ? Ce rapport identifie des axes d’intervention — lutte contre la discrimination, formation et conscientisation des intervenants du réseau, promotion de l’ouverture face aux différences — et semble animé par une volonté de changement. Ce rapport est resté lettre morte. À un tel point que la demande des groupes communautaires des lesbiennes et des gais que soit nommé une personne responsable pour implanter les recommandations du rapport est ignorée. L’incapacité du ministère à concrétiser ces orientations sur le terrain fait déchanter les lesbiennes qui, à l’automne 2000, discutent à nouveau de la question dans un atelier portant spécifiquement sur leur santé.

Cet atelier, tenu dans le cadre du colloque Nos communautés en marche !, organisé par la Table de concertation des lesbiennes et gais du Québec, arrive donc à la conclusion que pour faire bouger les choses, il faut prendre des moyens qui ne soient pas qu’incitatifs : plutôt que d’offrir aux intervenants de participer sur une base volontaire au programme de formation Pour une nouvelle vision de l’homosexualité, il faut systématiser la démarche, aller au-devant des intervenants et organiser la formation dans les milieux de travail, et dans chacune des régions, pour que tous les professionnels de la santé, tant dans le réseau public qu’en pratique privée, y participent. De même, un volet obligatoire de sensibilisation à la réalité homosexuelle doit être élaboré et faire partie intégrante des programmes de formation, au niveau collégial comme au niveau universitaire.

Ces mesures, simples en apparence, n’ont toujours pas été mises en branle jusqu’à maintenant. Entre temps, certaines préoccupations prennent encore plus d’importance : c’est le cas, tout particulièrement, du vieillissement et de la violence conjugale des lesbiennes.

Le vieillissement et la violence conjugale chez les lesbiennes

Peu de temps s’est écoulé depuis que des lesbiennes sont sorties de la clandestinité et ont dévoilées leur orientation sexuelle. Une première génération de ces femmes approche du troisième âge après avoir mené, durant de longues années, un combat pour l’égalité et la reconnaissance de leurs droits. À cette étape de la vie où on aspire à la tranquillité et au repos, il ne faudrait surtout pas que pour éviter d’autres affrontements, elles en soient réduites à se taire, à s’isoler, à se nier... La question mérite réflexion : l’attitude du personnel des centres d’hébergement, le rapport avec les proches, les conditions d’hébergement, la cohabitation des couples de même sexe et les activités de loisir sont autant de pistes à explorer — sans tarder — pour répondre à ces besoins spécifiques. C’est dans cette perspective que le Réseau des Lesbiennes du Québec en partenariat avec l’Alliance de recherche IREF/Relais-Femmes a initié une recherche sur l’adaptation des services à l’hébergement et/ou au maintien à domicile aux besoins et aux réalités des lesbiennes âgées.

Par ailleurs, les lesbiennes de tout âge sont de plus en plus confrontées à la violence conjugale. Sujet tabou chez les femmes hétérosexuelles, c’est un des secrets les mieux gardés chez les lesbiennes. Le phénomène de la violence conjugale est d’une telle complexité que dans les couples hétérosexuels, tant la victime que l’agresseure vont, en général, chercher de l’aide auprès des personnes ayant vécu une expérience similaire. Il en va de même pour les lesbiennes : pour ne pas se sentir jugées, méprisées, ridiculisées, elles ont besoin de se reconnaître dans les personnes auprès de qui elles vont chercher de l’aide, de se reconnaître non seulement par le sexe mais aussi par l’orientation sexuelle et le vécu.

Malheureusement, très peu de lesbiennes reçoivent de l’aide parce que de telles ressources sont presque inexistantes : seul le Groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes (GIVCL) offre ce genre de services spécifiques et ce, aux seules lesbiennes de Montréal. Les instances gouvernementales doivent allouer les fonds nécessaires pour que de telles ressources s’étendent et s’organisent dans toutes les régions.

En conclusion

Les lesbiennes doivent prendre en charge leur santé. Comme les femmes l’ont fait et le font encore en tant que femmes, elles doivent, en tant que lesbiennes, exiger le financement et la place qui leur revient. Les besoins spécifiques en santé lesbienne doivent être reconnus et être interprétés comme tels. Cela passe inévitablement par la sensibilisation aux réalités vécues par les lesbiennes. Cela passe inévitablement par une attitude d’ouverture.

Diane Heffernan
, Réseau des lesbiennes du Québec
Karol O’Brien, Groupe d’intervention en violence conjugale chez les lesbiennes (GIVCL)

Chronique internationale : Mondialisation et santé des femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 25, Automne 2001

La mondialisation à laquelle nous sommes confrontées vise l’expansion des marchés à l’échelle planétaire. Par la privatisation, la déréglementation, la libéralisation et la réduction des politiques sociales, ce courant néo-libéral efface tous les obstacles au développement des multinationales. Sous la pression des marchés financiers, la tendance générale des gouvernements est à la réduction de leur déficit et de leurs dépenses.

La mondialisation influence la santé des femmes en affectant leurs conditions de vie. Elle accroît les inégalités entre les riches et les pauvres. La suprématie des riches est le nouveau mot d’ordre, légitimé par la transformation des pauvres en boucs émissaires : les familles monoparentales qui reçoivent de l’aide sociale sont blâmées pour les déficits budgétaires, les adolescentes sont tenues responsables des grossesses précoces, les personnes immigrantes du chômage, les personnes âgées de leur vieillesse, etc. Pourtant, selon l’Organisation mondiale de la santé : “ Les conditions préalables à l’instauration de la santé sont la paix, le logement, l’éducation, la sécurité sociale, les relations sociales, l’alimentation, le revenu, l’émancipation des femmes, un écosystème stable, une utilisation judicieuse des ressources, la justice sociale, le respect des droits de l’Homme (sic) et l’équité ”. Or, la mondialisation va à l’encontre de ces conditions préalables.

La mondialisation a porté des coups sévères aux services de santé dans de nombreux pays. Ici comme ailleurs, nous sommes de plus en plus confrontées aux effets de ce grand courant comme citoyennes, comme femmes, comme travailleuses. La santé est un droit fondamental commun à toutes et tous, sans égard aux revenus, au niveau de scolarité ou au statut social. Mais peu à peu ce droit prend des allures de marchandise.

Le désengagement des États

Dans ce courant néo-libéral, la Banque mondiale est responsable du transfert du concept de droit à la santé à celui de marchandise ; elle exige des États, non pas un simple désengagement, mais plutôt une désétatisation. Elle leur demande d’organiser la société de façon à ne pas gêner le libre jeu de la concurrence. Ce passage du concept de droit à celui de besoin est fondamental dans la mesure où les droits relèvent de la responsabilité des États alors que ce sont les marchés qui doivent répondre aux besoins.

Pour concrétiser le désengagement des États dans les services publics, six stratégies ont été proposées par la Banque mondiale. Ces stratégies ont animé la transformation de notre propre système de santé. Le défaut de ressources a débuté avec la désassurance des soins dentaires, puis celle de la convalescence avec le virage ambulatoire et la désinstitutionnalisation. La déréglementation a facilité le développement des ressources privées et intermédiaires. La tarification est appliquée une première fois lors de la désassurance des médicaments aux personnes âgées et aux personnes assistées sociales, dans les deux cas, un grand nombre de femmes sont touchées. La décentralisation a permis aux décideurs politiques d’exercer des compressions budgétaires massives et de s’éloigner de ceux et celles qui exécutent leurs décisions. La consultation Arpin sur la complémentarité entre le public et le privé tout comme le rapport de la Commission Clair mettent en place les conditions nécessaires à la privatisation ; le partenariat avec le privé est souhaité par le gouvernement. Finalement, la communautarisation et le recours aux entreprises d’économie sociale est une variante de la sous-traitance : l’État se retire de certains services publics moins rentables.

Les femmes sont particulièrement affectées par les compressions budgétaires. Moins d’implication de la part de l’État signifie nécessairement, pour nous, moins de bons emplois, plus de responsabilités vis-à-vis des malades et des personnes âgées, moins de lois sociales, plus de politiques ciblées plutôt qu’universelles et moins de cotisations sociales assurant la redistribution des revenus.

Quand les services de santé sont privatisés, qui prend la relève ? Au Nord comme au Sud, on assiste à une véritable substitution du rôle et des responsabilités de l’État par le privé et donc par les femmes. Pour nous, cette substitution se traduit au quotidien par l'imposition d'une charge de travail souvent spécialisé, invisible et non rémunéré. Du point de vue du mouvement des femmes, la tendance vers la privatisation est donc très préoccupante quant au potentiel négatif pour l’avenir des soins de santé et quant à l'avenir des femmes elles-mêmes...

Un retour en arrière pour les femmes

Le travail pour la reconnaissance de nos droits et le respect de notre intégrité physique et mentale est menacé d’un sérieux recul. En raison de l’absence de normes internationales, la mondialisation accentue la féminisation massive et croissante de la pauvreté et provoque une exacerbation des multiples violences envers les femmes. Elle confine nombre de femmes à la marginalisation et en soumet d’autres à une plus grande exclusion, en particulier celles qui vivent des oppressions multiples liées à leur appartenance ethnique, la couleur de leur peau, leur orientation sexuelle, etc.

En appauvrissant des travailleuses, des chômeuses, des femmes et leurs enfants, le néo-libéralisme entraîne la détérioration des conditions de vie des femmes, avec les effets que l’on connaît sur la santé. On a pu en voir plusieurs exemples récemment. L’abolition des décrets dans l’industrie du vêtement, au nom de la compétitivité du secteur, a entraîné la diminution des conditions de travail et des salaires de nombreuses femmes. La diminution de l’accessibilité aux prestations d’assurance-chômage et la diminution du taux payé a touché davantage les femmes que les hommes. La diminution des prestations d’aide sociale appauvrit les prestataires au point où celles-ci ne peuvent se payer le minimum vital.

Dans les pays du Sud, une majorité de femmes travaillent dans les zones franches, c’est-à-dire des enclaves réservées aux compagnies multinationales et qui échappent à toute réglementation, où les salaires et conditions de travail s’apparentent à un véritable esclavage. Ces travailleuses sont soumises à des contrôles corporels humiliants, leur cycle menstruel est vérifié, elles peuvent être congédiées pour grossesse, leurs heures de travail son interminables et souvent, il n’y a ni congés ni jours fériés.

La mondialisation provoque également, au Nord comme au Sud, des transformations profondes du travail des femmes. On assiste à la généralisation du modèle de travail “ féminin ” susceptible d’augmenter davantage la compétitivité des entreprises : travail atypique, à temps partiel, sur appel, à domicile, bref flexible. Dans un mode de production axé essentiellement sur la compétitivité et la précarité des emplois, l’exploitation et l’abus de la main-d’œuvre féminine ne peuvent que subsister.

La mondialisation aggrave la vulnérabilité des femmes à toutes les formes de violence. On assiste à de plus en plus de manifestations d’intolérance et d'atteintes à l’intégrité physique qui visent les femmes de façon spécifique : exclusion, marginalisation, violence, viol, tourisme sexuel et prostitution. Dans la logique implacable du libre marché tout devient marchandise, tout s'achète et tout se vend : les petits pois, les tracteurs, tout comme les services publics, l’eau, les organes, les enfants, le corps des femmes – tout, sans discrimination aucune. Tel est le contexte difficile dans lequel s'inscrivent nos revendications pour une meilleure qualité de vie et l'accès aux services de santé.

En guise de conclusion

L’analyse globale de la situation des femmes à l’heure de la mondialisation réfère à deux systèmes d’exploitation, le capitalisme et le patriarcat, qui se renforcent mutuellement et se nourrissent l’un l’autre. État de situation où finalement perdure l'exclusion systémique des femmes. Ainsi, nous dénonçons les impacts, pour les femmes d’ici et d’ailleurs, d’une mondialisation qui se fait sans reconnaissance des valeurs féministes d’égalité et de justice sociale. Sous sa forme actuelle, la mondialisation est injuste parce qu’elle favorise la concentration de la richesse ; elle est raciste parce qu’elle exploite particulièrement les populations du Sud ; elle est sexiste parce que ses effets négatifs atteignent surtout les femmes.

Au Québec, par la mise en place d’un système de santé universel, nous avons choisi d’assumer collectivement et solidairement les risques liés à la maladie. Ce système a permis d’améliorer l’équité entre les groupes de la population de deux manières. D'une part, par un certain partage des revenus des riches vers les plus démunis, les riches payant proportionnellement plus d’impôt et, d'autre part, par le partage des coûts reliés aux services par l’ensemble de la population pour soutenir les personnes malades, le financement n’étant pas lié à l’utilisation des services.

Nous voulons que le Québec soit parmi les sociétés industrialisées qui tracent la voie à une conception résolument solidaire du bien commun, une conception qui tienne compte des femmes en maintenant, entre autres, un système de santé et de services sociaux entièrement public, accessible, gratuit et universel. À un moment où la santé des entreprises préoccupe davantage que la santé des êtres humains, il est nécessaire de ranimer la vision radicale de solidarité d’où est né le mouvement des femmes.

Les accords internationaux ne protègent que les investisseurs et non les valeurs de solidarité, d’égalité, de coopération entre les pays, entre les peuples, entre les femmes et les hommes. Pour contrer cette force offensive néo-libérale, il faut répondre par une volonté de résistance sans équivoque et rétablir de nouveaux rapports de force tant au niveau local, national qu’international.

Nous souhaitons que le mouvement des femmes s’implique encore davantage sur le plan de la solidarité internationale. Nous devons lutter collectivement pour que l’intégration de clauses sociales et écologiques fassent partie intégrante des contrats commerciaux internationaux. Il s’agit là de mesures minimales pour limiter l’exploitation éhontée des femmes des pays en développement et l’érosion des droits acquis des femmes des pays industrialisés.

Lise Lamontagne
directrice RQASF

1. La réflexion que nous vous proposons a été alimentée par les travaux de la Marche mondiale des femmes, la Coalition solidarité/santé et la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec.
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L'humanisation des naissances au Québec depuis dix ans : le modèle médical persiste

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 25, Automne 2001

Le dernier quart du xxe siècle a été marqué en Amérique du Nord par une remise en question des pratiques obstétricales, de plus en plus technologiques et déshumanisantes. Le Québec n’a pas fait exception.

En 1980, 10 000 participantes (1) aux colloques régionaux Accoucher ou se faire accoucher réclamaient des changements de taille. Au cours des années 1980, les choses ont commencé à bouger : apparition de chambres de naissance*, abandon de certaines routines hospitalières (ex. : rasage de la vulve), ouverture d’une maternité inuit avec sages-femmes à Puvirnituk jusqu’à, finalement, en 1990, adoption d’une loi autorisant la pratique des sages-femmes dans des projets-pilotes. Qu’est-il arrivé au cours des onze dernières années ? Le mouvement d’humanisation de la naissance s’est-il accentué ?

Les années 1990 : une réponse partielle aux demandes des femmes

Le portrait de l’obstétrique se modifie encore au cours des années 1990. Non seulement sept maisons de naissance* hors hôpital voient le jour entre 1993 et 1995 mais on assiste à une rénovation des départements d’obstétrique, afin de rendre les lieux plus conviviaux et d’apparence moins médicale. De plus, le taux de certaines interventions obstétricales 2 diminue, tels le taux d’épisiotomies (32 % des femmes en 1999-2000 contre 57 % en 1991-1992) et le taux de césariennes entre 1990 et 1995 (d’un sommet de 19,5 % en 1987-1988 il a baissé à 16,4 % en 1995-1996 ; depuis, cependant, il remonte : 17,5 % en 1999-2000). Le gouvernement rend aussi publiques des statistiques sur les interventions obstétricales (2). Par ailleurs, en 1993, le MSSS publie la Politique de périnatalité 3, véritable appel à une approche plus globale et respectueuse des femmes et de leur famille. Enfin, on assiste, à partir de 1996, à un regain du mouvement des usagères et des groupes de femmes pour la légalisation de la pratique des sages-femmes et l’accouchement à domicile. Finalement, après vingt ans de luttes, la profession de sage-femme devient légale en 1999 (3)

Moins de ressources et une variabilité des pratiques persistante et inacceptable

Si des choses ont bougé, l’humanisation de la naissance est cependant loin d’être chose faite. Si les lieux sont moins rébarbatifs et certaines interventions moins fréquentes, d’autres connaissent une nouvelle hausse et les ressources se sont raréfiées (ex. : baisse du nombre d’infirmières, séjour hospitalier raccourci, cours prénataux moins accessibles). De plus, le modèle médical de la naissance persiste toujours, presque partout. Les hôpitaux ont effectivement, grâce aux efforts d’intervenants préoccupés par l’humanisation des soins ou motivés par le désir d’attirer la clientèle, répondu à certains besoins des femmes exprimés depuis les années 1980, mais les pratiques obstétricales y varient encore beaucoup et de manière scandaleuse : entre les régions, entre les établissements et entre les praticiens (4)

Cette variabilité ne se justifie ni par l’état de santé des femmes, ni par le type de centre hospitalier. Elle semble plutôt reliée à des facteurs comme le style de pratique des médecins et le manque d’imputabilité de leur pratique ainsi qu’à la culture hospitalière et institutionnelle. Ce qui n’est pas sans avoir un impact important sur les femmes. C’est ainsi que, selon le médecin ou l’hôpital choisi, il y a deux à trois fois plus de risques qu’une femme en travail – sans en être généralement informée – subisse une césarienne, les forceps* ou une épisiotomie pas toujours indiqués, ou encore jeûne ou accouche semi-couchée, peu importe ses préférences.

En l’an 2001, les femmes manquent toujours d’information sur ce qui se passe vraiment dans les départements d’obstétrique. La Politique de périnatalité n’a pas fait l’objet d’une application rigoureuse partout au Québec et deux ans après la légalisation de la pratique des sages-femmes, ces dernières n’ont toujours pas commencé à exercer en centre hospitalier et ne peuvent pas encore, légalement, aider une femme à donner naissance chez elle (4). Bref, pour les femmes, l’exercice de vrais choix entourant la naissance d’un enfant est non seulement loin d’être la norme mais il ne peut réellement exister en l’absence quasi totale d’alternative. En fait, la médicalisation tant décriée pendant les années 1980 s’est transformée. Comme le disait une militante de longue date, “ on a humanisé la médicalisation ”.

Les femmes manquent d’information et de choix

Une manifestation importante de cette médicalisation est le recours à la péridurale* pendant le travail, qui atteint en ce début de millénaire des sommets jamais vus (49 % des femmes en moyenne en 1999-2000 et jusqu’à 80 % dans certains hôpitaux) (2). Ce qui cloche, c’est que pour la péridurale – comme pour d’autres interventions de plus en plus répandues et qui surviennent souvent en cascade (notamment le déclenchement artificiel* et la stimulation médicamentée du travail*) –, on n’informe généralement pas les femmes des effets négatifs possibles de cette intervention et de ce qui l’accompagne : perfusion intraveineuse, monitorage*, immobilité, sonde urinaire et position traditionnelle d’accouchement. Le plus souvent, les femmes ignorent ainsi que la péridurale peut, tel que démontré par des études, allonger leur travail, nuire à la poussée, entraîner l’utilisation du forceps ou d’une ventouse*, hausser leur température et même provoquer des décélérations du cœur du bébé, peu après son administration. Bref, sous d’autres formes, la prise en charge médicale des femmes en travail continue allègrement, appuyée paradoxalement par certaines féministes voulant disposer de leur corps comme elles l’entendent. Toutefois, elles ne s’aperçoivent peut-être pas qu’au contraire, elles sont prises en charge : par exemple lorsqu’elles réclament à tout prix une péridurale dès le début du travail ou qu’on déclenche leur travail sans raison médicale (interventions qui donnent souvent lieu à une cascade d’autres interventions médicales). Certaines femmes vont jusqu’à réclamer la possibilité d’accoucher d’emblée par césarienne.

De quoi aurait-on besoin, pour que la naissance devienne vraiment un événement où l’on respecte les besoins des femmes et de leur famille et où elles peuvent faire de vrais choix éclairés ?

  • D’abord de l’application réelle et partout au Québec de la Politique de périnatalité adoptée en... 1993.
  • Du développement de services de sages-femmes pour l’ensemble des lieux de naissance et dans toutes les régions du Québec.
  • Et peut-être d’une offensive généralisée pour que cessent les écarts inacceptables dans les pratiques obstétricales.

Lorsque le monopole médical sur la naissance commencera à s’effriter dans les hôpitaux, que des alternatives à l’accouchement à l’hôpital seront possibles partout au Québec et que chaque femme saura précisément ce qui se passe dans tous les hôpitaux de sa région, alors seulement les femmes seront-elles en mesure de faire des choix éclairés. Pour que la “ délivrance ” cède partout le pas à la naissance.


Regroupement Naissance Renaissance

Lexique 5
* Chambre de naissance : chambre d’hôpital aménagée pour recréer l’ambiance de la maison et permettant de mettre fin au transfert de la femme de la salle de travail à la salle d’accouchement. Ce transfert avait lieu lorsque la dilatation était complétée, au moment de la poussée.
* Maison de naissance : alternative aux hôpitaux pour le suivi de la grossesse et l’accouchement. Il en existe sept au Québec, dont six sont situées dans des bâtiments à l’écart de centres hospitaliers. Les sages-femmes y exercent leur profession depuis 1994.
* Épisiotomie : incision du périnée pour élargir le vagin à la naissance du bébé ; jusqu’à tout récemment, l’intervention chirurgicale la plus pratiquée en Amérique du Nord.
* Forceps : instrument en métal (ressemblant à deux grosses cuillères à salade) appliqué sur la tête du bébé qui s’apprête à naître et utilisé pour accélérer la sortie du bébé.
* Péridurale : forme d’anesthésie insensibilisant la région abdominale et les jambes de la femme en travail. Les médicaments sont injectés dans le dos tout près de la colonne vertébrale. Au Québec, on utilise l’anglicisme “ épidurale ” pour parler de cette forme d’anesthésie.
* Déclenchement artificiel du travail (induction) : provoquer l’accouchement en utilisant diverses méthodes, mécaniques (décollement ou rupture des membranes), ou hormonales (utilisation de prostaglandines ou d’ocytocine.).
* Stimulation médicamentée du travail : utilisation d’ocytocine pour augmenter la force ou la fréquence des contractions.
* Monitorage : surveillance électronique du cœur fœtal à l’aide d’un appareil à ultrasons auquel la femme est attachée (capteurs reliés à ceinture, monitorage externe, et électrodes fixés au cuir chevelu du bébé, monitorage interne).
* Ventouse : objet en plastique flexible relié par un tube à un appareil de succion et appliqué sur la tête du bébé qui s’apprête à naître ; la ventouse est utilisée pour accélérer la sortie du bébé.

1. Ici, le féminin l’a emporté sur le masculin.
2 Site Internet du MSSS : www.msss.gouv.qc.ca (Statistiques, accouchements et naissances).
3 La Politique de périnatalité, ministère de la Santé et des Services sociaux, Québec, 1993.
4 La périnatalité québécoise depuis vingt ans – Document d’accompagnement branché sur la JAP 2000, Association pour la santé publique du Québec, Montréal, 2000.
5 Brabant, Isabelle, Une naissance heureuse – Bien vivre sa grossesse et son accouchement, 2e édition revue et augmentée, Éditions St-Martin, 2001.

La beauté reconquise

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 25, Automne 2001

Je vous invite à partager, en un battement d’aile, l’histoire d’une femme qui m’a été contée. Issue des événements torrides qui prennent l’ensemble d’une vie pour siège, elle libère un peu plus ma foi dans les fascinantes ressources de l’être face à son imprévisible parcours.

Voilà quatre ans que s’est levé en elle un vent turbulent de frayeur face à l’inconnu. Quatre ans qu’elle apprend à vivre avec un invité indésirable, invité qui a vite fait d’envahir sa maison, l’espace de jeu des enfants, son lit conjugal et l’intimité de son corps. Le diagnostic incontournable de cancer du sein a été le début d’un paysage nouveau dont les deux premières années se sont passées dans un brouillard impénétrable de négation douloureuse. Ses pas quotidiens résonnaient de la lourde conviction, apprise au long d’une vie, que les maux du cœur ou du corps, “ ce n’est rien, ce n’est rien ”. Elle vivait de l’espoir que l’invité quitterait de lui-même, sans autres conséquences. Dans tout ce qu’elle faisait, elle redoublait d’effort et d’acharnement, histoire de se sentir bien vivante, de sentir l’énergie circuler en elle, malgré des traitements devenus nécessaires. Tout était soigneusement tricoté pour éviter d’aborder cette angoisse mortifère qui gonflait en elle. La mastectomie a tranché dans ce fragile équilibre quotidien comme une douche froide de réalité au réveil d’un autre monde.

Devant son miroir, avant de quitter l’hôpital, elle regardait telle une bête étrange ce pansement plat sur la gauche de sa cage thoracique. Doucement, elle laissait émerger des centaines d’impressions physiques enregistrées en elle de cet endroit, là où plus de trente ans, elle avait connu un beau sein voluptueux, là où elle avait nourri tendrement ses enfants, là où elle avait accueilli son amoureux. Puis, l’impression inconcevable que ces sensations deviennent souvenirs. La réalité telle qu’elle la connaît chavire. Plus rien ne pourrait désormais garder son sens originel.

Le temps au ralenti, elle s’habille pour partir. Sur la table, ses vêtements sont prêts, ainsi que la prothèse qu’on suggère de mettre dans le soutien-gorge une fois la cicatrisation complète. Prenant la masse de silicone dans sa main, elle la regarde comme si c’était la première fois, sentant son poids, sa texture et sa raison d’être. Sous ses vêtements dépasse une revue abandonnée avec, en page couverture, une autre de ces femmes hollywoodiennes, comme extraites d’un même moule. Une vague de colère silencieuse lui fait écraser ce sein dans sa main et le lancer au fond de son sac.

Il vient de regagner sa chambre. Elle le considère de ce même regard absent et intense à la fois. Son homme est là, devant elle. Elle est sa femme. Qu’est-ce que ça pouvait bien vouloir dire maintenant ? Quel serait son regard sur elle ? Pourrait-il encore la désirer ? Comment pourrait-elle encore s’abandonner à faire l’amour comme une femme complète ? En aurait-elle encore envie ? Comme si l’écho de ses pensées avait résonné jusqu’à lui, il la prit dans ses bras doucement et l’embrassa. Cette nuit-là, ils ont fait l’amour.

Aujourd’hui elle réapprend encore sa vie, mais a retrouvé son rayonnement. Son corps a changé pour toujours et elle a dû adopter un nouveau rythme, de nouvelles limites. Elle s’en est révoltée, mais plus maintenant, se permettant de s’apprécier infiniment mieux. La prothèse a voyagé sur son cœur, puis a retrouvé le fond du tiroir. En plus d’être fort inconfortable, ce n’était qu’un faux témoin de sa nouvelle vie. Une reconstruction chirurgicale proposée a été refusée sereinement, car la réalité à reconstruire était sans compromis. Tout comme l’apprivoisement de ce corps, dont elle habitait de plus en plus pleinement la beauté réelle. D’un regard coquin, elle a déjà confié être tellement fière de porter maintenant des robes bain de soleil qu’elle n’aurait jamais mises avant, de peur d’être sexy ou provocante.

Dans les moments difficiles, elle se rappelle un enfant handicapé qu’elle avait connu, qui abordait ses souffrances en disant “ Ce n’est pas grave, ça n’empêche pas mon cœur de battre, je n’en mourrai pas ”. Elle avait appris à écouter sa douleur comme un complice avec qui l’on négocie chaque décision, chaque action. Un complice qui signale avec une sagesse infinie les limites à respecter, le recul nécessaire pour laisser la guérison faire son œuvre, l’art de lâcher prise et de mieux s’aimer. Un jour je lui demande : “ Pourrais-tu dire que tu es mieux dans ta peau qu’avant la maladie ? ” D’un sourire ensoleillé comme une orange juteuse, elle m’a répondu, superbe, “ oui ”.

Astrid Abelé,
avec la collaboration d’Élène St-Hilaire
OMPAC (Organisme montréalais pour personnes atteintes de cancer)

La planification des naissances et les femmes : où en sommes-nous ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 25, Automne 2001

es années 1980 ont été fertiles en événements touchant la santé reproductive des femmes et leur droit de choisir d’avoir ou non des enfants. Au début de cette décennie, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec réservait des budgets protégés pour offrir des services d’information, de promotion et de consultation en planification des naissances dans les CLSC et en milieu hospitalier. Il offrait également un soutien financier aux organismes communautaires oeuvrant dans ce domaine. En 1988, la Cour suprême du Canada déclarait inconstitutionnels les articles du Code criminel concernant l’avortement. Après vingt ans de lutte du mouvement santé des femmes au Québec et au Canada, les femmes qui avortent ne sont plus des criminelles.

Cette décennie se termine avec deux événements marquants. Le premier était le spectaculaire rassemblement de 10 000 personnes dans les rues de Montréal, le 26 juillet 1989, pour appuyer Chantal Daigle dans son droit à l’avortement, droit que la Cour supérieure du Québec avait nié au nom des droits du père sur le fœtus. La Cour suprême cassait cette injonction le 8 août 1989 en affirmant que les droits du fœtus ou les droits du père en puissance n’existent pas. Le deuxième événement, la mise en branle en 1990 des travaux de la Commission royale d’enquête sur les nouvelles technologies de la reproduction humaine, permettait enfin de lancer le débat de façon formelle sur les importants enjeux que comportent le développement et l’utilisation de ces technologies.

Les années 1990

Au début des années 1990, le mouvement santé des femmes a donc quelques raisons de se réjouir mais aussi plusieurs raisons de s’inquiéter. La montée de la droite prônant, entre autres, le retour des femmes au foyer, menace toujours les gains des femmes. De plus, les ajustements économiques néo-libéraux qu’entreprennent nos gouvernements amènent une détérioration des conditions de vie des femmes.

Les services de planification des naissances

Le système de santé et de services sociaux a subi de multiples transformations au cours des années 1990 : compressions budgétaires, décentralisation, virage ambulatoire, lutte au déficit, etc. Ces transformations ont eu des répercussions importantes sur les services de planification des naissances. Alors que ces services étaient une préoccupation majeure durant les années 1980, ils deviennent non prioritaires durant cette décennie. Concrètement, l’État assure un minimum de ressources, retire ses budgets protégés pour les services et coupe dans le financement des groupes qui travaillent en planning. Malgré l’adoption et la mise en œuvre des Orientations ministérielles en matière de planification des naissances en 1995, on ne peut que constater la diminution ou la disparition des cliniques de planning dans le réseau public de la santé.

Selon une recherche réalisée en 1999 par la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), le manque d’information et le manque d’accès aux services de planning sont des problèmes importants. Par exemple, seulement 9 % des CLSC et 64 % des centres hospitaliers (CH) qui ont participé à l’enquête offrent des services de planning à toute la population en âge de procréer. Quant à l’avortement, seulement une cinquantaine de CLSC et de CH (dont une vingtaine sont situés à Montréal) offrent des services. De plus, plusieurs femmes témoignent des interventions moralisatrices (quelquefois irrespectueuses) de plusieurs professionnels de la santé.

Contraception

Dans cette recherche, la FQPN a découvert que les trois moyens de contraception dont on fait le plus la promotion sont la pilule, le condom masculin et le contraceptif injectable Depo-Provera. Le condom masculin est présenté avant tout comme un moyen pour se protéger des maladies transmissibles sexuellement (MTS) et du VIH/SIDA. Cette campagne de promotion a eu l’effet d’augmenter la responsabilité des hommes en matière de sexualité. Cependant, l’emphase placée sur la prévention des MTS a fait oublier que le condom est aussi un contraceptif. Ainsi, plusieurs professionnels de la santé recommandent maintenant la double protection : condom masculin pour prévenir les MTS et contraceptif hormonal pour prévenir la grossesse. Les méthodes de contraception autres qu’hormonales (exemples : cape cervicale, diaphragme, méthode sympto-thermique) sont peu présentées, soit parce que les professionnels de la santé ne les connaissent pas, soit parce que ces derniers entretiennent des préjugés sur celles-ci. Heureusement, le mouvement santé des femmes, malgré ces maigres ressources, continue d’informer les femmes sur ces autres méthodes.

Du côté de la recherche en matière de contraception, les compagnies pharmaceutiques ont surtout exploré les méthodes hormonales à effet prolongé et avec un taux d’efficacité très élevé. Ces méthodes, dont les conséquences sur la santé font encore l’objet de controverses, nécessitent un contrôle médical accru et diminuent le pouvoir des femmes sur leur corps. Le mouvement international pour la santé des femmes a d’ailleurs entrepris, en 1994, une campagne contre l’expérimentation du contraceptif immunologique (“ vaccin ” anti-fertilité) et pour la réorientation des recherches en contraception.

L’avortement

Après l’échec de la tentative de recriminalisation du gouvernement conservateur canadien en 1989, Santé Canada décrète que l’avortement est une procédure médicale nécessaire qui doit être entièrement financée par les plans provinciaux d’assurance maladie. Le cheval de bataille du mouvement des femmes devient alors l’accès aux services.

Au Québec, les quelques CLSC et CH offrant des services d’avortement fonctionnent avec les mêmes budgets qu’en 1985. En 2000, seulement six établissements publics dispensent des services d’avortement jusqu’à vingt semaines. À peine une quarantaine de médecins acceptent de pratiquer des avortements. Les femmes qui désirent avorter font face à des délais d’attente inacceptables. Elles déplorent que les avortements se déroulent dans les départements de chirurgie d’un jour. Suite à de multiples pressions, le gouvernement québécois a enfin décidé d’investir, à l’automne 2001, 3,2 millions $ pour les services d’avortement dans le réseau public de santé. C’est à suivre.

Depuis le début de l’an 2000, l’avortement par médicaments RU486 (un anti-progestérone), communément appelé la pilule abortive, et misopostrol (une prostaglandine) est expérimenté dans quatre centres hospitaliers canadiens dont deux au Québec. Utilisée en Europe depuis le milieu des années 1990, cette combinaison de médicaments provoque l’arrêt de la grossesse de moins de sept semaines et l’expulsion de l’embryon pour 96 % des utilisatrices. Jusqu’à l’an dernier, le RU486 n’était pas disponible au Canada et aux États-Unis puisque la compagnie pharmaceutique, qui commercialise ce produit, a été sensible aux menaces de boycott du mouvement anti-choix.

L’avortement par médicaments est présenté comme “ … une solution peu exigeante pour les femmes, sans risque pour leur santé, qui se déroule dans l’intimité de leur maison, entourées de personnes significatives ”. Malheureusement, la réalité est différente. Le RU486 est pris lors d’un premier rendez-vous suite aux tests pour vérifier la durée de la grossesse. Deux jours après, la femme prend le misopostrol chez elle et attend l’expulsion qui a lieu pour la majorité des utilisatrices dans les quatre heures suivantes. Un autre rendez-vous est nécessaire quelques jours plus tard pour vérifier si tout a été expulsé. L’avortement par médicaments nécessite en fait autant de rencontres médicales qu’un avortement conventionnel. C’est donc une méthode exigeante en termes de temps et d’anxiété pour les femmes qui ne savent ni le moment exact de l’expulsion ni si le tout se déroule normalement. Nous ignorons aussi quels sont les effets secondaires à moyen et long termes ainsi que les risques pour la santé. De plus, dans le contexte actuel de manque de services en dehors des grands centres urbains, l’arrivée du RU486/misopostrol menace-t-il l’accès à l’avortement par aspiration et curetage ?

Durant la décennie 1990, le mouvement anti-choix (pro-vie) au Québec a diversifié ses attaques contre l’avortement : conférences et colloques sur le respect de la vie, participation au conseil d’administration des CLSC ou des CH pour interdire les services, lobby auprès des députés, appui aux causes juridiques pour faire reconnaître le fœtus comme une personne, etc. À ce sujet, la Cour suprême du Canada a dû entendre des causes réclamant une certaine reconnaissance des droits du fœtus. Jusqu’ici, la Cour a maintenu que le statut de personne s’acquiert à la naissance et que la femme enceinte et l’enfant à naître ne forment qu’une seule personne.

Le mouvement santé des femmes a toujours été présent pour contrer les tentatives de diminuer l’accès à l’avortement par différents moyens et se doit de rester vigilant.

Les nouvelles technologies de la reproduction humaine (NTRH)

Le Canada est le seul pays occidental sans réglementation encadrant les NTRH. Malgré le dépôt du rapport Un virage à prendre en douceur de la Commission royale d’enquête sur les NTRH en 1993, le ministre de la Santé du Canada attendra en mai 2001 avant de déposer un avant-projet de loi. Pourtant, depuis le début des années 1990, le mouvement santé des femmes réclame des mesures pour prévenir l’infertilité, pour encadrer les technologies, pour accroître la surveillance de ses applications et de ses effets secondaires, et pour refuser certaines techniques telles que le clonage ou l’utérus artificiel.

Le dossier des NTRH questionne le mouvement santé des femmes. D’un côté, le désir des femmes infertiles d’avoir un enfant est légitime. De l’autre, ces techniques ne guérissent pas de l’infertilité et sont offertes sans que soit évalué rigoureusement leur efficacité et leur sécurité. De plus, la médicalisation de la reproduction, l’existence de banques d’ovules et d’embryons, la commercialisation de la grossesse, les pratiques de choix du sexe et d’eugénisme sont inquiétantes pour l’avenir de la maternité et de l’humanité. Est-ce parce que la science le peut que la société le veut ?

Et maintenant ?

À l’aube du troisième millénaire, les gains faits par les femmes québécoises et canadiennes en matière de santé reproductive et du droit d’avoir ou non des enfants sont extrêmement fragiles. La mobilisation des femmes est encore nécessaire pour avoir accès à une information critique et à des services de qualité sur la contraception, l’avortement, la fertilité et la grossesse. Mobilisation ici mais aussi avec les femmes d’ailleurs qui, au nom de la surpopulation ou de mouvements religieux intégristes, n’ont pas accès à la contraception ou à l’avortement.

Anne St-Cerny
FQPN

La santé mentale des femmes : l'intolérance envers la différence

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 25, Automne 2001

La détresse psychologique chez les femmes est en progression ; les moyens conventionnels pour la contrer s’avèrent souvent inefficaces et semblent mener à l’impasse. Les intervenantes féministes se doivent donc d’être à la recherche de nouvelles avenues de travail.
Dans son magistral ouvrage L’intolérance 1, Lise Noël nous ouvre une piste de réflexion qui rejoint nos préoccupations. En effet, elle explique l’intolérance face à la différence en décortiquant globalement les rapports oppresseur-opprimé tout en mentionnant que si l’amélioration de la condition des femmes ne constitue pas une cause unique à servir, elle est inclusive de toutes les oppressions.

L’auteure explique comment les dominants s’y prennent pour garder les dominés dans leur condition d’aliénation pour, disent-ils, le plus grand bien de ces derniers. À cette stratégie se greffe un discours propagé par une minorité (oppresseur) envers une majorité (opprimé) à qui on refuse sa propre histoire. En cours d’analyse, madame Noël trace le portrait de ceux qui détiennent la Seule et Unique Vérité. Au sommet de la hiérarchie, ils sont blancs, adultes, mâles, hétérosexuels, en santé physique, mentale et financière. S’ils ne sont pas nombreux ils détiennent néanmoins le pouvoir ; et comme elle le mentionne si bien : “ Parce qu’il possède le pouvoir, l’oppresseur a aussi le pouvoir de le conserver . ”

Tous les groupes d’opprimés souffrent de leur condition. Chez les femmes s’ajoutent les stéréotypes sexistes ; tous ces facteurs constituent des ingrédients favorables à la détresse psychologique. Pour voir une lueur d’espoir devant cette situation, il faut renverser le rapport de force dans le but de conquérir non pas le pouvoir sur quelqu’un mais le pouvoir de faire quelque chose (pouvoir d’agir). L’auteure propose trois pistes d’action et de travail : l’identité, l’autonomie et la prise de pouvoir. L’intervention féministe propose les mêmes stratégies d’émancipation pour les femmes.

L’identité

Confrontée aux diverses formes d’oppression, la femme a intérêt à briser son isolement, ce qui contribue à lui faire comprendre qu’elle n’est pas la cause première et la seule responsable de sa situation. Au delà des rôles sociaux, elle prendra conscience de ce qu’elle est vraiment, ce qui contribuera à (re)bâtir son estime d’elle-même et (re)connaître ses forces, longtemps dénigrées et perçues comme des faiblesses. Également, elle remettra en question le discours et le comportement dominants pour se (re)découvrir, pour être fière de sa différence, bref, pour se donner le droit d’exister. Tout ce cheminement ne pourra se faire que si elle accepte de prendre contact avec sa colère, sa honte et sa culpabilité afin de cesser de tout retourner contre elle.

L’autonomie

La femme opprimée apprendra à remettre en question la “ norme ” et à saisir toutes les lacunes de l’oppresseur. Quand elle aura appris à s’aimer pour elle-même et cessera d’investir uniquement dans le bonheur des autres, elle se sentira plus apte à faire ses propres choix, réaliser ses projets, ses rêves. Pour cela, il lui faudra nécessairement se donner le droit à l’erreur. Ce sera le début d’une certaine autonomie, tant personnelle que financière. En refusant la subordination et en (re)prenant le contrôle de son propre sort, elle pourra alors exiger l’égalité dans la différence.

Le pouvoir

Pour accéder à l’autonomie, la femme opprimée sera encouragée à passer à l’action, c’est-à-dire à acquérir le pouvoir d’agir ; action de s’affirmer, d’apprivoiser l’exercice de la parole pour s’exprimer ; se mettre en action pour changer des choses dans sa vie, dans son environnement, dans la société. Ainsi, elle (re)trouvera la capacité de répondre à ses besoins et le droit au plaisir. Il s’agit là d’une étape essentielle dans sa démarche de prise de contrôle sur sa vie.

Ces trois étapes ne sont ni dans l’ordre ni dans le désordre. Elles sont parfois parallèles ou concomitantes, mais toutes font appel à l’action. Dans un contexte d’intervention, non seulement nous devons encourager l’action (le pouvoir d’agir) à un niveau collectif mais nous devons d’abord investir dans une démarche individuelle. Pour réaliser ce cheminement, certaines femmes ont besoin de support et d’accompagnement, ce qui exige des intervenantes féministes le développement de stratégies particulières, stratégies que nous aborderons dans un deuxième article.

Savoir qui on est, être autonome et avoir la possibilité d’agir sont des étapes incontournables pour l’émancipation des femmes, pour contrer la détresse psychologique et mener nos luttes collectives.

Sylvie Lemoine, intervenante en ressource alternative en santé mentale, Relais-La Chaumine, Québec

Fernande Ménard, formatrice en intervention féministe

1. Noël, Lise, L’intolérance, une problématique générale, Boréal, Montréal, 1991

La santé préoccupe-t-elle les adolescentes ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 25, Automne 2001

Le Sans Préjudice s’intéresse à la santé des femmes sous de multiples angles depuis de nombreuses années. Les différents articles qui l’ont habité ont rarement abordé la santé sous l’angle des adolescentes. Afin d’intégrer ce thème dans cette édition bilan et ainsi enrichir le dossier de la santé des femmes d’une nouvelle facette, nous avons convié une dizaine d’adolescentes à un déjeuner tout simple, au cours duquel elles ont été invitées à exprimer et partager leurs idées sur la santé, l’apparence, la consommation, la maternité. Une rencontre qu’elles ont acceptée avec générosité et enthousiasme, comme si elles étaient ravies d’avoir la chance de parler de sujets qui les touchent de près.

Les adolescentes du déjeuner santé ont treize ou seize ans, fréquentent l’école publique Du Phare, à Sherbrooke, et sont inscrites au volet international. Un échantillon basé sur la volonté de participer à ce déjeuner, dans un groupe de filles d’un programme scolaire enrichi, n’est certes pas représentatif de toutes les adolescentes, mais donne un éclairage sur ce que pensent des jeunes filles d’aujourd’hui.

La santé, c’est important ?

Une fille en santé, c’est une personne active, rayonnante, bien dans sa peau, heureuse ; la santé, ça se voit, ça se sent, affirment-elles. Elles sont en santé, elles le croient. Elles savent bien que de nombreux facteurs influencent leur état de santé et font un lien rapide entre la santé et les émotions, la nutrition, le stress, la vie familiale, l’environnement, la gestion du temps.

Les amies d’abord, la mère, le père et le chum ensuite, jouent un rôle important en étant attentifs et en reflétant les changements d’humeur et d’apparence qui donnent un message sur l‘état de bien-être.

Lorsqu’elles ont un problème de santé, elles en parlent surtout à leur mère ou à une amie. Les adolescentes souhaitent parler avec leurs parents de ce qu’elles vivent et être accueillies ou conseillées sans que cela ne provoque de réactions extrêmes. La peur d’être jugée ou de faire réagir les parents amène certaines à choisir de s’adresser à un professeur ou à un professionnel de la santé.

Ces adolescentes hésitent à dire que les services de santé sont suffisants mais affirment d’emblée que l’effort devrait être mis sur la prévention, la promotion de la santé, la publicité qui encourage des comportements de santé et sur l’information pour que les jeunes connaissent les services existants. Si elles avaient la possibilité de diriger le système de santé, elles établiraient comme priorités la réduction des listes d’attente, l’amélioration de la relation médecin-patient, la sensibilisation au don d’organes, l’amélioration des conditions de vie des jeunes enfants, la création de cliniques publiques pour désengorger les urgences, le support aux proches des malades, le traitement des personnes qui ont vécu des traumatismes dans l’enfance pour les aider à s’en libérer. Un programme fort pertinent et des filles bien informées !

La santé est tellement importante pour elles qu’elles n’échangeraient pas une fortune contre une petite maladie chronique !

L’apparence : passeport bonheur pour les filles ?

“ L’apparence, ça ne compte pas ; ce qui est important, c’est d’être bien dans sa peau. Quand on est heureuse, ça ressort et ça rend belle. La beauté, c’est bien plus la personnalité, les valeurs. ” Selon elles, les modèles des revues sont choquants parce que trop parfaits. Ils ne correspondent pas à la réalité et sont idéalisés par les gars. La publicité amène les gars à rechercher chez les filles les critères qu’elle valorise.

Les adolescentes croient qu’avec de l’argent, chacune pourrait ressembler à ces images, qui sont de toutes façons retouchées ; elles seraient bien prêtes à se comparer au moment du réveil ! Elles sont catégoriques : les vraies filles ne ressemblent pas aux modèles des revues et ce n’est pas un drame puisque l’important est ailleurs. Que les gars se le tiennent pour dit !

Aussi pleines de sagesse soient-elles, elles ne sont pas toujours satisfaites de l’image que leur reflète leur miroir. Ça dépend beaucoup de leur humeur. Aucune ne dit qu’elle tente de maigrir. Certaines font attention à ce qu’elles mangent, d’autres passent de la grande bouffe à la disette, une est déprimée parce qu’elle est trop mince et une autre se trouve bien correcte, alors que tous lui disent qu’elle est donc petite !

Ces adolescentes ont un groupe d’amies qui se disent de belles choses et ont développé une complicité qui les aide à s’accepter et à se sentir bien dans leur corps. Les filles très minces et les filles grosses sont plus souvent sujettes aux remarques désagréables, les dernières sont victimes de méchancetés, de la part des garçons surtout.

Malgré tout ce qui précède, une fée qui aurait le pouvoir de transformer chacune à sa guise ne chômerait pas ; plus de hanches, une taille bien définie, un autre nez, quelques centimètres de plus, un ventre musclé, des mains différentes, des cheveux moins épais, des cheveux frisés, quelques kilos de plus, des cuisses plus fermes, un visage d’une autre forme. Comme ce n’est pas possible, on s’accommode de ce que la nature nous a donné.

Drogues et alcool : expérimentation ou mode de vie ?

La limite d’âge à 18 ans pour le droit de consommer de l’alcool leur paraît correcte. La légalisation des drogues douces ne leur semble pas une bonne idée. “ Il y aurait trop de monde buzzé. Les jeunes commenceraient plus tôt à consommer et certains iraient plus facilement jusqu’aux drogues dures. D’un autre côté, ce qui est permis est bien moins attirant. ” C’est le paradoxe. Elles pensent que les personnes qui consomment des drogues dures ou de grandes quantités d’alcool ont des problèmes à régler, cherchent à oublier quelque chose.

Leurs expériences de consommation leur ont permis de se sentir moins inhibées, de dire ce qu’elles pensaient, de se sentir dans le party. Elles affirment toutes garder le contrôle de leur consommation et sentir le signal qui leur indique quand c’est assez. La grande majorité des dix adolescentes consomment à l’occasion de l’alcool et ont déjà consommé des drogues douces. Trois d’entre elles fument la cigarette.

Les parents semblent ne pas être très au courant de la consommation de leur adolescente. Elles disent que les messages des parents sont inconstants, entre le laisser-aller et la restriction ferme, et sexistes. De façon générale, les adolescentes décodent que leurs parents souhaitent qu’elles soient raisonnables et consomment de façon modérée, en fonction de leur âge.

Pouvoir faire des enfants : une chance ou un inconvénient ?

Les menstruations sont vécues différemment d’une adolescente à l’autre. Celles qui vivent des malaises importants ou des menstruations prolongées aimeraient bien pouvoir changer cela. Des menstruations une fois par année plairaient à plusieurs ! Elles sont contentes de pouvoir avoir des enfants. Elles perçoivent la grossesse comme une période de grands changements physiques et comportementaux. L’accouchement leur semble un événement merveilleux et intense pour lequel la douleur a un sens.

Ces adolescentes sont toutes favorables à l’avortement et croient que c’est à la fille de décider. Si elles devenaient enceintes maintenant, elles choisiraient de se faire avorter dans l’anonymat, en souhaitant une fausse-couche qui mettrait fin naturellement à cette grossesse. Certaines choisiraient l’adoption. Toutes ces décisions sont très difficiles à prendre et ont un impact sur toute leur vie, affirment-elles.

La virginité est un symbole qui n’a pas d’importance pour elles mais semble en avoir pour les garçons. Elles ne croient pas qu’il y ait un âge idéal pour avoir une sexualité active ; elles affirment qu’elles le savent quand elles sont prêtes et que c’est lié à la confiance qu’elles ont en leur chum et la complicité qui s’est développée entre eux.

Certaines adolescentes désirent que leurs parents leur fassent confiance et qu’ils ne se mêlent pas de leur vie sexuelle. D’autres aimeraient bien tout dire à leurs parents, si elles n’avaient pas peur de se faire rejeter. Les questions sur la sexualité, elles les posent à leurs amies. Elles croient que leurs parents ne veulent pas vraiment savoir qu’elles ont une vie sexuelle active.
Une fort belle rencontre qui donnait envie d’en savoir davantage. Envie de connaître le fond de leur pensée, de toucher leur cœur. Envie de savoir si ces réponses solides, cohérentes, matures, très acceptables dans un groupe, auraient été différentes si le contexte de l’entrevue l’avait été. Une dernière question tout de même : à quel âge une femme est-elle vieille ? “Il n’y a pas d’âge lié à la vieillesse, c’est davantage une question d’attitude, de capacité de s’amuser et d’aimer”.

Lucie Thibodeau

La santé «sens» dessus dessous

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 25, Automne 2001

Quand on parle de la santé des femmes, on parle aussi de la santé de notre société dans son sens large. Faire un bilan des thèmes qui ont marqué l’histoire en matière de santé des femmes au cours des quinze dernières années, c’est aussi faire le point sur où nous en sommes socialement, sur le chemin parcouru, sur la voie à venir.

Or, il apparaît que ce qui caractérise le mieux notre époque, c’est la perte du sens : nous vivons une course folle vers une production sans lendemain qui épuise nos ressources naturelles, détruit l’environnement, gaspille le potentiel humain pour le seul profit financier d’une poignée d’entreprises transnationales et de leurs actionnaires. Et ceci ne s’applique pas simplement au secteur de la production industrielle, tous les domaines de la société sont touchés ainsi que l’éducation et la santé. La réforme de la santé, le virage ambulatoire, la désinstitutionnalisation n’ont pas pour objectif premier d’améliorer la santé des populations mais bien de répondre à des impératifs financiers.

Qu’est-ce que la santé ? Nos gouvernements, tant à Québec qu’à Ottawa adhèrent à la définition donnée par l’OMS selon laquelle “ la santé est un état complet de bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ”. Or nos gouvernements réduisent constamment leur champ d’intervention en ce qui concerne les déterminants de la santé pour se concentrer toujours davantage sur une approche curative de plus en plus pointue.

On ne prend pas la peine de poser un regard global sur la situation et de se questionner sur le pourquoi des choses. Une augmentation de l’incidence des maladies cardiaques et des cancers dans la population nous conduit à nous procurer les appareils les plus sophistiqués qui permettront d’établir le diagnostic le plus précis et de faire une intervention sur l’organe affecté ; mobiliser des équipes de recherche afin de découvrir le chromosome et le gêne responsables et développer la pilule miracle qui permettra de tout régler, à moins qu’on puisse greffer de nouveaux organes issus du clonage d’embryons… On observe une augmentation des manifestations de détresse psychologique ? Qu’à cela ne tienne, nous disposons aujourd’hui d’un imposant catalogue de maladies mentales diagnostiquées qui nous permet de déterminer le médicament ou le traitement choc pour que les personnes puissent rapidement reprendre leur travail sur la chaîne de montage.

Mais avons-nous pris le temps de nous questionner sur les raisons, individuelles mais aussi sociales, de la recrudescence de ces maladies “ modernes ”, nous sommes-nous questionnées sur le “ sens ” de ces maladies ? L’être humain n’est-il rien de plus qu’une machine dont on peut réparer ou remplacer les pièces lorsqu’elles sont hors d’usage ? N’y a-t-il aucun lien ni aucune interaction entre les différentes parties de notre corps ? Le vieil adage “ un esprit sain dans un corps sain ” est-il toujours de mise ? Avons-nous toujours un esprit ? Si oui, le clonage permettra-t-il de reproduire l’esprit ?Autrefois, et aujourd’hui encore dans certaines sociétés, l’individu n’existait pas en tant qu’individu, il devait répondre aux exigences de sa communauté, qui elle-même était soumise à une autorité divine. Maintenant que l’individu a obtenu le droit de s’exprimer et de s’affirmer, sommes-nous en train d’en faire un robot ?

Une société qui se préoccupe vraiment de la santé devrait d’abord s’intéresser aux êtres qui la constitue et, en ce sens, devrait explorer tous les moyens possible pour permettre leur épanouissement. En langage courant, cela s’appelle faire de la prévention... mais aujourd’hui, quand on parle de prévention, on entend par là la vaccination massive des populations ou encore le traitement médical des maladies qui n’affectent pas encore les personnes traitées. Dans tous les cas, il y a, là derrière, l’intérêt d’une compagnie pharmaceutique et bien des controverses quant aux bénéfices réels sur la santé des personnes et des sociétés.

Depuis de nombreuses années, les féministes défendent une vision globale de la santé des femmes, une vision qui revendique le droit des femmes de décider de leur santé mais qui revendique également que la société prenne ses responsabilités envers les individues, qu’elle reconnaisse leur travail à sa juste valeur, qu’elle leur donne les mêmes droits qu’aux hommes et qu’elle leur permette d’avoir accès à de meilleures conditions de vie. Parce ce que la santé des femmes dépend de tout cela. Dans les années 1980, les revendications féministes ont commencé à transparaître dans les politiques et les programmes gouvernementaux avec la reconnaissance de l’importance des déterminants de la santé et, notamment, des différences entre les femmes et les hommes. On a décriminalisé l’avortement, admis l’importance de la planification et de l’humanisation des naissances ; on a aussi reconnu la nécessité d’adapter les services aux réalités homosexuelles. Mais avec le temps et le recul, nous pouvons constater, ainsi qu’en témoignent les textes qui suivent, que les belles paroles et les beaux écrits de nos gouvernants ne se sont pas concrétisés.

Les gouvernements ont décidé que les services à la population devaient être eux aussi soumis aux impératifs financiers. Les objectifs sociaux ne sont plus des priorités, l’argent est devenu la raison d’État. Maintenant, pour régler les problèmes de santé, d’engorgement des services, de pauvreté, de chômage, d’éducation, nos gouvernements ont décidé d’avoir recours à la “ loi du marché ”, soi-disant garante de la démocratie !

Quand les gouvernements se désintéressent clairement des populations et qu’ils s’unissent entre eux pour bafouer les droits des citoyennes, le seul moyen de réagir consiste à bâtir des solidarités toujours plus grandes. Le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes a été mis sur pied pour répondre à la demande des femmes, à leur besoin de voir un organisme qui prenne en main les questions de santé et leur permette de partager leurs préoccupations, de s’outiller et d’intervenir ensembles. En cette ère de mondialisation, ce type de mouvement est important plus que jamais, il doit approfondir ses racines, élargir ses horizons et surtout, ne pas simplement s’inscrire en réaction à la situation actuelle mais bien travailler à construire ou plutôt à reconstruire, défendre et propager une vision, une conception, une définition de la santé et de la société qui redonnent à l’humain son humanité et à la vie un sens.

Chantal Lapointe

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 26, Hiver 2002

Dossier : Besoins spécifiques de certaines femmes

Dépistage et diagnostic du cancer du sein : Besoins spécifiques de certaines femmes

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Chaque année au Québec, 4 100 femmes développent un cancer du sein. Il est impossible de le prévenir, les causes de cette maladie n'étant pas encore connues. Cependant, le cancer du sein est l'un des cancers qui se traite et se guérit le mieux. Depuis le début des années 1990, le taux de mortalité due au cancer du sein diminue. On attribue cette baisse, entre autres, au dépistage précoce des tumeurs et à l'efficacité accrue des traitements. La lutte contre le cancer du sein constitue donc une priorité de santé publique et le dépistage précoce de cette maladie en est la pierre angulaire.
Cependant, les femmes ne constituent pas un groupe homogène. En raison de besoins inhérents à leur situation, certaines femmes peuvent éprouver des difficultés particulières lorsqu'il s'agit d'effectuer les démarches de dépistage et de diagnostic du cancer du sein. C'est le cas notamment pour les femmes analphabètes, les femmes vivant avec une déficience intellectuelle, les femmes issues des communautés ethnoculturelles, les femmes éprouvant un problème de santé mentale et les lesbiennes.

Femmes analphabètes

L'analphabétisme est un obstacle aux démarches de dépistage et de diagnostic. Par exemple, les femmes analphabètes ou faibles lectrices ne peuvent lire ou comprendre la lettre d'invitation à passer une mammographie que reçoit toute citoyenne de 50 à 69 ans dans le cadre du Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Avec une aide à la lecture, elles seraient davantage en mesure de prendre une décision sur la question. Cependant, le réseau familial ou social des personnes analphabètes peut être très restreint et lui-même démuni. Les informations peuvent susciter des commentaires et des interprétations de toutes sortes. Il est donc important que les femmes ayant des difficultés de lecture soient informées des résultats lors de rencontres avec le médecin ou l'infirmière pour leur permettre d'obtenir des informations justes.

Le besoin de vulgarisation est important. Le vocabulaire entourant les examens complémentaires peut effrayer au point d'amener certaines de ces femmes à se retirer de la démarche. D'autres n'oseront pas demander de l'aide, ni poser de questions. Elles peuvent donc avoir grand besoin d'être accompagnées.

Femmes vivant avec une déficience intellectuelle
Les femmes vivant avec une déficience intellectuelle ne peuvent décoder seules les différentes étapes de dépistage. Les femmes ayant une déficience légère doivent habituellement être accompagnées lors de leurs démarches dans le réseau de la santé. Cependant, on ne peut s'assurer que les proches leur transmettent toutes les informations pertinentes. Plusieurs insatisfactions liées aux rapports avec le système de santé (difficulté à faire comprendre les vrais besoins de la personne déficiente, besoins de répit ou épuisement des proches) peuvent conduire l'entourage à ignorer les démarches de dépistage du cancer du sein.

Le simple fait de rompre la routine quotidienne des personnes vivant avec une déficience intellectuelle peut les perturber. Si la préparation est inadéquate, la seule vue des appareils liés aux tests de dépistage peut entraîner un niveau élevé d'anxiété. Dans certains cas, les femmes déficientes peuvent développer des comportements phobiques : par exemple, elles pourraient subitement refuser de se dévêtir.

Il est indispensable qu'une personne significative accompagne la femme vivant avec une déficience intellectuelle. Il est donc essentiel d'offrir d'abord un soutien à cette accompagnatrice. Celle-ci a besoin d'être bien informée de la manière dont les examens se feront. Avec les intervenantes du centre hospitalier, elle doit pouvoir rassurer à tout moment la femme qu'elle accompagne. Si la confiance ne s'établit pas, la femme vivant avec une déficience intellectuelle pourrait, par des comportements réactifs, se soustraire complètement aux tests.

Femmes issues des communautés ethnoculturelles
Une étude pancanadienne sur la santé des femmes réalisée en 1994-1995 a démontré que les femmes nées en Asie, en Amérique du Sud ou en Afrique étaient les moins susceptibles d'indiquer avoir eu une mammographie. Chez les femmes immigrantes, le fait d'être établie récemment au Canada (moins de dix ans), la précarité du statut économique et la connaissance limitée de la langue du pays d'adoption constituent des facteurs contribuant à un faible taux de fréquentation du système de santé. Ces facteurs font donc obstacle à la participation des femmes des communautés ethnoculturelles aux démarches de dépistage du cancer du sein.

Par ailleurs, la dimension culturelle a un impact sur le sens que les femmes immigrantes accordent à des thèmes aussi vastes que la santé, la maladie, la prévention ou la guérison. Ainsi, le système de valeurs, les normes, les croyances religieuses et populaires et les attitudes face à la santé en général constituent des aspects pouvant éloigner certaines femmes de toute démarche officielle de dépistage en matière de santé. Les activités reliées à la prévention sont rares et la visite régulière chez un médecin n'est pas une pratique courante.

La réponse aux besoins d'information sur les pratiques de santé au pays, la vulgarisation et l'adaptation culturelle de cette information, la compréhension des croyances et pratiques personnelles en matière de santé, la démystification de certaines peurs reliées aux étapes de dépistage et de diagnostic, l'accompagnement par une personne proche ou provenant d'une ressource extérieure - qui comprend la langue et la culture - pourraient faciliter la participation des femmes issues des communautés ethnoculturelles aux démarches de dépistage du cancer du sein.

Femmes éprouvant des problèmes de santé mentale

Les femmes éprouvant des problèmes de santé mentale peuvent ne pas s'intéresser aux différentes démarches de dépistage du cancer du sein : la démarche en elle-même peut être perçue comme un ajout de pression à ce qu'elles vivent déjà ou comme source de nouvelle détresse.

Il est important de dédramatiser l'action à venir. Le déni est une réaction assez fréquente chez les personnes en détresse. Accrochées à leur souffrance, elles peuvent ignorer toute démarche pouvant générer de l'anxiété. Envisager des examens de dépistage ou ressentir la menace possible d'être atteinte du cancer peut déclencher chez certaines femmes un phénomène de dissociation ou un épisode psychotique, ultime manifestation du déni.

Certaines n'ont pas le niveau d'attention ou la concentration nécessaire pour lire un document. La médication, parfois très puissante, peut en être la cause. Un support est alors nécessaire.

Toutes les femmes aux prises avec des problèmes de santé mentale ne réagissent pas de la même manière ni au même degré. Un trait commun demeure toutefois : la tendance à l'isolement et à la passivité. Pour éviter d'accroître l'anxiété ou de faire face à l'émotion, les femmes peuvent s'exclure de toute action, " se couper des autres ".

