Ces photos ont quelque chose d’effrayant, vous ne trouvez pas ? On dirait que les mannequins sortent tout droit d’une pouponnière du programme Lebensborn, ces haras humains où les Nazis tentaient de créer « la race des seigneurs », « la race parfaite », d’une génétique aussi « pure » que l’allure, hyperstandardisée. Tous similaires, tous au garde à vous dans leur uniforme, ce costume d’obéissance.

Pub Gucci

Photo Gucci

Le style anorexique/manorexique comme nouvelle forme d’eugénisme ? Pourquoi pas ? Quand on voit certains des moyens mis en œuvre par les consommateurs pour correspondre à l’impératif minceur-filiforme-jeunesse-éternelle véhiculé par  l’industrie de la mode, il y a de quoi s’interroger, et frissonner, aussi.

Pub Givenchy

Photo Givenchy

Faut-il blâmer le consommateur de vouloir rentrer dans le moule, à n’importe quel prix ? Certainement pas : perception positive de son image corporelle, estime de soi et acceptation sociale sont à ce prix-là.

Le consommateur le sait. Il sait ce qu’il en coûte (personnellement, socialement, professionnellement) de ne pas se conformer. Il sait que sa résistance sera interprétée comme une preuve de mauvaise volonté. À l’époque du néolibéralisme et du triomphe des valeurs individualistes, n’est-il pas responsable de ses succès, de ses échecs, de ses « lacunes » ? Comment peut-il refuser de s’améliorer, quand une foule de produits permettent de correspondre au modèle idéal ? « L’industrie de la beauté » ne fait-elle pas sa part, elle qui investit des millions en recherche et développement de technologies permettant de se « corriger », de rentrer dans le moule, justement ? Devant un aussi large éventail de choix, n’est-il pas de la responsabilité du consommateur d’agir ?

On connaît la suite : jusqu’à nouvel ordre (ordre de qui ?), le moule est étroit, ferme, lisse, jeune. Et blanc.

Pub Vogue

Photo Vogue