C’est toujours la même histoire : des filles qui investissent des fortunes dans la poursuite d’un idéal de beauté défini par les hommes; une industrie millionnaire et des spécialistes (santé, publicité, etc.) qui font des affaires d’or sur leur dos; un modèle carburant à l’exclusion des femmes qui ne sont ni blanches, ni jeunes, ni minces, ou qui sont tout simplement hors-normes; le renforcement à outrance de stéréotypes aussi genrés qu’ethnocentriques; la banalisation de la chirurgie plastique; la promotion de la maigreur comme signe de santé; le culte de la jeunesse éternelle; la beauté comme condition sine qua non, moteur et symbole de réussite sociale…

Intitulée Miss Inc., une toute nouvelle série Web explore les arcanes de l’industrie de la beauté. L’histoire est la même, toujours. Dans ce cas-ci, elle se passe au Vénézuéla, en France, au Liban, en Chine :

Dans de nombreux pays, la beauté féminine fait l’objet d’un véritable culte. Or, derrière l’obsession des apparences, il y a une grande part de fabrication et une industrie qui ne cesse de croître. Un voyage dans quatre pays aux cultures bien distinctes, mais où les préoccupations d’ordre esthétique sont d’une importance capitale.

Première escale : Vénézuéla, un pays « reconnu pour avoir remporté le plus grand nombre de titres de reines de beauté à l’échelle internationale », et où l’industrie de la beauté est la seconde en importance après le pétrole. Un pays où le culte de la beauté a notamment permis, depuis les années 90, un extraordinaire essor de la chirurgie esthétique. Normal : l’un ne va pas sans l’autre. Comme le soulignait Rakel Sosa, journaliste vénézuélienne :

Pour les femmes, prises entre racisme et machisme, la beauté constitue un facteur efficace de promotion sociale; c’est bien souvent leur seule façon d’« exister ». (…) Sous cette course à la chirurgie esthétique, se cachent un machisme et un racisme latents. — « Vénézuéla, paradis des bistouris », Le Courrier UNESCO, juillet-août 2001

Au fil des rencontres, Miss Inc. nous présente les aspirantes, leurs parents, ainsi que divers intervenants (dont un dénommé Osmel Souza, sorte de gourou des Tropiques, « dictateur de la beauté », grand-prêtre et arbitre suprême du concours Miss Vénézuéla) impliqués de prêt ou de loin dans ce véritable sport national. La réalisation est très soignée, c’est instructif, bien documenté. On regrette seulement que le réalisateur n’adopte pas un regard plus critique. Les aberrations, dérives et abus qu’alimente cette industrie ne manquent pourtant pas. Malgré cela, c’est à suivre.

Suffit de lire entre les lignes…

Chaque année, des milliers de postulantes envoient leurs photos dans l’espoir de rencontrer Osmel Sousa. Mais seule une poignée parvient à se hisser jusqu’à l’étape du casting de Miss Venezuela, dont la procédure consiste à faire défiler des filles minces et élancées, en maillot de bain, devant le comité de sélection dirigé par Osmel et son équipe, majoritairement composée d’hommes.

Bande annonce Miss inc.