L'intervention auprès des femmes éprouvant des problèmes de santé mentale doit se faire avec elles et être basée sur l'écoute active. Sans relation de confiance, sans écoute, sans support, il est difficile pour ces femmes de participer aux étapes de dépistage.

Lesbiennes

Les lesbiennes ont des réticences à consulter les médecins, la pratique médicale s'étant articulée autour du concept d'hétérosexualité. Le fait d'être lesbienne les marginalise d'emblée. Par conséquent, elles participent très peu aux programmes de prévention à l'intention des femmes.

Le silence des intervenantes qui coupent court à une entrevue et n'indiquent pas de rappel pour un suivi, le fait d'écrire en gros dans le dossier médical que la femme est lesbienne, la non-reconnaissance de la place de la conjointe dans l'accompagnement sont autant d'expressions de la discrimination. Souvent victimes de préjugés, les lesbiennes préfèrent remettre les tests de dépistage ou les rendez-vous médicaux aux calendes grecques. Des études font état d'un taux plus élevé de mortalité suite à un cancer du sein chez les lesbiennes, ce qui s'explique par des diagnostics souvent tardifs.

Pour faciliter la participation des lesbiennes au dépistage, la conjointe peut jouer un rôle dès le début. Face à un rappel pour des examens complémentaires, la présence d'une personne significative, en l'occurrence la conjointe, peut être primordiale.

Être marginalisée ou exclue ajoute à l'anxiété et à l'angoisse des femmes. L'écoute offerte aux lesbiennes doit refléter l'acceptation des différences et non seulement un exercice de tolérance. L'établissement d'une relation de confiance avec l'intervenante saura aider les lesbiennes à s'impliquer davantage concernant leur santé.

L'élaboration d'une éthique d'intervention qui reconnaisse les besoins des lesbiennes et permette de leur apporter le soutien dont elles ont besoin s'avérerait utile et nécessaire pour de nombreuses ressources.

Une réflexion à poursuivre, des actions à venir

Cette réflexion sur les besoins spécifiques de certaines femmes a été menée dans le cadre du développement de la trousse " Du dépistage au diagnostic : offrir du soutien à celles qui en ont besoin ". En lien avec cette démarche, des activités de formation sur l'écoute active ont été offertes par le Réseau. D'autres initiatives sont actuellement en gestation : dans un avenir rapproché, le Réseau désire mettre en place un projet de formation abordant le cadre de référence culturel des intervenantes ainsi que les pistes leur permettant d'identifier les besoins particuliers des femmes qu'elles rencontrent. Par ailleurs, il nous apparaît opportun de poursuivre cette réflexion, entre autres, sur les besoins spécifiques des femmes vivant en milieu rural et de celles ayant un handicap physique. De même, une meilleure compréhension de l'impact des différentes croyances ou pratiques religieuses sur l'adhésion aux démarches de dépistage viendrait enrichir cette réflexion.

RQASF

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 26, Hiver 2002

Chronique à voix haute et en toutes lettres :Femmes sans hommes, femmes sans sexe

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 26, Hiver 2002

On croit rêver... Trente ans après la prétendue révolution sexuelle, certaines femmes soutiennent toujours que les femmes " sans hommes " se privent ou sont privées d'une sexualité active ; elles font mine d'ignorer que des femmes ont eu, ont et auront toujours une sexualité indépendante des rapports sexuels avec les hommes.

Je fais référence entre autres à cette émission sur les femmes sans hommes télédiffusée à l'automne 2000 et au cours de laquelle l'animatrice a affirmé à plusieurs reprises que les femmes seules sacrifiaient leur sexualité. Je pense également aux propos qu'ont tenus des présentatrices à un forum sur la ménopause. Elles se référaient toujours à l'exercice de la sexualité avec un partenaire.

Pour ces intervenantes, le lesbianisme et la masturbation chez les femmes ne semblent pas exister. Sans y penser plus qu'il ne faut, elles semblent refuser le fait que les femmes sont tout à fait capables de combler par elles-mêmes leurs besoins sexuels, sauf quand il s'agit de pornographie adressée aux hommes où la masturbation et les amours lesbiennes prennent une place grandissante.

Cette approche de la sexualité par le biais obligatoire du couple stigmatise les femmes seules, les femmes qui ont plus de difficultés à trouver un ou des partenaires. Elle stigmatise également celles qui, blessées par des partenaires inadéquats, violents, incompétents, refusent de réinvestir dans une relation de couple. Il y a enfin celles qui, pour une période plus ou moins longue - parfois permanente -, décident d'utiliser leur énergie à bâtir autre chose qu'une relation de couple hétérosexuelle ou homosexuelle.

Toutes les femmes peuvent avoir une sexualité active. Chacune d'entre nous a le droit de s'épanouir selon les manifestations sexuelles qui lui conviennent. Les expressions solitaires de la sexualité chez celles qui le désirent et le plaisir qui en découle sont normaux et ne représentent pas l'expression d'une difficulté relationnelle des femmes, au contraire.

Ces femmes reconnaissent leur droit au plaisir, qu'il soit sexuel ou autre, et sont capables de se satisfaire elles-mêmes. Par ailleurs, on pourrait s'interroger sur l'incapacité, avouée par certaines femmes, de jouir sans pénis. Doit-on y voir le dernier retranchement d'une passivité féminine chez celles ayant une vie particulièrement active ou, peut-être, une difficulté encore présente d'assumer la responsabilité de leur propre plaisir ?

De ces observations, je conclus qu'il reste sur ce sujet un bon bout de réflexion à faire et que celle-ci touche directement la santé physique et mentale des femmes.

Fernande Ménard

Chronique internationale : Le Canada sera l'hôte de la 9e Rencontre internationale sur les femmes et la santé

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 26, Hiver 2002

Du 12 au 16 août prochain aura lieu à Toronto, la 9e Rencontre internationale sur les femmes et la santé (RIFS). La coordination de l'événement est assumée par le Riverdale Immigrant Women's Centre et l'Institut canadien de recherches sur les femmes. Pour la soutenir, la coordination générale s'est adjointe deux partenaires, le Réseau canadien pour la santé des femmes et le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes.

Un peu d'histoire
Depuis 1975, les Rencontres internationales sur les femmes et la santé ont fourni aux militantes du mouvement international en santé des femmes, un forum pour élaborer et partager une ligne d'action commune.

Au tout début, ce sont surtout des Européennes qui participaient à ces rencontres ; à partir de la rencontre tenue au Costa Rica en 1987, l'événement a véritablement pris toute son ampleur. Sept cents participantes provenant de tous les coins du monde se sont réunies pour la 5e édition. De cette rencontre est née la Journée internationale d'action pour la santé des femmes, célébrée le 28 mai.

La 6e Rencontre internationale, à Manille, a joué un rôle fondamental dans la sensibilisation à la notion des droits génésiques sur le continent asiatique. Elle a conduit à l'organisation, aux Philippines, de la 1re Rencontre nationale sur la santé des femmes.

La 7e Rencontre internationale -tenue en 1993 à Kampala, en Ouganda- avait pour but de discuter des stratégies à élaborer quant à un ensemble d'enjeux mondiaux, dont la violence et les abus sexuels ; le grand succès de cette 7e Rencontre fut sa portée sur le mouvement pour la santé des femmes en Afrique.

La 8e RIFS s'est déroulée à Rio de Janeiro en 1997. Elle s'est terminée par trois déclarations, dont la Déclaration générale Gloria et la Déclaration des femmes africaines - le Réseau y assistait et vous pouvez lire un article sur cette rencontre dans le numéro 13 du SANS PREJUDICE - . À la fin de cette dernière RIFS, le mouvement international en santé des femmes a choisi le Canada comme prochain lieu de rassemblement. Les défis de la 9e Rencontre : augmenter la participation des femmes issues des " groupes de base " et accroître la représentation des francophones à cet événement.

Le Réseau québécois chargé d'augmenter la participation des francophones
Le RQASF a obtenu le mandat particulier d'augmenter la participation de la francophonie internationale à cet événement. La 9e Rencontre internationale sur les femmes et la santé fournira au Réseau une occasion de tisser des liens avec les autres groupes de femmes francophones du mouvement international en santé des femmes. L'objectif de participation à atteindre pour la francophonie est de 20 % des 500 places. Cela équivaut à 100 participantes, dont 75 hors Canada.

Les stratégies pour recruter des participantes hors Canada
Pour permettre de mieux cibler les envois postaux, le Réseau a accès à la base de données de la Marche mondiale des femmes qui comprend plus de 2 000 groupes de femmes répartis à travers le monde et ayant le français en partage. Le comité international de la 9e RIFS a aussi communiqué sa liste de 150 groupes francophones d'Europe et d'Afrique. L'information a été rendue accessible sur les sites Internet de nombreux groupes de femmes. Enfin, le Comité de communication de la 9e RIFS suggère de transmettre l'invitation via des listes de discussion diffusées sur le Web. Déjà, plusieurs femmes de partout dans le monde ont manifesté leur désir de participer. Nous vous invitons à suivre l'évolution de ce dossier sur le site Internet du Réseau http://www.rqasf.qc.ca ainsi que sur le site officiel de la 9e Rencontre http://www.iwhm-rifs.org.

Michelle Lauzon
RQASF

Femmes autochtones et santé

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 26, Hiver 2002

Les problèmes de santé communautaire, familiale et individuelle au sein des populations autochtones ont fait l'objet d'une attention approfondie. Les différentes analyses démontrent qu'il existe des écarts substantiels entre les Premières nations et le reste de la population canadienne quant à l'état de santé et aux conditions sociales. L'espérance de vie, les indices de revenu, de logement, de santé, d'éducation, etc., sont inférieurs à ceux du reste de la population canadienne. Au nombre des principaux problèmes de santé identifiés auxquels les femmes autochtones sont plus vulnérables que les Canadiennes, on retrouve le cancer du col utérin, de la vessie et des reins, le diabète, les maladies cardiovasculaires, l'hypertension, les incapacités, les blessures et empoisonnements, la tuberculose, l'arthrite et les rhumatismes, l'asthme et le cancer. En matière de problèmes sociaux, la violence, l'abus sexuel, l'abus de substances, le syndrome d'alcoolisation fœtale et les effets de l'alcoolisme fœtal ainsi que le VIH-SIDA constituent les problématiques les plus alarmantes.

Les défis que présente l'amélioration de la santé des femmes autochtones, de leurs enfants et des collectivités sont nombreux et ne pourront être relevés que si l'on intervient d'abord sur les problèmes de fond qu'ont identifiés, au moyen de divers médias, les femmes autochtones elles-mêmes. Ces dernières soulignent particulièrement l'insuffisance des ressources matérielles, humaines et financières qui pose un obstacle de taille à l'exercice de promotion de la santé, à la nature, à la qualité ainsi qu'à la continuité des services et des soins de santé dispensés.

L'insuffisance des services, et même parfois l'absence de services, notamment en milieu isolé, constitue une des préoccupations majeures, particulièrement en termes de ressources à l'intention des victimes de violence physique ou sexuelle, de lieux de réhabilitation, de services de garde, de services spécifiques au genre, de services de soutien à la famille, de services mères-enfants et de services spécialisés, notamment en santé mentale. Par ailleurs, l'insuffisance du nombre d'intervenants en milieu autochtone constitue un problème connu. À cela s'ajoute le manque de soutien à leur intention, notamment en ce qui concerne leur formation, la nature de leur mandat, la forte pression émotive et psychologique à laquelle ils sont soumis et qui les expose à l'épuisement professionnel. Ces insuffisances expliquent aussi, en partie, le taux élevé de roulement de personnel, le manque de suivi et de continuité dans la prestation de services et la ponctualité des soins dispensés. Les approches d'intervention semblent aussi inadéquates et incomplètes dans la mesure où elles accusent de sérieuses lacunes quant à la perspective holistique souhaitée par les femmes autochtones, c'est-à-dire une approche tenant compte de la globalité des besoins (besoins sociaux, spirituels, besoins de santé, de logement, etc.). Ce qui pose problème, c'est la ponctualité, la parcellisation et l'indépendance des services. Il va sans dire que ces principaux problèmes exigent que soit relevé un autre défi de taille : assurer un financement adéquat des ressources nécessaires à l'amélioration de la santé et de la qualité de vie des femmes autochtones et ce, qu'elles soient bénéficiaires ou dispensatrices de soins.

Un autre problème d'envergure est celui de l'insuffisance des programmes de prévention, d'éducation à la santé et de promotion de la santé. Parmi les thèmes jugés prioritaires figurent le syndrome d'alcoolisation fœtale, la nutrition, l'éducation sanitaire, la violence, l'abus de substances, l'abus sexuel et la santé génésique et sexuelle. Nous constatons que les femmes autochtones ont recours aux services principalement dans des situations d'urgence, qu'elles sont moins enclines à effectuer des examens de routine, notamment en gynécologie, qu'elles tardent à consulter et que, par conséquent, les problèmes de santé s'amplifient. C'est notamment le cas pour les cancers du col utérin et du sein, ainsi que pour le VIH-SIDA où, trop souvent, les diagnostics sont établis à un stade avancé de la maladie. Il faut donc, en priorité, poursuivre et intensifier l'exercice de la prévention, promouvoir l'importance du dépistage précoce, mais aussi et surtout, il faut comprendre que les exercices de prévention, de sensibilisation et d'éducation n'auront de succès que si l'on adopte une perspective à long terme.

Nous avons, très succinctement, tenté de faire la lumière sur les principaux besoins des femmes autochtones en matière de santé. Or, il faut garder à l'esprit que les besoins sont complexes et qu'un simple article ne permet pas de les expliciter en détail. Nous désirons toutefois insister sur la nécessité de développer des techniques d'approche efficaces ; parmi les solutions, celle qui semble la plus prometteuse favorise l'élaboration d'approches multidisciplinaires, complémentaires, globales et intégrées des services et programmes de santé.

Il nous semble tout aussi important de miser sur le développement d'approches communautaires, notamment en favorisant le développement de services et de programmes culturellement adaptés. Cela implique, par définition, d'appuyer les communautés dans la mise sur pied de projets conçus par les communautés elles-mêmes, en plus de voir à ce que les services soient dispensés dans une perspective holistique.

Les grands enjeux qui se dégagent consistent alors à optimiser les ressources et à les organiser de façon à ce qu'elles répondent le plus adéquatement possible aux besoins des populations desservies. Il faut toutefois garder à l'esprit que les femmes autochtones constituent un groupe fortement hétérogène et qu'il est ardu de concevoir des solutions globales et uniques, applicables à toutes sans tenir compte des différences historiques, des expériences sociales variées, des nations auxquelles elles appartiennent, de leur âge, de leur orientation sexuelle, de leur lieu de résidence et du statut qu'elles détiennent selon leur reconnaissance (ou non-reconnaissance) juridique. Cet aspect confirme la nécessité d'élaborer une stratégie multisectorielle et concertée, qui respecte la diversité des femmes et qui tienne compte des enjeux spécifiques à chaque sous-groupe.

Prudence Hannis
Coordonnatrice du dossier de la santé, Femmes Autochtones du Québec
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Cet article a été rédigé à partir du document " Femmes Autochtones et santé : Un état de la situation - Rapports et recommandations ", préparé par Prudence Hannis (Femmes Autochtones du Québec, août 2001). Femmes Autochtones du Québec est un organisme sans but lucratif qui représente plus de 3 000 femmes issues de toutes les Premières nations du Québec. Depuis sa fondation en 1974, Femmes Autochtones du Québec investit temps et énergie pour l'amélioration des conditions de vie des femmes et de leur famille. La justice et les droits de la personne, la promotion de la non-violence, l'emploi, la formation et la santé constituent les principaux domaines dans lesquels l'organisme s'implique activement.

Femmes sans frontières

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 26, Hiver 2002

'' Femmes sans frontières ", c'est le nom choisi par des femmes handicapées issues de diverses communautés ethnoculturelles pour désigner leur comité, formé en 1998 par l'Association multiethnique pour l'intégration des personnes handicapées (AMEIPH). Le but de ces femmes : s'entraider, apprendre sur leur nouvel entourage et faire connaître, dans les divers milieux concernés, les difficultés particulières qu'elles vivent.

Pourquoi parler de difficultés particulières ? À vous de l'imaginer. Lorsque vous êtes une femme handicapée, membre d'une minorité visible, immigrante, mère monoparentale, quelle partie de votre identité est visée par des phrases ou des actions qui vous limitent, qui vous blessent ? Comment vous défendre quand vous vous faites refuser un logement ou que vous êtes considérée comme " mère incapable ", ou qu'on se réfère à vous comme " le fauteuil " au lieu de " la dame " ?

Les obstacles rencontrés par les femmes handicapées des communautés ethnoculturelles dans leur nouvelle société peuvent venir des perceptions culturelles de leur propre communauté. Par exemple, certaines communautés perçoivent le handicap comme une malédiction divine ou pensent que les femmes handicapées n'ont pas besoin d'éducation. Ces femmes peuvent alors se faire refuser l'accès à l'éducation ou même à des traitements médicaux ou thérapeutiques, ce qui peut mettre leur avenir ou leur santé en péril. Le fait que le système scolaire et le système de santé au Canada offrent des ressources à la population ne veut pas dire que toutes les personnes y accèdent automatiquement.

Pensons à Aïsha (1), d'origine iranienne, qui a une déficience visuelle partielle. Sa mère a tout fait pour cacher au reste de la famille cette déficience (même après leur arrivée au Canada) puisque, dans sa culture, les femmes n'ont un avenir prometteur que dans un bon mariage et que c'est l'entourage qui décide quelles sont les femmes susceptibles de faire de bonnes épouses. Pour la mère d'Aïsha, dire que sa fille avait une déficience, c'était la condamner au célibat. D'un autre côté, en ignorant la déficience de sa fille, elle l'a privée de nombreux moyens palliatifs qui lui auraient ouvert des portes. Aïsha a grandi avec une mauvaise image d'elle-même à cause, entre autres, des reproches injustifiés de la part de sa famille : on la traitait d'impolie parce qu'elle ne saluait pas dans la rue les gens qu'elle connaissait ou de maladroite parce qu'elle heurtait souvent des objets. Tout ceci était causé par sa déficience mais personne ne devait le savoir.

Dans d'autres cas, les barrières viennent de la société d'accueil. Par exemple, les mœurs de certaines cultures peuvent être mal comprises par certains intervenants et des femmes handicapées peuvent être jugées, plus facilement que quiconque, inaptes à élever leurs enfants ou à occuper certains postes pour lesquels elles sont pourtant qualifiées. Ne connaissant pas bien les lois et les ressources du pays où elles vivent, ces femmes ne sauront pas comment faire respecter leurs droits.

Parlons maintenant de Sandra, d'origine haïtienne et ayant une cécité complète depuis l'enfance. Elle est une personne réservée, qui sourit tout le temps et qui s'exprime dans un français assez limité mais elle n'en est pas moins intelligente et débrouillarde pour autant. Sandra n'a eu aucune éducation dans son pays, faute de moyens. Sa langue maternelle étant le créole, elle aurait eu besoin de cours de francisation en arrivant au Québec mais ces cours ne sont pas adaptés pour les personnes handicapées. Quand elle est arrivée à l'hôpital pour accoucher de son premier bébé, on s'est adressé à elle comme à une enfant. On lui a même demandé si elle se rendait compte que ce n'était pas une poupée qu'elle avait entre les mains. Étant mère monoparentale, on lui a interdit de rentrer chez elle seule avec le bébé et on a voulu la placer dans une maison d'hébergement. Heureusement, elle a trouvé quelqu'un pour l'aider à présenter une plainte contre l'hôpital et elle a pu par la suite rentrer chez elle.

Dévoiler ce genre de difficultés, chercher des solutions à des situations de discrimination ou d'isolement ou à tout autre problème est le but du groupe ainsi que d'un document préparé par l'AMEIPH (2). La société en général ainsi que les intervenants appelés à travailler avec ces femmes doivent prendre conscience des situations et des particularités vécues par les femmes handicapées des communautés ethnoculturelles, seul moyen pour qu'elles accèdent à une vie épanouie.

Le Comité Femmes sans frontières se réunit le dernier mardi de chaque mois pour échanger, planifier ou présenter des thèmes ou sujets que les femmes voudraient aborder pour leur propre avantage ou pour un changement sociétal.

Leur besoin d'être entendues est évident. À ce titre, créer des liens de partenariat entre le Comité des femmes handicapées de l'AMEIPH et d'autres organismes de femmes est indispensable. Cet article pourrait être un pas dans cette direction. Cependant, pour que de véritables liens se développent entre les femmes d'origines diverses, il faut d'abord qu'elles se connaissent mieux. Ensuite, il faut que de part et d'autre naisse la conscience que " notre " définition de la " femme " et de " l'épanouissement " n'est pas celle de toutes et qu'accepter de travailler avec la différence est le début d'une vie plus riche et plus pleine.

Teresa Alejandra Peñafiel, AMEIPH
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(1) Les noms sont fictifs
(2) Pour entrer en contact avec l'Association multiethnique pour l'intégration des personnes handicapées ou avec le Comité Femmes sans frontières ou encore pour se procurer le document " Femmes handicapées d'origine ethnoculturelle ", vous pouvez contacter Celina Hasbun au (514) 272-0680.

Je surveille mon plaisir...et je veux m'en souvenir !

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 26, Hiver 2002

En 1999, lorsque le Comité femmes et sécurité Petite Patrie a commencé à travailler sur le dossier des agressions sexuelles par drogues du viol, peu de gens semblaient au courant de la problématique. Selon les milieux et les personnes, le phénomène était soit en progression, soit stable ou de l'ordre de la légende urbaine. Pour d'autres, ce type d'agression était un phénomène des campus américains et ne nous concernait pas. Pourtant, dès qu'on en parlait de manière informelle, les confidences et les témoignages se multipliaient, nous prouvant qu'il fallait agir.

Quelles sont ces drogues du viol ? Les substances les plus connues sont le Rohypnol et le GHB, mais plusieurs autres médicaments mélangés à de l'alcool et, surtout, pris à l'insu de la personne, peuvent avoir des effets déstabilisants. Les deux substances entraînent de la somnolence, une désinhibition et, selon les doses, de l'amnésie. Évidemment, les effets sont variables d'une personne à l'autre et dépendent de la tolérance physique, de l'état de santé, de l'alcool absorbé, etc. Au Canada, ces deux substances circulent et sont vendues à bas prix (environ 10 $ la dose) mais sont interdites (possession, vente et trafic). Lors de récentes saisies de drogues, on a aussi trouvé du GHB, ce qui laisse croire à l'implication du crime organisé dans ce trafic.

Ayant pour mission de diminuer le sentiment d'insécurité des femmes, notre préoccupation première fut d'informer sans créer de panique. Il est clair qu'il fallait donner aux femmes des moyens de prévention menant à un pouvoir d'action en évitant de tomber dans le piège de la peur. Après avoir consulté plusieurs organismes, tant ceux travaillant auprès des victimes, des jeunes, des toxicomanes que ceux faisant de la prévention ou de la répression des agresseurs, nous avons pu formuler des recommandations qui s'inscrivent dans une approche féministe.

La valeur primordiale que nous préconisons est la solidarité collective, qu'on illustre par la formule Prendre soin les unes des autres. Concrètement, cela peut se vivre en sortant en groupe (" sortir en gang, revenir en gang ") et en gardant l'œil ouvert sur ce qui se passe autour de nous, que les personnes qui nous entourent soient des connaissances ou non. S'il nous semble qu'une personne est en danger, vaut mieux faire fausse route que de prendre le risque qu'une agression survienne suite à notre inaction. Dans de telles circonstances, l'action de l'entourage peut se limiter à appeler le 9-1-1. D'autres mesures individuelles sont suggérées comme garder son verre à l'œil, n'accepter de consommations que des mains du personnel du bar, éviter le punch même dans les partys privés. Une notion essentielle d'autodéfense demeure, soit se fier à son intuition et quitter les lieux ou les personnes qui nous mettent mal à l'aise. Pour une meilleure prévention collective, l'information sur cette problématique doit circuler dans les organismes oeuvrant auprès des femmes et des jeunes ainsi que dans les services de première ligne et les cas doivent être mieux documentés (contexte, symptômes, façon de procéder des agresseurs, etc.). Notre comité propose aussi d'élargir le registre de nos actions avec divers partenaires pour, par exemple, éclaircir les aspects légaux, inciter les compagnies fabriquant ces substances à les rendre plus facilement repérables (par le goût, l'odeur, etc.), ainsi qu'échanger avec d'autres organismes sur nos pratiques de prévention.

La problématique est maintenant mieux connue, mais soulève encore plusieurs questions restées sans réponses. Comme l'agression sexuelle demeure encore le crime le moins rapporté et étant donné l'absence de statistiques spécifiques de même que la rareté des cas aboutissant à un processus judiciaire, il est impossible pour le moment de savoir si le phénomène est en hausse ou reste stable. Pour les mêmes raisons, il est difficile de cibler des contextes ou des lieux présentant plus de risques : plus nous recevons de témoignages, plus les situations se diversifient. En fait, des hommes peuvent aussi en être victimes et en Europe, on a rapporté des cas de personnes âgées abusées financièrement par le même procédé. C'est donc la société entière qui est concernée. Nous sommes également préoccupées par la banalisation des substances provoquant une soumission chimique. Nous croyons qu'elles peuvent entraîner le passage à l'acte, en toute impunité la plupart du temps, d'agresseurs potentiels qui n'auraient pas osé utiliser la contrainte physique. Comme pour toutes les formes de violence, la prévention doit donc viser la protection des victimes potentielles, la sensibilisation de la collectivité, mais aussi ultimement la responsabilisation des agresseurs pour envoyer, en tant que société, un message clair.

C'est pourquoi les mesures de prévention et de protection que nous suggérons doivent s'appuyer sur une campagne plus large de promotion des rapports égalitaires et de dénonciation de la violence faite aux femmes en général.

Louise Lacroix
Comité femmes et sécurité Petite Patrie

La procréation médicalement assistée

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 26, Hiver 2002

Pour les couples infertiles qui désirent un enfant, les nouvelles technologies de la reproduction humaine (NTRH) semblent au premier abord une solution intéressante. Des expériences telles que celle du couple Céline Dion et René Angelil qui ont eu René-Charles grâce à la fécondation in vitro et pourront peut-être avoir un autre enfant grâce à un embryon congelé soulèvent l'espoir. Cependant, toutes les histoires des couples qui ont été en clinique de fertilité n'ont pas un dénouement aussi heureux.

Les NTRH ne guérissent pas de l'infertilité ou de la stérilité. Elles contournent le problème et donnent la possibilité à quelques couples d'avoir un enfant. Nous ignorons toujours les taux de succès réels des cliniques de fertilité puisque chacune les calcule à partir de ses propres critères. Selon ces calculs, le taux de succès de la fécondation in vitro (FIV) varie de 13 à 27 %. Il est difficile d'obtenir l'information sur les protocoles, le nombre de couples qui donnent naissance à un enfant, les techniques et les hormones utilisées, etc., puisque les cliniques de fertilité n'ont aucune obligation de rendre leur pratique publique.

Les risques que représentent pour la santé des femmes les interventions nécessaires au prélèvement d'ovules ou à l'implantation d'embryons sont peu documentés. On a encore recours à des interventions lourdes et risquées dans le but de pallier au peu d'efficacité et au coût élevé des NTRH. Par exemple, l'hyperstimulation ovarienne par la prise de doses importantes de diverses hormones fait partie du protocole de la FIV afin d'avoir plusieurs ovules, de créer plusieurs embryons et d'en implanter trois dans l'utérus car le taux de succès de l'implantation d'un seul embryon est très faible. De plus, il est plus rentable de réaliser une intervention pour obtenir plusieurs ovules que pour n'en prélever qu'un. Malheureusement, ce sont les femmes qui paient pour cette rentabilisation par une augmentation des risques pour leur santé.

Il est temps de réaliser une véritable enquête afin de dresser le portrait de la recherche et des pratiques à travers le Québec. Il est urgent de procéder à l'évaluation scientifique rigoureuse à long terme des technologies de la procréation médicalement assistée (PMA) concernant leur efficacité et leur innocuité, d'évaluer le développement émotif et psychosocial des enfants nés des technologies de reproduction et de procéder à une évaluation des impacts sociaux de ces technologies. L'avant-projet de loi sur l'assistance à la procréation, déposé en mai 2001 par le ministre canadien de la Santé, Allan Rock, ne prévoit pas une telle évaluation.

Tout en permettant à quelques couples d'avoir un enfant, les NTRH, particulièrement la fécondation in vitro, ont ouvert la porte à toute une série d'expérimentations et de recherches sur la fécondation, la gestation, les biotechnologies et le génie génétique. Grâce à la stimulation hormonale pour produire plusieurs ovules ou à la fécondation in vitro pour avoir plusieurs embryons, nous pouvons maintenant avoir accès à du matériel génétique permettant diverses activités : manipulation des gènes, recherche sur les cellules souches, création de chimères (embryon humain dans lequel est introduite une cellule d'une autre forme de vie), clonage, pré-sélection du sexe, élimination des embryons portant des gènes " défectueux ", etc. Jamais dans l'histoire humaine une telle manipulation des gènes n'a été possible.

La commercialisation de la procréation et les manipulations génétiques grugent peu à peu les repères traditionnels de la vie collective et de l'identité humaine. " Nous vivons à une époque où il est possible de breveter les formes vivantes et de vendre nos gènes au plus
offrant (1).Commercialisation possible d'ovules, de sperme, d'embryons, d'utérus… trop de questions sont encore sans réponses. Comment prévenir les abus possibles qu'on peut déjà imaginer ? Les NTRH sont en train de changer la notion d'être humain et la nature des rapports sociaux entre les hommes et les femmes ainsi qu'entre les parents et les enfants. Peut-on changer les rites de la reproduction humaine et manipuler les gènes sans conséquences graves pour les générations futures ?

Dix ans après les travaux réalisés par la Commission royale d'enquête sur les nouvelles technologies de la reproduction humaine, le Canada soumet enfin un avant-projet de loi sur l'assistance à la procréation. Cet avant-projet tente timidement d'encadrer la pratique et les recherches en interdisant certaines activités en tout temps et en mettant en place un organisme de réglementation qui sera responsable de définir les règlements qui encadreront les activités permises. Bref, malgré cet avant-projet de loi, il reste encore beaucoup de travail à réaliser pour véritablement réglementer les pratiques et le développement de la procréation médicalement assistée.

L'avant-projet de loi a été déposé au Comité permanent sur la santé afin qu'il puisse émettre un avis après avoir consulté les Canadiennes et Canadiens sur son contenu. Ce comité déposera son rapport en janvier et le ministre de la Santé prévoit soumettre le projet de loi pour adoption au printemps 2002.

Longtemps à l'avant-garde des débats sociaux entourant la mise en place et le développement des NTRH, les féministes sont aujourd'hui moins actives dans les débats entourant cette question. La lutte contre l'appauvrissement des femmes, la détérioration de leurs conditions de vie et la violence dont elles sont victimes ont accaparé l'énergie du mouvement des femmes. Pourtant, il est important que la voix des femmes se fasse entendre sur l'encadrement légal de la procréation médicalement assistée puisque les enjeux soulevés par les NTRH pour la santé des femmes, pour les rapports femmes-hommes et pour l'avenir de la maternité sont lourds de conséquences.

Anne St-Cerny
Fédération du Québec pour le planning des naissances
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1. ROCHON FORD, Anne, Les conséquences de la biotechnologie et du génie génétique sur la santé des femmes, Groupe de travail sur les femmes, la santé et le génie génétique, février 2001, 22 pages.

Toute ma vie, j'ai pris soin

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 26, Hiver 2002

Au cours des dernières années, notre expérience d'intervenante sociale au sein du programme de maintien à domicile d'un CLSC nous a conduite à nous intéresser de près au rapport entre personnes âgées issues d'un milieu populaire et système de santé et de services sociaux (1). Les résultats d'une récente étude que nous avons réalisée montrent qu'en milieu populaire, vieillesse, santé et maladie prennent des significations différentes pour les femmes et les hommes âgés (2), celles-ci étant largement liées aux sens donnés au travail effectué durant la période de la vie dite active. En effet, si le travail contribue intimement à façonner notre identité personnelle, les hommes et les femmes que nous avons rencontrés n'y accordent pas le même sens, ce qui influence directement leur représentation de la vieillesse, de la santé et de la maladie. Les résultats de notre recherche nous invitent à mieux prendre en compte l'expérience des femmes âgées issues de milieux populaires et à rendre plus " sensibles " les interventions des professionnelles oeuvrant auprès d'elles.

L'étude que nous avons menée s'est intéressée aux personnes âgées issues d'un milieu populaire et résidant à domicile, c'est-à-dire, globalement, celles et ceux qui n'ont pas eu accès à un niveau d'éducation post-secondaire et dont l'emploi, s'ils ont occupé un emploi, a consisté en une fonction de salarié exécutant. Les résultats obtenus indiquent que malgré des ressemblances entre les répondantes et répondants quant à l'âge, à l'état de santé, à la présence d'un conjoint ou d'une conjointe ou d'un réseau de proches, le discours des femmes âgées au sujet de la vieillesse diffère largement de celui des hommes. Globalement, pour les femmes âgées rencontrées, vieillir est expérimenté comme un combat incessant contre la perte de son identité. Vivre vieille et vieillir encore un peu plus à chaque jour est raconté comme une suite d'expériences douloureuses de perte de ses capacités, de ses relations avec ses proches et, plus largement, comme une expérience douloureuse de perte de soi. À l'inverse, pour les hommes âgés rencontrés, les pertes de capacités reliées au processus du vieillissement sont davantage racontées comme faisant partie du processus normal de la vie et comme une réalité logique inhérente à la condition humaine.

De plus, l'analyse des entretiens montre que chez les hommes âgés, le travail accompli durant la vie passée témoigne de leur valeur intrinsèque, même une fois révolue la capacité de travail à l'étape de la vieillesse. Par ailleurs, même si nous avons rencontré des femmes ayant occupé un emploi d'ouvrière en usine, de cultivatrice, d'employée à la maintenance d'un " motel pour touristes ", etc., celles-ci n'ont pas fait part de leur expérience de travail comme les hommes ont pu le faire, c'est-à-dire avec fierté, en mettant en valeur le talent, la force et l'endurance dont ils ont fait preuve. Elles ont plutôt parlé de leurs pertes, tout en mentionnant elles aussi qu'elles avaient " travaillé fort " durant leur vie passée. De manière générale, les entretiens avec les femmes ont montré qu'à mesure que s'accumulent les pertes, l'expérience de vie au cours de la vieillesse devient de plus en plus vide de sens. Même si la recherche ne nous permet pas d'étendre nos résultats à l'ensemble des femmes âgées, ceux-ci nous donnent à penser que le soin des autres, et particulièrement de leur entourage, est davantage porteur de sens pour les femmes âgées issues de milieux populaires et que, contrairement aux hommes, ce sens qu'elles donnent à leur vie disparaît à mesure que les capacités de prendre soin des autres, a fortiori d'elles-mêmes, disparaissent.

À notre avis, l'intervention sociosanitaire auprès des femmes âgées issues de milieux populaires doit chercher à s'articuler davantage à partir de ce " noyau de sens " que représentent l'aide et les soins apportés aux autres et à partir duquel s'est articulée l'existence de celles qui, aujourd'hui, ne trouvent plus de sens à leur vie. Dans cette optique, les occasions d'aider les autres servent comme autant de moyens visant à reconquérir une autonomie globale, au-delà des seules capacités fonctionnelles. Ainsi, à partir des talents et des expériences concrètes qui sont les siennes, et tout en tenant compte des pertes fonctionnelles associées à son vieillissement, une " cliente " des services à domicile, en plus de recevoir des soins et des services, peut être encouragée à participer au programme de " téléphone de l'amitié " du centre d'action bénévole de sa région, à un " tricothon " visant à amasser des fonds pour une œuvre du quartier, à l'élaboration d'un livre de recettes collectives et la liste pourrait s'allonger à l'infini, à la mesure des talents et des forces qu'ont développés celles qui, toute leur vie, ont pris soin.

Proposer à des femmes en situation de besoin de telles formes de participation sociale ne doit toutefois pas les priver des services auxquelles elles ont droit. Ces formes de participation doivent plutôt être envisagées comme des outils d'intervention et autant de moyens de reconnaissance de leur contribution et de leur valeur. Ce faisant, elles démontrent également l'importance de développer, plus largement dans la société, des modèles où les femmes pourront se voir et se reconnaître autrement que dans le seul rôle de dispensatrice de soins, particulièrement pour celles situées en bas de la pyramide sociale.

Par Ysabel Provencher
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1. PROVENCHER, Ysabel (1999) " Les aînées de la MRC Denis-Riverin ou quand la recherche se met au service du changement " dans Revue canadienne de service social, Vol. 16, pp. 233-248.
2 . PROVENCHER, Ysabel (2001) " Les expressions de la distance culturelle entre les personnes âgées de milieux populaires et les intervenantes du CLSC-CHSLD-CH de la MRC Denis-Riverin ", thèse de doctorat, École de service social, Université Laval.

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 27, Printemps 2002

Dossier la 9e RIFS

L'originalité de la 9e Rencontre internationale sur les femmes et la santé

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Le Canada sera l'hôte de la 9e Rencontre internationale sur les femmes et la santé (RIFS) qui aura lieu à Toronto du 12 au 16 août 2002 et le RQASF est fortement impliqué dans l'organisation de cette prochaine Rencontre. Celle-ci s'inscrit dans la suite de huit rencontres dont le but global était d'offrir un forum pour réfléchir, faire l'échange d'expériences, partager des connaissances et maintenir le débat à l'échelle internationale pour tout ce qui concerne la santé des femmes.

Ces rencontres ont été le résultat du travail et de l'engagement de groupes, d'organismes et de réseaux féministes qui œuvrent à la promotion de la santé des femmes et de leurs droits en matière de procréation. Leur premier objectif est la contestation de l'ordre patriarcal établi et la création d'une place pour les femmes dans un domaine aussi important que la santé.

On peut dire sans aucun doute qu'elles ont favorisé la création et le renforcement de groupes féministes et d'ONG qui interviennent dans la formulation et la mise en œuvre des politiques touchant la santé des femmes. Elles confirment que le Mouvement international des femmes pour la promotion de la santé se porte bien, qu'il est cohérent dans sa diversité et qu'il est déterminé à poursuivre son action.

Afin de juger de l'originalité de la 9e RIFS, il est bon de se rappeler les grands moments des autres rencontres internationales sur la santé des femmes. Le tableau suivant retrace les faits saillants des rencontres depuis la toute première qui a eu lieu à Rome en 1975.

1975- Rome, Italie

  • Thème central de la rencontre : la légalisation de l'avortement (en rapport principalement avec la situation vécue par les Françaises à cette époque).
  • Rencontre organisée par des organismes locaux et tenue dans un lieu " occupé " par des groupes revendiquant des logements.
  • Les participantes sont toutes d'origine européenne

1978- Hanovre,Allemagne

  • Cette fois encore, les participantes sont uniquement d'origine européenne.


1981-Genève, Suisse

  • La rencontre est organisée par le Dispensaire des femmes et ISIS, de Genève.
  • Pour la première fois, des représentantes d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie sont invitées à participer. Dorénavant, les rencontres seront ouvertes aux femmes de tous les continents.
  • 1984- Amsterdam, Pays-Bas

    • Rencontre organisée par des groupes d'Amsterdam.
    • Le programme de la rencontre indique une position ferme du mouvement des femmes en matière de politiques de contrôle des populations. Défiant les gouvernements et les institutions, les femmes des pays développés et en développement tiennent un discours commun, fondé sur le droit de toute personne de décider librement de sa vie reproductive.
    • Le concept de droits génésiques est né lors de cette rencontre ; ce concept est aujourd'hui intégré à toutes les discussions sur la santé et les droits des femmes.

    1987-San José, Costa Rica

    • Groupe organisateur : CEFEMINA (ONG).
    • Thème de la rencontre : services de santé et médecine communautaire.
    • On assiste à un affrontement sur des questions morales et religieuses opposant la majorité des participantes à quelques femmes liées à des groupes " Oui à la vie " (lesquels véhiculent des conceptions extrêmement conservatrices).
    • De cette rencontre naît la Journée d'action femmes et santé (qui se tient désormais les 28 mai) ; cette rencontre marque également le début de la campagne mondiale contre la mortalité maternelle.
    • Participation : 750 femmes (record de participation).

    1990-Manille, Philippines

    • Cette rencontre est marquée par l'élargissement du cadre des débats : on y évoque la lutte des femmes contre la présence de bases américaines aux Philippines et on y dénonce la violence quotidienne à laquelle sont soumises les femmes philippines depuis l'occupation militaire étrangère.
    • Cette rencontre est marquée aussi par la confrontation avec l'Église quant à la dépénalisation de l'avortement.

    1994-Kampala,Ouganda

    • Au programme : débats sur des questions spécifiques à la santé des femmes africaines, notamment en lien avec les mutilations génitales, l'avortement et le sida.
    • Première rencontre en sol africain.
    • Participation : 300 femmes.

    1997-Rio de Janeiro,Brésil

    • Thématiques de la rencontre : femmes et santé, pauvreté et qualité de vie.
    • On y débat entre autres de l'impact du Mouvement international femmes et santé sur les conférences des Nations Unies et de l'impact de ces conférences sur le programme et la dynamique du mouvement des femmes.
    • Première rencontre sur le continent latino-américain. Cela constitue aussi le premier grand événement international en matière de santé des femmes après les Conférences du Caire et de Beijing.
    • Participation de 566 femmes originaires de 58 pays, représentant des ONG nationales et internationales, des réseaux nationaux, régionaux et mondiaux, des organisations gouvernementales, des institutions académiques, des institutions de recherche, des groupes de base et des associations populaires de tous les continents.
    • Adoption d'un programme commun pour le mouvement international femmes et santé (déclaration Gloria) ainsi que d'une déclaration spécifique initiée par les femmes africaines.
    (Source : Document final 8e Rencontre internationale Femmes et Santé, du 16 au 20 mars 1997, Rio de Janeiro , Brésil Version française, Espace Femmes International Genève, Suisse)

    Les objectifs de la 9e RIFS
    Au terme de la 8e Rencontre, les participantes ont émis certaines recommandations en prévision de la prochaine RIFS, soit de favoriser la présence de militantes de groupes de base, d'accroître l'implication de femmes jeunes et, enfin, d'encourager la participation d'un plus grand nombre de secteurs reliés à la santé des femmes.

    Participation des groupes de base et des secteurs
    C'est avant tout par le choix des lieux de diffusion de l'information qu'on a tenté d'atteindre ces objectifs - on a utilisé les réseaux de membres d'ONG pour effectuer le recrutement des participantes. C'est aussi dans le choix de retenir trois thèmes et de favoriser les propositions d'activités qui recoupent au moins deux de ces thèmes. Les thèmes étant pris dans leur sens large, cela permet à des groupes qui travaillent à l'amélioration de la santé des femmes qui, généralement, n'étaient pas présents aux RIFS de pouvoir soumettre une proposition et de s'inscrire.

    Pour ce qui est d'encourager l'implication de jeunes femmes, il a été suggéré de tenir compte du groupe d'âge de la participante parmi les priorités pour obtenir un soutien financier.

    Augmenter la présence des francophones
    Un autre but de la 9e Rencontre est d'augmenter la présence des francophones qui était très restreinte lors des derniers événements. On a souhaité vivement que des efforts soient mis pour augmenter la participation des femmes de la francophonie internationale. L'objectif à atteindre : que 20 % des participantes attendues à l'événement du mois d'août soient francophones. Il faudra tenir compte d'une juste répartition des régions qui composent l'ensemble de la francophonie.

    À la fin de mars, les propositions ont été sélectionnées pour toutes les options d'activités offertes au programme qui, rappelons-le, se dérouleront dans les trois langues officielles de la 9e Rencontre (l'anglais, le français et l'espagnol). Les dix-huit propositions retenues pour les activités francophones proviennent de dix pays différents de la francophonie : l'Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, le Canada, le Cameroun, la France, le Mali, le Niger, la République démocratique du Congo et le Togo.

    Tisser des liens avec les groupes de la francophonie
    Enfin, le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes désire développer ses liens avec les groupes de la francophonie internationale qu'il aura rencontrés. Avec l'avènement des nouvelles technologies, il est permis d'espérer qu'il pourra mettre en place un réseau permanent de communication avec ces groupes. Ce réseau de communication pourra permettre l'échange de stratégies d'action, de ressources éducatives ou tout simplement d'informations sur le suivi des dossiers reliés à la santé.

    Il semble bien que la 9e RIFS soit en bonne voie d'atteindre ses objectifs. Mais c'est lors de la réunion de suivi prévue pour le printemps 2003, que nous serons vraiment en mesure d'évaluer l'originalité de cette 9e Rencontre internationale sur la santé des femmes.

    VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 27, Printemps 2002

Agir ensemble pour la santé des femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 27, Printemps 2002

''Agir ensemble pour la santé des femmes ", ça vous dit quelque chose ? Il s'agit du nom d'un projet d'envergure provinciale que le Réseau mène depuis le printemps 2001. Financé par le Programme Promotion de la Femme (PPF) pour une durée de trois ans, ce projet vise à explorer, par le biais de la recherche, les dynamiques liées à la mise en place et au fonctionnement des comités aviseurs " conditions de vie de femmes " que les groupes de femmes ont développés dans l'ensemble des régions du Québec dans la foulée de la réforme du réseau de la santé et des services sociaux.

D'où vient cette idée ?
C'est à la demande de ses membres relais (1) que le Réseau a formulé et présenté ce projet au cours de l'automne 2000. À travers les propos recueillis auprès de ses membres, le Réseau a saisi que plusieurs groupes de femmes déplorent que les politiques relatives à la santé des femmes ne répondent pas encore à leurs attentes et ne couvrent pas l'ensemble de leurs préoccupations, notamment en raison de leur convergence vers le morcellement du corps des femmes. Ces groupes de femmes disent estimer important de participer à l'évaluation des soins, des services et des politiques qui concernent la santé des femmes. Les groupes veulent un accès direct à l'information. De plus, on observe que les instruments et espaces démocratiques se sont plutôt détériorés au cours des dernières années, que les possibilités de participation de la population et des usagers ont diminué au profit de celles des représentants du secteur privé et des fondations et que le pouvoir des gestionnaires s'est sensiblement accru.

Les groupes de femmes réclament donc un mécanisme efficace pour que les questions liées à la santé des femmes soient remises à l'ordre du jour des régies régionales de la santé et des services sociaux, une formule qui leur donne le pouvoir d'influencer et de participer aux décisions de façon à défendre les besoins et les intérêts des femmes. Dans cette optique, le Réseau reçoit régulièrement des demandes de support pour la structuration de comités aviseurs de la part de groupes de femmes qui souhaitent la mise en place d'un tel comité. Sensible à l'ensemble de ces préoccupations, le Réseau a donc cru essentiel de développer un projet qui permettrait de mettre à jour sa connaissance et de mieux comprendre les dynamiques propres aux actions posées dans chacune des régions du Québec par les groupes de femmes en regard de ces comités aviseurs.

Un projet… des questions
S'inscrivant sous la rubrique thématique de la participation des femmes aux instances et aux décisions politiques, de façon plus spécifique, cette étude cherche à répondre aux questions suivantes :

  • Quel sens ces comités aviseurs ont-ils pour les groupes de femmes ?
  • Pourquoi certains groupes ont-ils vu de manière favorable la mise en place de ces comités, alors que d'autres l'ont vue de manière moins favorable ?
  • Comment définit-on la santé des femmes et quels sont les besoins spécifiques des femmes en matière de santé et ce, pour chaque région ?
  • Comment les questions relatives au dossier de la santé des femmes transitent-elles dans chacune des régions : par ces comités ou par d'autres moyens ?
  • Quel bilan fait-on, dans les groupes de femmes, de ces comités aviseurs : mise en place, fonctionnement, mandat, développement de services adaptés aux besoins des femmes, réussites, obstacles rencontrés et défis qui s'annoncent ?

Le Réseau veut donc, par cette recherche, comprendre le sens qu'en donnent les actrices des groupes de femmes, celles qui y sont impliquées tout comme celles qui n'en ont pas voulu et qui auraient développé d'autres moyens et d'autres lieux pour se faire entendre. Il veut également comprendre si cette structure permet d'influencer les politiques gouvernementales et si elle répond aux demandes formulées par les groupes pour la reconnaissance et la défense de leurs besoins spécifiques en matière de santé des femmes. La connaissance développée dans cette étude permettra de mieux structurer la démarche des groupes de femmes, de les outiller et de les soutenir dans l'exercice de leur mandat, à l'intérieur de ces instances et d'autres lieux.

La stratégie de recherche
La stratégie de recherche, qui est développée pour mener à bien cette entreprise, se déploie en trois temps. Une première cueillette de données a été réalisée à l'automne 2001. Cette cueillette a permis de dresser un portrait pour l'ensemble des régions du Québec quant à la présence ou non d'un comité aviseur sur le territoire de chacune d'entre elles. C'est à l'aide d'un questionnaire soumis à une informatrice clé que ces premières informations ont été recueillies.

Ainsi, nous avons appris que des seize régions administratives(2) rejointes, neuf ont actuellement un comité aviseur et six (3) n'en ont pas . Il est important de souligner que dans ce dernier groupe, trois régions disent avoir déjà eu un comité aviseur sur leur territoire. À partir de ce portrait sommaire, nous souhaitons, dans un deuxième temps, investiguer au total neuf régions qui sont représentatives des deux groupes décrits précédemment. Pour chacune de ces régions, nous allons rencontrer des représentantes des groupes de femmes et les interroger afin de mieux saisir les dynamiques à l'œuvre relativement à la présence ou à l'absence de comité aviseur sur leur territoire. Cette deuxième étape nous permettra d'aller un peu plus en profondeur dans la compréhension de chacune de ces situations et de cerner les différences et les ressemblances à l'œuvre.

Après l'analyse de ces entrevues et à partir des constats qui en ressortiront, le Réseau pourra, dans un troisième temps, développer des outils et des moyens, qui restent à définir, permettant ainsi à l'ensemble des groupes de femmes d'avoir accès aux conclusions de cette enquête.

Une recherche-action
Il est important de souligner que l'approche privilégiée ici est celle de la recherche-action. Cette approche met l'emphase sur l'expérience des participantes et favorise l'émergence de données qui n'auraient pu se manifester sans la collaboration de ces informatrices clés. À travers diverses activités menées dans des régions urbaines et rurales, la recherche-action permettra d'obtenir une description des dynamiques qui entrent en jeu dans l'organisation des services dans ces milieux de vie. Recueillir la parole des femmes des groupes sera le moyen privilégié, la principale voie pour documenter la question et les aspects que cette recherche met de l'avant. Cette parole sera recueillie de deux façons distinctes et en deux temps précis. Dans un premier temps par un questionnaire et dans un deuxième temps par des entrevues.

Pour le RQASF, la recherche-action s'articule également autour de trois axes prioritaires : la réflexion, l'éducation et l'action. Ces trois axes prioritaires se retraduisent ici, dans le cadre de l'opérationnalisation de la recherche, de la façon suivante :

  • connaître, comprendre et analyser la réalité des comités aviseurs telle que vécue par les femmes ;
  • former, diffuser et transmettre les connaissances développées par la recherche ;
  • promouvoir, structurer et soutenir la participation et les actions des groupes de femmes en regard des espaces démocratiques.

Un comité de pilotage
Les moyens mis de l'avant pour réaliser cette recherche permettent d'avoir une chercheure qui voit et travaille à la conduite de ce projet ainsi qu'un comité de pilotage formé des membres relais intéressées à s'impliquer et à participer aux différentes étapes et à son déroulement. Ce comité de pilotage est donc invité à s'investir à chacun des moments clés inhérents à la réalisation d'une recherche : formulation de l'objet de recherche, précision des objectifs de recherche, élaboration de la stratégie de cueillette, discussion sur les considérations éthiques liées à ce type de recherche et analyse collective des données. Les échanges qui ont lieu lors des rencontres de ce comité permettent de développer une approche réflexive sur la conduite de la recherche ainsi qu'en regard de la pratique et de l'action dans laquelle les groupes sont engagés. Ces moments sont, aux dires de plusieurs participantes, effectivement formateurs et très appréciés.

Les étapes à venir

Au moment d'écrire ces lignes (4), le projet de recherche a le vent dans les voiles et on s'apprête à entamer la deuxième cueillette de données en allant rencontrer des femmes dans plusieurs régions du Québec pour approfondir notre compréhension de l'historique de ces comités, des dynamiques développées, du bilan qu'elles en font et des perspectives qui s'annoncent, pour ceux-ci, dans la nouvelle configuration des régies régionales depuis l'adoption du projet de loi 28 et des nouveaux modes de gouverne qu'elles mettent de l'avant

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(1) Les membres relais sont des femmes membres du réseau qui ont pour rôle d'incarner la courroie de transmission des préoccupations et de l'information entre la région d'où elles originent et le Réseau.
(2) Pour les fins de notre enquête, le Québec se découpe en seize régions administratives : 01 Bas-Saint-Laurent, 02 Saguenay-Lac-Saint-Jean, 03 Québec, 04 et 17 Mauricie et Centre-du-Québec, 05 Estrie, 06 Montréal, 07 Outaouais, 08 Abitibi-Témiscamingue, 09 Côte-Nord, 10 Nord du Québec, 11 Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, 12 Chaudière-Appalaches, 13 Laval, 14 Lanaudière, 15 Laurentides et 16 Montérégie.
(3) Quant aux informations recueillies pour la région Nord du Québec, elles décrivent une forme de comité qui a rendu impossible l'inclusion de cette région dans l'un ou l'autre de ces deux groupes au moment de l'analyse des données.
(4) Cet article a été rédigé au mois de février 2002.

Femmes au mitan de la vie : pour une approche féministe de la ménopause

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 27, Printemps 2002

Avec l'arrivée des " baby boomeuses " au mitan de la vie, les groupes de femmes reçoivent de plus en plus de demandes de renseignements sur la ménopause de la part de nombreuses femmes de différents milieux, dans les centres urbains comme dans les régions rurales. Pour répondre à cette demande, le RQASF coordonne, depuis quelques années, les travaux d'un comité dont les objectifs sont de promouvoir une image positive de la ménopause, de faciliter les liens et l'échange d'informations entre les intervenantes, de diffuser de l'information critique sur la ménopause et d'offrir un soutien aux animatrices d'ateliers. Des articles sur la ménopause ont d'ailleurs été publiés dans les numéros 7, 11, 12 et 13 du Sans préjudice. Le RQASF travaille maintenant à développer un nouveau programme de formation à l'intention des animatrices d'ateliers sur la ménopause. Une étape a été entreprise, soit la mise à jour des connaissances théoriques et pratiques.

La ménopause est un phénomène naturel et pourtant fort méconnu. Il existe une quantité impressionnante d'informations de toutes sortes - et parfois contradictoires - sur la question, si bien qu'en l'absence d'outils pour les décoder, il est difficile de trouver réponse à des questions spécifiques. Cet article expose le cadre d'analyse dans lequel va s'inscrire l'ensemble du projet.

Notre approche : non, la ménopause n'est pas une maladie…
Selon l'approche féministe, la ménopause est une étape normale dans la vie d'une femme. Il semble que le vécu pénible associé à la ménopause soit un phénomène occidental, puisque les symptômes qui y sont associés ne sont pas vécus de la même manière partout dans le monde. Les études de Margaret Lock concernant le Japon et l'Amérique du Nord, par exemple, vont en ce sens. Au Québec, un projet de rapprochement interculturel avec des immigrantes, initié par le Réseau, a également révélé comment la culture peut influencer la façon de vivre la ménopause . Les répondantes auraient été surprises de l'importance de ce phénomène. D'après une étude américaine, les lesbiennes ne vivraient pas la ménopause de façon aussi négative que nombre d'hétérosexuelles. Tout porte à croire qu'il en va de même selon les classes sociales.

La culture, l'orientation sexuelle, la classe sociale sont des facteurs et conditions appelés " déterminants de la santé " en ce que leur interaction a une incidence directe sur la santé. Les déterminants de la santé sont multiples et se situent tant au niveau des caractéristiques individuelles de la personne (sexe, âge, origine ethnique, etc.), de son mode de vie (travail, activités physiques, usage de tabac et drogues, sommeil, etc.), de son environnement (réseau social, valeurs, logement, air, eau, etc.) qu'au niveau politique (politiques gouvernementales, mesures fiscales et légales, médias, etc.). D'après Santé Canada, le niveau de revenu et la situation sociale sont les déterminants les plus importants. Considérant que les femmes représentent la catégorie sociale la plus pauvre du Québec, une attention particulière pourra y être accordée, tout en ne négligeant pas les autres facteurs sociaux possibles, dont certains découlent de cette pauvreté.

Le Mouvement pour la santé des femmes, auquel participe le Réseau, s'est insurgé depuis vingt ans contre une pratique médicale publique qui intervient dans tous les processus normaux de la vie des femmes, comme les menstruations, la grossesse et l'accouchement ainsi que la ménopause. Cet interventionnisme médical entraîne une hyperspécialisation et une surmédicalisation qui infantilisent les femmes. Dépossédées du " Savoir " sur leur corps, les femmes sont inquiètes, à juste titre. Dans nos sociétés occidentales, la ménopause tend donc à être perçue comme une maladie à traiter.

L'approche biomédicale : une affaire de commerce ?
Le discours biomédical dominant, instruit par l'industrie pharmaceutique, définit la ménopause uniquement ou principalement comme une défaillance ovarienne, une carence œstrogénique et la source de troubles physiques et psychologiques. Selon les tenants de ce discours, les femmes n'ont pas ce qu'il faut physiquement ni psychologiquement pour faire face à la ménopause. Pour affronter cette " maladie " occasionnant bouffées de chaleur, insomnie et sécheresse vaginale, les compagnies pharmaceutiques incitent les médecins à prescrire l'hormonothérapie substitutive (HTS).

L'industrie pharmaceutique investit des millions dans la promotion de ces médicaments et use de plusieurs stratégies, à différents niveaux, pour s'assurer le plus grand nombre possible de ventes. Au niveau des recherches cliniques jugeant des effets et de l'efficacité des médicaments, les compagnies commanditaires interviennent à différentes étapes (conception, choix des sujets d'étude, choix des données analysées et diffusées), compromettant gravement l'objectivité de telles études. À tel point qu'en septembre 2001, douze des plus prestigieuses revues médicales au niveau mondial ont publié un éditorial commun pour dénoncer ces pratiques et annoncer que plus aucun article dont l'indépendance ne soit assurée ne serait publié dans leurs pages.

À un autre niveau, celui des études de marché, les compagnies pharmaceutiques achètent les services de IMS-Health, une firme qui recueille les renseignements détaillés contenus dans les ordonnances afin de pouvoir cibler les segments de marché négligés. Des médecins praticiens reçoivent ensuite la visite de représentants, distribuant dépliants " informatifs " et échantillons. En matière de publicité des médicaments s'adressant aux médecins, l'industrie profite aussi de normes plutôt laxistes et peu appliquées par Santé Canada. Selon une analyse de DES Action/Canada et du Groupe de travail sur les enjeux pour les femmes de la loi fédérale sur la santé, ces publicités sont souvent trompeuses, mettant l'accent sur les bénéfices et diminuant les risques des médicaments. Des soirées et colloques destinés aux médecins ou aux femmes elles-mêmes sont également organisés. Au Canada, en ce qui a trait aux médicaments d'ordonnance, la publicité s'adressant directement à la population est interdite. Pourtant, un médicament tel Alesse (contraceptifs oraux) fait l'objet d'une vaste campagne publicitaire depuis l'automne 1999. Des dépliants publicitaires de certains médicaments prescrits aux femmes durant leur ménopause (tels Prémarin, Estradol), sont distribués dans nombre de pharmacies et de cliniques médicales, devenant ainsi accessibles au public.

Tous les médecins ne se laissent évidemment pas prendre au jeu du commerce des médicaments. Concernant la santé des femmes, ils suivent notamment les directives cliniques énoncées pour les professionnels de la santé par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC), principale autorité en la matière à l'échelle nationale. Le Consensus canadien sur la ménopause et l'ostéoporose de 2001, issu de la conférence du même nom, est maintenant disponible sur le site Web de la Société, dans la section " Directives cliniques ". Le même contenu est également vulgarisé dans la section " Information destinée aux consommateurs ".

La SOGC recommande, pour soulager les effets de la ménopause et prévenir certaines maladies, d'adopter un mode de vie sain, par une activité physique régulière, un régime alimentaire équilibré, un apport supplémentaire de vitamines et minéraux, l'abandon de la cigarette et la réduction du stress. Il est question, en fait, d'agir sur certains déterminants de la santé à un niveau individuel. Encore faudrait-il modifier les conditions de vie de ces personnes - et donc les conditions sociales - pour rendre possibles de tels changements : comment réduire son stress, par exemple, si on ne dispose pas de l'argent nécessaire pour payer son loyer ? Sans compter que cette période de la vie des femmes représente aussi de nombreux stress : décès ou prise en charge de parents en perte d'autonomie, divorce ou séparation, départ ou, au contraire, dépendance des enfants.

La SOGC suggère également de combiner ces mesures à une hormonothérapie substitutive (HTS). Selon certaines études, qui ne font pas l'unanimité, l'HTS préviendrait les maladies post-ménopausiques telles l'ostéoporose et les maladies du cœur. Plusieurs contre-indications à l'HTS sont mentionnées. Notons toutefois que les sections du site vulgarisées à l'intention des femmes tendent davantage à vanter les bienfaits de l'HTS, tandis que celles destinées aux médecins à en préciser les limites…

Quelles alternatives… ?
Selon les auteurs du Consensus, les approches dites complémentaires auraient effectué une percée récente : " l'Édition 2001 du Consensus canadien comporte une revue sans précédent des approches complémentaires utilisées par un nombre croissant de femmes ménopausées au Canada. Elle recommande que les médecins qui traitent les femmes dans la quarantaine se familiarisent avec les thérapies alternatives et qu'ils conseillent leurs patientes par rapport à la gamme complète d'options disponibles ". Les options présentées ici se limitent à l'acupuncture et à des " préparations botaniques " (phytothérapie). En matière de " produits naturels ", la SOGC recommande les plantes ayant fait l'objet d'études sérieuses, tels la valériane ou le millepertuis, notamment. Le terme " naturel " ne signifie pas sans effet secondaire et surtout pas sans interaction possible avec les autres médicaments d'ordonnance, ce que précise d'ailleurs la SOGC. Une enquête réalisée par Option Consommateurs et publiée dans son magazine, Consommation, à l'automne 2000 révèle des faits troublants. Certaines plantes sont contre-indiquées, voire dangereuses, lorsque prises en même temps que certains médicaments et en aucun cas les étiquettes ne le mentionnent. Les produits naturels vendus comme des médicaments (plutôt que des aliments) et identifiés à l'aide d'un numéro appelé " Drug Identification Number " (DIN) devraient normalement indiquer les interactions possibles, ce qui n'est le cas d'aucun des produits de l'enquête d'Option Consommateurs. De fait, la très lucrative industrie des produits naturels cible les femmes qui, pour mieux vivre leur ménopause, sont à la recherche de solutions plus naturelles que l'hormonothérapie.

