Silhouette féminine

Comment faire corps avec ce que l’on est dans un monde obsédé par les
apparences ?

De l’enfance à la vieillesse, de la crème hydratante à la chirurgie, du peeling chimique à la correction de silhouette, les femmes investissent – et s’investissent – toujours davantage dans leur image. Pourtant, elles s’aiment encore si peu et si mal. Comment expliquer ce manque d’estime généralisé chez les femmes ? Que signifie l’estime de soi, comment se construit et se déconstruit-elle ?

L’inaccessible étoile

Vouloir paraître à son avantage n’est pas un crime. Se faire jolie, se maquiller, étrenner un vêtement neuf, étonner, c’est agréable ! Mais la vie n’est pas un concours de beauté. Or, beaucoup de filles se sentent jugées sur leur allure. Le modèle de Miss Univers correspondrait en réalité à une femme sur 500 pour la silhouette et une sur 40 000 pour le look. On peut donc imaginer le nombre de femmes qui se sentent inadéquates. « La cause est clairement sociale : le modèle est inaccessible », clame Danielle Bourque, auteure du best-seller À 10 kilos du bonheur. Pas étonnant que la plupart des femmes détestent leur reflet dans le miroir, poursuit la spécialiste de l’image corporelle. « Le modèle qu’on leur propose n’a rien à voir avec leur corps. Le top model ressemble à un jeune homme qui s’est fait greffer des seins ! » La silhouette féminine naturelle, cuisses rondes et ventre un peu bombé, est passée de mode. Les belles d’aujourd’hui ont les hanches étroites, les jambes musclées, les épaules carrées, sans un gramme de gras. Et elles font retoucher leurs photos.

Pire encore, il n’y a plus d’âge pour rechercher la perfection physique. Ça va de 7 à 77 ans. À la grossesse et à la ménopause, les femmes sentent encore les regards peser sur leur corps qui change. Le corps n’est plus respecté pour ce qu’il est. Il doit toujours être en devenir, rajeunissant et illusoire. Et les Québécoises vivent de plus en plus longtemps.

Ces modèles impossibles à atteindre touchent les femmes dans leur estime d’elles-mêmes. Ils contribuent à fragiliser leur pouvoir personnel. Résultat : la pression sociale valorisant la minceur risque fort d’affaiblir l’estime de ces femmes en devenir.

Qu’est-ce que l’estime de soi ?

C’est une aptitude à aimer qui l’on est, avec ses qualités, ses travers, ses limites, etc. C’est une attitude de respect qu’on se porte, de valeur qu’on donne à ses idées, à ses sentiments, à sa façon de vivre, à sa vision des choses. C’est avoir confiance en sa capacité d’évoluer, de créer, d’aimer et d’être aimée. L’estime de soi est faite notamment de l’opinion que l’on a de soi-même. C’est donc une « croyance » en sa propre valeur. Elle peut être vulnérable au jugement d’autrui et à la pression sociale et médiatique. Mais avec le temps, une croyance profonde peut se modifier.

Qu’est-ce qui favorise une bonne estime de soi ?

Ce sont les parents ou des proches qui ont valorisé l’enfant, en respectant sa nature profonde et en l’aimant inconditionnellement. Selon les recherches en psychologie, l’estime de soi continue de se construire pendant toute la vie adulte. Comme l’estime de soi transpire dans le regard, dans l’attitude, elle a un effet sur l’apparence de l’individu et sur sa façon d’entrer en relation avec les autres.

Où en est votre estime perso ?

1. D’une manière générale, avez-vous tendance à retenir surtout vos travers, vos manques ou vos faiblesses plutôt que vos forces, vos bons coups et vos réalisations ?

2. Arrivez-vous à refuser du travail, à poser vos limites (énergie, disponibilité) au bureau ou dans vos relations interpersonnelles sans pour autant vous sentir coupable ou craindre de perdre quelqu’un-e ou quelque chose ?

3. Vous attribuez-vous le droit à la différence dans vos idées, vos valeurs, vos choix et votre style de vie face à votre entourage ou à vos proches, sans vous sentir obligée de vous justifier, de vous taire ou de marcher sur des œufs ?

Passez en revue tout ce que vous avez accompli au cours des derniers mois, n’oubliez aucun aspect de votre vie (famille, travail, loisirs, etc.) Vous serez étonnée de vos réalisations au quotidien, mine de rien.

Prendre ses distances par rapport aux standards, c’est santé

Silhouettes féminines

Prendre ses distances par rapport aux standards, c’est santé

Pour s’aimer vraiment et arrêter de passer sa vie à façonner son corps malgré le temps qui passe, la solution est de prendre ses distances par rapport aux standards. Pour ce faire, il importe d’abord de réagir à ce qui nous est imposé et qui limite notre vie, notre liberté, nos réalisations.

Peut-être faut-il en avoir assez et l’exprimer. Partir ensuite à la recherche d’informations sur la question nous réserve des découvertes, des éclaircissements et des réponses qui nous étonneront, nous stimuleront, nous fourniront des pistes de réflexion et d’action. Peut-être aussi nous sentirons-nous moins seules et plus fortes. Cette chasse aux trésors nous rapportera celui de vivre pleinement ce qu’on est, ni plus ni moins. Il n’y a pas d’âge pour ça.

Apprendre à vivre comme on est demande une volonté de fer. Mais c’est possible. On peut ressentir des inquiétudes face à notre image. Avoir une bonne estime de soi, ce n’est pas ne jamais douter de soi. C’est investir de l’énergie pour se bâtir une vie saine. — Brigitte Hénault, psychologue

Et vous, qu’en pensez-vous ?