Tous les jours, nous faisons face au miroir. Personnellement, j’y passe énormément de temps. C’est plus fort que moi, dès que je vois un de ces objets qui reflète mon image, je dois ralentir pour voir ce qu’il va me montrer. Parfois je suis satisfaite, mais très rarement.

Danseuse ballet

Crédits photo : Flickr/Rayparnova

Il existe plusieurs façons de se voir dans un miroir. Tout dépend du moment de la journée, du contexte aussi. Je ne me regarde pas de la même manière si je pars pour l’école, si je vais chercher un litre de lait à l’épicerie ou si je sors dans un bar. Mais une fois captivée par l’image que je reçois, je suis tout le temps assaillie par la même question, celle que la méchante belle-mère de Blanche Neige posait si souvent : “ Miroir, miroir, dis-moi, qui est la plus belle ? ” Le matin, quand je me prépare pour aller au cégep, j’essaie de me faire belle. Comme je vais m’exposer, me trouver en public, je me passe au peigne fin comme on dit. Je m’examine, des ongles d’orteil aux cils. J’appelle ça du vrai travail d’orfèvre !

Le test du collant rose

La danseuse en moi ne voit pas le miroir sous le même angle. Cette immense surface qui couvre de haut en bas les murs du studio devient une complice, une partenaire. Les quelques instants qui précèdent le cours et que nous redoutons toutes sont une véritable torture : c’est à ce moment précis que nous nous scrutons dans nos collants roses en arrêt. Les rondeurs, les proportions et les comparaisons ont le temps de surgir dans nos esprits et de planter leurs griffes. Une fois en mouvement, par contre, les deux bâtons rose bonbon deviennent des lignes avec lesquelles on se remet à s’amuser.

C’est vrai, j’oublie quand je me retrouve devant le miroir pour pratiquer une chorégraphie. Toute ma perception change. Mon corps en mouvement devient comme de la matière, de la pâte à modeler, un outil. Ce que je vois n’est ni gros, ni mince, ce ne sont que des lignes que j’observe et que je veux faire bouger de façon à ce qu’elles soient les plus belles possible. Une fois en mouvement, cette masse imparfaite devient harmonieuse, expressive, élégante, légère.

Traverser le miroir

Une danseuse doit souvent faire face au miroir, une jeune femme aussi. Lorsque je suis enrhumée, j’aimerais que cette immense masse qui me représente si mal soit plus discrète. Mais je suis sûre qu’en vieillissant, je vais apprendre à vivre avec mon image et avec mon corps. J’ai cette certitude.

Il est clair pour moi qu’on doit apprendre à vivre avec soi et que c’est un long processus. Les femmes aînées qui m’entourent ne se trouvent pas parfaites, mais elles ont appris à s’accepter et à affronter les miroirs. Je veux être comme elles plus tard. Je crois que le fait de ne pas s’aimer durant l’adolescence et le début de l’âge adulte est comme une épreuve que nous devons toutes essayer de traverser.

Michelle, danseuse, 19 ans