Dans les documents et le site de la SOGC, on ne trouve pas la moindre mention de l'homéopathie, bien que cette thérapeutique ait fait ses preuves et soit intégrée au système de santé de plusieurs pays, tels l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Mexique, l'Inde. Sans doute est-ce parce que les médicaments homéopathiques sont si peu coûteux qu'ils n'intéressent pas l'industrie pharmaceutique. D'aucuns affirment que l'homéopathie serait même une forme de médecine féministe. Au Québec, la situation de l'homéopathie est on ne peut plus ambiguë. D'une part, le Collège des médecins utilise la loi médicale pour avancer que seuls les médecins peuvent pratiquer l'homéopathie, puisque nul autre qu'un médecin ne peut diagnostiquer ou traiter une maladie. D'autre part, un jugement du Tribunal des professions a confirmé en 1998 que le Code de déontologie du Collège des médecins du Québec interdit aux médecins… de pratiquer l'homéopathie ! Homéopathes et médecins-homéopathes se retrouvent ainsi sur la corde raide. Il existe heureusement des praticiens très compétents qui réussissent à exercer honorablement leur profession, non sans crainte.

En définitive, le Réseau devra faire la lumière sur les discours et desseins qui se cachent derrière l'information surabondante et supposée objective, en ce qui a trait à la ménopause, et adopter une attitude de vigilance critique. En faisant valoir notre approche holiste, c'est-à-dire globale, de la santé, nous pourrons mieux outiller les femmes, pour leur permettre de faire un choix éclairé quant aux moyens de vivre le mieux possible ce mitan de la vie.

Isabelle Mimeault
RQASF

Le point sur l'avortement par médicaments

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 27, Printemps 2002

À la fin de l'an 2000, le ministre de la Santé du Canada, Allan Rock, a approuvé le protocole de recherche sur le mifépristone (RU486) accompagné de misopostrol (prostaglandines - PG) afin d'évaluer s'il légalise ce mélange de médicaments comme méthode d'avortement au pays. Cinq centres hospitaliers - Québec, Sherbrooke, Toronto, Vancouver et Winnipeg - participent à cette recherche. Cependant, l'expérimentation est suspendue depuis septembre 2001 suite au décès d'une Canadienne qui avait utilisé cette méthode la semaine précédant sa mort. Celle-ci est décédée des suites d'une infection bactérienne très rare chez l'humain qui s'attaque à l'appareil gastrointestinal. Après avoir examiné les données entourant ce décès, le Population Council (qui détient les brevets de diffusion en Amérique du Nord) semble ne pas avoir trouvé de lien entre le RU486 et le décès.

Approuvé depuis le début des années 1990 dans quelques pays européens dont la France, l'Angleterre et la Suède, le RU486/PG est utilisé par environ 25 % des femmes qui demandent un avortement. Les femmes qui ont recours à cette méthode d'avortement sont enceintes de moins de 49 jours (ou 63 jours en Angleterre) et acceptent de respecter le protocole de trois rencontres. La première rencontre a pour but d'évaluer l'âge précis de la grossesse et l'état de santé général de la femme. S'il n'y a pas de contre-indications, on procède alors à la prise des trois comprimés de RU486. Lors de la deuxième rencontre, 48 heures plus tard, la femme prend les prostaglandines et reste sous observation pendant quatre heures. Lors de la troisième rencontre, sept jours après la prise des prostaglandines, on vérifie que la grossesse est terminée et que l'embryon est expulsé. Dans 95 % des cas, les femmes avorteront au cours des 24 heures suivant la prise des prostaglandines. Pour quelques-unes, le processus durera deux semaines. D'autres devront avoir un avortement par dilatation/aspiration/curetage puisque le mélange de médicaments n'aura pas fonctionné. Les femmes qui ont utilisé cette méthode ont eu différents effets secondaires immédiats. Toutes ont des crampes utérines de modérées à sévères et des saignements abondants après la prise des prostaglandines. Plusieurs ont eu des nausées, vomissements, diarrhées, une grande fatigue et quelques-unes des sensations de brûlure et d'étourdissement. Les femmes qui ont eu précédemment un avortement par dilatation/aspiration/curetage témoignent que le RU486/prostaglandines n'est pas plus simple ni moins douloureux.

L'expérimentation et l'approbation du RU486/PG en Amérique du Nord ont été retardées dû au refus de la compagnie pharmaceutique Russel-Uclaf de rendre le produit disponible sur ce marché. Ses craintes que le mouvement anti-choix organise un boycott de ses autres produits pharmaceutiques justifient sa décision. Cependant, en 1994, la compagnie acceptait de donner son brevet au Population Council pour que cet organisme réalise l'expérimentation et les démarches d'approbation auprès de la Food and Drug Administration des États-Unis. Celle-ci a approuvé ce mélange de médicaments comme méthode abortive en 1999.

Face aux obstacles pour obtenir le RU486 au Canada, le docteur Ellen Wiebe de Vancouver a décidé, il y a quelques années, d'expérimenter la méthode d'avortement par médicaments en utilisant comme substitut le méthotrexate, un médicament approuvé au Canada pour le traitement de certains cancers, du psoriasis grave et de l'arthrite rhumatoïde. Une des actions de ce médicament consiste à détruire les cellules de l'embryon. Après un an, le taux d'efficacité se révélant aussi élevé que lors de l'utilisation du RU486, d'autres médecins canadiens ont entrepris d'expérimenter ce mélange de médicaments comme méthode abortive. Cependant, le processus est plus long puisque le délai entre l'injection de méthotrexate et la prise des comprimés de prostaglandines est de cinq à sept jours. L'expulsion survient au cours des 24 heures après la prise des comprimés pour environ 60 % des femmes. Pour les autres, une deuxième dose de prostaglandines sera nécessaire. " L'attente peut durer de 48 heures à trois semaines . " Les effets secondaires immédiats sont semblables à ceux du mélange RU486/PG mais les saignements peuvent durer jusqu'à 21 jours. De 3 à 5 % des femmes devront avoir un avortement par dilatation/aspiration/curetage parce que la grossesse ne s'est pas arrêtée ou encore parce que l'embryon n'a pas été expulsé.

Le mouvement pour la santé des femmes reste très prudent face à l'avortement par médicaments. Souvent perçu comme une méthode simple, légère et facile, l'avortement par médicaments nécessite dans les faits de multiples rendez-vous et exige une étroite surveillance médicale. Les effets secondaires peuvent être importants et plusieurs s'inquiètent des risques - encore peu connus - à moyen et long termes sur la santé des femmes. Les femmes ne savent pas quand l'avortement se produira. Plusieurs avorteront au travail ou seules à la maison, ce qui peut susciter chez elle beaucoup de craintes et d'anxiété. Comment savoir si les saignements sont trop abondants, si tout se passe " normalement " ? Alors que l'avortement conventionnel constitue une intervention connue, sécuritaire et qui prend moins de 30 minutes, plus d'une femme se demandent quels sont les avantages réels que présente l'avortement par médicaments par rapport aux méthodes conventionnelles.

Pour d'autres, l'avortement par médicaments représente un choix de plus pour les femmes qui désirent interrompre leur grossesse. Les femmes peuvent recourir à l'avortement par médicaments plus tôt et n'ont pas à attendre jusqu'à six et sept semaines de grossesse, ce qui est le cas avec l'avortement par dilatation/aspiration/curetage. L'introduction de l'avortement par RU486/prostaglandines aurait peut-être comme impact d'augmenter le nombre de médecins offrant l'avortement, ces derniers étant moins facilement identifiés comme des médecins pratiquant des avortements. Cependant, l'accès à cette méthode abortive pourrait peut-être aussi nuire au développement des services d'avortement conventionnel qui nécessitent une infrastructure plus importante. Si les femmes de certaines régions n'avaient accès qu'à l'avortement par médicaments, qu'adviendrait-il des services pour les fumeuses pour qui l'avortement par médicaments est contre-indiqué ? Ou encore pour les grossesses de plus de 49 jours ?

Chose certaine, si le RU486/prostaglandines est approuvé au Canada, il sera très important qu'il ne soit pas offert à la place des services d'avortement conventionnel. Il faudrait que les femmes soient bien informées de toutes les techniques possibles, de leurs avantages et inconvénients respectifs, afin qu'elles puissent choisir en toute connaissance de cause la méthode qui leur convient le mieux.

D'ici là, la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) continuera de défaire les mythes entourant l'avortement par médicaments, de suivre de près les processus d'expérimentation des méthodes d'avortement par médicaments et d'exiger que les risques à long terme de ces mélanges de médicaments pris par des femmes en santé soient aussi étudiés.

Anne St-Cerny et Nathalie Parent
Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN)

Les Africaines francophones à la 9e RIFS: présentes…et fin prêtes !

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 27, Printemps 2002

Au fil des ans, la participation des femmes africaines aux Rencontres internationales femmes et santé (RIFS) est allée en s'accroissant. Toutefois, elles sont encore trop peu nombreuses à y assister et, par conséquent, le poids de leur contribution demeure limité. Lors de l'analyse de la participation à la 8e RIFS, on notait également la sous-représentation des francophones de tous les continents - Afrique comprise.

Face à ce double constat et en réponse à l'insatisfaction des Africaines à la 8e RIFS qui s'est manifestée par l'adoption d'une déclaration spécifique, le Réseau mondial des femmes pour les droits sur la reproduction décidait d'organiser une rencontre préparatoire à la 9e RIFS.

Cette rencontre de quatre jours, tenue en octobre dernier au Cameroun, devait permettre aux 23 participantes provenant de la francophonie africaine d'identifier les thèmes qu'elles porteraient ensuite à la RIFS, en conjonction avec les trois majeures de la rencontre (droits sexuels et reproductifs, violence envers les femmes, santé et environnement). Les participantes ont retenu quatre thèmes : militarisation et violence, santé de la femme et globalisation, sexualité et santé de la reproduction et, enfin, santé et environnement. Elles se sont ensuite réparties en quatre comités de travail afin d'enrichir la réflexion sur chacun de ces thèmes.

Militarisation et violence
La mondialisation a plongé l'Afrique dans un cycle de crises socio-économiques ; ces dernières sont à l'origine de nombreux conflits armés sur le continent. La militarisation n'est pas sans impact sur la santé des populations et, plus particulièrement, sur la santé des femmes. Elle compromet les droits sexuels et reproductifs des femmes et entraîne la recrudescence de la violence à l'égard de celles-ci : tortures physiques, viols, esclavage sexuel, mariages forcés, enlèvements et, conséquemment, exposition accrue à des maladies telles que le SIDA.

À partir de cette analyse, les membres du comité ont établi treize recommandations, dont :

  • l'annulation de la dette afin de dégager les fonds assurant le financement des services sociaux de base ;
  • la mise en place de services spéciaux qui assureront la prise en charge des femmes victimes de violence ainsi que des femmes réfugiées. En situation d'urgence, la prise en charge médicale devra impérativement tenir compte des droits sexuels et reproductifs des femmes ;
  • la ratification, par l'ensemble des États, des statuts de la Cour pénale internationale qui définit le viol comme étant un crime contre l'humanité ;
  • la participation effective des femmes dans tous les processus relatifs à la résolution des conflits et au maintien de la paix.

La globalisation
En Afrique, selon les membres du comité de travail, la globalisation se manifeste notamment par :

  • la mainmise sur les marchés pharmaceutiques par deux ou trois grandes firmes qui contrôlent la fourniture de médicaments et en fixent le prix ;
  • la mise en place d'un système qui force les patients à payer pour des soins qui étaient jusque-là totalement gratuits ;
  • l'adoption de politiques en matière de santé qui favorisent le développement du secteur privé au détriment du secteur public.

Les pauvres, notamment les femmes, sont dans l'incapacité d'accéder aux soins. La globalisation a aussi des conséquences qui touchent les femmes de façon plus particulière. On assiste à une réduction importante des budgets en santé maternelle ainsi qu'à une diminution de la qualité des services. Les indicateurs font d'ailleurs état d'une augmentation du taux de mortalité maternelle. De même, on remarque que les femmes ont plus difficilement accès que les hommes au dépistage du VIH/SIDA ainsi qu'aux soins et aux médicaments s'y rattachant. Enfin, le comité de travail souligne l'augmentation de la charge de travail des femmes qui agissent comme aidantes naturelles. En réponse à ces constats, aucune recommandation ou piste d'action n'est formulée par le comité de travail.

Sexualité et santé de la reproduction
Plusieurs facteurs contribuent à maintenir des conditions néfastes à la santé des femmes : contexte socioculturel et religieux, guerres, analphabétisme, législations inadéquates.

Le comité de travail affirme que tout au long de leur cycle de vie, les femmes sont confrontées à des problèmes importants affectant leur sexualité, leur santé ou mettant en péril leur intégrité physique : précocité de la sexualité et absence d'éducation sexuelle, rites de mutilations génitales, rareté des soins de santé maternelle, mariages forcés et viols, absence de rapport de force face aux rapports sexuels non protégés ou à la procréation, et tant d'autres. Les problèmes recensés dénotent la violation des droits les plus fondamentaux (droit à la vie, à la sécurité, à l'éducation, etc.). Le comité identifie d'une part une série de stratégies misant sur l'action sociale comme solution au problème (par exemple, sensibilisation auprès des femmes, des hommes et des chefs religieux quant à la pratique des mutilations génitales). D'autre part, le comité formule une série de revendications de nature politique, parmi lesquelles on compte :

  • l'adoption de politiques de santé et de lois sur les droits à la santé sexuelle et reproductive ;
  • l'adoption de lois contre les mutilations génitales ;
  • la légalisation ou la décriminalisation de l'avortement.

Santé et environnement
L'environnement est un ensemble d'éléments naturels et artificiels qui constituent le cadre de vie d'un individu. La femme joue un rôle moteur comme agent de santé publique au sein de son foyer, de son quartier ou de sa ville. Elle intervient au chapitre de l'alimentation, de l'assainissement de la maison, de l'éducation sanitaire, et participe activement au maintien des rapports de bon voisinage. Le comité de travail précise qu'il y a corrélation entre santé et environnement. Il cite l'exemple de la femme pygmée : celle-ci tire de la nature tout ce dont elle a besoin pour sa survie sans la détruire. C'est le lieu où la femme pygmée accouche : privée de ce milieu naturel, elle serait aussi privée de ses droits sexuels et reproductifs.

La pleine participation des femmes est indispensable à un environnement sain et au développement durable. Elles doivent être appuyées par les pouvoirs publics dans leur rôle à long terme. Le comité de travail identifie plusieurs mesures spécifiques, dont :

  • l'intégration des femmes dans l'élaboration des politiques de conservation ;
  • l'amélioration de la productivité de la femme rurale en facilitant son accès à la terre et en supportant l'utilisation de méthodes d'agriculture respectueuses de l'environnement ;
  • la " redynamisation " des Journées de la femme rurale et de l'alimentation au niveau mondial.

Fin prêtes pour la 9e RIFS
Les rapports des quatre comités de travail constituent en quelque sorte la " plate-forme " que porteront les Africaines francophones à la 9e RIFS. Au niveau organisationnel, la contribution de celles-ci pourrait prendre différentes formes : tenue d'activités culturelles, organisation d'un espace africain, participation des Africaines à tous les panels, etc. Cette rencontre préparatoire aura sûrement permis aux femmes de la francophonie africaine d'optimiser leur contribution à la 9e RIFS mais, aussi, de renforcer les liens et de favoriser d'éventuelles collaborations entre elles, indépendamment des RIFS.

Micheline Filion
RQASF

Les francophones d'ici : prêtes elles aussi !

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 27, Printemps 2002

Nous l'avons souligné déjà : un des objectifs organisationnels de cette 9e Rencontre est d'augmenter la participation des femmes francophones à l'événement. Cet objectif, toutefois, en entraîne un second de façon implicite : du même souffle, les francophones sont appelées à fournir un apport accru au contenu de la programmation et cela, en proposant et en mettant sur pied un certain nombre d'activités.

Ainsi, sur les quelque 90 activités à inscrire à la programmation, on a visé à ce que 18 d'entre elles soient initiées par des femmes de langue française - et, de ce nombre, qu'un peu plus du quart le soient par des francophones du Canada. Pour les soumissionnaires de projets, ces activités devaient bien évidemment s'inscrire dans le cadre des trois thématiques de la 9e RIFS (violence, environnement, droits en matière de sexualité et de reproduction) mais pouvaient prendre des formes variées : atelier, panel de discussion, table ronde, présentation artistique ou multimédia, foire d'exposition.

Les propositions d'activités
Suite à l'appel lancé au cours des derniers mois, le RQASF a reçu un bon nombre de propositions provenant de pays francophones, dont une soixantaine de la francophonie internationale - et une douzaine émanant du Québec. Un comité composé de membres de différentes instances de la 9e RIFS ainsi que des travailleuses du Réseau impliquées dans l'organisation de l'événement a assuré la sélection de ces propositions d'activités en vertu de trois grands critères. Premièrement, le projet devait être proposé par une ONG (ou par une femme associée étroitement avec une ONG). Deuxièmement, il devait s'inscrire dans l'un des trois thèmes centraux et faire le lien, dans la mesure du possible, avec les autres thèmes. Enfin, un souci d'équité régionale - en termes de représentation - devait orienter le comité de sélection dans ses choix. La sélection s'est effectuée au cours du mois de mars et les activités retenues ont été intégrées au programme de la 9e RIFS .

Soutien aux participantes
Soulignant du même coup la Journée internationale d'action pour la santé des femmes , le RQASF a pris l'initiative d'organiser une activité préparatoire s'adressant à ses membres ainsi qu'à toutes les Canadiennes francophones - membres d'un groupe ou d'une organisation - et comptant être présentes à la RIFS, que cela soit à titre d'animatrices, de bénévoles ou de participantes. Les objectifs de cette activité : initier les participantes au vocabulaire et aux concepts inhérents à un événement de l'envergure des RIFS, développer la compréhension des enjeux internationaux en matière de santé des femmes et ainsi permettre tant aux participantes qu'aux animatrices de mieux orienter leurs interventions.

Un événement à vivre… ou à suivre !
Bien que la période d'inscription aille bon train depuis décembre dernier, il est encore possible de réserver une place pour l'une ou l'autre des journées d'activités de la 9e RIFS ; pour ce faire, communiquez avec le RQASF au (514) 877-3189. Toutes les femmes ne peuvent participer à cet événement sur place mais toutes sont concernées par ce qui s'y déroulera. En conséquence, le RQASF couvrira l'événement de multiples façons et vous pourrez lire plusieurs textes sur le sujet dans le numéro 28 du SANS PREJUDICE (automne 2002). C'est donc à suivre !

Micheline Filion
RQASF

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 28, Automne 2002

Extrait de la conférence de Marie Josée Oliveira Araujo (1)

Présentée à l'inauguration de la 9e RIFS

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Dans l'actuel contexte mondial de réapparition des politiques économiques et sociales conservatrices, de l'augmentation de la pauvreté, de l'exclusion sociale, du racisme et de la xénophobie, quels sont les défis qui se présentent au mouvement des femmes et qui sont ses alliés ?

On peut se demander quelle est la situation après la conclusion du cycle des Conférences des Nations Unies auxquelles les femmes ont participé activement, où elles ont joué un rôle important et où leurs idées ont été incorporées aux documents finaux.

On peut s'interroger sur l'impact réel de notre participation quant aux progrès des revendications des femmes et à la mise en place de politiques sur le plan local. Sur le plan international, il semble que nous ayons obtenu beaucoup de victoires. Cependant, si on analyse la vie réelle des femmes, leur situation ne reflète pas la qualité de notre participation. Les femmes des pays du Sud continuent à mourir de maux que l'on peut prévenir et éviter, comme la mortalité maternelle, la dénutrition, le SIDA, et de causes externes comme la violence due, dans la plupart des cas, à l'augmentation de la pauvreté, à l'exclusion sociale et aux valeurs patriarcales qui sont encore hégémoniques dans la société. Comment insérer la Déclaration de Gloria 2 et les stratégies du mouvement des femmes dans le contexte défavorable actuel des Programmes d'ajustement structurel qui réduisent le rôle de l'État et les politiques sociales par le biais de la privatisation des services et des biens fondamentaux pour les couches les plus pauvres de la population ?

Les propositions contenues dans les Programmes des Nations Unies définissent un certain nombre de politiques publiques pour les femmes au moment où on assiste à une réduction des dépenses publiques dans les domaines prioritaires comme la santé et l'éducation, des secteurs qui, traditionnellement, sont considérés comme des droits inaliénables des citoyens et un devoir de l'État. C'est une question polémique que le mouvement des femmes se doit d'inclure dans son programme de discussion.

Ces défis que la conjoncture impose au mouvement des femmes, nous amènent à construire de nouvelles stratégies de mobilisation et d'action, ainsi que de nouvelles formes de lutte pour aborder collectivement les réalités nationales. Les difficultés auxquelles doivent faire face les femmes de pays pauvres pour avoir accès à des services de santé de bonne qualité, où elles seront traitées avec dignité et respect, sont connues de tous. À cela s'ajoutent les mesures prises dernièrement dans divers pays pour faire payer l'accès aux soins, cela en fonction des accords entre les gouvernements et les agences multilatérales de crédit qui imposent leur politique d'ajustement structurel, rendant d'autant plus difficile le droit des femmes à l'accès à la santé. Les conséquences de ces politiques ne sont pas, bien sûr, les mêmes pour les femmes des pays du Nord et pour celles des pays du Sud. L'impact est différent en fonction des différences historiques, du processus de constitution des États, de leur forme d'insertion dans le processus de globalisation, et de la capacité de revendication et de résistance de la société civile organisée.

Le processus de globalisation et la crise économique qui atteint de nombreux pays nous amènent à réinventer d'autres formes d'organisations et de participations dans les espaces de pouvoir existants pour faire face à l'actuel modèle de développement basé sur l'exclusion et sur les relations de pouvoir entre les genres. Il est plus que jamais nécessaire de lier la lutte des femmes et les autres luttes politiques et sociales qui renforcent le pouvoir des revendications et la citoyenneté.

Les Rencontres internationales sur les femmes et la santé représentent depuis une vingtaine d'années un des espaces les plus importants d'articulation et d'élaboration des stratégies globales et d'un agenda de principes communs respectant les diversités nationales.

Cet espace a représenté, surtout à la fin des années 1970 et au début des années 1980, un lieu de résistance collective des femmes face à l'augmentation de la violation des droits sexuels et reproductifs, aux politiques de contrôle de la population, dont sont victimes les femmes avec moins de pouvoir de décision (les exclues du Tiers Monde, les Noires, les Indiennes, les handicapées, les prisonnières et les émigrantes). Il représente un lieu d'appartenance collective, même lorsqu'il reflète les conflits existants au sein du mouvement des femmes et leurs divergences politiques et conceptuelles.

Cette Rencontre est un moment privilégié pour : réinventer d'autres stratégies, élaborer d'autres formes de participation, trouver une façon de faire de la politique, évaluer ce qui a changé, décider comment s'insérer dans ces nouveaux et vieux contextes économique et social.

Nous avons obtenu une visibilité nationale et internationale, nous avons démontré aux " maîtres du monde " que nous sommes capables, même lorsque nous gagnons des salaires inférieurs, que nous devons faire face à la double journée de travail et à une moindre stabilité de l'emploi, et que nous savons que ces situations ont un impact négatif sur la santé des femmes. Il nous faut construire collectivement un processus de réflexion qui tienne compte des diversités politiques et économiques nationales, culturelles, raciales et reliées aux classes sociales.

Où voulons-nous aller, comment et avec qui ? Comment inclure dans nos espaces d'autres femmes qui, certainement, aimeraient et ont besoin de raconter leurs expériences positives ou négatives ? Comment nous insérer dans d'autres mouvements sociaux qui luttent pour des questions qui nous touchent directement dans notre vie quotidienne ?

Ce sont des questions auxquelles je pense qu'il faut répondre dans la conjoncture actuelle du monde globalisé. Nous ne trouverons sûrement pas un chemin unique, une réponse unique. Ce que nous partageons, ce sont surtout nos espérances, nos rêves, nos désirs de transformer le monde selon l'optique des femmes, qui croient en la solidarité des peuples, en l'éthique, aux droits humains et en une société plus équitable et moins basée sur l'exclusion.

Merci beaucoup.

(1)Médecin, féministe, membre du Comité féministe Sexualité et Santé et coordonnatrice du Programme de santé de la femme de la mairie de Sao Paulo, Brésil

(2) La Déclaration de Gloria a été élaborée lors de la clôture de la 8e RIFS. La déclaration réaffirme le principe de la santé comme un droit des personnes et comme partie d'un processus de développement des pays et l'importance de faire ressurgie dans la théorie et la pratique féministes le caractère central du corps et de la sexualité question qui doit être approfondie dans les années à venir par le mouvement.

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 28, Automne 2002

Environnement et santé : une expérience prometteuse d'une ONG camerounaise

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 28, Automne 2002

Atelier présenté par Colette Mébada du Cameroun

par Flore Saget

L'ONG AFFMEKO (Association des femmes et filles MEBARA KONO) a vu le jour en 1994 et, si elle est située à Yaoundé, grande ville du Cameroun, pays d’Afrique centrale, son action se déroule en zone rurale dans le département de la MEFOU AKONO qui comprend 18 villages. Une soixantaine de membres sont actifs au sein de l’association dont les objectifs visent à créer des liens de solidarité entre ses membres (ruraux et citadins), à lutter contre la pauvreté en préservant l’environnement, à améliorer les conditions de vie des populations en matière d’hygiène et de santé et à mener des actions de promotion de la fille et de la femme.

La conférencière à la jeune trentaine et au ton affirmé sait de quoi elle parle quand elle décrit le chemin à faire pour la promotion de la fille. Il s’agit en fait de la fille qui épouse un homme du terroir. C’est le cas de Colette Mebada qui se bat ardemment pour faire sa place dans sa belle-famille et dans le village où elle mène des actions qui bouleversent quelque peu les traditions locales. Mais c’est pour le bien de la communauté ! Groupe dominant au sein de la population camerounaise, la distribution de la population féminine par secteur de résidence fait apparaître des disparités entre villes et campagnes : 107 hommes pour 100 femmes en zone urbaine contre 92 pour 100 en zone rurale.

Face aux insuffisances du système de sécurité sociale conjuguées aux crises économiques, les femmes sont confrontées à de multiples problèmes en matière de santé, d’analphabétisme et de faible représentativité dans les postes de direction. Du fait que le secteur primaire (agriculture, élevage, environnement et forêts) constitue 30 % du PIB du pays, il devient une plate-forme privilégiée pour la politique actuelle au Cameroun en matière de lutte contre la pauvreté.Parmi les femmes, se fait également sentir une volonté de plus en plus forte de développer leurs compétences, de participer à la gestion de leur cité et de devenir membres de diverses associations.

Parmi les nombreuses solutions envisagées pour améliorer le sort des femmes de la région concernée, AFFMEKO a concrétisé plusieurs projets. Parmi ceux-ci, Colette Mebada s’attarde sur la réalisation d’un champ de cinq hectares de manioc qui est la nourriture de base dans cette région. La parcelle de ce terrain achetée par le mari d’une des membres a été mise à la disposition du groupe et plusieurs activités ont été menées, telles que : la prise de contact avec l’association des Femmes ingénieurs pour des conseils techniques et pour l’encadrement durant l’exploitation, la plantation d’arbres fruitiers (manguiers, pruniers, goyaviers, avocatiers) pour délimiter le champ et apporter d’autres éléments nutritifs afin de diversifier l’alimentation des villageois tout en étant destinés à la vente, l’achat de semences sélectionnées à haut rendement pour améliorer la productivité, l’entretien de la surface et la récolte des tubercules. Certains travaux nécessitant de gros efforts physiques ont été effectués par cinq jeunes hommes du village. Malgré les difficultés rencontrées telles que l’accès au champ, la jeunesse de l’association, le manque d’expérience des membres, le manque de collaboration des fils du terroir, la non-informatisation de la gestion et le fait que la parcelle cultivée ne soit pas la propriété de l’association, les femmes savent maintenant régénérer un sol dans le souci de l’environnement et introduire de nouvelles méthodes de travail en agriculture. À cela s’ajoute l’introduction de la culture maraîchère près des cours d’eau pour la vente pendant toute l’année.

Par ailleurs, le fruit de ce travail fait qu’actuellement, deux usines de transformation de manioc situées l’une à dix et l’autre à 100 kilomètres du champ sont fonctionnelles. La stratégie mise en œuvre consiste à établir des accords avec les associations responsables de ces usines en faisant participer les membres de l’AFFMEKO à leur comité de gestion afin de mettre en place une filière de manioc qui intégrera la transformation du manioc en tapioca, couscous, amidon, etc.

Colette Mebada est tout aussi enthousiaste quand elle aborde une autre des réalisations de l’AFFMEKO qui consiste à organiser une fois par an, une “ campagne santé ” en langue locale et en français. Il s’agit de négocier des interventions gratuites ou peu onéreuses avec le personnel médical originaire de la région ainsi qu’avec l’association des médecins, de sensibiliser les populations sur l’importance de l’hygiène, d’informer sur le SIDA, les grossesses précoces et l’espacement des naissances. Enfin, cette campagne sert aussi à vacciner les enfants de 0 à 5 ans.
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La 9e RIFS! Oui une réalité, témoignage de Philomène Ekpo

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 28, Automne 2002

par Philomène Ekpo, vice-présidente de la Commision de la femme travailleuse, Bénin

En effet, du 12 au 16 août 2002 à Toronto, au Canada, j'ai eu l'honneur et le privilège de prendre part à cette auguste rencontre internationale qui a connu la mobilisation et la participation effective de près de cinq cents femmes venues d'Afrique, d'Amérique, d'Europe, d'Asie et d'Océanie. Ces participantes sont des responsables ou dirigeantes d’organisations non gouvernementales, de syndicats ou d’autres mouvements associatifs œuvrant sur les plans local, national ou mondial pour la promotion de la santé des femmes.

Riche en couleur et en échange d'idées ou d'expériences, la 9e RIFS a permis aux participantes organisées en panels suivis de plénières, d'évaluer et d'apprécier l'impact de la mondialisation et des accords commerciaux internationaux sur la santé des femmes et d'élaborer de nouvelles stratégies pour l'amélioration de l'état de santé et de bien-être des femmes.

Au terme des débats, il ressort ce qui suit :

  1. Les femmes continuent de s'appauvrir davantage.
  2. L'accès des femmes aux services de santé et aux soins de qualité est très limité.
  3. L'écart entre pays riches et pays pauvres s'agrandit à pas inquiétants avec de graves disparités dans tous les domaines.
  4. On ne respecte pas les droits reproductifs et sexuels.
  5. Il y a une montée de violences de toutes sortes à l'égard des femmes.
  6. On assiste à la dégradation de l'environnement physique, économique, politique, culturel et social

Il y a un non-respect des engagements pris par les gouvernants pour l'amélioration des déterminants de la santé qui sont entre autres :

  • le niveau de revenu et le statut social,
  • l’emploi,
  • l’éducation,
  • l’environnement social,
  • l’environnement physique,
  • le développement de la petite enfance,
  • les habitudes de santé et la capacité d'adaptation personnelle,
  • les services de santé,
  • les réseaux de soutien social.

Face à ces constats amers et choquants, des recommandations et stratégies de lutte ont été formulées pour l'appel à l'action. Il s'agit, entre autres :

  • de renforcer les solidarités nationales et internationales en vue d'une cohésion plus efficace ;
  • de mener des recherches au niveau local ou national sur les conséquences des accords ; commerciaux internationaux sur l'accès des femmes à la santé et en diffusant ces informations à nos gouvernements respectifs, aux syndicats et organisations de femmes (ONG), et ce, dans les langues nationales locales ;
  • de développer des programmes ou projets d'information, d’éducation et de communication sur les plans local, national, régional ou mondial sur les droits et devoirs des femmes notamment en sant
  • d’élaborer et de développer des activités génératrices de revenus en vue d'améliorer le revenu économique des femmes et de lutter contre la pauvreté ;
  • d’encourager des alliances stratégiques ONG-syndicats-société civile pour des actions de lobbying en vue :
  • de la ratification de la convention 183 de l'Organisation internationale du Travail (OIT) sur la protection de la maternité,
  • de l'élimination de toutes formes de discrimination et de violences exercées contre les femmes,
  • du respect des droits humains fondamentaux de l'homme et de la femme pour un monde équitable et juste,
  • de l'accès des femmes aux centres de santé et aux médicaments de qualité à des prix abordables de même que leur accès aux crédits,
  • d’une campagne pour la promotion de la planification des naissances sans risque (utilisation des contraceptifs appropriés) et pour la promotion des préservatifs contre les MTS et le VIH/SIDA
  • de la scolarisation des filles et de la réduction du taux d'analphabétisme,
  • d’une lutte contre le paludisme de même que la promotion d’une bonne nutrition de la mère et de l'enfant par la consommation des aliments sains.

Les travaux se sont déroulés dans de bonnes conditions et les débats ont été menés dans un esprit de franche collaboration et de courtoisie.

Moyens utilisés pour la restitution aux femmes

De retour au Bénin, j'ai fait organiser une réunion du Bureau directeur national pour rendre compte de ma mission à Toronto, au Canada.

Les camarades hommes et femmes satisfaits des recommandations issues de cette importante rencontre de choix au plan international ont recommandé au secrétaire général une lettre de remerciement et de félicitations au Réseau Québécois d'action pour la santé des femmes.

Des directives ont été données au Comité national pour la promotion de la femme travailleuse, le CPFT, pour la tenue d'une réunion de restitution et de planification des actions à mener envers les femmes de tous les autres secteurs d'activité (le secteur public, privé, informel et agricole) pour faire écho aux acquis de la 9e RIFS. Cette mission est en train d'être accomplie.

Les stratégies d'action ayant retenu mon attention et à mettre en application

Il s'agit en autres :

  • des stratégies d'information, d’éducation et de communication à mettre en œuvre pour un changement de comportement en faveur de la promotion de la santé des femmes (santé physique, mentale, économique, socioculturelle),
  • des stratégies de renforcement des solidarités entre les femmes des pays du Nord et celles des pays du Sud,
  • des stratégies et des alliances stratégiques pour des actions de plaidoyer et de lobby,
  • des stratégies de lutte contre la pauvreté par l'approche-projets ou programmes relatifs à la promotion des activités génératrices de revenus,
  • des stratégies de recherche de financement pour appuyer la réalisation de ces activités
  • des stratégies d'intégration de l'approche genre dans tous les domaines d'activité (politique, économique, social, culturel),
  • des stratégies de renforcement des recherches-actions dans le domaine de la santé en particulier.

Merci et salutations fraternelles.

La ferveur d'une survivante, témoignage de Paula Maunocote

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 28, Automne 2002

Atelier présenté par Karine Desormeaux et Paula Maunocote,
Collectif de défense des droits de la Montérégie

L’intelligence peut être la fierté, la très grande distinction de l’Homme ; les émotions donnent de la couleur et de la force à ses actions ; mais la mémoire est le bastion de son être. Sans la mémoire, il n’y a pas d’identité personnelle, il n’y a pas de continuité entre les jours de sa vie. La mémoire fournit le matériel brut pour les petits et les grands projets. Ainsi, gouvernées et enrichies par la mémoire, toutes les initiatives d’un homme vont de l’avant.
Dr Ewen Cameron
(A utilisé des chocs pour laver des cerveaux)

Pendant que le processus des chocs progresse, l’apathie, les pertes de mémoire et la confusion augmentent chez le patient. Son jugement et ses fonctions mentales générales se détériorent.
Peter R. Breggin, MD. Toxic Psychiatry, page 196

La psychiatrie et les organisations psychiatriques sont concernées par le retour de l’ordre où il a été mis en danger par des personnes (des femmes) qui échouent à maintenir cette version du monde qui a été sanctionnée comme étant la “ réalité ”.
Dorothy E. Smith & Sara J. David
Women Look at Psychiatry, page 4

Au début des années 1970, j’avais 26 ans. J’avais une nature artistique sensible ; selon les standards, j’étais quelque peu excentrique. Je me suis déguisée en “ hippie ”. Je gagnais ma vie comme potière.

Je vivais avec Léo. Je croyais que j’étais “ en amour ” avec lui. J’étais très isolée, vivant “ la grande vie ” dans un cul-de-sac dans la vallée d’une montagne. Léo avait conspiré pour me rendre le plus dépendante possible. Mais en tant que femme obsédée, c’était difficile de déterminer qui était dépendant de qui.

Mais à mesure que les mois passaient, je devenais de plus en plus égarée et confuse à cause de sa domination abusive et de son comportement destructif. J’avais de plus en plus de difficulté à travailler et à fonctionner. Des forces inconscientes se rassemblaient, ignorant que j’étais grandement attirée par une copie carbone de mon père. La domination, l’abus, les sarcasmes…

En fait, j’étais inconsciente de la vraie nature destructive d’une relation incestueuse avec mon père qui n’a fait surface que 25 ans plus tard. Dans la structure sécurisante de la thérapie alternative.

Je me sentais dans un danger imminent. J’avais peur de tomber plus profondément sous le pouvoir de Léo. J’avais peur d’être anéantie. Ceci m’a mise sur la voie d’une fuite dramatique. Léo a refusé de me conduire à l’autobus jusqu’à ce que mon frère téléphone et intervienne en menaçant Léo d’être arrêté pour kidnapping.

J’ai pris le train pour Toronto. Je suis restée quelques jours avec mes parents, ce qui a fait monter en flèche la vitesse de mes pensées qui s’entrechoquaient.

Mon frère m’a amenée voir un psychiatre qui m’a donné une ordonnance de Valium. Il a conseillé à mon frère de m’amener d’urgence à l’Institut Clark. On m’a refusé le traitement sur la base que j’étais de type “ dépendante ”.Mes pensées rapides s’entrechoquaient, faisant des spirales. Je fus prise de plus en plus dans la tempête. J’étais incapable de trouver une résolution, de trouver la paix. Je fuyais toujours le pouvoir de Léo. Voilà où mes souvenirs s’arrêtent.

On m’a dit que j’avais abusé des Valium et je me suis réveillée à l’urgence du Toronto Western. J’ai été envoyée dans l’aile psychiatrique où je suis restée quelques mois.

Dans mon témoignage à l’Association des groupes de défense des droits en santé mentale du Québec, on m’a dit que mon expérience avec les électrochocs était très typique. Je n’ai pas le souvenir d’avoir donné mon consentement ou d’avoir été avisée des résultats d’un tel traitement. Je ne sais pas combien de séances d’électrochocs m’ont été administrées. Mes souvenirs de l’hospitalisation sont très flous. Je me souviens seulement d’avoir été attachée à une civière et de m’être endormie. J’ai vu des civières dans les couloirs et j’avais peur.

J’ai reçu une série de blessures cervicales desquelles j’étais supposée tirer un bénéfice, bien qu’il n’y ait pas de preuve scientifique des bienfaits apportés. Plusieurs études prouvent que les blessures cervicales causées par des séances d’électrochocs entraînent l’apathie, un comportement docile, des pertes de mémoire et la confusion. J’ai vécu un “ high ” en oubliant ma propre sagesse ; j’avais oublié les origines de mes peurs. Je ne me rappelais plus des abus de Léo et de sa nature destructive. Tout ce que je savais de lui, c’était les lettres d’amour qu’il m’envoyait. Comme j’étais trop désorganisée pour planifier une sortie de l’hôpital, Léo s’arrangea pour venir me chercher. Voyant cela, le personnel a applaudi : une nouvelle victoire. Je suis tombée directement dans le piège duquel je me sauvais.

Je n’ai plus de souvenirs pour quelque temps.

Je suis entrée dans un mélange de violence conjugale et de plusieurs séjours en psychiatrie ; on m’a étiquetée maniaco-dépressive, et j’ai découvert depuis que cette étiquette était incorrecte. En tout, une relation de 15 ans maintenue par la psychiatrie.

La psychiatrie définit le rôle des femmes bien plus sévèrement que le patriarcat institutionnalisé et hiérarchisé. Toute déviation du rôle précisé pour la femme est considérée comme une maladie mentale. En effet, les comportements typiquement féminins comme être en contact avec ses sentiments intérieurs sont considérés comme une maladie mentale. La psychiatrie a placé Léo dans le rôle de gardien ; Léo était responsable de me donner mes médicaments. Ce rôle n’a jamais été remis en question. La psychiatrie a renforcé le contrôle et la domination de Léo. Moi, la victime, j’étais folle. Lui, l’abuseur, était sain d’esprit. Ils définissent la réalité et nient la vérité profonde de quelqu’un. Si jamais je dévoilais l’abus, ce serait considéré comme “ fou ”, désillusionné. Quand j’ai finalement décidé de briser mon silence à propos des abus, on m’a dit d’apprendre le karaté.

Le cas des jeunes filles aides-ménagères au Mali

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 28, Automne 2002

Atelier présenté par Mariam Ongoiba. Associations des sages-femmes du Mali

par Flore Saget


Depuis quinze ans, Mariam Ongoiba est sage-femme dans un hôpital de Bamako, capitale du Mali.

Au fil des ans, elle a vu surgir un phénomène grandissant et inquiétant au niveau des jeunes filles maliennes quittant leur campagne pour la ville dans un but bien précis : gagner assez d’argent pour se constituer un trousseau de mariage. Cette migration vers la ville entraîne des conséquences néfastes sur la santé reproductive de ces jeunes filles.

Au Mali, les moins de 14 ans représentent 47 % de la population totale. L’organisme non gouvernemental APAF (Appui à la promotion des aides familiales) créé en 1991 comme volet féminin de l’AMPIJ (Association malienne pour la promotion et l’insertion des jeunes), a pour groupe cible les filles migrantes communément appelées bonnes et pour principal objectif la protection et l’insertion socio-professionnelle des jeunes filles rurales et urbaines en quête d’emploi ou employées sans statut légal dans des familles.

Avec une population de dix millions d’habitants, dont la majorité vit en milieu rural et sous le seuil de la pauvreté, la grande ville représente un passage obligé pour les jeunes filles sur les épaules desquelles le poids des exigences du mariage pèse très fort. En effet, la valeur de la jeune malienne se mesurant au volume du trousseau qu’elle présente le jour de son mariage, le saut dans la ville inconnue devient incontournable. Ce changement brutal de cadre de vie pour cette jeune population, dont le taux de scolarisation reste un des plus bas d’Afrique, le manque notoire d’information et de sensibilisation sur les méthodes contraceptives et la prévention contre les MTS font de ces jeunes filles des êtres fragiles et vulnérables, victimes de harcèlement sexuel et de viols au sein des ménages pour qui elles travaillent. S’ensuivent des grossesses non désirées et, chassées par leurs employeurs, elles se voient dans l’obligation d’agir de manière à ne pas être rejetées par leur milieu originel, c’est-à-dire en avortant clandestinement.

L’avortement clandestin se termine souvent par une infection sévère, une pelvipéritonite, voire la mort. Il est aussi courant que ces jeunes filles ne parviennent pas à avorter. Commence alors la longue préméditation d’infanticide. L’assemblée prenant part à l’atelier de Mariam Ongoiba était fort choquée par les moyens pris par la jeune mère pour se débarrasser de son bébé après la délivrance.

Face à tous ces cas de jeunes filles perdues, désœuvrées et poussées à commettre des actes meurtriers tout en mettant en danger leur propre vie, l’APAF s’est donnée pour mission d’assurer une protection socio-sanitaire et juridique aux aides familiales en les informant sur leurs droits et ceux de leurs employeurs, de mettre en place un programme d’alphabétisation, de former ces jeunes filles, de les informer sur les MTS, le Sida, la planification familiale, les grossesses non désirées, les avortements et les infanticides. L’APAF est consciente que la sensibilisation des parents des aides-ménagères est un préalable aux solutions envisagées. Les familles doivent être au fait des drames que vivent les filles rurales en ville… pour la préparation du trousseau de mariage (!).

Malgré les cas difficiles auxquels est confrontée quotidiennement Mariam en tant que sage-femme portant secours à ces jeunes filles pour qui la frontière entre la vie et la mort est souvent bien mince, son visage s’illumine face aux résultats constatés au sein de l’APAF. Surtout en matière d’abandon d’enfants : 185 bébés ont été sauvés grâce à l’appui de l’ONG. Une des méthodes consiste à faire garder l’enfant par la jeune mère dans l’attente d’un parent adoptif. Durant ce délai de trois mois, la mère a le temps de s’attacher à son bébé et souvent elle décide de le garder. Si, passé ce délai, la mère est décidée à l’abandonner, c’est l’ONG qui le prend sous son aile protectrice.

Les techniciennes juridiques du Togo

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 28, Automne 2002

Atelier produit par Afiwa Hohoueto, Groupe de réflexion et d'action femme, démocratie et développement, Togo

par Flore Saget

Elles étaient nombreuses à participer à l’atelier d’Afiwa Hohoueto, originaire du Togo en Afrique occidentale, fondatrice de l’ONG GF2D (Groupe de réflexion et d’action femme, démocratie et développement), qui a pour objectif de susciter la participation visible de la femme au développement de sa communauté dans l’égalité et l’équité avec les hommes. Comment ? En formant des techniciennes juridiques.

En tant que magistrate, l’éveil de la conscience citoyenne des femmes est le cheval de bataille d’Afiwa Hohoueto, surtout dans la conscientisation de leurs droits face aux violences qui leur sont faites et dans la négociation de leurs droits en santé de la reproduction. Selon cette Togolaise au regard vif, cultiver le leadership féminin est capital au sein de son organisme. Pour ce faire, seules les femmes dotées de compétences dans un domaine précis peuvent former les techniciennes juridiques et leur inculquer le sens de la vulgarisation des textes juridiques nationaux porteurs de droits favorables aux femmes. Devient technicienne juridique une femme alphabète prise dans son milieu de vie et exerçant une profession ou une activité lui offrant déjà un auditoire conséquent. Engagée sur la base du volontariat et du bénévolat, la technicienne juridique doit avant tout sensibiliser sur les droits de la famille, les droits en santé de la femme et offrir gratuitement des consultations juridiques primaires aux gens de sa communauté ainsi que jouer le rôle de médiateur en facilitant l’accès des femmes à la justice.

C’est par groupe de 30 femmes venant de toutes les préfectures du pays que les techniciennes juridiques reçoivent une formation appropriée. Elle a lieu de façon rotative dans les chefs-lieux des préfectures afin de faire connaître le groupe et l’action à la population togolaise. La formation initiale se déroule sur une semaine suivie puis, au bout de douze mois passés sur le terrain, s’ensuit une formation de consolidation pendant une semaine. Il incombe aussi à la technicienne juridique d’élaborer un plan d’action et de tenir un rapport d’activité mensuel afin de mesurer l’efficacité de son travail sur le terrain. Également, deux fois par année, l’ONG organise des visites inopinées sur le terrain menées par des équipes d’évaluateurs.

Le GF2D a formé à ce jour près de 330 techniciens juridiques répartis sur l’ensemble du territoire. Depuis 1997, la formation des techniciennes juridiques s’est étendue jusqu’aux hommes car il était nécessaire de les sensibiliser sur les droits des femmes et sur le fait qu’ensemble, ils pourraient participer à la vie de la communauté sans que la guerre des sexes ne soit la norme. Les hommes qui reçoivent une formation de techniciens juridiques ont été identifiés sur le terrain par les femmes techniciennes juridiques elles-mêmes qui ont reconnu en eux des alliés sûrs et réceptifs à leurs messages.

Parallèlement à la formation de techniciennes juridiques, le GF2D a mis sur pied des centres d’assistance juridique où les femmes peuvent exposer les problèmes d’ordre juridique. L’ONG dispose d’un logiciel de gestion qui lui permet de faire des statistiques en se basant sur différents paramètres. Des graphiques montrent par exemple, comment sont répartis les motifs de consultation juridique ou encore dégagent le profil des personnes qui bénéficient des services de ces centres.

Plans d’action, rapports d’activité, évaluation, logiciel de gestion… représentent des stratégies permettant à GF2D de mesurer la pertinence de ses projets et d’introduire au besoin de nouvelles stratégies afin de renforcer l’impact des actions menées.

Médicaments et produits pharmaceutique

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 28, Automne 2002

Atelier présenté par Asha Diini (Somalie),Navsharan Singh (Inde), Shree Mulay (Canada) et Anne Rochon Ford (Canada)

avais choisi cet atelier principalement pour en apprendre davantage sur la Quinacrine (méthode de stérilisation chimique). Je voulais être au fait des derniers développements quant à son expérimentation que je savais problématique et être à jour sur son éventuelle approbation. On devait y parler de la campagne internationale contre la Quinacrine, des stratégies pour contrer l’expérimentation non éthique de ce genre de produits et des implications pour les droits des femmes. L’atelier devait aussi aborder l’expérimentation, sur les femmes du Sud, de nouveaux produits contraceptifs. Enfin, on devait y présenter une perspective féministe sur l’éthique de la recherche clinique et du consentement éclairé.

Malheureusement, j’ai été bien déçue d’apprendre au début de l’atelier que les panélistes avaient décidé de ne pas suivre le plan de match initial et de présenter le sujet des médicaments et de la recherche clinique de façon plus large, ce qui fait que l’exemple de la Quinacrine n’a été que survolé et que la campagne internationale n’a pas été discutée du tout. J’ai quand même été particulièrement intéressée par la première présentation que je tenterai de résumer ici.
Anne Rochon Ford, du Canada, a présenté le travail du Groupe de travail femmes et protection de la santé. Ce groupe de travail s’est formé en 1998 afin de suivre de près la possible révision de la loi fédérale canadienne sur la protection de la santé (qui inclut les processus d’approbation des médicaments) et des répercussions possibles de ces changements sur la santé des femmes. Le principal objectif du Groupe est de faire en sorte que les principes de santé publique soient sauvegardés et appliqués et que notre santé soit protégée. Le Groupe est composé de femmes et d’hommes militant en santé des femmes, de praticiens, d’universitaires et d’organismes communautaires.

Le Groupe est particulièrement préoccupé par l’augmentation de la mainmise des compagnies pharmaceutiques sur les processus de réglementation des médicaments au Canada et par l’érosion du principe même de santé publique due à l’influence de l’industrie pharmaceutique. Par exemple :

  • Le budget de la Direction générale de la protection de la santé de Santé Canada a diminué de plus de 100 millions de dollars depuis 1994.
  • Soixante-dix pour cent des coûts de l’expérimentation de médicaments, jadis défrayés par les revenus de l’impôt canadien, sont maintenant couverts par l’industrie pharmaceutique, ce qui ouvre clairement la voie à de possibles conflits d’intérêts.
  • La loi qui interdit la publicité de médicaments d’ordonnance directement auprès des consommatrices et consommateurs est constamment testée, contournée et non respectée par l’industrie pharmaceutique, ce qui fait qu’il y a des campagnes publicitaires de médicaments (Alesse, Viagra, Diane, etc.) partout au Canada.
  • Le nom du département responsable de l’application de la loi sur la santé a changé : de Health Protection Branch, il est devenu le Health Products and Food Branch. La notion de protection de la santé a tout simplement disparue.
  • Au cours de sa présentation, Shree Mulay, aussi du Canada, a apporté un autre exemple de la mainmise de l’industrie. Shree nous a parlé des processus d’obtention de brevets de produits pharmaceutiques et des problèmes éthiques liés à la recherche clinique. Au Canada, la période de brevet est très longue. Les compagnies pharmaceutiques peuvent garder l’exclusivité sur leur produit pendant 20 ans. Le produit ne peut être fabriqué de façon générique tant qu’il est breveté. Les produits génériques sont moins chers puisqu’on ne paie plus pour leur commercialisation, leur “ branding ”. Cette longue période favorise donc les compagnies bien avant les consommateurs. Les processus d’obtention de brevets font maintenant partie des négociations de l’Organisation mondiale du commerce. Les enjeux économiques sont donc grands et devancent clairement les questions de santé. Le processus de brevetage est tout de même très important puisqu’il exige des recherches démontrant que les nouveaux produits sont au moins équivalents ou meilleurs par rapport aux produits existants.

Mesdames Rochon Ford et Mulay ont tenu à préciser que le Groupe de travail n’est pas anti-industrie pharmaceutique, qu’il est clair que les médicaments contribuent largement à l’amélioration de la santé. C’est plutôt contre l’influence et le rôle grandissant de l’industrie sur l’éducation des patients et sur les processus de réglementation que le Groupe s’insurge. Pour ce groupe, l’éducation en matière de santé et les processus de réglementation devraient rester du ressort public.

Le Groupe travaille, entre autres, sur le dossier de la publicité de médicaments d’ordonnance directement auprès des consommateurs. Pour le Groupe, ce dossier illustre bien ce qui ne fonctionne pas au niveau de la santé publique, à savoir :

  • que les femmes en sont la cible (les femmes sont les principales utilisatrices de médicaments) ;
  • que la publicité est techniquement illégale (la publicité ne doit pas faire mention du nom du médicament si elle mentionne ce pourquoi il est utilisé) ;
  • que le fort lobby pharmaceutique argumente que la publicité favorise l’éducation du public et que son interdiction est une violation des droits à l’information, à l’éducation et à la liberté d’expression des compagnies et qu’au contraire,elle encourage plus de choix.

Le Groupe a envoyé des lettres aux fonctionnaires et politiciens dénonçant les campagnes publicitaires malgré l’interdiction de la loi, a préparé des présentations audiovisuelles en français et en anglais pour les groupes de consommateurs et a organisé une tournée éducative avec un expert de la question provenant de la Nouvelle-Zélande, seul pays avec les États-Unis à autoriser la publicité des médicaments d’ordonnance.

Le Groupe argumente qu’un des risques liés à la publicité est qu’elle vise surtout les nouveaux médicaments aux effets moins connus et qu’ils sont habituellement plus chers. Des études démontrent que plus de 80 % des médecins vont prescrire le médicament demandé par leurs patients. La publicité ne fournit pas les informations impartiales et complètes dont nous avons besoin pour prendre des décisions éclairées en matière de santé. Elle ne parle ni des solutions de rechange, ni des effets secondaires. Son but premier est l’augmentation des ventes du produit et non la protection de notre santé.

Le processus de révision de la loi est présentement en suspens. Le Groupe pense que c’est sans doute un impact de son travail. Un des conseillers légaux à Santé Canada aurait dit du Groupe qu’il “ nous oblige à nous asseoir et à réfléchir ”. On peut retrouver les réflexions et suivre les travaux du Groupe sur le site de D.E.S. Action Canada.

Nathalie Parent
Fédération du Québec pour le planning des naissances

Merci!

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 28, Automne 2002

par Lise Lamontagne, directrice générale du RQASF

À la soirée des Oscars, les gagnants prennent le temps de remercier les gens qui ont aidé à réaliser leur carrière.

Nous sommes ici les gagnantes de cette 9e Rencontre sur la santé des femmes. Nous ne repartons pas avec des trophées mais nous ne repartons pas les mains vides. Nos mains, nos têtes, nos cœurs sont remplis de ces rencontres que nous avons faites, des actions et stratégies que nous avons partagées, des solidarités que nous avons développées.

En mon nom personnel et au nom de toutes les participantes, je remercie les personnes qui ont inspiré notre féminisme et notre militantisme. Je remercie les femmes qui, par leur engagement, nous ont ouvert la voie comme celles qui poursuivent le travail au jour le jour. Je remercie toutes les femmes pour leur implication locale, nationale ou internationale. Le travail de chacune d’entre nous est important et est porteur de changement. Nous pouvons donc toutes nous remercier pour notre apport à cette 9e RIFS.

Il n’en demeure pas moins que des femmes ont mis beaucoup d’énergie, de temps et de cœur à la réalisation de cette conférence. Soulignons le travail exceptionnel de Lina, Sarah et Ronwin, les salariées de la RIFS, des équipes de travail de l’ICREF, du Riverdale Immigrant Women’s Centre, du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes et de l’Université York à Toronto. Un merci chaleureux aux nombreuses militantes impliquées durant toute la semaine et à celles qui ont collaboré au sein du comité de liaison international, du comité canadien et du comité de Toronto. Merci également à toutes les présentatrices et aux animatrices des groupes de discussion. Finalement, il faut remercier les bailleurs de fonds qui ont soutenu ce projet et qui ont cru en l’importance, pour le mouvement en santé des femmes, de se rencontrer pour partager ses stratégies d’action

Quelques bémols : réflexions personnelles sur la 9e RIFS

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 28, Automne 2002

par Fernande Ménard, présidente du RQASF

Après des mois de préparation, d’anticipation et beaucoup de travail pour les travailleuses du RQASF, la 9e Rencontre internationale sur la santé des femmes est enfin terminée, nous laissant tous ses excès sur son passage. Excès de chaleur, d’humidité et de smog, excès de contenu et d’horaires chargés à bloc, etc.

Un mois plus tard, je me suis posé la question à savoir ce qu’il me restait de l’expérience. C’est très impressionniste… rien à voir avec une analyse “ dite ” objective qui a la cote aujourd’hui, même dans nos milieux féministes.

Les conférencières, du moins celles que j’ai entendues, étaient compétentes, mais…
Le bilinguisme était présent, mais…
La traduction simultanée était offerte, mais . . .
L’accueil fait par les responsables du secteur français était impeccable, mais…
Les groupes de discussion quotidienne, une idée géniale, mais…
Une rencontre féministe, mais…

Mon espace étant très restreint, je reprendrai uniquement le dernier “ oui, mais ”, c’est-à-dire :
Une rencontre féministe, mais…

Dans la foulée du mouvement pour la santé des femmes, le Réseau adhère à la guerre des trois D : désexiser, démédicaliser, déprofessionnaliser. Dans ce dernier cas, si je pense à ces présentations lors de la 9e, il me semble qu’une réflexion s’impose. En effet, les conférencières des ateliers et panels, du moins celles que j’ai entendues, étaient des femmes qui venaient exposer le résultat de leur recherche de haut niveau académique. De plus, malgré l’annonce du contraire, il ne restait jamais de temps pour les questions, encore moins pour le partage d’expériences vécues par les participantes. Bref, notre savoir n’avait aucune importance ; nous nous sommes retrouvées à des rencontres intéressantes certes, mais peu différentes de ce qui se fait ailleurs, sauf dans nos groupes, évidemment. Également, dans notre travail, nous favorisons l’approche globale à la santé mais les ateliers fréquentés avaient, au contraire, une approche fragmentée. Visions d’horreur qui, peut-être, si elles avaient été présentées globalement, auraient pris un visage intolérable.

Finalement, le groupe de discussion auquel j’ai participé a fait une évaluation assez sévère de l’organisation de la 9e. Ses membres ont, en effet, fait remarquer que l’ensemble de la rencontre ne tenait pas compte des principes que nous installons dans nos groupes : une atmosphère chaleureuse où les échanges sont privilégiés, un souci du bien-être de chacune, une préoccupation pour une nourriture saine, un lieu de rencontre agréable, du temps pour respirer.

Or, il nous a été offert un campus de béton, un lieu de rassemblement sans chaises, une nourriture rapide et “ junk ”, un horaire follement chargé presque mur à mur. Dans un rassemblement de quelque 200 femmes, combien d’entre nous ne se sont-elles pas retrouvées seules pour manger ? Se sentir isolée dans une foule, quelle souffrance…

Les objectifs d’une telle rencontre sont de favoriser les échanges et de trouver des actions communes. Les mots pour le dire sont plus durs à trouver que les moyens pour les réaliser. Ici comme ailleurs, les chicanes de clochers sont encore présentes même au niveau mondial.

Probablement que nos défis seront de laisser derrière nous nos vieux modèles de rencontre pour rechercher des styles de rencontres novateurs qui nous ressembleront davantage et qui ouvriront, espérons-le, les portes sur un véritable rassemblement mondial.

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 29, Hiver 2003

Une auguste rencontre

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Témoignage de Philomène Ekpo
vice-présidente de la Commission pour la promotion de la femme travailleuse-Bénin

Cette auguste rencontre internationale a mobilisé la participation de près de cinq cents (500) femmes provenant de mouvements associatifs de tous les coins du monde. Ce forum social d'appel à l'action pour la santé des femmes a connu un succès éclatant. En effet , ladite rencontre a été pour les femmes un lieu de partages, d'échange d'idées et d'expériences, et aussi d'appréciation des stratégies mises en œuvre pour l'amélioration de leur santé physique, mentale, morale et de leurs conditions de vie et de travail.

Des débats, on peut noter que les organisations des femmes, d'où qu'elles viennent, sont profondément inquiètes du fait que le système politique néolibéral mondialisé soit si peu conscientisé et attentif aux intérêts et besoins spécifiques des femmes. Elles constatent de même que bien peu d'efforts ont été fournis par ces politiques pour évaluer l'impact des accords commerciaux internationaux sur la vie des femmes pauvres dans le monde et pour étudier la façon dont celles-ci essaient de faire face à ces effets, notamment dans le domaine de la santé : l'accès à des médicaments abordables et de bonne qualité , la protection des droits reproductifs et sexuels et la sécurité de l'environnement.

En réponse à ces multiples défis de l'heure, les femmes sont parvenues à élaborer, au terme des travaux, de nouvelles stratégies de lutte basées sur l'information, la formation et la communication entre les femmes de tous les continents en vue du renforcement de leur capacité d'action.

Cette solidarité nationale et internationale sera marquée par des actions de lobby pour l'application effective du genre dans les prises de décision à tous les niveaux, la protection de la santé de la femme au travail par la ratification et l'application des normes internationales de l'OIT (Organisation internationale du travail), sur les droits spécifiques de la femme, telle la convention 183 sur la protection de la maternité.

Vive la solidarité internationale!

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 29, Hiver 2003

Adaptation des services sociaux et des services de santé aux besoins des lesbiennes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 29, Hiver 2003

L'accessibilité des lesbiennes aux services sociaux et aux services de santé préoccupe le Réseau. L'Enquête sociale et de santé 1998, première étude au Québec à poser la question de l'orientation sexuelle, a confirmé l'importance d'accorder une attention particulière à la population homosexuelle, reconnaissant que ces personnes vivent des difficultés spécifiques, liées à leur orientation sexuelle : les lesbiennes ont notamment moins recours aux services préventifs et sont particulièrement vulnérables à plusieurs problèmes de santé (cancers du sein, dépression…). Malgré la volonté de changement qu'avait exprimée le MSSS en publiant les Orientations ministérielles sur l'adaptation des services à la population homosexuelle en 1997 et malgré la reconnaissance de l'orientation sexuelle au nombre des déterminants de la santé (Écoute-moi quand je parle !, MSSS 1997), toujours peu de changements semblent être ressentis sur le terrain. De plus, nous connaissons peu le vécu et les besoins des lesbiennes en matière de services de santé.

Le Comité santé des lesbiennes, que coordonne le Réseau, a participé à l'élaboration et au suivi d'un projet de recherche sur l'adaptation des services sociaux et des services de santé aux besoins des lesbiennes. Au moment d'écrire ces lignes, cette étude est en cours. Le rapport sera lancé et disponible dès février 2003. La recherche, qui a débuté en novembre 2001, poursuit deux principaux objectifs. D'abord, elle veut répertorier les différentes expériences d'adaptation des services développées jusqu'à maintenant afin d'identifier les conditions ayant prévalu à la mise en œuvre de ces dernières. Elle veut aussi documenter, à partir de la réalité des lesbiennes, les obstacles qu'elles rencontrent dans l'accès aux services sociaux et aux services de santé, afin de formuler des recommandations pour améliorer les services.

Pour documenter les différentes expériences d'adaptation des services réalisées jusqu'à maintenant, un sondage téléphonique auprès de l'ensemble des CLSC a été complété entre novembre 2001 et mars 2002. Nous voulions savoir si les orientations ministérielles L'adaptation des services sociaux et de santé aux réalités homosexuelles étaient connues, si on leur donne suite et quelles sont les expériences d'adaptation des services sur leur territoire, si elles existent.

