L’histoire démontre que la relation des femmes à leur corps a presque toujours été une douloureuse et incessante recherche de perfection. Mais de quelle perfection parle-t-on ?

L'image corporelle : un enjeu en matière d’égalité

Mais de quelle perfection parle-t-on ?

L’ampleur sans précédent du tir de barrage publicitaire, jumelé aux possibilités offertes par les techniques médicales et la mondialisation d’un modèle de beauté ethnocentrique, répondent à cette question. La « perfection » est blanche, mince, ferme, lisse, jeune. Le reste n’est que variations sur un même thème, au gré des modes, des saisons et des injonctions de la presse féminine, véritable sous-marin publicitaire de l’industrie cosmétique.

Le Réseau québécois d’action pour la santé des femmes (RQASF) étudie la problématique de l’image corporelle (ses enjeux sociaux et ses impacts sur la santé des femmes) depuis quinze ans. Ses analyses, publications et recommandations ont fait en sorte que ce phénomène est désormais considéré comme un véritable problème de santé publique. Qu’il s’agisse de l’obsession de la minceur, de l’oppression de la grosseur (PDF), du culte de la jeunesse, du corps à la carte via les interventions esthétiques, de l’infantilisation des femmes adultes, de l’hypersexualisation des jeunes filles, dénoncer l’exploitation de l’image corporelle des femmes à des fins de contrôle social a toujours été au cœur de nos interventions. Un contrôle social qu’on tolère, voire qu’on encourage en raison des investissements colossaux qu’il monopolise, et des enjeux économiques qu’il représente.

Le nec plus ultra de la grappe industrielle

Presse féminine, publicité, industrie des cosmétiques, alimentation, soins de beauté, mode, conditionnement physique, chirurgie et médecine esthétiques… que deviendraient ces secteurs d’activité sans tout l’argent qu’y investissent les femmes, très souvent à leurs risques et périls, et sans recours en cas de préjudices ? Il n’y a pas à dire : l’image corporelle de la femme, c’est le nec plus ultra de la grappe industrielle. Les grandes marques, fabricants, et fournisseurs de tout acabit l’ont bien compris, eux qui investissent sans compter en exploitant la BEAUTÉ comme signe et gage de santé, de bonheur, de succès. Or ces investissements ont des impacts majeurs sur le plan social, notamment sur les conditions de vie des femmes, sur leur santé physique, et leur santé mentale. Sans compter les impacts sur le système public de santé…

Le RQASF n’hésite pas à affirmer que, malgré ses efforts et tous ceux du mouvement féministe des dernières années pour faire reconnaître l’égalité des femmes, leur corps n’a jamais été si marchandisé, si morcelé, si fragmenté. Malgré les acquis au niveau des droits, les femmes n’ont jamais perdu leur valeur ornementale.

Qui plus est, la survalorisation de la beauté engendre un préjugé favorable envers les femmes qui répondent aux normes médiatico-cosmétiques. Il s’agit là d’un enjeu important en matière d’égalité, étant donné que les femmes se voient contraintes d’endosser ces normes pour assurer leur ascension sociale et professionnelle. Dans une société où le paraître prévaut sur l’être, où la performance est vertu et la compétitivité, une question de survie, les femmes sont plus que jamais tributaires du rendement de leur image.