C’est une tradition : chaque année, à l’approche du 8 mars, médias, journalistes, et commentateurs en tous genres font le point sur la situation des femmes : progrès, reculs, statu quo, zones d’amélioration… Où en sommes-nous, après 40 ans de féminisme et de luttes pour les droits des femmes ?

Beauté fatale, beauté sponsorisée

Savez quoi ? La branding est en voie de devenir une maladie de peau de notre société

Disons-le sans tourner autour du pot : pour ce qui est de sa représentation dans les médias, la mode, la pub et la culture populaire en général, force est de constater que l’exposition / manipulation abusive du corps des femmes, et la surexploitation des stéréotypes de beauté féminine n’ont jamais été aussi omniprésents. Et qui plus est, largement acceptés. Des diktats et des comportements qu’on croyait appartenir au passé ont le vent en poupe, à grand renfort de stratégies marketing hypersophistiquées, hyperconnectées. Sans oublier, bien évidemment, l’éloge de la maigreur extrême, la banalisation de l’hypersexualisation et de la sexualisation précoce, la glorification de la chirurgie plastique, l’adulation du sexisme comme carburant de création, tous repris en chœur par les magazines à la solde de leurs annonceurs. Sans parler de l’exploitation des filles comme chair à shooting

Face à ce consensus si puissamment orchestré, on ne saurait trop suggérer, à tous ceux et celles qu’intéressent la mode et la condition féminine, une lecture aussi incisive que décapante : Mona Chollet : Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine, Paris, Zones, 2012.

Qu’on se comprenne bien : si certaines ont la chance d’y être complètement insensibles, de nombreuses femmes se débattent avec la myopie consumériste induite par la publicité et les magazines. Leur attitude oscille entre la part de frivolité assumée, la névrose dévorante, la contrariété d’avoir été arnaquée, l’exaspération de se voir manipulée, d’y perdre du temps et de l’argent. Mais c’est une chose d’avoir la tête encombrée d’informations et de désirs déposés là par l’industrie de la mode et de la beauté. C’en est une tout autre de faire de ce conditionnement sa raison sociale, de se mettre de bonne grâce au service d’intérêts commerciaux, d’accepter de laisser son pouvoir d’achat résumer sa personnalité, de contribuer avec enthousiasme à son propre enfermement dans une idée pitoyable de soi-même et dans un éventail de préoccupations aussi étroit qu’abrutissant.

Bonne lecture.