Le sondage a permis de constater le peu d'efforts fournis pour rendre les services plus accessibles aux lesbiennes. Les orientations ministérielles, qui n'ont pas été suivies de lignes directrices ni de plan d'action, sont pratiquement inconnues. La grande majorité des CLSC des différentes régions du Québec, soit 80%, n'ont jamais initié de mesures d'adaptation des services de quelque ordre que ce soit. Hormis quelques initiatives personnelles de sensibilisation à l'interne, les seules mesures existantes sont les formations du MSSS (" Pour une nouvelle vision de l'homosexualité " et " Adapter nos interventions aux réalités homosexuelles "), dispensées sur demande par des consultants depuis 1994 à travers tout le Québec sur une base volontaire. Pour la quasi totalité des CLSC où des formations ont été données, ces formations n'ont pas été accompagnées d'autres mesures de sensibilisation ou d'un suivi. Ces formations représentent pour ainsi dire le seul moyen de sensibilisation aux réalités homosexuelles dans le réseau de la santé. Elles doivent donc impérativement être poursuivies mais elles sont insuffisantes pour assurer des services adaptés aux besoins des lesbiennes.

La suite du projet a clairement démontré l'importance et la nécessité d'adapter les services. Pour obtenir une vision globale du vécu des lesbiennes en matière de services sociaux et de services de santé, nous avons opté pour une méthodologie qualitative. Au total, 53 femmes de différents âges, origines ethniques et milieux socio-économiques ont participé à l'étude, dans le cadre soit d'entrevues de groupe, soit d'entretiens individuels. De l'observation dans des organismes pour les jeunes gais et lesbiennes (Projet 10 et Jeunesse Lambda) a aussi permis de cerner la réalité des jeunes lesbiennes.

L'ensemble des données recueillies démontre sans aucune ambiguïté l'urgence de lutter activement contre l'homophobie : les barrières sur lesquelles butent les lesbiennes dans l'accès à des soins et traitements de qualité y sont principalement liées. À travers leur discours, les répondantes ont exprimé le besoin fondamental d'être respectées et entendues. Elles ont également manifesté le besoin d'être informées adéquatement sur leur santé.

Outre les barrières auxquelles est confrontée toute la population pour des raisons économiques et politiques (trouver un gynécologue, listes d'attente…), nous avons dénombré cinq types de barrières que rencontrent spécifiquement les lesbiennes.

  • L'homophobie et l'hétérosexisme intériorisés. On parle d'homophobie et d'hétérosexisme intériorisés lorsqu'une lesbienne appréhende des attitudes négatives si elle dévoile son orientation sexuelle. Ces anticipations de discrimination se nourrissent autant du vécu personnel que de la discrimination collective, c'est-à-dire celle dirigée vers les lesbiennes comme groupe social minoritaire. Elle conduit à des anticipations de discrimination qui peuvent nuire à la relation thérapeutique et conduire à l'évitement des services sociaux et des services de santé. Un vécu familial lourd, une faible estime de soi, l'isolement social sont des facteurs de vulnérabilité à l'homophobie intériorisée.
  • La discrimination hétérosexiste et homophobe. Elle se manifeste, de la part des professionnelles et professionnels de la santé, par une forte présomption d'hétérosexualité de leurs clientes, par des attitudes de rejet, de déni ou de manque de respect, par des paroles parfois offensantes, jusqu'au refus de soins dans certains cas.
  • L'ignorance et le manque de compétence des professionnelles et professionnels de la santé. Ils s'expliquent en partie par l'invisibilité des lesbiennes et par l'homophobie. Ils empêchent les lesbiennes d'avoir accès à des informations pertinentes.
  • L'isolement social. Les lesbiennes sont socialement plus isolées que les gais. Moins de ressources et de services s'offrent à elles. C'est un facteur de fragilisation qui peut mener à l'évitement des services sociaux et des services de santé et à des difficultés émotives.
  • Le manque de ressources financières des lesbiennes. Les lesbiennes sont des femmes… elle sont socio-économiquement désavantagées et n'ont bien souvent pas les moyens financiers de choisir l'approche thérapeutique souhaitée (acupuncture, homéopathie, par exemple) ni de changer de thérapeute si elles ne sont pas satisfaites (en psychologie, notamment).

Compte tenu de ces données, le comité a formulé des recommandations qui visent à contrer l'homophobie intériorisée (chez les jeunes particulièrement) ainsi qu'à sensibiliser et informer les praticiens et praticiennes de la santé.

  • Rendre les formations déjà dispensées par le ministère obligatoires
  • Lancer une campagne de sensibilisation sur l'homosexualité à la grandeur du Québec
  • Concevoir un site Web et des outils d'aide pour les médecins et les divers thérapeutes
  • Mettre sur pied un centre où serait regroupée toute l'information disponible au sujet de la santé des lesbiennes
  • Réaliser des affiches et des dépliants, rendus visibles et disponibles dans les cliniques médicales et CLSC
  • Inscrire la santé des lesbiennes dans les programmes techniques et professionnels dans le domaine de la santé et des services sociaux
  • Promouvoir les initiatives existantes, assurer le financement des organismes qui travaillent déjà sur le terrain avec et pour les lesbiennes
  • Assurer le suivi des orientations ministérielles

Maintenant que le Québec s'est doté d'une loi des plus progressistes (la loi sur l'union civile), il faudra adapter les services à la loi !

Isabelle Mimeault
RQASF

Droits reproductifs et sexuels: expérience de terrain pour contrer le droit musulman

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 29, Hiver 2003

Atelier présenté par Dalila Alloula,
Femmes algériennes médecins
Témoignage de Karine Desormeaux,
Collectif de défense des droits de la Montérégie

La réalité des femmes de différentes cultures provoque souvent des réflexions et forge en nous une opinion personnelle qui nous mène à des solutions envisageables. L'événement qui m'a permis une telle réflexion est sans contredit la 9e Rencontre internationale sur les femmes et la santé qui s'est déroulée à Toronto au mois d'août dernier. J'ai été amenée à participer à un atelier en particulier qui portait sur " Les droits reproductifs et sexuels : expérience de terrain pour contrer le droit musulman, Femmes algériennes médecins ". Je parlerai d'une part, de l'expérience que j'ai vécue en tant que participante à cet atelier et d'autre part, je partagerai des connaissances que j'ai acquises.

L'expérience que j'ai vécue lors de cet atelier fut aussi enrichissante que passionnante. Enrichissante, car j'ai appris beaucoup concernant l'Algérie (il en sera question dans l'autre paragraphe), passionnante, car j'ai ressenti beaucoup d'émotions et éprouvé toute une gamme de sentiments. Dans ces paragraphes, je laisserai donc parler mon cœur et je présenterai mes propres observations qui ne sont certes pas identiques à celles des autres participantes à l'atelier. La première chose qui m'a marquée fut sans aucun doute la conférencière de cet atelier. La docteure Dalila Alloula, médecin gynécologue, était articulée et avait un ton calme compte tenu de la répression que subissent les femmes de son pays d'origine, l'Algérie, où les femmes sont soumises à un régime politique patriarcal. La Docteur Alloula présentait son sujet avec un tel recul qu'il était difficile de croire que cette femme venait de l'Algérie. Nous pouvions presque nous demander : est-elle consciente de ce qui se passe ? ou bien est-ce moi qui exagère et qui suis trop émotive ! Après réflexion, je me suis rendue compte qu'il s'agissait probablement de ce que l'on appelle une différence culturelle. C'est-à-dire qu'elle avait probablement ce recul, car dans un pays comme l'Algérie mené par les hommes, les femmes apprennent rapidement à être réservées et à avoir une distance face à leurs opinions. Ceci n'est qu'une hypothèse bien sûr, mais qui me semble non loin de la réalité.

La deuxième chose qui m'a surprise fut le choc des cultures entre les femmes africaines, les unes de culture arabo-mulsulmane et les autres d'ailleurs en Afrique, probablement d'Afrique centrale. Lors de l'atelier, la conférencière expliqua avec calme la condition des femmes dans son pays, elle dit entre autres que les femmes n'avaient guère le droit de divorcer et là, il s'est passé une chose qui me fit bondir de ma chaise et qui réveilla tous mes sens. Il y eut des réactions très spontanées et très émotives de la part des femmes de l'Afrique centrale : elles disaient ne pas y croire, qu'elles n'en revenaient pas et elles ont dit, s'adressant directement à la conférencière, que les femmes de son pays devaient se réveiller et s'affirmer un peu plus pour gagner le droit au divorce. La conférencière ne semblait toutefois pas surprise et n'est même pas intervenue, elle a laissé sa place à une autre femme du groupe d'origine musulmane, qui semblait vouloir prendre la parole, afin d'expliquer les raisons pour lesquelles les femmes algériennes ne se révoltaient pas face à cette injustice et ce droit fondamental qu'est la liberté de divorcer ou non. Après les explications, le climat s'est refroidi et les femmes de l'Afrique centrale semblaient mieux comprendre. Ce qui fut surprenant pour moi, fut de voir la réaction des femmes africaines alors qu'elles vivent sensiblement la même situation que les femmes algériennes. À ce moment-là, je me suis demandée pourquoi elles réagissaient comme ça et je me suis beaucoup questionnée par rapport à leur religion, leur condition, etc.

Les connaissances que j'ai acquises lors de cet atelier furent nombreuses. Comme nous avons vu dans le premier paragraphe où je décris avec le plus de justesse possible les émotions et les sentiments ressentis, nous pouvons comprendre aussi qu'à travers cette expérience, j'ai acquis des connaissances. Outre cela, j'ai appris autant sur la situation sociale, politique et économique que sur la condition des femmes de l'Algérie, ce pays encore inconnu pour moi. Je ne savais même pas avec exactitude où se situait géographiquement ce pays. En écoutant la conférencière, au début, il me semblait que l'Algérie était un pays magnifique, " Avec ses hauts-plateaux aux cultures en terrasses d'oliviers et de figuiers, ses palmiers, ses dattiers dans les oasis, le pays offre au regard toutes les déclinaisons de la nature " . À vrai dire, plus elle avançait dans sa présentation et plus je me disais, mais que c'est affreux !

" La situation sanitaire frise la catastrophe dans certaines wilayas… Le taux d'analphabétisme reste élevé : il est de 48,27 % chez les femmes contre 23,65 % chez les hommes… 5 % des femmes arrivent sur le marché du travail. Les autres sont enfermées chez elles car les femmes musulmanes ne peuvent sortir qu'avec un tuteur " .

Voici quelques exemples de ce que le mot affreux veut dire pour moi et encore ce n'est rien ! La condition des femmes dans ce pays est manifestement dominée par les hommes. Tranquillement, les femmes de ce pays qui peuvent accéder à l'éducation (ce qui reste la base pour pouvoir revendiquer des droits fondamentaux) dénoncent et s'affirment, ce qui n'est pas sans danger. La mort, la violence et les abus guettent les femmes. Se sentant en danger, elle sont prêtes à se défendre. Les viols, la violence psychologique et physique envers les femmes atteignent de très hauts pourcentages. De plus, pour qu'une femme porte plainte pour viol auprès de la justice, elle doit avoir des preuves, c'est-à-dire quatre témoins masculins… pourquoi quatre ? La cour demande deux témoins, mais étant donné le caractère inférieur de la femme, pour qu'elle soit " égale " à l'homme qu'elle accuse, il lui faut deux hommes pour constituer un témoin. C'est ainsi qu'elle doit avoir quatre hommes comme témoins. Je ne peux pas vous dire à quel point ceci m'a fait frémir jusque dans le dernier niveau d'épiderme de ma peau, car comment prouver un tel acte ! Il y a des viols où les femmes ne peuvent pas porter plainte même si elles ont quatre témoins masculins car ce sont des viols perpétrés lors de la nuit de noces, des viols complètement légalisés par l'État. Voilà une très brève présentation de la condition des femmes algériennes et tout ce qui fut décrit ci-haut a été pour moi des acquisitions de connaissances personnelles.

Merci.

Éducation communautaire en santé sexuelle et reproductive au Cameroun

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 29, Hiver 2003

Atelier présenté par la Dr Ann Njom Nlend
Association camerounaise des femmes médecins

par Flore Saget
RQASF

Présidente de l'ACAFEM (Association camerounaise des femmes médecins) depuis sa création en 1990, la docteure Ann Njom Nlend est heureuse de voir que son association, composée de 200 femmes, a des antennes dans six des dix régions qui composent le Cameroun. Dans un pays qui compte 15 millions d'habitants, dont plus de la moitié est composée de femmes, il est important de mettre en place des stratégies qui leur permettent de prendre en main leur santé sexuelle et reproductive, d'autant plus qu'il n'y a que 2 000 médecins pour la population totale.

En plus d'être membre de l'Association mondiale des femmes médecins, l'ACAFEM œuvre conjointement avec l'ACF (Association chrétienne des femmes) qui travaille avec 40 000 femmes de la base et dont l'objectif est d'éduquer les femmes en santé sexuelle et reproductive selon un curriculum standardisé. La formation de plus de 300 " leaders " dans les communautés a permis à ces femmes d'être sensibilisées à plusieurs thèmes relatifs aux droits sexuels et reproductifs tels que les pratiques traditionnelles néfastes, le VIH/SIDA, la planification familiale et la vulnérabilité des femmes. Cette sensibilisation s'opère auprès d'elles en 24 séances étalées sur 24 mois. En quoi consiste la méthodologie implantée ? Il s'agit d'une sensibilisation en cascade calquée sur l'organisation pyramidale de l'association concernée. C'est une experte de l'ACAFEM qui élabore le contenu du cours à partir de thèmes sélectionnés par le Conseil des femmes de l'association concernée (ACF). Le matériel est alors testé lors de la séance annuelle des leaders, rediffusé à un niveau intermédiaire puis fractionné en douze séances au niveau périphérique, lors des réunions mensuelles des femmes. Le manuel de sensibilisation en santé sexuelle et reproductive est intégré dans le guide annuel de l'organisation et est disponible en version française et en deux langues locales : le bassa et le bulu.

Les nombreuses associations féminines à base communautaire, les associations de femmes dans le domaine des communications ainsi que les radios locales constituent une plate-forme non négligeable pour la diffusion du programme d'information en cascade. De plus, l'ACAFEM organise un travail de recherche constant avec l'appui de partenaires, dont l'Intervention Health Coalition. Enfin, en tant que médecin de profession, Anne Njom Nlend ne cache pas qu'elle doit sans cesse se placer du côté du droit. Elle se définit comme une activiste de la santé et non pas comme une simple exécutante.

Gestion autonome de la médication de l'âme : mon guide personnel

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 29, Hiver 2003

Récemment, l'Association des groupes d'intervention en défense de droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) et le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ) lançaient leur nouvelle production : Gestion autonome de la médication de l'âme = mon guide personnel.

Longtemps attendue, cette publication s'adresse d'abord aux personnes qui consomment des médicaments de l'âme pour soulager leur détresse psychologique et qui souhaitent (re)prendre du pouvoir sur leur médication. L'ouvrage est en effet un véritable outil dans ce sens car il s'appuie sur les grands principes de l'appropriation du pouvoir : il informe, il favorise une démarche de connaissance de soi et insiste sur les précautions à prendre tout le long du processus ainsi que sur la nécessité d'être accompagné.

Ce guide peut aussi être très utile aux groupes de femmes qui travaillent avec des femmes médicamentées. Non seulement peut-il fournir de l'information pertinente aux intervenantes, mais il contient des éléments (questionnaires) pouvant servir d'outils d'animation. Finalement, des formations seront également offertes dans les régions.

Les groupes peuvent se procurer le document gratuitement au RRASMQ au 514-523-7919, ainsi qu'un guide d'accompagnement. Seuls les frais de poste seront facturés. N'oubliez pas de vous informer par la même occasion sur la possibilité de formations dans votre coin !

Fernande Ménard
RQASF

Quand les tomates mobilisent plus que les humains…

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 29, Hiver 2003

Comment se fait-il que les organismes génétiquement modifiés (OGM) semblent nous inquiéter davantage que les recherches sur les embryons, les cellules souches et le clonage ? Comment se fait-il que les modifications génétiques effectuées sur les tomates mobilisent davantage que celles sur les êtres humains ?

Voilà une des questions chocs à laquelle ont été confrontées les participantes à la journée de formation sur le projet de loi concernant la procréation médicalement assistée organisée par la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), en collaboration avec le Service aux collectivités de l'UQÀM (protocole UQÀM/Relais-femmes), en mai dernier. Cette journée avait pour but de permettre aux groupes de femmes de mieux cerner les enjeux entourant le projet de loi déposé par le gouvernement fédéral en mai 2002.

Plus de dix ans après la mise sur pied de la Commission royale d'enquête sur les nouvelles techniques de reproduction, après l'adoption en 1995 d'un moratoire volontaire sur certaines activités, dont le clonage humain, après le dépôt d'un projet de loi en 1996 mort au feuilleton avec la dissolution du Parlement au printemps 1997, il était grand temps que le gouvernement comble ce vide législatif. Mais que dit ce nouveau projet de loi ? Qu'en pensent les femmes ? Répond-il à nos préoccupations ? Devrions-nous être rassurées ou inquiètes ?

Le projet de loi C-56, devenu C-13 depuis la dernière session parlementaire, prévoit interdire certaines activités telles que le clonage humain et réglementer des pratiques telles que la fécondation in vitro, le diagnostic génétique pré-implantatoire, etc. et les recherches connexes à la procréation assistée. Le projet de loi prévoit également l'établissement d'un organisme de réglementation chargé d'appliquer la loi et son règlement. L'Agence canadienne de contrôle de la procréation assistée (ACCPA) sera un organisme indépendant de Santé Canada qui relèvera du ministre de la Santé. L'Agence délivrera des autorisations aux cliniques de fertilité et aux chercheurs, surveillera les activités et verra à l'application de la loi et de son règlement.

Ce projet de loi protège-t-il le bien-être et la santé des femmes et des enfants issus des techniques de reproduction ? En fait, il faut se rappeler que les technologies de reproduction humaine et les recherches connexes ne répondent pas véritablement aux besoins des femmes infertiles. Ces techniques ne sont pas un traitement contre l'infertilité et elles ne visent pas le retour à la fertilité, elles ne font que contourner le problème pour un certain nombre de personnes. Le projet de loi ne fait aucune mention du besoin d'évaluer l'impact de ces technologies (encore en expérimentation et nécessitant de fortes médications) sur la santé des femmes et des enfants qui en sont nés. De plus, il nous semble que cette loi devrait s'inscrire dans le cadre d'un programme visant la promotion de la santé reproductive et sexuelle des femmes et la prévention des maladies transmissibles sexuellement et autres causes connues de l'infertilité, ce qui n'est pas le cas.

Le projet de loi prévoit garder confidentielle l'identité des personnes qui font un don de sperme, d'ovules ou d'embryons. Seuls les renseignements médicaux seraient obligatoirement accessibles aux personnes concernées. Plusieurs groupes de femmes réclament la levée de l'anonymat du donneur afin que les enfants qui le souhaitent puissent retracer leurs origines et leurs liens biologiques. Le projet de loi devrait donc insister sur la divulgation obligatoire des renseignements de la part des donneurs.

Les dispositions sur les pratiques interdites sont-elles adéquates ? Le clonage humain, peu importe la raison, serait interdit. L'identification du sexe d'un embryon aussi, sauf pour certaines raisons médicales telles que la transmission de maladies génétiques associées à un seul des deux sexes. Le projet de loi interdit aussi la création d'embryons in vitro pour des fins autres que la création d'un être humain ou pour des fins autres que " l'apprentissage ou l'amélioration des techniques de procréation assistée ". Les chercheurs pourraient donc créer des embryons dans le seul but d'acquérir des connaissances ou de perfectionner les techniques. Cette disposition du projet de loi nous inquiète car elle semble ouvrir la porte à de nombreux glissements. Comment l'Agence pourra-t-elle vérifier les fins pour lesquelles des embryons sont créés ? Comment pourra-t-elle vérifier s'il ne s'agit pas d'un embryon créé grâce au clonage ? Pourquoi ne pas restreindre ce genre de recherches sur les embryons surnuméraires pouvant être utilisés (par consentement des donneurs) pour des fins de recherche ? Enfin, ces recherches sont-elles vraiment nécessaires ?

La rétribution des mères porteuses fait aussi partie des activités interdites par le projet de loi. Par contre, le remboursement des frais occasionnés par une mère porteuse est permis dans le projet de loi. Cette mesure permettant de rembourser les frais liés à une activité interdite en laisse plus d'une perplexes et ne répond pas à la demande de divers groupes de femmes de bannir tout incitatif financier afin d'empêcher l'exploitation économique et la commercialisation du corps des femmes. À ce sujet, le Réseau canadien pour la santé des femmes recommande fortement l'interdiction de la maternité de substitution à des fins commerciales et, au moins, l'adoption d'un moratoire sur la maternité de substitution à des fins non commerciales jusqu'à l'entrée en vigueur d'un règlement.

Est-ce que les pratiques permises seront adéquatement réglementées ? Le projet de loi fait mention des activités qui devront être réglementées mais ne définit pas la nature des règlements en tant que tels. En fait, la réglementation sera élaborée par Santé Canada en consultation avec les gouvernements provinciaux et territoriaux. Même après l'approbation du projet de loi, il restera encore beaucoup de travail à faire avant que les pratiques et la recherche soient vraiment encadrées.

La création de l'ACCPA, prévue dans le projet de loi, est accueillie chaleureusement par les groupes de femmes. Cependant, le projet de loi permet difficilement de saisir la portée réelle des pouvoirs de l'Agence. Par exemple, comment pourra-t-elle contrôler les cliniques privées et publiques et s'assurer de la transparence de ces dernières ? Il est tout de même important d'insister sur le fait que l'Agence doit détenir les pouvoirs d'émission d'autorisations pour la recherche afin qu'aucune recherche sur le matériel reproductif humain ne puisse être menée sans autorisation.

La composition de l'Agence est aussi très importante. Beaucoup de groupes soutiennent que son conseil d'administration doit être composé principalement de citoyennes et de citoyens, ce qui n'est pas le cas avec le projet de loi actuel. Il est essentiel d'éviter les conflits d'intérêts grâce à des nominations de personnes qui ne sont pas impliquées directement dans la recherche, dans les cliniques ou, encore, impliquées dans des entreprises ou organismes qui pourraient tirer profit des activités couvertes par la loi. Les réunions de l'Agence devraient être publiques et toute la documentation entièrement accessible.

Que peut-on faire ?
Les participantes à la journée de formation ne se sont pas laissées abattre par l'ampleur des enjeux que soulèvent le projet de loi et les nouvelles technologies de la reproduction en général. Leurs suggestions d'action ont été nombreuses. Par exemple, il faut voir à l'élaboration d'outils d'éducation populaire afin de vulgariser les informations sur les technologies de reproduction et de sensibiliser aux grands enjeux sociaux et collectifs que ces technologies soulèvent. Les participantes suggèrent également de réclamer un débat public de société sur l'ensemble des enjeux reliés aux technologies de reproduction, sur l'utilisation à outrance de techniques, sur la commercialisation du matériel humain, sur l'interdiction complète de recourir aux mères porteuses, sur les glissements possibles du développement de techniques menant tout droit vers l'eugénisme. Face au projet de loi, les participantes souhaitent réclamer des modifications concernant la constitution de l'ACCPA, notamment sa composition qui devrait être citoyenne, et pour exiger la levée de l'anonymat des donneurs de matériel reproductif humain. Les participantes suggèrent également de demander au gouvernement du Québec de créer un bureau d'audiences publiques sur les nouvelles technologies qui aurait le double mandat de réaliser l'évaluation scientifique et sociale des technologies et de réglementer leur utilisation au Québec. Sur les enjeux en matière de santé, les participantes recommandent de faire pression pour réduire ou résoudre les causes de l'infertilité et obtenir des conditions qui favoriseront la fertilité, de même qu'une politique de santé sexuelle et reproductive qui ferait de la prévention une priorité.

Il n'est donc pas trop tard pour agir et il reste beaucoup à faire. La FQPN se fera un plaisir de faire parvenir le compte rendu complet de la journée de formation aux personnes qui souhaitent s'impliquer davantage sur ces questions. Après tout, les manipulations sur l'être humain méritent tout de même autant d'attention que celles sur les tomates.

Nathalie Parent,
Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN)

Stratégie pour la santé des femmes au Canada

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 29, Hiver 2003

Atelier présenté par Jean Kammermayer,
Santé Canada

Céline Campagna
Réseau québécois des femmes en environnement.

Les participantes à la 9e Rencontre internationale sur les femmes et la santé étaient nombreuses à venir assister à ce panel. La position et les politiques d'action de Santé Canada sur la santé des femmes étaient donc très attendues. Discussions à la hauteur des attentes ?

Après une longue introduction pour reconnaître que le Canada était le meilleur pays du monde en matière de droits des femmes et de santé des femmes (la comparaison avec d'autres pays n'ayant pas été faite), les participantes ont eu droit à un aperçu des objectifs de la Stratégie pour la santé des femmes.

  • Faire en sorte que les politiques et les programmes de Santé Canada tiennent compte des différences biologiques et sociales entre les sexes et répondent aux besoins des femmes en matière de santé;
  • Accroître la connaissance et la compréhension de la santé des femmes et des besoins des femmes en matière de santé;
  • Soutenir la prestation de services de santé appropriés et efficaces destinés aux femmes;
  • Promouvoir la santé par des mesures de prévention et la réduction des facteurs de risque qui compromettent la santé des femmes.

Les présentatrices de Santé Canada ont, par la suite, élaboré sur les actions déjà entreprises pour répondre à ces objectifs, surtout en ce qui concerne la santé reproductive (MTS, infertilité), la santé environnementale et la violence contre les femmes. Les efforts de Santé Canada ont été principalement accordés à des campagnes d'éducation et de prévention. Mais qu'en est-il des résultats ?

Prenons par exemple la santé reliée au tabac. Santé Canada a mis sur pied des campagnes d'éducation visant les jeunes adolescentes et des politiques ont été mises en place pour restreindre leur consommation de tabac. Malheureusement, la Stratégie (pour la santé des femmes) n'aborde pas l'urgence d'une politique concernant la vente libre de ce produit hautement toxique pour la santé. Côté santé environnementale, la Stratégie propose de promouvoir la recherche (détection et évaluation des produits toxiques) à travers les nouveaux Instituts canadiens de recherche en santé et d'améliorer la gestion et le contrôle des ces agents toxiques. C'est un noble objectif, mais ce type de recherche et de gestion demande un budget énorme. Aussi a-t-on admis lors de la conférence que l'enveloppe budgétaire décernée à ce projet n'était pas à la hauteur des objectifs. De plus, nous attendons toujours le retrait de plusieurs substances toxiques reconnues depuis plus de dix ans pour affecter la santé reproductive des femmes et des enfants, tels que le lindane et le méthoxychlore. C'est normal, la réglementation de ces produits n'est pas dans les objectifs que s'est fixé Santé Canada.

Le panel s'est terminé sur une note plutôt positive, puisque les participantes ont appris que le gouvernement fédéral est à leur écoute. Avec le programme " entendre les voix des personnes au Canada " du Bureau de la participation des consommateurs et du public, Santé Canada veut informer les Canadiennes et leur donner l'opportunité de s'impliquer dans les prises de décisions à travers les consultations publiques. Le site Internet du Bureau est très difficile à trouver à partir du site d'accueil de Santé Canada (http://www.hc-sc.gc.ca/hpfb-dgpsa/ocapi-bpcp/index_f.html), et il est plutôt difficile de croire au succès de cet outil lorsque les dernières mises à jour remontent à plus de trois mois. Les dates et endroits des consultations ne sont pas indiqués.

Malgré un excellent programme basé sur les problématiques actuelles de la santé des femmes au Canada, Santé Canada se dote d'une impossible mission : vouloir s'attaquer à tous les problèmes et sous toutes leurs formes. En voulant tout faire lui-même (le rôle des organisations non gouvernementales et des regroupements de femmes n'ayant pratiquement pas été abordé), le gouvernement arrivera-t-il vraiment à des réalisations concrètes ? Santé Canada semble mettre beaucoup d'effort pour parvenir à ses fins, mais seul l'avenir nous indiquera si cette stratégie deviendra plus qu'un simple document de papier.

Une rencontre qui a permis de nouer des alliances

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 29, Hiver 2003

Témoignage d'Albertine Vignon,
Organisation des femmes handicapées du Benin

Du 12 au 16 août 2002 a eu lieu dans la salle de conférence Vari Hall de l'Université York à Toronto (Canada) la 9e Rencontre internationale sur les femmes et la santé. Ont pris part à cette rencontre environ cinq cents déléguées venues de tous les pays du monde entier. Le Bénin y était représenté par madame Philomène Ekpo, enseignante syndicaliste, et madame Albertine Vignon, cadre du ministère de la Famille, de la Protection sociale et de la Solidarité et présidente de l'Organisation des femmes handicapées du Bénin.

Au cours de cette rencontre, plusieurs thèmes ayant trait aux droits reproductifs et à la sexualité des femmes, à la violence faite aux femmes, à l'environnement, à la mondialisation ont été exposés au cours des ateliers, des groupes de discussion et des panels.

De ces travaux, on peut retenir, entre autres, :

  • que les politiques d'ajustement structurel amenuisent les chances des femmes du Sud en matière de santé ;
  • qu'on ne peut parler de santé quand on détruit la planète par l'émission de gaz nuisibles et de produits chimiques ;
  • que la mondialisation accentuera les problèmes de santé des femmes parce qu'elles font des tâches précaires et insalubres dans les grandes firmes industrielles ;
  • que l'amélioration de la santé des femmes passe par la lutte contre la pauvreté et les dégâts de la mondialisation (réduction des dépenses de santé et d'éducation) ;
  • que les stratégies mises en œuvre pour la protection de la santé des femmes comportent des forces et des faiblesses qu'il faut améliorer selon les réalités de chaque pays.

Au niveau des recommandations, l'essentiel se résume ainsi :

  • la nécessité de l'éducation des femmes : alphabétisation des femmes adultes, scolarisation des petites filles ;
  • les problèmes de santé des femmes doivent être replacés dans le contexte de la pauvreté, des droits humains et du genre ;
  • les organisations de femmes doivent faire des alliances avec celles n'ayant pas les mêmes activités qu'elles

Cette rencontre a été très enrichissante car elle a permis de nouer des alliances, de repenser les stratégies de lutte pour la protection des femmes en général, et celle des handicapées en particulier, à travers l'élaboration de projets de développement et d'organisation de séminaires.

Un moment de partage à coeur ouvert

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 29, Hiver 2003

Témoignage de Elvire Eugène
Association femmes soleil d'Haïti

La 9e RIFS m'a beaucoup marquée. D'abord, elle m'a permis de rencontrer face à face des gens avec qui j'avais des contacts par courrier postal ou électronique. Cela a été un vrai moment de partage à cœur ouvert dans un contexte de diversité culturelle. Chaque samedi soir, j'anime à la radio une émission sur les femmes célèbres. Lors de la première émission que j'ai animée après mon retour de la rencontre, j'ai dit aux auditeurs que je venais de rencontrer à Toronto près de 2 000 femmes célèbres.

Oui, selon moi, toutes les femmes présentes à cette rencontre étaient célèbres. La rencontre a servi pour moi d'espace de dialogue, de réflexion, d'analyse, de planification de stratégies d'action. Elle m'a permis de faire le lien entre pauvreté, mondialisation et santé.

Moyens, partage, expérience
Dès mon retour en Haïti, j'ai commencé à mettre la rencontre en application. D'abord, j'ai donné une conférence de presse, j'ai animé une émission où j'ai développé en long et en large les thèmes, les réflexions, l'analyse, les perspectives de la 9e RIFS. J'ai essayé de motiver, de conscientiser la communauté, les concitoyens sur l'urgence, la priorité de la question de la santé dans un pays où il y a une infirmière pour 25 000 personnes. J'ai animé aussi des petits groupes. Ceci nous a permis de faire des diagnostics, de développer certaines stratégies d'action pour qu'au moins on arrive à un certain idéal d'une infirmière pour 1 500 personnes.

Stratégies acquises
La 9e RIFS suite aux partages et aux débats qu'elle m'a permis d'amorcer dans les groupes nous a inspiré certaines stratégies que nous comptons, dans la mesure du possible, essayer de concrétiser au fur et à mesure. Elle nous a sensibilisées à élaborer des stratégies, des actions, des solutions dans une approche globale de santé, dans un contexte de mondialisation. La santé des femmes en Haïti est une préoccupation nationale, dans ce pays où les femmes meurent de maladies évitables, à cause de la pauvreté et du manque d'encadrement. Elle nous a permis de réfléchir, de savoir comment préserver l'environnement, comment éradiquer la pauvreté, comment sauver notre pays. Elle nous a inspiré des principes de précaution, une approche préventive et un principe de solidarité et de participation. Nous comptons mettre sur pied un projet de formation en santé communautaire dans les quartiers populaires, diffuser une feuille de bulletin en créole, la langue du pays, titrée AFASADA-INFO...

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 30, Printemps 2003

Stratégies d'action contre les drogues du viol

Une version en PDF de ce numéro est aussi disponible

Atelier donné par Louise Lacroix,
L'Écho des femmes de la Petite Patrie

Texte de Josée Longchamps,
Coop La Clé, CALACS Aqua-R-Elle

En ce jeudi matin suffocant du 15 août 2002, nous sommes neuf femmes autour de la table. Cet atelier est présenté par Louise Lacroix, femme dynamique et engagée de l'Écho des femmes de la Petite Patrie, Centre de femmes situé à Montréal. La problématique concernant les drogues du viol a été abordée dans l'optique de la sécurité des femmes en milieu urbain. Cette approche, prônée par le CAFSU (Comité action femmes et sécurité urbaine), existe depuis une dizaine d'années à peine et vise à développer des stratégies d'action pour contrer les sentiments de peur et d'insécurité qui limitent les femmes dans leur liberté.

Femmes sans peur à toutes heures ! est une vision féministe qui encourage l'autonomie des femmes en faisant la promotion, par exemple, des cours d'autodéfense. Par ailleurs, il faut garder en tête que faire de la prévention pour sensibiliser les femmes tout en évitant la panique est un défi de taille. Le CAFSU est un comité de concertation formé du Centre de l'Écho, des deux postes de police du quartier, du CLSC et de l'organisme Tandem (prévention violence). Dès les débuts du comité, beaucoup d'énergie a été mise à convaincre les organismes collaborateurs de l'importance d'utiliser une approche de type féministe en ce qui a trait à la sécurité des femmes. De par son mandat, le CAFSU s'est largement approprié les principes sécuritaires d'aménagement urbain dont les principaux sont les suivants :

  • voir et être vue (éclairage),
  • entendre et être entendue (achalandage, réduction du bruit, etc.)
  • avoir accès à différentes sources de secours (ex. : téléphones dispersés à divers endroits), s'assurer que plusieurs issues de secours sont disponibles,
  • voir à l'installation de plans graphiques des lieux publics pour permettre à la femme de se repérer et d'avoir une idée de l'aménagement physique de l'endroit.

La question des drogues du viol a surgi en 1997 à la suite de certaines demandes provenant de quelques intervenantes jeunesse démunies face à cette nouvelle réalité. Aucune documentation en français n'étant disponible et les autres sources en anglais étant plus ou moins fiables, le comité a fait appel à une chercheuse en sécurité urbaine ainsi qu'à des experts en toxicomanie dans le but d'obtenir des sources de référence fiables et de se renseigner sur les substances utilisées. Il est important de noter que lors de l'utilisation d'une drogue du viol, la femme se retrouve sans capacité d'agir et souvent sans souvenirs. Les deux substances les plus souvent mises en cause sont le Rohypnol et le GHB (illégales au Canada) mais il faut se souvenir que la majorité des médicaments mélangés à de l'alcool peuvent provoquer de graves symptômes. Évidemment, l'amnésie est très difficile à vivre pour les femmes, particulièrement lors d'agressions sexuelles, puisqu'elles ne peuvent se rappeler ni les agresseurs, ni l'agression. Lorsque qu'on n'a aucun fait clair à exprimer (ou si peu...), porter plainte et être crue, devient très ardu. Lorsqu'une agression de ce type survient, il est essentiel que la femme se rende dans un centre désigné pour une trousse médico-légale et ce, le plus rapidement possible parce que l'effet de ces substances ainsi que leurs traces disparaissent la plupart du temps à l'intérieur de 24 heures et au maximum en 48 heures.

Malheureusement, depuis quelques années, le phénomène se répète avec tout type d'agresseur et dans tout type de lieu. En plus d'avoir à faire face à la soumission psychologique et physique, les femmes sont maintenant aux prises avec la soumission chimique d'où découlent des formes de violence qui semblent même s'accompagner d'une illusion d'acceptation, de consentement. Le CASFU a développé certaines stratégies d'action pour mieux documenter la problématique et permettre aux femmes de prévenir ces agressions :

Un document Agressions sexuelles et drogues du viol : Un phénomène méconnu a été élaboré pour cerner la problématique.

  • Garder son verre à l'oeil et éviter de le boire si on s'en éloigne.
  • Refuser une consommation dont on ignore la provenance (aller la chercher soi-même).
  • Éviter les boissons mélangées.
  • S'aider les unes les autres et se surveiller.
  • S'entraider et se rendre en lieu sûr dès que l'une se sent mal.
  • Sortir et revenir en groupe.

Le CASFU suggère aussi les recommandations suivantes :

  • Campagne de sensibilisation : affiches de sensibilisation / sous-verre Je surveille mon plaisir et je veux m'en souvenir... dans différents lieux publics, informer la population en général (les hommes aussi...), ligne d'info 24 heures par jour, etc.
  • Mieux cerner la problématique en la documentant (nombre d'agressions recensées, information qualitative, rencontres entre intervenants, etc.).
  • Formation des intervenants afin de parfaire leurs connaissances.
  • Recenser les ressources disponibles.
  • Mieux connaître la situation légale (les amendements, les actions, les sanctions, les protocoles existants, etc.).
  • Faire des pressions auprès des compagnies pharmaceutiques pour rendre les produits plus facilement détectables.

L'atelier se termine... l'inquiétude de certaines face à cette nouvelle forme de violence est palpable mais il n'en demeure pas moins qu'on a répondu à plusieurs questions et qu'on a apporté des pistes de solutions. Ce fut un atelier enrichissant, qui livrait ce que je recherchais dans ce genre de rencontre sur la santé des femmes, c'est-à-dire des exemples de solutions concrètes et réalisables qui visent à développer l'autonomie et le pouvoir des femmes et non pas à les enfermer dans la peur et l'angoisse d'une agression possible.

Et nous, en tant que femmes, que pouvons-nous faire concrètement dans notre communauté ? L'information et le programme sont disponibles et se doivent d'être diffusés tant au sein de divers organismes qu'auprès de plusieurs municipalités. Comme le CASFU entrevoit avec crainte le manque de financement au printemps prochain, c'est à nous maintenant de prendre la relève pour nous protéger, protéger nos jeunes filles, nos enfants, nos amies, nos mères, nos voisines...

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 30, Printemps 2003

Intervention en santé mentale : le travail sur soi d'abord

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 30, Printemps 2003

Texte de Sylvie Lemoine du Relais La Chaumine et Fernande Ménard du RQASF

La psychologie moderne vise le plus souvent à acquérir des connaissances sur les autres ; trop souvent à mon avis sans un engagement égal dans la connaissance de soi. Pourtant je crois que connaître l'autre ne peut être qu'en fonction de la connaissance de soi. BRUNO BETTELHEIM

Dans le numéro spécial du SANS PRÉJUDICE (no 25), nous vous annoncions un deuxième article portant sur les stratégies d'intervention auprès des femmes en détresse psychologique. Notre réflexion sur ce sujet nous a rapidement amenées à la conviction que, préalablement et concurremment aux stratégies d'intervention, une démarche de connaissance de soi est essentielle. Il s'agit d'un travail continu et exigeant qui teinte toutes nos interventions. Les éléments de connaissance de soi que nous vous présentons ici ne sont ni exclusifs ni exhaustifs mais ce sont des incontournables pour celles qui travaillent en santé mentale. Ils se veulent une amorce à votre réflexion. Ce sont : la motivation, les forces, les valeurs, les peurs, les limites et les vulnérabilités.

Notre motivation
Nos compétences académiques et professionnelles ne suffisent pas à expliquer nos motivations au travail d'aide. Il faut les éclairer par une recherche et une analyse profondes sur nos motivations intérieures. En effet, ces dernières teintent tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons comme intervenantes.

Nos forces
En santé mentale, nous devons avoir la conviction profonde que nous pouvons intervenir, conviction qui repose en grande partie sur notre estime de soi. Il est donc important de reconnaître nos qualités, d'identifier les lieux, les moments, les façons d'être et d'intervenir dans lesquels nous nous sentons à l'aise et compétentes. Les forces varient avec chacune et elles peuvent grandir avec l'expérience. Il s'agit d'une saine habitude de connaître là où nous sommes bonnes.

Nos valeurs
Certaines de nos valeurs nous ont été transmises tandis que d'autres ont été acquises. Il y en a auxquelles on adhère et d'autres qu'on rejette. Plus insidieuses encore, il y a des valeurs qu'on intègre de manière théorique mais qu'on n'arrive pas à mettre en pratique. L'inverse est aussi vrai. Il arrive même parfois qu'elles soient contradictoires.

C'est pourquoi il est impératif pour soi-même, dans un contexte d'intervention, d'amorcer une réflexion, de faire un bilan afin d'évaluer notre parcours. Cette démarche permet de comprendre davantage qui on est réellement et de mieux saisir l'ampleur de notre complexité. L'analyse de nos valeurs doit avoir pour objectif une meilleure intégration de celles-ci afin de mieux les assumer, les exprimer, sans toutefois les imposer. Devant l'autre, qui souvent attire par la ressemblance et qui éloigne par la différence et vice versa, restons vigilantes sur ce qui peut générer de l'interférence.

Nos peurs
Nous travaillons dans un milieu où nous sommes régulièrement confrontées à nos propres peurs. Qu'il s'agisse de nos craintes face à la mort, l'amour et la folie ou de nos réactions devant l'expression de la souffrance et de la colère d'autrui, nos peurs sont bel et bien présentes et elles font partie de nous.

Sans doute n'est-il pas possible de les éliminer. Il faut quand même les identifier, les apprivoiser. La peur n'a pas les mêmes racines et les mêmes répercussions pour chacune d'entre nous. Comme certaines de nos peurs stimulent notre créativité, d'autres peuvent entraver notre capacité d'intervenir devant certains problèmes. Il faut savoir les reconnaître avec sincérité, voire avec humilité.

Nos limites
Une des difficultés reliées au travail sur les limites est le fait qu'elles sont difficilement identifiables à l'avance ; elles se révèlent au fur et à mesure des événements. Nos limites peuvent également fluctuer selon toutes sortes de circonstances. D'où l'importance de jeter un regard critique constant sur notre travail afin, entre autres, d'identifier et de conscientiser leur impact sur le travail.

Limites de temps, d'expérience, limites physiques et psychologiques ponctuent et influencent énormément le travail en santé mentale ; d'où l'importance de bien les identifier au fur et à mesure qu'elles se présentent puisqu'elles joueront dans nos interventions. On pense à tort que nos limites diminuent nos capacités d'intervention ; il n'en est rien. Au contraire, connaître nos limites permet d'encadrer notre travail.

Nos vulnérabilités
Nos vulnérabilités, nos souffrances personnelles nous rendent sensibles à la souffrance de l'autre et, par le fait même, influencent notre intervention. D'où l'intérêt de les identifier, de les reconnaître pour ce qu'elles sont, ce qui permet de diminuer leur influence dans nos interventions. Plus encore, admettre nos vulnérabilités, que l'on a tendance à considérer comme des faiblesses, peut devenir une force, un outil d'intervention intéressant : cela permet à l'autre d'admettre sa propre vulnérabilité sans se dévaloriser.

Conclusion
Exercer un travail dont l'objectif est d'offrir une aide, un support, un accompagnement auprès de personnes en détresse psychologique exige un engagement équivalent envers soi-même. Il est inutile, voire même dommageable, de tenter d'aider l'autre à cheminer si nous-mêmes ne tentons pas une telle démarche.

Bien entendu, choisir cette voie requiert du temps, de la patience et de la bienveillance envers soi-même, car en nous surgissent inévitablement la résistance et même la désespérance. Mais n'est-ce pas la même réalité que vivent celles que l'on tente d'aider ?

La pollution de notre environnement et le cancer du sein, où sont les liens ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 30, Printemps 2003

Les taux de cancer du sein sont en constante progression dans l'ensemble des pays industrialisés depuis les années 1940 (1). Au fil des années, des chercheurs se sont intéressés à diverses hypothèses pour tenter d'expliquer les causes du cancer du sein. Aujourd'hui, même si les scientifiques ne comprennent pas encore complètement les interactions complexes qui peuvent déclencher le développement d'un cancer du sein, plusieurs chercheurs impliqués dans la recherche sur le cancer croient que la pollution de l'environnement joue un rôle significatif.

La théorie du déclencheur toxique
Un certain consensus se dégage autour d'une nouvelle théorie explicative de divers cancers, dont le cancer du sein. Les chercheurs croient qu'une prédisposition génétique combinée à l'exposition à certaines substances toxiques dans l'environnement interagissent chez un individu pour déclencher le développement de la maladie (2).

Cette théorie explique peut-être en partie pourquoi les nombreuses études sur les liens entre la pollution de notre environnement et le cancer du sein ont souvent des résultats contradictoires. Une femme ayant une prédisposition génétique peut ne pas développer la maladie si elle n'est pas exposée aux déclencheurs toxiques. De la même façon, une femme qui n'a pas de prédisposition génétique peut être exposée aux déclencheurs toxiques et ne pas développer la maladie. Les chercheurs ajoutent un facteur supplémentaire : le moment de l'interaction entre la prédisposition génétique et les déclencheurs toxiques. Les risques de contracter la maladie augmentent lorsque des interactions se produisent à certains moments critiques, soit pendant le développement du fœtus, pendant l'enfance et pendant la puberté.

Les substances radioactives et les xéno-œstrogènes
Présentement, les preuves les plus solides dont disposent les chercheurs de l'existence d'un lien entre la pollution de notre environnement et le cancer du sein touchent les substances radioactives et les xéno-œstrogènes (3).

Les substances radioactives comptent parmi les plus dangereuses sur terre. Le taux de cancer du sein a triplé chez les Japonaises après les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki. Les essais nucléaires, les déchets radioactifs des centrales nucléaires ainsi que les radiographies médicales répétées peuvent tous contribuer au développement du cancer du sein. En ce qui concerne les radiographies médicales, il est important de préciser que le risque n'est pas le même pour tous les types de radiographies. Lors de certaines radiographies, les seins ne sont pas exposés aux radiations ; c'est le cas, par exemple, pour une radiographie des dents.

Les xéno-œstrogènes sont des produits chimiques synthétiques qui imitent l'action de l'œstrogène, une hormone que l'on retrouve de façon naturelle dans le corps des femmes. On retrouve des xéno-œstrogènes dans plusieurs produits, par exemple, dans des pesticides, des insecticides, des détergents, des solvants à peinture et des plastiques. Des xéno-œstrogènes peuvent également être relâchés dans l'air ou dans l'eau pendant la fabrication de ces produits. Il a été démontré en laboratoire que ces substances font croître les cellules du cancer du sein. Les xéno-œstrogènes représentent un risque accru pour le développement d'un cancer du sein de type hormonodépendant.

Pour d'autres substances toxiques, les chercheurs ont trouvé des liens de corrélation mais ne peuvent prouver hors de tout doute que ces substances causent le cancer du sein. Les résultats démontrent un lien probable, mais pas certain, avec le cancer. C'est le cas, par exemple, des BPC et des dioxines (4).

Le cocktail chimique (5)
Des chercheurs ont constaté que certains produits chimiques n'ayant pas d'effet nocif lorsqu'ils sont seuls, deviennent dangereux pour la santé lorsque qu'ils sont combinés à des produits particuliers. Les tests de laboratoire qui se font sur les nouveaux produits chimiques ne peuvent couvrir l'ensemble des interactions possibles dans l'environnement. Chaque nouveau produit chimique qui est mis sur le marché vient augmenter le nombre de combinaisons chimiques possibles dans notre environnement. Du même coup, les risques d'interactions à effet nocif augmentent.

Le principe de précaution (6)
Lorsque la santé publique est en jeu, nous ne pouvons nous permettre d'attendre que la recherche ait atteint un standard de 95 % de certitude de causalité avant de nous décider à agir. (Ce pourcentage de certitude de causalité est le standard utilisé en recherche scientifique.)(7) La protection de la santé de la population exige de nos gouvernements la mise en œuvre de plans d'actions basés sur le principe de précaution.

Selon le principe de précaution, il est possible d'agir dès que l'on dispose d'indices des effets nocifs d'un produit sur la santé. Guidés par le principe de précaution, les gouvernements agissent pour protéger la vie des citoyens contre des produits chimiques que l'on soupçonne d'avoir un lien avec l'augmentation des cas de cancer.

En vertu du principe de précaution, ce sont les manufacturiers qui ont le fardeau de la preuve. Ils doivent prouver que leurs produits sont sécuritaires avant leur mise en marché. L'application de ce principe permet d'éviter des situations où il revient aux citoyens de prouver que des produits en circulation sont dangereux pour la santé.

Le défi de l'application du principe de précaution
L'application du principe de précaution est une bonne pratique de santé publique. Pourtant, dans la réalité, son application est semée d'embûches. Il s'agit d'un travail de longue haleine qui demande une mobilisation importante de la population. Un peu partout au Québec, des citoyennes et des citoyens se mobilisent pour lutter contre diverses menaces à la santé qui se retrouvent dans notre environnement.

Par exemple, il y a quelques années, le Collectif de lutte aux organochlorés s'est battu contre la décision du gouvernement du Québec d'accorder un permis d'opération à l'usine Magnola qui comptait utiliser des méthodes productrices d'organochlorés dans son usine de magnésium. Dans ce dossier, le gouvernement a pris une décision allant à l'encontre des recommandations du Bureau d'audiences publiques en environnement et des citoyens ont senti le besoin de se mobiliser pour faire connaître les risques, pour la santé de la population, des procédés utilisés par Magnola. Cet exemple illustre la difficile conciliation des intérêts liés à la protection de l'environnement et des intérêts économiques. (À noter, aux dernières nouvelles, les propriétaires de l'usine Magnola annonçaient sa fermeture pour des raisons financières…)

Si vous voulez vous impliquer, voici les coordonnées de deux organismes qui travaillent pour faire changer les choses :

Réseau québécois des femmes en environnement
Breast cancer action Montreal - Action cancer du sein de Montréal

______________________

(1) State of the evidence. What is the connexion between chemicals and breast cancer ? Presented by the breast cancer fund and breast cancer action, 2002 (Executive summary, p. V).

(2) Breast cancer prevention : avoiding toxic triggers. A report on trends in scientific research linking breast cancer to environmental exposures, 2002, Grassroots Environmental Education, page 2.

(3) State of the evidence. What is the connexion between chemicals and breast cancer ? Presented by the breast cancer fund and breast cancer action, 2002.

(4) State of the evidence. What is the connexion between chemicals and breast cancer ? Presented by the breast cancer fund and breast cancer action, 2002.

(5) Breast cancer prevention : avoiding toxic triggers. A report on trends in scientific research linking breast cancer to environmental exposures, 2002, Grassroots Environmental Education, page 6.

(6) Site Web du Silent Spring Institute, www.silentspring.org et Breast Cancer 2000 : an update on facts, figures and issues. The breast cancer fund, 2000, p. 14-15.

(7) State of the evidence. What is the connexion between chemicals and breast cancer ? Presented by the breast cancer fund and breast cancer action, 2002, p. 20.

Isabelle Pepin
RQASF

La santé des travailleuses du sexe : plus qu'une question de sécurité au travail !

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 30, Printemps 2003

Texte de Sylvie Gendron
Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal et chercheure postdoctorale des Instituts de recherche en santé du Canada et
Diane Deslauriers, travailleuse de rue, Stella

Qu'elles pratiquent le métier d'escorte, de danseuse nue, de masseuse érotique ou de prostituée de rue, il est généralement admis que la santé des travailleuses du sexe peut être mise à l'épreuve sur plusieurs plans. Leurs activités ayant souvent lieu dans des espaces privés et publics peu réglementés, sinon par des visées essentiellement lucratives, il existe un potentiel indéniable de violences diverses qui ont des conséquences réelles sur leur santé physique, sexuelle et psychologique.

Ceci dit, bien que les conditions d'exercice varient selon le type de travail effectué et le lieu de pratique, il existe une abondance d'analyses qui illustrent comment l'organisation de l'industrie du sexe d'une part, et de notre société d'autre part, participent à l'émergence et au prolongement de conditions qui vont à l'encontre de la capacité des travailleuses du sexe d'assurer un exercice sécuritaire du métier et de protéger leur santé. Par exemple, le climat de compétition qui prévaut entre les travailleuses et le manque de solidarité qui peut en découler vont à l'encontre de la capacité de se créer des réseaux de soutien et de protection mutuelle ou encore de s'organiser pour réclamer des conditions d'exercice plus sécuritaires. De plus, les lois fédérales criminalisant le travail du sexe, ainsi que la mise en application de législations et de règlements aux niveaux provincial et municipal, constituent des déterminants majeurs de la sécurité et de la santé des travailleuses du sexe.

Nul doute, agir en amont, notamment pour transformer les rapports sociaux entre les sexes de même que le système économique néo-libéral, constitue une voie d'action indispensable pour diminuer la vulnérabilité des travailleuses du sexe face à la violence et aux problèmes de santé. Toutefois, dans la mesure où l'accessibilité à des services sociaux et à des services de santé constitue également un déterminant majeur de la santé, il nous importe ici d'attirer l'attention sur des réalités particulières qui demeurent peu documentées et connues comparativement aux analyses évoquées plus haut. En effet, nos observations au cours de la dernière décennie indiquent une méconnaissance générale de l'expérience vécue par les travailleuses du sexe, tant sur le plan de leur santé physique qu'en ce qui a trait à leur santé mentale, ce qui influence invariablement leur accès à des services sociaux et à des services de santé sensibles à leurs réalités et, par extension, à leur état de santé.

Ainsi, lorsqu'une femme signale qu'elle travaille dans l'industrie du sexe, il semble que l'attention des intervenantEs rencontréEs soit principalement portée sur les infections sexuellement transmissibles (IST) et les problèmes gynécologiques associés. Pourtant, d'autres aspects nécessiteraient tout autant d'attention. Les irritations vaginales dues à l'usage répété de condoms et les infections de la vessie sont monnaie courante parmi les travailleuses du sexe. Aussi, à l'image d'autres occupations comportant une station debout prolongée, des maux de dos, de jambes, de genoux et de pieds sont fréquents. Par ailleurs, le corps étant l'outil de travail premier, il n'est pas inhabituel que certaines aient recours à de multiples interventions chirurgicales, et ce de manière répétée, d'où l'importance d'effectuer un suivi adéquat. Enfin, il arrive que la quête de minceur implique des mesures de contrôle de l'appétit qui mènent à divers degrés de malnutrition.

En ce qui a trait à la santé mentale des travailleuses du sexe, plusieurs aspects mériteraient davantage de considération. L'action quotidienne auprès de ces femmes met en relief le stress quotidien qu'elles doivent gérer pour composer avec des clients aux demandes variées, la surveillance policière répressive et des conditions de travail difficiles comportant de longues heures d'attente, de la compétition et de l'isolement. Par ailleurs, le stigmate de la prostitution et l'exclusion sociale des travailleuses du sexe peuvent affecter l'estime de soi et alimenter un regard négatif des femmes sur elles-mêmes. À ceci s'ajoute le fardeau d'un sentiment récurrent de disjonction que plusieurs vivent par rapport à elles-mêmes afin de tenter de maintenir un certain équilibre : il n'est pas inhabituel qu'une travailleuse du sexe tente de garder une séparation entre sa vie privée et son travail pour ne pas perdre la garde de ses enfants ou son réseau social et familial ; pour d'autres, il est plutôt question de se couper de leurs émotions pour pouvoir faire face aux clients. Dans ce contexte, plusieurs ont alors le sentiment de mener une double vie, dans le mensonge, la peur et la culpabilité, avec peu ou pas de lieux communs pour se ressourcer. Les rapports amoureux constituent également une préoccupation importante. Certaines choisissent de ne pas dévoiler leurs sources de revenus auprès de leurs partenaires et s'enfoncent encore davantage dans le piège de la double vie et de l'isolement; tandis que d'autres optent pour la transparence, avec le risque que cela comporte de perdre un partenaire ou alors d'être confrontées à l'expression récurrente de sentiments d'ambivalence et de trahison qui peuvent se traduire par diverses formes de violence et de chantage émotif. Enfin, il arrive qu'il se crée une certaine dépendance à l'égard de l'expérience positive d'être désirée et adulée que peut procurer la pratique du travail du sexe : l'attention de l'autre devient en quelque sorte nécessaire à la confiance en soi, à la réalisation de l'estime de soi. S'ensuit alors une certaine difficulté à recadrer et à vivre des relations en dehors des paramètres du jeu de la séduction pour ne pas perdre le regard de l'autre.

En somme, la santé des travailleuses du sexe ne se résume pas qu'à une question de sécurité au travail, et encore moins qu'aux infections sexuellement transmissibles. Elle est également tributaire de leur accessibilité à des services sociaux et à des services de santé sensibles à leurs réalités. Ceci dit, nous tenons à souligner ici que cette accessibilité ne passe pas que par une réorganisation de services permettant de rejoindre davantage ces femmes, mais aussi par une transformation du regard à leur endroit : idéalement, un regard exempt de préjugés, mais surtout un regard qui se veut davantage informé par les réalités du travail du sexe afin qu'elles puissent bénéficier de relations d'aide et de services pour leur santé. Voyons-y !

Mutilations génitales féminines

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 30, Printemps 2003

Atelier présenté par Zeinabou Diakité,
Association malienne
Par Line Beaudoin,
Groupe Entre-Femmes de l' Outaouais

Au Mali, selon une étude menée par l'AMSOPT (Association malienne pour le suivi et l'orientation des pratiques traditionnelles), pour le compte du ministère de la Santé, les mutilations génitales sont pratiquées sur 94 % des filles âgées de 7 jours à 5 ans.

Le continent africain est reconnu comme étant le berceau de l'humanité où se côtoient des milliers de groupes ethniques aux croyances et coutumes diverses. Les pratiques traditionnelles telles que l'excision et l'infibulation sont majoritairement perpétuées en Afrique subsaharienne. Comme en témoignent les statistiques établies par l'Organisation mondiale de la santé, plus de 110 millions de femmes à travers le monde auraient vécu l'excision ou l'infibulation. Chaque année, deux millions de fillettes les subissent au nom des traditions, soit 6 000 fillettes par jour. (1).
Cette pratique reste l'une des violations les plus criantes en matière de violations des droits humains, sexuels et reproductifs. L'excision est un viol de la femme, de son intégrité physique et une forme de violence. La femme n'a pas de droits sur ses organes génitaux. Selon l'AMSOPT (Association malienne pour le suivi et l'orientation des pratiques traditionnelles), plusieurs facteurs expliquent la persistance de cette pratique :

  • la non-perception des MGF (mutilations génitales féminines) comme un problème de santé car même en cas de décès, la responsabilité est plutôt rejetée sur le " mauvais œil " qui désigne une tierce personne ;
  • l'influence profonde des préjugés bloque tout esprit critique et logique ;
  • la pratique relève d'une décision familiale et communautaire ;
  • l'utilisation du sang des excisées (arroser les idoles, arroser les champs pour favoriser une bonne récolte et préparer le poison le plus virulent pour l'élimination d'un ennemi en 24 heures).
  • La problématique des MGF est complexe car elle se heurte à une culture du silence (selon leur éducation, les femmes doivent se taire). On est ici dans le domaine du tabou et les femmes souffrent en silence. L'excision est vue (ce qui est complètement faux) comme une pratique facilitant la santé.
  • Être excisée, c'est s'exposer à des complications de santé du point de vue de la reproduction.

Il y a trois types d'excision :

  • Type 1 : on coupe le clitoris
  • Type 2 : on coupe le clitoris et la petite lèvre
  • Type 3 : on coupe le clitoris, la petite lèvre et la grande lèvre
  • Les effets de l'excision sont multiples :

    • Une hémorragie peut survenir après une semaine.
    • Les instruments utilisés sont non stérilisés, ce qui occasionne des infections.
    • La douleur est atroce car l'opération est faite sans anesthésie.
    • Il y a rétention urinaire.
    • Il peut y avoir perte de connaissance en conséquence de la douleur
      intense.
    • Il y a lésion de l'urètre.

    Les complications sont aussi multiples :

    • Séquelles psychologiques à moyen et à long terme.
    • Accouchement difficile.
    • Infection pelvienne chronique.
    • Hématocolpos (rétention du sang menstruel entraînant une distension de l'utérus).

    Perception des MGF au Mali :
    S'attaquer aux MGF signifie s'attaquer à une culture, à une tradition, à des populations, d'où toute la prudence qui doit être utilisée dans un travail sur le terrain par rapport à ces populations. Malgré tous ces constats, l'espoir est permis qu'un jour, l'excision puisse disparaître.

    « Il semble que la mutilation génitale, qui constituait à l'origine une marque de noblesse, est pratiquée depuis des millénaires. On a observé cette forme de mutilation sur certaines momies égyptiennes, ce qui explique probablement l'origine du terme " infibulation pharaonique ". De nos jours, elle demeure profondément ancrée dans la culture des personnes qui s'y livrent et est directement liée à leurs croyances concernant la santé des femmes, leur sexualité, l'honneur de la famille, l'esthétique et les conditions préalables au mariage (…) Les femmes n'ayant pas subi cette intervention sont considérées comme étant indignes de confiance sur le plan sexuel. Cette croyance est si fortement ancrée que nombre de femmes et leur famille craignent que leurs filles ne puissent trouver mari si elles n'ont pas subi cette intervention. En outre, la mutilation génitale tient lieu en quelque sorte d'assurance contre l'infidélité et le viol. D'énormes pressions sont exercées, souvent par les mères des jeunes filles et les aînées de la communauté, en faveur du maintien de cette pratique. On croit qu'il s'agit là de l'unique moyen de préserver l'honneur de la famille, la virginité de la fille et ses chances de se marier.»(2)

    Perspectives d'avenir :
    L'Association a créé un centre de formation et d'écoute spécialisée en pratiques traditionnelles néfastes pour la santé de la mère et de l'enfant et elle fait la promotion des femmes qui s'épanouissent.

    Activités réalisées et sensibilisation
    Il y a énormément de villages qui ont cessé l'excision. L'Association dirige les femmes vers des Centres de femmes, il y a alors prise en charge des victimes. Les radios des villages diffusent de l'information sur les effets néfastes de l'excision ; des documentaires et des vidéos sont présentés à la population.

    Problèmes rencontrés sur le terrain :

    • La discontinuité des services.
    • L'absence d'appui institutionnel.
    • La résistance : quand les personnes-ressources approchent les femmes du village, les gens sont réticents, ils leur jettent des cailloux, ils leur disent que l'excision, c'est une tradition.

