Saviez-vous qu’il existe un lien étroit entre la violence conjugale et les standards de beauté auxquels on pousse les femmes à adhérer ? Ce lien réside dans la vulnérabilité que vivent les femmes quant à leur apparence. Glisser ici et là, subtilement et au moment opportun, des remarques désobligeantes et humiliantes sur l’apparence de sa compagne ne peut que semer en elle, à la longue, le doute sur son image, sa beauté, son pouvoir de séduction. Et pourtant, rien n’y paraît.

Violence conjugale

Crédit photo : FlickR / Breff

Quand on interroge une femme sur la violence qu’elle subit de la part de son conjoint, rarement évoque-t-elle les attaques verbales répétées à propos de son image corporelle. On a beau la subir ou en être témoin, on ne l’identifie pas ; elle n’atteint pas notre conscience. Nous sommes si habituées à voir notre corps observé, formaté, commenté, exposé, critiqué par les uns et les autres, que les remarques acérées passent souvent inaperçues. Pourtant, il s’agit bien là de violence.

L’image corporelle de la femme la rend vulnérable aux commentaires, aux critiques, au dénigrement. La limite entre une parole indélicate et la violence verbale de la part du conjoint est très subtile, insidieuse.

La violence conjugale ne laisse pas que des bleus

Si un homme sait valoriser et complimenter pour attirer et séduire, il peut aussi dénigrer pour enraciner son pouvoir. Des paroles comme « Tu serais si belle si tu n’avais pas cette cellulite », ou « Regarde de quoi tu as l’air ! », ou encore « Pas un autre homme ne voudrait de toi ! », ont forcément un impact sur l’estime de soi de la femme qui les reçoit. Et accuser le coup, c’est lui confirmer qu’il a raison, c’est lui ouvrir la porte au contrôle, à la dépossession de soi.

Lorsqu’une attaque de ce type survient une fois, on peut toujours le mettre sur le compte d’une indisposition quelconque. Mais lorsqu’elle se répète, et toujours au bon moment, ce n’est plus un hasard. Et son intention est claire : détruire l’estime de soi de sa victime pour mieux la dominer, en faisant en sorte qu’elle se sente de plus en plus moche, en perte de confiance, isolée.

Au-delà des apparences

Si la violence ciblant l’image corporelle n’est pas propre aux relations de couple (elle est, par exemple, fréquente à l’école où un enfant timide, aux oreilles décollées, aux lunettes épaisses ou aux vêtements démodés, subira moqueries, voire taxage), elle y revêt un caractère particulier : le sentiment d’échec que bien des femmes, même parmi les plus conformes aux standards, éprouvent de ne pouvoir correspondre au modèle féminin prédominant, tel que défini par l’industrie de la beauté.

Cette forme de violence, il faut non seulement la reconnaître, mais la situer dans son contexte social et tracer son parcours. Dès leur plus jeune âge, les femmes sont conditionnées à se préoccuper de leur apparence. Elles se font sans cesse rappeler l’importance d’être jolies et de soigner leur corps pour le garder jeune, mince et parfaitement lisse. Pourquoi ? Pour plaire aux hommes, encore et toujours.

Un des effets pervers de ce discours sur la beauté féminine est qu’il permet à tous, à commencer par les hommes, de commenter le corps des femmes. Non seulement cette situation rend-elle les femmes vulnérables, elle leur fait aussi perdre leur pouvoir sur leur corps, comme s’il était propriété publique. Dans une relation de couple, lorsqu’un un partenaire cherche à contrôler l’autre, l’image corporelle représente un moyen de plus pour parvenir à ses fins.

Que retenir de tout cela ? Une chose, essentielle : les attaques visant l’image corporelle ont un impact moindre sur les femmes qui se sentent bien dans leur peau et qui se réalisent autrement que devant leur miroir, et via leur apparence. C’est donc dire que plus les femmes refusent de jouer à tout prix le jeu du physique agréable, de la minceur et de la jeunesse, plus elles refusent de se nier pour répondre aux pressions extérieures. Conséquence : plus les attaques glissent sur leur dos en y laissant des marques moindres, plus elles ont du pouvoir sur leur vie.


Ce billet reprend les grandes lignes d’un article écrit par Diane Prud’homme (Regroupement provincial des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violence conjugale), article publié dans le magazine Audacieuses, le défi d’être soi, produit par le RQASF. Magazine d’éducation populaire et outil de sensibilisation, Audacieuses, le défi d’être soi veut favoriser le développement d’un esprit critique à l’égard des produits et services vendus pour transformer le corps des femmes, afin qu’il corresponde aux normes. Le magazine propose des pistes d’actions individuelles et collectives pour agir contre les stéréotypes de beauté et pour faire la promotion de la diversité des images corporelles.