Dans son tout dernier éditorial, « Corps consentants », la directrice éditoriale multiplateforme du magazine Châtelaine, Mélanie Thivierge, nous invite à accepter notre corps comme il est, à choisir de l’aimer, peu importe son âge et ses formes. Tout un défi, souligne-t-elle du même souffle, avec ce modèle unique, inatteignable, que nous assènent notamment les magazines féminins. « Autant de corps, un seul idéal de perfection. Elle est là, l’erreur », écrit-elle.

Un regard résolument critique. D’autant plus intéressant qu’il est posé par une femme qui travaille depuis 15 ans dans l’industrie des magazines féminins, industrie qui façonne en grande partie cette définition si restrictive de la beauté.

Notre regret : la solution unique proposée par la rédactrice en chef pour s’« affranchir des diktats d’une industrie qui formate chacune des images véhiculées ». Soit de continuer, chacune dans notre coin, à s’échiner à aimer notre corps… même si partout, tous les jours, publicités, médias, vidéoclips, etc. martèlent de façon presque unanime que seules les très jeunes femmes, grandes, ultra minces, à la peau lisse et de préférence blanche peuvent être considérées comme belles.

Heureusement, ce bombardement d’images en laisse plusieurs de glace. Mais qu’en est-il de toutes celles qui ont de la difficulté à s’aimer, dont l’estime de soi est vacillante ou en construction (fillettes et ados) ?

Et pourquoi, exactement, acceptons-nous, femmes et hommes, ce matraquage « d’idées reçues et préconçues » sur la beauté ? Les créateurs de mode et publicitaires d’ici et d’ailleurs débordent de créativité, et il ne fait aucun doute que nous sommes en mesure, collectivement, d’exiger qu’autant d’imagination soit employée à mettre en valeur la diversité des corps, les multiples formes de la beauté. De quelle façon ?

  • En exprimant nos préférences et en manifestant nos mécontentements par le biais de notre pouvoir d’achat (à ne jamais sous-estimer !).
  • En faisant connaître notre opinion sur les réseaux sociaux et sur les pages des marques que nous suivons.
  • En n’hésitant pas à formuler des plaintes aux diffuseurs de publicités qui nous déplaisent.

Il n’y a aucune raison de se résigner à baigner dans un imaginaire aussi étriqué et à se débattre seule contre ses complexes. Soyons solidaires les unes des autres, des générations plus vieilles comme celles en devenir. Soyons nombreuses et nombreux à cesser de consentir, à oser agir… Par petites touches patientes, nul doute que nous parviendrons à changer les mentalités et les pratiques.