    «Le continent africain est reconnu comme étant le berceau de l'humanité où se côtoient des milliers de groupes ethniques aux croyances et coutumes diverses. Les pratiques traditionnelles telles que l'excision et l'infibulation sont majoritairement perpétuées en Afrique subsaharienne. Comme en témoignent les statistiques établies par l'Organisation mondiale de la santé plus de 110 millions de femmes à travers le monde auraient vécu l'excision ou l'infibulation. Chaque année, deux millions de fillettes les subissent au nom des traditions, soit 6 000 fillettes par jour.»(3)

    J'ai rencontré une représentante de Santé Canada qui m'a dit qu'il y avait une enquête présentement à Montréal car l'excision se fait ici même si cette torture n'est pas dans nos mœurs et coutumes.

    Cadre juridique et politiques actuelles au Canada :
    " Comme dans bien d'autres pays, la mutilation des organes génitaux féminins est illégale au Canada. Elle représente une menace à court terme et à long terme pour la santé des femmes et les personnes qui se livrent à cette forme de mutilation et celles qui les aident peuvent être accusées de voies de fait graves et d'autres infractions criminelles. De plus, la menace de subir une mutilation génitale peut justifier l'obtention du statut de réfugiée au Canada. Certaines lois provinciales de protection de l'enfance s'appliquent lorsqu'il y a risque que les jeunes filles subissent un mutilation génitale. "(4)

    " Même s'il n'existe aucune information statistique sur la prévalence ou l'incidence de l'excision et de l'infibulation au Canada, l'expérience en Europe (France, Belgique, etc.) démontre que les ressortissants des pays où prévalent ces pratiques sont susceptibles de les perpétuer dans le pays d'accueil. Certains groupes de femmes et des intervenants de la santé se doutent que plusieurs immigrant(e)s font exciser leurs fillettes, soit au Canada, soit en retournant temporairement dans leur pays d'origine. En effet, un nombre grandissant de fillettes vivant des problèmes de santé reliés à ces pratiques se présentent aux services de santé canadiens. "(5)

    Je remercie sincèrement les responsables du Réseau car j'ai pu m'enrichir et comprendre que nous sommes toutes différentes (mentalités, mœurs et coutumes, outils) et à la fois, que nous nous ressemblons - car nous voulons toutes que les injustices cessent et que nous puissions avoir une certaine qualité de vie.
    ____________________________

    (1)Les pratiques traditionnelles affectant la santé physique et mentale des femmes : l'excision et l'infibulation, situation actuelle et perspectives d'avenir. Centre de recherche et de formation, CLSC Côte-des-Neiges, numéro 9, Montréal, juillet 2002, p. 1.

    (2) La mutilations des organes génitaux et les soins de santé, situation actuelle et cadre juridique, recommandations visant à améliorer les soins aux femmes mutilées. Groupe de travail interministériel fédéral sur la mutilation génitale des femmes. Santé Canada. Automne 2000, p. 3

    (3)Les pratiques traditionnelles affectant la santé physique et mentale des femmes : l'excision et l'infibulation, situation actuelle et perspectives d'avenir. Centre de recherche et de formation CLSC Côte-des-Neiges, numéro 9, Montréal, juillet 2002, p. 1.

    (4)La mutilations des organes génitaux et les soins de santé, situation actuelle et cadre juridique, recommandations visant à améliorer les soins aux femmes mutilées. Groupe de travail interministériel fédéral sur la mutilation génitale des femmes. Santé Canada. Automne 2000, p. 10

    (5)Les pratiques traditionnelles affectant la santé physique et mentale des femmes : l'excision et l'infibulation, situation actuelle et perspectives d'avenir. Centre de recherche et de formation CLSC Côte-des-Neiges, numéro 9, Montréal, juillet 2002, p. 1.

Prévenir ou guérir ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 30, Printemps 2003

Des groupes pour la santé des femmes critiquent vertement les essais de chimioprévention pour le cancer du sein faisant partie d'une série de médicaments à risque. L'adage mieux vaut prévenir que guérir n'est plus au goût du jour puisque prévenir certaines maladies peut aussi en faire surgir d'autres. C'est ce qui ressort d'une étude sonnant l'alarme contre la course aux pilules miracles préventives qui nuisent à notre santé.

Tendance alarmante dans l'utilisation de pilules préventives
Selon Sharon Batt, auteure de La prévention de la maladie : les médicaments sont-ils la solution ?, étude menée par Action pour la protection de la santé des femmes en collaboration avec DES Action Canada(1) , il est urgent qu'en matière de santé, le gouvernement reconnaisse les dangers de la chimioprévention (utilisation de médicaments à titre préventif). La professeure Batt, titulaire de la chaire Élizabeth May au département des études sur la santé des femmes et l'environnement de l'Université Dalhousie, mentionne deux exemples de médicaments préventifs prescrits à des femmes et causant des maladies graves. Le premier est le composé hormonal œstrogène/progestine qui augmente les risques de cardiopathie et de cancer du sein. Commercialisé depuis plus de 20 ans auprès de femmes d'âge moyen pour prévenir les maladies liées au vieillissement, il se classe parmi les trois premiers médicaments les plus prescrits au Canada et aux USA. Le deuxième médicament pointé du doigt est le tamoxifène, prescrit dans la prévention du cancer du sein. S'il réduit le taux de risque de cette maladie, il favorise aussi la coagulation sanguine (caillots), le cancer de l'endomètre et la formation de cataractes. Dans cette étude, Sharon Batt cite le bioéthicien Charles Weijer qui définit quatre critères devant prévaloir lors d'essais cliniques pour un médicament préventif sur une personne en santé :

1. Le médicament devrait être relativement sûr et ne présenter aucun effet secondaire mettant la vie en danger.
2. Les sujets devraient être recrutés au sein d'une population manifestement exposée au risque de la maladie, et non être choisis en fonction de conditions démographiques superficielles, comme par exemple être une femme âgée de 61 ans.
3. Les facteurs de risque de la maladie devraient être connus, de manière à éviter que le médicament ne fasse plus de tort au grand nombre que de bien à une minorité.
4. Le médicament devrait être testé pour son action centrale. Par exemple, un médicament testé pour prévenir les maladies cardiaques peut présenter d'autres effets, tel celui de rendre la peau très douce. Ce type d'effet doit être considéré comme non pertinent lors de l'évaluation du produit.

Et Weijer de conclure : " Les recherches portant sur l'utilisation préventive du tamoxifène ne satisfont à aucun des quatre critères ".(2)

Pharmacothérapie vs santé publique
L'espérance de vie en Amérique du Nord a augmenté de 30 ans au cours du 20e siècle, continue Sharon Batt, dont 25 sont attribuables à la santé publique, stratégie qui consiste à cerner, éliminer les causes de la maladie par des initiatives telles que la sécurité des conditions de travail, le port de la ceinture dans les autos, une meilleure alimentation des mères et des nourrissons, etc. Mais l'innovation risquée qu'est la chimioprévention va à l'encontre de la santé publique qui, elle, privilégie l'identification à la source d'un état pathologique. Face à l'engouement pour la " pilule miracle " préventive, plusieurs groupes de citoyens et de nombreux scientifiques s'appuient sur le principe de précaution mettant l'emphase sur la nécessité de mesures de précaution lorsqu'une activité peut mettre en danger la santé humaine ou l'environnement, même si la relation de cause à effet n'est pas encore prouvée scientifiquement. Le gouvernement fédéral a signé plusieurs traités internationaux endossant ce principe, mais permet aussi aux milieux industriels d'intervenir… et d'affaiblir la Loi canadienne sur la protection de l'environnement, par exemple. Santé Canada se positionne plus comme partenaire de l'industrie plutôt que de rester une agence indépendante veillant à protéger la santé publique et environnementale, déplore l'auteure de l'étude.

La gestion des risques : prévention et santé comme monnaie d'échange ?
Au lieu d'analyser et de débattre des stratégies visant à éliminer certains agents de maladie (eau contaminée, air pollué, radiations, risques chimiques, etc.), Santé Canada opte pour " un modèle de gestion des risques ", critique Sharon Batt. En termes de santé publique, un produit jugé dangereux pour la santé ne doit pas se trouver sur le marché, mais en termes de gestion des risques, prévenir des maladies par une méthode risquée pour la santé est acceptable car les risques sont " compensés " par les nombreux avantages économiques que génère l'industrie pharmaceutique (création d'emplois et profits).
Dans le cas de la chimioprévention, le marché ne se restreint plus aux personnes déjà atteintes, mais touche aussi les personnes en santé et à risque.

Si le principe de précaution préconise la mise en garde de certains produits dont la toxicité n'a pas été prouvée scientifiquement, la notion de gestion des risques s'appuie sur le principe ALARA (acronyme de " as low as reasonably available ") voulant que les expositions humaines soient maintenues au niveau le plus bas qu'il est raisonnablement possible d'atteindre, en tenant compte des facteurs socioéconomiques. Les risques et bénéfices pour la santé sont donc sur le même registre que risques et bénéfices financiers. Pour Sharon Batt, la logique de gestion des risques est simple : les quantités mesurables de substances perturbatrices sont considérées sans danger tant que les études épidémiologiques ne révèlent pas encore d'effets observables sur la santé. Autrement dit, l'absence de preuves prouve qu'il y a absence d'effets secondaires ou de conséquences néfastes. Logique contre laquelle s'élève fortement Sharon Batt.
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1) Pour mieux connaître Action pour la protection de la santé des femmes ainsi que l'intégralité de cette étude, consultez le site Web: http://www.whp-apsf.ca.

(2)WEIJER, C., " Our Bodies, Our Science ", The Sciences, mai/juin 1995, p. 43

Flore Saget
RQASF

Violences faites aux femmes au Burkina Faso

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 30, Printemps 2003

Atelier donné par Clémentine Ouoba,
Réseau de communication, d'information et de formation des femmes dans les ONG au Burkina Faso

La conférencière à cet atelier était Clémentine Ouoba du Réseau de communication, d'information et de formation des femmes dans les ONG au Burkina Faso. Cet organisme mène des études sur les violences faites aux jeunes filles et aux femmes et met en œuvre des actions de concertation et des stratégies d'élimination de toutes les formes de violence faites aux femmes. Il produit des outils éducatifs de communication et de sensibilisation en utilisant l'audio-visuel et le théâtre forum et produit des émissions radio et télé intitulées " Paroles de femmes " diffusées dans les provinces du pays.

Clémentine Ouoba nous a parlé de diverses formes de violence envers les femmes dans son pays, le Burkina Faso, et de stratégies d'action mises en place pour contrer ces violences et améliorer les conditions de vie des femmes. J'ai choisi de vous parler de deux problématiques : les violences sexuelles subies par des jeunes filles en milieu scolaire et la pratique des mariages forcés.

Le Burkina Faso
Le Burkina Faso est un pays d'Afrique de l'Ouest d'un peu plus de 12 millions d'habitants. Il est entouré du Bénin, de la Côte d'Ivoire, du Ghana, du Mali, du Niger et du Togo. Il a acquis son indépendance de la France en 1960. Le Burkina Faso compte parmi les pays les plus pauvres de la planète. Ce pays doit composer avec une forte densité de population, peu de ressources naturelles et un sol fragile. Environ 90 % de la population pratique l'agriculture et, dans la plupart des cas, il s'agit d'une agriculture de subsistance. Les récoltes sont menacées par des sécheresses récurrentes et la dégradation des sols.

Les violences sexuelles subies par des jeunes filles en milieu scolaire
Il existe dans les écoles un problème important de harcèlement et d'abus sexuels perpétrés par des enseignants sur des jeunes filles de leur classe aux derniers niveaux du primaire et au secondaire. Des jeunes filles de 12 ans et plus sont touchées par cette forme de violence. De façon générale, ce problème est occulté et il est difficile pour les jeunes filles d'obtenir de l'aide. Plusieurs d'entre elles se retrouvent dans une position vulnérable lorsqu'elles débutent l'école ; elles quittent leur famille, arrivent en ville pour la première fois et sont parfois même hébergées chez leur tuteur.

Les enseignants impliqués se défendent soit en blâmant l'élève pour l'avoir provoqué, soit en clamant qu'il n'y a rien de mal à " tomber en amour " avec son élève. Il existe une complicité entre les enseignants impliqués qui se protègent mutuellement et rejettent le blâme sur les jeunes filles. Dans ce contexte, plusieurs jeunes filles subissent viols, harcèlement et grossesses non désirées chaque année. Les violences sexuelles en milieu scolaire perturbent leurs études et l'ensemble de leur vie.

Au Burkina Faso, le taux d'alphabétisation des femmes est faible (9,2 % chez les femmes comparé à 29,5 % chez les hommes). Les violences sexuelles en milieu scolaire constituent un obstacle supplémentaire à l'accès à l'éducation pour les femmes de ce pays. Au cours d'une recherche-action sur cette problématique de violence sexuelle dans les écoles, le Réseau de communication, d'information et de formation des femmes dans les ONG au Burkina Faso a dégagé des stratégies d'action visant à sensibiliser le grand public et les établissements secondaires à la problématique et à mettre en place des infrastructures pour dénoncer et punir les coupables.

Les mariages forcés
Dans la société burkinabée, les traditions ont encore une place prépondérante. La femme idéale est soumise et a plusieurs enfants. Toute sa vie, elle est sous tutelle des mâles ; de sa famille d'origine, puis de sa famille par alliance. Elle est considérée comme un bien appartenant à l'homme.

L'individu appartient à trois sociétés différentes : l'ethnie, la nation et la religion. Trois types de mariage sont célébrés au Burkina Faso : le mariage civil moderne (existant depuis août 1990), le mariage religieux (chrétien et musulman) et le mariage traditionnel ou coutumier.
Le mariage coutumier implique l'établissement d'un contrat entre deux lignages. Ce contrat l'emporte souvent sur le consentement des individus. L'aîné ou le chef de famille détient le droit de donner une fille en mariage et la femme est un objet d'échange entre clans. Elle est donnée au plus offrant, à un mari qu'elle n'a pas choisi ou même qu'elle ne connaît pas. On dit que les mariages ne sont pas " forcés ", ils seraient plutôt " arrangés ". On explique que les mariages " arrangés " contribuent à maintenir de bonnes relations entre les familles.

Selon les traditions, trouver un conjoint à son enfant est un devoir social pour chaque parent. De même, les difficultés économiques actuelles et la faiblesse du pouvoir d'achat des populations mènent des parents à marier leur fille de force. De plus, l'histoire politique traditionnelle regorge d'exemples de filles offertes par un chef à son homologue sous prétexte d'établir la paix ou de forger des alliances politiques. Le phénomène des mariages forcés est fortement ancré dans les mentalités, surtout dans le milieu rural.

Pour le Réseau de communication, d'information et de formation des femmes dans les ONG au Burkina Faso, il ne fait aucun doute que les mariages forcés sont une forme de violence faite aux femmes. Enrayer les mariages forcés demande la conjugaison des efforts de l'ensemble de la société. Il faut agir à plusieurs niveaux à la fois puisque le mariage forcé prend racine dans la culture, l'économie et la politique.

Isabelle Pepin
RQSAF

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 31, Automne 2003

Le mensonge des compagnies pharmaceutiques

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Les médicaments coûtent cher, très cher. Tellement que les gouvernements
doivent constamment augmenter la part du budget qui leur est consacrée. « Le coût des médicaments est l’élément le plus inflationniste du système de santé québécois avec une hausse des coûts de 19,3 % par année », mentionnait la Coalition Solidarité Santé dans sa demande d’enquête publique sur les pratiques commerciales douteuses de l’industrie pharmaceutique au Québec, déposée en
mai 2003 (1). Deux raisons expliquent cette ascension des coûts. D’une part,
les nouveaux médicaments, des versions « améliorées » des anciens, se
vendent plus cher. D’autre part, il se vend davantage de médicaments.

Comment ?
Les compagnies pharmaceutiques justifient les coûts de leurs médicaments
par les sommes colossales qu’elles doivent investir en recherche et développement. Mais cet argument est de plus en plus dénoncé par les groupes
de défense des consommateurs. Selon une étude de l’Université du Québec à Montréal, les montants alloués à la recherche sont moindres que ceux destinés à la publicité et au marketing. Sur dix ans, neuf des principales multinationales oeuvrant dans l’industrie pharmaceutique brevetée avaient investi 316 milliards $ US en frais de marketing et d’administration, contre 113 milliards $ US en recherche et développement (2).

De plus, des observateurs (3) dénoncent le fait que les nouvelles molécules
apportent peu ou pas d’amélioration par rapport à l’ancienne version du médicament qu’elles sont supposées remplacer.Les molécules sont légèrement améliorées,
elles sont vendues sous un autre nom et leur prix est revu à la hausse. « Entre
1991 et 1995, 92 % des médicaments mis en marché étaient reconnus comme des médicaments qui n’améliorent pas substantiellement la thérapie », rapportait la Coalition canadienne pour la santé dans une étude publiée en 1996. De plus, les fabricants de médicaments n’ont pas à « prouver qu’un nouveau médicament est supérieur aux médicaments déjà disponibles pour obtenir la permission de le mettre en marché au Canada »,a dénoncé l’Action pour la protection de la santé des femmes (APSF). Selon le Patented Medicine Review Board, cité par l’APSF, seulement 8,7 % de 577 nouveaux médicaments étudiés représentaient de réelles avancées thérapeutiques.

Des méthodes détournées
Les médecins sont informés des « améliorations» apportées au médicament grâce à des programmes de promotion, allant de la distribution de médicaments gratuits à des séminaires de formation dont les coûts sont entièrement assumés par les compagnies pharmaceutiques. Les études qu’ils peuvent consulter sur les médicaments sont presque toujours financées par les fabricants.

Par ailleurs, le Collège des médecins a donné son aval à la formation continue des
médecins par les compagnies pharmaceutiques. Une tolérance dénoncée par la Coalition Solidarité Santé en juin dernier. En mai, cette Coalition composée d’organisations syndicales et communautaires a déposé une demande d’enquête publique sur les pratiques commerciales de l’industrie pharmaceutique.

Bien qu’aucune enquête n’ait été annoncée, le gouvernement actuel a toutefois promis de tenir une rencontre tripartite– réunissant des représentants du
Conseil de la pharmacologie, de la Régie de l’assurance-maladie et du ministère de la Santé – afin de discuter du coût croissant des médicaments.
Pour faire la promotion de leurs nouveautés,les compagnies pharmaceutiques ne
peuvent pas se limiter à la publicité. La loi canadienne leur interdit en effet d’annoncer un médicament d’ordonnance en spécifiant à la fois son nom et son usage. Les manufacturiers doivent donc jouer d’ingéniosité pour faire connaître leurs produits auprès des pharmaciens et des médecins.

Au Québec, on soupçonne les fabricants de médicaments génériques de dépenser
annuellement 500 millions de dollars en rabais, primes, ristournes, cadeaux ou promotions de toutes sortes auprès des pharmaciens seulement (4). Annuellement, les compagnies dépensent l’équivalent de 20 000 $ par médecin, pour la promotion et le marketing de médicaments. Ces stratégies sont illégales. La Régie de l’assurance-maladie du Québec enquête sur cette situation.

Des publicités à la limite de la légalité
Bien qu’interdites au Canada, les publicités sur les médicaments d’ordonnance existent. En 2000, la compagnie Wyeth réussissait un exploit : deux messages présentés à tour de rôle, (l’un présentant le nom du médicament,l’autre son utilité) étaient diffusés. Le Conseil des normes canadiennes de la publicité s’est penché sur ce cas pour finalement demander à Wyeth de diffuser ses publicités en laissant
une période de temps entre les deux messages d'une durée « au moins égale à la
période de diffusion du premier message»(5).
Le Conseil avait en effet conclu que si les deux messages étaient présentés par un
annonceur en même temps ou dans un court laps de temps, ils créaient un message unique. Ces publicités présentaient le contraceptif oral Alesse. D’autres publicités pour ce médicament ont également été vues dans le réseau de transport en commun de Montréal.

Dans une étude sur la publicité directe aux consommateurs, l’Action pour la
protection de la santé des femmes dénonçait le laxisme de Santé Canada « qui ferme les yeux sur les publicités illégales »(6). Un autre exemple : en 1999, une publicité sur le contraceptif Diane-35 circulait à Montréal. Pourtant, ce produit n’avait été approuvé au Canada que pour le traitement de l’acné sévère.
Barbara Mintzes et Rosanna Baraldi,
Action pour la protection de la santé des femme
_________________________________

1. Demande d’enquête publique sur les pratiques commerciales douteuses de l’industrie
pharmaceutique au Québec, mai 2003
2. Analyse socio-économique de l’industrie pharmaceutique brevetée (1991-2000), Chaire socioéconomique
de l’Université du Québec à Montréal
3. Le Devoir, Le déclin de l’empire pharmaceutique, 18 août 2003

4. The Gazette, Drug perks cost us, 2003
5. Infopresse, Un go pour Alesse, 22 juin 2000
6. La publicité directe aux consommateurs des médicaments d’ordonnance : quand la protection de la santé n’est plus une priorité.Barbara Mintzes et Rosanna Baraldi, Action pour la protection de la santé des femmes.

Isabelle Bérubé

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 31, Automne 2003

Discours ambiant et ménopause : deux langages, un conflit

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 31, Automne 2003

Plus encore que la ménopause ellemême, le conflit toujours actuel entre la médecine officielle (MO) et les médecines alternatives (MA), manifeste dans leur représentation respective, est peut-être une pire menace pour la santé des femmes en cette période cruciale de leur vie. Un conflit qui commence déjà dans
le langage : ce que les professionnèles 1 des MA nomment « manifestations » est appelé « symptômes » en MO. Les solutions ? Le premier camp préconise une approche holistique et un traitement au « naturel ». Le deuxième camp, lui, mise sur l’hormonothérapie substitutive (HTS) qui comporte ses bienfaits mais aussi
ses effets secondaires, lesquels suscitent de nombreux débats.

Langage publicitaire
La publicité est « l’art d’exercer une action psychologique sur le public à des fins commerciales ». Par ailleurs, il peut s’avérer difficile de savoir si l’objectif du discours émis est commercial ou non. Ceci étant dit, tentons dans les deux camps un survol du discours ayant pour objet la ménopause et ses
traitements.à

Médecine officielle
Assurée par les compagnies pharmaceutiques,l’HTS jouit d’une énorme popularité. Celle-ci commence dans le cabinet des médecins. Ainsi, au premier signe annonçant la ménopause – et combien de fois titre préventif ? – une femme se verra conseiller l’hormonothérapie. Mais avant même de consulter, peut-être aura-t-elle lu un dépliant dans la salle d’attente : L’hormonothérapie est-elle pour vous ? Souffrez-vous d’ostéoporose ? À moins qu’elle ait regardé l’émission Découvertes, diffusée à Radio- Canada, où l’on présentait en novembre 2002, un reportage intitulé Hormones et prévention, après la ménopause. Celui-ci, il faut
dire, laissait peu de doutes quant aux effets bénéfiques des hormones.

Médecines alternatives
En publicité, les MA font appel à des concepts puisés aux médecines ancestrales
(ayurvéda, médecine chinoise) ou plus récentes (homéopathie) et considérées comme plus harmonieuses. Elles tentent de promouvoir une approche globale et d’inculquer l’idée que la ménopause n’est pas une maladie, que les femmes doivent se prendre en charge. Comme dans tout autre domaine cependant, certains propos soulèvent des questions. Faisant référence aux merveilles
du corps humain à chaque étape de la vie par opposition à l’HTS, une conférencière s’exclamait : « Le Créateur se serait trompé sur ce point ? ». « Mais alors, ai-je demandé, si le corps est conçu en conséquence, pourquoi a t-il tant besoin d’une crème progestative naturelle? », produit qu’elle vantait. « Pour aider la nature » a t-elle répondu. Comment comprendre ce discours ? Dans le magazine Vitalité Québec (septembre 2003), un texte publicitaire se lit comme suit : « Remplacez la thérapie hormonale cancéreuse par la thérapie sécuritaire de Ménopaix ». Opération marketing ou vérité ?

Conflit de pouvoir
Ce ne sont là que quelques exemples. Ilssuffisent toutefois à identifier un conflit de pouvoir entre médecine officielle et médecines alternatives. Conflit qui s’exprime dans le langage, subtil ou explicite, utilisé par chacun des camps pour promouvoir un produit, une vision, une mentalité. Une fois ce produit consommé, adopté, il devient indispensable (ou au contraire, son inefficacité force les expérimentations parfois tâtonneuses,la recherche d’autres produits…) et
finalement rentable. Mais rentable pour qui ?

On reproche beaucoup à la médecine officielle ses pratiques surinterventionnistes,
son rapport étroit avec les compagnies pharmaceutiques et, en conséquence, la
propagande dont elle jouit. Son objectivité est souvent mise en doute. Or, si on se
penche sur la publicité consacrée aux médicaments d’ordonnance (ici HTS), il
m’apparaît nécessaire d’effectuer le même travail de débusquage, d’analyse, d’information et d’intervention en ce qui concerne les traitements publicisés par les MA. Là aussi, nous devons vérifier si le mercantilisme ne prévaut pas sur l’objectif santé et si les femmes, au lieu d’être informées, ne sont pas victimes de « désinformation ». Un simple survol pose, en tout cas, le problème : la santé au féminin représente t-elle une mine d’or autant pour le vaste univers des médecines douces que pour les compagnies pharmaceutiques alliées, elles, à la médecine officielle ? La ménopause, une entreprise commerciale pour les deux camps ? Qu’en est-il des premières concernées, les femmes ?

Impact du conflit
Les femmes sont bombardées de messages contradictoires. Ceux-ci proviennent de partout : pub accrocheuse, théorie d’une chercheure, conseils d’une naturopathe ou d’un médecin, vision d’une conférencière, d’une sage amérindienne, d’une pharmacienne et, enfin, tout ce que l’on véhicule dans les
médias. Une question hante les femmes : dois-je ou non prendre des hormones ?

Aucune femme, il me semble, ne veut se soumettre à une médication qui augmenterait les risques de développer des maladies. Cependant, que faire si, pour diverses raisons et après des tentatives sérieuses, le traitement nature n’agit pas tel que promis ou souhaité ? Comment se prendre en main au coeur d’une crise physique et/ou psychologique ou quand on souffre depuis des mois, des années ? À qui se confier dans une culture où s’opposent les spécialistes de la
santé, où l’on dépense des milliards en publicité pour envahir notre quotidien ? Des femmes vivent cette situation. Chez beaucoup d’entre elles, le doute et l’insécurité planent. Le processus de décision s’avère pénible, l’anxiété et le stress augmentent, les symptômes s’aggravent. Un cercle vicieux. et si les deux camps avaient raison ? Si le « retour d’âge », en ce 21e siècle si troublé (et
si troublant), était invivable pour certaines d’entre nous ? Parce que trop violent, trop subit ? Si prendre des hormones de synthèse offrait un répit, un temps de réflexion conduisant à la solution alternative ? Si se prendre en main, c’était accepter, temporairement, de faire appel à la MO avec ses lacunes mais aussi son désir de soulager, de soutenir dans une période parfois insoutenable ? Des témoignages, peut-être aussi notre propre expérience, nous forcent parfois à remettre en question certaines idées préconçues. Quand une femme en périménopause dit : « je me sens malade » ou « je suis malade », il faut l’entendre pour connaître la souffrance contenue dans cette phrase vieille comme le monde. Épuisée, elle souhaite un soulagement à court terme et n’ignore pas que ça existe. Qui va l’aider ?

Une analyse appropriée
Toutes les guerres font des victimes. Celle qui nous préoccupe ici ne fait pas exception. D’autant plus qu’elle touche une part importante de la population féminine. Dans un tel contexte, et afin de mieux saisir l’impact de ce conflit sur la santé des femmes, tout le discours publicitaire ou plus largement le DISCOURS AMBIANT qui traite de ménopause devra faire l’objet d’une analyse et d’une critique approfondies. Autrement dit, il importe que les deux « camps » soient scrutés à la loupe. Ceci dans le but de mieux informer les femmes et de les aider à traverser cette époque charnière de leur vie.

Marie-Denyse Leblanc

Famille et consommation chronique de psychotropes par les femmes âgées en perte d’autonomie

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 31, Automne 2003

Famille et consommation chronique de psychotropes par les femmes âgées en perte d’autonomie est une étude menée de 1999 à 2002 par Guilhème Pérodeau, de l’Université du Québec en Outaouais, Isabelle Paradis, de l’Université
du Québec à Hull, Johanne Collin, de l’Université de Montréal, le Groupe de
recherche sur les aspects sociaux de la santé et de la prévention (GRASP) et Francine Ducharme, de l’Université de Montréal et de l’Institut de gériatrie de Montréal.

Les études démontrent que les femmes âgées sont de grandes consommatrices de psychotropes. Pour Guilhème Pérodeau, qui travaille sur le lien entre les psychotropes et les personnes âgées depuis 1986, l’influence familiale sur la consommation
a été peu explorée. D’où l’intérêt de cette recherche. Des entrevues ont été menées auprès de 21 femmes âgées de plus de 60 ans, consommatrices
de psychotropes de façon régulière sur une période de six mois, exclusivement
pour l’anxiété, l’insomnie ou les sentiments dépressifs. Ces personnes sont en
perte d’autonomie et bénéficient de services de maintien à domicile des CLSC de Hull et de Gatineau. Dans une entrevue séparée, 14 des aidantes principales de ces femmes âgées ont également été rencontrées. L’aidante, membre de la famille proche, généralement une femme, est choisie par la femme âgée.

À partir des 14 dyades aidées-aidantes, découlent quatre types d’interactions :

1) « C’est une béquille pour elle et ce n’est pas mon problème. » Les aidantes décrivent ainsi la consommation : « Moi, je dis que c’est une habitude […] C’est une béquille pour elle. » […] « Moi, dans ma tête,
c’est psychologique. » Elles se questionnent sur le bien-fondé de la prise du psychotrope et suspectent une dépendance physique et psychologique de l’aidée à la substance. Toutefois, elles n’interviennent pas et adoptent une attitude de « laisser faire ». Quant aux femmes âgées au sein de ce groupe,
elles justifient leur consommation en disant : « C’est pour dormir. ». Elles semblent ainsi vouloir démontrer qu’elles ont le contrôle de leur consommation. Dans une perspective d’intervention systémique, il serait possible ici de les sensibiliser aux risques de la consommation à long terme et de les impliquer
dans une démarche visant à diminuer, voire arrêter la consommation de la personne aidée. Mieux vaut d’abord intervenir auprès de l’aidante avant d’en parler à l’aidée, cette dernière ne voyant pas de problème à consommer des médicaments.

2) « Cela la soulage et cela ne m’inquiète pas car c’est contrôlé. »

Certaines aidantes perçoivent le psychotrope comme un moyen parmi d’autres pour que la femme âgée se sente bien : « S’il y a une pilule qui peut arriver
à soulager dans le moment, pourquoi pas ? ». Elles perçoivent positivement cette consommation à condition que celle-ci soit contrôlée. Ici, la dynamique familiale est décrite de façon positive, tant de la part de l’aidante que de la femme âgée, et le soutien apporté est de type émotionnel. La femme âgée verbalise alors ses émotions et comble son besoin de réconfort par la présence de la famille et non par le psychotrope (qu’elle perçoit aussi comme un moyen
parmi d’autres). Sur le plan de l’intervention, l’ouverture est de mise,tant de la part des femmes âgées que des aidantes, à l’utilisation d’autres moyens que la
prise de psychotropes. Il s’agit de suggérer des alternatives pour remplacer, voire diminuer la consommation.

3) « C’est vital pour elle, cela m’aide. »
D’autre part, certaines aidantes envisagent le psychotrope comme un instrument de contrôle de soi : « Elle en a besoin. Alors ce n’est pas compliqué, elle en a besoin, alors qu’elle le prenne, qu’elle se calme parce qu’il n’y a pas d’autres choses à faire... Non… » « […] elle en a absolument besoin. […] Puis nous ça ne serait pas vivable si elle ne les avait pas parce qu’elle n’aurait pas de contrôle du tout. » Les aidantes sont débordées, elles jugent leur rôle exigeant et perçoivent la prise de psychotropes par la femme âgée comme étant un besoin vital dans le maintien d’un minimum de contrôle de soi. Les symptômes de cette dernière ? Solitude, problèmes psychosociaux, anxiété face à la maladie et à un éventuel placement dans un foyer d’accueil. Ce groupe de femmes âgées est plutôt vulnérable. Ces femmes ne souffrent en aucun cas de problèmes psychiatriques. Elles considèrent l’utilisation du psychotrope
comme une nécessité. Le soutien émotionnel étant limité ou absent, le psychotrope devient une béquille tant pour la femme âgée que pour l’aidante. Dans une optique d’intervention systémique, il semble primordial d’apporter une aide soutenue à l’aidante (et l’aider à définir ses limites), encline à maintenir le statu quo.
4) « Je ne consomme pas, quel psychotrope!»
Ici, le psychotrope est un sujet tabou dont on ne parle pas. Si soutien instrumental il y a (aider à faire les courses, le ménage, etc.), le soutien émotif (prendre du temps pour dialoguer, échanger avec l’autre), est quasi inexistant. L’influence familiale sur la consommation de psychotropes est donc très restreinte. Dans ce contexte qui évacue l’émotif de toute discussion potentielle, quel rôle est alors donné au psychotrope? Étant donné le peu d’interaction au sein de cette famille, une intervention uniquement auprès de la consommatrice est à privilégier.

Ces résultats, bien qu’exploratoires, pavent la voie à des approches systémiques auprès de personnes âgées consommatrices et de leurs familles.

Du même élan, Guilhème Pérodeau, professeur titulaire de psychologie au département de psycho-éducation de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), se lance dans une recherche qualitative qui portera sur les facteurs de motivation et d’attitude associés au maintien de la consommation à long terme d’anxiolytiques sédatifs hypnotiques en observant l’interaction entre le réseau
formel et informel de la personne (famille et professionnels de la santé).
Flore Saget
RQASF

Le sida chez les femmes : un besoin urgent d’information !

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 31, Automne 2003

Lors de son identification, il y a un peu plus de vingt ans, le sida était directement associé aux hommes homosexuels ainsi qu’aux personnes qui se droguent par intraveineuses. Les programmes de prévention et de recherche se sont donc entièrement concentrés sur ces groupes à risque. Toutefois, depuis quelques années,les données épidémiologique témoignent d’une augmentation du nombre de contaminations chez les personnes hétérosexuelles. Une réalité qui touche prioritairement les femmes.

Effectivement, les relations hétérosexuelles sont le principal facteur de risque d’infection chez les femmes qui sont physiologiquement plus vulnérables que les
hommes. Cette vulnérabilité physiologique des femmes face au sida est
largement accentuée par l’inégalité des statuts, la précarité et la dépendance socio-économique de celles-ci. De plus, le manque d’estime de soi, la peur d’être abandonnées et les situations de violence physique et morale font que certaines
femmes n’osent dire non à des relations non protégées.

Aujourd’hui, la proportion de femmes séropositives dans le monde atteint pratiquement celle des hommes et leur nombre s’accroît alors que pour les hommes, ce nombre tend à diminuer. En Afrique, le nombre de femmes séropositives excède celui des hommes. Au Canada, la proportion de femmes séropositives est deux fois plus élevée actuellement qu’entre les années 1985 et
1995. Autre fait alarmant : un fort pourcentage des femmes ayant découvert leur séropositivité sont parmi les 15-29 ans.

Jusqu’à maintenant, les actions préventives se sont plus particulièrement intéressées à la transmission mère-enfant plutôt qu’à la transmission directe aux femmes elles-mêmes. L’inaction des gouvernements, qui ne procèdent
pas à l’élaboration de campagnes de prévention et d’information axées sur la problématique des femmes, est préjudiciable. Un des principaux moyens de prévention est sans nul doute la promotion du préservatif féminin qui permettrait aux femmes d’être plus indépendantes face au choix d’avoir des rapports sexuels protégés ou non.

Les femmes séropositives présentent également plus de risques d’infections génitales récidivantes et compliquées à soigner. Les professionnels de la santé sont souvent très peu documentés sur ces faits. Ce qui rend, parfois, le suivi médical inadéquat. De plus, il importe de les sensibiliser aux conditions de vie de ces femmes séropositives, puisqu’une majorité d’entre elles cumulent les situations de vulnérabilité (précarité, violence, pauvreté, etc.).

En ce qui concerne les protocoles derecherche, les femmes ne sont guère mieux
représentées, pour ne pas dire carrément ignorées. Il y a un manque sérieux d’études sur les effets secondaires et les posologies propres aux femmes. Celles-ci ont parfois jusqu’à sept fois plus d’effets secondaires que les hommes pour les mêmes médications. De plus, l’interaction de ces différents médicaments
avec le cycle hormonal et les contraceptifs oraux, est également très mal connue.

Face à ces réalités, il devient de plus en plus évident et urgent que la sensibilisation et l’accès à une information adéquate se rapportant aux risques directement liés aux femmes soient donnés correctement et rapidement. Il
en va de la santé des femmes !

Sara Delisle

Le soulagement de la douleur : travailler coude à coude

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 31, Automne 2003

Bonjour, je suis la douleur. Mais vous savez pourtant que depuis que les hommes existent, j’accompagne chacun de leurs pas. Durant toute leur vie, inlassablement, je tourne autour d’eux, guettant chaque circonstance qui me permette de sortir de l’oubli pour sauter à leur gorge et pour meurtrir leurs chairs.

Je suis là, dès le premier souffle de la naissance, je reviens à l’occasion de chaque
maladie, je surgis à nouveau à chaque blessure et à l’heure ultime, celle de la mort,
c’est encore moi qui vient envahir les pensées et torturer les âmes 2. »

D’abord, un passage obligé
Précisons ce que nous entendons par le mot douleur : « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à un dommage tissulaire réel ou virtuel ou décrite en de tels termes (3). » On pense aux douleurs chroniques, aiguës, post-opératoires, cancéreuses et à celles de l’accouchement. Ce sont les cinq catégories auxquelles on se réfère généralement pour traiter des questions
relatives au phénomène de la douleur et à son soulagement. Et ces questions sont
fort nombreuses et fort diverses. Y travaillent donc coude à coude beaucoup de disciplines, des sciences de la santé aux sciences humaines et sociales.

La douleur… un problème ?
Nous savons et déplorons que seules 40 % des douleurs seraient adéquatement soulagées alors que différentes études démontrent qu’avec les données actuelles de la science médicale, elles peuvent être soulagées dans une proportion de 80 à
95 %… Voilà, très vite vue, l’ampleur du problème. Un écart d’environ 40 %. Est-ce
vraiment raisonnable ? Compréhensible ?Acceptable ?

Au nombre des victimes de ce problème, on retrouve le plus souvent des enfants, des femmes et des personnes âgées. Pour elles, la prise en compte de l’expérience de leur douleur est différente, étant donné qu’elles sont plus fragiles parce que souffrantes devant un système qui incarne des valeurs surtout masculines.

La douleur… dans la tête ?
Revenons à la définition : il est écrit que la douleur est avant tout une « expérience sensorielle et émotionnelle désagréable ». Sachant cela, il est plus délicat – peut-être ?– de maintenir un discours qui s’articule le plus souvent comme ceci :
« mais c’est dans votre tête, ma pauvre petite dame, vous devez être un peu fatiguée, un peu nerveuse ces temps-ci ? » et d’y aller d’une ordonnance de pilules pour les nerfs. Ou : quand dire « psychique » équivaut à ne rien faire…(4)

En outre, on parle beaucoup du phénomène de surmédicamentation des femmes mais parle-t-on de ce qui est prescrit précisément? Combien de femmes, en effet, reçoivent des anxiolytiques au lieu de recevoir des antalgiques ?

Les deux moments forts dans la prise en charge de la douleur sont : l’expression et
l’écoute de la plainte, d’une part, et son traitement, d’autre part.

L’expression et l’écoute de la plainte
Comment exprimer sa plainte de façon à ce qu’elle soit réellement entendue ? D’abord, il est toujours extrêmement difficile d’exprimer de manière intelligible sa douleur, de la décrire, de la verbaliser – ne se trouve-t-on pas toujours à court de mots pour exprimer une plainte ? On a déjà dit d’elle qu’elle est fugace, intérieure, qu’elle n’est guère mesurable, qu’elle se laisse rarement verbaliser avec précision.
Les malades et les soignants sont dans une situation où il est laborieux de communiquer, en tout cas par les voies classiques comme celle de l’échange verbal. En plus de la difficulté réelle d’entrer en relation dans un tel cadre, la difficulté de fournir de l’information au soignant est réelle. Les frontières entre le corps et l’esprit, entre les douleurs physiques et psychiques sont le plus
souvent brouillées.
Concrètement, voici quelques éléments qui pourraient faire partie d’une plainte concernant la douleur : sa localisation, son intensité (sur une échelle de 0 à 10, 10 représentant la pire douleur), sa fréquence, sa constance, sa durée, les facteurs qui la provoquent, qui l’aggravent ou qui contribuent à la soulager, l’efficacité de l’intervention thérapeutique, l’influence de cette douleur, sur le sommeil, sur l’humeur et sur l’activité, pour ne citer que ceux-là. Lors de votre prochain rendez-vous médical, le récit que vous ferez de ce que vous ressentez gagnera
à être plus précis.

Cette étape de la description est cruciale car elle est la condition préalable à la possibilité de recevoir un traitement adéquat. Sans la reconnaissance de la douleur, sans une juste évaluation de la douleur, sans une juste évaluation
de l’efficacité de l’intervention thérapeutique sur le soulagement de la douleur,
point de soulagement. La responsabilité d’être bien entendue appartient au malade,
bien sûr, mais également au professionnel qui l’écoute.

Malheureusement, il y a des formes d’écoute que nous ne pouvons imposer et sur lesquelles nous n’avons aucun pouvoir. C’est pourquoi nous insistons surtout sur la
manière dont on doit exprimer la plainte de façon à maximiser la probabilité d’être bien entendue. Ce pouvoir appartient au malade. Mais encore faut-il l’en informer et lui donner les outils pour exercer ce pouvoir. C’est l’habilitation du patient, l’empowerment. Du pouvoir, on en a d’autant plus besoin que l’on sait que les moyens d’évaluer la douleur sont mal connus des médecins et que, lorsqu’ils sont connus, ils sont sous-utilisés 5. C’est dire à quel point une collaboration très active de la part du malade est importante !

La sociologue, Isabelle Baszanger, qui a beaucoup étudié l’émergence de la médecine de la douleur et toutes les embûches que cette médecine-là a rencontrées sur sa route, insiste sur le fait que « le malade reste, à l’heure actuelle, dans une logique de démonstration et de conviction : il doit en effet démontrer et convaincre le médecin de l’existence de sa douleur (6). »

Quand on lit cela en ayant à l’esprit, en plus, tous les problèmes qu’engendre ce
qu’on a appelé de façon plus générale le phénomène de la « dévalorisation de la
plainte » du malade, la pauvreté du temps relationnel entre le malade, son entourage et les soignants, la déshumanisation des soins au fur et à mesure que la médecine se technicise, il y a sans doute de quoi s’inquiéter assez sérieusement du sort réservé à la plainte d’une femme concernant sa douleur à tous les âges de sa vie.

De l’autre côté du bureau se trouve quelqu’un qui écoute la plainte. Que pense-t-il
de la douleur ? Se sent-il compétent pour traiter cette douleur ? L’est-il à la fois pour les étapes de l’évaluation de la douleur et pour son traitement ? Sur la base de quelles croyances et de quelles connaissances va-t-il exercer son jugement clinique ? L’université lui a dispensé combien d’heures d’enseignement sur le soulagement de la douleur ? Croit-il, à l’instar de plusieurs de ses collègues
et de la population en général, que la morphine tue ou abrège la vie de façon
significative ? Croit-il qu’on peut en devenir dépendant ? Sait-il comment la doser ?

Sans le malade, impossible de soulager la douleur et d’évaluer, dans un deuxième
temps, la qualité du traitement qu’un professionnel de la santé a mis en place. Pour ajuster son intervention, le cas échéant. Le malade est un partenaire incontournable dans le cas spécifique du soulagement de la douleur.
Il est le seul à pouvoir la décrire : « Le problème de la douleur, c’est qu’elle est une
expérience. Elle est subjective, privée, plus ou moins unique et propre à l’individu7. » Et,l’International Association for the Study of Pain spécifie qu’elle est bel et bien « douleur » dès qu’elle est « décrite en de tels termes ».
Cela signifie, en clair, que même si le médecin ne la voit pas, sur une radiographie par exemple, elle existe quand même.

« La douleur est tout à la fois profondément universelle et strictement individuelle : universelle,parce que nul ne lui échappe et individuelle, parce que chacun ne la connaît qu’au travers de sa propre expérience 8. » Le médecin, s’il répond à l’obligation juridique et éthique d’intégrité envers son malade, doit le croire. Sans juger.

C’est ce qui fait notamment tout l’intérêt d’étudier ce champ : le triangle relationnel
patient – professionnel de la santé –membres de l’entourage est tellement fascinant. En effet, nous sommes forcément au carrefour de regards multiples, divers, le soulagement de la douleur nécessitant absolument une approche à la fois intégrée et interdisciplinaire.

Nous sommes de plus en plus nombreux à travailler d’arrache-pied au changement des attitudes et des comportements des personnes soignées, des membres de leur entourage et des personnes soignantes car ils ont des croyances et des résistances qui font obstacle à un meilleur soulagement de leur
douleur. L’immense travail de sensibilisation, d’information et de formation repose donc sur notre capacité d’agir, de façon pressante et continue, toutes et tous, c’est-à-dire Ensemble, contre la douleur !

Par Me Martyne-Isabel Forest
Avec la collaboration du professeur
Charles-Henri Rapin(1)
__________________________________

1. Me Martyne-Isabel Forest, avocate et LL.M.,Droit de la santé et des personnes. Droit gériatrique,psychiatrique et humanisation des soins. Médiatrice
accréditée en matières civile et commerciale (Québec). Membre fondatrice de l’Association internationale Ensemble contre la douleur. Membre fondatrice et
Co-responsable du Certificat de formation continue en éthique clinique, Université de Genève, Suisse.
Pr Charles-Henri Rapin, MD,Gériatrie et soins palliatifs. Douleur, maltraitance et
nutrition. Médecin-Chef, Hôpitaux universitaires de Genève (Suisse). Président-fondateur de l’Association internationale Ensemble contre la douleur

2. Geneviève LÉVY (Dir.publ.), La douleur. « Au-delà des maux », Paris, Éditions des archives contemporaines,1992, p. vii

3.L’International Association for the Study of Pain a proposé cette définition de la douleur et c’est elle sur laquelle s’appuie désormais l’ensemble de la communauté internationale. Notons que nous ne parlons pas de « souffrance », qui serait beaucoup plus englobante.

4. Douleur et médecine, la fin d’un oubli, Paris, Éditions du Seuil, 1995, p. 388. On verra aussi; M.-I. FOREST, « La douleur en psychiatrie du point de vue juridique. Propos critiques en forme de kaléidoscope. », (1997) 23 Cahiers
psychiatriques pp. 25-34
5 F. LARUE et al., « Comportements de médecins oncologues et généralistes envers la douleur et la prescription de la morphine en France », (1995) 76 Cancer
2375. Cette étude fait ressortir l’écart qui existe entre la perception du médecin et celle du malade concernant l’intensité et la fréquence de la douleur. Lequel des deux la sous-estime? Belle question s’il en est!
6. Douleur et médecine, la fin d’un oubli, Paris, Éditions du Seuil, 1995, p. 357 et suiv.
7. R. PORTER, Douleur et histoire en Occident. In : Geneviève LÉVY (Dir.publ.), La douleur. « Au-delà des maux », Paris, Éditions des archives contemporaines,
1992, p. 104
8. J.-P. NATALI, La douleur au-delà des paradoxes. In: Geneviève LÉVY (Dir.publ.), La douleur. « Au-delà des maux », Paris, Éditions des archives contemporaines,1992, p.3.

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 32, Hiver 2004

Santé reproductive et maternité : autonomie des femmes ou illusion du choix

Une version PDF de ce numéro aussi disponible

Elles étaient 127 participantes à se réunir autour d’une même préoccupation
: la véritable autonomie des femmes dans leur vie reproductive. Des infirmières, des travailleuses sociales, des médecins, des professeures, des étudiantes, des sages-femmes, des représentantes de comités femmes de syndicats, des intervenantes de groupes de femmes et quelques hommes ont fait ensemble le bilan des pas en avant et des reculs en santé reproductive. Deux jours de conférences et d’ateliers, de discussions et de désir d’agir collectivement ont resserré les liens et ravivé la flamme rebelle de ces femmes qui travaillent au quotidien sur des questions de périnatalité et de planning des naissances.

Les débats autour des obstacles sociaux au libre choix, de la médicalisation
de la santé reproductive, de l’accès aux services de planning des naissances
et à l’éducation sexuelle, ont amené les participantes à conclure que les femmes ont la semblance d’un choix et non pas sa substance quand il s’agit de leur santé reproductive. Il est clair que même si nous avons des acquis législatifs, les acquis réels sont de plus en plus fragilisés. Les services de planning s’effritent et les budgets qui leurs sont affectés aussi. L’éducation sexuelle se limite à la mécanique et aux risques sans laisser de place aux sentiments amoureux. La grossesse, l’accouchement et la période postnatale, représentés dans une logique de risque, sont dorénavant cloisonnés dans l’univers médical et biotechnologique. La santé des femmes s’inscrit dans un courant néolibéral et représente une occasion d’affaire pour l’industrie pharmaceutique qui ne demande pas mieux que
de créer de nouvelles « maladies » ou « causes de maladies » pour justifier la
commercialisation de nouveaux médicaments. Nous faisons aussi face à une explosion de la manipulation du vivant qui, par les nouvelles technologies de la reproduction, nous amène à revoir le sens même de la maternité. La pression
sociale du désir d’enfant, qui rend difficile le choix de la non-maternité, vient d’ailleurs renforcer la raison d’être de ces nouvelles technologies.

À cette médicalisation qui s’évertue à nous présenter de multiples options, sous prétexte de nous offrir des choix pour prévenir et réduire des supposés « risques ou maladies », nous ne pouvons même plus dire non. Comment une femme
enceinte, qui est encouragée par son médecin à passer une panoplie de tests prénatals visant à déceler toute anomalie potentielle chez son bébé, peut-elle dire non ? Le mot choix se retrouve donc complètement dénué de sa force, de son sens réel.

Face à tous ces constats, les participantes au colloque sont éprises d’un profond désir de réagir et de dénoncer l’influence des grands pouvoirs médicaux, pharmaceutiques et biotechnologiques. Elles réclament l’accès aux services de santé reproductive, à de l’information complète et indépendante, à des services
de prévention, à l’éducation sexuelle, à des services de soutien suite aux fausses
couches, à des services prénatals et à des services de sages-femmes. Elles soulignent la nécessité de se pencher sur le sens de la maternité, de toutes les transitions de la vie allant de la puberté à la ménopause, du plaisir et de son envers, la violence, et du choix de la non-maternité. Elles souhaitent aussi réfléchir au pouvoir des femmes sur leur vie reproductive et à celui qui est exercé sur elles par le monde médical. Les nouvelles technologies nous amènent aussi à jeter un regard critique sur les choix individuels face aux enjeux collectifs et sur le désir de l’enfant parfait nous menant tout droit vers l’eugénisme. Tous ces enjeux doivent être portés sur la place publique, en plus d’être accompagnés d’un travail d’éducation populaire, en vue de transmettre à la population, de façon accessible, l’information touchant les droits en santé reproductive, la sexualité, le choix, ou non, de la maternité, l’omniprésence et l’influence des grands pouvoirs
médicaux et biotechnologiques sur la santé des femmes. Enfin, comme les gains des femmes en santé reproductive sont fragiles et que beaucoup reste encore à faire, la vigilance apparaît indispensable pour réagir avec force et garder un oeil ouvert sur les activités des compagnies pharmaceutiques et biotechnologiques.

En somme, le colloque a suscité une telle solidarité et une telle effervescence que les participantes ont insisté pour trouver des moyens concrets permettant de maintenir nos liens, au-delà du colloque, pour agir ensemble. C’est pourquoi une nouvelle coalition a vu le jour, quelques mois après le colloque, le 17 octobre 2003. C’est donc dans cet esprit qu’est né ce nouveau lieu de réflexion, d’échange et d’action qui, nous l’espérons, saura ébranler l’ordre, ou plutôt le désordre, des choses. Cette coalition qui compte déjà une cinquantaine de membres, groupes et individues, a pour mandat de soulever les grands enjeux collectifs et de dénoncer la commercialisation et la médicalisation de la sexualité et de la vie reproductive
sur la place publique et la scène politique. Dans les années à venir, elle s’est,
entre autres, donné pour priorité de faire la lumière sur les enjeux liés aux diagnostics prénatals, sur l’influence des compagnies pharmaceutiques, sur la nécessité d’encadrer les nouvelles technologies de reproduction au niveau provincial, sur les failles de l’éducation sexuelle en milieu scolaire et sur les problèmes d’accès aux services de santé reproductive. Bref, une
coalition enthousiasmante qui a beaucoup de pain sur la planche ! Vous pouvez,
vous aussi, en devenir membre en écrivant à mdavid@fqpn.qc.ca ou en appelant
au (514) 526-9283.

Pour ce numéro du Sans préjudice, nous avons cru bon d’offrir un portrait succinct, mais très révélateur, des réflexions et discussions qui ont marqué les deux journées de colloque organisé par la Fédération du
Québec pour le planning des naissances (FQPN). Les textes présentent les enjeux liés à la légitimité du non-désir d’enfant, à la surmédicalisation de la santé reproductive et à l’accès aux services de planning des naissances. Nous avons donc demandé à certaines conférencières de rédiger les articles qui suivent, à l’exception du texte d’Isabelle Brabant sur l’humanisation des naissances, qui reprend intégralement les propos de sa conférence. Vous pourrez également, si vous le désirez, vous plonger dans l’atmosphère de l’événement en lisant l’ensemble des textes de conférences et résumés d’ateliers dans les Actes du colloque Santé reproductive et maternité : autonomie des femmes ou illusion
du choix ? que vous retrouverez à l’adresse Internet suivante : http://bv.cdeacf.ca/
documents/INDEX2003-10-0003.html

Martine David, FQPN

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 32, Hiver 2004

L'humanisation de la naissance : en pas en avant, deux pas en arrière

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 32, Hiver 2004

C’est en vivant l’expérience de la médicalisation de la grossesse et de l’accouchement que des femmes se sont levées, dans les années 1970 et 1980 et ont lancé le mouvement d’humanisation de la naissance au Québec.

Même s’il s’agit d’un moment bien précis de l’existence, la naissance et tout le processus qui l’entoure offrent une métaphore de plusieurs autres événements de la vie en général : dans chaque petit morceau de l’expérience, on retrouve une
image de son ensemble. L’accouchement représente un point tournant pour le bébé qui naît ainsi que pour la mère et le père. Bien que cet événement soit
porteur d’un bonheur certain, il est aussi synonyme de douleur, de souffrance, et parfois même de mort bien que, par chance, cette réalité se fasse de plus en plus rare. Or, nous vivons dans une société qui n’est pas à l’aise avec la maladie, la souffrance, la vieillesse, la mort et les transitions en général. Pourtant, une vie de femme, pour ne parler que de celle-là, n’est qu’une suite de transitions, que ce soit la puberté, l’adolescence, la grossesse, la maternité, la ménopause, le vieillissement… Nous aimons l’équilibre et la stabilité alors que la vie est faite de mouvements, de revirements, d’instabilité, de fluctuations. La médicalisation de la maternité a ceci de fascinant qu’elle s’intéresse énormément au bébé comme
objet de sa sollicitude, et assez peu à la mère. Pendant la grossesse et l’accouchement, tous les spécialistes n’en ont que pour le foetus : la mère n’est que le contenant imparfait de ce bébé jusqu’à ce qu’elle le mette au monde « de façon sécuritaire ». Mais dès qu’elles retournent à la maison, les mères n’ont que très peu ou pas de soutien.

Dans les années 1970, bien qu’elle ait débuté avant cette décennie, la médicalisation était palpable et même tellement grossière que pour peu qu’on s’ouvrît les yeux, on ne pouvait la manquer. Les pieds dans les étriers, les salles d’accouchement aseptisées en étaient des exemples frappants. Or, au fil des années, elle a changé de forme pour devenir encore plus présente mais de façon
plus insidieuse, si bien qu’elle est devenue souhaitable pour bien des femmes. La médicalisation a enfermé la grossesse, l’accouchement et le post-natal dans un univers médical à un point tel qu’il est difficile d’en parler ou d’envisager ses multiples dimensions autrement qu’en ces termes-là. La maternité a été confinée dans une logique de risque, un mot qui apparaît partout et à tout moment et qui sert à justifier une panoplie sans cesse grandissante de tests et d’interventions
toujours plus invasifs. Or, les plus grands risques que court un enfant à naître sont sans doute la pauvreté et la violence, bien plus que l’hypertension de sa mère. Les risques et les dangers ne sont pas tous là où la médicalisation nous les indique
et voudrait nous y restreindre.

Les médecins eux-mêmes ne se rendent souvent pas compte de l’emprise de la médicalisation sur leur discours. Maintenant qu’on doit reconnaître à l’allaitement sa nette supériorité à tous égards, l’argument de « la nature » est d’autant plus incongru dans leur bouche que les femmes ne l’ont jamais entendu de toute la grossesse. Alors que tout au long de la grossesse et pendant l’accouchement,
elle entoure les femmes de maintes technologies et de multiples tests sans jamais lui parler du naturel de la chose. La nature a tort tout au long du processus, seuls les technologies et nombreux tests peuvent assurer le bon déroulement des choses, mais après l’accouchement, la médicalisation donne
soudainement raison à la « nature ».

Parmi les nombreuses manifestations de la médicalisation autour de la naissance, deux exemples se démarquent par leur généralisation rapide et leur impact sur l’expérience de la maternité : le diagnostic prénatal et l’épidurale. La plupart des parents avouent ne pas être tout à fait prêts à avoir un enfant. Mais qui est prêt à avoir un enfant trisomique, autiste, leucémique, hyperactif ou encore un enfant brillant qui, à 15 ans, développera un sévère problème de toxicomanie ? Être parent est une entreprise risquée et offrir le diagnostic prénatal avec autant d’insistance, c’est se donner l’illusion qu’on peut se protéger des difficultés à venir, des hasards et des aléas de la vie, alors que l’important dans les mois qui précèdent la naissance consiste davantage à s’ouvrir à l’inconnu et à se préparer à ce qu’implique l’arrivée d’un enfant dans une vie. Il ne s’agit pas ici de juger de l’usage du diagnostic prénatal par les femmes, mais de son insertion systématique dans les soins prénatals, alors qu’il ne soigne rien, n’offre aucun traitement mais seulement l’interruption de la grossesse, c’est-à-dire, l’élimination
du bébé « à problème ».

Quant à l’épidurale, elle est maintenant proposée systématiquement aux femmes qui, dans bien des cas, acceptent la proposition avec soulagement. La chose est loin d’être étonnante quand on sait comment se déroule habituellement un accouchement dans un hôpital : chambre à l’ambiance froide, porte généralement grande ouverte, constantes allées et venues du personnel médical qui change tout au long de l’accouchement, beaucoup de technologies mais peu de soutien aux femmes, bref un contexte qui est loin d’être favorable au processus intime et
exigeant qui tente de s’y dérouler. Dans un tel environnement, l’épidurale devient salvatrice pour les femmes. Pourtant, beaucoup d’entre elles auraient aimé s’en passer, mais au moment d’accoucher, très peu réussissent à traverser cette épreuve sans recourir à une anesthésie, faute d’un contexte propice, de soutien suffisant et d’encouragements indéfectibles.

Dans le même ordre d’idées, on assiste à l’émergence d’un mouvement qui effraie
même les obstétriciens : la demande des femmes pour une césarienne d’emblée,
c’est-à-dire, choisie pendant la grossesse, en l’absence de toute raison médicale, à une date déterminée à l’avance. Il est incroyable que la césarienne ou l’épidurale soient devenues des options souhaitables pour les femmes, mais en réalité, ces choix sont tout à fait compréhensibles. Car c’est le « décourage » que l’on propose aux femmes lorsqu’elles accouchent plutôt que de les soutenir et de leur inspirer le courage dont elles sont capables et dont elles auront grandement besoin pour les mois ou, plus justement, pour les années suivant la naissance.
Certes, l’utilisation occasionnelle de la péridurale est tout à fait souhaitable, dans des situations où, sans elle, la douleur deviendrait destructrice. C’est son omniprésence qui pose un réel problème. Car il ne s’agit plus de son usage exceptionnel, mais d’un discours dominant qui dit : « Pourquoi avoir mal quand on peut accoucher sans douleur ? ». Cette supposée futilité du travail des femmes qui accouchent couplée avec l’accessibilité, que dire, le « marketing » de l’épidurale, et l’absence de soutien organisé enlèvent aux femmes le choix d’accoucher comme elles le désirent, parce qu’elles le rendent pratiquement impossible à réaliser.

La médicalisation sournoise mais bien présente soulève donc la question du choix ou de l’illusion du choix des femmes face à la maternité. Ce tableau est plus décourageant qu’encourageant malgré les nombreuses initiatives qui vont à contre-courant de cette médicalisation. On a besoin, toute la société a besoin, que la naissance soit une occasion de solidarité, de tendresse, de reconnaissance du courage et de la force des femmes. Nous devons travailler afin que les femmes qui souhaitent avoir des enfants puissent vivre la naissance et la maternité autrement.

Isabelle Brabant
Sage-femme

La néomédicalisation dans la vie reproductive des femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 32, Hiver 2004

Les militantes en faveur de la santé des femmes ont analysé et décrié depuis plusieurs décennies le processus de la médicalisation. Ce processus implique la perception et le traitement de phénomènes naturels ainsi que de problèmes socialement créés comme étant des maladies nécessitant une surveillance ou une intervention médicale. Les dangers que recèle ce processus ont été démontrés à plusieurs reprises.

En général, on médicalise davantage la vie des femmes que celle des hommes, surtout en ce qui a trait à la santé mentale et reproductive. La médicalisation d’événements et d’expériences tels que les menstruations, la grossesse et la ménopause a impliqué la proposition d’un diagnostic et l’offre, voire même l’imposition, d’une intervention chirurgicale ou biomédicale comme traitement.

La médicalisation n’est pas qu’un phénomène du passé. Dans sa forme actuelle, elle a pris d’autres tangentes : la création de maladies est devenue davantage l’apanage des compagnies pharmaceutiques que celui des médecins; ou encore, des phénomènes naturels de la vie sont représentés non plus seulement comme des maladies mais aussi comme des « causes » de maladies futures.

Ce nouveau visage se doit de porter un nouveau nom : la néomédicalisation. Ajouter le préfixe « néo » combine ce que l’on connaît déjà de la médicalisation aux forces économiques qui encouragent cette approche.

La néomédicalisation s’insère parfaitement dans le consumérisme néolibéral de l’Amérique du Nord et dans la perception de la maladie comme une « occasion d’affaires ». À titre d’exemple, cette nouvelle forme de médicalisation est présentée aux femmes comme des choix individuels avec options multiples. Ainsi, la néomédicalisation, tout comme le néolibéralisme, présente la santé comme un bien et une ressource nécessaires à la croissance économique sous prétexte
d’augmenter les choix des femmes (à travers la création de tests, d’examens de
dépistage, etc.). De même, en transformant les expériences de la vie en maladies, la néomédicalisation génère toute une industrie de « pilules pour prévenir ».

Pour mieux illustrer ce propos, pensons au phénomène de la ménopause. Dans les années 1950, sous l’égide de « l’ancienne » médicalisation, des hormones (oestrogènes +/- progestérone) étaient prescrites aux femmes pour traiter ce que l’on qualifiait de « désordre » (déficience hormonale) de la ménopause. Au fil des ans, on a continué de prescrire l’hormonothérapie de remplacement (HTR) pour cette « maladie ». Comme si ce n’était pas assez, on la recommande depuis quelques années pour « prévenir les maladies qui pourraient être causées par la ménopause » : maladies du coeur, ostéoporose, ou la maladie d’Alzheimer.

D’ailleurs, une des recommandations émises par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada en 1994 mentionnait que : « chaque femme post ménopausée devrait aussi recevoir l’hormonothérapie de remplacement » pour prévenir les maladies du coeur et l’ostéoporose.

Les choses ont pris un autre tournant le 17 juillet 2002, alors que le Journal of the American Medical Association (JAMA) publiait les premiers résultats d’une étude connue sous le nom de Women’s Health Initiative (WHI) qui démontrait que les femmes prenant l’hormonothérapie de remplacement à titre préventif encouraient
plus de risques que de bénéfices. Depuis, les femmes et leurs médecins ont été bombardés d’arguments déconstruisant les mythes de l’HTR.

Ainsi, les résultats de cette étude viennent mettre un terme à des traitements non justifiés mais très répandus chez les femmes de 50 ans et plus. Le fait que la ménopause ne soit plus largement déclarée comme un désordre physiologique en soi, constitue un certain progrès. Mais cette victoire peut être de courte durée. Comme les compagnies pharmaceutiques doivent satisfaire leurs actionnaires, elles s’affairent non seulement à trouver d’autres combinaisons hormonales et des façons pour les vendre, mais elles tournent aussi leur attention vers l’autre pierre angulaire du cycle menstruel des femmes : le début des menstruations. Les
menstruations faisant partie de l’expérience de l’ensemble des femmes, cela constitue ainsi une grande occasion d’affaires pour la néomédicalisation. Ainsi, de façon très opportuniste, le début des menstruations et leur fréquence, par la suite, sont dorénavant présentés comme des causes potentielles de maladies futures et constituent un point d’entrée de la gestion pharmaceutique.

Par exemple, certaines personnes suggèrent d’intervenir rapidement lorsque les menstruations débutent à un jeune âge, en argumentant que la manipulation hormonale chez les jeunes filles pour créer un état de « fausse grossesse » pourrait devenir une façon de réduire les risques potentiels de développement futur d’un cancer du sein. D’autres iront jusqu’à suggérer l’élimination complète des menstruations, une soi-disant « cause » de détresse chez les femmes ou encore de cancer éventuel. Soudainement, ou peut-être pas si soudainement, avoir ses
règles n’est plus considéré comme étant un phénomène naturel. Des pilules pour « régler » ce problème sont donc maintenant mises en marché. Alors que les pilules contraceptives (comme la Seasonale) ont été développées dans le but d’offrir un moyen de contraception à très faible dose, on en fait maintenant la promotion comme étant des pilules permettant aux femmes d’être « libérées » de leurs menstruations.

Pourtant, toutes les informations dont nous disposons nous indiquent que les femmes qui ont leur période sont en santé, tout comme elles sont en santé lorsqu’elles sont ménopausées ! Alors pourquoi offrir de « réparer » quelque chose qui n’est pas brisé ? Les cycles féminins ne sont ni un problème, ni une maladie, ni une cause de maladie, peu importent les profits que les compagnies pharmaceutiques pourraient en tirer.

Les bases commerciales de la néomédicalisation peuvent s’exprimer de bien des
façons. Le plus grand problème réside dans la création de fausses conditions permettant de trouver une autre raison d’être aux médicaments déjà disponibles sur le marché. Contrairement aux pratiques courantes qui amènent à développer un médicament pour une maladie spécifique, la situation de « cause à effet » est maintenant renversée. On développe dorénavant une «maladie » ou on détermine qu’un processus naturel est une maladie pour accroître le marché d’un médicament déjà disponible sur le marché ou pour le commercialiser sous un nouvel emballage. Dans les deux cas, cette façon de procéder assure une plus longue protection du brevet pour une compagnie. La recherche d’un marché féminin élargi pour le viagra – ou une composante similaire – et la création de ce qu’on a nommé le « désordre sexuel féminin » constitue un exemple récent de ce phénomène.

Soyons claires ! il existe des médicaments essentiels pour prévenir et guérir des maladies. Bien sûr, nous avons besoin de vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole. Nous avons aussi besoin de compagnies qui ajoutent de l’iode au sel que nous consommons, et la vitamine D au lait que nous buvons. Nous voulons également assurer la disponibilité d’héparine, un anticoagulant, pour les interventions chirurgicales où l’on doit prévenir la formation de caillots sanguins et le tamoxifen pour les femmes qui ont reçu un diagnostic clair de cancer du sein. Mais nous avons aussi besoin de porter une attention particulière aux déterminants de la santé pour s’assurer que les femmes puissent vivre dans des environnements
sains.

Ce dont nous n’avons pas besoin, ce sont des « pilules pour prévenir » qui peuvent
causer, et non pas nous protéger, des maladies. Nous n’avons pas non plus besoin de médicaments pour les cycles naturels de la vie, ni de politiques sociales qui créent des environnements non sécuritaires, l’insécurité alimentaire, la pénurie de logements, la pauvreté et d’autres conditions socioéconomiques
défavorables qui sont clairement la cause de maladies. De tous ces facteurs qui
affectent la santé des femmes, les médicaments ne sont CLAIREMENT PAS la réponse au problème ! En revanche, la néomédicalisation pourrait faire partie du problème.

Abby Lippman
Professeure à l’Université McGill
Traduction libre : Martine David, FQPN

Le planning des naissances en mal de planification stratégique !

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 32, Hiver 2004

En décembre dernier, la clinique de planning des naissances de l’hôpital Notre-Dame de Montréal fermait ses portes à la stupéfaction générale. Faute de besoins ? Sûrement pas ! La clinique pratiquait plus de 500 avortements par année et référait près de 3 500 femmes vers d’autres établissements. La raison invoquée fait mention du besoin de redressement des finances de l’hôpital Notre-Dame. Pourtant, le service de planning des naissances et le module ménopause, qui est lui aussi passé sous le couperet, représentaient une
part insignifiante de l’ensemble des dépenses du département de médecine générale. Par ailleurs, le fait que, depuis 2001, le gouvernement québécois ait investi 2,7 millions de dollars de plus chaque année pour la consolidation des services d’avortement, n’a pas empêché l’hôpital Notre-Dame de se désengager de l’offre de service. De plus, c’est la perte d’un symbole important et d’une expertise de plus de 30 ans que la fermeture de cette clinique représente, la clinique de Notre-Dame étant la toute première a avoir desservi les femmes de partout au Québec en matière de consultation planning et d’avortement.

Cette coupure de services démontre, encore une fois, la fragilité des services et le manque d’importance accordé au planning des naissances. Ce constat était, en fait, au coeur de la conférence de Nathalie Parent, qui portait sur l’accès aux services de planning des naissances au Québec. Ce portrait mitigé était tiré d’une recherche1 effectuée par la Fédération en 2001 sur l’état des services de planning des naissances dans le réseau public de la santé au Québec et sur la satisfaction
des femmes à leur égard.

Dans les années 1970, la planification des naissances était l’objet d’une politique gouvernementale et les services étaient développés et assurés grâce à des budgets protégés. En 1995, ce sont des Orientations ministérielles2 qui ont remplacé la politique et qui guident l’action gouvernementale en matière de planning. Les Orientations ministérielles ne sont assorties d’aucun budget,
mis à part quelque 390 000 $ pour réduire la grossesse à l’adolescence en milieux défavorisés et pour consolider les services d’avortement. Quatre ans après la publication des Orientations, moins de la moitié des régies régionales avaient élaboré leur plan d’action pour la mise en oeuvre des objectifs prévusdans ces dernières.

Depuis les années 1990, les multiples transformationset restrictions budgétaires subies par le réseau de la santé ont mené à la fermeture de certains hôpitaux et de leurs cliniques de planning. Dans les CLSC, les heures et le personnel voués aux services de planning sont diminués ou dilués au sein des services courants. Dans 91 % des 122 CLSC qui ont participé à la recherche de la FQPN, les services de planning des naissances sont réservés à la clientèle jeunesse,
laissant ainsi à elles-mêmes les femmes adultes qui font face aux questions concernant leur santé reproductive et sexuelle.

Ce sont principalement les infirmières qui dispensent les services de planning des naissances. Travaillant de façon isolée, sans ressources, sans les équipes multidisciplinaires composées de médecins, d’infirmières, de travailleuses sociales ou de sexologues pourtant prévues dans les Orientations ministérielles, ces infirmières maintiennent souvent les services à bout de bras. Le manque d’effectif médical rend l’offre de service souvent variable. « Le CLSC a cessé d’offrir la vasectomie en juillet 1998, à la suite du départ du médecin qui les pratiquait
», mentionnait une intervenante en CLSC. En région, les services d’avortement
dépendent souvent d’une seule personne et sont tout simplement interrompus lorsque cette dernière doit s’absenter ou partir en vacances. Les infirmières, c’est connu, sont débordées et nous disent elles-mêmes s’inquiéter de devoir axer leur intervention sur la composante clinique plutôt que sur la composante éducative.
Le manque de ressources pour la prévention la production de documentation ou
pour la formation continue des intervenants en planning a aussi de quoi préoccuper. La grande majorité des établissements n’ont plus de budget pour produire leur propre documentation ni pour offrir la formation continue à leur personnel. Dans ce contexte, ce sont les compagnies pharmaceutiques qui deviennent la principale source d’informationt de formation auprès du personnel
de la santé. Ces compagnies, on le sait, ne sont pas dépourvues d’intérêts et leur influence et omniprésence grandissantes dans le monde de la santé reproductive contribuent largement à la médicalisation de cet aspect de la santé qui est au coeur de la vie de toutes les femmes, tel que le démontre bien l’article d’Abby Lippman portant sur la néomédicalisation.

Pourtant, les femmes qui ont recours aux services de planning des naissances ne sont pas malades. Le mouvement pour la santé des femmes revendique depuis longtemps de sortir le planning des hôpitaux et de privilégier les CLSC qui, théoriquement, se devaient de favoriser une approche de promotion et de prévention de la santé, approche qui sied davantage à l’intervention en planning.
Or, la réorganisation du système de santé proposée par le gouvernement Charest
et les priorités du nouveau ministre de la Santé envers les personnes malades et
vulnérables laissent bien peu de place à la prévention et aux questions jugées non
urgentes telles que les services de planning des naissances.

Parallèlement, la réforme scolaire déjà amorcée vise l’abolition des cours de Formation personnelle et sociale au sein desquels quelques heures étaient consacrées à l’éducation sexuelle. Cette réforme propose plutôt d’aborder les questions d’éducation sexuelle de façon transversale, c’est-à-dire en parsemant ici et là des facettes de la sexualité au sein des cours de sciences, de biologie, de morale, de français ou de mathématiques et ce, par des enseignantes et enseignants qui n’ont jamais été formés pour ce faire. Ainsi, nous laissons les
médias, le Web et le cercle d’amis, avec tout ce que cela comporte comme pression sociale, se charger de l’éducation sexuelle. Pas surprenant que la sexualité des jeunes soit de plus en plus influencée et comparée à la pornographie et que la tendance lourde soit aux rapports sexuels dépourvus de sentiments amoureux.

Et après tout cela, on s’étonnera que les femmes, jeunes et moins jeunes, connaissent bien mal le fonctionnement de leur corps et de leur cycle menstruel, qu’elles vivent les différentes étapes de leur vie reproductive sous hormones, que ce soit pour la contraception ou pour repousser les effets de la ménopause, pour éviter d’avoir des menstruations ou pour stimuler leur ovulation, qu’elles prennent des antidépresseurs pour éviter le « nouveau » syndrome de désordre prémenstruel ou, bientôt, des timbres de testostérone pour augmenter leur appétit sexuel. Et on continuera à faire semblant d’être surpris du nombre d’avortements
au Québec, du taux relativement élevé de grossesses à l’adolescence et de la
recrudescence des infections transmises sexuellement !

Nathalie Parent
FQPN

Le refus de la maternité, un choix, un droit

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 32, Hiver 2004

Après plusieurs décennies de luttes féministes, les femmes ne sont plus confinées aux seuls rôles de mère et d’épouse. Désormais, elles peuvent exercer tous les métiers et professions et elles s’illustrent de plus en plus dans de nombreux champs d’activité. Mais une femme aura beau diriger une grande entreprise, être astronaute, architecte, présidente de son pays ou une artiste de réputation internationale, si elle n’a pas d’enfant, il lui manquera toujours quelque chose. Encore aujourd’hui, l’ultime accomplissement pour une femme réside dans la maternité.

Certes, les femmes ont gagné le droit de décider du nombre et du moment de
leurs maternités, mais contrairement à la croyance populaire, ce droit n’inclut pas celui de refuser la maternité. En effet, il y a une différence fondamentale entre le fait de décider d’avoir un enfant ou deux plutôt que cinq et celle de ne pas en avoir du tout. J’appellerais cette différence « notre marge de manoeuvre identitaire » car, faut-il le rappeler, un seul enfant suffit pour devenir une mère et donc être une vraie femme. Cette marge de manoeuvre n’est pas la même pour chacune d’entre nous et encore trop peu de femmes osent franchir cette ligne « d’identité » pour se définir et se réaliser en dehors des voies toutes tracées à l’avance par la maternité : le prix à payer pour une telle désobéissance peut être élevé.

En fait, peu de femmes échappent à la contrainte sociale à la maternité, c’est-à-dire cette obligation d’enfanter parce que femme, contrainte toujours présente mais qui s’exers’exerce aujourd’hui de façon plus subtile et plus sournoise qu’autrefois. Cette contrainte se camoufle derrière le « désir d’enfant » qui, curieusement, a fait son apparition au moment où les femmes pouvaient enfin exercer le contrôle de leur fécondité. À écouter les femmes, il serait impossible de résister à cet appel de notre ventre qui nous terrasse et nous assaille. Ce désir n’est pas questionnable car la décision d’avoir un enfant ne serait pas une affaire de tête mais de tripes, et les tripes, tout le monde le sait, cela ne se raisonne pas ! Dans ce contexte, peut-on véritablement parler de liberté de choix ?

Les femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants sont plus nombreuses qu’autrefois mais elles continuent d’être marginalisées, considérées comme suspectes, anormales et égoïstes. Des jeunes femmes qui avouent ne pas vouloir d’enfants disent subir beaucoup de pressions de la part de leur famille, de leur entourage et de leur milieu de travail. Et si la société occulte et réprouve ce choix,
le mouvement des femmes y accorde peu de place dans ses débats et la non-maternité volontaire est très peu étudiée par les chercheures féministes. Depuis 1988, une seule enquête aurait été réalisée au Québec sur cette question, Ces femmes qui n’en veulent pas (M. Carmel 1988).

Pourquoi ce silence ? Ou plutôt pourquoi continuer, individuellement et collectivement, de véhiculer ce mythe voulant que toute femme éprouve ce désir d’enfant et que chaque femme est destinée à être mère.

Pourquoi continuer d’induire les petites filles en erreur sur leur identité ? Pourquoi
faire semblant que la maternité convient à toutes les femmes alors que nous savons toutes que cela est faux. Pourquoi ne pas dire haut et fort qu’aucune femme n’est obligée de se reproduire ? Pourquoi les femmes continuent-elles, jour après jour, de dresser les enfantes à la maternité obligatoire ? Pourquoi le mouvement des femmes ne valorise-t-il pas la non-maternité volontaire comme un choix légitime et responsable ?

L’ampleur que prennent les cas d’enfants maltraités, abusés, négligés dans une société où chaque enfant est censé être désiré démontre, à l’évidence, que la capacité de se reproduire biologiquement ne va pas de pair avec la capacité parentale et que le désir d’enfant ne transforme pas automatiquement une femme en parente adéquate et aimante. Le désir d’enfant est un piège et il me semble que personne n’a le droit de jouer la vie d’un autre être humain à la roulette russe de ses fantasmes. Quand une femme exprime ses doutes, ses craintes et ses hésitations face à la maternité, il faudrait peut-être l’écouter plutôt que d’enterrer
son questionnement par un cliché du genre : « Tu verras, quand tu vas le tenir
dans tes bras, tout ira bien. C’est tellement merveilleux ! » Mythe et magie !

Il faut que le mythe soit puissant et la contrainte bien intériorisée pour que la majorité des femmes continuent de mettre des enfants au monde dans des conditions sociales et économiques de plus en plus difficiles, très souvent avec des hommes qui refusent d’assumer leurs responsabilités, parfois avec des hommes qui les violent et les méprisent, au détriment de leur santé et de leur sécurité, en tentant de réaliser l’impossible conciliation travail-famille. Les
hommes ne bronchent pas, ou si peu… Ils opposent une résistance silencieuse et farouche, espérant ainsi qu’épuisées, nous décidions de rentrer à la maison pour s’occuper des enfants… gratuitement ! Et ils sont en train de réussir car de plus en plus de femmes « choisissent » de réduire leurs heures de travail ou de quitter leur emploi, de prolonger leur congé de maternité, de renoncer à une promotion, décisions qui, soit dit en passant, améliorent grandement la qualité de vie des hommes. Habitués à notre grande générosité, à la gratuité de nos services, ils n’ont pas besoin de dépenser beaucoup d’argent, juste ce qu’il faut pour nous inciter à céder à ce fameux désir d’enfant ou à notre culpabilité, maux contre lesquels ils semblent immunisés !

Aucune femme n’échappe à la contrainte sociale à la maternité, y compris celles qui ont refusé d’enfanter. La société s’attend de toutes les femmes qu’elles se comportent en mères, en prenant soin des autres, parents, conjoints, ami-e-s malades, handicapé-es, etc. Le maintien et l’atteinte du déficit zéro seraient impossibles sans notre entraînement au dévouement et à l’oubli de soi, qualités toutes maternelles.

Récemment, nos dirigeants, l’ex-premier ministre Bouchard en tête, ont sonné l’alarme devant le taux de natalité qui a atteint un seuil critique, ne pouvant plus assurer le remplacement des générations. Dossier dans le quotidien La Presse, sondage d’opinion et colloque sur la question. Malheureusement pour eux, leurs bonnes vieilles solutions ne fonctionnent plus et les femmes ne retourneront
pas en arrière et n’accepteront pas de se sacrifier pour sauver la nation en péril. Et
si de plus en plus de femmes découvraient, comme les hommes longtemps avant elles, qu’il est possible de se réaliser, de s’accomplir pleinement en dehors de la maternité, si de plus en plus de femmes n’éprouvaient pas ce manque, ce trou, ce vide ? Dans ce contexte, on comprendra que le refus de la maternité ne fasse pas l'objet d'une vaste campagne publicitaire!!!

La véritable autonomie des femmes en matière de reproduction, la réelle liberté de
choix des femmes face à la maternité passent par la reconnaissance du droit des
femmes de refuser la maternité et de la légitimité de la non-maternité volontaire. Et
nous n’y parviendrons pas tant que nous n’accepterons pas de questionner la maternité en tant qu’institution, car elle est la pierre angulaire du patriarcat. Et ce n’est pas par hasard si le refus de la maternité, le non-désir d’enfant, la contrainte sociale à la maternité sont des sujets tabous. C’est de la véritable dynamite !!!

Louise Desmarais
Militante féministe

Louise Desmarais est militante féministe et auteure du livre, Mémoires d’une bataille inachevée. La lutte pour le droit à l’avortement au Québec (1970-1992). L’avortement, la santé des femmes, la maternité, la prostitution et l’histoire du mouvement féministe sont des questions qui l’intéressent particulièrement.

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 33, Automne 2004

Lorsqu'une légende rencontre la réalité...

Une version PDF de ce numéro est aussi disponible

Les cailloux font une bonne soupe, mais des carottes la rendraient tellement meilleure. " Cet extrait d'une vieille légende française, dont la trousse de formation tire son nom, représente bien la collaboration exceptionnelle de plusieurs organismes et personnes-ressources à travers le Québec à cet ouvrage collectif. L'une des villageoises offre le sel, l'autre un chou, et le résultat dépasse la somme des contributions. Épilogue : " Chacune contribua d'un ingrédient pour enrichir la soupe qui s'avéra de plus en plus consistante. " Ainsi a été conçue et cuisinée avec soin Notre soupe aux cailloux, une œuvre collective pour la santé des femmes au mitan de la vie.

La soupe est prête !
Le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF) coordonne depuis quelques années les travaux d'un comité provincial multidisciplinaire. Celui-ci poursuit les objectifs de démythifier la ménopause et de promouvoir une image positive de cette étape de la vie à travers l'échange et la diffusion de l'information entre les intervenantes. Dans ce contexte émerge alors une entreprise ambitieuse, originale et jalonnée de plusieurs phases qui permettront la mise à jour des connaissances pratiques acquises sur le terrain et des savoirs théoriques sur la ménopause. Le printemps 2004 sera témoin de l'aboutissement de ces importants travaux par le lancement officiel de la trousse de formation.

Au menu : un espace de réflexion sur la ménopause
Voilà ce que désire offrir avant tout la trousse de formation aux participantes et aux animatrices d'activités sur la ménopause. Conformément à l'approche féministe, les besoins des femmes et leurs vécus se trouvent au cœur de cet ouvrage qui prend en considération leurs différences et leurs spécificités. Le contenu et les outils privilégient une démarche préventive plutôt que curative et sont conçus dans le respect de l'autonomie des femmes et de leurs droits, de la connaissance qu'elles ont de leurs corps et de leurs conditions de vie.

Mijoter une autre approche de la santé des femmes
Le discours biomédical dominant, alimenté par l'industrie pharmaceutique, nous incite à considérer la ménopause comme une maladie. Les femmes ne posséderaient pas les ressources physiques et psychologiques pour faire face à la baisse d'hormones survenant à la ménopause. Elles n'auraient alors d'autre choix que de se soumettre à un traitement d'hormonothérapie substitutive. Cet interventionnisme médical s'applique également aux différents processus normaux de la vie des femmes : menstruations, grossesse et accouchement. Résultat : hyperspécialisation, surmédicalisation et infantilisation des femmes.

À l'opposé de ce discours, l'approche féministe en santé vise le respect du corps et de l'autonomie des femmes. La santé apparaît comme étant l'harmonie entre l'état intérieur (psychologique, intellectuel et émotif), l'état physique et l'environnement (social, économique et politique). Les préoccupations du RQASF quant à la ménopause se sont donc élargies à un ensemble de sujets touchant la santé globale des femmes au mitan de leur vie. Dans cette perspective, la médecine intégrée qui allie les meilleurs éléments de la médecine officielle aux traitements éprouvés des médecines alternatives et complémentaires constitue une démarche préventive qui répond davantage aux besoins des femmes tout en respectant leurs droits fondamentaux.

Les ingrédients : comprendre, organiser et passer à l'action
Ces trois verbes résument les trois chapitres de la trousse Notre soupe aux cailloux. " Comprendre les besoins des femmes " traite du mitan de la vie et des multiples maux associés à la ménopause. " Organiser des activités sur la ménopause " s'attarde aux défis rencontrés par les animatrices et les organismes qui offrent des activités sur la ménopause. Enfin, le dernier chapitre " Connaître et comprendre pour passer à l'action " rassemble des documents informatifs dans des fiches ou des cahiers. Quatre cahiers s'adressent aux intervenantes et réunissent des informations approfondies sur les thèmes suivants : l'alimentation, l'activité physique, les médecines alternatives et complémentaires, et l'hormonothérapie. Les quatorze fiches destinées aux participantes présentent l'essentiel d'un sujet comme l'ostéoporose, le sommeil et la fatigue, la détresse psychologique, le stress et la sexualité. En outre, elles suscitent la réflexion et suggèrent des pistes d'action.

Bref, la trousse propose un large éventail de textes et d'outils. Les intervenantes pourront les utiliser tels quels ou s'en inspirer pour bâtir sur mesure leurs activités sur la santé des femmes, particulièrement sur la ménopause.

Mettons-nous à table !
Le RQASF espère que cette trousse enrichira la réflexion collective sur les différents enjeux psychosociaux et politiques associés à la ménopause. Par cet ouvrage, il désire promouvoir une vision positive du mitan de la vie et mieux outiller les femmes en leur fournissant une information critique. Pour sa part, il entend déployer ses ressources pour poursuivre cette œuvre collective.

RQASF

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 33, Automne 2004

L'autosanté : se réapproprier son pouvoir

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 33, Automne 2004

L'approche féministe en santé s'appuie sur une vision globale qui tient compte de la situation physique, psychologique et environnementale d'une personne. De la même façon, une démarche en autosanté nécessite de s'interroger et de réfléchir sur ces divers aspects. Ainsi, les femmes qui choisissent une démarche d'autosanté travaillent à mieux se connaître et à comprendre les liens qui apparaissent entre leur état de santé et leurs conditions de vie. Par cette prise de conscience, elles en viennent à reconnaître leurs propres compétences, ce qui favorise leur autonomie et leur capacité de décision en matière de santé. En somme, ces femmes reprennent du pouvoir sur leur vie.
Pour entreprendre une démarche d'autosanté, il faut d'abord prendre le temps de faire le point sur différentes sphères de sa vie. Tracer le bilan de ses responsabilités, de ses activités de détente et de plaisir et de ses habitudes de vie, se questionner sur la satisfaction de ses relations avec les autres, préciser ses besoins en matière d'information et de services touchant aux multiples composantes de sa santé en sont quelques exemples. Dresser le bilan global de sa situation offre la possibilité de se réapproprier son histoire de vie et de brosser le portrait de ses besoins, de ses points faibles et de ses points forts et d'identifier les améliorations souhaitées. Étonnements, remises en question, tensions et confrontations peuvent survenir au cours de cette démarche. Par exemple, il n'est pas toujours facile de modifier des habitudes de vie bien ancrées. Certaines personnes proches pourraient ne pas apprécier les changements que nous désirerons apporter dans nos relations avec eux.
Prendre en charge sa santé ne suppose toutefois pas de rejeter tout recours à la médecine officielle, mais plutôt d'adopter une attitude critique en regard de l'autorité médicale. Poser des questions, par exemple, et exiger des réponses claires.

Reconnaître son expertise
Consciente de ses sentiments, de ses motivations et de ses capacités, chaque femme est mieux placée que quiconque pour évaluer ses forces et ses limites. Principale concernée par ses choix et ses actions, elle peut se considérer à juste titre comme l'experte de sa santé.
Attention toutefois de ne pas confondre autosanté et automédication. Cette dernière comporte des risques pour la santé, surtout lorsque l'on prend des médicaments prescrits. La trousse Notre soupe aux cailloux comporte une mise en garde à ce sujet : " Les produits de santé naturels, incluant les plantes médicinales, renferment des molécules biologiquement actives. Ils peuvent donc comporter certaines contre-indications, interagir avec les médicaments ou d'autres produits naturels, et même, occasionner des effets secondaires. Il est donc fortement recommandé de consulter le personnel professionnel familiarisé avec l'utilisation de ces produits. "

Les possibilités d'actions à entreprendre pour améliorer la prise en charge et l'état de sa santé sont nombreuses. On peut alléger ses responsabilités en demandant une meilleure répartition des tâches dans la famille, modifier son alimentation, commencer une activité physique, s'inscrire à un cours ou constituer son propre carnet de santé. Et, il n'est pas essentiel de travailler sur tous les aspects de sa vie à la fois. Un seul changement peut entraîner un effet domino dans plusieurs domaines. À titre d'exemple, la participation à un atelier de yoga, en plus de réduire le stress, améliorera possiblement la qualité du sommeil et offrira même la perspective de nouvelles amitiés.
Un suivi médical régulier donne également l'occasion de prendre en main sa santé. On peut en profiter pour revoir sa relation avec le ou la médecin. Certains critères sont susceptibles de nous guider dans le choix du personnel professionnel, comme une écoute satisfaisante, une approche respectueuse, une capacité à fournir des explications accessibles, une ouverture sur la possibilité de consulter son dossier médical. Si chaque femme doit assumer des responsabilités dans une relation médicale en fournissant, par exemple, toutes les informations pertinentes ou en posant des questions d'éclaircissement, elle peut tout autant y faire valoir ses droits comme celui d'accepter ou non un traitement ou de s'adresser à un autre praticien ou praticienne.

Préparer sa visite médicale permet également de jouer un rôle plus actif lors de la consultation. On peut notamment évaluer la rencontre précédente, préciser ses attentes ou noter les changements observés de certains symptômes. Une bonne communication se révèle essentielle pendant la consultation pour participer à la prise de décision. Il faut mettre en place toutes les conditions nécessaires pour obtenir des réponses à ses questions et ne pas hésiter à se fier à ses intuitions.
Revenir sur le contenu de la visite médicale et sur les indications recueillies, tout en cherchant des informations supplémentaires ou un deuxième avis en cas de nécessité peut s'avérer pertinent. En définitive, un tel parcours permet à chaque femme de se questionner sur sa perception du personnel professionnel de la santé, sur les rapports qu'elle entretient avec ces personnes et sur les impressions ressenties en leur présence.

Et si la ménopause était une occasion de prendre en main sa santé ?
Avec la médicalisation croissante des cycles naturels de la vie des femmes, les acquis transmis par des générations de femmes semblent s'égarer au profit du savoir médical. Dès lors, il n'est pas étonnant que certaines s'en remettent à la médecine officielle pour s'expliquer les symptômes qu'elles décèlent au mitan de leur existence. En raison de leur manque de connaissances sur les manifestations de la ménopause, plusieurs femmes acquièrent un sentiment d'incompétence et d'infériorité, les conduisant même à ne plus exprimer leurs besoins et leurs attentes. Les recommandations du personnel professionnel de la santé deviennent ipso facto incontournables, et les femmes, hésitant à demander des éclaircissements, en retirent l'impression de perdre le contrôle sur leur santé. Mais, comment se réapproprier ce savoir?

Définir ses besoins en information
Les femmes reçoivent beaucoup d'information sur la santé. Parfois même trop et trop souvent contradictoire. Cette surabondance d'informations peut alimenter un sentiment d'incompétence chez certaines. La multitude de sources d'information, les fréquentes contradictions et les remises en question des résultats de recherches entretiennent une confusion qui ébranle par instants la confiance des femmes dans leur capacité de comprendre l'information et de faire des choix judicieux.
En fait, l'information ne représente pas une fin en soi. Il s'agit d'un outil dont l'objectif consiste à alimenter la réflexion et à faciliter les décisions. Qui dit " information " dit aussi " besoin en information ". Et, les femmes ne sont-elles pas les mieux placées pour déterminer leurs besoins à ce chapitre, en se basant sur leur réalité, leurs préoccupations, leurs inquiétudes et leurs attentes ?

Faire le tri des informations constitue une étape importante dans une démarche d'autosanté visant la reprise de notre pouvoir. Après avoir déterminé la nature de l'information recherchée et l'avoir repérée, les femmes la confronteront afin d'en évaluer la valeur avant de l'intégrer à leur processus de réflexion et de décision. Des questions ponctuent ce processus : quelles valeurs et quels intérêts motivent la source d'information ? Quel type d'expérience possède la personne-ressource ? Cette personne est-elle accessible et ouverte aux questionnements ? Les données offertes sont-elles récentes, peut-on les comparer à d'autres sources ? Sans doute, cette vigilance devrait-elle se manifester encore davantage envers la prolifération de communiqués diffusés sur le réseau Internet sans aucune contrainte éditoriale.
Une attitude critique s'impose également en regard des nouvelles médicales qui suscitent la manchette des journaux. Trop souvent, les titres du jour contredisent ceux de la semaine précédente. Posons-nous alors ces questions. D'où vient cette nouvelle ? A-t-elle été corroborée par d'autres recherches ? Le financement de cette enquête provient-il d'une industrie ou d'une entreprise ? A-t-on appliqué une démarche scientifique rigoureuse lors des études cliniques ?

Tout au long de cet article, on insiste sur le fait que toutes les femmes peuvent agir sur elles-mêmes et sur leur environnement pour influencer leur état de santé et leur qualité de vie. Mais cet aspect de la démarche ne devrait pas exclure la dimension collective de l'autosanté. Défendre les intérêts des femmes en matière de santé et améliorer leurs conditions de vie s'avèrent des actions politiques nécessaires dans la mesure où les inégalités sociales engendrées par le néolibéralisme ambiant les affectent sur tous les plans. Aider les femmes à se réapproprier leur pouvoir, c'est aussi mettre en place les conditions propices pour leur permettre de le faire.

RQSAF
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Référence suggérée sur ce thème :

DORION, F. et al. (2002). Gestion autonome de la médication de l'âme : mon guide personnel. Montréal : Association des groupes d'intervention en défense de droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ), Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ), 84 p.

Le mitan de la vie et quelques mythes sur la ménopause

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 33, Automne 2004

On définit généralement le mitan de la vie comme une période de vingt-cinq ans se situant entre l'âge de 40 et 65 ans. Cette étape, ponctuée d'expériences parfois négatives et parfois positives, représente une occasion propice aux questionnements, à l'introspection et à la réévaluation de soi.
Des entrevues réalisées avec des groupes de femmes de 45 à 55 ans et avec des animatrices ont révélé la grande diversité des besoins des femmes à cette étape de leur vie ainsi que leurs réalités multiples. Valeurs, croyances, conditions de vie et expériences induisent des perceptions et des attitudes qui peuvent influencer le vécu de cette période. Des bouffées de chaleur à la crise identitaire, un très large éventail de situations se trouvent à la source des besoins exprimés.

Une période fertile en changements et en bouleversements
Comme pour l'enfance, l'adolescence, la jeunesse et la vieillesse, le mitan de la vie comporte de nombreux enjeux psychosociaux. La prise de conscience du temps qui passe, jumelée à celle des limites de son corps, peut engendrer un sentiment d'urgence. Urgence de réaliser ses projets ou ses rêves, de prendre soin de soi ou de sortir des rôles qui ne nous conviennent plus.

Des événements marquants peuvent aussi surgir à cette période et conduire à des remises en question ou à des réflexions sur le sens de sa vie. Départ des enfants, accident, maladie ou blessure personnelle, soutien à un parent malade ou en perte d'autonomie, décès d'un proche, mise à la retraite. Voilà des exemples de situations susceptibles d'apporter des modifications importantes dans l'existence des femmes et d'entraîner de profonds questionnements.

Autre enjeu, les conditions de vie parfois difficiles des femmes. Plusieurs études ont déjà démontré les liens existant entre le statut socioéconomique des personnes et leur état de santé. Or, les Québécoises sont en général plus pauvres que les hommes. Des difficultés socio-économiques particulières, tels des emplois moins bien rémunérés ou la diminution des bénéfices et des revenus en raison d'obligations familiales, contribuent souvent à maintenir les femmes de plus de 40 ans dans une position précaire. En outre, le désengagement de l'État dans les services sociaux et les services de santé affecte la réalité quotidienne de plusieurs femmes dans cette phase de leur vie. La société attend de celles-ci qu'elles prennent la relève du gouvernement en agissant à titre d'aidantes " naturelles " et bénévoles. Pour aider leurs proches dans le besoin, certaines puiseront dans leurs épargnes ou dans leur réserve de santé et d'énergie.

En somme, crise existentielle ou période de reconstruction de soi, le mitan de la vie peut représenter l'occasion d'effectuer un bilan, de prendre conscience de ses questionnements et de développer une nouvelle définition de soi.

La ménopause a le dos large !
En Amérique du Nord, la ménopause reste associée à une expérience pénible. Le discours médical officiel contribue à perpétuer cette vision négative en définissant la ménopause comme un dérèglement hormonal pouvant entraîner des problèmes de santé. Or, cette perception ne tient pas compte des divers événements marquants du mitan de la vie qui peuvent influencer l'intensité des malaises survenant à la ménopause.

La ménopause ne se trouve pas assimilée à cette expérience pénible dans tous les pays du monde. Par exemple, pour les Chinoises et les Indiennes, la fin des années fertiles signifie le couronnement d'un statut enviable, celui de la sagesse et de la maturité. De la même façon, dans certains pays africains et asiatiques, les femmes âgées sont respectées et considérées comme des sages. Pendant ce temps, en Occident, les pressions s'intensifient sur les femmes pour demeurer jeunes et belles.
Tandis que les expressions " retour d'âge " ou " âge critique " n'ont plus cours, de nombreux mythes entourant la ménopause persistent. Toujours envisagée comme une maladie dans certains milieux, la ménopause reste un synonyme de vieillesse bien que l'on puisse espérer vivre encore trente ans après son apparition. On lui attribue aussi à tort la fin de la sexualité, une baisse de productivité, des gains de poids et même des perturbations psychologiques. Même si certaines de ces idées ont tendance à disparaître, il importe de poursuivre un travail de sensibilisation pour que les femmes perçoivent l'arrivée de la ménopause comme un phénomène naturel et un acte de sagesse du corps.

RQASF

Limiter les effets néfastes du stress sur la santé

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 33, Automne 2004

Accélération du rythme cardiaque, indigestion, lassitude, anxiété, insomnie ou ulcères d'estomac, voilà autant de manifestations possibles de ce que l'on nomme le stress, phénomène généralement considéré comme négatif. Pourtant, le stress peut aussi être positif puisqu'il s'agit d'une réponse de notre corps pour résister ou s'adapter à une pression. C'est lorsque cet état de tension devient envahissant et qu'il dépasse les capacités de l'organisme à y faire face qu'il risque de causer des dommages à la santé.

Le stress et la ménopause
Un excès de stress cause l'épuisement des glandes surrénales dont la fonction principale consiste justement à aider l'organisme à réagir au stress, en plus de prendre la relève des ovaires dans la sécrétion d'œstrogènes pendant la ménopause. Des glandes surrénales en santé peuvent donc contribuer à la réduction de certaines manifestations désagréables liées à la ménopause. Apprendre à faire face au stress et adopter des habitudes de vie appropriées sont d'autant plus recommandés lors de cette période caractérisée par d'importants changements physiologiques.

Les milieux médicaux ont tendance à considérer la ménopause comme une défaillance ovarienne à l'origine de nombreuses maladies physiques ou psychologiques. Comment s'étonner alors que des femmes appréhendent cette étape et qu'elles éprouvent du mal à l'aborder de façon positive et détendue ? Pour plusieurs femmes, l'arrivée de la ménopause rime avec une période stressante.

Le mode de vie occidental impose aussi de fortes pressions sur le quotidien des femmes et représente à lui seul une grande source de stress en raison, notamment de la double journée de travail accomplie à un rythme effréné, du transport urbain difficile, de l'isolement, des conflits, etc. De plus, les conditions de vie et les divers événements du mitan de la vie génèrent un stress important qui influence davantage notre état de santé que la ménopause elle-même. Malgré ce constat, il est tout de même exigé des femmes qu'elles maintiennent le même niveau de performance lors de cette étape de leur vie, ce qui peut expliquer en partie la hausse de prise de tranquillisants en période de ménopause.

Prendre conscience de son niveau de stress
Un même événement ne provoque pas une réaction similaire de stress chez toutes les femmes. Les réponses de chacune dépendront d'un grand nombre de facteurs comme le tempérament, le vécu et la capacité d'adaptation. Néanmoins, un stress intense, subi de façon répétitive ou prolongée, causera un affaiblissement du système immunitaire et augmentera notre vulnérabilité physique et psychologique. Comment réagir à cette éventualité ? Pour améliorer notre bien-être quotidien, il s'avère bénéfique de prendre conscience de son niveau de stress et d'apprendre à mieux y faire face.

Certains indicateurs de stress sont si familiers qu'ils deviennent difficiles à détecter : tensions musculaires, insomnie ou colères peuvent faire partie de la routine. En revanche, lorsque la situation se détériore, les signes paraissent plus évidents. Chaque femme doit parvenir à identifier ses propres indicateurs de stress susceptibles de varier d'une personne à l'autre. De quoi est-il question ? D'abord de réactions physiques comme les maux de tête et la diarrhée, ou bien émotives comme l'impatience, l'agitation et l'irritabilité, ou encore psychologiques comme les pertes de mémoire et la difficulté à se concentrer. On parle également de perturbations dans les habitudes de vie telles que la diminution de l'appétit ou une plus grande consommation de caféine et d'alcool. Enfin, on invoque les signaux du stress se révélant dans des attitudes, comme le fait d'essayer de tout exécuter soi-même, de manquer d'humour ou de se fixer des buts irréalistes.

Au mitan de la vie, plusieurs événements peuvent contribuer au stress, tels l'arrivée imminente de la retraite, les changements liés au rôle social et aux responsabilités familiales et les préoccupations financières. Parfois, même des petits tracas quotidiens comme les embouteillages créent à la longue des tensions importantes et donnent l'impression de perdre le contrôle sur son existence. Par ailleurs, plusieurs des changements auxquels les femmes doivent s'adapter au mitan de leur vie n'ont rien à voir avec l'expérience de la ménopause bien qu'ils puissent survenir à ce moment. Ainsi, certaines circonstances viendront amplifier diverses manifestations désagréables de la ménopause. Prendre connaissance de l'effet de ces événements et des réactions qu'ils entraînent représente donc le premier pas pour réduire l'intensité du stress et, par conséquent, le risque d'apparition de problèmes de santé.

Les stratégies
Comment parvenir à faire face au stress et à réduire ses effets négatifs ? En fait, chaque personne, selon le contexte dans lequel elle se trouve, choisira sa stratégie : lâcher prise, éviter et fuir sont des réactions possibles face au stress. Adopter des attitudes préventives minimiseront ou élimineront l'impact dommageable du stress sur l'organisme.

Certaines attitudes amènent à la détente et procurent le sentiment de mieux contrôler sa vie : apprendre à exprimer ses besoins, à dire non, accomplir une chose à la fois et prendre le temps de rire dans sa journée pour garder une distance avec les événements. Adopter ces attitudes positives et réalistes aidera à aborder les circonstances stressantes de manière plus décontractée.

Des changements simples à mettre en œuvre peuvent également être profitables : planifier son emploi du temps de telle sorte qu'il tienne compte de la réalité, comme de ne tenir qu'un seul agenda et limiter les listes de choses à faire. L'apprentissage de la relaxation contribuera aussi à réduire son stress. Des méthodes favorisant le retour au calme intérieur, comme le yoga, les massages ou la méditation sont ici indiquées. La pratique d'une activité physique à raison de deux à trois fois par semaine procurera un état de relaxation puisqu'il est prouvé que l'exercice stimule la sécrétion d'hormones tranquillisantes, les endorphines, dans le cerveau. Finalement, modifier certains aspects de son alimentation, tel l'apport en vitamines du complexe B qui maintiennent les glandes surrénales en santé et explorer les médecines alternatives et complémentaires, telles la phytothérapie, l'homéopathie et l'acupuncture, sont autant de voies à explorer pour remédier au stress.

Gardons en tête que la notion de plaisir devrait être la trame de fond de toutes les stratégies que nous choisirons. Dès lors, le défi sera d'entreprendre des activités qui se transformeront en sources de contentement et de réconfort.

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Références suggérées sur ce thème :
SERVAN-SCHREIBER, D. (2003). Guérir le stress, l'anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse. Paris : Robert Laffont, 301 p. (Réponses).

WATERHOUSE, D. (2002). Au bout du rouleau ? : 8 stratégies pour aider les femmes à retrouver énergie et vitalité. (Montréal) : Éd. de L'Homme, 286 p

Où s'en va la prévention en santé publique ?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 33, Automne 2004

Les médicaments d'ordonnance, les vitamines, les analgésiques, et même les produits naturels peuvent entraîner des effets secondaires. Tous ces produits comportent des risques pour la santé qu'ils soient prescrits ou non. Nombre de médecins, de revues médicales, de thérapeutes des médecines alternatives et complémentaires, et de féministes travaillant au sein du mouvement pour la santé des femmes, s'inquiètent de la médicalisation croissante des étapes normales de la vie, de l'emprise de l'industrie pharmaceutique sur le système de santé et du silence complice des gouvernements. En décrivant la ménopause comme une " carence " ou un " dérèglement hormonal " à la source de nombreux troubles physiques et psychologiques, le discours biomédical entretient l'idée que cette étape représente en soi un problème de santé à soigner. Ce discours sème l'inquiétude auprès des femmes, en bonne majorité en santé, puisqu'il suppose que toutes vivront cette période de leur existence avec difficulté.

La médicalisation croissante
L'Enquête sociale et de santé 1998 (1) révèle une augmentation considérable de consommation de médicaments chez les personnes de 45 à 64 ans par rapport aux données de 1992 et 1993. Au premier rang, des consommatrices, car 63 % des femmes recourent à au moins un médicament, contre 43 % des hommes. On pourrait croire cet écart justifié par l'utilisation de médicaments conçus en particulier pour les femmes, tels les contraceptifs ou les hormones de remplacement. Faux : la consommation demeure plus grande chez les femmes, même pour des catégories de médicaments destinés aux deux sexes, comme les analgésiques, les remèdes pour le cœur ou la tension artérielle, les vitamines et les minéraux. Or, cette enquête soulève les dangers reliés à la prise régulière de plusieurs médicaments, comme certaines familles de tranquillisants dont l'usage prolongé comporte des risques de fractures de la hanche ou du fémur, de troubles de la mémoire, voire de démence.

Surconsommation ou surprescription ?
Les médicaments font partie de la vie de tous les jours et donnent souvent l'impression de régler tous les problèmes. Ils deviendront même l'objectif à atteindre lors d'une consultation médicale et le garant d'un meilleur contrôle sur sa santé. Mais, derrière cette tendance à la surconsommation de médicaments, se cache une autre réalité, celle de la surprescription. Dans leur recherche, intitulée On ne soigne pas les femmes comme les hommes (2), Sereni et Sereni démontrent que des médecins manquent d'objectivité au moment du diagnostic de la dépression. Ainsi, ils prescriront plus facilement des tranquillisants aux femmes qu'aux hommes présentant des symptômes pourtant identiques. En regard de ce phénomène de la surprescription, il apparaît important de se poser certaines questions. Avant de prescrire des médicaments, les médecins considèrent-ils le dossier de la patiente et ses antécédents ? Le produit a-t-il fait l'objet d'études indépendantes ? Son choix a-t-il été influencé davantage par la publicité ? Cette ordonnance est-elle le résultat d'une décision éclairée ? A-t-on pris en considération les effets secondaires du produit et ses interactions avec d'autres remèdes ? Diverses options, comme l'activité physique ou l'alimentation, ont-elles été envisagées ?

La médicalisation des cycles de la vie des femmes
Une des manifestations les plus éclatantes de l'essor de l'industrie pharmaceutique concerne la médicalisation des cycles naturels de la vie des femmes. Puberté, maternité, contraception, fécondité et ménopause se voient médicalisées et considérées comme des maladies depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette médicalisation influence la perception que les femmes entretiennent de leur corps et de leur santé. Qu'on leur prescrive des contraceptifs, des hormones destinées à neutraliser le syndrome prémenstruel, des hormones favorisant la procréation ou des thérapies hormonales à la ménopause, l'effet est le même. On renforce le discours sur la vulnérabilité des femmes tout en les maintenant dans un état de passivité et de dépendance par rapport au personnel professionnel de la santé. Les femmes risquent dans ces conditions de s'en remettre aux médicaments pour préserver leur santé, en plus de délaisser les fondements d'une bonne hygiène de vie comme une alimentation saine et la pratique régulière d'activités physiques.

Le gouvernement et l'industrie pharmaceutique
Deux acteurs jouent un rôle de premier plan dans l'amplification du phénomène de la médicalisation croissante : le gouvernement canadien et l'industrie pharmaceutique. Depuis maintenant une vingtaine d'années, le gouvernement applique une politique de déréglementation progressive en matière de contrôle de l'innocuité, de la qualité et de l'efficacité des aliments et des médicaments. Camouflant à peine ses objectifs budgétaires et ses intentions d'harmoniser la législation avec les règles du commerce international, l'État confie de plus en plus le mandat de protection de la population à l'industrie pharmaceutique.

Forte de ce mandat qui lui permet d'opérer au nom de la science et de la santé, l'industrie, pour sa part, multiplie ses investissements dans la promotion et la vente des médicaments. Du choix des sujets à la diffusion des résultats, les compagnies interviennent dans les diverses étapes des recherches. Elles recueillent dans les pharmacies et les hôpitaux les données nécessaires aux études de marché, et accentuent leur représentation auprès des médecins et leur publicité directe ou indirecte à l'égard du public.

Principales utilisatrices des services de santé, les femmes s'inquiètent à juste titre de cette situation. Pour des motifs de rentabilité et de sécurité, les médicaments sont testés surtout sur des hommes même lorsqu'il s'agit de produits réservés aux femmes. Ni les organismes qui représentent les femmes ni les femmes atteintes d'une maladie ne peuvent se faire entendre lors de l'approbation d'un de ces médicaments au Canada. Nous savons pourtant que les femmes sont les premières victimes de désastres occasionnés par certains médicaments ou instruments médicaux. Qu'on songe seulement à la thalidomide ou aux implants mammaires. En outre, les femmes, en général responsables des soins à la maison, deviennent des cibles privilégiées pour les publicités de médicaments destinés à toute la famille. Enfin, la chimioprévention, dont l'hormonothérapie constitue un exemple éloquent, occupe une place importante au chapitre des inquiétudes des femmes.

Ménopause et hormones de substitution
La chimioprévention consiste à donner des médicaments à des personnes en santé dans le but de prévenir des maladies. Une pratique médicale qui est loin d'avoir fait ses preuves comme l'illustre au contraire l'historique des liens établis entre l'hormonothérapie et les maladies du cœur. Malgré le manque de données scientifiques rigoureuses, des hormones de remplacement ont été recommandées aux femmes pour prévenir les maladies cardiovasculaires. Plusieurs études ont remis en question cette pratique au cours des années 1990. Puis, une vaste enquête du Women's Health Initiative (WHI), en juillet 2002, a conduit les autorités médicales à admettre que non seulement les hormones de remplacement ne présentaient aucune incidence dans la prévention des maladies cardiovasculaires, mais qu'en plus elles pouvaient en accroître le risque. La principale contre-indication à l'hormonothérapie pourrait en fait reposer sur l'absence d'indicateur quant à ses bénéfices réels. En somme, pour augmenter ses profits, l'industrie pharmaceutique n'hésite pas à transformer des facteurs de risque en maladie, ce que nomment certains écrits : le " marché de la peur " ou marketing of fear.

Amélioration de certaines difficultés, tels la lubrification des muqueuses vaginales, les problèmes urinaires et les bouffées de chaleur, voilà quelques-uns des bienfaits recherchés au chapitre de l'hormonothérapie. Si l'effet de ce traitement sur la baisse de certains symptômes semble démontré, il importe de maintenir un regard critique sur la médicalisation de la ménopause. Nous savons que 15 % des femmes continueront à subir des bouffées de chaleur importantes malgré la prise d'hormones. Avant la décision, a-t-on pris la peine d'évaluer si ces bouffées de chaleur représentaient un inconfort ou un handicap ? Des moyens alternatifs ont-ils été envisagés pour les diminuer ? Questions pertinentes lorsque des inconvénients, voire des dangers réels, existent en rapport avec cette chimioprévention. Risque de cancer du sein à la suite d'une posologie à long terme, risque de cancer de l'endomètre avec l'absorption d'œstrogènes seuls, risque de thrombophlébite, d'embolies pulmonaires, de maladies cardiovasculaires et de calculs biliaires. Bref, prescrire à des femmes en santé des médicaments à titre préventif se révèle risqué, coûteux, et surtout douteux quant à l'efficacité véritable.

Si l'hormonothérapie s'avère parfois utile, rappelons-nous que la ménopause constitue une étape naturelle dans le processus de vieillissement, et non une maladie. Dans ce cadre, le traitement hormonal ne peut être conçu comme un impératif. La décision d'avoir recours ou non à l'hormonothérapie doit reposer sur un bilan de santé complet afin d'évaluer les bienfaits réels et les risques encourus. Il importe aussi d'étudier d'autres facteurs pouvant exercer une influence sur les symptômes de la ménopause, tels le stress et un niveau insuffisant d'activités physiques et de s'informer sur les approches alternatives à la prise d'hormones.

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Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 34, Hiver 2005

Les besoins des femmes avant tout...

Une version en PDF de ce numéro est aussi disponible

Depuis une dizaine d'années, la lutte contre le cancer du sein est une priorité de santé publique. À ce titre, plusieurs organismes et institutions s'activent tous les jours au Québec pour lutter contre cette maladie, que ce soit pour la prévenir, la dépister ou la traiter. Dès 1999, le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF) se penche sur cette problématique en devenant responsable du projet Soutien et accompagnement des femmes vivant l'attente d'un diagnostic à la suite d'un résultat anormal de la mammographie de dépistage. Le mandat du projet ? Identifier et élaborer des interventions de soutien psychosocial visant à diminuer la morbidité psychologique associée au dépistage systématique du cancer de sein. Soulignons que l'avènement, en 1998, du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS) soulevait déjà de nombreuses inquiétudes et préoccupations dans l'esprit des femmes.

Avec l'aide de précieuses collaboratrices, tant du milieu communautaire que public, diverses initiatives menées dans le cadre du projet de soutien et d'accompagnement ont permis au RQASF de mieux connaître et comprendre les besoins des femmes vivant l'attente de diagnostic. Parmi les actions réalisées, mentionnons, notamment, la conception et la diffusion provinciale de 620 exemplaires de la trousse d'information Du dépistage au diagnostic, offrir du soutien à celles qui en ont besoin. Cet outil s'adressait à toutes intervenantes susceptibles d'offrir du soutien aux femmes vivant l'attente d'un diagnostic, tant dans les réseaux communautaire, public que privé. De plus, deux formations portant sur l'écoute active et les besoins spécifiques de certaines femmes ont été offertes à quelques reprises dans différentes régions du Québec. L'expérience et les besoins des femmes ont été au cœur de toutes ces réalisations, préoccupation constante du RQASF.

Le présent numéro du Sans préjudice…pour la santé des femmes fait état, entre autres, des principales conclusions et réflexions tirées d'une enquête à laquelle 631 femmes, participantes au PQDCS, ont accepté de contribuer. Enquête qui mènera à la conclusion que le succès du Programme est tributaire, en grande partie, de l'expérience vécue par les femmes. Invitation est faite de prendre en compte ce qu'elles nous ont révélé.

RQASF

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 34, Hiver 2005

Ce qu'en pense une infirmière d'un CRID

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 34, Hiver 2005

Une infirmière travaillant depuis cinq ans dans un centre de référence et d'investigation (CRID)(1) de Montréal a accepté de nous rencontrer pour faire part de sa perception des principaux besoins des femmes qui participent au Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS), de sa vision de son rôle d'infirmière, de l'organisation de son travail et de son mandat d'infirmière rattachée au PQDCS. Nous l'appellerons Amélie.

Besoins des participantes
Selon Amélie, les participantes au Programme qui arrivent au CRID pour passer leurs examens complémentaires sont inquiètes, particulièrement celles qui connaissent des femmes atteintes de cancer du sein. Cependant, toutes les participantes ne confient pas d'emblée leur angoisse et c'est la raison pour laquelle il importe de vérifier leur niveau d'anxiété.

La plupart d'entre elles ont besoin d'être rassurées et pour ce faire, il faut les informer. Elles veulent savoir, notamment, leur risque d'être atteintes d'un cancer du sein. Même si plusieurs femmes connaissent la mammographie et l'échographie, il est opportun de leur en rappeler le déroulement. La biopsie est toutefois mal perçue et la majorité des femmes s'imagine le pire scénario quant à l'issue de cet examen.

Dans l'ensemble, les participantes désirent de l'information concernant leur dossier personnel; elles veulent également obtenir des précisions concernant l'interprétation de leur(s) examen(s). Cela confirme l'importance d'avoir la possibilité de parler à une personne-ressource reconnue pour sa compétence en la matière ainsi que la nécessité d'offrir une information personnalisée.

Son rôle d'infirmière Pour Amélie, son rôle consiste à donner du soutien (émotif et informatif) aux participantes et à établir des liens entre les membres du personnel médical. Elle doit être, avant tout, une personne-ressource.

C'est pour cette raison qu'elle remet ses coordonnées aux participantes, ce qui les rassure et brise leur isolement. Car, comme elle le souligne, la plupart des femmes vivent ces expériences seules. Trop souvent, elles ne veulent pas parler de leur situation de peur d'inquiéter leurs proches Amélie agit également à titre d'intermédiaire entre les participantes au Programme et leur médecin. Faute de temps, il ou elle ne fournit habituellement que les informations essentielles et laisse à l'infirmière le soin de compléter les renseignements. Cette complémentarité pourrait s'illustrer comme suit : le ou la médecin explique le " pourquoi " de la biopsie et l'infirmière s'attarde au " comment ". D'ailleurs, la plupart des femmes n'osent pas demander à leur médecin de clarifier les termes scientifiques qu'elles ne comprennent pas. Peu d'entre elles posent des questions Et c'est à ce moment qu'intervient l'infirmière qui sert " d'interprète " et explique, dans un vocabulaire plus accessible, les informations transmises par les médecins. Les participantes se sentent dès lors plus à l'aise de l'interroger.

Amélie assiste toujours à la rencontre entre le ou la médecin et la patiente à qui il ou elle annonce un résultat anormal de biopsie, c'est-à-dire un diagnostic de cancer. Lorsque les femmes apprennent cette nouvelle, elles ne sont pas prêtes à recevoir de l'information supplémentaire, leur capacité de rétention étant alors extrêmement réduite. Elles ne sont pas plus en mesure de poser des questions, car elles sont obnubilées par ce diagnostic : elles sont en état de choc. C'est habituellement auprès d'Amélie qu'elles expriment, par la suite, leurs émotions et leurs peurs. Avec un peu de recul, les femmes veulent davantage d'explications. Au besoin, un second rendez-vous avec leur médecin est planifié.

Dans tous les cas, Amélie supervise la planification des rendez-vous des participantes en prenant soin, si possible, de jumeler les examens afin de réduire les déplacements et diminuer les délais. Finalement, lorsqu'elle le juge opportun, elle réfère les participantes à un autre membre de l'équipe multidisciplinaire (psychologue, travailleuse ou travailleur social).

Son organisation du travail
À l'heure actuelle, au CRID où elle travaille, Amélie déplore qu'il n'y ait pas de plages horaires spécifiquement consacrées aux femmes qui participent au PQDCS. Aucune distinction n'est faite entre les participantes du Programme, qui sont minoritaires, et les autres patientes qui fréquentent la clinique du sein. Selon elle, des journées devraient être dédiées exclusivement au Programme. Il serait alors plus facile de s'attarder aux besoins des participantes qui sont souvent désavantagées au profit des autres patientes, qui, de par leur nombre, nécessitent un temps considérable.

Toujours selon Amélie, les participantes au dépistage devraient être vues par un ou une omnipraticienne, habituellement plus disponible qu'un ou une chirurgienne. Toutes les participantes seraient ainsi rencontrées dès leur arrivée au CRID et ne seraient référées en chirurgie que si elles devaient être opérées.

Actuellement, le manque de personnel oblige Amélie à assurer le suivi des rapports d'examens des participantes au PQDCS et à organiser leurs rendez-vous, tâches qui pourraient facilement être confiées à une ou un secrétaire, dont elle superviserait le travail. Ainsi, elle serait en mesure d'accorder davantage de temps au soutien des participantes du Programme, de procéder à la formation du personnel, de créer des outils de formation et de mettre à jour ses lectures.

Un mandat à mieux définir
Le rôle de l'infirmière travaillant auprès des participantes du Programme de dépistage du cancer du sein dans CRID n'a jamais été clairement défini. Amélie a été recrutée, dans cette clinique du sein, à titre d'infirmière bachelière, sans aucune spécification de ses fonctions. À ce jour, dans les cinq CRID de la région de Montréal, chaque infirmière organise son travail selon sa définition personnelle de ce rôle. Certaines ne croient pas à la nécessité de voir les participantes du Programme alors que d'autres leur consacrent beaucoup de temps. La seule constance : toutes les participantes diagnostiquées d'un cancer du sein, qui doivent subir une chirurgie, sont rencontrées par une infirmière.

De plus, le développement d'outils de travail (grille d'évaluation de l'anxiété, suivi des participantes, etc.) relève de la discrétion de chacune. Aucune ressource, destinée à faciliter et à organiser le travail des infirmières, n'est diffusée dans l'ensemble des CRID. Il n'existe pas d'outils communs en raison, notamment, des divers modes de fonctionnement de chaque établissement. Les réalités étant différentes, il semble que les outils ne conviendraient pas pour tous les CRID.

L'ambiguïté entourant le rôle d'infirmière auprès des participantes du PQDCS qui passent leurs examens complémentaires dans un CRID, de même que l'absence d'outils communs de travail laissent perplexe. Il apparaît évident qu'il y aurait lieu de collectiviser l'expertise de ces infirmières dans le but de développer des protocoles d'intervention qui uniformiseraient les services dans les différents établissements et garantiraient ainsi l'assurance qualité du Programme de dépistage.

RQASF
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1) CRID : centre de référence et d'investigation désigné par le ministère de la Santé et des Services sociaux. À Montréal, ces centres sont rattachés à un hôpital

Ce que vivent les femmes en attente de diagnostic? Une enquête qui en dit long

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 34, Hiver 2005

Le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS) s'adresse à des femmes ne présentant aucun symptôme et qui espèrent, par la mammographie de dépistage, obtenir une confirmation de leur bon état de santé. Il n'est donc pas étonnant que l'annonce d'un résultat anormal de cet examen les surprenne et les inquiète.

Au Québec, en 2003, plus de 20 000 femmes sur un total de 207 627 participantes au Programme ont obtenu un résultat anormal de mammographie de dépistage. Des examens complémentaires ont alors été nécessaires afin d'établir, avec précision, s'il s'agissait ou non d'un cancer du sein. Il est reconnu que les femmes en attente d'un diagnostic peuvent vivre de l'anxiété : elles appréhendent les résultats de leurs examens et deviennent hantées par la peur d'être atteintes d'un cancer du sein. Heureusement, il est possible de diminuer leur anxiété liée au dépistage et à l'investigation complémentaire en leur offrant du soutien social. En effet, des études rapportent que les femmes bénéficiant d'un important soutien social ont vécu moins de stress au cours de cette période.

Dans cette perspective, dès l'implantation du Programme, le Centre de coordination du PQDCS de Montréal, de même que plusieurs organismes communautaires, prennent différentes initiatives afin de réduire l'anxiété des femmes qui ont obtenu un résultat anormal de mammographie de dépistage. Celles-ci consistent, notamment, en l'élaboration d'une formation destinée aux intervenant-e-s de même qu'en la conception d'outils de référence visant à assurer un soutien social adéquat aux participantes.

Pourquoi faire une enquête?
En 2001, le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF) lance une trousse intitulée Du dépistage au diagnostic : offrir du soutien à celles qui en ont besoin, outil comportant de l'information destinée aux intervenantes oeuvrant auprès de femmes qui ont obtenu un résultat anormal de mammographie de dépistage et qui vivent l'attente de diagnostic. Après la diffusion provinciale de cette trousse, suit l'évaluation de son utilisation, laquelle posera les jalons d'une enquête qui sera menée ultérieurement. En effet, le constat suivant mérite d'être examiné: à Montréal, comme ailleurs au Québec, les femmes qui participent au PQDCS font peu appel aux ressources susceptibles de leur offrir du soutien. Que révèle ce faible recours aux ressources? Les participantes en attente de diagnostic vivent-elles réellement de l'anxiété? Et si oui, le soutien social disponible répond-il à leurs besoins?

Afin de trouver réponses à ces questions, le RQASF considère important, après plus de cinq années d'activités du PQDCS, de réaliser une enquête mettant en lumière le vécu des participantes au Programme de la région de Montréal. En 2003, cette enquête menée en collaboration avec le Centre de coordination du PQDCS de Montréal, démarre. Objectifs : évaluer l'anxiété des femmes en attente de diagnostic; déterminer leurs besoins de soutien (émotif, informatif et tangible); décrire le soutien social qui leur a été offert; établir la satisfaction des femmes à cet égard et, finalement, identifier des améliorations à apporter au soutien social. Le rapport de cette étude s'intitulera : Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic.

Déroulement de l'étude
Entre le 19 février et le 9 juin 2003, 951 questionnaires d'enquête sont postés à toutes les participantes au Programme de dépistage du cancer du sein de la région de Montréal ayant obtenu un résultat anormal de mammographie de dépistage. Afin de maximiser le nombre de réponses à l'enquête, une relance postale et téléphonique est effectuée. Au total, 631 questionnaires ont été complétés et seront analysés.

Profil des participantes
Les deux tiers des 631 Montréalaises qui ont accepté de compléter le questionnaire d'enquête sont âgées entre 50 et 60 ans et 79% d'entre elles sont nées au Canada. Un peu plus de la moitié présente un niveau de scolarité de 12 années et moins et une femme sur trois avait fréquenté l'université. La majorité (61,1%) des participantes sont en couple. En ce qui concerne le revenu familial, 37,9% des participantes l'estiment à 29 999$ et moins, alors que 35,8% disposent de 50 000$ et plus. Six femmes sur dix travaillent à l'extérieur du foyer.

L'anxiété des participantes
Les résultats de l'enquête démontrent que la moitié des participantes au PQDCS de la région de Montréal sont " assez ou très inquiètes " à tous les stades du dépistage et de l'investigation complémentaire, soit à l'annonce du résultat anormal de mammographie de dépistage, lors de l'attente pour passer les examens complémentaires et lors de l'attente de résultats de ces examens.

Des facteurs personnels et structurels influencent l'inquiétude des participantes. Sur le plan personnel, les femmes plus jeunes (50 à 60 ans), celles qui vivent, avant le dépistage, une période de stress important ou encore celles qui sont inquiètes à l'idée de passer une mammographie, sont plus anxieuses lors du dépistage et le demeurent tout au long de l'investigation complémentaire. Ces données suggèrent l'importance d'une intervention précoce auprès de ces participantes afin de les rassurer dès le départ.

Sur le plan structurel, le mode de communication du résultat anormal de mammographie de dépistage influence l'anxiété des participantes. En effet, lorsque les femmes apprennent cette nouvelle par leur médecin, elles sont moins alarmées par cette annonce et vivent moins d'inquiétude au cours des étapes subséquentes de l'investigation. Or, à Montréal, seulement deux participantes sur cinq ont été informées du résultat anormal par leur médecin. De plus, près du tiers des femmes en ont été avisées par un message laissé sur leur boîte vocale ou sur leur répondeur. Ces deux scénarios impliquent l'absence d'un interlocuteur susceptible d'offrir, à celles qui en ont besoin, le soutien social approprié. La majorité des femmes (93,3%) souhaitent d'ailleurs que les résultats leur soient toujours annoncés de vive voix. Cependant, la personne chargée de communiquer cette information doit être en mesure de leur apporter tout le soutien requis en ces circonstances. Selon les données de l'enquête, la tendance veut que les participantes qui ont appris leur résultat anormal par une personne de la clinique de radiologie (CDD)(1) ont été plus inquiètes que celles qui en ont été informées par la lettre du PQDCS.

Ce constat laisse perplexe et donne lieu à un double questionnement. D'une part, comment expliquer que certains CDD se soient permis d'annoncer cette nouvelle alors que, selon le Programme, ce rôle devrait relever du médecin? D'autre part, lorsque des CDD se sont autorisés à le faire, il est pertinent de s'interroger sur les habiletés du personnel et sur les conditions (manque de temps ou d'information utile à communiquer) dans lesquelles cette annonce a été effectuée.

Les délais constituent le second facteur structurel qui influence l'inquiétude des participantes. Les analyses confirment que plus les délais se prolongent entre les différents examens complémentaires et l'obtention de leurs résultats, plus les femmes sont anxieuses. Cela explique sans doute pourquoi 98% d'entre elles souhaitent une diminution des délais.

Au regard de ces résultats, il est opportun de se demander qui, actuellement, s'assure que les participantes du Programme apprennent de vive voix leur résultat anormal de mammographie de dépistage? Qui prend en charge l'organisation des rendez-vous de celles qui doivent passer des examens complémentaires afin de limiter, le plus possible, les délais entre les différentes étapes?

Le soutien émotif
Il est rassurant de constater que la majorité des participantes ont exprimé ce qu'elles ressentaient à la suite du résultat anormal de mammographie de dépistage. Elles se sont davantage confiées à leurs proches (familles et connaissances) et en ont peu parlé aux professionnèles de la santé. Or, même si elles sont satisfaites du réconfort apporté par leur entourage, l'inquiétude des participantes n'a pas diminué. Seule la satisfaction du réconfort des professionnèles de la santé a permis de réduire l'anxiété associée à l'investigation complémentaire. Mais alors, comment expliquer que si peu de femmes leur aient fait part de ce qu'elles ressentaient à la suite du résultat anormal? Les résultats démontrent, sans équivoque, que les femmes n'en ont pas parlé parce qu'elles n'ont pas été encouragées à le faire. Car, plus le personnel de l'établissement a démontré de l'ouverture ou de la disponibilité, plus les participantes se sont exprimées. Elles souhaitent d'ailleurs fortement (91,8%) être incitées à parler de leurs inquiétudes. Par ailleurs, 80,3% de celles qui ont passé leurs examens complémentaires dans clinique de radiologie privée (CDD) n'ont " pas du tout " été encouragées à s'exprimer. Il n'est donc pas étonnant que seulement un tiers de ces femmes aient fait part de leurs émotions.

Le soutien informatif
Les données de l'enquête prouvent que plus les femmes sont satisfaites de l'information qu'elles ont reçue, moins elles sont inquiètes et ce, à toutes les étapes du dépistage et de l'investigation complémentaire. De plus, la majorité des participantes n'a pas cherché d'information, car près des deux tiers d'entre elles en avaient reçue à l'hôpital ou à la clinique. Comment alors expliquer qu'en dépit de l'information obtenue, la moitié des femmes ait été " assez ou très inquiètes " au cours de cette période?

L'analyse des résultats permet de démontrer que l'information standardisée, uniformisée ne suffit pas à combler les besoins des participantes. En effet, leurs questions varient considérablement et leurs intérêts sont très diversifiés. Cette réalité oblige l'adaptation constante de l'information, ce qui requiert une approche personnalisée. Pour ce faire, il faut être attentif aux demandes spécifiques de chaque participante. Comme la plupart des femmes n'ont pas été encouragées à parler de leurs émotions, leur a-t-il été davantage permis de poser les questions qui les préoccupent?

Les participantes au Programme ont majoritairement obtenu de l'information verbale à la suite du résultat anormal de mammographie de dépistage. Il est cependant reconnu que la capacité de compréhension et de rétention des informations est réduite lors des moments de stress important. Une minorité des participantes à l'étude ont obtenu de l'information écrite alors que la plupart réclament ce type d'information. Lorsqu'elles ont été en possession de cette documentation, elle a été majoritairement lue, comprise et considérée comme étant utile.

Une participante sur cinq, dont les examens complémentaires se sont déroulés dans une clinique de radiologie privée (CDD), n'a reçu aucune information. Certains de ces centres semblent considérer qu'offrir de l'information consiste à étaler des brochures sur les présentoirs. Encore faut-il qu'elles soient accessibles et visibles.

Finalement, la très grande majorité des participantes (95,1%) n'a pas obtenu le nom d'une personne ou d'un organisme à contacter au besoin. La plupart des femmes souhaitent pourtant détenir cette information puisque, même si elles ne l'utilisent pas, elles savent qu'elles peuvent compter sur cette ressource en tout temps.

Des lacunes à corriger
L'ensemble de ces résultats inquiète. Quel est le soutien émotif et informatif actuellement offert aux participantes du Programme? À l'instar de ce qui a été recommandé dès l'implantation du PQDCS, les centres de référence pour investigation (CRID)(2) de Montréal fournissent les services d'une infirmière responsable d'offrir le soutien tant émotif qu'informatif aux femmes en attente de résultats d'examens complémentaires. Cependant, son travail n'étant pas consacré exclusivement au PQDCS, la place accordée au soutien social des participantes est vraisemblablement insuffisante. Par ailleurs, dans les cliniques de radiologie privées (CDD), où près de trois Montréalaises sur cinq passent leurs examens complémentaires, aucun ou aucune intervenante ne semble attitrée spécifiquement à cette fonction. Conséquemment, il n'est pas étonnant de constater, dans ces cliniques, de nombreuses lacunes dans le soutien accordé aux participantes en attente de diagnostic.

Il est inadmissible que, dans le cadre d'un Programme public de dépistage, la qualité du soutien offert aux participantes dépende du type de centre fréquenté lors des examens complémentaires. Toutes les femmes qui souscrivent au dépistage le font sur invitation du PQDCS qui doit assurer, en retour, un encadrement permettant à chacune de vivre cette expérience de la façon la moins traumatisante possible et ce, dans toutes les catégories d'établissements où elles se rendent. Les participantes ont droit à un soutien émotif et informatif personnalisé qui réponde adéquatement à leurs besoins spécifiques.

RQASF
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(1) CDD : centre de dépistage désigné par le ministère de la Santé et des Services sociaux. À Montréal, ce sont des cliniques de radiologie privées.
(2) CRID : centre de référence et d'investigation désignés par le ministère de la Santé et des Services sociaux. À Montréal, ces centres sont rattachés à un hôpital.

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Références
Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF).(2002). Du dépistage au diagnostic : offrir du soutien à celles qui en ont besoin. Trousse d'information. Montréal : RQASF.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF). (2004). Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montréal : RQASF.

Infirmière pivot : cheffe d'orchestre recherchée

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 34, Hiver 2005

Au nombre du personnel du réseau de la santé, que ce soit les médecins, le personnel professionnel des cliniques privées de radiologie ou celui des centres hospitaliers, plusieurs s'activent tous les jours afin que le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS) puisse atteindre son objectif ultime : réduire le taux de mortalité liée au cancer du sein. La multitude d'acteurs impliqués dans le programme soulève l'importance de bien définir leurs responsabilités et mandats respectifs pour le bon fonctionnement du PQDCS, mais également pour le mieux-être des femmes. Qu'en est-il exactement ?

Les résultats de l'enquête relatifs à l'évaluation du niveau d'anxiété des femmes et à leurs besoins de soutien social durant l'attente de diagnostic ont révélé plusieurs lacunes dans le fonctionnement du Programme, notamment en regard du soutien qui leur est offert (Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente d'un diagnostic, 2004).

L'une de ces lacunes est sans contredit l'inexistence ou la non-implication de plusieurs médecins de famille dans le suivi et la prise en charge des femmes ayant un résultat anormal de leur mammographie de dépistage. Bien que les responsables régionaux du PQDCS aient la responsabilité de "prévoir des mécanismes pour suppléer à l'absence éventuelle du médecin de la femme" (Cadre de référence, p.28), plusieurs participantes à l'enquête ont été laissées à elles-mêmes après avoir appris, par lettre ou sur leur répondeur, que leur résultat de mammographie était anormal. La prise en charge des participantes au Programme ne semble pas problématique que dans la région de Montréal. La lecture du bilan provincial du PQDCS révèle certaines difficultés liées aux services offerts aux femmes : "L'une d'entre elles, soulevées dès le début de l'implantation du programme, est le suivi des femmes dont la mammographie de dépistage est anormale et qui nécessitent une investigation" (Bilan, p.15).

Même si les données de l'enquête indiquent que l'implication des médecins t est déterminante dès l'annonce du résultat anormal - puisqu'elle permet de désamorcer la spirale d'anxiété susceptible de se développer au cours du processus d'investigation - et bien que le PQDCS confère aux médecins un rôle clé dans le processus de dépistage, devons-nous attendre et espérer que chaque femme trouve une ou un médecin de famille disponible et disposé à l'accompagner dans sa démarche en assurant le suivi et le soutien qu'elle est en droit d'obtenir ? Ne serait-il pas plus réaliste d'identifier, dès maintenant, des mesures pour pallier à cette situation ?

À la lumière des résultats de l'enquête, le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes propose de confier à une infirmière-pivot, dûment mandatée et formée par le PQDCS, la responsabilité de répondre aux besoins de soutien des femmes et d'assurer leur suivi, c'est-à-dire la continuité des services. Dédiée exclusivement au Programme, celle-ci posséderait toute l'information nécessaire pour répondre aux divers besoins exprimés. Les données de l'enquête révèlent en effet qu'une information personnalisée - transmise au moment le plus opportun et sous la forme la plus appropriée - prodiguée par une personne-ressource reconnue pour ses compétences en la matière, assure adéquatement le soutien des femmes au cours de la phase de dépistage.

Afin de compenser l'absence éventuelle de leur médecin, cette infirmière orchestrerait le suivi des femmes et assurerait leur prise en charge en communiquant le résultat anormal de mammographie à leur médecin et en convenant avec celui-ci ou celle-ci du suivi de l'investigation. Aucune femme ne risquerait ainsi d'être laissée à elle-même. Prise des rendez-vous, suivi des examens, acheminement des résultats, plusieurs aspects du Programme s'en trouveraient ainsi améliorés. Par ses compétences et son rôle stratégique, l'infirmière-pivot deviendrait ainsi LA personne-ressource avec qui les femmes prendraient facilement contact

Une intervenante du réseau public de la santé
Pour plusieurs raisons, le poste d'infirmière-pivot devrait relever du réseau public de la santé. Tout d'abord, les participantes seraient assurées d'obtenir des informations complètes et objectives quant aux coûts des examens et aux délais rencontrés dans les divers établissements concernés. Elles seraient ainsi systématiquement avisées de la gratuité des examens complémentaires lorsque effectués en centre hospitalier. L'enquête révèle que plus d'un tiers des participantes (36,7%) n'ont pas obtenu cette information de la part du personnel médical oeuvrant dans une clinique privée. Ensuite, elles profiteraient de l'expertise sociale et de la plus grande disponibilité de l'infirmière-pivot, deux dimensions qu'une clinique privée, fonctionnant selon une logique de productivité, peut difficilement offrir aux femmes. Enfin, de par son rôle central, l'infirmière-pivot serait en mesure de rendre compte des difficultés soulevées par les femmes ou observées dans l'exécution de ses fonctions. En identifiant les différents outils et ressources du milieu, en étant à l'écoute des besoins et contraintes des divers acteurs impliqués dans le PQDCS, celle-ci pourrait participer activement au développement de protocoles d'intervention plus adéquats et, par le fait même, à l'amélioration des services offerts aux femmes. En proposant des façons de réduire les écarts entre les normes de qualité du Programme et ce qui se passe concrètement sur le terrain, l'infirmière-pivot deviendrait une ressource indispensable pour toute instance recherchant l'assurance qualité de ce dernier.

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Références

Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). (2004). Bilan 1998-2003 : Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Québec : Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). (1996). Cadre de référence. Québec : Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF). (2004). Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montréal : RQASF.

Le PQDCS en bref et quelques données

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 34, Hiver 2005

Au Canada, le cancer du sein demeure le type de cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes et la seconde cause de décès par cancer. Selon l'Institut national du cancer du Canada, au Québec, en 2004, le nombre de nouveaux cas de cancer du sein a été estimé à 5700 et celui des décès à 1400.

Afin de diminuer la mortalité liée à ce type de cancer, un programme de dépistage systématique du cancer du sein a été introduit progressivement au Québec en 1998. Il consiste en une mammographie permettant de déceler de minuscules lésions qui n'auraient pas pu être découvertes lors de la palpation; ce qui est du plus grand intérêt puisque la détection de petites masses permet d'offrir des traitements plus efficaces et augmente ainsi les chances de guérison et de survie.

Dans le cadre du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS), toutes les femmes âgées entre 50 et 69 ans sont conviées, par lettre, à passer une mammographie dans un centre de dépistage désigné (CDD)(1) de leur choix. Lors de leur première visite au CDD, il leur est proposé de s'inscrire au Programme de dépistage et si elles acceptent, elles seront invitées à subir une nouvelle mammographie à tous les deux ans.

Le résultat normal de la mammographie est communiqué par lettre aux participantes et à leur médecin. Lors d'un résultat anormal, le Programme prévoit que les femmes en soient avisées par leur médecin de famille qui devrait les rassurer, les informer et organiser la tenue d'examens complémentaires permettant de clarifier la nature de la masse découverte à la mammographie. Par mesure de précaution, afin de remédier à un éventuel problème de communication entre la ou le médecin et sa patiente, le Centre de coordination du PQDCS transmet également par lettre, à toutes les femmes concernées, le résultat anormal de la mammographie de dépistage et les invite à subir des examens complémentaires.

Ces derniers consistent habituellement en une seconde mammographie (agrandissement, compression), une échographie ou encore une biopsie. Au Québec, en 2003, 13,9% des participantes qui passaient une première mammographie et 8,2% de celles qui en étaient à des mammographies subséquentes ont dû subir des examens complémentaires (MSSS, 2004). Il a été prévu, dès l'implantation du Programme, que les examens complémentaires se dérouleraient gratuitement dans un centre de référence pour investigation (CRID)(2) , habituellement rattaché à un hôpital.

Un des objectifs du Programme visait la réduction du nombre de décès causés par le cancer du sein d'au moins 25% pour 2006, par rapport au taux enregistré en 1996. Pour ce faire, il est nécessaire que 70% des femmes invitées par le Programme participent et maintiennent leur adhésion au cours des années subséquentes. En 2003, le taux de participation n'était que de 46,7% pour l'ensemble des Québécoises. Par ailleurs, il est également inquiétant de constater que 56,8% des femmes ayant obtenu un résultat anormal de leur première mammographie ne participent plus au dépistage. Cette donnée soulève un questionnement sur les causes de ce phénomène : y aurait-t-il lieu d'établir un lien entre le faible taux de fidélité des participantes et les lacunes identifiées au sujet de certains principes directeurs du PQDCS, notamment en ce qui a trait au respect des droits et des besoins des femmes?

RQASF
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1) CDD : centre de dépistage désigné par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Il peut s'agir de cliniques de radiologie privées ou de centres hospitaliers. À Montréal, les CDD sont des cliniques de radiologie privées.

2) CRID : centre de référence pour investigation désigné par le ministère de la Santé et des Services sociaux. À Montréal, ces centres sont rattachés à des hôpitaux.

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Références :

Institut national du cancer du Canada (INCC). (2004). Statistiques canadiennes sur le cancer 2004. Toronto : Statistiques Canada.

Ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS). (2004). Bilan 1998-2003 : Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Québec : Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services Sociaux.

Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). (1996). Cadre de référence. Québec : Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services Sociaux.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF). (2004). Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montréal : RQASF.

Le PQDCS, un partenariat public-privé avant l'heure

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 34, Hiver 2005

Depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Charest, la question des partenariats public-privé, les "PPP", a défrayé régulièrement les manchettes dans les médias québécois. Le modèle des PPP, inspiré de l'Angleterre néolibérale de Margaret Thatcher, n'est toutefois pas nouveau au Québec. Plusieurs "petits partenariats" existent depuis fort longtemps, si bien que bon an mal an, plusieurs institutions et services de santé privés sont financés par l'État, parmi lesquels des centres d'accueil, des cliniques médicales et des cliniques de radiologie. Près de 40% de nos dépenses en santé s'effectuent dans le secteur privé au Québec.

Les années 90 ont vu fondre les budgets alloués au système public de santé. Cette amputation graduelle du financement public de la santé trouve ses origines dans les accords commerciaux sur les marchés publics (1) pour lesquels des négociations se sont amorcées à partir des années 1980. Il s'agit, observe Jennie Skeene, présidente de la Fédération des Infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), d'une "démarche cohérente pour accélérer le processus de privatisation et de marchandisation du secteur public" (Brouillard, 2004, p. 8). Les stratégies que propose la Banque mondiale pour parvenir à la privatisation de services publics se concrétisent dans la réforme de la santé avec plusieurs projets de lois, adoptés à deux reprises sous le bâillon en décembre 2003 et en décembre 2004. Ces lois créent des structures conformes aux exigences des accords commerciaux (loi 25), ouvrent la porte toute grande à la sous-traitance (loi 31) et, permettant la désyndicalisation d'une partie de la main-d'œuvre ou rendant les syndicats inefficaces, offrent des conditions lucratives intéressantes pour les investisseurs privés (loi 30). Enfin, la nouvelle Loi sur l'Agence des partenariats public-privé du Québec (loi 61) vise à promouvoir et à encadrer la mise en œuvre tous azimuts des PPP.

Au moment de l'arrivée sur la scène québécoise d'une telle agence, il apparaît opportun d'interroger les non-dits (pour le moins) autour des PPP. Nous appuyant sur les expériences de PPP en santé dans d'autres pays, nous examinerons d'abord les effets possibles de ce modèle sur les services de santé. À partir des résultats de notre étude réalisée à Montréal sur le soutien nécessaire pour réduire l'anxiété des femmes à la suite d'un résultat anormal de mammographie de dépistage du cancer du sein, nous examinerons certains impacts de la privatisation sur la qualité des services offerts aux participantes du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS).

Enjeux autour de la privatisation des services de santé
D'entrée de jeu, il est clair que la privatisation des services publics dont les services en santé représentent un retour au XIXe siècle, époque où le secteur privé détenait le monopole dans plusieurs domaines, que ce soit l'électricité, le transport en commun ou les services de santé. L'adoption de Chartes des droits, de législations sociales et de régimes universels de protection des droits ont permis d'immenses progrès vers une société plus juste et plus égalitaire. L'actuel retour en arrière s'appuie sur un discours néolibéral triomphant qui cache son caractère antidémocratique et idéologique.

Selon l'idéologie néolibérale, appuyée par une bonne partie de nos médias, les services publics de santé coûtent trop cher (l'État "n'a plus les moyens"…) et ces services sont mal gérés; les services privés, quant à eux, sont plus "efficaces" : de meilleure qualité, à moindres coûts et plus rapides. Ces prétentions ne s'appuient sur aucunes données empiriques. Au contraire, de nombreuses études sur les systèmes de santé états-unien et britannique, notamment, prouvent que la privatisation et les partenariats public-privé conduisent à la "marchandisation" des soins, à des conflits d'intérêts, à la baisse de la qualité des services, à une moindre accessibilité des services aux personnes moins nanties et, par surcroît, à une augmentation des coûts pour l'État (voir Kalant, 2001 pour de nombreuses références).

De plus, d'autres études démontrent que le transfert au privé de certains services de santé font augmenter les listes d'attentes dans le secteur public. Selon des études états-uniennes, des médecins propriétaires de cliniques fournissent à leurs patient-e-s des services "excessifs", par exemple, trop d'examens radiologiques (FIIQ, 2004b, p. 16; Kalant, 2001). Après dix ans d'application des PPP en santé en Grande-Bretagne, la British Medical Association a conclu : "les faits continuent de démontrer que les initiatives privées dans le domaine hospitalier sont excessivement coûteuses et ne répondent pas de manière satisfaisante à nos préoccupations en regard de l'accessibilité aux services, de l'optimisation des ressources, du transfert de risque et des coupures de services" (cité dans FIIQ, 2004b, p. 17). En fait, la privatisation signifie faire assumer les coûts par le public en laissant les profits au privé!

Le PQDCS
Implanté en 1998 par le gouvernement Bouchard, dans un contexte politique de crise budgétaire et de déficit zéro, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS) a été marqué dès ses débuts par une forte tendance à la privatisation des services. Dès l'instauration du Programme à Montréal, il était prévu que la mammographie de dépistage initiale se déroule dans une clinique de radiologie privée (3) et que les examens complémentaires, pour déterminer la nature de l'anomalie, se déroulent dans un centre hospitalier. Ce Programme représente un PPP en santé qui ne s'est jamais nommé comme tel. Pourtant, le PQDCS correspond bel et bien à un PPP, tel que le définit la Loi 61 (art.6) : "Un contrat de partenariat public-privé est un contrat à long terme par lequel un organisme public associe une entreprise du secteur privé, avec ou sans financement de la part de celle-ci, à la conception, à la réalisation et à l'exploitation d'un ouvrage public. Un tel contrat peut avoir pour objet la prestation d'un service public".

Alors qu'il était prévu que les participantes effectuent leurs examens complémentaires à l'hôpital, la majorité des participantes, soit trois sur cinq, ont passé leurs examens complémentaires dans une clinique privée de radiologie plutôt qu'à l'hôpital. Des frais ont été exigés aux participantes, pour la plupart de ces examens. De plus, un tiers des participantes n'ont pas été avisées, par le personnel du CDD, de la gratuité de ces examens s'ils étaient effectués à l'hôpital (RQASF, 2004, p. 52).

Selon les résultats de l'étude, le profil des participantes qui ont recours aux services privés n'est pas le même que celui qui ont recours aux services publics. Les femmes qui ont passé leurs examens complémentaires à l'hôpital ont un revenu familial et un niveau de scolarité moins élevés; ces femmes sont également plus souvent en congé de maladie ou d'invalidité, et elles sont davantage bénéficiaires de l'aide sociale ou de l'assurance-emploi. Ces résultats vont à l'encontre de la volonté affirmée du Programme d'assurer un service "équitable et accessible à tous les sous-groupes de la population" (PQDCS, 1996, p. 8).

Les résultats de l'étude ont permis de constater plusieurs autres lacunes au PQDCS, particulièrement en ce qui a trait à la qualité des services dans les cliniques de radiologie privées (CDD). En effet, les femmes y ont beaucoup moins été incitées à parler de leurs inquiétudes que dans les hôpitaux (RQASF, 2004, p. 39); elles y ont moins été satisfaites du soutien émotif apporté (Id., p. 40); elles y ont moins reçu d'information (Id., p. 42) et ont moins été satisfaites de l'information reçue (Id., p. 43). À l'analyse, il est apparu que l'inquiétude des participantes n'était pas moins élevée lorsque le résultat anormal de la mammographie de dépistage avait été communiqué de vive voix par le personnel du CDD que par la lettre du PQDCS (Id., p. 51).

En ce qui concerne les délais, les résultats n'ont pas satisfait la croyance populaire… En effet, si les délais précédant le début des examens complémentaires ont été, dans l'ensemble, moins longs en clinique privée, le déroulement des examens complémentaires n'a pas été plus rapide lorsque les examens étaient réalisée dans une clinique privée. En ce qui concerne la biopsie, davantage de femmes ont pu obtenir leur résultat plus rapidement à l'hôpital (Id., p. 52).

Les promesses de qualité des services, de diminution des délais et d'accessibilité ont-elles été tenues avec le recours au privé? Les résultats de notre étude tendent plutôt à prouver le contraire.

RQASF
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(1) Il s'agit d'ouvrir les services publics (santé, éducation, logement, eau, transport…) à la concurrence, au moyen de contrats signés avec le privé (PPP). Les administrations publiques sont alors obligées de procéder à des appels d'offres pour s'approvisionner en biens et services.

(2) Ces stratégies sont : le défaut volontaire de ressources; la déréglementation; la tarification; la décentralisation/régionalisation; la privatisation et la communautarisation.

(3) CDD : centre de dépistage désigné par le ministère de la Santé et des Services sociaux.

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Références

BROUILLARD, C. (2004). "Une entrevue avec Jennie Skeene sur les réformes dans le réseau de la santé : des restructurations à saveur marchande". À bâbord! (janv.-fév.), p. 8-9.

Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ). (2004a). Des marchés publics dans la santé. Montréal ; Québec : FIIQ.

Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) (2004b). L'Agence des partenariats public-privé du Québec ou la construction d'un État marchand. Mémoire. Montréal ; Québec : FIIQ.

KALANT, N. (2001). La Commission royale sur l'avenir des soins de santé au Canada (Romanow). Mémoire pour la Coalition des médecins pour la justice sociale.

Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). (1996). Cadre de référence. Québec : Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF). (2004). Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montréal : RQASF.

Témoignage d'une participante au PQDCS

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 34, Hiver 2005

Une participante de l'enquête Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic a accepté de nous parler de son expérience de dépistage, vécue il y a deux ans. Elle nous fait également part des sentiments qui l'animent à la veille de retourner passer une nouvelle mammographie de dépistage. Nous l'appellerons Jeanne.

Jeanne n'en est pas à sa première mammographie lorsqu'elle adhère au Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Depuis l'âge de 40 ans, elle en a maintenant 56, elle passe régulièrement cet examen dont le résultat s'est avéré anormal à deux reprises.

Lors de sa dernière mammographie de dépistage en 2003, elle apprend son résultat anormal par un message laissé sur sa boîte vocale. Une secrétaire lui confirme alors qu'il y a " quelque chose d'anormal " à l'examen et qu'elle doit entrer en contact avec le Centre de dépistage. Hormis cette annonce choc et une convocation à passer une nouvelle mammographie, aucune autre information, à son souvenir, ne lui est transmise et personne ne communique avec elle pour la rassurer. Jeanne se rappelle ne pas avoir partagé son inquiétude avec qui que ce soit à cette époque, puisqu'elle ne présentait aucun symptôme. Elle préférait attendre le résultat de l'examen plutôt que d'alarmer ses proches. Toutefois, elle dit : " Lorsque j'ai eu une bosse, il y a quelques années, là j'en ai parlé! "

Après le déroulement de sa seconde mammographie, Jeanne demande à la technologue si quelque chose de suspect avait été détectée. Elle obtient comme réponse que son médecin la rappellerait : " Je comprenais qu'elle ne pouvait rien me dire et je suis partie chez moi avec ma boule de stress ". L'attente de résultat d'examen ne fut pas une période facile à traverser : " J'ai eu des problèmes de sommeil. Ça me tracassait à ce point-là " confie-t-elle. Heureusement, le médecin la rappelle assez rapidement pour lui confirmer que tout est normal.

Il y a quelques semaines, Jeanne a reçu une nouvelle invitation du Programme de dépistage et elle doit passer une mammographie demain. Elle se sent nerveuse même si elle n'en est pas à sa première expérience. Il lui semble qu'on parle de cancer du sein à tous les jours et que l'on côtoie de plus en plus de femmes atteintes : " C'est toujours aux autres que cela arrive, mais un jour, lorsque c'est notre tour […] Même si je suis bénie des dieux et que cela a toujours été négatif, ça ne me calme pas. Je reste angoissée ". En dépit du stress et même si elle n'en a pas envie, elle va tout de même passer son examen par respect pour ses filles : " S'il m'arrive quelque chose, je veux montrer à mes filles que j'ai fait ce qu'il fallait faire ".

Elle s'efforce de rester positive en s'appuyant sur le fait que le cancer du sein n'a touché personne dans sa famille. Elle combat son inquiétude par des techniques de détente. Elle pratique régulièrement l'autoexamen des seins : " Je trouve toujours plein de bosses et cela me rend encore plus nerveuse ". Récemment, son médecin lui a recommandé de tâter ses ganglions et ne détectant rien, elle se rassure en se disant que, cette fois-ci, la mammographie devrait être normale. La douleur ou l'inconfort de la mammographie ne l'inquiètent pas, mais plutôt " la possibilité d'être rappelée ".

Selon Jeanne, la diminution des délais constituerait la principale amélioration à apporter au dépistage. Idéalement, après avoir subi ses examens, la participante devrait rencontrer la ou le radiologiste qui lui communiquerait son résultat. Cela éviterait d'attendre que la ou le médecin de famille reçoive le rapport d'examen et en transmette le contenu à sa patiente. Selon elle, toutes ces démarches font perdre du temps. " Je suis un paquet de nerfs et les délais, c'est ce qui est le plus difficile à supporter ". Elle serait même prête à payer une somme importante pour passer les examens complémentaires le plus rapidement possible et pour obtenir les résultats dans les plus brefs délais.

Lors de la dernière visite chez son médecin de famille, elle lui a parlé de son inquiétude par rapport au prochain dépistage. Il l'a alors réconfortée en trouvant les bons mots pour la rassurer. Il lui a aussi examiné les seins et l'a calmée en lui affirmant qu'il ne palpait rien d'anormal. Pour Jeanne, toutefois, il n'y a pas que son médecin de famille qui peut la réconforter dans ces moments de grande angoisse. Les radiologistes de la clinique, tout comme une infirmière, feraient tout autant l'affaire; elle leur accorderait sa confiance.

Le témoignage de Jeanne confirme l'importance du rôle du médecin auprès des participantes du PQDCS et appuie également une des recommandations de l'enquête proposant la création de postes d'infirmières-pivot qui, en complémentarité avec le médecin, assureraient le suivi et le soutien des participantes au Programme de dépistage. Comme le souligne Jeanne : " Je ne suis pas certaine que mon médecin a pu m'appeler dès qu'il a reçu mon résultat". Sûrement n'a-t-il pas pu, et pour toutes sortes de bonnes raisons, mais une personne-ressource attitrée au suivi des participantes pourrait pourtant faire toute la différence...

RQASF

Un bilan qui soulève des questions!

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 34, Hiver 2005

Afin de réduire la mortalité par cancer du sein, le Québec instaurait, en 1998, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). Aujourd'hui, le PQDCS est implanté dans les dix-huit régions sociosanitaires du Québec. Les régions éloignées telles que le Nunavik et les Terres-Cries-de-la-Baie-James, bénéficient des services itinérants de mammographie (mammographe portable ou unité mobile de mammographie de type autocar).

Les cinq premières années du Programme ont donc permis de compléter sa phase d'implantation et d'évaluer son fonctionnement à la lumière des normes de qualité définies dans son cadre de référence initial.

En octobre 2004, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) publiait le Bilan 1998-2003 Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Les nombreuses données présentées dans ce document témoignent de l'importance du travail accompli au cours de la phase d'implantation. Plusieurs d'entre elles sont relatives à la performance du Programme. Tous les aspects semblent avoir été décortiqués, analysés et réfléchis. Toutefois, un d'importance semble avoir été oublié : l'expérience des femmes en tant que participantes du PQDCS.

Cet oubli est très préoccupant si on considère que le cadre de référence du Programme s'appuie sur cinq assises fondamentales, dont celle du respect des besoins et des droits des femmes (Programme québécois de dépistage du cancer du sein, Cadre de référence, 1996, p.9). De plus, un de ses objectifs qui vise à "assurer à toutes les femmes participant au dépistage par mammographie un accueil, un soutien et un suivi de grande qualité, répondant à leurs besoins et favorisant le maintien de la qualité de vie" (Id.,p.11), n'est aucunement évalué dans le bilan provincial.

Les aspects liés à la qualité de vie des femmes et à l'approche générale adoptée envers elles, incluant leur accueil, leur suivi et leur soutien, ne font l'objet d'aucune section particulière dans le cadre de référence ; ils sont plutôt intégrés aux différents volets du Programme. Cette particularité explique- t-elle, à elle seule, l'absence d'évaluation de ces aspects? Aussi, que dire du fait que plusieurs exigences de qualité du Programme, entre autres celles qui concernent les procédures d'accueil dans les établissements, ne disposent d'aucune norme permettant la définition des résultats escomptés et conséquemment, la création de mécanismes nécessaires à l'appréciation de la qualité des services offerts aux femmes ? Comment évaluer ce qui n'est pas mentionné ou suffisamment défini dans le cadre de référence, alors que les aspects relatifs à l'expérience des femmes sont pourtant reconnus comme des éléments essentiels au bon fonctionnement du Programme (Id., p. 16) ?

La participation régulière des femmes au Programme de dépistage est nécessaire pour réduire la mortalité par cancer du sein. Or, il est reconnu que la satisfaction de ces dernières est garante de leur participation. Cet enjeu est admis depuis le début du Programme : "On ne doit pas sous-estimer l'importance de la satisfaction de la clientèle par rapport aux services (…) et son influence sur l'adhésion et la participation assidue des femmes au programme", peut-on lire à la page 21 du Cadre de référence. Ainsi, le faible taux de fidélité au Programme (43,2%) des femmes ayant obtenu un résultat anormal lors de leur première mammographie de dépistage mérite une attention particulière (Bilan 1998-2003 : Programme québécois de dépistage du cancer du sein, 2004, p. 59).

Quand bien même que les plus hauts standards de qualité technologique seraient atteints, cela ne garantirait pas le succès du Programme, lequel doit reposer essentiellement sur l'adhésion et la satisfaction des principales concernées : les femmes. Leur expérience à l'égard du Programme n'est certainement pas une donnée accessoire que l'on peut omettre lors de l'évaluation de la qualité du PQDCS. Il reste alors à s'assurer que cette expérience soit prise en compte par les diverses instances responsables de l'appréciation de la qualité des services offerts.

Toutes initiatives permettant de mieux comprendre et répondre aux besoins des femmes doivent être encouragées. Il est primordial que les équipes d'évaluation présentes dans les régions aient accès aux diverses données et informations leur permettant d'adapter le Programme de façon à ce qu'il réponde plus adéquatement aux besoins spécifiques de leur population respective.

L'expérience des femmes étant une dimension incontournable, elle doit, à ce titre, être reconnue comme telle. Afin de s'assurer que le PQDCS s'attarde aux besoins des femmes, il est essentiel que les normes de qualité, en ce qui a trait au soutien social (émotif et informatif), soient davantage et clairement définies dans le cadre de référence. C'est l'une des recommandations que le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes adressait au MSSS lors du dépôt, en octobre 2004, de son rapport d'enquête intitulé Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente d'un diagnostic. Cette enquête, abordée du point de vue des femmes, a d'ailleurs permis de mettre en lumière les failles identifiées dans le bilan provincial.

Le PQDCS est un programme relativement jeune et beaucoup reste à faire pour qu'il développe son plein potentiel. Diverses initiatives peuvent soutenir l'amélioration de sa qualité et de son fonctionnement. Néanmoins, il est primordial que l'expérience des femmes demeure au centre des préoccupations et que les porte-parole de leurs besoins soient partie prenante des processus d'évaluation visant cette amélioration.

Pour que les choses changent : deux pistes d'action possibles

Exiger que des représentantes d'organismes ayant participé à des projets d'évaluation des besoins et de la satisfaction des femmes :

a) participent au groupe de travail provincial visant à examiner les situations problématiques et à trouver des pistes de solution ;

b) fassent partie d'un éventuel comité de travail ayant pour mandat de réviser le cadre de référence à la lumière des différentes recommandations (en lien avec l'expérience des femmes) portées à l'attention du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Demander que les comités régionaux d'assurance de la qualité aient, au sein de leurs membres, des participantes du Programme.

Bilan provincial du PQDCS 1998-2003
Quelques données pour l'année 2003

Population cible du PQDCS
(nombre de québécoises âgées de 50 à 69 ans)
: 871 465

Taux de participation provincial (proportion des femmes admissibles qui ont passé une mammographie de dépistage et donné leur consentement pour participer au Programme)
: 46,7%

Nombre de mammographie de dépistage : 207 627

initiales (première mammographie de dépistage) : 65 687 (32%)

subséquentes (deuxième, troisième ou quatrième mammographie de dépistage) :
141 940 (68%)

Taux de fidélité au Programme (après la première mammographie)
Suite à un résultat normal (1): 70.5%

Suite à un résultat anormal : 43.2%

Taux de référence pour investigation (proportion de femmes devant passer des examens complémentaires à la suite d'un résultat anormal de la mammographie de dépistage)
lors d'une mammographie initiale : 13.9%
lors d'une mammographie subséquente : 8.2%

Taux de détection du cancer du sein en 2001
--lors d'une mammographie initiale 6,6 cancers pour 1000 participantes

--lors d'une mammographie subséquente 5,5 cancers pour 1000 participantes

De 1998 à 2001, 3 083 cancers du sein ont été détectés dans le cadre du Programme de dépistage. Il s'agit de cancers diagnostiqués chez des participantes au cours de l'année qui a suivi une mammographie de dépistage dont le résultat était anormal.

Bilan 1998-2003 : Programme québécois de dépistage du cancer du sein, page 65.

Taux de couverture en 2001-2002 : 63%

(proportion de Québécoises de 50 à 69 ans ayant passé une mammographie, qu'elle soit de dépistage - avec consentement ou non à participer au Programme- ou de diagnostic, au cours d'une période de 24 mois.)

(1) Au Québec, plus de 20 000 femmes ont obtenu, en 2003, un résultat anormal de leur mammographie de dépistage, soit une femme sur dix participant au Programme.

RQASF

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Références:

Le Bilan 1998-2003 : Programme québécois de dépistage du cancer du sein peut être consulté à la section Documentation, sous la rubrique Publications, du site Internet du ministère de la Santé et des Services sociaux dont l'adresse est : www.msss.gouv.qc.ca.

Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). (2004). Bilan 1998-2003 : Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Québec : Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). (1996). Cadre de référence. Québec : Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF). (2004). Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montréal : RQASF.

Sans préjudice...pour la santé des femmes, Winter 2005, number 34, (Version anglaise)

Women's Needs First

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For the past 10 years, the campaign against breast cancer has been a public health priority. To this end, many organizations and institutions in Quebec are working every day to combat the disease through prevention, screening and treatment. The Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF) has been working on this issue since 1999, when it piloted a project called Soutien et accompagnement des femmes vivant l'attente d'un diagnostic à la suite d'un résultat anormal de la mammographie de dépistage. The project's purpose was to design and develop psychosocial support measures aimed at minimizing psychological distress associated with systematic breast cancer screening. The arrival in 1998 of the Quebec Breast Cancer Screening Program (PQDCS) had already aroused significant anxiety and concern among women.

Various initiatives, carried out during this project with the help of invaluable partners from both the community and public sectors, gave the RQASF increased understanding of the needs of women awaiting a diagnosis. An initiative of particular note was the design and province-wide distribution of 620 copies of an information kit, Du dépistage au diagnostic, offrir du soutien à celles qui en ont besoin (From screening to diagnosis: offering support to women who need it). This tool was designed for practitioners in contact with women awaiting a diagnosis, whether in the community, public or private networks. In addition, two training courses on active listening skills and the specific needs of particular groups of women were offered on several occasions in different regions of Quebec. Women's experience and needs -a constant concern of the RQASF- were central to all of these initiatives.

This issue of Sans préjudice . . . pour la santé des femmes features the principal conclusions and thinking that have emerged from a survey of 631 women registered in the Quebec Breast Cancer Screening Program (QBCSP). The survey's overall conclusion was that the success of the Program mostly depends on women's experience as participants. We invite you to find out for yourself what these women had to say.

RQASF

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, Winter 2005, number 34

An Evaluation that Raises a Lot of Questions

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Winter 2005, Number 34

The year 1998 marked the inauguration of a program to lower the breast cancer mortality rate: the Quebec Breast Cancer Screening Program (QBCSP). Today the QBCSP operates in all 18 socio-sanitary administrative regions of Quebec. Remote regions such as Nunavik and the Cree Territory of James Bay benefit from mobile mammography services (a portable mammography unit in a motor coach).

The Program became established in the first five years; this start-up phase concluded with an evaluation based on quality criteria announced in the Program's initial reference framework.

In October 2004, the Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS, the provincial ministry of health and social services) published Bilan 1998-2003: Programme québécois de dépistage du cancer du sein, an evaluation of the first five years of the Program's operation. The extensive data presented in this report illustrate the great achievements of the start-up phase. Much of this information concerns the Program's performance. On the surface, all aspects appear to have been dissected, analyzed and considered. Yet one important dimension seems to have been overlooked: women's experience as participants in the QBCSP.

This oversight is very worrisome when we consider that the Program's reference framework is based on five fundamental principles, among them the respect of women's needs and rights (PQDCS 9). The provincial evaluation indeed failed to assess the degree of achievement of one of the Program's goals, which is "to guarantee all women participating in the mammography screening program top quality reception, support and follow-up, based on their needs and with the goal of maintaining their quality of life" (PQDCS 11).

There is no special section of the reference framework addressing aspects such as women's quality of life and the general approach to women, including reception, follow-up and support; instead, these aspects are integrated into the various components of the Program. Could this in itself be why these elements were not evaluated? Further, a number of the Program's quality requirements, including reception procedures in the institutions, have no corresponding standards with which to determine anticipated results or create mechanisms for assessing the quality of services offered to women. It is difficult to evaluate something when it has neither been mentioned nor sufficiently defined (PQDCS 16).

Women's regular participation in the Screening Program is necessary if the breast cancer mortality rate is to be reduced. Also, it is recognized that women are more likely to participate if their needs are met. This point has been stressed since the Program's beginnings, and on page 21 of the reference framework we read: "We must not underestimate the importance of client satisfaction regarding services . . . and the impact of this on women's adherence to and ongoing participation in the Program." Accordingly, in the provincial evaluation report, particular attention is paid to the weak Program loyalty rate (43.2%) of women who obtained an abnormal result on the their first screening mammogram (MSSS 59).

Even if the highest technological quality standards were met, this would not guarantee the Program's success, because it essentially depends on the participation and satisfaction of those who are primarily concerned: women. Their experience with the Program is certainly not an ancillary piece of data that can be omitted in a quality assessment of the QBCSP. Clearly, we must keep working to ensure that this experience is taken into account by the different bodies responsible for assessing service quality.

All initiatives that will contribute to a better understanding of and response to women's needs should be supported. It is urgently important that evaluation teams in the regions have access to all the data and information they need to adapt the Program with a view to responding more adequately to the specific needs of women in their respective areas.

Since women's experience is an essential dimension, it should be recognized as such. To ensure that the QBCSP focusses on women's needs, it is crucial that quality standards concerning social support (emotional and informational) be more extensively and clearly defined in the reference framework. This was one of the recommendations the Réseau québécois d'action pour la santé des femmes made to the MSSS in October 2004, when it submitted the survey report entitled Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic (Breast Cancer Screening: Women's Experience of Awaiting a Diagnosis). Designed from women's point of view, this survey highlights the shortcomings of the provincial evaluation.

The QBCSP is a relatively young program and much remains to be done before it will develop to its full potential. Various initiatives could produce improved quality and operations. It is nevertheless crucial that women's experience occupy centre stage and that women's representatives be active participants in the evaluation process aimed at bringing about such improvements.

Bringing about change: two possible paths of action

--Ensure that representatives of groups involved in the projects to evaluate women's needs and satisfaction rates:

a) participate in the provincial working group created to examine problem areas and propose solutions;

b) participate in a future working group charged with reviewing the reference framework in light of the different recommendations (regarding women's experiences) presented to the Ministère de la Santé et des Services sociaux.

--Require that the regional quality assurance committees include Program participants.

Provincial Evaluation of the QBCSP: 1998-2003 A Few Figures

A Few Figures For 2003

QBCSP target group ................871 465
(number of Quebec women aged 50 to 69):

Provincial participation rate .......46.7% (proportion of eligible women who had one screening mammogram and consented to participate in the Program)

Number of first-time screening mammograms ............................207 627
First screening mammogram....65 68 (32%)

second, third or fourth screening mammogram .......................141 940 (68%)

Program loyalty rate
(after having a first screening mammogram) after receiving a normal result.......... 70.5%
after receiving an abnormal result (1) 43.2%

Reference rate for further investigation (proportion of women who underwent additional examinations following an abnormal screening result)
from the first mammogram............... 13.9%
from a subsequent mammogram ........8.2%

Breast cancer detection rate in 2001

from the first mammogram 6.6 cases of cancer for every 1000 participants

from a subsequent mammogram 5.5 cases of cancer for every 1000 participants.

"Between 1998 and 2001, 3083 cases of breast cancer were detected under the Screening Program. These cancers were detected in participants during the year after abnormal screening mammography" (MSSS 65).

Coverage ratein 2001-2002............. 63%

(proportion of Quebec women aged 50 to 69 who did not get a mammogram over a 24-month period, whether it was screening mammography with consent or refusal to participate in the Program, or it was diagnostic mammography)

RQASF
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(1) In 2003, in Quebec, over 20,000 women received an abnormal result on their screening mammogram; this represents one woman out of ten Program participants.

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The Bilan 1998-2003: Programme québécois de dépistage du cancer du sein can be consulted on the Web site of the Ministère de la Santé et des Services sociaux in the Documentation section, under the Publications tab at www.msss.gouv.qc.ca.

Ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS). Bilan 1998-2003 : Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Québec: Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services Sociaux, 2004.

Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). Cadre de référence. Québec: Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services Sociaux, 1996.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF). Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montréal: RQASF, 2004.

A summary of this survey report is available in English (Breast Cancer Screening: Women's Experience of Awaiting a Diagnosis) on the Web: http://www.rqasf.qc.ca/Rapport depistage/faits_anglais.pdf.

A Short Introduction to the QBCSP and a Few Facts

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Winter 2005, Number 34

In Canada, breast cancer remains the most frequently diagnosed form of cancer in women and the second cause of death by cancer. The National Cancer Institute of Canada estimates that in 2004, there were 5700 new cases of breast cancer and 1400 related deaths in Quebec.

In 1998, to reduce the mortality rate associated with this type of cancer, a systematic breast cancer screening program was gradually introduced throughout Quebec. It consists of a mammogram to locate minute lesions that are imperceptible by palpation. This is of immense value because the ability to detect tiny masses offers the opportunity to get more effective treatment, increasing healing and survival rates.

Under the Quebec Breast Cancer Screening Program (QBCSP), all women aged between 50 and 69 receive a letter inviting them to have a mammogram taken in the Designated Screening Centre(1) of their choice. During their first visit to the screening centre, they are invited to register in the screening program; if they agree, they will receive a letter every two years reminding them to return for mammography screening.

A normal mammogram result is conveyed in writing to participants and their physician. Under the Program, women should be informed of an abnormal mammogram by their family physician, who should offer them reassurance and information and arrange for additional examinations to determine the nature of the mass detected in the mammogram. As a precautionary measure, to remedy potential communications problems between doctors and their patients, the QBCSP's Coordinating Centre also informs women about their abnormal screening mammography result and invites them to go for additional examinations.

These usually involve a second mammogram (enlarged or compressed view), an ultrasound or a biopsy. In Quebec in 2003, 13.9% of participants who were having screening mammograms for the first time, and 8.2% of women who had had prior screening mammograms were obliged to undergo additional examinations (MSSS, 2004). The Screening Program stipulated from the outset that additional examinations would be conducted free of charge in a Designated Assessment Centre (DAC), (2) generally attached to a hospital.

One of the goals of the program was to lower the breast cancer mortality rate in 2006 by at least 25% compared to the 1996 rate. To achieve this, 70% of the women invited by the Program would have to participate in the Program on an ongoing basis. In 2003, the participation rate was only 46.7% of Quebec women. Also of concern was the fact that 56.8% of women who obtained an abnormal result after their first mammogram stopped further participation in the screening process. The causes of this phenomenon needed to be understood: could a link be shown between participants' weak loyalty rate and the identified shortcomings with regards to certain QBCSP guidelines, notably those concerning women's rights and needs?

RQASF
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(1) DSC: Designated Screening Centre (in French, centre de dépistage or CDD) designated by the Ministère de la santé et des services sociaux. They can be private radiology clinics or public hospital clinics. In Montreal, the Designated Screening Centres are private radiology clinics.

(2) Designated Assessment Centre or DAC (the French acronym is CRID): designated by the Ministère de la santé et des services sociaux. In Montreal, these centres are attached to hospitals.

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References
Ministère de la Santé et des Services sociaux. Bilan 1998-2003: Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Quebec: Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services Sociaux, 2004.

National Cancer Institute of Canada NCIC. Canadian Cancer Statistics 2004. Toronto: Statistics Canada, 2004.

Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Cadre de référence. Quebec: Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services Sociaux, 1996.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes. Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montreal: RQASF, 2004.

A summary of this survey report is available in English (Breast Cancer Screening: Women's Experience of Awaiting a Diagnosis) on the Web: http://www.rqasf.qc.ca/Rapport depistage/faits_anglais.pdf.

Coordinating Nurse: a Much Needed Orchestrator

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Winter 2005, Number 34

Many employees of the health network, whether physicians or the professional staff of private radiology clinics and hospitals, work every day to ensure that the Quebec Breast Cancer Screening Program attains its ultimate goal: to lower the breast cancer mortality rate. Because of the large number of actors in the program, it is important that their respective roles and responsibilities be clearly defined, to guarantee both the smooth operation of the QBCSP and the well-being of women participants. So, where do things stand now?

The results of the survey to assess women's anxiety levels and their social needs while awaiting a diagnosis revealed a number of shortcomings in the Program's operations, particularly regarding the support they are offered (RQASF).

One of these shortcomings is certainly the lack of involvement of family physicians in the follow-up of women with abnormal screening mammograms. Despite the fact that those in charge of the QBCSP's regional offices are supposed to establish mechanisms to compensate for the absence of a woman's family doctor (PQDCS 28), many survey participants were left on their own after learning, either by mail or from their answering machine, that they had an abnormal mammogram. It appears that Montreal is not the only region where follow-up of Program participants is problematic. The provincial evaluation of the QBCSP reveals problems with the services being delivered to women: "One of these, raised from the Program's inception, is follow-up of women with abnormal screening mammograms who require additional examinations" (MSSS 15).

Survey data indicate that the involvement of a woman's family doctor as soon as an abnormal result is announced is a determining factor because it interrupts the spiralling anxiety that can develop during the investigation process. The QBCSP, indeed, vests physicians with a key role during the screening process. Should we simply wait and hope that each woman can find a family physician who is available to accompany her and ensure the follow-up and support she is entitled to receive? We think measures are needed that will address this situation today.

In light of the survey results, the Réseau québécois d'action pour la santé des femmes has proposed that a coordinating nurse who is formally mandated and trained by the QBCSP be given the job of responding to women's support needs and ensuring follow-up and service continuity. Working exclusively for the Program, this individual would possess all the information necessary for responding to women's various needs. Survey data reveal that women going through the screening process will be most adequately supported with personalized information, transmitted at the appropriate time and in the most effective format by a resource person who is recognized for her or his competence in the matter.

To compensate for the possible absence of a family physician, this nurse could organize follow-up for women by informing their doctors of the abnormal result and arranging with them the necessary follow-up investigation. This way, no woman would be left on her own. Appointment scheduling, examination follow-up, transmission of results and other aspects of the Program would be improved. Because of her or his competency and strategic role, the coordinating nurse would be the main resource person and one with whom women could communicate easily.

A practitioner of the public health network
For various reasons, the position of coordinating nurse should come under the public health system. Participants would then be assured of getting complete and objective information concerning the cost of examinations and the waiting periods to expect in the different institutions. They would be systematically informed of the fact that additional examinations are free of charge when performed in hospitals. The survey revealed that over a third of participants (36.7%) did not receive this information from medical personnel in private clinics. They would also benefit from the social expertise and greater availability of the coordinating nurse, two dimensions that private clinics are unlikely to be able to offer women because of their imperative of maximum productivity.

Last, because of their central role, coordinating nurses would be positioned to be aware of the problems women express or that they observe in the course of their work. By familiarizing themselves with the different tools and resources available and monitoring the needs and constraints experienced by the different actors involved in the QBCSP, they would be able to take an active part in developing more adequate intervention protocols and consequently improving the services offered to women. By proposing ways to close the gap between the Program's announced quality standards and what actually transpires, the coordinating nurse will become an indispensable quality assurance resource for all concerned.

RQASF
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References

Ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS). Bilan 1998-2003: Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Québec City: Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services Sociaux, 2004.

Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). Cadre de référence. Québec City: Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services Sociaux, 1996.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF). Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montréal: RQASF, 2004.

A summary of this survey report is available in English (Breast Cancer Screening: Women's Experience of Awaiting a Diagnosis) on the RQASF Web site.

Reflections of a Nurse in a Designated Assessment Centre (DAC)

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Winter 2005, Number 34

A nurse who has worked for the past five years in a Designated Assessment Centre (DAC) (1) in Montreal agreed to meet with us to share her perceptions of the principal needs of women who participate in the Quebec Breast Cancer Screening Program (QBCSP); her vision of her nursing role; work organization; and her mandate as a nurse attached to the QBCSP. We'll call her Amélie.

Needs of participants
According to Amélie, Program participants who come to the Designated Assessment Centre for additional examinations are anxious, especially those who know other women with breast cancer. Participants do not immediately express their worries, however, and for this reason someone needs to check their anxiety level.

Most women need reassurance and this means providing them with information. In particular, they want to know what their risk is of breast cancer. Even if many women are already familiar with mammography and ultrasound, it is still useful to remind them of the procedures. The biopsy, however, has negative associations and most women imagine the worst outcome to this examination.

In general, participants want information about their personal file and they want more details about the interpretation of their examination results. This confirms the importance of having the option of talking with a competent resource person, and of offering personalized information.

Her nursing role
Amélie sees her role as giving support (emotional and informational) to participants and establishing links among the medical personnel. Above all, she serves as a resource person.

She gives participants her contact information, and this reassures them and reduces their isolation. Amélie does this because she has noticed that most women go through this process alone. Too often, they do not want to talk about it to avoid worrying those close to them.

Amélie also serves as an intermediary between Program participants and their physician. Due to lack of time, physicians usually give women only the essential information, leaving it to the nurse to fill in the rest; for example, the physician will explain why a biopsy is necessary, and the nurse will tell women how it is done. Also, most women are reluctant to ask their physician to explain scientific terms they do not understand. Few of them ask any questions, and this is when the nurse intervenes. She or he acts as an interpreter and explains, in more accessible language, the information given by physicians. Participants are then more confident about asking questions.

Amélie always attends the meeting between the physician and patient when an abnormal biopsy result, in other words a cancer diagnosis, is being announced. When women hear this news, they are not ready to take in additional information because their capacity to retain information is drastically reduced. Nor are they in a position to ask questions because their attention is focussed on the diagnosis, and they are in a state of shock. Later, Amélie is usually the person to whom they express their feelings and fears. After the initial shock, women want further explanations. If necessary, a second appointment with their physician is set up.

In all cases, Amélie supervises the planning of participants' appointments, attempting to every extent possible to combine examinations in order to reduce the number of visits and waiting time. Last, if she judges it necessary, she refers participants to another member of the multidisciplinary team (psychologist or social worker).

Her work organization
In the DAC where she works right now, Amélie criticizes the fact that no time slots are reserved exclusively to QBCSP participants. No distinction is made between Program participants, who are in the minority, and other patients of the breast clinic. In her opinion, specific days should be entirely reserved to Program participants. It would then be easier to focus on participants' needs, which are frequently given short shrift because of the time required to respond to the greater number of other patients.

Amélie also believes that a general practitioner should see screening program participants because they are usually more available than surgeons. All participants would then see a physician on arrival at the assessment centre and would only be referred to a surgeon if they required surgery.

Now, a staff shortage means that Amélie is responsible for follow-up of QBCSP participants' examination reports and setting up their appointments, tasks that could easily be delegated to a secretary under her supervision. In this way, she would have more time for supporting Program participants, training staff, developing training tools and keeping herself informed.

A mandate needing better definition
The role of the nurse who works with Breast Cancer Screening Program participants in a DAC was never clearly defined. Amélie was recruited to work as a trained nurse in this particular breast clinic, but was given no further job description. Today, in the five DACs in Montreal, each nurse organizes her work based on her personal definition of this role. Some of them do not consider it necessary to meet the Program participants while others spend lots of time with the women. The only common element: all participants with a breast cancer diagnosis who must undergo surgery meet with a nurse.

In addition, the development of working tools (anxiety assessment grid, participant follow-up, etc.) is left up to the individual nurse. There are no resources distributed to all DACs for the purpose of facilitating and organizing these nurses' work. The absence of common working tools is mainly due to the differing operations of each institution. The view seems to be that because of the DACs' different realities, such tools would not be appropriate for all the centres.

The ambiguous role of the nurse assigned to QBCSP participants who have their additional examinations in DACs, and the lack of common working tools is perplexing. It seems obvious that the expertise of these nurses should be shared with a view to developing intervention protocols that would standardize services in the different institutions, thereby providing the Screening Program with a means of quality assurance.

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(1) DAC (Designated Assessment Centre) named by the Ministère de la Santé et des Services sociaux. In Montreal, these centres are attached to a hospital.

Story of a QBCSP Participant

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Winter 2005, Number 34

A participant in the survey, Breast Cancer Screening: Women's Experience of Awaiting Diagnosis, agreed to talk with us about her experience with breast cancer screening two years ago. She also talked about her feelings on the eve of returning for another screening mammogram. We'll call her Jeanne.

When Jeanne registered in the Quebec Breast Cancer Screening Program, it wasn't the first time she had had a screening mammogram taken. Since she turned 40 (she is now 56) she has had this examination on a regular basis, with abnormal results on two occasions.

When she had her last mammogram taken in 2003, she was informed of her abnormal result in a voicemail message. A secretary confirmed there was "something abnormal" in the mammogram and told her to contact the screening centre. Except for this shocking news and an invitation to return for a second mammogram, she does not recall receiving any other information, and nobody offered her reassurance. Jeanne does not remember sharing her anxiety with anyone during this time, because she had no obvious symptoms. She preferred to wait for the examination results, rather than alarm those close to her. Yet, as she says, "A few years ago, when I had a lump, I let people know about it!"

After the second mammogram was taken, Jeanne asked the technician if anything unusual had been detected. She was told that her doctor would call her: "I realized that she couldn't tell me anything and I went home with my little knot of stress." The waiting period for the test results was hard: "I had trouble sleeping, I was so worried," she confided. Luckily, her doctor called her quite quickly and confirmed that all was normal.

Several weeks ago, Jeanne received another letter from the Screening Program, and tomorrow she is going back for mammography screening. She feels nervous even though it is not her first time. It seems to her that everyday she hears people talking about breast cancer and that she knows more and more women afflicted with the disease: "It always happens to other people, but one day, when it's your turn . . . The gods have been with me and it's always been negative, but that doesn't make me any calmer. I'm still wracked with anxiety." Despite the stress and her reluctance, she is still going to have the test done out of respect for her daughters: "If something does happen, I want to be able to show my daughters that I did everything I was supposed to do."

She is trying to maintain a positive outlook by remembering that no one in her family has had breast cancer. She fights off anxiety with relaxation techniques. She regularly practises breast self-exam: "I always find lots of lumps and that makes me even more nervous." Recently her doctor suggested that she feel her lymph nodes; she was reassured when she didn't detect anything and tells herself that this time the mammogram will be normal. It isn't the pain and discomfort of mammography that worries her; it's that "I might be called back."

Jeanne thinks that the biggest improvement to the screening process would be reducing the waiting periods. Ideally, after the test, participants should be able to meet the radiologist and be informed of the result. This would eliminate the wait until the family physician receives the examination report and transmits the result to her or his patient. According to her, these processes are too time consuming. "I'm a bundle of nerves and waiting periods are the hardest on me." She would even be willing to pay a hefty fee in order to have additional examinations as quickly as possible and get the results rapidly.

At her last appointment with her family physician she mentioned her anxiety about the upcoming screening. He was able to reassure her. He examined her breasts and calmed her by telling her that he had not felt anything abnormal. Jeanne's view is that her family physician is not the only one who could provide comfort in her periods of great anxiety. Clinic radiologists or a nurse could be just as reassuring.

Jeanne's story confirms the importance of the physician's role with QBCSP participants, and supports one of the survey recommendations: to establish the position of coordinating nurse. This individual would partner with women's physicians to ensure follow-up and support for Screening Program participants. As Jeanne pointed out: "I'm not sure that my doctor was able to call me as soon as he received my result." In all probability he could not call right away, for all kinds of good reasons. A resource person designated to follow-up with Program participants could make all the difference.

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The QBCSP, a Private-Public Partnership Before its Time

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Winter 2005, Number 34

Since the Charest government's arrival in power, private-public partnerships (PPPs) have been a regular item in the Quebec news. Originating in the British neoliberal era of Margaret Thatcher, the PPP model is not a new phenomenon in Quebec. Various "small-scale partnerships" have operated for a long time now; indeed, many private health institutions and services are financed by the State, among them, long-term care residences, medical clinics and radiology clinics. Nearly 40% of our health expenditures in Quebec are incurred in the private sector.

In the 1990s, public health care budgets shrank. The gradual amputation of public financing for health care is the consequence of trade agreements on government contracting (1) that started being negotiated in the 1980s. According to Jennie Skeene, president of the Fédération des Infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), it was a "concerted process to accelerate the privatization and commercialization of the public sector" (Brouillard 8). World Bank(2) strategies to privatize public services were implemented in Quebec with the health reform, and several bills were adopted under a gag order in December 2003 and December 2004. These laws create structures to comply with the requirements of trade agreements (Bill 25); throw open the doors to sub-contracting (Bill 31); and, by allowing the disaffiliation of a portion of the workforce and reducing labour unions' effectiveness, offer lucrative investment opportunities for private investors (Bill 30). Finally, the new Act respecting the Agence des partenariats public-privé du Québec (Bill 61) creates an agency to promote and oversee private-public partnerships.

Now that we have this agency in Quebec, we should at least examine what is not being said about the PPPs. By reviewing the experience of health sector PPPs in other countries, we will study the possible impact of this model on health services. We will consider the findings of our survey on women's anxiety and support needs after an abnormal breast cancer screening mammogram in terms of some of the effects of privatization on the quality of services offered to participants in the Quebec Breast Cancer Screening Program.

The stakes underlying the privatization of health services
First, the privatization of public services, including health services, clearly marks a return to the early 1900s, an era when the private sector exercised a monopoly in several domains: electrical power, public transportation and health services. With the adoption of charters of rights, social legislation and universal rights protection instruments, immense progress towards a more just and more egalitarian society was achieved. This shift backward is rooted in the dominance of a neoliberal agenda that masks its antidemocratic and ideology-driven character.

According to neoliberal ideology, which is supported to a great extent by the media, public health services cost too much (the State can no longer "afford to pay") and these services are badly managed; private services are more "efficient": they are of better quality, cheaper and faster. There are no objective grounds to support these affirmations. On the contrary, numerous studies, particularly of the U.S. and British health systems, show that privatization and private-public partnerships lead to the commodification of care, conflict of interest, lower service quality, reduced accessibility for disadvantaged persons, and, to top it off, increased costs for the State (see Kalant, 2001, for numerous references).

Furthermore, other studies show that the transfer of some health services to the private sector has increased waiting lists in the public sector. According to the U.S. studies, physician clinic owners provide "excessive" services to their patients, for example, too many X-rays (FIIQ 2004b 16; Kalant). After 10 years of implementing the PPP health services model in Great Britain, the British Medical Association found that, "data continue to show that private initiatives in hospitals are exceedingly expensive and do not satisfactorily meet our expectations with respect to service accessibility, resource optimization, transfer of risk and service cuts," (FIIQ 2004b: 17). In fact, privatization means making the public pay while the private sector reaps the profits!

The QBCSP
Established by the Bouchard government in 1998 in a context of budgetary crisis and zero deficit goals, from out outset the Quebec Breast Cancer Screening Program (QBCSP), leaned strongly toward privatized services. When the Program was instituted in Montreal, initial screening mammography was supposed to be done in a private radiology clinic (3) , and additional examinations to determine the nature of an anomaly were to be conducted in a hospital. The Program in effect constitutes a health PPP that was never named as such. Yet, the QBCSP clearly corresponds with the definition of a PPP under Bill 61 (section 6): "A public-private partnership contract is a long-term contract under which a public body allows a private-sector enterprise to participate, with or without a financial contribution, in designing, constructing and operating a public work. The purpose of the contract can be the delivery of a public service. "

Although initially, participants were supposed to have their additional examinations in a hospital, the majority of participants, or three out of five women, had their additional examinations performed in a private radiology clinic. Fees were charged to participants for most of these examinations. Furthermore, a third of the participants were not informed by designated screening centre (DSC) staff that these examinations were free of charge when performed in a hospital (RQASF 2004: 52).

According to survey findings, the profile of participants who used private services is not the same as that of women who used public services. Women who had their additional examinations in a hospital had a lower family income and level of formal schooling; they were more likely to be on sick or disability leave and a larger proportion of them received social assistance or employment insurance benefits. This is contrary to the Program's stated desire to ensure "equitable and accessible service to all sub-groups of the population" (Programme québécois de dépistage du cancer du sein 8).

The survey's conclusions reveal numerous other shortcomings of the QBCSP, particularly regarding service quality in private radiology clinics (DSCs). Women receive much less encouragement to talk about their fears in these clinics than in the hospitals (RQASF 2004: 39); they are less satisfied with the emotional support they receive (RQASF 2004: 40); they are given less information (RQASF 2004: 42); and are less satisfied with the information they do receive (RQASF 2004: 43). Analysis revealed that participants' anxiety was not lower when they were informed of an abnormal breast cancer screening in person by DSC staff than when they were informed in a letter from the QBCSP (RQASF 2004: 51).

Regarding waiting periods, the survey findings challenge commonly held assumptions. While the waiting period before additional examinations begin was generally shorter with the private clinics, the actual process of completing the additional examinations was not faster if they were conducted in a private clinic. As for biopsies, more women got their results faster when they were performed in a hospital (RQASF 2004: 52).

Were the promises of service quality, shorter waiting periods and greater accessibility honoured by resorting to the private sector? The results of our survey seem to indicate the contrary.

RQASF
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(1) Opening public services (health, education, housing, water, transportation, etc.) to competition through contracts signed with the private sector (PPP). Public administrations were then obliged to issue tender calls to supply themselves with goods and services.

(2) These strategies are: planned resource deficit; deregulation; rate setting; decentralization/regionalization; privatization and communitization.

(3) DCS: designated screening centre named by the Ministère de la santé et des services sociaux.

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References

Brouillard, C. "Une entrevue avec Jennie Skene sur les réformes dans le réseau de la santé : des restructurations à saveur marchande". À bâbord! (Jan.-Feb., 2004) p. 8-9.

Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ). Des marchés publics dans la santé. Montréal/Québec: FIIQ, 2004a.

Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ). L'Agence des partenariats public- privé du Québec ou la construction d'un État marchand. Brief. Montréal/Québec: FIIQ, 2004b.

Kalant, N. La Commission royale sur l'avenir des soins de santé au Canada (Romanow). Brief for the Coalition des médecins pour la justice sociale. 2001.

Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS). Cadre de référence. Québec City: Direction des communications du Ministère de la Santé et des Services Sociaux, 1996.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF). Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montréal: RQASF, 2004.

What do Women Experience While Awaiting a Diagnosis? A Survey That Speaks Volumes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Winter 2005, Number 34

The Quebec Breast Cancer Screening Program (QBCSP) is for asymptomatic women who hope that screening mammography will confirm they are in good health. It is therefore not surprising that an abnormal result elicits shock and worry.

In 2003, over 20,000 women out of 207,627 Program participants in Quebec had an abnormal screening mammogram. They then had to have additional examinations for a more precise determination of the presence of breast cancer. It is well known that women awaiting a diagnosis can experience anxiety: they are anxious about the examination results and may become obsessed by the fear they have breast cancer. Fortunately, social support makes it possible to reduce anxiety related to screening and additional investigation. Indeed, studies have shown that women who benefit from strong social support experience less stress during this period.

To this end, when the Program was launched, Montreal's QBCSP Coordinating Centre and several community organizations adopted different initiatives aimed at reducing women's anxiety following an abnormal screening mammogram. Among these was a training program for practitioners and the development of reference tools to ensure adequate social support for participants.

Why conduct a survey?
In 2001, the Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF) published an information and resource kit called Du dépistage au diagnostic, offrir du soutien à celles qui en ont besoin (From screening to diagnosis: offering support to women who need it). The kit was designed for practitioners who work with women who have had an abnormal screening mammogram and are awaiting a diagnosis. After it had been distributed throughout the province, the RQASF evaluated its utilization, laying the groundwork for the later survey. This is one of the findings that women wanted to investigate further: in Montreal, like elsewhere in Quebec, women who participated in the QBCSP made little use of support resources. What was behind the low resource usage rate? Were women awaiting a diagnosis in fact experiencing anxiety? And if so, was the existing social support meeting their needs?

To find the answers to these questions, the RQASF decided, after five years of the Program's operation, to do a survey on the experience of Program participants in the region of Montreal. The survey began in 2003, in partnership with Montreal's QBCSP Coordinating Centre. The goals: evaluate the anxiety level of women awaiting a diagnosis; determine their support needs (emotional, informational and tangible); document the social support offered to them; assess women's satisfaction rate; and, last, formulate improvements to social support measures. The survey was entitled Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic (Breast Cancer Screening: Women's Experience of Awaiting a Diagnosis).

How the survey unfolded Between February 19 and June 9, 2003, 951 survey questionnaires were mailed to all Montreal region participants in the Quebec Breast Cancer Screening Program who had had an abnormal screening mammogram. To boost the survey's response rate, a second mailing and reminder telephone calls were made to all participants. In all, 631 questionnaires were completed and analyzed.

Participant profile
Two-thirds of the 631 women from Montreal who agreed to complete the questionnaire were aged between 50 and 60, and 79% of them were born in Canada. A little over half of them had completed 12 years of formal schooling and at least one woman in three had gone to university. The majority (61.1%) of participants had a partner or spouse. Regarding family income, 37.9% of the participants estimated it as $29,999 or less, while 35.8% of them had family incomes of $50,000 or more. Six women out of 10 worked outside the home.

Participants' anxiety levels
The survey showed that half of the QBCSP participants from the Montreal region were "quite" or "very worried" at all stages of the screening and additional examinations, in other words, after learning of an abnormal screening mammogram, during the waiting period before having additional examinations and while waiting for the results of those examinations.

Personal and structural factors affected participants' anxiety levels. On a personal level, younger women (aged 50 to 60), women who had gone through a highly stressful period prior to screening, and those who were simply nervous at the idea of having a mammogram taken, were more anxious during the screening and remained so throughout the additional investigation period. These data suggest the importance of early intervention to offer women reassurance from the start.

On the structural level, the manner of announcing an abnormal screening mammogram influenced participants' anxiety level. When women heard the news from their physician, they were less alarmed, and also less anxious during subsequent stages of the investigation. Yet, in Montreal, only two participants out of five were told of their abnormal result by their physician. Moreover, almost a third of the women were informed by a voicemail or answering machine message. In both these scenarios, there is no one physically present to offer women who need it the appropriate social support. The majority of women (93.3%) would like to be informed of the results in person. But the person assuming responsibility for communicating this information must be capable of offering them the needed support under the circumstances. According to survey data, participants who were informed about an abnormal result by someone in the radiology clinic (Designated Screening Centre or DSC)(1) were more worried than those who were informed in writing by the QBCSP.

This finding is a perplexing one, and raises two questions. First, why did some DSCs take it upon themselves to inform women of their result when, under the Program, the woman's physician is supposed to assume this role? Second, in the case of the DSCs that took on this role, it is legitimate to wonder about staff qualifications and the conditions (lack of time, lack of useful information to transmit) under which this announcement was made.

Waiting periods were the second structural factor influencing participants' anxiety levels. Analysis has confirmed that the lengthier the waiting period between the different additional examinations and announcement of the results, the more anxious women become. This is doubtless why 98% of the women want a reduced waiting period.

With respect to these results, it is also relevant to ask who, in fact, is in charge of ensuring that Program participants are informed in person about their abnormal screening mammogram? Who is in charge of arranging appointments for women needing additional examinations, in order to reduce as much as possible the wait between the different stages?

Emotional support
It is reassuring to note that the majority of participants were able to express their emotions after being informed of an abnormal screening mammogram. They confided mainly in family and friends, and spoke to only a small degree with health professionals. Yet, even when they were satisfied with efforts to comfort them by their intimates, participants did not feel any less anxious. Only the comfort offered by health professionals was successful in diminishing the anxiety generated by additional examinations. How, then, do we explain the fact that so few women talked to health professionals about their feelings after learning of an abnormal result? The survey findings clearly demonstrate that women did not reveal their feelings because they were not encouraged to do so. The more an institution's staff expressed their openness and availability, the more participants talked about their feelings. Participants were strongly in favour (91.8%) of being encouraged to talk about their concerns. In addition, 80.3% of women who had their additional examinations in private radiology clinics (DSCs) received no encouragement to talk about their feelings. So, it is hardly surprising that only a third of the women expressed their emotions.

Informational support
Survey data confirms that the more satisfied women are with the information given to them, the less anxious they are; this is true of all stages of screening and additional investigation. Also, a majority of the participants did not go looking for information because almost two-thirds of them had already received it at the hospital or clinic. Yet, half the women, despite having received information, were "quite" or "very anxious" throughout this period.

Analysis of the results has shown that standardized information does not sufficiently meet participants' needs. Women's questions vary considerably and their interests are very diversified. This means that information must constantly be adapted; in other words, a customized approach is required. To do this, attention must be paid to the specific needs of each participant. Although most women were not encouraged to talk about their feelings, were they given more permission to ask the questions concerning them?

For the most part, Program participants received verbal information following an abnormal screening mammogram. It is common knowledge, however, that under stress, the ability to comprehend and retain information is reduced. A minority of participants in the survey received written information, although most of them would like to have information in this form. When they had such documentation, most of the women read it, understood it, and considered it useful.

One out of five participants who had their additional examinations in a private radiology clinic (DSC) received no information whatsoever. Staff at some of these centres seem to take the view that providing information simply involves putting brochures in display racks. Information must also be accessible and visible.

Last, the vast majority of participants (95.1%) were not given the name of someone or a group to contact in case of need. Most women would like to have this information because, even if they do not make use of it, they know they can count on the resource if ever they should need it.

Shortcomings that must be corrected
Overall, the findings are cause for concern. What emotional and informational support is actually being offered to Program participants? As recommended from the QBCSP's inception, the Designated Assessment Centres (DACs)(2) in Montreal provide the services of a nurse who is responsible for offering emotional support and information to women awaiting the results of additional examinations. However, because the nurse does not work exclusively for the QBCSP, the time devoted to the social support of participants is clearly insufficient. Furthermore, in the private radiology clinics (DSCs), where nearly three out of five Montreal women go for their additional examinations, there is no one designated to fulfill this function. Consequently, it is not surprising to note numerous shortcomings respecting support offered to participants awaiting a diagnosis in these clinics.

It is unacceptable that in a public screening program the quality of support offered to participants depends on the type of centre they use for their additional examinations. All women who are registered in the screening program are invited to do so by the QBCSP; in return, the Program should provide a structure that guarantees each of them the least traumatic experience possible in every type of institution they might frequent. Women have a right to personalized emotional and informational support that adequately meets their particular needs.

RQASF
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(1) DSC: Designated Screening Centre (the French acronym is CDD), designated by the Ministère de la Santé et des Services sociaux. In Montreal, they are located in private radiology clinics.
(2) DAC: Designated Assessment Centre designated by the Ministère de la Santé et des Services sociaux. In Montreal, these centres are attached to a hospital.

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References

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF). Du dépistage au diagnostic : offrir du soutien à celles qui en ont besoin. Information kit. Montréal: RQASF, 2002.

Réseau québécois d'action pour la santé des femmes, (RQASF). Dépistage du cancer du sein : ce que vivent les femmes en attente de diagnostic. Montréal: RQASF, 2004.

A summary of this survey report is available in English (Breast Cancer Screening: Women's Experience of Awaiting a Diagnosis) on the RQASF Web site: http://www.rqasf.qc.ca/Rapport depistage/faits_anglais.pdf

Sans préjudice...pour la santé des femmes, no 35, Printemps 2005

Se rassembler, s'informer, agir!

Une version en PDF de ce document est aussi disponible

Pour la première fois en janvier dernier, le Réseau québécois des femmes en environnement (RQFE) était l'organisateur et l'hôte d'un colloque international sur les liens entre la santé des femmes et l'environnement, Écodéfi 2005. Le colloque a réuni plus de 450 personnes venues des quatre coins de la planète pour assister à une trentaine de conférences, ateliers et panels de discussion. Il a été l'occasion de faire un tour d'horizon des études scientifiques traitant des principaux polluants qui affectent la santé humaine, des milieux où nous y sommes exposés et de leurs impacts sur la santé des femmes. Des défis prioritaires visant à améliorer la qualité de l'environnement - et conséquemment la santé des femmes - ont aussi été identifiés. Ce numéro du Sans préjudice donne un bref aperçu des résultats de ce colloque.

Le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes (RQASF) s'est associé au RQFE pour répondre à la fois à sa mission de travailler solidairement dans une perspective féministe à l'amélioration de la santé et du bien-être des femmes et à, du moins, deux de ses objectifs qui sont de regrouper et de mobiliser les femmes et les organisations préoccupées par la santé des femmes et d'agir pour et avec les femmes, dans la reconnaissance de leur savoir et la prise en charge de leur santé.

Qu'est-ce que le RQFE
Quant au RQFE, il vise la mise en lien de femmes intéressées par l'environnement, le renforcement des capacités d'intervention des femmes dans ce domaine et la diffusion, prioritairement auprès des femmes, d'informations relatives à l'environnement et à la santé. Il entend donner, au Québec, un espace et une voix aux préoccupations des citoyennes quant à la promotion et à la protection de l'environnement et de la santé. Ce Réseau compte plus de 200 membres individuels à travers la province et est actif depuis 1999. Membre du RQASF, le RQFE a toujours eu la préoccupation d'établir les liens entre la santé et l'environnement. La santé des femmes est donc au cœur de sa mission même si son approche est issue des sciences dites dures comparativement à celle du RQASF qui l'est des sciences sociales.

D'où vient le RQFE
Le RQFE est né d'une intention de mettre ensemble des femmes oeuvrant dans le domaine de l'environnement, des femmes qui n'étaient pas nécessairement des écologistes, ni nécessairement des féministes. Ces dernières travaillaient dans des milieux différents, que ce soit auprès des entreprises privées, pour le gouvernement, des universités ou pour des groupes communautaires. Se rencontrant dans le contexte d'audiences publiques, elles ont constaté des intérêts communs, notamment en ce qui concerne la santé des femmes, souvent occultée dans un monde où les décisions sont prises par des hommes. Ces femmes, qui partageaient une même réalité face au milieu de l'environnement et des inquiétudes par rapport à leur santé, ont eu le goût de travailler ensemble et de s'échanger des données et expertises. Avant même la création du RQFE, elles ont organisé un colloque sur la santé des femmes et le fleuve Saint-Laurent. À cette occasion, se sont ajoutées d'autres femmes, préoccupées par leur santé en lien avec l'environnement. Ainsi s'est créé le Réseau québécois des femmes en environnement (RQFE) présidé à l'origine par Liliane Cotnoir.

Bilan des connaissances
Il existe un vide dans la recherche et conséquemment les connaissances sur les impacts de l'environnement sur la santé des femmes. Lors du colloque Écodéfi 2005, le RQFE voulait justement faire le bilan des connaissances à ce sujet et a constaté qu'il y en avait très peu ! Il existe quelques recherches sur le cancer du sein, sur le transfert de certains polluants dans la chaîne alimentaire, de la mère à l'enfant, sur la pollution atmosphérique, mais presque rien ne se fait avec une approche d'analyse différenciée selon les sexes ou tout simplement sur un aspect propre aux femmes. Par exemple, en ouverture de la deuxième journée du Colloque, Claude Tremblay de la Direction de la santé publique de la Montérégie qui a fait un exposé sur " La place de la santé environnementale dans le milieu de la santé au Québec " s'est fait demander quel était l'état des données par rapport à la santé des femmes en lien avec l'environnement : rien n'était fait dans ce sens. En fait, la probabilité de développer une maladie qui serait liée à la présence d'une polluant est évaluée comme étant la même pour les hommes et les femmes, c'est au niveau de l'exposition qu'on fait une différence. Des analyses différenciées selon le sexe restent à faire quant aux effets variés qui peuvent survenir selon qu'on soit un homme ou une femme.

Par ailleurs, des chercheures se sont rendu compte qu'il est très difficile de faire subventionner des travaux sur la santé des femmes. Souvent, ce sont les recherches portant sur la santé en général, où les hommes sont habituellement sous observation, qui reçoivent l'appui des organismes subventionnaires. C'est ce que révèle une analyse de Karen Messing, professeure de l'UQAM, sur les subventions octroyées pour des travaux portant exclusivement sur les femmes en milieu de travail : un faible pourcentage de ceux-ci étaient subventionnés.

Que faire ?
Puisque les études spécifiques sur les impacts des polluants de l'environnement sur la santé des femmes demeurent rares, mais sachant que ces impacts existent certainement, sous le couvert du principe de précaution, le RQFE a résolu de proposer des changements comportementaux. Par exemple, en ce qui concerne l'usage de produits chimiques dans la maison pour diminuer le degré d'exposition à ces contaminants et ainsi contribuer à prévenir certaines maladies. Mais pourquoi cibler davantage les femmes quant à la responsabilité citoyenne par rapport à l'environnement ? Ce n'est pas que les femmes aient des responsabilités différentes de celles que les hommes peuvent avoir, mais comme il faut diminuer l'impact des polluants sur la santé, dont les liens sont de plus en plus établis avec le cancer du sein, par exemple, il faut réduire notre exposition. Le meilleur contrôle qu'on puisse avoir, c'est par de petits gestes au quotidien, qui ne changeront sûrement pas le monde, mais du moins notre petit monde à nous. De plus, plus on en sait, plus on veut en savoir. C'est d'ailleurs une des missions du RQFE que d'informer les femmes en particulier sur les problématiques environnementales et les répercussions possibles sur leur santé. A partir de ce moment, elles peuvent faire des choix plus éclairés à petite et à grande échelle selon leur niveau d'implication.

Une question de sensibilisation
Au panel de fermeture du colloque, des femmes de différents milieux institutionnels ont réclamé du support : elles veulent de l'information, elles veulent savoir où la trouver pour participer aux débats et aux consultations en matière d'environnement. Ces femmes souhaitent également se réseauter, travailler ensemble, savoir qui fait quoi. À cet effet, le RQFE veut créer un observatoire, un lieu qui rassemblera toute l'information à jour sur la question de la santé des femmes et l'environnement. Il veut également mener à bien certains projets qui vont toucher la santé des femmes et l'environnement, par exemple, l'impact du smog et des journées chaudes ou l'effet des xénoeostrogènes sur la santé.Enfin, certaines réclament un engagement plus politique pour qu'un mouvement se crée. Le RQFE n'est toutefois pas un groupe de pression, il ne prend pas de position politique, il génère et recueille de l'information, et la transmet aux membres.

Pour en connaître plus
Vous pouvez trouver plus d'information sur les activités du colloque et les textes des conférences sur le site Internet suivant : www.ecodefi.org. Si vous voulez en savoir plus sur le RQFE, nous vous invitons à consulter son site www.rqfe.org.

Lise Parent, Caroline Voyer, RQFE et Isabelle Mimeault, RQASF

VOICI LA LISTE DES AUTRES ARTICLES DU SP, no 35, Printemps 2005

Ce que veulent les femmes du Québec en matière d'environnement

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 35, Printemps 2005

Samedi matin, le 22 janvier 2005. Dans une salle de l'hôtel Hyatt Regency à Montréal, malgré le froid extérieur impressionnant, des femmes d'un peu partout sont réunies. À la lumière des conférences auxquelles elles ont assisté, les participantes à l'atelier portant sur les défis des femmes au Québec sont invitées à identifier les grands enjeux environnementaux et les moyens qui doivent être ciblés pour favoriser l'atteinte d'un environnement sain. Les résultats de cet atelier alimenteront les réflexions du Réseau québécois des femmes en environnement (RQFE) pour ses actions futures.

À l'analyse des propos émis par les participantes, Madame Julien nous livre les points importants qui constituent en quelque sorte les préalables pour l'atteinte d'un environnement sans danger pour notre santé. D'entrée de jeu, un constat ressort : les participantes sont sensibilisées à l'urgence écologique. Plusieurs diront qu'elles ressentent un signal d'alarme et sont inquiètes de ce qui se passe sur notre planète. C'est pourquoi elles s'impliquent dans des actions sociales et personnelles.

L'information versus la désinformation
Il est difficile d'avoir accès à l'information juste. Les gouvernements ont trop peu d'écoute et on ne peut que constater un écart entre le discours officiel et l'action. Quant à la connaissance scientifique, il est encore difficile de prouver les liens de cause à effet entre la contamination environnementale et telle ou telle maladie. En outre, nous sommes constamment exposés par l'air, l'eau et la nourriture, à des concentrations variables de composés chimiques dont les effets cumulatifs nous sont tout à fait inconnus. Les femmes ont aussi été touchées par la conférence d'Elizabeth May, Empoisonner la terre, s'empoisonner soi-même, qui nous rappelait que nos utérus sont contaminés, que nos enfants souffrent du cancer et que nous pouvons refuser de nous adapter et plutôt nous attaquer aux causes de cette situation, l'une d'entre elles étant les conflits d'intérêts qui modulent l'information (1).

La sensibilisation
Malgré les avertissements répétés des écologistes et des scientifiques, malgré les dossiers d'information dans les médias et les actions posées par les groupes d'écologistes, nous ne sommes pas suffisamment informés de l'urgence de la situation et des moyens et pistes de solutions concrètes qui peuvent être mis en place pour promouvoir un environnement viable. L'éducation relative à l'environnement, qui est un domaine plutôt nouveau, est peu financée. À cause de la complexité de la problématique et des intérêts divergents de l'économie et du respect de l'environnement, on doit promouvoir une approche écosanté, qui a pour but, comme l'écrivait Louise Vandelac, " de protéger les équilibres écologiques, sociaux et psychiques, permettant aux êtres et aux milieux de vie de se regénérer et de donner corps et sens au monde. "(2).

La consommation
" Acheter, c'est voter ", nous dit Laure Waridel, co-fondatrice et présidente d'Équiterre, et les participantes témoignent aussi en ce sens en contestant la surconsommation, la nôtre et celle de nos sociétés. Consommer, oui, mais combien et quoi? La réduction de notre consommation tant personnelle que sociétale est rendue nécessaire et il est plus que temps de s'interroger sur la qualité de ce que nous consommons ainsi que d'appliquer les 3RV : réduire, réutiliser, recycler et valoriser. Et si l'on veut que cela fonctionne, il faut trouver des solutions simples et claires.

L'équilibre entre les actions individuelles et les actions collectives
Si nous voulons que sur cette planète la primauté du respect du vivant prévale sur l'avidité d'avoir, de dépenser et de gaspiller, ce sera grâce à nos actions individuelles et collectives conjuguées. C'est d'un geste à la fois que l'on change ses attitudes, que l'on réduit son empreinte écologique, mais on doit aussi utiliser le levier collectif pour changer les choses. Pour influencer les structures, modifier les lois, mettre en place les changements sociaux, légaux et politiques nécessaires, il faut une solidarité mondiale. À cet égard, nous sommes toutes et tous liés, car la pollution n'a pas de frontières.

Les ressources pour réaliser tout ça
Bien sûr, comme on dit couramment, l'argent est le nerf de la guerre et il ne pousse pas dans les arbres…! Nous aurons besoin d'argent pour favoriser les initiatives tant locales, nationales, internationales qu'individuelles et collectives afin de pouvoir vivre dans un environnement sain.

La vision des femmes, un autre regard sur le monde
" Nous ne pouvons solutionner nos problèmes avec la même pensée qui les a créés " disait Albert Einstein (3). Bien sûr, c'est là que le bât blesse et c'est pourquoi les femmes qui discutaient dans cet atelier ont tant été touchées par les conférenciers et conférencières qui proposaient une autre façon de voir le monde. Le virage vers l'approche écosanté ne peut être induit que par un changement de mentalité. Dans la récente livraison de mars de la revue Relations, Jean-Claude Ravet écrivait :

" Nous ne pouvons changer le monde sans transformer notre regard sur lui. La gauche ne peut plus partager avec le capitalisme une même conception de l'existence qui nie notre inhérence au monde. Notre corps est chair du monde et le monde partie intégrante de notre existence. "(4)

C'est aussi ce que le Mouvement des femmes affirme dans la Charte mondiale des femmes pour l'humanité, lancée le 8 mars dernier à travers le monde : " Nous réaffirmons qu'un autre monde est possible, un monde rempli d'espoir, de vie, où il fait bon vivre et nous déclarons notre amour à ce monde, à sa diversité et à sa beauté . "(5)

Lise Julien
Avec la collaboration de Lise Parent
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(1) Elle faisait plus particulièrement référence aux intérêts des grandes compagnies productrices de pesticides et à l'industrie pharmacologique dont les intérêts convergent en quelque sorte, l'une intervenant sur le problème créé par l'autre, ainsi qu'au puissant lobbying auprès des gouvernements.
(2) Programme du colloque international sur la santé des femmes et l'environnement, Écodéfi 2005, p. 25.
(3)Traduction libre de Albert Einstein, cité dans le programme du colloque international sur la santé des femmes et l'environnement, Écodéfi 2005, p. 25 : "We cannot solve our problems with the same thinking we used when we created them ".
(4)Jean-Claude Ravet, " L'urgence écologique ", Relations, no 699, mars 2005, p. 11.
(5) Charte mondiale des femmes pour l'humanité, adoptée à la 5ième Rencontre internationale de la Marche mondiale des femmes au Rwanda, le 10 décembre 2004.
Adresse URL : http://www.marchemondiale.org/fr/charte3.html

L'environnement et la santé respiratoire des femmes

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 35, Printemps 2005

Dans le cadre du colloque Écodéfi 2005, nous avons pu entendre l'opinion de quatre spécialistes sur la question de l'environnement et la santé respiratoire des femmes. Il s'agissait de Margaret Becklake de l'Université McGill, d'Isabelle Gremy de l'Observatoire régional de santé d'Ile-de-France, de Pierre Lajoie de la Direction de la santé publique de Québec et de Louis Drouin de la Direction de la santé publique de Montréal. Les objectifs de l'atelier étaient de faire le point sur les principaux problèmes liés à la pollution atmosphériques, à ses effets sur la santé en général et sur la santé des femmes en particulier ainsi que d'identifier les avenues de solution pour améliorer la situation.

Impacts de la pollution atmosphérique sur la santé
Dans son exposé, le Dr. Louis Drouin rappelle que femme ou homme, nous serons soumis à des concentrations de CO2 qui devraient tripler d'ici 2010. Déjà, les épisodes de smog en hiver sont préoccupants. Selon le Dr Drouin, les effets des polluants sur notre santé respiratoire peuvent se faire sentir à court et à long terme, ayant entre autres pour conséquences, l'altération des fonctions pulmonaires, l'augmentation de la sévérité et de la fréquence des crises d'asthme ainsi que la mortalité due aux maladies cardiovasculaires. Les personnes atteintes de maladies chroniques, âgées ou en bas âge, ou très actives, sont les plus vulnérables aux agressions des polluants atmosphériques.

Effets différenciés selon le sexe
Le Dr Becklake nous rappelle que les hommes et les femmes ne réagissent pas de la même façon à différentes situations et à différents contaminants. Leur situation de travailleurs ou de travailleuses, leur niveau de revenu et leur milieu de vie sont des variables importantes à prendre en compte lors des études différenciées sur la santé. Pourtant, encore aujourd'hui, il y a trop peu d'études scientifiques sur la santé qui précisent les différences entre les hommes et les femmes.

Qu'en est-il d'une sensibilité différente selon le sexe à la pollution atmosphérique? Selon Madame Gremy, cette question n'a été que très rarement étudiée. Elle retient une revue bibliographique effectuée par Isabella Annesi-Maesano en 2003 qui recense 25 études ayant exploré cet aspect. Parmi les douze études concernant les enfants, huit concluent à un risque supérieur chez les filles, mais seulement dans le cas de certains indicateurs de pollution et de certains indicateurs sanitaires. Chez les adultes, parmi les quatorze études citées, huit concluent à un risque supérieur chez les femmes, mais là encore, seulement pour certains polluants et certains autres indicateurs. D'où la difficulté, actuellement, de confirmer avec certitude une différence de sensibilité entre les hommes et les femmes sur cette question.

Les interprétations proposées pour expliquer la plus grande sensibilité des femmes aux polluants atmosphériques restent donc, pour l'instant, très hypothétiques. Des distinctions biologiques liées aux hormones ou à la conformation des voies respiratoires ont été évoquées, de même que des disparités sociales entraînant des différences dans l'exposition ou dans la prise en charge médicale des diverses pathologies. Mais avant de faire des hypothèses sur la biologie, il faut indiscutablement confirmer la plus grande sensibilité. (1)

Malgré la difficulté à prouver que la pollution agit différemment sur la santé selon que l'on soit un homme ou une femmes, Pierre Lajoie de la Direction de la santé publique de Québec, affirme que les connaissances scientifiques actuelles indiquent que les femmes sont davantage touchées par les maladies respiratoires chroniques (asthme, maladies pulmonaires obstructives chroniques-MPOC, cancer du poumon) que les hommes, notamment à partir de l'adolescence. Ce serait les différences biologiques et physiologiques qui expliqueraient ces excès, mais entreraient aussi en ligne de compte des disparités aux plans social, culturel et environnemental. Des études réalisées dans le cadre de l'Enquête Santé Québec, en 1998, confirment la plus grande vulnérabilité des femmes en ce qui a trait au système respiratoire et posent la lutte contre les maladies respiratoires chroniques chez les femmes, tel l'asthme, comme un véritable défi.

Pour sa part, le Dr Becklake a présenté une étude de l'épidémiologiste
Francine Kauffmann (2)effectuée en 1995, en France, et qui comptait un échantillon d'environ 22 000 adultes âgés entre 25 et 59 ans. Cette étude a été parmi les premières à mettre en évidence la complexité des différences de santé respiratoire entre les hommes et les femmes, et pour des tranches d'âge consécutives. Elle a également permis de constater que pour la période de l'enfance, l'asthme est une maladie de garçon. À l'adolescence et pendant toute la vie reproductive des femmes, c'est l'inverse. À l'âge de la ménopause chez les femmes, ce sont les hommes qui font de nouveau plus d'asthme. Ce changement serait attribuable à des facteurs endocriniens et immunologiques. À la naissance, jusqu'à l'adolescence, les filles sont plus avantagées pour résister aux maladies respiratoires. À l'adolescence, cependant, l'influence de ces avantages diminue vis-à-vis d'autres facteurs. Pendant la vie reproductive des femmes, des facteurs immunologiques et hormonaux augmentent l'incidence de l'asthme. Après la ménopause, l'influence des facteurs hormonaux diminuent, et l'incidence de l'asthme s'atténue chez les femmes par rapport aux hommes, mais cela peut être renversé avec une thérapie hormonale.

Avenues de solutions
Ainsi, nous sommes loin d'avoir un portrait clair de la situation concernant l'affection différenciée des hommes et des femmes par rapport aux maladies respiratoires. C'est encore moins précis quant au niveau d'exposition et aux effets des polluants atmosphériques sur la santé des femmes en particulier. Puisqu'il a été démontré que la pollution atmosphérique avait un impact non négligeable sur la santé, il est suggéré, par souci de précaution, de restreindre notre exposition aux polluants et de les réduire à la source.

Les avenues de solutions proposées par le Dr. Drouin, pour diminuer l'impact de la pollution atmosphérique sur la santé, réfèrent à des actions s'attaquant à la pollution due au transport et à la production d'électricité ainsi qu'à une diffusion efficace de l'information concernant les risques de la pollution atmosphérique sur la santé. Les moyens qu'il propose pour tenter d'y parvenir sont de restreindre le nombre de véhicules sur les routes en finançant davantage les transports en commun, en aménageant plus de pistes cyclables et en encourageant le co-voiturage; de réduire la pollution générée par les véhicules en améliorant leur inspection et leur entretien; de définir un plan intégré en aménagement du territoire; d'augmenter l'efficacité énergétique; de maintenir un programme d'information incluant l'indice des épisodes de smog et de maintenir une surveillance de la qualité de l'air en temps réel.

En résumé, pour réduire notre exposition à des contaminants et par le fait même diminuer leurs effets sur notre santé, il est possible d'agir de façon individuelle et collective, ainsi que de façon préventive en limitant nos activités générant une pollution de l'air. Par ailleurs, comme il semble que les femmes influencent l'achat de 80% des biens de consommation, ce serait peut-être sur ce plan que nous pourrions agir dans un premier temps. Puisque certains produits utilisés à la maison nous exposent à des contaminants qui peuvent nuire à notre santé, pourquoi ne pas les remplacer par des produits non-toxiques ? Il faut penser à assainir nos maisons. Les principaux polluants qu'on y retrouve sont : le monoxyde de carbone, la cigarette, le gaz, etc. Nos maisons sont souvent mal aérées et manquent de ventilation. Les produits nettoyants auraient également un grand impact sur la qualité de l'air. L'usage de produits nettoyants naturels et écologiques peut nous faire économiser de l'argent tout en protégeant l'environnement et notre santé… alors à nous de jouer, pour un peu mieux respirer !

Lise Parent et Caroline Voyer,
RQFE
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(1) Lefranc, Agnès, Gremy, Isabelle, Actes du colloque Écodéfi, Réseau québécois des femmes en environnement, Montréal, 2005.
(2)Kauffmann F, Becklake MR. Chapitre 11.Maladies respiratoires obstructives: Un paradigme de la complexité des différences de santé entre femmes et hommes. Dans. Saurel-Cubizolles M-J, Blondel B.(éditrices). La santé des femmes, Paris, Flammarion Médicine-Sciences. 1996209-233.

L'environnement et le cancer : quels sont les liens?

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 35, Printemps 2005

Tout le monde a dans son entourage une personne qui a souffert d'un cancer. Cette maladie effraie. Selon les données actuelles, au Canada, 38 % des femmes et 43 % des hommes en seront atteints au cours de leur vie (1).
Nous avons tous peur du cancer parce qu'il est si complexe que nous nous sentons impuissants pour le prévenir. Les facteurs qui influencent son apparition sont très nombreux et de nature bien différente, allant des prédispositions génétiques à l'exposition à des produits cancérigènes en passant par le style de vie et l'état de santé général. Ces facteurs échappent le plus souvent à notre contrôle.
En quête d'un responsable pour cette affection si répandue, les gens se préoccupent de plus en plus des liens possibles entre leur environnement et le cancer. Ces liens sont difficiles à établir, en partie à cause de la multitude des facteurs et de leur omniprésence dans toutes les sphères de nos vies.

Le portrait global
Un bref regard aux statistiques canadiennes sur le cancer suffit à saisir l'importance de cette maladie et de la recherche dont elle fait l'objet. En 2001, selon Statistiques Canada, 29 % des décès enregistrés étaient attribuables au cancer. De tous les cancers, c'est celui du poumon qui est le plus meurtrier.

En 2004, il y a eu 33 900 nouveaux cas de cancer au Québec. De ce nombre, le cancer du sein représente le plus de cas (5 000 cas), soit 30 % de tous les cancers déclarés chez les femmes1. Selon Dr Pierre Ayotte du Centre hospitalier du l'Université Laval, depuis 1975 on observe une hausse du nombre annuel de nouveaux cas, tous cancers confondus. Généralement, on attribue cette hausse au vieillissement de la population. En effet, en 2004, 68 % des nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués chez des individus âgées de 60 ans et plus (1).

Le cancer et l'individu
Nous ne sommes malheureusement pas tous égaux face à cette maladie qui, pour se développer, profite des erreurs commises par nos cellules et des dégâts causés par des cancérigènes.
Exposées à une substance cancérigène, deux personnes ne réagiront pas de façon similaire. Leur sensibilité diffère à toutes les étapes du mécanisme par lequel le cancérigène fait des dommages. C'est ce qu'on appelle les variations individuelles qui sont souvent liées à l'hérédité.

Ainsi, l'organisme ne transforme pas les substances exactement de la même façon, ne les élimine pas toujours avec une efficacité identique et n'a pas nécessairement la même facilité à réparer les dommages avant qu'ils ne soient irréversibles. Et cette logique s'applique à chaque facteur influençant l'apparition d'un cancer puisque ces derniers agissent tous différemment. On comprend donc la complexité avec laquelle on compose lorsqu'on parle de cette maladie pour laquelle la règle générale est difficile à établir.

Les facteurs environnementaux
L'air que l'on respire, l'eau que l'on boit, le soleil qui nous réchauffe, les aliments dont on tire énergie et plaisir… tous ces éléments peuvent-ils devenir des causes de cancer?
Dans notre environnement, on retrouve de nombreux contaminants (pesticides, produits chimiques industriels et domestiques, etc.) qui sont soupçonnés de favoriser l'apparition de cancers. Aussi, il faut tenir en ligne de compte les radiations (rayons UV, rayons X, radioactivité, etc.), les champs magnétiques et l'alimentation. Les preuves qui relient la cause à l'effet ne sont pas établies pour tous ces facteurs, mais certains faits sont tout de même connus et documentés.

Cancer alimentaire?
Personne ne doute de l'influence de l'alimentation sur la santé générale. Cependant, ce que peu de gens savent, c'est que nos habitudes alimentaires peuvent contribuer à nous protéger contre le cancer ou nous prédisposer à le développer. Dr Pierre Ayotte, lors de sa conférence au colloque Écodéfi 2005, mentionne que des études récentes évaluent que 20 à 40 % des cancers sont liés d'une façon ou d'une autre à l'alimentation. Il s'agit donc d'un facteur qui ne devrait pas être négligé et sur lequel nous pouvons exercer un contrôle, contrairement à d'autres facteurs.
Pour ne citer que quelques exemples fournis par Dr Pierre Ayotte, la viande rouge, une déficience en certaines vitamines et en anti-oxydants ainsi que la consommation d'alcool accroissent les risques de cancers. D'un autre côté, les fruits, les légumes et l'acide folique ont une action protectrice. Bien sûr, notre alimentation nous expose aussi à certains contaminants dont les effets ne sont pas toujours très clairs.

Polluant meurtrier : le tabac
Lorsqu'on tente d'identifier l'effet d'un produit sur la santé de la population, celui qui se trouve en tête de liste pour le nombre de cancers qui lui sont attribuables est sans aucun doute le tabac. Ce polluant compte à lui seul des dizaines de produits cancérigènes et est responsable de 40 % de tous les cancers (poumon, vessie, cavité buccale, œsophage, larynx, pancréas et certains cancers du sein), selon Dr Ayotte.
Un polluant aussi présent dans la vie quotidienne d'une grande proportion de la population et causant autant de dégâts brouille les cartes des chercheurs. En effet, comment peut-on évaluer distinctement la contribution de certains autres produits, présents en faibles quantités, dans l'apparition de cancers qui sont influencés par le tabac? Voilà un problème qui est loin d'être simple à résoudre.

Contaminant et hormones
Certains contaminants abîment l'ADN de nos cellules. D'autres utilisent des stratégies différentes pour nous affecter. Une de ces stratégies est de se faire passer pour des hormones.
Les BPC, certains pesticides (DDT, atrazine) et des produits entrant dans la composition de certains plastiques (bisphénol A, phtalates), une fois absorbés, imitent l'effet des hormones naturelles. On qualifie ces produits de " perturbateurs endocriniens ".
Les effets des perturbateurs endocriniens peuvent être surprenants. Par exemple, ils peuvent induire la féminisation des poissons mâles ou altérer le développement de l'appareil reproducteur chez d'autres animaux.
Comme certains cancers sont influencés par les hormones, il est inquiétant de savoir que de tels produits peuvent nuire au bon fonctionnement d'hormones importantes, impliquées dans le développement de ces cancers. Pour l'instant, cette piste est à l'étude mais le lien entre les perturbateurs endocriniens et les cancers n'est pas encore confirmé.
Un autre fait inquiétant, comme l'a souligné France Labrèche durant le colloque Écodéfi 2005, est que plusieurs des perturbateurs endocriniens sont des produits qui sont dégradés très lentement dans la nature. La contamination persiste donc très longtemps et on peut souffrir de ses effets pendant des générations.

Et demain?
Le cancer est encore aujourd'hui entouré de mystères. Même si plusieurs cancérigènes sont maintenant identifiés et d'autres sont à l'étude, notre environnement continue de nous exposer à ces substances et à une multitude d'autres produits dont on ignore les effets sur la santé.
La recherche tente bien sûr de répondre à nos questions mais en bout de ligne, il faudra faire un effort pour assainir notre milieu de vie afin d'éviter que le cancer brise encore davantage de vies. En 2004, 16 700 personnes sont décédées du cancer au Québec (1).
Fort heureusement, des mesures concrètes prennent place et les citoyennes et citoyens, de plus en plus sensibles aux questions de santé environnementale, se mobilisent pour que la situation s'améliore. On n'a qu'à penser à l'interdiction d'utiliser certains pesticides en zone résidentielle, au refus de la centrale thermique du Suroît ou encore aux lois anti-tabac, autant de batailles gagnées pour le droit à un environnement sain.
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(1)" Institut national du cancer du Canada, Statistiques canadiennes sur le cancer 2004, Toronto, Canada, 2004 ". ISSN 0835-2976.
Ce rapport peut être consulté sur Internet, à l'adresse: http://www.cancer.ca et http://www.ncic.cancer.ca

Stéphanie Thibault
RQFE

La santé, les femmes et l'environnement

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 35, Printemps 2005

Le colloque international Écodéfi 2005 a été conçu dans une approche écosanté, sensible à l'examen global et intégré des interactions des principaux déterminants de la santé, permettant une analyse et une prise en charge collective de la santé des populations et des écosystèmes.

Ce colloque s'inscrit dans l'actuel mouvement de convergence des courants les plus novateurs en écosanté, réunissant à la fois ceux de santé publique, de santé des femmes, de santé environnementale et de santé au travail, ainsi que dans les approches écologiques clairvoyantes, qui, sachant que la santé des populations est tributaire de la santé des écosystèmes, proposent des modes de production/consommation socialement responsables.

Dans un contexte où, les pouvoirs publics privilégiant encore une approche curative ou palliative individualiste, technicisée et de plus en plus coûteuse, au point de consacrer l'essentiel des ressources humaines et financières aux secteurs médico-hospitalier, pharmaceutique et génétique, on saisit bien toute la nécessité de repenser la santé dans la complexité des enjeux sociaux et environnementaux globaux, afin de renouveler les perspectives d'analyse et d'intervention, en relation étroite avec les communautés concernées.

C'est dans cette perspective, qu'Écodéfi 2005, centré sur l'analyse des interactions des principaux déterminants de la santé (écarts socio-économiques, soins aux enfants et impacts de la détérioration de l'environnement, etc.), privilégie d'intervenir dès l'apparition de signes précoces, voire à la source même des problèmes de santé. Ainsi, en Amérique du Nord, où on estime qu'un homme sur deux et une femme sur trois aura un cancer au cours de sa vie, ce qui n'est nullement indifférent aux impacts cumulatifs, notamment, des polluants persistants (dioxines, furannes, BPC, plusieurs pesticides organochlorés), tenter de contrer, ou du moins de limiter les principaux facteurs à l'origine de tels problèmes de santé présente un intérêt manifeste en termes de coûts humains et socio-économiques. De même, les problèmes croissants d'embonpoint et d'obésité, facteurs inquiétants de hausse des problèmes cardiovasculaires et de diabète de type 2, annoncent déjà un chute de l'espérance de vie. Or, s'ils nous invitent à limiter la surconsommation et la sédentarité de nos modes de vie, ils nous invitent surtout à intervenir sur les politiques de transport et de travail, d'aménagement du territoire et du cadre bâti, de sports et loisirs, ainsi que sur les politiques agroalimentaires largement responsables des changements culturels et structurels ayant conduit à ces problèmes de santé alimentaire. Quant aux pays dits " sous-développés ", qui le sont souvent d'ailleurs par nos pays " trop enveloppés ", l'état de santé de leurs populations est surtout lié aux problèmes d'accès à une eau potable de qualité, à des services sanitaires de base, et à leur capacité de préserver leur souveraineté et leur sécurité alimentaire incluant, notamment, les cultures vivrières(1).

S'intéresser ainsi à l'environnement, voire aux facteurs structurels à l'origine de la dégradation des conditions de santé des milieux de vie et des populations, prolonge en quelque sorte le sens et la portée de l'analyse des déterminants de la santé. Rappelons à cet effet, qu'au cours des dernières années, l'examen comparé des investissements en santé dans les pays développés, a mis en évidence que les déterminants de la santé (écarts socio-économiques, conditions de travail et d'environnement, soins aux jeunes enfants, etc.) jouent un rôle plus significatif en termes d'espérance de vie en bonne santé des individus, que les investissements, souvent sans fonds, dans le système médico-hospitalier. Or, bien qu'on ait amorcé un virage visant à réduire les investissements dans le secteur médico-hospitalier, cela s'est fait paradoxalement au détriment des services publics et au profit d'investissements pharmaceutiques et génétiques ciblés sur le vaste marché des soins, où pointent désormais les enjeux de privatisation. Quant à la prise en compte des déterminants de la santé, elle a été davantage centrée sur les habitudes de vie des individus, que sur les déterminants majeurs tels l'environnement ou les conditions socio-économiques, marquées par des écarts croissants.

Pour un développement durable de la santé des êtres et des écosystèmes
Au moment où l'UNESCO ouvre la décennie du développement durable, ne serait-ce pas l'occasion rêvée pour amorcer une politique de développement durable, non pas des systèmes de soins, mais bien de la santé ?

Protéger les équilibres écologiques et socio-économiques permettant aux êtres et aux milieux de vie de se régénérer, afin de donner ainsi corps et sens au monde, n'est-ce pas entre autres ce qu'on attend des pouvoirs publics, censés contribuer à préserver le bien commun et les liens sociaux? Relever un tel défi ne serait-il pas des plus stimulant pour des ministres de l'environnement et de la santé, dans un contexte où la santé et l'environnement constituent les deux préoccupations majeures de la population? Par ailleurs, ne serait-il pas avisé de favoriser les synergies entre les milieux de la santé, de l'enseignement et de l'environnement en relation avec les grands mouvements sociaux, écologistes et féministes, dans le cadre d'échanges sciences-citoyens, comme on le voit de plus en plus en Europe et en Amérique du Nord? Chose certaine, c'est dans cette perspective d'alliances et de convergences permettant de passer d'un paradigme centré essentiellement sur les soins à un paradigme centré sur l'intervention sur les déterminants sociaux et environnementaux pour une santé durable que s'ouvre Écodéfi 2005.

Rappelons que si ce colloque s'intitule " Femmes, santé et environnement ", c'est certes pour témoigner du rôle clé des femmes dans la préservation et la transmission des conditions de santé et d'environnement, notamment pour leurs proches. Mais c'est aussi pour prendre appui sur l'incroyable capacité de transformation sociale caractéristique du mouvement des femmes qui, depuis le 19ième, a réalisé l'une des plus importantes et des plus pacifiques révolutions de l'histoire. Enfin, c'est aussi pour souligner que les champs de la santé au travail et de la santé environnementale, bases de l'actuel mouvement écosanté, largement porté par des femmes, ont bénéficié du travail pionnier de femmes comme Alice Hamilton et Rachel Carson.

Alice Hamilton, considérée comme la fondatrice de la médecine du travail aux États-Unis, a été, en 1919, la première femme professeure à l'École de médecine de Harvard (mais à la condition explicite de ne pas entrer au Faculty Club et de ne jamais demander de billets de football )! Liant dès 1902, les questions de santé environnementale et de santé au travail, à la protection des droits et aux politiques publiques en matière de travail et d'environnement, elle a établi les liens entre l'épidémie de fièvre typhoïde sévissant alors à Chicago et la gestion des eaux d'égouts, forçant ainsi la réorganisation du Département de santé de Chicago. En 1910, ses travaux sur les effets de l'exposition au plomb et à des composés chimiques dangereux sur la santé de travailleurs, l'amenèrent à être la première directrice de la Commission des maladies du travail de l'Illinois.

Elle s'opposa ensuite, mais sans succès immédiat, à l'introduction du plomb dans l'essence qui, après avoir endommagé, pendant des décennies, la santé et les facultés intellectuelles d'un nombre incalculable d'enfants, a finalement été retiré de l'essence, du moins en Amérique du Nord. Récipiendaire de nombreux prix et auteure de plusieurs ouvrages dont Industrial Poisons in the United States (1925), Industrial Toxicology (1934) and Exploring the Dangerous Trades (1943), Alice Hamilton, décédée en 1970, à l'âge de 101 ans, a également milité pour la paix et le droit de vote des femmes (obtenu en 1920), ainsi que pour les libertés civiles et, toujours active à plus de 90 ans,…à militer contre la guerre au Vietnam.

D'ailleurs, plus près de nous, Théo Colborn, a elle aussi mis en évidence avec ses collègues de Our Stolen Futur, publié en 1996, l'impact sur le système hormonal de l'exposition - même à de très faibles doses - de nombreux produits toxiques (dioxines, furannes, BPC, DDT, Mirex etc.), associés à certains cancers hormonaux dépendants (prostate, testicules, sein), ainsi qu'à l'affaiblissement du système immunitaire, à la baisse de la spermatogénèse et l'érosion des facultés intellectuelles. Préfacé par Al Gore, alors vice-président des États-Unis, cet ouvrage a largement contribué à stimuler le débat public ainsi que les recherches sur les polluants persistant aux effets de perturbation endocrinienne permettant ainsi d'accélérer l'adoption d'un protocole international visant l'élimination des douze pires polluants qualifiés de " dirty dozen " .

Alice Hamilton, Rachel Carson et Théo Colborn, s'ajoutent aux milliers d'autres qui ont contribué à écrire cette histoire de la santé, et qui sont désormais relayées par toutes celles qui, scientifiques, médecins, auteures, intervenantes, renouvellent, au coeur de l'action démocratique la vitalité des liens entre la santé des êtres, des écosystèmes et la protection du bien commun. Parmi elles, on retrouve la Norvégienne Gro Harlem Brundtland, les Indiennes Arundhati Roy et Vandana Shiva, la Canadienne Maude Barlow ou encore la Kényane Wangari Maathai, récipiendaire en 2004 du Prix Nobel de la Paix.

Un colloque qui arrive à point nommé
Compte tenu du récent dépôt de l'avant-projet de Loi sur le développement durable, présenté par monsieur le ministre Thomas Mulcair, ce colloque arrive à point nommé. En effet, par sa thématique même, ce colloque rappelle que la santé des êtres et la viabilité du monde exigent, dans les deux cas, l'absolu respect des capacités de régénération des milieux de vie, gage même, selon le Rapport Brundtland, d'un durable développement social, écologique et économique. À ce titre, cela ne devrait-il pas être reconnu comme véritable dispositif opératoire, enchâssé dans la Loi ?

Un développement qui soit véritablement soutenable entre les habitants de cette planète et viable pour les générations futures, exige aussi d'aller au delà des gestes individuels, aussi indispensables qu'insuffisants. Un tel développement viable requiert notamment des procédures démocratiques, transparentes et rigoureuses d'évaluation scientifique et sociale, d'études d'impacts, d'audiences publiques et de vérification indépendante, permettant d'intégrer la protection de l'environnement, -point d'appui de la santé et de l'économie-, à tous les niveaux d'activités du gouvernement et de ses agences, y compris dans ses politiques, projets, programmes, lois et règlements. Vous pouvez donc être assuré, Monsieur le ministre, de notre appui et de notre vigilance pour que ces questions de santé des écosystèmes, essentielles à la santé des populations et à la vitalité sociale, soient désormais davantage prises en compte.

Louise Vandelac
porte-parole de l'événement
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(1) Dont les produits sont destinés à l'alimentation.

Merci mesdames!

Sans préjudice...pour la santé des femmes. Numéro 35, Printemps 2005

Lors du lancement du colloque international sur la santé des femmes et l'environnement, Écodéfi 2005, le Réseau québécois des femmes en environnement a tenu à rendre hommage à douze femmes ayant fait avancer la cause environnementale au Québec.

Merci!

Vous consacrez vote vie à améliorer celle des autres. Il n'y a pas de plus noble raison de vivre. Vous possédez l'antique savoir des femmes, branché aux moindres pulsations de la Terre et de ses créatures vivantes, autant dans le visible que dans l'invisible. Vous étudiez, vous enseignez, vous transmettez vos connaissances, vous parlez à voix haute et claire sur toutes les tribunes.

Vous avez la sagesse active, le regard perçant et le verbe convaincant. Vous avez recyclé vos indignations en actions, en coalitions, en organismes, en documentaires, en recherches fondamentales, en conférences, en centaines de textes de réflexion. Vous dénoncez les ravages de l'ignorance, de l'inconscience, de la désinvolture, du gaspillage, de la surexploitation, du matérialisme à outrance et de la maladie du profit rapide, autant que les ravages des coupes à blanc, des pesticides, du mercure, des déchets toxiques et des pollutions de toutes sortes.

Vous savez dire et démontrer que la vie est partout, qu'elle demande à être protégée, et que les petits gestes posés au quotidien sont aussi importants que les grands gestes collectifs. Avec les dizaines de milliers de personnes que vous avez touchées à travers des décennies d'engagement, vous avez sauvé des lacs, réparé des écosystèmes, protégé l'eau potable, assaini des terres agricoles et défendu notre patrimoine génétique. Vous avez allumé nos lumières, trouvé des solutions et proposé d'autres façons de vivre. Vous avez fait bien plus encore : vous nous avez donné plus de sens, plus de conscience, plus de connaissances et donc plus de pouvoir sur notre présent et notre avenir.

Grâce à vous, nous savons que prendre soin de l'environnement, c'est prendre soin de nous. Merci d'être là avec autant d'amour, pour nous et avec nous, dans cette époque charnière de l'Humanité.

À votre santé… et à la nôtre!

Hélène Pedneault

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Voici, en quelques mots, ces femmes qui ont été honorées.

Louise Beaudoin Lepage a fondé trois organismes d'importance. En 1975, elle a créé l'Association des résidents pour la protection du Petit lac Nominingue. En 1978, c'était la Société canadienne pour la conservation de la nature, section du Québec. En 1984, elle a participé à la création de la Fondation Habitats fauniques du Canada.

Claire Bolduc en tant que présidente de l'Ordre des agronomes du Québec depuis 1999 a mis l'expertise agronomique au service de la société québécoise. Elle a participé notamment à la Commission du Bureau d'audiences publiques sur le développement durable de la production porcine et à la Commission sur la gestion de l'eau.

Cofondatrice du mouvement des Établissements verts Brundtland (EVB) de la CSQ, feu Monique Fitz-Back fut coordonnatrice de l'opération Ensemble récupérons notre planète. Elle était également responsable du mouvement EVB. Les EVB regroupent 400 institutions dans l'ensemble du Québec qui intègrent à tous les aspects de leurs activités les valeurs écologiques, solidaires et pacifistes. Elle a été introduite au Cercle des Phénix de l'environnement en 1999. Mme Fitz-Back est décédée au lendemain du colloque, son départ s'avère une énorme perte pour la cause environnementale au Québec.

Denyse Gouin a réalisé dans les années 1970 de nombreuses études sur la qualité des cours d'eau et du fleuve Saint-Laurent, mettant en lumière l'impact des rejets d'eaux usées non traitées. À la fin des années 1970, Mme Gouin a été mandatée pour travailler au Programme d'assainissement des eaux du Québec. Enfin, depuis le milieu des années 1980, elle agit à titre de gestionnaire de divers secteurs environnementaux. Elle a été l'une des premières femmes au ministère de l'Environnement.

Ann Jarnet a dirigé une consultation publique au sujet de l'éducation relative à l'environnement (ERE) qui a été présentée au Sommet de Johannesburg. Elle a été conseillère principale en matière d'ERE à Environnement Canada et a participé au projet Mission Terre, une évaluation d'un milieu basé sur 16 séries d'indicateurs environnementaux, économiques et sociaux. Elle agit également en tant que partenaire du Colloque sur l'éducation relative à l'environnement, avec l'UQAM et le Yukon College, depuis1998.

Première femme au Québec à obtenir une maîtrise en sciences forestières, en 1969, Estelle Lacoursière est une pionnière en éducation relative en environnement. Elle a été introduite au Cercle des Phénix de l'environnement en 1998. Elle a été nommée Officier de l'ordre national du Québec en 2001.

Auteure ou coauteure de plus d'une soixantaine de publications scientifiques, la Dre Donna Mergler a été invitée à prononcer de nombreuses conférences, au niveau tant national qu'international. Elle a reçu le Prix Muriel-Duckworth en 1990 et a été nommée au Cercle des Phénix de l'environnement en 2003. Ses intérêts de recherche portent sur l'identification des altérations physiologiques, neurophysiologiques et neuropsychologiques précoces reliées à l'exposition à des substances neurotoxiques, la thermorégulation et, plus largement, l'effet des conditions de travail sur la santé des femmes.

Claire Morissette est la fondatrice de la Société d'animation du Jardin botanique de Montréal. Elle a contribué à la promotion du transport durable par ses actions en tant que coordonnatrice générale de Le Monde à bicyclette, cofondatrice de Communauto et auteure du livre Deux roues, un avenir, le vélo en ville, aux éditions Écosociété. Au sein de Cyclo Nord-Sud, autre organisme dont elle est la fondatrice, elle coordonne la récupération de vélos inutilisés au Québec et leur distribution à des familles démunies des pays du Sud.

Lucie Sauvé a fondé une chaire de recherche en éducation relative à l'environnement (ERE) à l'UQAM, ainsi qu'un programme d'études supérieures en ERE. En plus de ses nombreuses publications de recherche, elle est la fondatrice d'une revue internationale de recherche en ERE: Éducation relative à l'environnement, Regards, Recherches, Réflexions.

Impliquée auprès des communautés et soucieuse de leur fournir des outils de travail,
Édith Smeesters a mis sur pied trois organismes environnementaux. Elle a lancé des campagnes de sensibilisation sur le compostage domestique et sur les alternatives écologiques aux pesticides. De plus, elle participe activement à la préservation du paysage urbain par un projet de renaturalisation d'un parc urbain ainsi qu'en offrant ses services pour aider les villes à effectuer le virage écologique. Elle a été introduite au Cercle des Phénix de l'environnement en 2001.

Louise Vandelac est cofondatrice de la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau, Eau Secours !, co-réalisatrice avec Karl Parent, à l'ONF, de Main basse sur les gènes ou les aliments mutants et de Clonage ou l'art de se faire doubler. Elle est professeure titulaire au département de sociologie et à l'Institut des sciences de l'environnement de l'UQAM et également directrice du CINBIOSE, (Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l'environnement) et du Groupe de recherche Technosciences du vivant et société. Louise Vandelac a également réalisé de nombreuses recherches, publications, cours et conférences sur la santé environnementale, l'écosociologie, l'eau, les technosciences du vivant et les politiques publiques.

Cofondatrice et présidente d'Équiterre, fervente partisane de solidarité et d'équité sociale, Laure Waridel a entrepris de faire connaître à la population québécoise des solutions qui feront évoluer notre planète. Elle a mis sur pied la campagne de sensibilisation et d'action Un juste café et est l'auteure d'ouvrages portant sur le commerce équitable et la consommation responsable.